Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Cherchez Hortense – de Pascal Bonitzer – 2012

Posté : 11 janvier, 2026 @ 8:00 dans 2010-2019, BONITZER Pascal | Pas de commentaires »

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« Le film avec Jean-Pierre Bacri » serait presque un genre en soi, tant la présence de l’acteur, fine et gourmande, instille souvent sur l’ensemble du projet. Et dans ce genre à part du cinéma français, Cherchez Hortense serait l’un des chefs d’œuvre, qui égale les meilleurs films du tandem Bacri-Jaoui : un film superbement écrit, baigné dans une vraie tristesse, mais pourtant hautement réjouissant.

Bacri, cœur battant et fatigué du film, est en terrain connu a priori : un professeur de japonais fatigué de tout, dont le fragile équilibre s’effondre. Sa femme (Kristin Scott-Thomas) le trompe. Son meilleur ami (Jackie Berroyer) est suicidaire. Son père (Claude Rich) ne lui trouve pas de place dans son emploi du temps de ministre… Et voilà qu’il rencontre une jeune femme (Isabelle Carré) dont il découvre qu’elle est menacée d’expulsion.

Alors oui, on a le sentiment d’être dans un genre dont on connaît d’avance tous les ressors, toutes les ficelles. Mais quand c’est si bien écrit, et interprété avec une telle gouaille et un tel plaisir manifeste par l’ensemble des comédiens, le personnage de Bacri est l’un des plus passionnants et des plus humains qui soient, et l’acteur réussit à surprendre dans un registre qu’il connaît par cœur.

Pascal Bonitzer, dont le cinéma a parfois souffert d’être trop anodin, rappelle à quel point il peut être un observateur sensible et pertinent de l’humanité. Un vrai plaisir, donc, qui donne très envie de découvrir son prochain film : une adaptation inattendue de Maigret avec Denis Podalydès. Sa manière de cerner les petits défauts de ses personnages dans Cherchez Hortense en fait un adaptateur très convainquant de Simenon, a priori.

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018

Posté : 3 décembre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, AUDIARD Jacques, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Frères Sisters (The Sisters Brothers) – de Jacques Audiard – 2018 dans 2010-2019 54934582279_f52f9c4809_z

Depuis le temps qu’il flirtait avec des influences hollywoodiennes, il était temps qu’Audiard franchisse vraiment le pas et signe vraiment un film américain. C’est chose faite. Et comme le gars a du panache et de l’ambition, il le fait avec le genre le plus authentiquement américain qui soit : le western. Signant en passant l’un des plus beaux fleurons du genre de la décennie.

Les Frères Sisters est un pur western. Pas même un western tardif dont l’intrigue se situerait au début de la révolution industrielle, qui lui permettrait d’aborder des motifs plus contemporains. Non : un western de la conquête, au milieu du XIXe siècle, dans un Ouest lointain et sauvage où la loi n’est pas encore installée.

Et c’est une superbe (et sanglante) errance que filme Audiard à travers ces paysages américains dont il capte la beauté aussi bien que les dangers, des grandes étendues désertes aux plages du Pacifique (l’occasion de remarquer que l’océan, si souvent évoqué dans les westerns, n’est finalement que très rarement à l’image), respectant les codes du genre tout en faisant quelque chose de profondément personnel.

Il ne faut qu’une poignée de secondes pour s’assurer que le spectacle sera audacieux, très original, et pourtant parfaitement respectueux du genre. Audiard ouvre en effet son film par une scène de tuerie assez classique dans le fond, totalement inédite dans la forme : dans une nuit profonde, des éclats de voix surgissent, suivis d’autres éclats, visuels cette fois : des coups de feu dont on ne voit que des étincelles, brèves et brutales.

Une autre chose interpelle dans cette première scène : la musique, signée Alexandre Desplat, qui tout en adoptant des sons proches de l’univers westernien habituel, résonne d’une manière brute et assez radicale, loin pour le coup des bandes sons hollywoodiennes de l’âge d’or du genre. Une musique qui revêt aussi une étonnante douceur pour un film aussi violent.

Douceur et violence sont d’ailleurs intimement liés dans ce film. Le voyage de ces deux tueurs à la recherche de l’homme qu’ils sont chargés de tuer salement, c’est aussi l’histoire de deux frères en quête de rédemption, qu’interprètent John C. Reilly et Joaquin Phoenix, deux acteurs formidables dont les rapports se révèlent étonnamment touchants.

Le film d’Audiard n’évite pas quelques longueurs. On le sent désireux de mettre à l’écran les moyens importants dont il dispose, filmant ainsi longuement les vastes paysages et les villes qui semblent se construisent au fil du voyage (des tentes rudimentaires jusqu’aux rues effervescentes de San Francisco). Mais il y a assurément un ton, une manière de transformer un pur film de genre, « un monde abominable », comme le décrit le personnage de Riz Ahmed, en une espèce de conte initiatique complexe, beau, et même très tendre.

Les 3 boutons – d’Agnès Varda – 2015

Posté : 22 novembre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, VARDA Agnès | Pas de commentaires »

Les 3 boutons – d’Agnès Varda – 2015 dans 2010-2019 54914889155_f03bbc9533_z

A 85 ans passés, Agnès Varda fait preuve d’une fraîcheur et, même, d’une espièglerie étonnante avec ce court film, commande de la marque de vêtements Miu Miu dans le cadre de sa série « Women’s Tales », des courts métrages confiés à une réalisatrice différente deux fois par an depuis 2011, pour promouvoir l’arrivée des nouvelles collections.

De cette commande, Varda fait… ce qu’elle veut, en l’occurrence une fable joyeuse et pleine de vie mettant en scène une adolescente de 14 ans toute en sourires (Justine Thirée), et sans grand rapport avec le prêt-à-porter si ce n’est le court plan d’une vitrine avec une robe qui émerveille la jeune héroïne.

Ah si : l’apparition magique d’une robe rouge planant sur la cour d’une ferme, par laquelle s’ouvre le film. On retrouve la légèreté et la liberté d’Agnès Varda, dont les idées en entraînent toujours d’autres dans un grand mouvement perpétuel, constamment tourné vers l’avenir et l’espoir. Vivant, décidément.

La Grande Bellezza (id.) – de Paolo Sorrentino – 2013

Posté : 18 octobre, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, SORRENTINO Paolo | Pas de commentaires »

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Le cinéma italien n’a jamais occupé une grande place dans ma vie de cinéphile. Pour des raisons très diverses, et certainement pleines d’a priori, je le confesse bien volontiers (mais on ne peut pas tout voir !). La découverte de La Grande Bellezza pourrait bien être le déclic qu’il me fallait pour me défaire de ces a priori. Vu presque par hasard, sans envie particulière (par amitié, mais je ne vais pas vous raconter ma vie), le film de Sorrentino est une vraie, belle découverte.

Il faut quelques minutes et un regard caméra pour que le charme opère. Les deux premières séquences fascinent et déconcertent en même temps. D’abord, un groupe de touristes asiatiques qui découvrent les beautés de Rome, quand l’un d’eux meurt subitement. Ensuite, une grande fête très techno et très décadente pour célébrer l’anniversaire du roi des mondains. C’est Jep Gambardella (Toni Servillo, le génial acteur fétiche de Sorrentino), qui sort soudain du mouvement des danseurs pour se tourner vers la caméra, vers le public…

En quelques secondes, Sorrentino nous a entraînés dans le monde qu’il nous présentait jusqu’alors comme loin de nous : celui des grandes fêtes mondaines romaines, pleines d’alcool, de drogue, de séduction d’un soir, de légèreté, mais aussi de mensonges, de mesquineries et de cruauté. Un monde dont, à l’image de Jep, on ne sortira plus pendant 2h20, ou juste pour reprendre son souffle : les personnages qu’il filme semblent pour beaucoup n’être que ça, des fêtards traversant l’entre-fêtes comme des zombies, ternes et pleins d’ennuis.

Le regard caméra inaugural l’annonce : ce voyage au cœur de cette Italie des excès est aussi un voyage intérieur pour Jep, ce grand écrivain qui n’a écrit qu’un roman, et qui vit depuis quarante ans dans cette Rome mondaine qui est devenue à la fois son monde et sa raison d’être. Un monde berlusconien, qui semble promis à une disparition prochaine, et dans lequel gravite une galerie de personnages assez horribles, et pourtant bouleversants.

Le regard de Jep y est pour beaucoup : cet homme brillant, attachant, mais pas dupe de lui-même, totalement conscient d’être en représentation constante (la scène de l’enterrement est d’un cynisme assez radical), et qui fait mine de se raccrocher à une femme dont l’authenticité l’attire. Une strip-teaseuse ayant dépassé la quarantaine, qui apparaît comme l’incarnation d’une certaine innocence dans ce monde de faux-culs.

Sorrentino n’épargne personne (et surtout pas l’église) dans ce jeu de massacre. Il filme pourtant ce petit monde fermé avec une étonnante tendresse, comme des hommes et des femmes totalement paumés, qui ne cessent de chercher quelque chose, ou quelqu’un, à quoi ou à qui se raccrocher, dans une série de séquences qui rythment le film.

D’abord, la rencontre avec une artiste performeuse, qui se jette nue la tête la première sur un mur en pierre. Puis, celle avec une espèce de gourou de la jeunesse éternelle qui injecte toujours le même produit à ses « disciples » en demande. Enfin, celle avec une religieuse de 104 ans aux rides profondes, dont le visage impassible a quelque chose de fascinant et de dérangeant.

Surtout, il y a dans La Grande Bellezza un style fou et radical, une envie baroque et jusqu’au-boutiste de cinéma sur laquelle plane l’ombre de Fellini. En filmant la vacuité et la superficialité de ce petit monde décadent, Sorrentino signe un grand moment de cinéma, un film profondément humain, qui sait capter la beauté du monde, des moments et de la ville. Un film qui donne envie de s’arrêter sur les petits moments de grâce de la vie. C’est beaucoup.

Joker (id.) – de Todd Phillips – 2019

Posté : 6 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, PHILLIPS Todd | Pas de commentaires »

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Le Joker est un rôle en or. Grâce à lui, Jack Nicholson a gagné une fortune, et Heath Ledger le rôle de sa vie (et un Oscar posthume). Joaquin Phoenix ne fait pas exception : le personnage, dans ses excès et son côté profondément pathétique, est l’occasion pour lui de quelques excès (ce qu’il peine souvent à éviter), mais surtout d’une grande intensité de jeu.

Le film, qui raconte comment un jeune homme mal dans sa peau, mal dans sa vie et aliéné par une ville tentaculaire déshumanisante, se transforme en une sorte d’icône du crime. Bref, on est loin de la version que donna Tim Burton de la naissance du Joker. Mais aussi de la vision qu’il donna des notions de bien et de mal.

Todd Phillips, dont les débuts ne laissaient pas augurer de sa capacité à réussir un tel film (de Starsky et Hutch à la trilogie Very Bad Trip… autre salle, autre ambiance), filme la difficulté de vivre avec une gravité qu’on ne lui attendait pas, et une intensité assez remarquable. Il filme des personnages au mieux paumés, pour qui la violence sera comme une porte de sortie.

L’apparition de Robert De Niro dans un rôle qui fait écho à La Valse des pantins n’est pas un hasard : Phillips flirte du côté de Scorsese dans sa manière de filmer la ville, Gotham ayant clairement des airs du New York de Mean Streets.

Bref, plutôt séduit par ce Joker sombre et assez profond, qui privilégie constamment l’humanité au spectaculaire. Mais quand même : pourquoi raconter avec tant de sérieux la naissance d’un super méchant dont on sait qu’il finira par affronter ce gamin qu’il croise à une grille, et qui deviendra sa nemesis déguisé en chauve-souris ?

Yellowstone (id.), saison 2 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2019

Posté : 23 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), BIANCHI Ed, COSTNER Kevin, DAHL John, FERLAND Guy, KAY Stephen T., LINSON John, RICHARDSON Ben, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 2

Cette saison 2 confirme et renforce toutes les impressions laissées par la saison 1 : Yellowstone est une sorte de variation punchy et passionnante des intrigues (famille et business compris) de séries comme Dallas. Le côté « punchy et passionnant » ayant son importance. Sur le fond, rien de bien révolutionnaire, donc : au royaume des affaires, la corruption et la violence sont rois.

Sur la forme, on retrouve tout le savoir-faire « à l’ancienne » mis en place par Taylor Sheridan, avec un sens du rythme imparable, et une générosité dans l’action et les rebondissements qui frôlent le trop-plein. Les personnages principaux ont d’ailleurs une capacité étonnante à guérir très vite, que ce soit de coups potentiellement modernes, de blessures par balle, ou de cancers.

Ce pourrait être là une sérieuse réserve. Mais on a depuis longtemps déjà balayé la vraisemblance, au profit du principal intérêt de la série. Et il est de taille : le plaisir immense qu’elle procure, avec sa prolifération de rebondissements, de ressors dramatiques intenses et violents, et ses personnages hantés de l’intérieur, qui semblent gagner encore en charisme et en profondeur.

Au-delà du destin de la famille Dutton, qui se bat pour protéger ses acquis, Sheridan glisse mine de rien quelques belles scènes qui témoignent d’un vrai intérêt pour le sort réservé aux Indiens. Sans angélisme : le personnage de Thomas Rainwater, le chef de la réserve indienne, est un homme d’affaires au fond aussi impitoyable et manipulateur que les autres. Mais avec un regard finalement assez rare sur le sort des tribus indiennes condamnées à vivre aux portes de leurs terres ancestrales.

Le personnage de Monica, quelque peu en retrait dans la première saison, prend ici une ampleur nouvelle, et devient une sorte de symbole de la cause indienne, dans ce qu’elle raconte lors des cours qu’elle donne à l’université, ou dans ce qu’elle vit dans cette communauté de blancs (la scène d’humiliation dans le magasin est particulièrement frappante).

La prolifération de sous-intrigues donne souvent le sentiment que la série repose en partie sur le réflexe du zapping, quitte à évacuer trop vite certains enjeux. Mais tout revient toujours à l’essentiel : cette famille Dutton si dysfonctionnelle, et la manière dont chacun de ses membres, si haïssable, finit par dégager une troublante humanité.

Hugo Cabret (Hugo) – de Martin Scorsese – 2011

Posté : 17 juillet, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Hugo Cabret

Et si Hugo Cabret était le premier volet d’une trilogie qui se compléterait avec Babylon et The Fabelmans : trois sublimes chants d’amour pour le cinéma, dont la raison d’être et la grandeur reposent sur ce seul axiome : un amour immodéré pour le cinéma, comme un art qui transcende la vie. Et a sans aucun doute changé celle des réalisateurs qui signent ces trois films.

Dans la filmographie de Martin Scorsese, Hugo Cabret ne ressemble à aucun autre film. Dans la brillante séquence d’ouverture, avec cette caméra hyper mobile qui se faufile entre les rouages d’horloge et les coursives de cette gare parisienne, on peine même à reconnaître la signature du cinéaste. Sa patte, son style, son rythme même, sont comme boostés par le projet du film : nous replonger dans les origines du cinéma.

En adaptant le roman jeunesse de Brian Selznik, Scorsese réinvente son propre rapport au cinéma. Il n’a évidemment pas connu les débuts du « cinématographe », ni n’a pu rencontrer Méliès. Mais il partage avec ce dernier l’émerveillement, cette première projection qui a changé une vie. Pour Méliès, ce fut celle du Salon Indien en décembre 1895. Pour Scorsese, qui l’a souvent raconté, ce fut Duel au soleil et les lettre de sang se détachant sur le soleil. Mais c’est une autre histoire.

Pour cette déclaration d’amour au cinéma, Scorsese nous plonge dans le Paris de la fin des années 20 , ou du début des années 30. Un Paris fantasmé (ça fait penser à Amélie Poulain, m’a glissé ma moitié dans les premières minutes du film), jamais réaliste, qui évoque aussi la ville selon Tim Burton, mais très loin du New York cher à Scorsese. A ceci près qu’on sent aussi la fascination que ce Paris là exerce sur Scorsese.

Paris, comme le symbole des débuts du cinéma. Paris, comme la ville où a eu lieu la première projection publique, où George Méliès a tourné les centaines de films qui ont fait du cinématographe le septième art, et où il est tombé dans un oubli total après la première Guerre mondiale, se retrouvant à vendre des jouets dans une gare. C’est là qu’on le découvre, bougon et mystérieux, sous les traits idéaux de Ben Kingsley.

Mais le film s’appelle Hugo Cabret : c’est donc l’histoire d’Hugo Cabret. Ou plutôt l’histoire d’un enfant que le cinéma sauvera, ou qui utilisera le cinéma pour sauver ce qui doit l’être. Ou l’histoire de l’enfance en général, et de son rapport à l’imagination. Dans Hugo, comme dans Babylon, comme dans Fabelmans, il y a quelque chose du paradis perdu : celui d’une certaine innocence liée aux premiers temps, ceux du cinéma ou de sa découverte. C’est beau, et déchirant.

« Je pensais que le bibliothécaire serait le méchant », me lance mon fils de 13 ans. Ce qui se conçoit : il a reconnu en lui Saroumane et le Comte Dooku (oui, Christopher Lee). « En fait, il n’y en a pas? » Ben non. « C’était incroyable ». Ben oui… Il y a dans ce Paris de carte postale une galerie de personnages qui ne demandent qu’à être réparés : des laissés pour compte, des inadaptés, des nostalgiques… des hommes et des femmes parfois ridicules, toujours touchants, qui passent à côté de leur vie, et qu’un petit déclic va révéler à eux mêmes.

On a rarement (jamais?) vu Scorsese aussi tourné vers la vie, vers l’élan vital. Comme si l’amour inconditionnel qu’on lui connaît pour le cinéma trouvait ici sa forme la plus pure, la plus élémentaire. De son unique film vraiment familial, Scorsese fait l’un de ses chefs d’œuvres les plus lumineux, et l’une des plus déchirantes des déclarations d’amour au cinéma, et à sa mémoire.

Un mot, pour finir… Découvrir ce film, à côté duquel je passe bizarrement depuis sa sortie en salles, grâce à un DVD acheté dans la librairie de l’Institut Lumière à Lyon, ça a quelque chose d’assez beau je trouve.

Yellowstone (id.), saison 1 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2018

Posté : 8 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), COSTNER Kevin, LINSON John, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 1

Yellowstone, c’est Dallas en mieux. Je pourrais presque arrêter là cette chronique, tant la série phare de Taylor Sheridan (qui réalise les neuf épisodes de cette première saison) reprend les codes des vieux soaps des années 80, 90 : une famille dysfonctionnelle, de la corruption, des mensonges, de la manipulation, et beaucoup de violence. Cela étant dit, je reconnais que ce résumé est un peu réducteur.

Yellowstone, c’est surtout la porte d’entrée la plus cohérente pour comprendre le phénomène que représente Sheridan, qui transforme à peu près tout ce qu’il touche en or depuis quelques années, et qu’on a un peu vite catalogué comme le parangon du conservatisme réactionnaire à l’américaine. C’est aller un peu vite en besogne.

Certes, Sheridan est fasciné par les valeurs américaines telles que la mythologie westernienne n’a cessé de les fantasmer. Grands espaces, grands propriétaires, grandes ambitions, grands chapeaux… Tout est démesuré, jusqu’à un Kevin Costner sans doute choisi parce qu’il représente mieux que quiconque cette Amérique rurale dans le cinéma de ces quarante dernières années. Et parce que Sheridan aime remettre en selle des vedettes vieillissantes en perte de vitesse.

Il y a donc de la fascination pour cette Amérique du plus fort. Il y a aussi un regard critique, voire acerbe de cette famille Dutton, dont les méthodes s’affranchissent allégrement des contraintes de la loi, et de la morale. A commencer par le patriarche, Costner, à la fois héros et grand méchant de cette saga familiale. Un meneur déterminé et hyper charismatique, et un père odieux qui semble avoir passé sa vie à détruire ses enfants.

Qui sont gratinés, ses enfants. Un ancien militaire qui tente sans y arriver de canaliser sa violence. L’avocat de la famille, méprisé et humilié par tous les siens. Et la fille dont le métier consiste à détruire des carrières, qui tente d’étouffer sous des litres d’alcool le sentiment qu’elle a de ne pas avoir été aimée. Dans l’ordre : Luke Grimes, Wes Bentley et Kelly Reilly, et autant de personnages réellement fascinants.

Au-delà de l’efficacité imparable des scénarios, qui déclinent le combat des Dutton pour sauver leur empire menacé de toutes parts, ce sont ses personnages qui font la réussite de la série. Il faut d’ailleurs ajouter à la liste le personnage de Rip (Cole Hauser), bras droit de Dutton, qui aurait pu être le fils idéal s’il avait été de son sang. Un personnage ténébreux au charisme dingue.

La force de Yellowstone, c’est de mettre en scène une demi-douzaine de personnages qui dépassent en intensité et en charisme l’immense majorité des héros des autres séries. Ce n’est pas étonnant que, maintenant que Yellowstone est terminé (mais j’anticipe, je ne suis qu’à la saison 1), plusieurs suites sont annoncées, l’une autour de Kayce (Luke Grimes), l’autre autour de Beth et Rip. Mais ça, c’est une autre histoire : il y a quatre autres saisons de la série-mère avant ça.

Copie conforme (Roonevesht barabar asl ast) – d’Abbas Kiarostami – 2010

Posté : 7 juillet, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, KIAROSTAMI Abbas | Pas de commentaires »

Copie conforme

Abbas Kiarostami aime le flou, les frontières poreuses, jouer avec la perception. On le sentait déjà dans Le Goût de la cerise, qui a valu la Palme d’Or. C’est le sujet même de Copie conforme, film magnifique, à la fois très simple et tortueux, limpide et opaque. Une promenade douce-amère en Toscane, en compagnie d’une femme et d’une homme, deux étrangers l’un à l’autre, à moins que non.

Ce n’est pas un grand divulgâchage d’évoquer cette incertitude, qui plane d’emblée sur ces deux-là : elle, mère française d’un ado qui manque de cadre ; lui, auteur anglais misanthrope sur les bords. Se croisent-ils par hasard à l’occasion d’une conférence de ce dernier, comme toute la première partie le laisse croire ? Ou sont-ils des intimes, voire un couple, qui aurait perdu ce qui faisait la magie de leur rencontre ?

Le thème de la conférence (et le titre du film) donne une piste : la copie et l’original dans l’art. Avec ce constat : quelle importance qu’une copie soit une copie, ou qu’un original ne le soit pas, ce qui compte, c’est le regard que l’on porte sur l’œuvre d’art. C’est selon la perception qu’on en a que sa valeur change. Voir ces deux là revenir dans la petite ville proche de Florence, quinze ans après, est une manière de les confronter à ces différences de perception.

On se perdrait facilement à essayer de capter en quelques mots le sentiment que procure le film de Kiarostami. Et on en perdrait sans doute l’essence, tout reposant sur cette espèce d’entre-deux, sur l’incertitude de ce qu’on voit et vit, sur l’incertitude du présent, mais aussi du passé, et encore plus de l’avenir. Au-delà du sens, c’est le mélange de douceur extrême et de violence des sentiments qui frappe, et qui bouleverse.

Juliette Binoche, prix d’interprétation à Cannes, est sublime dans le rôle de cette femme trop seule, qui se raccroche à ses souvenirs, ou à ses envies, tantôt libre et solaire, tantôt étouffant et cynique. Face à elle, ou à ses côtés, William Shimell séduit d’emblée par sa prestance et sa belle voix de ténor, comédien novice (il est effectivement chanteur d’opéra) et présence magnétique, dont le jeu limité est un atout magnifique.

Parce que l’homme ne sait pas se livrer, et qu’il n’est au fond qu’une présence dont tous les gestes semblent gauches. Comme cette main maladroitement posée sur l’épaule de Binoche (un conseil donné par Jean-Claude Carrière dans une scène étonnante et touchante), peut-être le moment le plus bouleversant du film, celui où enfin les frontières semblent pouvoir tomber. La violence de la scène suivante n’en est que plus terrible.

Tout en nuances, le film est aussi, formellement, une merveille. Kiarostami, grand cinéaste, atteint ici une sorte de perfection esthétique et narrative, sa caméra se rapprochant et s’éloignant au fil des déambulations de ces deux êtres dans des paysages qui s’imposent ou s’estompent. On en sort sans être bien sûr de ce que Kiarostami a voulu dire, mais conquis et profondément ému par tant d’élégance, de beauté, d’intelligence, et de sensibilité. Oui, tout ça.

It must be heaven (En shita kama fi el-sama) – d’Elia Suleiman – 2019

Posté : 18 juin, 2025 @ 8:00 dans 2010-2019, SULEIMAN Elia | Pas de commentaires »

It must be heaven

Si on ne comprend pas tout de ce qu’est la Palestine dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas en voyant le dernier film en date d’Elia Souleiman qu’on va voir la lumière. Et c’est très bien comme ça : dix ans après son précédent film, le réalisateur de Intervention divine revient avec un film à son image, comme un reflet d’un monde absurde et aliénant, dont il vaut mieux rire si on ne veut pas qu’il nous rende fou.

It must be heaven est clairement l’œuvre d’un homme dont l’univers propre lui échappe, confronté à une vague agressive, étouffante, irrépressible. Et Suleiman ne résume pas ce sentiment à Nazareth et à la Palestine. Il en fait un thème universel, que son personnage (lui-même, confronté où qu’il aille au refus du scénario de ce film, « pas assez palestinien » selon un producteur français) affronte où qu’il aille, à Paris comme à New York.

Suleiman ne montre rien de la réalité des Palestiniens. Pourtant, son film, à première vue débarrassé de toute obligation de vraisemblance, confronte le spectateur à un monde universellement inquiétant, où « l’autre » quel qu’il soit met mal à l’aise, procure des sentiments extrêmes et inattendus, ou à tout le moins détonne.

Devant sa propre caméra, Elia Suleiman retrouve son personnage d’observateur muet, variation autour de la figure de Tati, ou de celle de Keaton on ne sait trop. Un personnage qui ne prononce pas la moindre parole, si ce n’est pour répondre à la question simple d’un taxi new-yorkais. La plupart du temps, il est simplement là, observant impassible les réaction et sentiments que provoque sa simple apparition.

Le constat est assez glaçant au fond, dans ce que le film montre de l’inhumanité de la société, et de l’incompréhension entre les êtres. Mais Suleiman traite le sujet avec un humour froid réjouissant, et souvent avec une jolie poésie, lorsqu’il ne sombre pas dans la facilité (les New-Yorkais qui apparaissent tous surarmés, jusqu’à sortir un lance-roquette pour aller faire ses courses… mouais…).

It must be heaven est en fait une succession de courtes saynètes quasi muettes, souvent sur le même motif, mais dont les petites variations donnent le ton et le rythme du film, parfois déroutant, souvent passionnant, toujours original. Même inégal, un grand plaisir de cinéma, qui réussit sous une certaine légèreté à donner le sentiment d’être connecté au réel. Et comme c’est poétique et drôle, c’est très précieux.

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