Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Backtrace (id.) – de Brian A. Miller – 2018

Posté : 6 septembre, 2019 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), MILLER Brian A., STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Backtrace

Il y a quand même des signes qui inquiètent les fans de ce bon vieux Stallone. Ce qui ressemble de plus en plus à une incapacité à se renouveler : depuis Expendables et un bref sursaut d’ambition au milieu des années 2010, il n’y a quand même plus guère que Rocky et Rambo qui lui permettent de garder son rang. Et ce n’est pas ce Backtrace qui va changer le constat…

On peut se poser la question comme on se la posait pour les deux récentes (et miteuses) suites d’Evasion (la première – argh – et la seconde – bof) : mais qu’est-il donc allé faire dans cette galère, Stallone ? Pourquoi s’est-il impliqué dans ce projet qui sent d’emblée l’accident artistique… Encore que « impliqué » paraît un grand mot, tant l’acteur semble s’ennuyer dans les quelques scènes qui lui sont offertes. Comment pourrait-il en être autrement, franchement, devant la caméra d’un réalisateur dont les seuls titres de gloire sont d’avoir dirigé Bruce Willis dans une série de direct-to-DVD à la triste renommée…

Il y a bien quelques jolies images de ciels dans les plans de coupe, mais à part ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce thriller au scénario poussif qui évoque les téléfilms qu’on tournait à la chaîne jusque dans les années 90. Soit un homme amnésique, emprisonné depuis sept ans après une fusillade sanglante, que de mystérieux compagnons aident à retrouver la mémoire pour mettre la main sur le magot.

Le gars est interprété par Matthew Modine, qu’on avait perdu de vue depuis bien longtemps, et que ce rôle ne va pas aider à revenir au premier plan. Stallone, lui, est certes le sauveur, le héros, le superflic qui finit par dézinguer à lui seul l’armée de méchants, mais il se contente d’un rôle de second plan dans cette histoire, où il semble par moments être étrangement mal à l’aise, sans savoir quoi dire ni quoi faire de son corps.

Le film lorgne du côté de Heat (pour les scènes d’action) et Usual Suspects (pour un rebondissement-incroyable-que-personne-n’avait-vu-venir). Ce qui pose quelques problèmes.

D’abord, les scènes de fusillades font certes beaucoup de bruit, mais le style syncopé de Brian Miller est, surprise, loin de la virtuosité et de l’élégance de Michael Mann. Quant au fameux rebondissement « à la Usual Suspects », révélé par une séquence au montage honteusement pompé sur le film de Singer, eh bien il se révèle tout pourri, loin du twist renversant et total de keyser Söze, faisant même du film une sorte de chronique familiale pantouflarde certes inattendue.

Bref, on regrette quand même amèrement de ne pas avoir prévu un pack de bière. On s’ennuie gentiment. On attend avec encore plus d’impatience la fin du film que la sortie du cinquième Rambo. Et on se contente des quelques plans de coupe qui, oui, représentent de bien jolis ciels.

Saint Amour – de Benoît Delépine et Gustave Kervern – 2016

Posté : 2 septembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DELEPINE Benoît, KERVERN Gustave | Pas de commentaires »

Saint Amour

Sur le papier, ça fait un peu peur : les deux piliers de Groland qui filment des paysans mal dégrossis dans les travées du salon de l’agriculture. On connaît l’attachement sincère de Delépine et Kervern pour « ceux qui ne sont rien », pour reprendre la phrase d’un grand de ce monde. Mais on connaît aussi les caricatures pas toujours fines fines qu’en a fait l’émission culte de Canal. Donc…

Donc, très jolie surprise que ce Saint Amour, qui se révèle un film d’une tendresse immense et loin de toute caricature pour les hommes de la terre. Pas d’angélisme non plus : le tandem filme des personnages volontiers grossiers et peu aimables, à commencer par celui de Benoît Poelvoorde, fils d’agriculteur au physique ingrat, qui enchaîne les cuites pour oublier sa solitude abyssale et son mal de vivre.

C’est d’ailleurs une interprétation particulièrement forte que livre Poelvoorde. Forte et courageuse, tant l’homme se met à nu, physiquement et moralement, pour ce rôle franchement pas sympathique, en tout cas dans un premier temps. A nu, mais toujours dans le bon ton : Delépine et Kervern savent parfaitement jusqu’où ils peuvent aller sans tomber dans un voyeurisme facile.

Et Depardieu, sobre (là aussi dans tous les sens du terme) et touchant, tout en autocitations. Lui aussi est formidable, en père vieillissant qui décide d’embarquer son fils paumé pour une route des vins express, avec un jeune taxi arrogant (Vincent Lacoste, qui réussit joliment à exister face à ces deux monstres).

Ce road movie a tout du voyage intérieur. L’arrivée laisse quelque peu dubitatif (mais on n’attendait pas une chute facile), mais c’est le voyage qui séduit : cette tendresse qui peine à s’exprimer entre le père et le fils, et qui finit par trouver sa voie. Décapant, un peu. Tendre, beaucoup.

Evasion 3 (Escape Plane : the extractors) – de John Herzfeld – 2019

Posté : 21 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), HERZFELD John, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion 3

C’est bien par fidélité pour ce bon Sly que je m’enquille cette suite de la suite la plus désastreuse de toute la carrière de Stallone. Evasion 2 était plus qu’un ratage : c’était une véritable aberration. Et c’est sans doute la plus grande force de ce troisième volet, qui tente (maladroitement) de recoller à l’univers du premier : en comparaison, c’est une réussite. En comparaison.

Au moins John Herzfeld, un proche de Stallone (qu’il a déjà dirigé dans Bad Luck), a-t-il la volonté de faire de belles images. OK, il s’y prend souvent maladroitement, en collant un orage (numérique) à l’arrière-plan, ou un ciel étoilé (numérique) à l’arrière-plan, mais quand même : tout ça permet, de temps à autres, d’oublier la vacuité du truc et la nullité d’un scénario écrit avec des gants. De boxe, les gants : au point de s’oublier et de faire dire à Stallone une « réplique » comme sortie de Rocky. Quelque chose comme « Vas-y, cogne… plus fort. »

Côté histoire, la routine : Ray Breslin, le personnage de Stallone, doit cette fois libéré la fille d’un puissant homme d’affaires chinois, pris en otage par le fils d’un ennemi personnel. D’autant plus personnel qu’il a aussi enlevé sa petite amie, histoire de rendre la chose plus intime… Et comme le film (comme le précédent) est avant tout taillé pour le public chinois, qui avait fait un bel accueil au premier, Stallone partage l’affiche avec deux vedettes locales, spécialistes des arts martiaux.

Stallone est quand même plus présent que dans le deuxième volet. Plus à sa place aussi, même si les différents personnages semblent avoir tous leur propre film, sans grande cohérence : Stallone dézingue méchamment une poignée de méchants, ses deux side-kicks chinois castagnent et se chamaillent de leur côté, Dave Bautista débarque comme par magie les armes à la main au cœur de cette prison soi-disant imprenable, et Curtis « 50 cents » Jackson se contente de cinq minutes d’écran sans intérêt.

Voilà, voilà. Que dire d’autres ? Ah oui, le film s’ouvre avec une longue série de plans sur les laissés pour compte d’une petite ville américaine, qui n’a strictement rien à voir avec la suite. Et il se referme avec une chouette chanson, à peu près le meilleur moment du film. Entre les deux, du tout venant pour Stallone et ses comparses, tourné à la va-vite dans la foulée du précédent pour limiter les frais de production. Clairement pas un grand Stallone, mais vu qu’on n’en attendait strictement rien…

Continuer – de Joachim Lafosse – 2018

Posté : 20 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, LAFOSSE Joachim | Pas de commentaires »

Continuer

Une mère absente et son fils à la dérive tentent de se retrouver à l’occasion d’un voyage à cheval dans les immenses étendues désertes du Kirghizistan… Joachim Lafosse adapte le roman de Laurent Mauvignier, et signe un film aussi simple qu’intense, d’une beauté renversante.

Il y a l’intensité des rapports entre cette femme qui décide tardivement de jouer son rôle de mère, et ce fils coincé dans une sorte d’entre-deux entre l’adolescence et l’âge adulte : une mère pleine de regrets face à un fils plein de colères. Il y a la beauté saisissante et rude des paysages, que Lafosse filme avec un sens de l’espace qui doit plus à une certaine âpreté de la vie qu’à un quelconque lyrisme.

Il y a cette manière de Lafosse de filmer les creux : ces moments où rien ne se passe, où rien n’est dit. C’est dans ces moments, paradoxalement, que l’émotion est la plus fortes, la plus bouleversante parfois. C’est aussi dans ces moments que le récit avance le plus, comme si les liens qui unissent cette mère et ce fils qui se découvrent n’avaient besoin d’aucun mot pour s’exprimer.

Il y a aussi, et peut-être surtout, l’interprétation de Kacey Mottet-Klein, 20 ans et déjà une solide expérience. Et celle de Virgina Efira, tout simplement extraordinaire. Quoi qu’elle tourne, elle est toujours juste certes. Mais là, débarrassée de ce sourire qu’elle arbore souvent (y compris dans le drame le plus sombre comme Elle de Verhoeven), elle se livre avec une intensité, et une intimité, absolument bouleversantes.

Le film est beau en soi : la caméra à la fois libre et totalement maîtrisée de Lafosse ne doit pas être sous-estimée. Mais la prestation de Virginie Efira est un petit chef d’œuvre à elle seule. Sans jamais voler la vedette à son jeune partenaire, ni même au décor qui l’entoure, elle s’impose pour de bon comme l’une des très grandes actrices du cinéma actuel. Magnifique, tout simplement.

Parasite (Gisaengchung) – de Bong Joon-ho – 2019

Posté : 19 juillet, 2019 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2010-2019, BONG Joon-ho | Pas de commentaires »

Parasite

Chez Bong Joon-ho, le rire est souvent proche du cri d’effroi. C’était le cas dans The Host ou dans Memories of Murder. Ca l’est tout autant dans ce Parasite, superbe Palme d’Or, qui procure à la fois un extraordinaire plaisir, et un profond malaise. Le genre de films dont on sort emballé et assommé, les deux. Et certainement pas indifférent.

Un an après Une affaire de famille, Cannes confirme en tout cas son goût pour les familles en marge. Ici : le père, la mère, la fille et le fils, qui vivent ensemble dans une certaine harmonie, mais dans des conditions très modestes, dans un entresol où l’unique fenêtre donne sur un coin où les soûlards viennent pisser leur alcool.

Le fils se fait embaucher comme professeur d’anglais particulier par une riche famille (qui elle vit dans une superbe maison d’architecture tout en hauteur, surplombant la ville) en falsifiant un diplôme. Puis s’arrange pour que sa sœur (qu’il présente comme une vague connaissance) soit à son tour embauchée comme art thérapeute. Qui elle-même fait virer le chauffeur de la famille pour que son père soit embauché à sa place. Celui-là réservant le même sort à la fidèle gouvernante pour que sa femme prenne sa place…

Lorsque la famille se retrouve seul dans cette superbe maison, profitant d’un voyage de leurs patrons, se saoulant dans le salon si confortable, on sent bien que tout ça finir très mal, et le suspense est difficilement soutenable, tant Bong Joon-ho sait jouer avec la tension. Parasite est un vrai film de genre : un thriller, ou un film noir aux rouages infernaux. Et ce qui est très fort, c’est qu’il n’y a là pas l’ombre d’un méchant, pas même un personnage antipathique.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Parasite est si supérieur à Burning : Bong Joon-ho signe un grand film sur la lutte des classes, sans la facilité de la condescendance. Les riches patrons ont leurs failles, leurs côtés malades ou ridicules : cette obsession de la propreté, ce mal-être dissimulé derrière une apparence si lisse. Mais ils sont aussi bons et attentifs aux autres. Quant aux arnaqueurs, ils affichent une candeur qui fait passer toutes les cruautés.

Il y a pourtant un immense sentiment d’injustice qui se dégage de ce film. Une injustice de fait, qui n’est basée sur aucun mérite trop évident : les « héros » sont pauvres, mais on ne les voit jamais traverser la rue, comme dirait l’autre. La seule solution qu’ils trouvent pour sortir de leur entre-sol, c’est l’arnaque, quitte à marcher sur la tête de ceux dont ils veulent la place. « Bien sûr qu’il a retrouvé une place » assure le père en évoquant le sort du pauvre chauffeur.

Naïfs, candides, grotesques… Les personnages portent souvent à rire, et on rit effectivement souvent. Mais la gravité n’est jamais bien loin, et Bong Joon-ho multiplie les petits signes, de plus en plus prégnants, pour souligner ce sentiment sourd d’humiliation quotidienne. Rien de bien méchant, non, mais un malaise qui ne cesse d’augmenter. Fidèle du cinéaste depuis Memories of Murder, Song Kang-ho confirme une fois de plus qu’il est incontournable. Grand acteur, pour grand film.

Sang froid (Cold Pursuit) – de Hans Petter Moland – 2019

Posté : 12 juillet, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), MOLAN Hans Petter | Pas de commentaires »

Sang froid

Liam Neeson perd son fils, victime d’un puissant cartel de la drogue, et se lance dans une véritable croisade pour venger sa mort… Oui, encore. Liam Neeson, depuis une dizaine d’années, continue son inlassable chemin de croix jonché de cadavres, de coups et d’hémoglobine. Un enchaînement un peu aberrant quand on regarde les sommets de sa carrière, et là où elle stagne depuis le premier Taken. Et pourtant, le comédien continue à exercer une petite fascination, qui pousse à croire, à chaque nouveau projet, que celui-ci sera différent.

Bonne nouvelle : celui-ci l’est un peu. Sur le fond, rien que de très banal donc. La routine pour ce fringant sexagénaire, qui laisse derrière lui une nuée de cadavres. Mais il y a dans cet autoremake (très fidèle paraît-il) des tas de détails, plus ou moins grands, qui font la différence. Le premier : le fait que Neeson ne soit pas un ex-flic, ou ex-tueur, ou un es-as de self défense… Bref, un quidam comme un autre. Ok, assez malin quand même pour prendre le dessus sur une armée de tueurs.

Le deuxième : le décor. Une luxueuse station de ski du Colorado, où notre héros est chargé de dégager les routes, traçant d’improbables sillons dans d’épaisses couches de neige. Un détail qui donne son rythme au film, son identité sonore aussi, et des images plutôt originales, et d’une grande beauté visuelle.

Et puis cette ironie grinçante, cet humour absurde aussi, qui se mélangent avec une vraie noirceur pour créer des moments de malaise ou de tragi-comédie inattendus. Une table de morgue qui n’en finit plus de grincer, un briquet qui ne s’allume pas… Et des moments où l’émotion attendue se transforme en un rire nerveux. Comme si Moland ne voulait pas tomber dans le piège des passages obligés du film de genre.

En appelant son héros « Coxman », il tourne en dérision le statut de héros de Neeson. Comme ça, le cinéaste joue avec les clichés, tournant autour sans jamais vraiment y tomber. Un vieux flic fatigué, une jeune fliquette pleine de morgue, deux hommes de main qui cachent leur homosexualité… Constamment, le film flirte avec ce qu’on attend du genre, trouvant un équilibre convainquant entre la noirceur et l’humour.

Même pas à la manière des frères Coen, référence incontournable en termes de noir neigeux décalé depuis Fargo. Sang froid n’atteint pas ces hauteurs, certes, mais il a un ton singulier, ce qui est déjà beaucoup.

Les plus belles années d’une vie – de Claude Lelouch – 2019

Posté : 24 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, LELOUCH Claude | Pas de commentaires »

Les plus belles années d'une vie

Un homme et une femme, 50 ans (et quelques) plus tard… Trintignant lui-même a dit avoir hésité avant d’accepter de jouer dans cette suite si tardive. Déjà parce qu’il était censé avoir pris sa retraite définitive du cinéma (retraite que seul Mickael Haneke avait réussi à rompre jusqu’à présent), et surtout parce qu’il avait peur d’abîmer l’image qu’en ont ceux qui considèrent le film comme l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma français. Dont je ne suis pas loin de faire partie.

Evidemment, la question se posait. Et le sentiment que l’on ressent est curieux, inédit même, devant la décrépitude physique du personnage, et de l’acteur, dont les rides profondes sont filmées au plus près. Et même devant la grâce encore bien présente d’Anouk Aimé, grâce sur laquelle pèsent tout de même le poids des cinq décennies écoulées depuis les chabada des planches de Deauville.

Pas sûr qu’il y ait un équivalent dans l’histoire du cinéma : un cinéaste qui retrouve ses acteurs (même les gamins du film original sont les mêmes) pour une suite aussi tardive, et où le temps passé est le sujet même. Une suite qui n’essaye pas d’enjoliver la vieillesse, pas plus qu’elle ne noircit le portrait d’ailleurs : ni béât, ni misérabiliste, Lelouch préfère garder des petits moments de vie comme il l’a toujours fait.

Avec aussi une sorte d’ironie mi-amusée, mi abattue. « Les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues », citation de Victor Hugo mise en exergue du film, a du mal à convaincre, tant le bonheur et la passion de ces deux anciens amants sont attachés à un passé déjà lointain.

On pourrait être mauvaise langue, et souligner que l’émotion la plus puissante est provoquée par les extraits d’Un homme et une femme qui émaillent le film, comme autant de souvenirs qui reviennent à Anne et Jean-Louis. Ce qui est effectivement le cas : la scène du télégramme, ou celle de la gare, sont des moments qui m’ont toujours bouleversé. Mais c’est la manière dont ces images qui appartiennent à l’inconscient collectif sont mises en regard avec la vieillesse des personnages qui est réellement touchante.

Lelouch se montre inhabituellement sobre, privilégiant les longs plans, ou les champs-contre champs, conscient qu’il n’a besoin d’aucun artifice, d’aucun effet, pour filmer l’intimité retrouvée de cet homme et de cette femme. Un parti-pris payant, qui donne un film globalement très pudique, et très tendre.

Un film qui adopte aussi le point de vue de Jean-Louis, vieil homme dont la mémoire fait des allers-retours étonnants. La réalité, les rêves, le fantasme s’entrelacent donc à l’écran, sans que l’on sache toujours exactement où on en est. Cette fille, jouée par Monica Bellucci, existe-t-elle vraiment ? Qu’importe finalement. L’important finalement est de vivre, jusqu’au bout.

Oui, le film est réussi. Mais le plus beau, c’est qu’il est réussi en surprenant constamment, avec une liberté et une vérité inattendue. Sans optimisme déplacé, mais avec une infinie tendresse, et des sourires qui dominent tout, libérant peu à peu les cœurs serrés des premières minutes.

Elle – de Paul Verhoeven – 2016

Posté : 22 juin, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2010-2019, VERHOEVEN Paul | Pas de commentaires »

Elle

Verhoeven a retrouvé une fraîcheur et une liberté renouvelées depuis qu’il a quitté Hollywood. Qu’importe si cet exil d’exilé n’est pas voulu, qu’importe s’il tourne ici parce qu’il n’arrive plus à financer ses films là-bas : que ce soit aux Pays-Bas avec l’épique Black Book, ou en France avec ce Elle, Paul Verhoeven renoue avec ses thèmes de prédilection, et signe des films qui portent clairement sa marque, tout en renouvelant son cinéma.

Peut-être est-ce la langue française, ou les décors si familiers, ou les acteurs tellement français… Elle semble marquer une sorte de nouveau départ pour le cinéaste : un cinéma peut-être plus ouvertement ancré dans la réalité, débarrassé des fards hollywoodiens, ou d’une technique trop léchée. Un cinéma épidermique qui va bien aux obsessions de Verhoeven.

Parce que de ce côté-là, rien n’a changé. Verhoeven reste fasciné par le mariage du sexe et de la violence, et par un rapport trouble au désir et à la mort. C’est le cœur même du film, avec cette femme bourgeoise victime d’un viol, qui a de bonnes raisons de ne pas en parler à la police, et qui finira par entretenir une étrange relation avec son violeur.

Sur le papier, on n’est pas si loin de Basic Instinct au fond. Mais Isabelle Huppert est à peu près l’inverse de Sharon Stone. Tout aussi troublante, tout aussi mystérieuse. Mais l’apparente froideur (qui cache de véritables braises) d’Huppert change tout. Verhoeven a dit qu’aucune actrice américaine n’aurait accepté de jouer ce rôle. Mais à vrai dire, aucune actrice américaine, et aucune autre actrice tout court, n’aurait apporté ce qu’Huppert apporte.

Touchante et odieuse, froide et incandescante, fragile et forte à la fois, elle malmène et séduit son entourage en semant le trouble. Et pourtant, elle exerce une véritable fascination : sur son ex-mari (Charles Berling), sur son voisin (Laurent Laffitte), sur sa meilleure amie (Anne Consigny)… et sur le spectateur surtout, constamment pris à contre-pied, bousculé, dérangé, et finalement emporté par cette femme au passé si lourd.

Verhoeven, jeune cinéaste français de 77 ans ? L’expérience lui a sans doute plu, puisqu’il a enchaîné avec Benedetta, pour lequel il offre le rôle principal à Virgine Effira, actrice emballante qui se contente d’un petit (et beau) rôle dans Elle. Vivement.

Celle que vous croyez – de Safy Nebbou – 2019

Posté : 21 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, NEBBOU Safy | Pas de commentaires »

Celle que vous croyez

La première réflexion : Isabelle Huppert n’aurait sans doute pas accepté le film. Ne vous méprenez pas : j’aime beaucoup Isabelle Huppert, sa beauté troublante et intemporelle, cette image comme hors du temps qui traverse une filmographie exceptionnelle. Mais c’est une approche à peu près opposée que Juliette Binoche apporte à ce rôle : elle se livre, physiquement, à nue, acceptant des éclairages qui accentuent ses rides et la fatigue de ses traits. Bref, Isabelle Huppert n’aurait jamais accepté un tel rôle. Vous rétorquerez qu’on ne le lui a sans doute pas proposé, et vous n’aurez pas tort. Bref.

Deuxième réflexion : il faut à la fois la beauté naturelle intemporelle et le talent d’actrice de Juliette Binoche pour incarner un tel personnage, dans un tel film. Claire, enseignante brillante, la cinquantaine bien tapée, mère de deux grands garçons, séparée d’un mari qui était tout pour elle et qui l’a quittée pour une femme bien plus jeune que lui. Claire, qui cherche à tromper le temps en couchant avec un homme bien plus qu’elle. Claire, qui pour surveiller son amant, s’invente un pseudo sur Facebook : Clara, jeune blonde d’à peine 24 ans.

Et voilà que Clara tombe amoureuse par réseaux sociaux et par téléphone interposés, du meilleur ami de son amant, un jeune homme de son âge (François Civil, très bien aussi). Donc bien plus jeune que Claire. Claire, Clara… Entre les deux, la frontière s’estompe. Clara s’épanouit, Claire retrouve le goût à la vie. A moins qu’elle ne perde pied. Là encore, la frontière est ténue.

En adaptant le roman de Camille Laurens, Safy Nebbou signe le beau portrait d’une femme face aux réalités du temps qui passe, qui refuse de faire le deuil de sa beauté, dans une société régie par l’apparence. C’est évidemment une critique assez acerbe des réseaux sociaux et de cette société-là, où le bonheur semble plus virtuel qu’ancré dans la réalité. Sur ce point, le film est plutôt efficace, à défaut d’être particulièrement audacieux.

Et sans doute le film aurait-il gagné à être moins sage visuellement. Un tel récit qui oscille entre le réel, la virtualité, et la fiction méritait peut-être un style plus radical que celui de Nebbou, classique et plutôt élégant. Mais le portait de cette femme à la croisée des chemins est d’une grande richesse, et l’interprétation de Binoche toute en nuances, à tel point que l’actrice semble gagner ou perdre des années au fil des scènes.

Le trouble vient aussi des ruptures audacieuses dans le récit, de l’irruption d’une vision de roman au coeur du film, et du face à face entre le personnage de Binoche et celui de sa psy, jouée par Nicole Garcia. Entre elles, Nebbou capte notamment un moment déchirant, et pourtant d’une grande simplicité. Lorsque Juliette Binoche baisse complètement l’armure et livre ses envies de petite fille toujours bien présentes, son désir qu’on s’occupe d’elle, le silence de Nicole Garcia et son regard soudain vague disent toute la solitude de l’adulte. Et c’est déchirant.

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Posté : 20 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MARSHALL Rob | Pas de commentaires »

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

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