Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '2010-2019'

Les Trois Vies d’Agnès – d’Agnès Varda – 2012

Posté : 22 avril, 2026 @ 8:00 dans 2010-2019, DOCUMENTAIRE, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

Les Trois Vies d’Agnès – d’Agnès Varda – 2012 dans 2010-2019 55189642509_052f0aeed1_z

« C’est rigolo de changer de vie »… C’est toute la candeur, la curiosité et la vivacité d’esprit d’une artiste de 80 ans que résume Agnès Varda avec cette simple phrase, tirée d’un reportage télé en marge d’une exposition à Sète, dans le quartier de la Pointe Courte où elle réalisa bien des années plus tôt son premier film.

Les Trois Vies d’Agnès est un montage réalisé par Varda elle-même pour accompagner les expositions qui lui étaient alors de plus en plus souvent consacrées. Un film à part, donc, qui résume en quelques sortes son parcours artistique, dans toute sa diversité. Les « trois vies », c’est-à-dire Agnès Varda photographe, Agnès Varda cinéaste, et Agnès Varda plasticienne, ou plutôt artiste visuelle, « parce que le plastique, c’est autre chose ».

On y croise donc toutes les figures qui ont marqué son parcours, des pêcheurs de la Pointe Courte aux veuves de Noirmoutier (une installation à l’origine, avant de devenir un film plus linéaire pour la télévision). On retrouve les grandes figures de sa jeunesse photographe, des artistes de la rue Daguerre à Fidel Castro, en passant par Gérard Philipe dans les coulisses des premiers festivals d’Avignon.

Jacques Demy bien sûr, et pas mal d’autres fantômes. Mais aussi et surtout des installations très récentes, voire à venir : Varda n’a cessé de dresser des ponts entre les époques, de tisser des liens entre ses univers, et d’être dans le présent. Le documentaire lui-même est finalement assez codé, suite de petits modules pour illustrer les différentes étapes de son parcours. Mais il résume joliment la diversité et la cohérence de son œuvre.

L’Hermine – de Christian Vincent – 2015

Posté : 19 avril, 2026 @ 8:00 dans 2010-2019, VINCENT Christian | Pas de commentaires »

L’Hermine – de Christian Vincent – 2015 dans 2010-2019 55189542398_1569e48cb7_z

Un film rythmé par le magnifique « Dreamers » de Claire Denamur ne peut pas être foncièrement mauvais. Celui-ci est même franchement très beau. Et comme il marque les retrouvailles de Fabrice Luchini avec son réalisateur de La Discrète, vingt-cinq ans après, on n’est pas très surpris de la justesse de ton et de la sensibilité du récit.

Luchini qui ne cesse de surprendre et de séduire, tout en donnant le sentiment de creuser sans cesse le même sillon. En homme entre deux âges, désabusé et aigri, qui renaît à la vie après avoir pris conscience de l’impasse dans laquelle il s’est enfermé, il est formidable, dégageant sans donner l’impression de faire quoi que ce soit une émotion immense, quelque chose d’enfoui qui semble prêt à exploser à tout instant.

La grandeur de Luchini, comme celle de Jouvet en son temps, c’est peut-être d’être toujours lui tout en épousant totalement le personnage et son univers, avec une vérité qui ne repose que sur des détails, des impressions. Ici, il est un président de Cour d’Assises détesté de tous au sein du tribunal, troublé lorsqu’il reconnaît l’une des jurés de son nouveau procès comme l’anesthésiste qui s’est occupée de lui quelque temps auparavant, et qu’il n’a jamais oubliée.

Le film est à la fois le récit de ce procès, celui d’un infanticide, et l’histoire d’un homme qui renaît tandis qu’apparaît la possibilité d’une romance. Juste et émouvant sur tous les registres, Luchini forme un couple de cinéma aussi original que renversant avec Sidse Babett Knudsen, sublime révélation de la série Borgen, dont le sourire énigmatique et pourtant si vivant et le regard fiévreux (dans tous les sens) de Luchini font des merveilles.

Dans les scènes de procès comme dans les face à face entre ces deux-là, Christian Vincent filme au plus près des visages, avec la même attention et la même délicatesse. Avec la même intensité, surtout. Et c’est à chaque instant que l’émotion la plus pure affleure, toujours contenue dans une pudeur qui ne demande qu’à baisser la garde. C’est très beau.

Deux artistes de rue à Paris – d’Agnès Varda – 2006-2012

Posté : 6 avril, 2026 @ 8:00 dans 2000-2009, 2010-2019, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

Deux artistes de rue à Paris – d’Agnès Varda – 2006-2012 dans 2000-2009 55184255695_aa4775e1be

Dans la lignée de son très beau Mur Murs, Agnès Varda part, quelques décennies plus tard, sur les traces de deux artistes de rue très en vogue alors à Paris : Miss. Tic et ses pochoirs ornés d’aphorismes poétiques, et Jérôme Mesnager et ses silhouettes blanches et squelettiques si pleines de vie.

Comme dans son documentaire californien de 1980, Varda nous invite à voir plus loin qu’un simple coup d’œil sur ces œuvres de rue, en nous faisant partager les secrets de leur conception. La forme, toutefois, est nettement plus modeste ici. Par la durée du film d’abord (à peine plus de cinq minutes), et par sa forme : succession de deux vignettes abordant l’un après l’autre l’univers de chacun des deux artistes.

Relativement anecdotique, donc, mais le regard sincèrement bienveillant de Varda fait toujours son petit effet, qui se ressent dans les grands sourires des deux artistes de l’ombre qui, soudain, sont placés dans la lumière.

Marriage Story (id.) – de Noah Baumbach – 2019

Posté : 4 février, 2026 @ 8:00 dans 2010-2019, BAUMBACH Noah | Pas de commentaires »

Marriage Story (id.) - de Noah Baumbach - 2019 dans 2010-2019 55044514271_e6009f76c9

Noah Baumbach aime Ingmar Bergman. Il faut à peu près deux secondes pour s’en rendre compte, et on ne peut que lui donner raison : Bergman est grand. Il aime aussi Woody Allen, et ça se voit beaucoup aussi. Il aime encore John Cassavetes, et ça se voit toujours. Bref, Noah Baumbach a bon goût.

Il a aussi une grande tendance à parler du milieu qu’il connaît, ce qu’on peut comprendre. Sauf que le principal problème de Marriage Story, c’est justement ce milieu dont il parle, et qui tient constamment à distance le spectateur lambda (dont je suis) : un milieu très aisé qui oscille entre le théâtre branché new-yorkais et les villas hollywoodiennes. Le genre de milieu où le héros qui se dit fauché continue à faire d’incessants allers-retours entre New York et Los Angeles. Va falloir redéfinir le mot fauché.

Avec un titre comme Marriage Story, on pouvait s’attendre à une histoire universelle : celle d’un couple qui s’est beaucoup aimé, et qui est en train de divorcer. Avec beaucoup de tendresse qui reste, un enfant à protéger (et à reconquérir), et une envie de faire les choses proprement qui se heurte à la réalité d’un monde de requins où tout est compétition, et où tous les coups sont permis (tiens, on pourrait rajouter Kramer contre Kramer dans les références). Heureusement qu’il y a de la tendresse…

Baumbach s’inspire en fait essentiellement de sa propre expérience : celle de son divorce avec Jennifer Jason Leigh. Et celle aussi de son passage du New York branché au flamboyant Hollywood. On sent bien son tiraillement, mais il faut bien reconnaître que ce tiraillement nous paraît bien étranger. Ce qui contribue sans doute largement à maintenir l’émotion le plus souvent à distance.

Malgré cette (grosse) réserve, on retrouve dans Marriage Story tout ce qui fait la beauté du cinéma de Noah Baumbach, cette manière qu’il a de chroniquer des existences qui s’émiettent. Et ce qu’on appelle une vision, qui s’impose dès la première séquence, basée sur une très belle idée : la liste de tout ce que l’un aime chez l’autre, et réciproquement. Des images de tendresse d’une belle vérité, qui se heurtent à la révélation qui suit immédiatement : ces deux-là se séparent.

Scarlett Johansson et Adam Driver sont formidables, apportant à leurs personnages d’immenses nuances, à la fois profondément attachants, insupportables par moments, et franchement paumés. Autour d’eux, les seconds rôles sont étrangement excessifs, tous à leur manière : la mère envahissante (Julie Hagerty), le vieil acteur habité (Wallace Shawn), les avocats carnassiers (Laura Dern et Ray Liotta), comme pour mieux souligner la singularité et le trouble de ce couple qui vole en éclat sans perdre l’essentiel.

Cherchez Hortense – de Pascal Bonitzer – 2012

Posté : 11 janvier, 2026 @ 8:00 dans 2010-2019, BONITZER Pascal | Pas de commentaires »

Cherchez Hortense – de Pascal Bonitzer – 2012 dans 2010-2019 55029078748_cbd26c2510

« Le film avec Jean-Pierre Bacri » serait presque un genre en soi, tant la présence de l’acteur, fine et gourmande, instille souvent sur l’ensemble du projet. Et dans ce genre à part du cinéma français, Cherchez Hortense serait l’un des chefs d’œuvre, qui égale les meilleurs films du tandem Bacri-Jaoui : un film superbement écrit, baigné dans une vraie tristesse, mais pourtant hautement réjouissant.

Bacri, cœur battant et fatigué du film, est en terrain connu a priori : un professeur de japonais fatigué de tout, dont le fragile équilibre s’effondre. Sa femme (Kristin Scott-Thomas) le trompe. Son meilleur ami (Jackie Berroyer) est suicidaire. Son père (Claude Rich) ne lui trouve pas de place dans son emploi du temps de ministre… Et voilà qu’il rencontre une jeune femme (Isabelle Carré) dont il découvre qu’elle est menacée d’expulsion.

Alors oui, on a le sentiment d’être dans un genre dont on connaît d’avance tous les ressors, toutes les ficelles. Mais quand c’est si bien écrit, et interprété avec une telle gouaille et un tel plaisir manifeste par l’ensemble des comédiens, le personnage de Bacri est l’un des plus passionnants et des plus humains qui soient, et l’acteur réussit à surprendre dans un registre qu’il connaît par cœur.

Pascal Bonitzer, dont le cinéma a parfois souffert d’être trop anodin, rappelle à quel point il peut être un observateur sensible et pertinent de l’humanité. Un vrai plaisir, donc, qui donne très envie de découvrir son prochain film : une adaptation inattendue de Maigret avec Denis Podalydès. Sa manière de cerner les petits défauts de ses personnages dans Cherchez Hortense en fait un adaptateur très convainquant de Simenon, a priori.

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018

Posté : 3 décembre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, AUDIARD Jacques, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018 dans 2010-2019 54934582279_f52f9c4809_z

Depuis le temps qu’il flirtait avec des influences hollywoodiennes, il était temps qu’Audiard franchisse vraiment le pas et signe vraiment un film américain. C’est chose faite. Et comme le gars a du panache et de l’ambition, il le fait avec le genre le plus authentiquement américain qui soit : le western. Signant en passant l’un des plus beaux fleurons du genre de la décennie.

Les Frères Sisters est un pur western. Pas même un western tardif dont l’intrigue se situerait au début de la révolution industrielle, qui lui permettrait d’aborder des motifs plus contemporains. Non : un western de la conquête, au milieu du XIXe siècle, dans un Ouest lointain et sauvage où la loi n’est pas encore installée.

Et c’est une superbe (et sanglante) errance que filme Audiard à travers ces paysages américains dont il capte la beauté aussi bien que les dangers, des grandes étendues désertes aux plages du Pacifique (l’occasion de remarquer que l’océan, si souvent évoqué dans les westerns, n’est finalement que très rarement à l’image), respectant les codes du genre tout en faisant quelque chose de profondément personnel.

Il ne faut qu’une poignée de secondes pour s’assurer que le spectacle sera audacieux, très original, et pourtant parfaitement respectueux du genre. Audiard ouvre en effet son film par une scène de tuerie assez classique dans le fond, totalement inédite dans la forme : dans une nuit profonde, des éclats de voix surgissent, suivis d’autres éclats, visuels cette fois : des coups de feu dont on ne voit que des étincelles, brèves et brutales.

Une autre chose interpelle dans cette première scène : la musique, signée Alexandre Desplat, qui tout en adoptant des sons proches de l’univers westernien habituel, résonne d’une manière brute et assez radicale, loin pour le coup des bandes sons hollywoodiennes de l’âge d’or du genre. Une musique qui revêt aussi une étonnante douceur pour un film aussi violent.

Douceur et violence sont d’ailleurs intimement liés dans ce film. Le voyage de ces deux tueurs à la recherche de l’homme qu’ils sont chargés de tuer salement, c’est aussi l’histoire de deux frères en quête de rédemption, qu’interprètent John C. Reilly et Joaquin Phoenix, deux acteurs formidables dont les rapports se révèlent étonnamment touchants.

Le film d’Audiard n’évite pas quelques longueurs. On le sent désireux de mettre à l’écran les moyens importants dont il dispose, filmant ainsi longuement les vastes paysages et les villes qui semblent se construisent au fil du voyage (des tentes rudimentaires jusqu’aux rues effervescentes de San Francisco). Mais il y a assurément un ton, une manière de transformer un pur film de genre, « un monde abominable », comme le décrit le personnage de Riz Ahmed, en une espèce de conte initiatique complexe, beau, et même très tendre.

Les 3 boutons – d’Agnès Varda – 2015

Posté : 22 novembre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

Les 3 boutons – d’Agnès Varda – 2015 dans 2010-2019 54914889155_f03bbc9533_z

A 85 ans passés, Agnès Varda fait preuve d’une fraîcheur et, même, d’une espièglerie étonnante avec ce court film, commande de la marque de vêtements Miu Miu dans le cadre de sa série « Women’s Tales », des courts métrages confiés à une réalisatrice différente deux fois par an depuis 2011, pour promouvoir l’arrivée des nouvelles collections.

De cette commande, Varda fait… ce qu’elle veut, en l’occurrence une fable joyeuse et pleine de vie mettant en scène une adolescente de 14 ans toute en sourires (Justine Thirée), et sans grand rapport avec le prêt-à-porter si ce n’est le court plan d’une vitrine avec une robe qui émerveille la jeune héroïne.

Ah si : l’apparition magique d’une robe rouge planant sur la cour d’une ferme, par laquelle s’ouvre le film. On retrouve la légèreté et la liberté d’Agnès Varda, dont les idées en entraînent toujours d’autres dans un grand mouvement perpétuel, constamment tourné vers l’avenir et l’espoir. Vivant, décidément.

La Grande Bellezza (id.) – de Paolo Sorrentino – 2013

Posté : 18 octobre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, SORRENTINO Paolo | Pas de commentaires »

La Grande Bellezza (id.) - de Paolo Sorrentino – 2013 dans 2010-2019 54828028407_662ed505d0_z

Le cinéma italien n’a jamais occupé une grande place dans ma vie de cinéphile. Pour des raisons très diverses, et certainement pleines d’a priori, je le confesse bien volontiers (mais on ne peut pas tout voir !). La découverte de La Grande Bellezza pourrait bien être le déclic qu’il me fallait pour me défaire de ces a priori. Vu presque par hasard, sans envie particulière (par amitié, mais je ne vais pas vous raconter ma vie), le film de Sorrentino est une vraie, belle découverte.

Il faut quelques minutes et un regard caméra pour que le charme opère. Les deux premières séquences fascinent et déconcertent en même temps. D’abord, un groupe de touristes asiatiques qui découvrent les beautés de Rome, quand l’un d’eux meurt subitement. Ensuite, une grande fête très techno et très décadente pour célébrer l’anniversaire du roi des mondains. C’est Jep Gambardella (Toni Servillo, le génial acteur fétiche de Sorrentino), qui sort soudain du mouvement des danseurs pour se tourner vers la caméra, vers le public…

En quelques secondes, Sorrentino nous a entraînés dans le monde qu’il nous présentait jusqu’alors comme loin de nous : celui des grandes fêtes mondaines romaines, pleines d’alcool, de drogue, de séduction d’un soir, de légèreté, mais aussi de mensonges, de mesquineries et de cruauté. Un monde dont, à l’image de Jep, on ne sortira plus pendant 2h20, ou juste pour reprendre son souffle : les personnages qu’il filme semblent pour beaucoup n’être que ça, des fêtards traversant l’entre-fêtes comme des zombies, ternes et pleins d’ennuis.

Le regard caméra inaugural l’annonce : ce voyage au cœur de cette Italie des excès est aussi un voyage intérieur pour Jep, ce grand écrivain qui n’a écrit qu’un roman, et qui vit depuis quarante ans dans cette Rome mondaine qui est devenue à la fois son monde et sa raison d’être. Un monde berlusconien, qui semble promis à une disparition prochaine, et dans lequel gravite une galerie de personnages assez horribles, et pourtant bouleversants.

Le regard de Jep y est pour beaucoup : cet homme brillant, attachant, mais pas dupe de lui-même, totalement conscient d’être en représentation constante (la scène de l’enterrement est d’un cynisme assez radical), et qui fait mine de se raccrocher à une femme dont l’authenticité l’attire. Une strip-teaseuse ayant dépassé la quarantaine, qui apparaît comme l’incarnation d’une certaine innocence dans ce monde de faux-culs.

Sorrentino n’épargne personne (et surtout pas l’église) dans ce jeu de massacre. Il filme pourtant ce petit monde fermé avec une étonnante tendresse, comme des hommes et des femmes totalement paumés, qui ne cessent de chercher quelque chose, ou quelqu’un, à quoi ou à qui se raccrocher, dans une série de séquences qui rythment le film.

D’abord, la rencontre avec une artiste performeuse, qui se jette nue la tête la première sur un mur en pierre. Puis, celle avec une espèce de gourou de la jeunesse éternelle qui injecte toujours le même produit à ses « disciples » en demande. Enfin, celle avec une religieuse de 104 ans aux rides profondes, dont le visage impassible a quelque chose de fascinant et de dérangeant.

Surtout, il y a dans La Grande Bellezza un style fou et radical, une envie baroque et jusqu’au-boutiste de cinéma sur laquelle plane l’ombre de Fellini. En filmant la vacuité et la superficialité de ce petit monde décadent, Sorrentino signe un grand moment de cinéma, un film profondément humain, qui sait capter la beauté du monde, des moments et de la ville. Un film qui donne envie de s’arrêter sur les petits moments de grâce de la vie. C’est beaucoup.

Joker (id.) – de Todd Phillips – 2019

Posté : 6 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, PHILLIPS Todd | Pas de commentaires »

Joker (id.) - de Todd Phillips – 2019 dans * Thrillers US (1980-…) 54828028412_96e2e4888e_z

Le Joker est un rôle en or. Grâce à lui, Jack Nicholson a gagné une fortune, et Heath Ledger le rôle de sa vie (et un Oscar posthume). Joaquin Phoenix ne fait pas exception : le personnage, dans ses excès et son côté profondément pathétique, est l’occasion pour lui de quelques excès (ce qu’il peine souvent à éviter), mais surtout d’une grande intensité de jeu.

Le film, qui raconte comment un jeune homme mal dans sa peau, mal dans sa vie et aliéné par une ville tentaculaire déshumanisante, se transforme en une sorte d’icône du crime. Bref, on est loin de la version que donna Tim Burton de la naissance du Joker. Mais aussi de la vision qu’il donna des notions de bien et de mal.

Todd Phillips, dont les débuts ne laissaient pas augurer de sa capacité à réussir un tel film (de Starsky et Hutch à la trilogie Very Bad Trip… autre salle, autre ambiance), filme la difficulté de vivre avec une gravité qu’on ne lui attendait pas, et une intensité assez remarquable. Il filme des personnages au mieux paumés, pour qui la violence sera comme une porte de sortie.

L’apparition de Robert De Niro dans un rôle qui fait écho à La Valse des pantins n’est pas un hasard : Phillips flirte du côté de Scorsese dans sa manière de filmer la ville, Gotham ayant clairement des airs du New York de Mean Streets.

Bref, plutôt séduit par ce Joker sombre et assez profond, qui privilégie constamment l’humanité au spectaculaire. Mais quand même : pourquoi raconter avec tant de sérieux la naissance d’un super méchant dont on sait qu’il finira par affronter ce gamin qu’il croise à une grille, et qui deviendra sa nemesis déguisé en chauve-souris ?

Yellowstone (id.), saison 2 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2019

Posté : 23 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), BIANCHI Ed, COSTNER Kevin, DAHL John, FERLAND Guy, KAY Stephen T., LINSON John, RICHARDSON Ben, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 2

Cette saison 2 confirme et renforce toutes les impressions laissées par la saison 1 : Yellowstone est une sorte de variation punchy et passionnante des intrigues (famille et business compris) de séries comme Dallas. Le côté « punchy et passionnant » ayant son importance. Sur le fond, rien de bien révolutionnaire, donc : au royaume des affaires, la corruption et la violence sont rois.

Sur la forme, on retrouve tout le savoir-faire « à l’ancienne » mis en place par Taylor Sheridan, avec un sens du rythme imparable, et une générosité dans l’action et les rebondissements qui frôlent le trop-plein. Les personnages principaux ont d’ailleurs une capacité étonnante à guérir très vite, que ce soit de coups potentiellement modernes, de blessures par balle, ou de cancers.

Ce pourrait être là une sérieuse réserve. Mais on a depuis longtemps déjà balayé la vraisemblance, au profit du principal intérêt de la série. Et il est de taille : le plaisir immense qu’elle procure, avec sa prolifération de rebondissements, de ressors dramatiques intenses et violents, et ses personnages hantés de l’intérieur, qui semblent gagner encore en charisme et en profondeur.

Au-delà du destin de la famille Dutton, qui se bat pour protéger ses acquis, Sheridan glisse mine de rien quelques belles scènes qui témoignent d’un vrai intérêt pour le sort réservé aux Indiens. Sans angélisme : le personnage de Thomas Rainwater, le chef de la réserve indienne, est un homme d’affaires au fond aussi impitoyable et manipulateur que les autres. Mais avec un regard finalement assez rare sur le sort des tribus indiennes condamnées à vivre aux portes de leurs terres ancestrales.

Le personnage de Monica, quelque peu en retrait dans la première saison, prend ici une ampleur nouvelle, et devient une sorte de symbole de la cause indienne, dans ce qu’elle raconte lors des cours qu’elle donne à l’université, ou dans ce qu’elle vit dans cette communauté de blancs (la scène d’humiliation dans le magasin est particulièrement frappante).

La prolifération de sous-intrigues donne souvent le sentiment que la série repose en partie sur le réflexe du zapping, quitte à évacuer trop vite certains enjeux. Mais tout revient toujours à l’essentiel : cette famille Dutton si dysfonctionnelle, et la manière dont chacun de ses membres, si haïssable, finit par dégager une troublante humanité.

12345...43
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr