Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '2010-2019'

Dumbo (id.) – de Tim Burton – 2019

Posté : 29 avril, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, BURTON Tim, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dumbo 2019

Soyons honnête : je n’attendais pas grand-chose de ce Burton, cinéaste qui (à l’exception de Sweeney Todd, il y a déjà 12 ans) ne m’a plus enthousiasmé depuis une vingtaine d’années. Pire, l’annonce de ce projet de Dumbo en prises de vue réelles avait tout du signal définitif de la démission du gars. Entre ses grosses productions acidulées à la Charlie et la chocolaterie, et des projets plus personnels dans lesquels il semblait ronronner sans trop y croire, ce projet semblait un nouveau pas en avant pour rentrer dans le rang.

La surprise n’en est que plus belle : Dumbo est un très beau film. Et la preuve que Burton peut se glisser dans l’univers de Disney en remplissant le cahier des charges, tout en signant une œuvre personnelle, grinçante et émouvante. Dumbo 2019 est une adaptation respectueuse du dessin animé de 1941. Il est aussi l’héritier digne d’Edward aux mains d’argent, monstre de foire en quête d’une famille, et en proie aux regards pas toujours bienveillants.

Visuellement, c’est somptueux : un mélange de grand spectacle et d’intime aux couleurs joliment rétros. Et le scénario est particulièrement malin et efficace, reprenant les grandes lignes du dessin animé en en retirant consciencieusement tous les éléments trop purement cartoonesques (à l’exception de l’éléphanteau capable de voler, bien sûr), sans pour autant les effacer : la locomotive Casey Jr et la souris Timothée font d’amusantes apparitions, tout comme les cigognes qui se posent sur le wagon de Mme Jumbo au moment de l’accouchement.

Mais pas d’animaux qui parlent ici (même s’ils semblent comprendre parfaitement ce qu’on leur dit) : les humains retrouvent le premier rôle, alors qu’ils se limitaient souvent à des silhouettes dans le classique de Disney. Et ce qu’en fait Burton est, d’emblée, bouleversant : ce retour de la guerre (on est en 1919) d’un artiste de cirque, dont les enfants découvrent sur le quai de la gare qu’il a perdu un bras. Le film n’est commencé que depuis quelques minutes à peine, ces retrouvailles déclenchent les premières larmes, il y en aura bien d’autres.

D’un schéma très disneyen (la lutte du petit contre le gros), Burton fait un film très personnel (les déboires d’un être différent, la quête de la cellule familiale). Son Dumbo a beau être numérique, il dégage cette innocence et cette pureté menacée des grands personnages du cinéma burtonien. Les personnages échappent d’ailleurs tous aux stéréotypes auxquels ils semblent pourtant d’emblée destinés.

Les enfants de ce rescapé de guerre (Colin Farrell) sont loin de la caricatures de gamins têtes à claques qui peuplent le cinéma. La trapéziste hautaine (Eva Green), le petit patron de cirque ambitieux (Danny De Vito), le banquier glacial (Alan Arkin) dévoilent tous une humanité qu’on ne leur aurait pas prêté au premier abord. Et puis il y a ce grand méchant incarné par Michael Keaton, qui retrouve Burton (et De Vito – Le Pingouin) 27 ans après Batman le défi).

Il est réjouissant, Keaton, incarnation d’une industrie du spectacle cynique et inhumaine, que Burton oppose aux petits artisans du spectacle. Comme s’il voulait glisser en passant qu’il n’était pas dupe de sa propre situation. Paradoxalement, c’est en se mettant au service d’un studio énorme qui ne fonctionne plus que sur des logiques mercantiles systématiques (notamment l’adaptation live de ses films d’animation) que Burton retrouve son âme.

Crisis in six scenes (id.) – de Woody Allen – 2016

Posté : 29 mars, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Crisis in six scenes

C’était l’époque où tout allait bien entre Woody Allen et Amazon. Une époque lointaine : 2016, alors que tout souriait au jeune octogénaire, qui enchaînait les réussites (artistiques et commerciales) à son rythme immuable d’un film par an. Cette année-là, le cinéaste entame une collaboration qui s’annonce fructueuse avec la plateforme, qui distribue son Café Society et le convainc de réaliser pour elle sa première série télé.

Un projet forcément excitant, pour lequel Woody Allen a toute liberté de faire ce qu’il veut. Le résultat est du pur Woody Allen, mais laisse quelque peu dubitatif. A vrai dire, Crisis in six scenes a tout du rendez-vous manqué, ou de la fausse bonne idée. Une série ? Ce projet en a vaguement la forme : six épisodes (d’une bonne vingtaine de minutes chacun), avec à chaque fois une dernière image ou une dernière réplique qui fait timidement office de cliffhanger…

Visiblement pas passionné par ce nouveau langage que représente pour lui la série télé, avec toutes les opportunités que cela peut lui offrir, Woody Allen fait ce qu’il fait depuis des décennies, et comme il l’aurait fait pour le cinéma, si ce n’est qu’il s’agit d’une œuvre de commande… et du plus long de ses longs métrages, avec ses quelques 2h15 pas si bien remplies que ça, et surtout pas si originales que ça.

On l’attendait en liberté, on l’espérait en mode expérimental, et voilà qu’on le trouve en terrain connu et archi-balisé. Woody Allen lui-même, donc, en écrivain raté, casanier et hypocondriaque, dont la vie bien ordonnée va être bouleversée par l’arrivée d’une jeune révolutionnaire recherchée par la police (Miley Cyrus): la jeune femme va révéler les personnalités cachées de son épouse (Elaine May, très bien), sexologue pour couples en crises avec une tendance fort prononcée pour le vin blanc, et leur protégé, fils de bonne famille destiné à une carrière dans la finance.

Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se déroule durant les années 60, une époque de grande turbulence aux Etats-Unis. Confronter le personnage si familier et si immuable de Woody Allen à ces bouleversements qui affectent directement sa routine (jusqu’à une dernière séquence bordélique et réjouissante) est la meilleure idée du film. Pardon, de la série.

C’est un Woody Allen sans grande surprise, donc, qui rappelle par bien des aspects ses films les plus paresseux des années 90. Mais même en mode mineur, on retrouve l’élégance de sa mise en scène et son sens du dialogue tout de même génial : « We can build on guacamole », lance ainsi Elaine May à un couple que rien ou presque ne rapproche… Et puis Woody n’avait plus tenu le rôle principal d’un de ses films depuis près de quinze ans (Hollywood Ending). Et vu ses problèmes actuels, ce pourrait bien être son dernier rôle…

Minuscule 2 : les mandibules du bout du monde – de Thomas Szabo et Hélène Giraud – 2018

Posté : 8 mars, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, GIRAUD Hélène, SZABO Thomas | Pas de commentaires »

Minuscule 2

On prend les mêmes et on recommence, pour un nouveau voyage plein d’humour et d’émotion dans l’univers du très petit. Chez les insectes, donc, héros de ce long métrage entre animations et prises de vue réelles. Le principe était le même pour le premier film, et pour la série télé qui avait précédé : les décors et les accessoires sont tous authentiques, et filmés « pour de vrai », tandis que les héros sont des créatures numériques ajoutées en post-production.

Une coccinelle, donc, à la recherche de son fils (ou de sa fille, ça n’a pas vraiment d’importance), et qui doit quitter sa forêt hivernale du Mercantour pour s’envoler en direction de la Guadeloupe, terre foisonnante en matière d’insectes. Et ses amis l’araignée et la fourmi, qui savent compter les uns sur les autres depuis le premier film, et qui embarquent à bord d’un bateau pirate (une maquette) pour traverser l’Atlantique…

Visuellement, c’est bluffant, tant les décors sont importants, et magnifiquement mis en valeur. C’est aussi d’une grande inventivité, le moindre écueil étant motif de gag, voire d’émotion forte. C’est aussi plein de références cinématographiques : même si ces références sont moins omniprésents que dans le premier film, les réalisateurs s’amusent quand même à citer les films de Ray Harrihausen ou les classiques du cinéma d’aventures et de pirates.

Minuscule 2, c’est aussi un bel éloge de l’entraide, et un pur plaisir de cinéma.

Peaky Blinders (id.) – saison 3 – créée par Steven Knight – 2016

Posté : 18 février, 2019 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, KNIGHT Steven, MIELANTS Tim, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 3

Sauvé de la mort in extremis par les hommes de Churchill, Thomas Shelby est désormais redevable envers l’homme fort d’Angleterre. Y compris le jour de son mariage tant attendu avec la belle Grace, la femme qu’il aime, l’unique personne capable de contenir sa rage. Mais la violence appelle la violence, et la tragédie guerre. Lorsqu’elle arrive, c’est tout un fragile équilibre qui explose.

Comme un fascinant fil rouge, le « Red Right Hand » de Nick Cave rythme une nouvelle fois cette ébouriffante troisième saison, tantôt envoûtante, tantôt rageuse, tantôt éthérée. L’utilisation de cette chanson, et d’autres, reste l’une des grandes particularités de la série de Steven Knight, la première sans doute à utiliser le « Lazarus » de David Bowie et le « You want it darker » de Leonard Cohen, deux chansons marquées par la mort.

C’est dire si la mort est omniprésente dans cette saison, qui marque le basculement de la famille Shelby, et la fin d’une époque. La violence est rare, elle n’en est que plus percutant et traumatisante. L’esthétisme fascinant de la série n’enlève strictement rien au poids de cette violence, qui est plus que jamais le sujet du show : la violence et ses conséquences, au cœur de tous les drames qui se nouent.

Dans le rôle de Thomas, le chef de la famille Shelby, Cilian Murphy est d’une intensité rare. Cette troisième saison lui donne la possibilité de donner toute l’étendue de son talent, son personnage passant par à peu près tous les états inimaginables, de la paix intérieure à la douleur la plus vive en passant par la folie, la rage et le cynisme. Un personnage tiraillé par ses démons, dont on ne peut qu’imaginer tout ce qu’il peut encore donner à la série.

Le personnage de son frère Arthur est tout aussi passionnant, homme de main rongé par ses péchés, qui lutte contre ses démons, mais que sa fureur mal renfermée rattrape sans cesse. Comme la tante Polly, femme forte et fière, rattrapée par ses désirs de femme et de mère, en rupture avec la violence dans laquelle s’est enfermée la famille Shelby. Deux personnages magnifiques, portés par deux acteurs particulièrement habités, Helen McCrory et Paul Anderson.

Peaky Blinders dresse une peinture sans concession de l’Angleterre des années 20 avec ses politiciens véreux et ses hommes d’église peu fréquentables. La série de Steven Knight, visuellement magnifique, et totalement addictive, continue son sans-faute. Vivement la suite.

* Voir aussi la saison 1 et la saison 2.

La Mule (The Mule) – de Clint Eastwood – 2018

Posté : 9 février, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

La Mule

Il aura donc attendu dix ans avant de revenir devant sa propre caméra, pour ce qui restera sans doute un ultime baroud d’honneur ? Allez savoir… Dix ans durant lesquels Eastwood aura enchaîné les films, parfois pour le meilleur, parfois moins, à l’image de ses derniers films : Sully dans la première catégorie, Le 15h17 pour Paris dans la seconde. Dix ans aussi durant lesquels ses plus grands admirateurs espéraient qu’il renonce à son renoncement d’acteur.

Eastwood cinéaste, c’est (presque) toujours l’assurance d’un film intéressant (au minimum). Eastwood cinéaste ET acteur, eh bien c’est un genre en soit, tant il a su, et depuis longtemps, filmer son propre vieillissement de la manière la plus fascinante qui soit. De Honkytonk Man à Gran Torino en passant par Impitoyable, Les Pleins Pouvoirs, Space Cowboys ou Million Dollar Baby, Eastwood prend un malin plaisir à mettre en scène sa décrépitude, lui qui affiche pourtant, à 88 ans, une santé et une forme hallucinantes.

C’est une nouvelle fois le cœur de La Mule, beau film qui ne vaut sans doute que parce qu’il est eastwoodien. Bradley Cooper, qu’il retrouve après American Sniper, raconte amusé comment Clint s’est inspiré de son grand-père pour « jouer les vieux » de manière crédible, adoptant une démarche hésitante et grognant ses dialogues comme s’il avait du mal à articuler. Il n’y a sans doute que lui pour (à 88 ans, je le rappelle une dernière fois) décider de se vieillir comme ça…

Le résultat : un plaisir évident de renouer avec la comédie (notamment lors de l’une de ces pauses qu’il a toujours aimé glisser dans ses films, ou son personnage rencontre le flic qui le traque), une manière toute en gourmandise d’incarner ce type jouisseur qui ne pense qu’à profiter de la vie telle qu’elle se présente, s’amusant du politiquement correct lorsqu’il vient en aide à des « nègres » dont il rit sans arrière pensée lorsqu’ils lui font remarquer qu’ils sont juste « des personnes ». Un type qui n’a plus l’âge de parler avec des filtres (« mais je ne me souviens pas avoir jamais eu de filtre », précise-t-il), et dont la liberté a quelque chose de beau et émouvant.

Comme un paradis perdu, même : sa manière de parler aux « nègres », ou aux « lesbiennes à motos », marque moins pour la rudesse très impolitiquement correcte pour le coup, que pour son naturel absolu, au-delà de toute ébauche de jugement moral. Ça n’a l’air de rien, mais c’est presque révolutionnaire aujourd’hui, cette liberté de ton du type qui ne se demande pas si ses propos ne vont pas être mal compris. Peut-être est-ce l’âge, ou le sourire désarmant, mais il peut tout dire, l’empathie transparaît constamment.

Plein de grands moments d’une légèreté étonnante, La Mule n’est pas une comédie pour autant. Inspiré d’une histoire vraie, celle d’un nonagénaire qui est devenu le principal transporteur de drogue d’un cartel mexicain, le film permet aussi à Clint Eastwood de livrer une interprétation toute en nuances, et sans doute très personnelle. Car cet homme jouisseur réalise à l’aube de sa vie qu’il a sacrifié l’essentiel à son travail (il est horticulteur, passionné par les fleurs qui ne s’épanouissent qu’une journée, tout un symbole) : sa famille.

Confier le rôle de sa fille à sa propre fille, Alison, renforce le sentiment que Clint Eastwood se livre dans ce film, comme rarement auparavant. Se serait-il reconnu dans ce personnage d’Earl Stone, séducteur impénitent, homme à femmes, qui a passé plus de temps avec ses fleurs qu’avec ses proches ? Eastwood est en tout cas presque de chaque scène, et son film sonne à la fois comme un retour aux sources et comme une belle méditation sur l’importance de réussir la fin de sa vie.

La fin de son film est en cela particulièrement belle. En paix avec lui-même, ayant réglé ses comptes avec son passé, retrouvant l’essentiel, et près à profiter du présent en regardant un peu vers l’avenir. « Il n’y a qu’à 99 ans qu’on veut être centenaire. »

Le 15h17 pour Paris (The 15:17 to Paris) – de Clint Eastwood – 2018

Posté : 8 février, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Le 15h17 pour Paris

Après Sully, Clint Eastwood ne pouvait pas passer à côté de cette histoire, taillée pour lui : trois Américains en vacances qui déjouent un attentat au péril de leur vie. Cet épisode est évidemment authentique : en 2015, le fameux attentat déjoué du Thalys, qui aurait pu faire des dizaines de morts sans l’intervention d’une poignée de personnes, dont ces trois Américains.

Spencer Stone, Alex Skalatos, Anthony Sadler : trois héros de circonstance, à qui Eastwood a offert d’incarner leurs propres rôles dans ce film tout à leur gloire. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls : Chris Norman (le quatrième homme décoré de la Légion d’Honneur par François Hollande), Mark Moogalin (autre héros, grièvement blessé lui) et sa femme apparaissent eux aussi dans leurs propres rôles.

Clint Eastwood signe avant tout un hommage vibrant à ces héros américains modernes, thème central de son cinéma depuis quelques années, d’American Sniper à Sully. Rien d’étonnant à ce qu’il s’y intéresse donc, d’autant qu’il avait l’occasion de signer quasiment un film jumeau de Sully : dans les deux cas, l’acte héroïque qui a permis de sauver toutes ces vies n’a durée qu’une poignée de minutes, tout au plus.

Dans Sully, il y avait des tas d’enjeux soulevés par cet acte héroïque (un pilote de ligne qui pose son avion sur la rivière Hudson à New York pour éviter le crash), qui permettaient à Clint de signer un film riche et dense, l’une de ses grandes réussites récentes.

Ici, il y a l’acte lui-même, authentiquement héroïque. Ces trois-là méritent tous les honneurs qu’ils ont reçus, aucun doute. Des héros, donc. Mais une fois qu’on a dit ça, une fois qu’on a montré l’acte en question, eh bien on a à peu près tout dit et tout montré. Et tout le reste… ben ce n’est pas grand-chose.

Clint nous raconte donc l’histoire de ces trois amis, leur rencontre, leur enfance gentiment turbulente (avec au passage une pure séquence de vieux con, celle des deux mamans avec l’institutrice alarmiste, sommet de populisme dégoulinant), l’engagement de Spencer et Alek dans l’armée, où il ne se passe rien (au point de mettre en scène, comme s’il s’agissait d’une bataille sanglante, une séquence dont l’enjeu est un sac à dos oublié dans un village… Euh, les gars, vous savez que ça coûte de l’argent de faire un film ?), et le périple des trois amis en Europe, qui va les conduire dans le fameux train pour Paris.

Comme Clint, au fond, n’a pas grand-chose à raconter avant les cinq minutes cruciales (montre en main), il faut bien remplir les 85 autres minutes du film. Alors il ne nous épargne rien de ces vacances en Europe, de leurs selfies à Rome ou à Venise, de leur gueule de bois à Amsterdam. Rien.

Quant à la scène finale de la remise de médailles à l’Elysée, mélange d’images d’archives et de reconstitution (avec Patrick Braoudé qui donne son dos à Hollande), elle se contente d’enfoncer le clou assez maladroitement : Le 15h17 pour Paris est, techniquement, un film impeccable. Mais c’est un film qui n’a rien d’autre à dire que : ces Américains sont des héros. Certes.

American Sniper (id.) – de Clint Eastwood – 2014

Posté : 20 janvier, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

American Sniper

A l’exception très notable de Sully, on ne peut pas dire que les derniers Clint Eastwood m’aient franchement emballé. Depuis que le grand Clint a pris sa quasi-retraite d’acteur (retraite dont il sort d’ailleurs dans quelques jours avec La Mule… Chouette !), et surtout depuis qu’il ne s’intéresse plus qu’aux « héros » de l’Amérique contemporaine, son cinéma a une petite tendance à la froideur qui me laisse quelque peu de marbre.

Je ne pouvais quand même pas décemment passer indéfiniment à côté de ce American Sniper, adaptation de l’autobiographie de Chris Kyle, tireur d’élite devenu un mythe pour avoir dessouder à lui seul 160 types (ou femmes, ou enfants) durant la guerre d’Irak, et mort quelques mois seulement avant le début du tournage. Un film qui a valu à Clint son plus gros succès populaire (à 84 ans !), et une polémique tenace autour d’une pseudo glorification patriotique de l’acte de tuer.

Patriotique, American Sniper ? Dans sa toute dernière partie, sans le moindre doute. Mais la conclusion hagiographique n’enlève rien au fait qu’avant ces quelques ultimes minutes, il y a plus de deux heures d’un portrait pas si glorieux que ça d’un Américain moyen confronté à la guerre. Un Américain profond même, bouseux du Texas un peu bas du front que Clint filme avec sa frontalité habituelle : pas question pour lui d’encenser ni de dénoncer, il montre simplement un homme dans sa complexité.

On pourrait penser aussi que le personnage de l’épouse de Chris Kyle est sacrifié, elle qui doit se contenter de jouer celle qui voit son homme se renfermer sur lui-même et sur ses fantômes, sans pouvoir toujours comprendre ce qu’il ressent. Mais ce personnage, joué par Sienna Miller, est le parfait alter ego du spectateur, jamais vraiment invité à pénétrer dans le subconscient de Kyle.

Eastwood ne rend pas son « héros » aimable, il n’en fait pas un chevalier blanc (ou noir) uniquement dédié à la défense de son pays. Sans doute l’est-il en partie, mais libre aussi au spectateur de penser que ce cow-boy texan est parti à la recherche d’un sens à sa vie, et qu’il est devenu accro à l’adrénaline, à la peur, et à la mort. Au risque de se perdre en chemin.

Le choix de Bradley Cooper pouvait faire peur : l’acteur n’est pas franchement le plus enthousiasmant de sa génération. Pourtant, il est remarquable dans ce rôle ingrat pour lequel il se transforme physiquement de manière spectaculaire. Est-ce vraiment un compliment ? En tout cas il est absolument parfait pour jouer les bœufs.

Le film est peut-être un rien trop long. L’enchaînement des « accrochages » et des fusillades a un côté un peu catalogue qui n’était sans doute pas indispensable, d’autant plus que Clint Eastwood n’est pas taillé pour le registre d’une Kathryn Bigelow (celle de Démineurs ou de Zero Dark Thirty). Cela dit, ces séquences de bravoure révèlent un talent qui était loin d’être évident chez Eastwood jusqu’à présent : un sens du cadre et une intelligence de l’action qui renvoient un Ridley Scott aux oubliettes.

Surtout, Eastwood passe avec un vrai bonheur de l’action la plus immersive aux scènes intimistes. Son film parle de la guerre, certes. Mais il parle surtout de cet homme à la dérive et de son couple. Là, on retrouve l’extrême sensibilités du cinéaste, sa manière toute personnelle de coller à ses personnages et de placer quelques petites notes de musique toutes délicates. Voilà une réussite du grand Clint que je n’attendais pas…

L’Empereur de Paris – de Jean-François Richet – 2018

Posté : 16 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, RICHET Jean-François | Pas de commentaires »

L'Empereur de Paris

Il a de la gueule, Vincent Cassel. De la gueule, une présence indéniable, et une capacité pas si commune à se glisser naturellement dans des époques différentes. Le voilà donc en bagnard évadé qui devient chef d’une police alternative dans le Paris napoléonien. En Vidocq, donc, reprenant des frusques portées par des tas d’acteurs avant lui (depuis Harry Baur dans les années 1900, d’après Wikipédia) et salement chiffonnées par Depardieu dans le machin de Pitof (quelqu’un a des nouvelles ?).

Alors forcément, au grand jeu des comparaisons, Cassel sort vainqueur par KO, terrassant les interprétations télévisuelles bien lisses des années 60, ou même l’interprétation toute en suavité de George Sanders (dans l’excellent Scandale à Paris). Pas que le film de Richet soit meilleur que celui de Douglas Sirk, non. Mais il prend le parti d’un certain réalisme, à la fois dans le soin apporté à la reconstitution historique (merci aux effets spéciaux, très réussis) et dans le rapport à la violence.

C’est donc un film brut qui sent le parfum de la rue, que nous offrent Richet et Cassel, dix ans après Mesrine. Une grosse production comme le cinéma français n’ose en faire que très rarement. On peut faire la fine bouche, souligner la paresse d’un scénario qui accumule tous les poncifs et tous les rebondissements faciles (on devine dès leur première apparition qui va mourir et qui va survivre, et presque comment), et on n’aurait pas tort de le faire.

OK, on sait d’emblée que Vidocq ferait mieux de laisser l’autre bagnard se noyer. On sait qu’il ferait mieux de ne pas y aller, à ce rendez-vous tout foireux. On sait aussi que sa croisade finira dans un bain de sang, comme dans Les Incorruptibles de De Palma auquel Richet semble régulièrement se rapprocher. Strictement zéro surprise, donc.

Pourtant, l’ambition de la reconstitution, l’ampleur de la mise en scène, et surtout l’interprétation, procurent un plaisir rare dans un cinéma populaire rarement aussi ample. Le regard sombre, les poings serrés, Cassel a la carrure des grandes stars. A ses côtés, de Chesnais à Lucchini en passant par Thierrée et Menochet, les seconds rôles ne sont pas oubliés. Les femmes, quand même, sont pauvrement traitées : Olga Kurylenko et Freya Mavor (cette dernière a quand même droit à une belle séquence de suspense) sont largement cantonnées à un affrontement de charmes. Fort agréable au demeurant, mais franchement vain.

Une affaire de famille (Manbiki kazoku) – de Hirokazu Kore-eda – 2018

Posté : 11 janvier, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, KORE-EDA Hirokazu | Pas de commentaires »

Une affaire de famille

Une famille pauvre de Tokyo : le père, la mère, le fils, la grand-mère, la belle-sœur. Tous vivent ensemble dans une vieille cahute perdue au cœur d’un quartier d’immeubles modernes, des petits vols commis par le père et son fils ensemble. Un jour, ce joyeux équilibre est bousculé par la découverte d’une fillette couverte de bleues, laissée dans le froid de l’hiver par des parents visiblement peu aimants. Alors ils décident de la garder avec eux.

Et ce moment précis est celui où tout bascule. Ce plan simple et beau où la « mère » s’abaisse avec la fillette dans ses bras, geste d’amour qui signifie que non, ils ne remettront pas l’enfant à des parents légitimes mais indignes, ce plan transforme en une poignée de secondes bouleversantes le film aimablement social qui s’annonçait en un sublime mélodrame, dans ce que ce terme a de plus pur et de plus délicat aussi.

C’est aussi à cet instant où les vérités que l’on croyait bien établies commencent à s’effriter. « Ce n’est pas un enlèvement, puisqu’on ne réclame pas de rançon », résume la maman. C’est donc une adoption presque en bonne et due forme, un membre qui vient s’ajouter naturellement à la famille. Une famille qui, de fait, ne s’est construite que comme ça.

Kore-eda, cinéaste que (honte sur moi) je découvre avec ce film qui lui a valu la Palme d’Or, réinvente la notion de « famille de cœur ». On ne choisit pas sa famille ? On sort du film en se demandant pourquoi on continue à vivre avec cette idée. Cette famille inventée de toutes pièces, quasi-fantasmées, est-elle vraiment illégitime ? On aurait tellement envie d’affirmer que non, on voudrait tellement un happy end dont on sait qu’il est impossible. Et pourtant…

Il y a dans Une affaire de famille la douceur des souvenirs d’enfance, d’un paradis perdu. Est-ce la notion officielle de la famille que Kore-eda transgresse ici ? Ou plus largement les cadres trop contraignants de la société ? Cette famille composée qui vit dans une vieille maison traditionnelle, véritable capharnaüm où tous semblent montés les uns sur les autres, n’est-ce pas plutôt un havre de paix et d’amour, dernier vestige d’une société humaine entourée de toutes parts par une modernité qui est là, physiquement et matériellement, à portée de regards ?

C’est un thème qui irrigue le cinéma japonais depuis toujours : Ozu en avait déjà fait l’un des fils conducteurs de ses films. Kore-eda s’inscrit dans cette tradition. Loin des cinéastes en colère qui dénoncent, lui pose un regard plein d’une tendresse teintée d’amertume sur des personnages imparfaits mais dont les choix leur ont permis de trouver un bonheur intense, parfait et fragile. Sur le fil. Magnifique.

On peut dire des tas de chose sur Une affaire de famille. Mais le plus juste est peut-être aussi le plus simple : Une affaire de famille est un beau film. Vraiment beau.

Astérix et le secret de la potion magique – de Alexandre Astier et Louis Clichy – 2018

Posté : 3 janvier, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ASTIER Alexandre, CLICHY Louis, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Astérix Le Secret de la potion magique

Quatre ans après Le Domaine des Dieux, Alexandre Astier et Louis Clichy remettent ça, non pas avec l’adaptation d’une BD, mais avec une histoire originale voulue comme un hommage à l’esprit de Goscinny et Uderzo. Esprit que l’on retrouve effectivement, mâtiné comme le précédent long métrage de celui d’Astier, qui s’autocite avec gourmandise lorsque les quelques notes de Kaamelott retentissent dans les troupes des Romains.

Le film a les qualités et les défauts du précédent : la même manière de respecter l’esprit de la bande dessinée tout en l’ancrant dans l’époque actuelle, mais aussi un certain manque de folie, que la fin toute en excès, comme un clin d’œil au très mal aimé (et pour cause) album Le Ciel lui tombe sur la tête, ne permet pas d’oublier.

Le plus intéressant dans ce nouveau long métrage, c’est la volonté d’Astier d’évoquer un thème inattendu : celui du temps qui passe, du vieillissement, à travers l’histoire du druide Panoramix qui, se sentant diminué par l’âge, se cherche un successeur. Une manière d’inscrire le plus intemporel des héros de BD dans une réalité qui lui échappait jusqu’à présent.

Astier rompt aussi avec quelques habitudes très ancrées. Il féminise ainsi (un peu) cette tribu très patriarcal, en mettant notamment les femmes du village en première ligne face aux Romains. Homme de troupe, il écarte aussi longuement l’homme providentiel Astérix au profit d’une union forcée entre les Gaulois et les Romains face à un ennemi plus menaçant. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient…

12345...31
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr