Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '2010-2019'

Peaky Blinders (id.) – saison 2 – créée par Steven Knight – 2014

Posté : 18 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, KNIGHT Steven, McCarthy Colm, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 2

La première saison avait été l’un des grands chocs télévisuels de ces dernières années. Cette deuxième fournée réussit le pari impossible d’être encore plus enthousiasmante. Toute l’ampleur du show imaginé par Steven Knight est toujours bien là, avec sa superbe reconstitution de l’Angleterre des années 1920, et sa beauté formelle souvent sidérante.

Et c’est là que la série s’est peut-être encore bonifiée. En confiant la réalisation de l’intégralité des six épisodes à un seul homme, Colm McCarthy, le showrunner s’assure une continuité visuelle absolument parfaite, et évite les quelques petits excès formels des premiers épisodes, lorsqu’il s’agissait de marquer les esprits.

Les esprits sont bien marqués, et durablement. Restaient à prolonger l’histoire en la réinventant. Et là encore, c’est une réussite totale. Cette saison 2 est la suite directe de la première, quelques années plus tard, avec les mêmes personnages, et le poids des précédents événements qui pèse constamment sur eux : le beau personnage de Grace notamment (Annabelle Wallis), qui hante littéralement le charismatique et inquiétant chef des Peaky Blinders Tommy Shelby (Cillian Murphy, qui laisse percer ce qu’il faut de fragilité de son impressionnante carapace), tout comme le sinistre flic Chester Campbell (Sam Neill).

Mais cette saison 2 marque aussi de nouveaux enjeux : un nouveau rôle, très émouvant, de mère pour la matriarche Polly (excellente Helen McCrory), et la volonté des Shelby de mettre la main sur Londres, en faisant face à deux gangs ennemis, les Juifs d’un côté, les Italiens de l’autre. La violence qui en découle est d’autant plus marquante qu’elle est largement incarnée par les chefs de ces gangs, Tom Hardy d’un côté, Noah Taylor de l’autre. Les deux acteurs en font des tonnes, mais toujours sur un ton juste, comme dans un réjouissant concours de psychopathes ! Avec une petite longueur d’avance, la victoire revient à Tom Hardy, glaçant et impressionnant.

D’une intensité rare, cette saison 2 dense et passionnante est construite comme une longue montée en puissance, jusqu’aux deux derniers épisodes à couper le souffle. Et puis il y a la bande son, toujours impeccable, faite de reprises rock du meilleur goût. Il y avait déjà le fascinant « Red Right Hand » de Nick Cave pour le générique, et comme un sublime fil rouge. Et voilà que PJ Harvey ou Johnny Cash s’invitent à leurs tours au fil des épisodes. A croire que les créateurs ont pioché dans ma cdthèque… Vivement la saison 3.

Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer) – de Bong Joon-ho – 2013

Posté : 12 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, BONG Joon-ho, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Snowpiercer

Première production internationale pour le Sud-Coréen Bong Joon-ho, après une série de grands films qui ont connu d’immenses succès, dans des genres différents, du polar Memories of Murder au mélo Mother en passant par le film de monstre The Host. Loin de perdre son âme en prenant les rênes de cette co-production américano-franco-etc, le réalisateur signe une nouvelle grande réussite, et impose sa marque atypique.

Dans ses précédents films de genre, Bong avait distillé une dose d’humour et de dérision dans des thèmes très sombres. La présence de son acteur fétiche Song Kang-ho y était pour quelque chose, et on le retrouve à l’affiche de ce film post-apocalyptique, dominé par une distribution essentiellement anglophone : Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Jamie Bell ou Ed Harris.

A l’origine du film, il y a une bande dessinée française, signée Jean-Marc Rochette et Jacques Lob, dont Bong Joon-ho respecte scrupuleusement l’univers. Lorsque la production est lancée, trois albums sont déjà sortis. Le quatrième qui suivra inclura d’ailleurs les événements imaginés spécifiquement pour le film dans l’intrigue générale.

Et quel univers : une sorte de condensé de l’humanité dans ce qu’elle a de plus diversifiée, et de plus effrayants, vivant reclus dans un immense train roulant sans jamais s’arrêter à travers un paysage de glace. Car dans ce futur-là, l’humanité a quasiment disparu, après que des savants géniaux ont décidé de balancer un gaz dans l’air pour stopper le réchauffement climatique. On voit bien ce qui a plus à l’ironique Coréen : car cette arme censée sauver le monde a bel et bien mis un terme au réchauffement, plongeant la Terre dans une nouvelle ère glacière.

Dix-huit ans plus tard, les survivants roulent sans fin, dans un train mis au point par un puissant démiurge, qui a compartimenté les wagons comme des symboles des classes sociales. A la tête, les leaders qui vivent dans l’opulence. A la queue, les pauvres à qui on a tout retiré : les droits, les possessions et la dignité. Jusqu’à ce qu’un homme au passé trouble et douloureux comprenne qu’il est fait pour mener les siens vers la liberté. C’est Chris Evans, qu’on découvre intense et charismatique. Une belle surprise.

La construction du film est fascinante, lente avancée dans le train où chaque passage d’un wagon à l’autre procure une rupture de ton et de rythme. Et Bong Joon-ho a un talent fou pour passer de la dérision à la tragédie, de l’humour décomplexé à la violence gore. Réjouissant et édifiant, Snowpiercer n’est pas totalement dépourvu de lumière, et présente même une petite (mais vraiment toute petite) lueur d’espoir concernant la nature humaine. Mais à quel prix…

Jason Bourne (id.) – de Paul Greengrass – 2016

Posté : 7 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), GREENGRASS Paul | Pas de commentaires »

Jason Bourne

Il aura mis presque dix ans avant de retrouver son personnage fétiche, celui qui a boosté sa carrière en faisant de lui un action hero improbable mais enthousiasmant. Matt Damon a donc dit oui, lui qui avait si longtemps dit non. Une seule condition, avait-il précisé : que Paul Greengrass, réalisateur de La Mort dans la peau et La Vengeance dans la peau, soit lui aussi de la partie. Dix ans plus tard, on reprend donc à peu près là où ça s’était terminé…

Bonne ou mauvaise idée ? Ben, les deux mon camarade. D’un côté, retrouver le « vrai » Jason Bourne (après l’intermède Bourne Legacy) procure un plaisir similaire à celui que l’on éprouve en découvrant un nouveau Mission : Impossible, ou un nouveau James Bond. Mais pour le coup, strictement rien de neuf à l’horizon. Et une fois le générique de fin terminé (toujours le même, avec la géniale chanson de Moby), on se rappelle que si Greengrass et Damon avaient décidé d’arrêter en 2007, c’est parce qu’ils avaient le sentiment d’avoir fait le tour du sujet.

Ils avaient raison. L’histoire, ou plutôt le prétexte, semble bien mince, comme si au bout de la corde tirée le long de trois films riches et complémentaires, il n’y avait plus qu’un vague filet qui ne servirait pas à grand-chose. Finalement, mieux aurait valu faire sans ce prétexte guère palpitant, et assumer pleinement le statut de pur film d’action, aussi inventif que Bond ou Mission…, mais plus ancré dans le réel.

C’est d’ailleurs ce mariage de l’action hyper-spectaculaire et du réalisme tangible qui donne les meilleurs scènes du film. Avec une recette simple : Bourne va d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, avec un morceau de bravoure à chaque étape. La meilleure est, de loin, la première, celle d’Athènes. Dans la capitale grecque plongée dans le chaos des manifestations, Greengrass signe une ébouriffante séquence de poursuite, avec ce style caméra à l’épaule immuable et un rien agaçant.

La dernière, aussi, est impressionnante : à Las Vegas, une poursuite en voitures brutale et inventive, qui réussit à renouveler le genre. Entre-deux, pas mal de tension, quelques explosions de violence, et beaucoup de suspense pas toujours très clair par écrans d’ordinateurs interposés. Dans ces trop longues scènes, là, la sensation de déjà-vu est très présente, et l’intérêt retombe. Mais pas longtemps : Greengrass sait faire repartir la machine quand il le faut.

A défaut de relancer la saga sur de nouvelles bases, le film prolonge le plaisir tardivement, artificiellement, mais réellement.

• Voir aussi La Mémoire dans la peau, La Mort dans la peauLa Vengeance dans la peau et Jason Bourne : l’héritage.

Prisoners (id.) – de Denis Villeneuve – 2013

Posté : 6 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, VILLENEUVE Denis | Pas de commentaires »

Prisoners

Villeneuve fait ses débuts à Hollywood avec ce thriller sombre et étouffant, qui confirme son immense talent et fait de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec Prisonners, le réalisateur canadien réussit un thriller à peu près aussi marquant que Demme avec Le Silence des Agneaux, ou Fincher avec Seven puis Zodiac (déjà avec Jake Gyllenhaal). Bref, un grand film.

Deux fillettes disparaissent mystérieusement. Un jeune simplet est d’abord soupçonné, mais la police écarte vite cette piste. L’un des pères, lui, est persuadé de sa culpabilité, et ira très loin pour découvrir la vérité et retrouver sa fille. Ce père, c’est Hugh Jackman, acteur pas toujours ébouriffant, mais qui fait ici des merveilles dans le rôle de cet homme obsessionnel et désespéré, entre force brute et sensibilité à fleur de peau.

Ses confrontations avec le flic joué par Gyllenhaal (assez génial), qui semble constamment à côté de la plaque, sont étonnantes : deux versions radicalement opposées de l’obsession, qui mettent joliment en lumière les noirceurs de l’âme humaine. La réussite du film tient en partie à la vérité qui se dégage de ces personnages, et de tous les autres. Villeneuve ne fait pas l’impasse sur le spectaculaire, et signe quelques belles scènes d’action et de suspense, mais c’est cette vérité, et les erreurs dramatiques que les personnages commettent, qui marquent les esprits.

Et visuellement, c’est une splendeur. Sans renier les grandes références du genre des années 90 et 2000, Villeneuve affirme un style fascinant, à hauteur d’hommes et porté sur l’ellipse. D’une intensité rare, terrifiant et bouleversant, le meilleur thriller de ces dernières années ? Formidable, en tout cas.

O.J. Simpson : Made in America (id.) – de Ezra Edelman – 2016

Posté : 4 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, DOCUMENTAIRE, EDELMAN Ezra, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

OJ Simpson Made in America

Presque 8 heures : c’est la durée de cet extraordinaire documentaire oscarisé qui revient sur l’hallucinante trajectoire d’O.J. Simpson, mini-série en cinq épisodes admirablement construits et captivants.

On croyait tout savoir sur le destin de cette ancienne star du football américain reconvertie en acteur (remarqué dans la série des Naked Gun), et définitivement rentré dans l’histoire après les meurtres de son ancienne femme et d’un ami, pour lesquels il a été acquitté contre toute attente à l’issue d’un procès stupéfiant, avant d’être finalement condamné pour un improbable braquage.

On croyait tout savoir, mais on était loin du compte. A travers cinq épisodes de 90 bonnes minutes, Ezra Edelman se donne le temps de revenir sur cette destinée hors norme, et inscrit le parcours de Simpson dans l’histoire récente des Etats-Unis.

Ce qui fascine d’abord dans cette vie, c’est la manière dont ce gamin d’une famille noire modeste a profité de sa notoriété de sportif non pas pour faire entendre la voix des noirs, mais pour s’imposer dans une société où les noirs, justement, n’avaient pas leur place. Ambition profondément égoïste ou militantisme déguisé ? Simpson n’a visiblement jamais été un vrai militant, mais il y a pourtant un postulat audacieux et finalement engagé dans sa volonté d’abolir la couleur de peau.

Le documentaire s’appuie grandement sur cette ambition, qu’il met en parallèle avec la condition des noirs dans le Los Angeles des années 60 à 90, jusqu’aux émeutes qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King, peu avant le meurtre de Nicole, l’ex-femme d’O.J. Pas question pour autant de faire du documentaire une histoire de la lutte des noirs américains : le contexte racial n’est là que pour éclairer a posteriori l’hallucinant procès qui a abouti à l’acquittement incroyable d’O.J. Simpson en 1995.

Riche en images d’archives (à tel point qu’on se dit que micros et caméras sont décidément partout aux Etats-Unis, que ce soit sur les terrains de sports, dans les maisons ou dans les tribunaux) et en témoignages (amis et anciens amis, familles des victimes… mêmes les flics montrés du doigt pour leur incompétence ou leur racisme avérés prennent la parole), le docu est d’une extraordinaire précision, et fait comprendre toute la complexité du personnage.

O.J. Simpson est un homme fascinant. Un meurtrier, sans doute, dont on ne cache rien de la sauvagerie des meurtres. Mais aussi un homme séduisant et affable, autant que manipulateur et, d’une certaine façon, pathétique. Pathétiques, en tout cas, les années qui ont suivi son acquittement, cette façon qu’il a eu de tomber le masque, de s’exhiber dans des frasques inattendues de bad boy, avant d’être rattrapé par le destin.

Sur sa chute aussi hallucinante que son acquittement, on aurait voulu en voir plus, malgré la durée dès considérable du docu. Comment un type revenu de l’enfer a-t-il pu se laisser entraîner dans une telle affaire ? Car en guise de braquage, il s’agit d’une virée digne des Pieds Nickelés initiée par O.J. lui-même pour récupérer des objets personnels dont des profiteurs se seraient emparés durant ses années de purgatoire. Du grand n’importe quoi, pour un destin hallucinant jusqu’au bout.

Au bout du bout, la justice ne sort pas grandie de cette histoire. Après l’avoir innocenté pour d’absurdes raisons d’un meurtre sauvage que beaucoup (jusqu’à ses plus proches) sont persuadés qu’il a commis, O.J. Simpson a finalement été condamné à 33 ans de prison pour une quasi-peccadille qui, étonnamment, rendait ce probable monstre plus humain que jamais…

Les As de la jungle – de David Alaux – 2017

Posté : 2 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, ALAUX David, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Les As de la jungle

Une ligue de super-animaux prêts à risquer leurs vies pour sauver leur jungle, menacée par un dangereux koala et une armée de gorilles… C’est le pitch improbable de cette adaptation d’une série animée plutôt rigolote, strictement destinée aux enfants.

Improbable, mais pas autant que les trois héros principaux : une famille tigre pas tout à fait comme les autres. Il y a d’abord la matriarche, justicière retraitée qui voit d’un mauvais œil son fils adoptif prendre la relève. Il y a ensuite ce fils, donc : un pingouin dont l’œuf est arrivé sur un iceberg, et qui se vêt de rayures jaunes pour mieux ressembler à sa mère. Et il y a le petit-fils : un poisson-tigre trimbalé dans un bocal mais doué d’une autonomie remarquable.

Ce pourrait être indigeste pour tout spectateur ayant dépassé les 7 ou 8 ans, mais non. Cette drôle de famille symbolise bien le drôle d’esprit qui règne sur ce dessin animé à voir impérativement accompagné d’un jeune enfant, mais bien plus surprenant et aimable que l’immense majorité des productions animées américaines du moment.

Moi, moche et méchant 3 (Despicable me 3) – de Kyle Balda et Pierre Coffin – 2017

Posté : 27 août, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, BALDA Kyle, COFFIN Pierre, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Moi, moche et méchant 3

Chez les Minions, rien de nouveau. Forcément, depuis que Gru s’est reconverti en père de famille et en super-gentil, le cynisme du premier film a volé en éclat. On s’en était déjà rendu compte avec le deuxième volet, mais ça se confirme ici : la méchanceté du personnage, que l’on avait découvert pour la première fois s’amusant à éclater le ballon d’un enfant, était bien le principal intérêt du truc.

Ce troisième volet a beau lui coller un frère jumeau radicalement différent de lui, et un nouveau super-méchant parodiant (avec tubes d’époque à l’appuie) l’esthétique des années 80, l’impression de déjà vu est lourde. C’est bien mignon, avec cette fillette qui rêve de voir une licorne. C’est bien rigolo par moments, même avec des Minions relégués au rang de faire-valoir après avoir eu droit à leur propre film. C’est bien rythmé aussi, avec un savant mélange d’action et de comédie.

Mais tout ça sent tellement le réchauffé que c’en devient désagréable. En attendant la prochaine idée vraiment originale…

Creed : l’héritage de Rocky Balboa (Creed) – de Ryan Coogler – 2015

Posté : 17 juillet, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, COOGLER Ryan, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Creed

On croyait sincèrement qu’il en avait fini avec ce personnage fétiche qui lui a tout donné en 1976, et qui lui a tout redonné en 2006. Dix ans après le très beau Rocky Balboa, c’est pourtant un tout jeune homme qui pousse Stallone à renfiler non pas les gants, qu’il a raccrochés depuis longtemps, mais la dégaine fatiguée et le feutre plus mou que jamais de Rocky : Ryan Coogler, réalisateur du remarqué Fruitvale Station, qui arrive à 30 ans (l’âge de Stallone à l’époque du premier Rocky) avec une belle idée et une admiration sans borne pour Stallone et son alter ego de cinéma.

Voilà donc Adonis Creed, le fils caché d’Appolo, jeune boxeur amateur né d’une liaison adultère mais élevé par la femme de son père, qui brûle du besoin d’exister par lui-même, et décide de se tourner pour de bon vers la boxe en demandant à celui qui fut le compagnon des dernières heures de son père de l’entraîner. Rocky Balboa himself, plus vieux de dix ans qu’il y a dix ans, seul, cabossé et fatigué, qui finit par se laisser embarquer de nouveau dans le rythme trépidant de la boxe, faisant pour le jeune Adonis ce que Mickey avait fait pour lui quelques décennies plus tôt.

Après un début un rien froid, qui peine à émouvoir tant on attend avec impatience l’apparition de Stallone/Rocky (qui n’arrive qu’au bout d’une quinzaine de minutes), la nostalgie commence à fonctionner, et le duo que forment le vieux briscard et son jeune protégé (excellent Michael B. Jordan) s’impose immédiatement comme l’une des grandes réussites du film.

Comme dans tous les Rocky, la boxe est bien plus qu’un simple prétexte. D’ailleurs, c’est lors du premier combat sur le ring que le film prend une autre dimension. Magnifique ce combat, filmé au plus près des corps dans un extraordinaire plan séquence qui tourne autour des personnages dans un mouvement qui emporte tout. Et qui se termine par l’une de ces étreintes viriles qui parsèment tous les Rocky, étreinte qui fait naître une émotion familière et immense chez le fan de la saga.

40 ans après le premier film, et même si celui-ci est le premier que Stallone n’a pas écrit lui-même, Creed est bel et bien un vrai Rocky. Et un grand Rocky, même : Coogler renoue avec le ton et l’émotion des meilleurs films de la série. Amoureux du personnage, il s’en montre à la hauteur, cite quelques scènes iconiques en les réinventant (la course dans les rues de Philadelphie, la montée des marches…), sans jamais les trahir, et sans tomber non plus dans une admiration bête et paralysante.

Le film est beau parce qu’il privilégie une émotion simple et forte, et parce qu’il met en scène des figures que l’on connait depuis toujours. Rocky bien sûr, personnage unique dans l’histoire du cinéma (je n’en connais pas d’autres qui auraient accompagné d’aussi près et aussi longtemps la carrière de leur interprète), et le fantôme d’Appolo Creed, qui pèse sur l’histoire comme un symbole du passé de Balboa, de cette jeunesse perdue et de ces proches disparus, dont on sait au moins depuis Rocky Balboa qu’ils sont au cœur de sa vie.

Le film est déchirant parce qu’il met en scène des personnages hantés par la mort, le handicap ou la déchéance physique. Mais il est aussi plein de vie et d’espoir : c’est au fond l’histoire de deux hommes qui réapprennent au contact l’un de l’autre à se battre et à regarder devant eux plutôt que derrière.

40 ans après ses débuts, Stallone ne triche pas, et affiche son âge, n’hésitant pas à apparaître abîmé et fatigué. Même dans un rôle qu’il (et qu’on) connaît par cœur, il réussit à surprendre par son intensité, livrant l’une de ses plus belles prestations après Copland… et le premier Rocky.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa

Jack Reacher : Never go back (id.) – d’Edward Zwick – 2016

Posté : 14 juillet, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, ZWICK Edward | Pas de commentaires »

Jack Reacher Never go back

Avec son style volontairement rétro, rencontre improbable du polar à la Bullitt et du film d’action à la Mission : Impossible, le premier Jack Reacher avait donné envie d’en voir un peu plus. Voilà qui est fait, avec cette suite qui a failli ne jamais voir le jour après le demi-succès du précédent. On prend donc le même et on recommence, avec Tom qui reprend son désormais habituel rôle de justicier très doué pour terrasser les méchants avec ses mains, avec un couteau, un flingue, ou tout ce qui lui tombe sous la main.

Un type dont on sait tellement qu’il peut à lui seul étendre quatre bad guys qu’on n’a même presque plus besoin de le montrer en pleine action. C’est ainsi que Edward Zwyck (qui retrouve Cruise après Le Dernier Samouraï) filme Cruise/Reacher pour la première fois : tranquillement assis à un comptoir tandis que ses « victimes » gisent par terre, dehors. Déjà mythique, et c’est bien comme ça que Reacher est écrit : comme une sorte de mythe dont tous les militaires semblent se raconter les exploits le soir au coin du feu.

Je l’ai souvent écrit sur ce blog : j’aime Tom Cruise, sa carrière, sa stature d’ultime grande star hollywoodienne, son envie si éclatante de faire de bons films, sans tenir compte des effets de mode. Mais comme tous ses fans, j’aimerais tellement le voir renouer avec des rôles plus consistants, où il aurait autre chose à jouer qu’un simple mouvement de sourcil pour annoncer qu’il va péter trois paires de jambes. Qu’il nous surprenne, quoi, comme il le faisait lorsqu’il tournait Né un 4 juillet, Magnolia, Eyes Wide Shut, ou La Guerre des Mondes

Cela dit, on prend un vrai plaisir devant ce polar bourré d’action. Pas pour l’aspect polar d’ailleurs, avec une intrigue à peu près aussi mince qu’un scénario de L’Agence tout risque. Mais pour les nombreuses et très réjouissantes scènes d’action, et tout particulièrement la dernière d’entre elle, formidable course-poursuite dans le vieux quartier français de La Nouvelle Orléans, en plein carnaval. Un véritable morceau d’anthologie assez superbement filmé, inventif et au rythme impeccable.

Mais là où le film est le plus réussi, là où il surprend un peu quand même, c’est lorsqu’il joue avec les failles de Jack Reacher. Le gars est un pur héros, plus intelligent, plus intuitif et plus balèze que qui que ce soit. Mais humainement, c’est une vraie tâche, incapable de faire confiance ou de partager quoi que ce soit. Sauf que cette fois, il doit s’improviser père de famille, et compagnon d’une femme à peu près aussi teigneuse que lui. Et voir le Tom se comporter comme un con avec cette ado qui pourrait bien être sa fille, et comme un macho à l’ancienne avec cette femme qu’il pourrait aimer, a quelque chose de franchement réjouissant. C’est quand il s’amuse de sa propre image que Cruise est le plus passionnant, pas quand il se prend au sérieux.

Snow Therapy / Force majeure (Turist) – de Ruben Östlund – 2014

Posté : 5 juillet, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, ÖSTLUND Ruben | Pas de commentaires »

Snow Therapy

En vacances dans une station de ski luxueuse des Alpes françaises, une famille qui cherche à se retrouver en échappant à l’effervescence de la vie quotidienne est confrontée à une grave crise lorsqu’une avalanche les menace : voyant venir la coulée de neige, le père prend la fuite sans s’occuper des siens, tandis que le premier réflexe de la mère est de protéger leurs enfants. L’avalanche est finalement sans danger, mais l’instinct de survie du père plane désormais sur le couple et toute la famille…

Les éléments occupent une place centrale dans ce film magnifique. L’avalanche pour commencer, filmée du point de vue de touristes sur une terrasse, qui apparaît discrètement au loin avant d’envahir l’ensemble du cadre dans un plan impressionnant. La neige, toujours, qui entoure les personnages et souligne cette culpabilité ou ce doute qui les tenaillent. Et puis le brouillard, dans une longue et magnifique scène aussi révélatrice que libératrice, dans laquelle chaque membre de la famille semble totalement isolé, traversant une sorte de no man’s land avant de se retrouver. « On a réussi ! » s’exclament-t-ils alors.

Le décor du film n’est pas ordinaire : un hôtel luxueux dans une station très haut de gamme. Mais le drame qui se noue est intime, révèle les individualités et les solitudes de chacun, et interroge sur la vérité profonde de tous. Comment aurions-nous réagi dans une telle situation ? Qu’est-ce que notre instinct nous aurait poussé à faire ? Et comment réagirions-nous si ceux que l’on aime révélait un instinct de survie égoïste ? J’ai beau avoir la certitude profonde que je serais resté au plus près de ma femme et de mes enfants, le trouble de Tomas, et des autres personnages, semble universel.

Snow Therapy est un film beau, fort et poignant. Mais jamais sur un ton larmoyant, et jamais en adoptant une posture de donneur de leçon, bien au contraire. On rit, même, mais un rire toujours nerveux : la comédie qui finit par s’installer peu à peu dans le drame n’est jamais très loin de la douleur. Il faut voir les pleurs cacophoniques quasi-comiques de Tomas, et les plans nettement moins drôles sur ses enfants angoissés…

Le tragi-comique, c’est aussi la manière dont le traumatisme revient constamment à la charge, devant des témoins de circonstances, comme si le couple, ou plutôt la famille, était incapable de dire les choses, d’accepter ensemble une vérité qui dénie toutes les certitudes de la constitution d’une famille, dont Ruben Östlund se révèle d’emblée un observateur féroce.

Trois ans avant sa Palme d’Or pour The Square, le cinéaste suédois décroche le Prix du Jury et s’impose comme l’un des grands réalisateurs à suivre du moment.

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