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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Rambo : Last Blood (id.) – d’Adrian Grunberg – 2019

Posté : 7 décembre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), GRÜNBERG Adrian, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Rambo Last Blood

Après avoir fait (probablement) ses adieux à Rocky avec le décevant Creed 2, Stallone fait (probablement) ses adieux à Rambo. Le voir renouer une fois de plus avec ses deux personnages fétiches n’est pas un hasard : comme à l’époque de Rocky Balboa et de John Rambo qui l’avaient sorti d’un long purgatoire, Stallone vient d’enchaîner quelques catastrophes industrielles. A 70 ans passés, il semble bien difficile pour lui de trouver un nouveau souffle au-delà de Rocky et de Rambo. Peut-être la série Tulsa King changera-t-elle la donne…

En attendant, ce Last Blood (une manière de boucler la boucle après l’inaugural First Blood de 1982) n’est pas le ratage complet souvent annoncé. On pourrait même le considérer comme la plus digne des suites, celle dans laquelle le personnage est finalement le mieux respecté. En tout cas le moins trahi. C’est que, depuis un Rambo 2 qui ne gardait à peu près du personnage que son côté machine de guerre, la saga a eu toutes les peines du monde à trouver son équilibre entre le traumatisme du vétéran façon seventies et cet aspect va-t-en guerre typique des eighties.

Avec John Rambo, en 2008, Stallone ne cherchait pas vraiment à trouver une porte de sortie satisfaisante, se contentant grosso-modo de recycler des aspects des trois premiers films. En revenant sur le sol américain, Last Blood se recentre sur le personnage de Rambo, qui mène depuis une dizaine d’années une vie paisible, tentant de garder ses fantômes à distance. C’est un peu comme si le William Munny d’Impitoyable et le Walt Kowalski de Gran Torino ne faisaient plus qu’un…

L’ombre de Clint Eastwood plane sur le film… Non : elle pèse sur le film, rappelant constamment ce qu’aurait pu être Last Blood si Stallone (scénariste du film) avait fait davantage confiance au potentiel dramatique de son film. La première partie est assez belle, se concentrant sur les relations du vétéran avec une ado qu’il considère comme sa fille, avec qui il a enfin trouvé la paix. Jusqu’à ce que la jeune femme, contre l’avis de son protecteur, ne décide de partir pour le Mexique, à la recherche de son vrai père, qui l’a abandonnée.

Et c’est là que ça se gâte. Parce que la relation fille/père est évacuée en une courte scène franchement ridicule. Parce que le Mexique est présenté d’emblée comme le lieu de tous les dangers où le pire des destins attend immanquablement une jeune Américaine en visite. Et parce que le pire des destins attend effectivement la jeune Américaine en visite. Pour la délicatesse, on repassera, mais Stallone émeut par sa présence fatiguée, par ce regard qui dit toute sa douleur et toute sa fatigue.

Reste la dernière partie, comme coupée du reste du film : un massacre sanglant et gore, vingt minutes au cours desquelles Rambo flingue, décapite, explose, découpe, charcute, charcle… Bref, il tue par tous les moyens dont il dispose, qui sont nombreux. C’est super violent, super efficace, et super bas du front. Et on se rappelle que, dans le film de 1982, Rambo ne tuait qu’une personne, et encore le faisait-il involontairement. Le premier sang versé était rare, et marquant. Près de quatre décennies plus tard, c’est sur des hectolitres de sang que le vétéran devenu mythe populaire tire sa révérence…

Deux fils – de Félix Moati – 2018

Posté : 7 novembre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, MOATI Félix | Pas de commentaires »

Deux fils

Après le magnifique Lettre d’amour de Kinuyo Tanaka, on reste dans les premiers films avec ce très beau film signé par l’acteur Félix Moati. Il n’a que 28 ans quand il passe derrière la caméra, mais Deux fils affiche une étonnante maturité, dans sa manière de filmer des rapports familiaux intenses… et pas simples.

Benoît Poelvoorde est formidable dans un rôle de père célibataire totalement paumé, qui ne comprend plus vraiment le monde qui l’entoure, les personnes qui l’entourent, y compris ses deux fils, l’un jeune ado en révolte, l’autre tout jeune homme en pleine déprime, Vincent Lacoste et Mathieu Capela tout aussi formidables.

L’incompréhension entre les êtres les plus proches, l’incapacité à partager ses sentiments… et pourtant un amour fou, une admiration sans borne, que l’on ressent constamment dans cette famille très imparfaite et magnifique, pleines de failles et de grandeurs. Pathétiques ou sublimes ? Pour Moati, les deux vont de pairs, et c’est très beau.

Très beau la manière dont on découvre ces personnages : dans l’antichambre des pompes funèbres où Poelvoorde se glisse difficilement dans le cercueil prévu pour son frère qui vient de mourir, sous le regard de son plus jeune fils. Ce fils de 13 ans à peine, qui cultive son spleen à grandes lampées d’alcool plus ou moins fort. Et ce grand frère qui s’apitoie confortablement sur un amour depuis longtemps disparu.

Rien de bien spectaculaire dans le fond. Mais Moati filme ses personnages avec une liberté qui lui autorise tous les pas de côtés, toutes les pauses, suivant les pas de l’un ou de l’autre au gré des rencontres, des doutes, des coups de passion et des sentiments qui se révèlent ou se réveillent, au son d’une musique très jazzy et elle aussi très libre.

Le film dépeint avec finesse, émotion et profondeur cette insondable cellule familiale. Avec une certaine gravité mais sans lourdeur. Avec une touche de légèreté et un humour souvent irrésistible (Vincent Lacoste face à la psy du lycée… une stagiaire… la remplaçante du remplaçante). Un premier film très séduisant, à la belle atmosphère, qui donne envie de revoir Moati derrière la caméra.

Un homme à la hauteur – de Laurent Tirard – 2016

Posté : 18 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, TIRARD Laurent | Pas de commentaires »

Un homme à la hauteur

Une belle blonde rencontre un homme qui serait parfait… s’il ne mesurait pas un mètre trente-six. Parti-pris décalé et séduisant pour cette comédie romantique par ailleurs très classique dans sa forme. Un parti-pris qui transforme le film en une sorte de fable maligne et sympathique sur l’acceptation de la différence, sur le regard des autres.

Virginie Efira est parfaite dans le rôle… Non, arrêtons là : Virginie Efira est parfaite, point. Elle est parfaite comme est l’est toujours, et je commence à réaliser que je suis incapable d’évoquer Virginie Efira sans tomber en pâmoison devant sa présence, sa profondeur, son intelligence de jeu, sa justesse tout simplement. Une actrice de la trempe de Vivien Leigh, dont on sait qu’elle va transcender chacun de ses rôles.

C’est donc le cas une nouvelle fois avec cette avocate brillante, belle, grande, charismatique, troublée par ses propres sentiments pour un homme à la taille d’enfant, tiraillée entre sa volonté de ne pas se plier au regard des autres, et le regard des autres. Tantôt intense, tantôt vaporeuse, elle est merveilleuse, émouvante dans cette salle de cinéma où son regard passe par tous les états, drôle lorsque ce même regard tombe pour la première fois, en deux temps, sur cet inconnu à la voix si pleine de promesse.

Jean Dujardin aussi est excellent, à la fois flamboyant et plein de failles, parfait dans le rôle de cet homme trop petit, mais tellement digne comme en témoigne son fils. Une sorte de symbole de la différence, du handicap. Et qu’importe si les trucages, mélange de simples jeux de caméra et de mise en scène, et de rares effets spéciaux (à la manière du Seigneur des Anneaux) sont un peu approximatifs, voire carrément voyants (on jurerait que Dujardin danse à genoux), on croit à cette différence de taille. Magie du cinéma…

Charmante comédie romantique donc, que Laurent Tirard réalise plutôt joliment, créant quelques belles scènes d’atmosphère (Viriginie Efira entrant dans une pièce sombre entourée par un halo de lumière et de brume) et de beaux moments de comédie. Mais à l’opposée de Contre-enquête, Un homme à la hauteur est nettement mieux réalisé qu’il n’est écrit. C’est même là que le bât blesse : dans une écriture qui frôle souvent la caricature, ou la bien-pensance. Pas de quoi gâcher le plaisir procuré par les acteurs.

First Cow (id.) – de Kelly Reichardt – 2019

Posté : 15 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, REICHARDT Kelly, WESTERNS | 67 commentaires »

First Cow

La première scène de First Cow a l’air totalement anodine, voire inutile. De nos jours, une promeneuse découvre au bord d’une large rivière les ossements de deux personnes, gisant côte à côte à quelques centimètres de profondeur… Rien de plus, si ce n’est ce gros bateau qui descend lentement le long du cours d’eau. Elle n’a l’air de rien cette introduction, suivie aussitôt du « vrai » début du film, pas loin de deux siècles plus tôt dans l’Oregon des pionniers.

Elle n’a l’air de rien, mais elle pèse constamment sur ce beau film de Kelly Reichardt, nous glissant bien plus que la fin tragique promise aux personnages principaux : avec ce gros bateau lancé dans une course lente mais inarrêtable, et avec ce paysage dont on réalisera tardivement qu’il a beaucoup évolué en 200 ans, c’est comme si la cinéaste nous faisait toucher du doigt le temps lui-même et le côté inéluctable voire anecdotique des événements.

La cinéaste sait comme personne filmer le temps qui s’étire, et rendre perceptible le sentiment de toute puissance de la nature, ou de l’environnement. La rencontre des deux personnages principaux est toute auréolée de ces deux aspects. Elle se déroule dans une forêt sombre et humide, loin des décors habituels du western, genre dont la réalisatrice ne garde à peu près rien des codes. Et ce sont deux individus dont on ressent profondément l’immense solitude qui se trouvent. Littéralement.

Cookie le cuisinier un peu paumé, et King-Lu le Chinois en quête de fortune, n’ont a priori rien en commun si ce n’est d’être livrés à eux-mêmes dans un environnement particulièrement hostiles. Ensemble, ils vont d’abord rompre leur solitude, et puis rêver d’un lendemain plus heureux, qu’ils pensent toucher du doigt lorsque le miracle se produit : l’arrivée d’une vache dans la propriété d’un homme riche et puissant. La première vache de l’État, que les deux hommes commencent à traire en cachette la nuit, pour confectionner des gâteaux que les colons s’arrachent bientôt.

La beauté du film, tiré d’un roman de l’éternel complice de Kelly Reichardt Jonathan Raymond, repose avant tout sur l’humanité que sait capter la cinéaste, et sur sa manière de donner corps à son décor, cet Oregon du début du XIXe siècle que l’on a le sentiment de découvrir tel qu’il était, grâce à un extraordinaire sens du détail. Ni héroïsme ni spectaculaire dans ce western, mais une tension constante, et surtout une manière de filmer l’amitié et l’espoir, la peur et la fatigue. Superbe.

The Old Man and the Gun (id.) – de David Lowery – 2018

Posté : 18 septembre, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, LOWERY David | Pas de commentaires »

The Old Man and the Gun

C’est basé sur une histoire vraie, mais ça n’a pas grande importance. The Old Man and the Gun est avant tout un joli film pour clore (ou presque, et sûrement) une grande carrière d’acteur. Si on oublie (et je n’ai aucun mal à le faire) une ultime ultérieure panouille chez Marvel, ce pourrait bien être la toute dernière apparition de Robert Redford au cinéma. Et même s’il y a dans sa filmographie quantité de chefs d’œuvre autrement plus marquants (au hasard : La Poursuite impitoyable, Willie Boy, Les Trois Jours du Condor), il y a bien pire pour tirer sa révérence.

L’histoire de ce vieux braqueur de banque qui, à (bien) plus de 70 ans, continue à voler non pas pour gagner sa vie mais pour simplement vivre, ressemble au clin d’œil d’un vieil acteur qui n’a pas l’intention de partir sans un ultime baroud d’honneur, sans avoir une dernière occasion de jouer les séducteurs à l’œil qui frise, avec ce regard de sale gosse gentiment insolent, qui ne l’a jamais vraiment quitté.

Le film serait franchement anecdotique s’il n’y avait cette dimension testamentaire pour Redford. Mais elle est bien là, cette dimension, et ça change tout. La légèreté du ton, à l’opposée d’un Gran Torino auquel le film a injustement été comparé, le refus obstiné de se prendre au sérieux, jusqu’à ne plus même filmer les braquages eux-mêmes, la position souvent en marge de l’action du personnage de Redford… Tout ça concourt à dédramatiser un thème qui est, quand même, celui d’une vie qui s’achève.

Mais tant qu’il y a de la vie, il y a de la légèreté, du bonheur. Et c’est presque une leçon de vie, joliment insolente, que le film nous offre, et que reçoit parfaitement le flic interprété par le grand Casey Affleck, formidable comme toujours. Des tas d’acteurs impeccables sont d’ailleurs réunis pour ce baroud d’honneur de Redford : des vieilles badernes comme Danny Glover ou Tom Waits, la trop rare Sissy Spacek, ou même l’excellente Elizabeth Moss dans un petit rôle inattendu.

Il y a des films dont on sent bien qu’ils sont très mineurs et qu’ils n’apportent pas grand-chose, mais dont on tombe tout de même sous le charme. C’est le cas de The Old Man and the Gun.

Creed 2 (Creed II) – de Steven Caple Jr. – 2018

Posté : 17 septembre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, CAPLE Jr., STALLONE Sylvester, Steven | Pas de commentaires »

Creed 2

Creed 2, ou Rocky 8, ou Rocky 4 – la suite. C’est un peu tout ça à la fois, et c’est là la force et la limite de ce qui pourrait bien être l’ultime apparition de Stallone dans les frusques de son personnage mythique, ce Rocky Balboa à qui il doit tout et qui l’accompagne depuis quarante-deux ans. Un compagnonnage unique dans l’histoire du cinéma, qui s’achève avec une double-suite elle aussi unique en son genre.

Pas que Creed 2 soit un film particulièrement original. Il ne l’est pas à bien des égards, se contentant très largement de répéter et de mettre en abîme des situations vues dans les précédents opus. La construction dramatique elle-même, autour de deux combats successifs aux conclusions très différentes, rappelle ainsi à la fois le diptyque Rocky-Rocky 2, et le dispensable Rocky 3.

Mais c’est bien une suite directe du caricatural Rocky 4 et de l’excellent premier Creed que signe Stallone, co-scénariste du film. Et c’est là que le vrai miracle apparaît : Au film déshumanisé de 1985, devenu un symbole désolant de l’Amérique reaganienne triomphante, Creed 2 donne une suite désenchantée et assez belle, dans laquelle le personnage tristement monolithique du film original dévoile une humanité aussi inattendue qu’émouvante.

Symbole glacé et monstrueux d’une Russie déshumanisée à l’extrême en pleine guerre froide, Ivan Drago est désormais un paria vivant seul avec son fils dans une Ukraine triste et morne… Quatre ans après la sortie du film, voilà un contexte qui prend un tout autre relief. Bien sûr, ce n’est pas d’une finesse révolutionnaire, mais il y a quelque chose de très beau à voir Stallone-Balboa réhabiliter le plus désincarné de ses adversaires, jusqu’à lui offrir une conclusion bouleversante.

Il y a une limite quand même, et elle est de taille. Et elle tient au fait que jusqu’ici, je n’ai pas encore abordé le personnage principal de Creed 2 : Adonis Creed, fils d’Appolo et protégé de Rocky, à qui Michael B. Jordan apporte une belle intensité, autant à l’aise dans la puissance des combats que dans la sensibilité des rapports humains. Mais Adonis n’existe réellement que par ce qu’il renvoie de Rocky.

C’était déjà sensible dans le premier Creed, où l’équilibre entre les deux personnages était joliment trouvé. Ici, c’est plus problématique, parce que Rocky est nettement plus en retrait. Il a bien quelques très beaux moments, dont on sent qu’ils ont été pensés par Stallone pour lui permettre de faire ses adieux au personnage. Mais la plupart du temps, Creed/Jordan tente de voler de ses propres ailes.

Tente, seulement. Parce que non, Adonis Creed n’est pas le nouveau Rocky Balboa. Il n’en a pas le cœur, l’humanité, ce petit quelque chose qui fait de Rocky l’un des grands personnages du cinéma. En fait, Creed n’existe pas sans Rocky : il en est un prolongement, le reflet d’une jeunesse envolée. Savoir que Stallone n’apparaîtra pas dans Creed 3, que Michael B. Jordan a lui-même réalisé, n’est pas vraiment la nouvelle la plus excitante de l’année.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa ; Creed, l’héritage de Rocky Balboa.

Au poste ! – de Quentin Dupieux – 2018

Posté : 12 septembre, 2022 @ 8:00 dans 2010-2019, DUPIEUX Quentin | Pas de commentaires »

Au poste

Séduit et intrigué, plus que réellement convaincu par Incroyable mais vrai… Une deuxième plongée dans l’univers de Dupieux s’imposait rapidement. Verdict : séduit et intrigué, plus que réellement convaincu.

Cette fois encore, le marketing autour du film est imparable, avec son affiche qui évoque très ouvertement les polars de Belmondo des années 70, du genre Peur sur la ville. Pourtant, le dispositif choisi par Dupieux évoque moins le Bebel flamboyant qu’un autre classique un rien plus tardif : Garde à vue, avec son face-à-face entre un flic et un suspect dans un commissariat quasi-désert.

Mais on est bien chez Dupieux, et clairement pas chez Claude Miller. Dans Au poste !, le face-à-face relève également du plaisir de l’acteur, mais bien d’avantage du côté de l’absurde et du non-sens. Voire même du surréalisme, jusqu’à un rebondissement final en forme de mise en abîme pour le moins audacieuse… qui laisse pour le moins dubitatif.

Dans ce huis-clos étonnant, le suspect joué par Grégoire Ludvig (l’un des membres du Palmashow) est interrogé par le commissaire Benoît Poelvoorde. Et dans le rôle de Guy Marchand… pardon, du flic chargé de surveiller le suspect, Marc Fraize, extraordinairement lunaire et décalé. Devant la caméra de Dupieux, tous les flics ont une curieuse particularité physique. Benoît Poelvoorde a un trou dans la poitrine qui laisse échapper la fumée de sa cigarette. Marc Fraize a un œil comme gommé de son visage. Même Philippe Duquesne a une jambe engoncée dans un appareillage volumineux.

C’est très drôle, et c’est surtout du décalage que vient l’humour. L’absurdité de l’interrogatoire, la rencontre hallucinante entre Poelvoorde et son fils joué par Orelsan, jeune homme dépressif qui lance à son père : « La semaine dernière j’ai voulu me suicider, mais j’ai regardé la télé à la place. » Formidable utilisation des flash-backs aussi : des souvenirs dans lesquels les personnages du présent s’incrustent et interagissent. Séduisant, et intriguant. Une troisième plongée dans l’univers Dupieux s’impose…

La Défense Lincoln (The Lincoln Lawyer) – de Brad Furman – 2011

Posté : 26 août, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, FURMAN Brad | Pas de commentaires »

La Défense Lincoln

Presque dix ans après l’adaptation très libre de Créance de sang par Clint Eastwood, Michael Connelly a de nouveau droit aux honneurs d’Hollywood avec ce polar judiciaire basé sur l’un de ses personnages récurrents, l’avocat Mickey Haller.

L’intrigue est retorse comme il se doit : l’avocat est choisi pour défendre un homme accusé de violences sur une femme, dont il découvre bientôt qu’il est effectivement coupable, mais aussi qu’il est responsable d’un meurtre pour lequel un autre client de Haller a été condamné. L’avocat, tenu par le secret professionnel, se retrouve pris au piège.

C’est brillamment retors. Mais ce qui fonctionne le mieux dans cette adaptation, c’est le personnage lui-même, avocat cynique et calculateur que ses restes d’humanité rendent à peine plus sympathique. Le scénario, en tout cas, ne fait rien pour gommer les aspérités du gars, regard carnassier et suffisance affichée, véritable renaissance pour Matthew McConaughey.

L’acteur, après des débuts brillants au milieu des années 1990, végétait depuis une décennie dans des comédies romantiques d’avantage taillées pour son torse glabre et musclé que pour ses talents d’acteur. La Défense Lincoln permettait de remettre les pendules à l’heure, et d’ouvrir une période autrement plus passionnante, de Killer Joe à Interstellar en passant par Mud.

Il est assez formidable ici, imposant un personnage qui ne ressemble véritablement à aucun autre, et dominant une distribution qui donne la part belle aux seconds rôles de prestiges, de William H. Macy à Marisa Tomei en passant par Ryan Philippe, Bryan Cranston, Michael Pena, John Leguizamo ou Frances Fisher.

Manquerait plus qu’un vrai grand metteur en scène pour emballer tout ça. Ce n’est pas vraiment le cas. Brad Furman fait le job avec application, et une efficacité indéniable, mais en glissant quelques effets de caméra très dispensables, qui nuisent aux quelques scènes de pur suspense. Pas de quoi gâcher le plaisir.

Quant à Mickey Haller, outre les autres romans dans lesquels il est régulièrement apparu sous la plume de Connelly, il est désormais (comme l’autre personnage récurrent du romancier, Harry Bosch) le héros d’une série elle aussi intitulée La Défense Lincoln.

Aux yeux de tous (Secret in their eyes) – de Billy Ray – 2015

Posté : 7 août, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, RAY Billy | Pas de commentaires »

Au yeux de tous

Remake d’un thriller argentin à l’excellente réputation, Dans ses yeux (pas vu), Aux yeux de sombre est un film sombre. Très sombre. Un thriller qui navigue assez habilement entre l’action présente et une succession de flash-backs qui se répondent constamment et éclaircissent ou obscurcissent l’intrigue, c’est selon.

Treize ans après le meurtre dont a été victime la fille de sa collègue et amie, un ancien agent du FBI est persuadé d’avoir retrouvé la trace du tueur. Une histoire d’obsession comme on en a beaucoup vu dans le thriller. L’histoire d’un deuil impossible, aussi, et même de plusieurs deuils : celui de la mère bien sûr, mais aussi celui de l’ami incapable de faire taire son sentiment de culpabilité, et celui de la belle et ambitieuse district attorney, qui elle peine à faire le deuil de ses passions de jeune femme.

Bref, on rit assez peu dans Aux yeux de tous. A vrai dire, on n’a de brèves occasions de sourire que dans le début du premier flash-back, avant la découverte du corps, moment assez traumatisant porté par l’interprétation intense de Chiwetel Ejiofor et la douleur oppressante de Julia Roberts, physiquement transformée par ce rôle de mère déchirée. Dans celui plus nuancé de la district attorney, Nicole Kidman est formidable.

Grand casting, donc, pour une intrigue qui nous plonge dans le traumatisme de l’Amérique de l’immédiat après-11 septembre, avec tout ce que cela implique de paranoïa et de cynisme. Ce n’est certes pas le film le plus délicat et le plus nuancé de l’histoire du thriller délicat et nuancé, et la charge peut être un peu lourde sur certains aspects. Mais la simplicité d’une intrigue qui ne cherche pas l’esbroufe et le coup facile est assez remarquable.

Quant au rebondissement final, que l’on pressent sans deviner sa nature exacte, il surprend et séduit également par son refus du sensationnalisme, refermant le film sur une note profondément humaine et émouvante. Eprouvant, oui, mais aussi plein d’humanité.

La Femme à la fenêtre (The Woman in the window) – de Joe Wright – 2019-2021

Posté : 2 août, 2022 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, 2020-2029, WRIGHT Joe | Pas de commentaires »

La Femme à la fenêtre

Joe Wright a au moins le mérite de ne pas cacher ses influences – majeures. Son film s’inspire très ouvertement de Fenêtre sur cour et de La Maison du Docteur Edwardes ? Il glisse dès les premières séquences des extraits des deux classiques d’Hitchcock. La Femme à la fenêtre, adaptation d’un roman à succès, est ainsi avant tout un film hyper-référencé qui flirte tout autant du côté du thriller paranoïaque à la Rear Window que du côté de la peur psychanalytique à la Spellbound.

Les références sont bonnes, l’élève est appliqué, l’actrice (Amy Adams) est excellente. Mais La femme à la fenêtre reste constamment très en deçà de ses lourdes références. Le scénario est retors et assez efficace, mais il ne surprend jamais. Pas vraiment en tout cas, tant la présence étouffante des références prépare le spectateur aux différents rebondissements. Les quelques moments de pure angoisse sont ainsi vécus avec une aimable tension, et les effets faciles de peur instantanée tombent complément à plat.

Bref : même pas peur. De ce côté là au moins, Joe Wright rate complètement sa cible. Il se rattrape un peu avec le portrait de cette femme névrosée vivant seule dans un appartement new-yorkais, que son agoraphobie affichée lui interdit de quitter, variation maligne sur le personnage de James Stewart cloué dans son fauteuil dans le film de Hitchcock. Comme lui, elle occupe ses longues journées à observer ses voisins. Et comme lui, elle assiste à ce qu’elle croit être le meurtre de sa voisine par son mari. Et toujours comme lui, personne ne la croit.

On sent bien dès le début qu’il y a autre chose en jeu : l’autre référence hitchcockienne du film, le traumatisme profondément enfoui. Mais les signes sont grossiers, les ficelles souvent énormes, et Wright, pour faire simple, n’est clairement pas Hitchcock. Alors la grande révélation intime de la mi-film ne procure pas l’immense émotion qu’elle devrait. Elle ne laisse pas de marbre, non, mais ne surprend pas vraiment.

C’est tout le problème du film : appliqué, malin, relativement efficace, il donne souvent le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes. Formellement, le film est concluant. Les acteurs sont excellents. Et le plaisir est réel, avant tout basé sur l’ambiance paranoïaque que Wright réussit à créer. Voilà.

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