Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '2010-2019'

The Passenger (The Commuter) – de Jaume Collet-Serra – 2018

Posté : 16 septembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), COLLET-SERRA Jaume | Pas de commentaires »

The Passenger

Un montage épileptique, des ralentis, zooms et autres effets numériquement modifiés insupportables… On ne peut pas dire que The Passenger emballe son spectateur, avec son style ampoulé qui s’inscrit dans le tout venant du cinéma d’action hollywoodien.

Un Liam Neeson-action hero de plus ? En partie, oui, ce film confirme la triste standardisation de l’ex-Schindler, depuis son Taken triomphal. Mais pour une fois, Neeson assume son âge, et son statut de sexagénaire qui ne peut guère rêver d’un nouveau départ. En cela, le film est assez intéressant, au moins dans sa première partie : en soulignant la routine qu’est devenue sa vie, avec un montage assez original, le film sort du lot.

Cela dit, ce personnage de monsieur tout le monde confronté à une situation extraordinaire est, comme il se doit, un ex-flic, avec les dons exceptionnels qui vont avec côté baston et sens de la déduction. Comment pourrait-il en être autrement, hélas…

Mais le scénario tient en haleine, et Jaume Collet-Serra tient son pari de ne jamais quitter le train dès lors qu’il y a embarqué, avec un certain sens du rythme et de l’espace.

Ça commence plutôt fort : Neeson, dans le train qu’il prend chaque jour pour aller bosser, croise une femme qui lui propose un marché : s’il démasque un intrus dans le train, il gagnera 100 000 euros. Intriguant. Le scénario tient à peu près la route pendant 75 minutes, avant de sombrer dans le film d’action lambda et de révéler une conclusion assez banale.

Et le film, qui s’annonçait comme une rencontre entre Speed et l’excellent Source Code (Vera Farmiga, une intrigue intrigante, un train comme décor unique…) se résume à un énième descendant de Die Hard. Pas désagréable, mais vite oublié. A propos, Die Hard fête ses 30 ans cette année. Yipeekaïee !!!

Léo et les extraterrestres (Luis and the Aliens) – de Christoph Lauenstein, Wolfgang Lauenstein et Sean McCormack – 2018

Posté : 12 septembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, LAUENSTEIN Christoph, LAUENSTEIN Wolfgang, McCORMACK Sean | Pas de commentaires »

Léo et les extraterrestres

Qu’est-ce que vous voulez que je raconte sur ce dessin animé sympathique, mais anodin ? Il faut bien qu’un père réponde aux désirs de ses enfants. Alors voilà, c’est l’histoire d’un gamin dont le père est considéré comme un dingue parce qu’il affirme avoir vu des extraterrestres, qui voit son géniteur comme un raté, et qui rencontre lui-même des extraterrestres.

Il est bien sûr question des rapports père-fils, tout en tendresse. Il est aussi question du regard des autres, de l’incompréhension des êtres, et tout et tout. Mais finalement, il est surtout question de rythme et d’humour… drôle. Par moments en tout cas : les aliens qui débarquent sur terre attirés par les sirènes du téléachat, ou le marchand de glace qui répète fièrement qu’il vend des glaces, on peut effectivement trouver ça drôle.

Sinon, rien de bien neuf. Rien en tout cas de honteux, ni de génial. Du tout-venant, donc.

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 11 – créée par Chris Carter – 2018

Posté : 23 août, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, BANKER Carol, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, HOOKS Kevin, MORGAN Darin, MORGAN Glen, TÉLÉVISION, VAN ALLEN Benjamin, WONG James, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files Rm9sbG93ZXJz

Episode 1 : La vérité est ailleurs, 3e partie (My struggle III)

Il ne faut que quelques secondes pour avoir la confirmation de ce qu’on pensait depuis deux ans, et le fameux cliffhanger qui concluait le dernier épisode de la saison 10, le pire de toute la série : oui, Chris Carter nous prenait bien pour des cons.

On ne voyait pas où il allait ? Eh bien lui non plus. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il se tire plutôt habilement de l’impasse dans laquelle il se trouvait, avec un retournement de situation tiré par les cheveux et tellement énorme qu’on n’y aurait jamais pensé, mais aussi, finalement, assez brillamment retors.

Avec ce premier épisode, le troisième volet de La Vérité (long arc mythologique qui ouvre et referme les deux saisons de ce revival), Chris Carter recentre le fil rouge sur William, le fils disparu de Scully et Mulder, et redonne du souffle à ses personnages. Il était temps. En plus, le tandem Einstein/Miller, copie rajeunie et fadasse de Scully/Mulder est réduit à de quasi-figuration. On ne s’en plaindra pas.

Tout n’est pas parfait : l’écriture est parfois discutable, à commencer par les dialogues. Et Carter confirme qu’il est devenu un metteur en scène pénible, avec une tendance maladroite de « faire moderne », avec des scènes d’action pleines de ralentis et au montage syncopé.

Quant à la voix off de Mulder, façon Philip Marlowe, elle laisse dubitatif, tout comme ses plans énamourés sur la Jaguar conduite par Duchovny (Carter en aurait-il eu une en cadeau pour service rendu?).

Un premier épisode imparfait, donc. Mais en tournant le dos à la démesure grotesque ébauchée dans la saison 10, la série retrouve un peu de son ADN. De quoi donner furieusement envie de voir la suite…

Episode 2 : Une vie après la mort (This)

Plein de suspense, ce premier loner, qui flirte avec la mythologie et avec quelques figures des saisons passées. A commencer par Langly bien sûr, l’un des Lone Gunmen, mort depuis la saison 9, mais qui apparaît au-delà de la mort sur le portable de Mulder… Une apparition qui, pour le coup, respecte l’esprit de la série, et le personnage lui-même. Bien plus en tout cas que la calamiteuse « apparition » sous acide de la saison 10.

Surtout, cet épisode annonce ce qui sera une constante de cette saison 11 : la relation entre Scully et Mulder est centrale. L’épisode s’ouvre d’ailleurs sur une image toute simple qui en dit beaucoup sur cette relation : les deux agents sont assis côte à côte devant la télé, alors que la soirée semble bien avancée. Ajoutez mystère, parano, action (avec une poignée de scènes franchement explosives)… On n’en demande pas plus à la série !

Episode 3 : Les jumeaux diaboliques (Plus one)

Depuis combien de temps n’avions-nous pas eu droit à un vrai loner à l’ancienne, avec ses morts mystérieuses dans une petite ville paumée ? Et celui-ci est très réussi, en particulier parce qu’il n’essaye pas d’être autre chose qu’un simple suspense, sans incidence sur la direction que prendra la série par la suite.

Voilà donc Scully et Mulder dans une ville où plusieurs personnes se sont suicidées après avoir affirmé être harcelées par leur double. Un parfait mélange d’humour et de suspense, la relation Scully/Mulder une nouvelle fois centrale… Chris Carter, au scénario, prouve qu’il a gardé la main quand il lâche ses ambitions trop grandes pour lui.

L’épisode permet aussi de retrouver une actrice qui accompagne la série quasiment depuis ses débuts : Karin Konoval, que l’on avait vue en voyante dans Voyance par procuration (saison 3), puis en mère monstrueuse dans La Meute (saison 4), deux chefs d’œuvre. Elle est une nouvelle fois excellente dans un double rôle effrayant.

X Files Saison 11 Plus one

Episode 4 : L’effet Reggie (The lost art of forehead sweat)

L’épisode décalé de la saison, presque une tradition, que l’on doit à Darin Morgan, l’un des scénaristes qui ont su le mieux insuffler de l’humour dans la série. Cet épisode-ci est assez brillant, au moins sur le papier, réinventant à sa manière le passé de la série.

Un homme affirme être le partenaire de Mulder et Scully, que ces derniers auraient oublié à cause d’un mystérieux « they » qui joue avec la mémoire des gens.

Et on le voit au côté du duo dans quelques scènes extraites d’épisodes célèbres d’autrefois, joyeux exercice de style entre nostalgie et jeu de massacre.

Les dialogues sont excellents, et même si le principe sonne parfois comme un passage obligé, cette parenthèse trouve sa place au côté d’épisodes devenus mythiques comme Le Seigneur du Magma ou Voyance par procuration (saison 3), tous deux écrits par un certain Darin Morgan.

Episode 5 : Ghouli (id.)

Voilà un épisode qu’on attendait depuis… 16 ans ! Enfin, William, le fils perdu, évoqué en creux depuis le revival de la série, est au cœur de l’histoire. Pas dans un épisode ouvertement mythologique, encore que la vraie mythologie de cette saison 11, plutôt que la nouvelle conspiration qu’on oublie dès qu’on en a parlé, concerne peut-être bien le destin de William.

L’épisode n’est pas toujours convaincante. Le montage syncopé rend le truc un peu pénible par moments. Mais James Wong réussit tous les passages importants. Ce qui est la moindre des choses, certes.

Le personnage de William, inattendu forcément, est très excitant. Et la scène où Scully, qui le croit mort, se livre devant son corps inanimé, est bouleversante : une nouvelle occasion pour Gillian Anderson de rappeler qu’elle est une actrice magnifique.

Quant à la dernière scèe, pirouette belle et émouvante, elle est pleine de promesses pour la suite.

Episode 6 : Le retour du monstre (Kitten)

Franchement éclipsé dans la saison 10 (sans même parler du deuxième film à, Skinner retrouve enfin la place qui était la sienne à la fin de la série originale. Ce dont on se réjouit, même s’il y a d’emblée un problème dans l’écriture du scénario.

Visiblement anxieux de retrouver la clé du succès, Chris Carter ne fait pas que des bons choix, reconnaissons-le. Franchement, comment peut-on croire que Mulder doute encore de la loyauté de Skinner, comme il le faisait « à la belle époque » de la série ? Et pourtant…

Cela dit, cet épisode remet un peu les choses à leur place, et s’inscrit dans une lignée d’épisodes dont Skinner et son passé au Vietnam occupent la place centrale. Le résultat est étonnamment simple et modeste, retour au thème basique de la paranoïa, avec une économie de moyens et d’effets qui, au final, fait plutôt mouche.

Le personnage, central, interprété par Haley Joel Osment (le gamin de Sixième Sens et A.I. a bien changé) est à la fois intriguant, et pas totalement crédible. Mais les seconds rôles sont excellents, à commencer par le shérif débonnaire.

Quant à nos héros, ils paraissent un peu las, mais c’est dans les détails que se trouve le vrai plaisir : les regards entendus que se lancent Mulder et Scully, l’excitation de Mulder à l’évocation d’un monstre, et la mine réjouie de Scully devant le plaisir de son compagnon. Mignon…

X-Files saison 1 My struggle

Episode 7 : Rm9sbG93ZXJz (id.)

La réussite d’X-Files vient aussi de sa capacité à surprendre en cassant régulièrement ses propres codes. C’est le cas de cet épisode au titre pour le moins intriguant, qui commence par une longue séquence quasi-muette dans un restaurant japonais hi-tech où Scully et Mulder sont attablés. Seuls.

Seuls, ils le restent d’ailleurs jusqu’à la toute dernière minute, dans cette critique amusée et gentiment effrayante du monde hyper-connecté. Si l’épisode est quasiment muet, c’est qu’il n’y a plus besoin de parler dans cet univers-là, où les plats sont cuisinés et servis par des robots, où les taxis n’ont plus de chauffeurs, où les livraisons se font par drones…

La charge n’est pas neuve, mais la manière dont Glen Morgan traite le sujet et inscrit la série dans son époque, est réjouissante. A travers Scully et Mulder, c’est la propension de l’humain à se replier sur lui-même et à se couper du monde qui apparaît. Nos deux héros eux-mêmes s’oublient presque l’un l’autre, obnubilés qu’ils sont par leurs écrans.

Même leur sexualité respective est abordée. Et là encore, c’est la solitude qui s’impose, avec le joli masseur vibrant de Scully, et ce coup de fil d’une mystérieuse Wendy que reçoit Mulder…

Morgan s’amuse avec ses jouets, et cite au passage quelques grandes figures de robots du cinéma, de Planète interdite à Terminator 2. Typiquement le genre de réussite qui prouve qu’X-Files a encore sa raison d’être…

Episode 8 : Les forces du mal (Familiar)

Une petite ville pleine de petits secrets, des enfants victimes de meurtres apparemment sataniques, des sous-bois inquiétants… Pas de doute, X-Files renoue avec ses racines les plus profondes, et il le fait plutôt bien, avec une modestie et une sincérité qui font mouche.

C’est tout l’intérêt d’avoir une saison (un peu) rallongée, et tout le regret de se dire que c’est (sans doute) terminé : débarrassée de la nécessité d’aller vite, la série retrouve enfin son ADN. Cet épisode, pur loner bien flippant, et un dérangeant, fait partie des franches réussites de cette onzième mouture.

Scully et Mulder semblent retrouver leur soif d’autrefois. Chaque plan pourrait être d’une saison précédente, comme si tout était pensé pour rendre hommage au passé de la série. Mais le plaisir simple prime, jamais gâché par une quelconque tendance à l’hommage trop respectueux.

Incidemment, l’épisode parle aussi de la société d’aujourd’hui, et de l’impossibilité de l’oubli : ce personnage de prédateur sexuel condamné ad vitam pour un acte pour lequel il a purgé sa peine permet d’aborder le fameux droit à l’oubli que refuse la société hyper connextée.

X-Files à l’écoute de la société actuelle ? Ce n’est pas si courant, même dans les premières saisons de la série…

Episode 9 : Rien n’est éternel (Nothing lasts forever)

Un épisode banal… et indispensable !

Interdit aux moins de 16 ans, il nous rejoue le mythe de la jeunesse éternelle, à travers l’histoire d’une actrice d’il y a bien longtemps qui a trouvé un truc bien dégueu pour rester jeune. On a déjà vu ça ailleurs, et cette vengeuse qui dégomme tout ce petit monde au sabre bricolé avec du matériel religieux n’est pas crédible une seconde, malheureuse tentative de « faire dans le coup ». Bref, côté histoire, cet épisode est l’un des plus faibles de la série.

En revanche, la relation entre Scully et Mulder est une nouvelle fois formidable, émouvante et drôle à la fois dans sa manière d’évoquer le temps qui passe, à travers la presbytie (et le regard amusé) de Scully.

C’est la force de cet épisode : malgré les tentatives de renouer avec les recettes d’autrefois, la série tient compte du temps qui passe et de ses effets, et a bien conscience que rien n’est plus vraiment pareil.

En renouant avec la foi de Scully, le show se recentre sur l’essentiel. Et en abordant le temps passé, il se tourne vers un possible avenir, et propose ce qui aurait pu être une belle conclusion à l’ensemble de la série.

Episode 10 : La vérité est ailleurs, 4e partie (My struggle IV)

Du quatrième volet du « grand œuvre » de Chris Carter, que le revival de la série portait comme une croix depuis le tout premier épisode de la saison 10, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est une réponse à cette interrogation : ce probable ultime segment du show (ever) allait-il offrir une bonne conclusion ?

Pas franchement confiant, durant une grande partie de l’épisode. Malgré quelques bonnes choses, et une émotion assez présente, le style Carter est décidément agaçant, avec ses rebondissements tirés par les cheveux et sa visible appréhension des moments creux. Le montage trop serré, les dialogues approximatifs… Pas que du bon là dedans.

Pourtant, in fine, et en dépit des sorts indignes réservés à Skinner et à (la pauvre) Monica Reyes (grand ratage de ce revival), les dernières minutes sont belles. Bien sûr, confiant en une (très hypothétique) suite, Carter ne se ferme aucune porte. Mais vraiment aucune. Mais en resserrant l’intrigue sur Scully et Mulder plutôt que sur une nouvelle conspiration mondiale, il offre effectivement une conclusion belle, émouvante, inattendue et digne.

Et prouve définitivement que, quelles que soient les bonnes idées piochées ça et là dans cette saison 11 de bon niveau (et dans la précédente, nettement plus imparfaite), l’alchimie qui existe entre Scully et Mulder est la grande force de ce revival, et de toute la série, monument indétrônable dans mon cœur.

Ne me reste plus qu’à me refaire l’intégrale ! 218 épisodes et 2 films m’attendent…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le deuxième film et la saison 10.

Seul sur Mars (The Martian) – de Ridley Scott – 2015

Posté : 11 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, SCOTT Ridley | Pas de commentaires »

Seul sur Mars

Mais qu’arrive-t-il à Ridley Scott dans son grand âge ? Un soudain sursaut d’humanité ? Lui qui a un tout petit peu tendance à se prendre énormément au sérieux et à enchaîner les films lourds et boursouflés depuis… eh bien depuis Gladiator, disons, livre un film humain et léger. Le plus léger de sa filmographie depuis… à peu près toujours.

Aussi inattendu que cela puisse paraître, Scott signe même un authentique feel-good-movie, aux antipodes d’Interstellar par exemple, autre grosse production sortie à peu près à la même époque, et qui, elle, souffrait lourdement du syndrome dit « du-cinéaste-qui-se-prend-au-sérieux » (Nolan en l’occurrence, que j’aimerais tant voir revenir à un cinéma plus simple et viscéral ; mais ça n’a rien à voir avec Seul sur Mars, on est d’accord).

Seul sur Mars, donc, avait tout de l’idée un peu foireuse : un astronaute est laissé pour mort sur Mars par ses co-équipiers qui ont dû recoller fissa vers la Terre. Mais le gars n’est pas mort (sinon, où serait le film?), n’a aucun moyen de contacter ses copains, et se retrouve avec des vivres très limités. Lourd ? Plombant ? Grave ? Que nenni…

L’homme a un moral d’acier, une intelligence hors du commun, et pas mal de ressources en sa qualité de botaniste. Il finit donc par réussir à faire pousser des pommes de terre grâce à son caca, et s’installe peinard en attendant la prochaine mission. Enfin presque. Parce que, oui, c’est plus compliqué que ça, les emmerdes vont se succéder, il y aura de la peur, du suspense, du découragement… Bref, de l’émotion.

Et quel bonheur de suivre les petites victoires de Matt Damon, seul sur Mars, et à l’écran la plupart du temps, qui redécouvre les joies simples des petites choses. Un peu comme Ridley Scott finalement, qui aura eu besoin de s’exiler à des centaines de milliers de kilomètres de la Terre pour signer son film le plus humain depuis des lustres. Et se rappeler que, finalement, le cinéma pouvait aussi, simplement, rendre heureux…

Mad Max : Fury Road (id.) – de George Miller – 2015

Posté : 10 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, MILLER George | Pas de commentaires »

Mad Max Fury Road

Quand on pense qu’il y a vingt et quelques années (merde, 25 ans ?!), Speed était présenté comme le premier film d’action non-stop. Euh… Autant le dire : cette suite très tardive de la saga Mad Max enterre profondément et définitivement tous les films d’action non-stop de l’histoire des films d’action non-stop.

C’est too much, toujours. C’est cartoonesque, souvent. Mais c’est aussi, et surtout, le film d’action le plus spectaculaire, le plus inventif, le plus enthousiasmant, le plus réjouissant, le plus etc, etc de ces dernières années. C’est bien simple : ça n’arrête pas une seconde. Et quand on pense que George Miller a tout mis d’un coup à l’écran, non, il en remet une couche, passe à la vitesse supérieure, et réussit constamment à se surpasser.

Enthousiaste ? Oh oui… Non seulement Miller réussit son retour, retrouve l’ADN du meilleur de la saga (le numéro 2 jusqu’à présent), mais il surpasse, et de loin, tout ce qu’il a fait jusqu’à présent. Mad Max : Fury Road est un film formidable, parce qu’il symbolise l’art cinématographique dans ce qu’il a de plus direct et de plus total. Le contre-pied absolu au tout-venant hollywoodien, en quelque sorte.

Tout ça commence pourtant d’une manière un peu bancale, avec un style syncopé qui agace dans les premières minutes, comme l’image tellement numérisée qu’elle laisse un temps le spectateur à l’extérieur. Un temps seulement, parce que très vite, Miller emballe tout ça, dans une immense course poursuite qui semble infinie, bluffante.

Essentiellement visuel, le film est tellement peu bavard que chaque parole a un poids incroyable. Et les mots sonnent juste, et en disent énormément. Mine de rien, le film dit des choses sur l’embrigadement, sur la déshumanisation, et sur la dépendance dans un monde sans perspective où plane l’ombre du terrorisme.

Il y a dans ce film plein de fureur, où domine le pur plaisir de cinéma, une vérité inattendue, et, oui, une réflexion forte sur la démocratie et l’intégrisme. Le personnage de Furiosa (Charlize Theron, dans son meilleur rôle depuis longtemps) est en cela un contrepoint parfait à celui de Max (Tom Hardy, animal et intense, qui fait oublier Mel Gibson). La relation entre ces deux-là est l’une des forces de ce film incroyable.

Hostiles (id.) – de Scott Cooper – 2017

Posté : 3 juillet, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, COOPER Scott, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hostiles

La guerre sans pitié entre la Cavalerie américaine et les Indiens a laissé des traces. Dans un fort reculé, un officier considéré comme un tueur d’Indiens sans pitié est chargé de convoyer un vieux chef avec qui il a une longue histoire marquée par le sang, vers le lieu sacré où il doit mourir. Ça ne lui fait pas plaisir (à l’officier)…

La mâchoire crispée, le regard noir, la moustache (avec barbichette fournie)… Christian Bale fait peur quand il apparaît. Oh là, va-t-on assister à l’un de ces numéros faussement intenses qui peuplent les « films à Oscar » (tiens, pourquoi je pense à Di Caprio et à The Revenant, là maintenant… ?…). Mais non. Avec ce personnage taiseux hanté par la violence qu’il a trop côtoyée, Bale réussit l’une de ses meilleures incarnations. Impressionnant, parce que tout ou presque passe par son regard, qu’il faut du temps pour vraiment le sonder.

Est-il un odieux tueur d’Indiens ? Un soldat aux ordres déconnecté de sa responsabilité morale ? Ou simplement un homme qui fait son boulot, quitte à être détruit lui-même ? OK, la bonne réponse est assez facile à trouver, finalement. Mais la prestation de Christian Bale est à l’image du film : intense, mais aussi étonnamment modeste. La tentation d’en faire des tonnes dans le pathos doit être immense (re-tiens, pourquoi je re-pense à Di Caprio et à The Revenant ?). Mais non.

Le film est aussi remarquable par son rapport à la nature, elle aussi étonnamment modeste. Oui, elle est belle, cette nature, vaste et sauvage. Mais ce sont aussi des paysages plus apaisés que lyriques, filmés avec une simplicité qui n’a plus vraiment cours ces derniers temps. Ce qui compte, c’est moins la beauté spectaculaire de la terre que son rapport avec la violence et la mort.

Scott Cooper sait prendre son temps, mais il n’oublie pas non plus de parsemer le périple de ses personnages d’explosions de violence particulièrement marquantes. Chacune d’entre elle étant marquée par la violence et la mort qui, comme le répètent les personnages, ne fait aucune distinction et n’épargne personne. Et c’est tout le sujet du film : ce rapport entre la terre et la mort, ne serait-ce que pour le prétexte initial.

Et cela ne s’arrête pas là. Retrouvée par le soldat Christian Bale, la veuve Rosamund Pike lui fait promettre de revenir l’enterrer dans la même terre qui abritent son mari et ses enfants. Et lorsque Bale perd l’un de ses hommes, c’est moins sur sa sépulture que face à la nature environnante qu’il se recueille et se retrouve confronté à son propre passé, et à son propre avenir.

Sombre, sombre, sombre. Hostiles est aussi marqué par une sorte d’optimisme lucide mais bien réel. On ne peut que remercier Scott Cooper d’avoir réserver un peu d’espace à la vie et à l’espoir, dans cet univers violent et glauque qui laisse des traces.

La Forme de l’eau (The Shape of Water) – de Guillermo Del Toro – 2017

Posté : 16 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, DEL TORO Guillermo, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

La forme de l'eau

L’Oscar du meilleur film qui revient à un cinéste mexicain pour un film très critique vis à vis de la bonne société blanche et paranoïaque américaine. Rien que ça a quelque chose de profondément réjouissant sous l’ère Trump. Mais surtout, voilà un Oscar qui vient récompenser un cinéma décomplexé et sincère, nostalgique et poétique, qui dresse d’innombrables ponts avec les classiques d’autrefois, mais aussi entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur. Et ça, c’est loin d’être une évidence dans le Hollywood d’aujourd’hui.

On sait Guillermo Del Toro très amateur d’un cinéma peuplé de freaks, et de plongée dans l’histoire entre réalisme et passé fantasmé. Un cinéma viscéral et poétique, qui atteint son apogée ici, avec ce film qu’on se surprend à voir comme une sorte de suite, plus qu’un simple hommage, aux films de monstres des années 50. On pense à L’Etrange créature du lac noir bien sûr, dont le monstre reprend l’apparence, mais aussi les origines (même lagon au cœur de l’Amazonie, même aspect humanoïde, même branchies…).

On pense aussi, évidemment, au Tod Browning de Freaks et de quelques autres classiques, avec cette vision décomplexée et dépouillée de toute idée reçue de l’amour, et de l’attirance charnelle. Cette créature est fascinante. Mais son aspect visqueux est surtout un formidable révélateur de la beauté (pas si cachée) de Sally Hawkins, freak à sa manière, muette aux antipodes des canons de beauté habituels, qui s’ennuie dans une vie sans amour et sans surprise, répétant à l’envi les mêmes gestes, jour après jour.

La jeune femme, et ce n’est pas un hasard, vit au-dessus d’un cinéma qui subit durement la concurrence de la télévision. On dans l’Amérique du début des années 60, avec la Guerre Froide qui menace, et les années 50 déjà regardées comme un paradis perdu. Le pays a sombré dans la paranoïa, et toutes les différences sont mal vues par le pouvoir en place, symbolisé par un agent du FBI fidèle à tous les fantasmes qu’on peut lui attribuer : un manipulateur violent et dominateur, campé par un Michael Shannon glaçant.

Le film est constamment sur le fil, s’amusant des stéréotypes et des idées reçues. Qui d’autre aurait pu réussir ce film sans tomber dans le ridicule ? Qui d’autre aurait pu rendre crédible cette histoire d’amour, passionnée et charnelle, entre une jeune femme et un monstre marin ? Qui d’autre, aussi, aurait pu se permettre ce passage de comédie musicale, où Sally Hawkins et le monstre se mettent à danser dans un décor de music-hall ?…

Guillermo Del Toro, non seulement rend son histoire crédible, mais côtoie le sublime dans ce film constamment surprenant, plein de vie, et d’un optimisme naïf… mais beau. Et que dire de Sally Hawkins, la plus belle des « moches » de cinéma. Sa prestation, émouvante et sensuelle, est à elle seule une superbe (et définitive) critique du côté interchangeable de toutes les stars actuelles. Une actrice hors des modes, pour un cinéma intemporel et totalement magique.

Wonder Wheel (id.) – de Woody Allen – 2017

Posté : 8 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Wonder Wheel

C’est tout Woody, ça, ce talent pour nous embarquer dans son univers en nous faisant oublier l’impression de déjà-vu, voire même de facilité, qui nous éfleure dans les premières minutes. Le décor (Coney Island), l’époque (les années 50), le narrateur (Woody lui-même autrefois, Justin Timberlake aujourd’hui, mais c’est tout comme), l’éternel chassé-croisé amoureux… Oui, on est en terrain connu. Mais qu’importe, ou plutôt tant mieux d’ailleurs : ce qu’on aime avant tout chez lui, c’est cette petite musique à la fois familière (et confortable, d’une certaine manière) et bousculante.

Et c’est particulièrement vrai avec ce Wonder Wheel, film ambitieux (la reconstitution est belle, les figurants inhabituellement nombreux) et sans doute très personnel. On peut d’ailleurs souligner qu’il a le sens du timing, lui qui nous sort son film qui évoque plus qu’aucun autre sa propre situation amoureuse (rappelons qu’il a épousé la fille adoptive de son ex-compagne, Mia Farrow) alors qu’il se retrouve accusé d’abus sexuels sur sa propre fille adoptive.

Forcément, ce contexte porte une lumière sur ce film. Parce qu’il est question d’un homme qui a une aventure avec une quadragénaire, avant de tomber amoureux de la belle-fille de cette dernière. Mais rien de sulfureux pour autant, les contempteurs de Woody Allen peuvent y aller les yeux fermés.

Ce qui serait d’ailleurs une ânerie, surtout que ce film-ci est, visuellement, l’un des plus beaux de son auteur. La photographie de Vittorio Storaro (directeur de la photo de Bertolucci, mais aussi du Coppola d’Apocalypse Now) est somptueuse, alternance de lumières chaudes et de teintes grises qui épousent parfaitement, parfois à l’intérieur d’une même scène, les états d’âmes des personnages, particulièrement de Kate Winslet.

Et ils sont changeants, ses états d’âmes, elle qui trouve un rôle superbe ici, dans la lignée de la Cate Blanchett de Blue Jasmine. Wonder Wheel est clairement dans cette lignée : le portrait d’une femme hantée par son passé et par ses échecs, et qui se raccroche avec l’énergie du désespoir à son dernier espoir de rédemption, qui prend les allures d’un beau sauveteur et apprenti écrivain (Justin Timberlake, excellent).

Ajoutez à ça un mari beauf et parfois violent mais aussi extraordinairement humain (James Belushi, exceptionnel dans ce qui est sans doute son meilleur rôle), et sa fille faussement ingénue (Juno Temple, parfaite itou), et vous avez le quatuor maudit d’une tragédie déchirante et fascinante, à laquelle la petite musique de Woody, si familière, donne une dimension intime absolument bouleversante.

Quant à Kate Winslet, eh bien elle est tout simplement prodigieuse, femme détruite qui semble gagner ou perdre 10 ans selon la scène, dont le regard oscille constamment entre la détresse et l’attente, avec ce grain de folie que l’on sent prêt à grandir et à tout recouvrir.

Après la légèreté de Café Society, Woody Allen revient à sa veine la plus sombre avec Wonder Wheel. Et ça lui va tout aussi bien.

Blade Runner 2049 (id.) – de Denid Villeneuve – 2017

Posté : 7 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FORD Harrison, VILLENEUVE Denis | 2 commentaires »

Blade Runner 2049

S’il y a une suite qu’on n’attendait pas, c’est bien celle-ci. Trente-cinq ans après le classique de Ridley Scott (c’était l’époque où le cinéaste était un grand inventeur de formes, remember ?), Dennis Villeneuve s’attaque à ce monument de la science-fiction avec le soutien de Scott, certes, mais aussi avec l’assurance d’un talent bien affirmé depuis quelques films.

Bref, Villeneuve y va sans complexe. Son Blade runner 2049, dont l’intrigue se déroule trente ans après le premier film, est bel et bien une suite : l’ancien traqueur de répliquants Rick Deckard (Harrison Ford) est d’ailleurs toujours de la partie, on a droit à une courte (et dispensable) apparition de Gaff (Edward James Olmos), et les références au film original sont omniprésents.

Mais Villeneuve signe un film qui est avant tout le sien. Ridley Scott, d’ailleurs, n’a pas été tendre avec lui, regrettant la longueur du métrage et les lenteurs de l’intrigue. C’est pourtant dans ces « lenteurs » que repose une grande partie du charme du film, dans cette manière de transformer un blockbuster en une quête métaphysique dont le moment le plus spectaculaire est une bagarre à mains nus dans l’eau…

On caricature à peine : comme l’errance nocturne de Deckard autrefois, celle du répliquant-tueur de répliquants Ryan Gosling a tout de la dérive désabusée. C’est lui désormais le personnage central : Deckard, disparu depuis longtemps, est devenu une sorte de mythe que l’on ne retrouvera, dans un drôle d’état et dans une drôle de retraite, que tardivement.

Ce changement de perspective est particulièrement réussi, et permet de creuser une idée déjà bien présente dans le premier film : et si c’était dans les Répliquants, cette création de l’homme, que se trouvait désormais la plus grande part d’humanité ? Les interrogations de L (Gosling) renvoient ainsi à celles de Rutger Hauer, et son histoire d’amour avec son hologramme fait joliment écho à celle de Deckard avec Rachel, centrale ici encore.

Cette histoire d’amour sans contact possible est peut-être la plus belle idée du film, celle qui donne les moments les plus émouvants, les plus humains, et les plus désespérés.

Visuellement, le film est aussi une grande réussite, qui réussit à la fois à être cohérent avec son modèle tout en s’en détachant constamment. Ce Blade Runner 2049 est plus lumineux, et joue d’avantage sur les contrastes d’atmosphères, passant d’une lumière grise et morne à une pénombre jaune du plus bel effet.

Villeneuve multiplie aussi les références au premier film, comme des motifs réminiscents : les répliquants qui passent à travers les murs, les petits animaux en bois qui évoquent les origamis, ou le contact si vivant avec les éléments (que ce soit la pluie ou la neige). Des plans, des cadrages, quelques clins d’œil… Villeneuve accepte la filiation, tout en affirmant sa singularité.

Quant à la fin, elle laisse un rien dubitative. Comme le personnage de Deckard, d’ailleurs. Et là, plusieurs jours après avoir vu le film, et aussi passionnant soit-il, aussi enthousiasmant aussi, une question me taraude encore : cette suite était-elle nécessaire ? Ne risque-t-elle pas d’égratigner la perception que l’on a du chef d’œuvre originelle ? Ou encore, va-t-elle en renforcer encore l’impact ? Il faudra peut-être laisser le temps répondre à ces questions…

Sleepless (id.) – de Baran bo Odar – 2017

Posté : 6 avril, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), ODAR Baren bo | 2 commentaires »

Sleepless

Baran bo Odar a vu et revu Collateral de Michael Mann, ce qui fait de lui un homme de goût. C’est déjà beaucoup. Ne nous mentons pas : ce n’est pas maintenant qu’on va trouver le nouveau Mann. Mais Sleepless s’inscrit très clairement dans sa filiation.

Dès la première séquence, et son beau travail (numérique) sur la nuit et ses lumières, où Las Vegas se révèle presque aussi cinégénique et envoûtante que Los Angeles, la parenté est évidente. Il ne s’en cache pas, Odar, allant jusqu’à confier le rôle principal à Jamie Foxx, et à citer très clairement l’extraordinaire scène de la boîte de nuit… certes nettement moins extraordinaire ici.

On pense donc beaucoup, et très souvent, à Collateral, bien plus qu’à Nuit blanche, le film français dont Sleepless est le remake officiel (déjà parce que je ne l’ai pas vu, ce qui est une raison suffisante). Et pourquoi pas… On a vu références plus discutables.

Et puis, il y a une vraie efficacité dans cette histoire de flic infiltré qui n’a qu’une nuit pour sauver son fils, enlevé par des grands méchants (je vous épargne les détails du scénario). Les scènes d’action sont bien un peu répétitives, et les personnages manquent de surprise (tu parles d’un rebondissement final : c’était écrit sur sa gueule que c’était un ripou !).

Mais le film marque des points avec son parti-pris de ne quasiment jamais quitter le casino dès lors que les personnages y sont entrés. Baran bo Odar explore alors les moindres recoins de l’immeuble, du parking sous-terrain aux chambres de luxe des derniers étages, en passant par les salles de jeu et les cuisines. Avec même une étonnante course-poursuite en voitures (oui, dans le casino) et une fusillade finale qui lorgne, elle, du côté de Heat. Oui, Baran bo Odar aime Michael Mann…

12345...28
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr