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Archive pour la catégorie '2000-2009'

L’Enquête (The International) – de Tom Tykwer – 2009

Posté : 21 mai, 2014 @ 5:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ACTION US (1980-…), TYKWER Tom | Pas de commentaires »

L'Enquête

Réalisateur souvent agaçant (Cours Lola Cours, Le Parfum), Tom Tykwer se débarrasse de ses tics pour ce thriller sous influence des productions américaines des années 70. Il y a quelque chose des Trois jours du Condor, dans cette enquête qui met aux prises un homme de dossier avec un système basé sur le secret, le mensonge et la manipulation. A ceci près que la CIA a laissé la place aux grandes banques internationales, qui détiennent le pouvoir en ce début du troisième millénaire, et que le « terrain de jeu » ne se cantonne plus au territoire américain, mais se déroule à l’échelle de la planète.

Avec ce thriller international, Tykwer dénonce donc la toute-puissance du système bancaire, son cynisme, et la propension des puissants à jouer avec les peuples en crise pour consolider leurs positions. Bref, rien de neuf sous le soleil : le film creuse un sillon déjà bien tracé, sans apporter grand-chose de nouveau. Le brave et droit Clive Owen, agent d’Interpol lancé dans une véritable quête, est d’une pureté presque angélique, mais devra se résoudre à tourner le dos à ses illusions pour que justice soit faite. Sauf que la justice, bien sûr, est une notion bien illusoire.

Quand il se prend un peu trop au sérieux, Tykwer est assez emmerdant, et jamais très fin. Mais le film est avant tout un très bon thriller paranoïaque, admirablement tendu. En tant que pur film de genre, L’Enquête est une vraie réussite, qui prend le parti de nous emmener aux quatre coins du monde (Berlin, Paris, New York, Istanbul…), ce qui donne au réalisateur l’occasion de filmer de bien belles images.

Dans le rôle d’un procureur ricain, Naomi Watts ne force pas son talent, mais Clive Owen apporte ce mélange de force et de fragilité qui le caractérise si bien, faisant de son personnage un homme décidé et tourmenté, aussi convaincant dans les échanges verbaux que dans les scènes d’action, rares mais haletantes.

Un sommet dans le genre : l’extraordinaire fusillade dans le musée Gugenheim, durant laquelle Tykwer révèle un talent insoupçonné, utilisant les volumes du bâtiment et faisant virevolter la caméra d’une manière aussi élégante qu’impressionnante, pour signer une sorte de ballet virtuose et hyper violent. Rien que pour cette scène d’anthologie, L’Enquête est à voir.

La Somme de toutes les peurs (The Sum of all fears) – de Phil Alden Robinson – 2002

Posté : 5 avril, 2014 @ 3:38 dans 2000-2009, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

La Somme de toutes les peurs

Plus de dix ans avant The Ryan Initiative, le héros créé par Tom Clancy a eu droit à un premier « reboot ». Alors que l’on croyait la franchise enterrée, huit ans après le dernière film en date (Danger immédiat), le producteur Mace Neufeld revenait aux premiers pas du personnage, lui offrant une cure de jouvence (Ben Affleck succède à Harrison Ford, hélas), pour une histoire très semblable à celle du chef d’œuvre de John McTiernan A la poursuite d’Octobre Rouge. La démesure des années 2000 en plus.

Phil Alden Robinson est un réalisateur qu’on aime bien sur un ton un peu léger : on lui doit le magnifique et capraesque Jusqu’au bout du rêve, et le fort sympathique Les Experts. Ici, il fait le job le plus souvent, bien mieux en tout cas que le fort fade Philip Noyce pour les deux films précédents. Mais lorsque les enjeux deviennent trop grands, à partir de la moitié du métrage, il n’est clairement plus à la hauteur : son style trop sage ne souligne jamais l’horreur de la situation et l’ampleur de la menace qui pèse sur le monde…

Pour résumer la situation, c’est un peu les rapports Est-Ouest d’Octobre rouge (Jack Ryan, seul à voir le vrai visage de celui que tout le monde voit comme l’ennemi à abattre), mais à l’échelle de la crise des missiles de Cuba, référence historique clairement évoquée tout au long du film. Dans la dernière partie, c’est rien moins qu’une troisième guerre mondiale que Ryan doit éviter.

On n’y croit pas vraiment, pas plus qu’on ne croit en la suprême intelligence d’un Ryan campé par un Ben Affleck dont on a un peu plus de mal à dire du mal, depuis qu’il est devenu un excellent réalisateur, mais dont les qualités d’acteur sont tout de même souvent très discutables.

Cela dit, les acteurs ne sont pour la plupart pas très bien utilisés. Il y a pourtant des gueules qu’on aime beaucoup : Ciaran Hinds, Liev Schreiber, Morgan Freeman, Bruce McGill, James Cromwell, Philip Baker Hall… Mais leurs rôles, trop caricaturaux, ne leur permettent pas de révéler tout leur talent. Seul Michael Byrne (savoureux méchant de Indiana Jones et la dernière croisade) rend fascinant son personnage d’éminence grise mystérieuse du président russe.

Bancal et pas vraiment convainquant dans sa seconde moitié, le film a quand même ses bons moments. Toute la première heure, notamment, est assez réjouissante, et colle parfaitement à l’esprit des romans de Tom Clancy : Ryan, jeune analyste de la CIA habitué au travail de bureau, confronté malgré lui aux réalités du terrain et à des enjeux soudain tangibles. Robinson y instille une bonne dose d’humour. Il y est clairement plus à l’aise que dans le film apocalyptique, avec lequel flirte trop allégrement la seconde partie.

•  Paramount a édité un coffret, DVD ou blue ray, regroupant les quatre premiers films consacrés à Jack Ryan (A la poursuite d’Octobre rouge, Jeux de guerre, Danger immédiat et La Somme de toutes les peurs), avec des interviews d’époque plutôt intéressantes, consacrées à la gestation des films.

88 minutes (id.) – de Jon Avnet – 2007

Posté : 28 mars, 2014 @ 4:05 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, AVNET Jon, PACINO Al | Pas de commentaires »

88 minutes

Pas si mal, ce thriller dont j’avais gardé un souvenir assez médiocre. Bien meilleur, en tout cas, que La Loi et l’ordre, navrant polar également réalisé par Jon Avnet (l’anagramme de « navet », remember ?) avec Pacino, et DeNiro.

Le film souffre quand même par moments du manque d’inspiration du réalisateur, qui fait des purs moments de suspense (la séquence d’ouverture, ou une autre scène dans un appartement dont on se demande s’il est vide ou non) d’interminables accumulations de clichés qui faisaient les belles heures des séries policières des années 70 et 80 style Starsky et Hutch.

Avnet est loin d’éviter tous les clichés. La fin est ainsi tellement attendue qu’elle en devient pénible. Les fausses pistes qui émaillent le film peuvent-elles encore tromper qui que ce soit, alors que le scénario, et la mise en scène, recyclent des recettes éprouvées depuis des décennies ? Par moments, quand même, Avnet dépasse les bornes.

Mais il y a, à côté de ça, des tas de belles idées originales et pertinentes, qui sortent 88 minutes du tout-venant du thriller hollywoodien. Pas le compte-à-rebours, vieux truc rabâché depuis toujours, mais le fait que le héros, Al Pacino, passe une bonne moitié du film l’oreille collée à son téléphone portable. Peu d’action physique, finalement, mais un suspense efficace qui passe essentiellement par ces appels que le psychologue, interprété par Pacino, reçoit à longueur de métrages.

Les « 88 » minutes du titre, c’est le temps qu’il lui reste à vivre, selon les dires d’un mystérieux interlocuteur. Une affirmation, ou une menace, qui pousse Pacino à se méfier de tous, à décortiquer ce qui est sa vie, et à se méfier des multiples femmes qui la peuplent : toutes celles qu’il baise sans vraiment s’en soucier. C’est aussi une particularité du film : faire du héros un queutard vieillissant qui collectionne les conquêtes féminines mais réalise, face à la crise, qu’il ne connaît réellement aucune des personnes qui l’entourent.

Dans le rôle, Pacino n’est pas étonnant comme il peut l’être dans ses grands jours. Mais, même en mode mineur, il est parfait et sort le film de l’anonymat.

Dark Blue (id.) – de Ron Shelton – 2002

Posté : 28 février, 2014 @ 1:59 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, SHELTON Ron | Pas de commentaires »

Dark Blue

Passé relativement inaperçu, par rapport à un Training Day au thème semblable (on retrouve d’ailleurs le même David Ayer aux scénarios de ces deux films), Dark Blue n’a pourtant rien perdu de sa puissance, en dix ans. Ce polar noir, noir, noir, porte à la fois la marque de son scénariste, et surtout celle de James Ellroy, qui a écrit l’histoire originale. Il y a mis ses obsessions : ce L.A. bouffé par la corruption, la violence et le racisme qui peuple ses romans noirs.

Le flic interprété par un Kurt Russell renversant ressemble aux personnages rongés par leurs démons qu’il aime mettre en scène dans ses livres. Un type dévoré par une machine corrompue qui l’a entraîné dans une abyssale descente aux enfers. Et, bonne nouvelle, ni le scénar, ni la réalisation, plutôt inspirée, de Ron Shelton, ne font quoi que ce soit pour atténuer la noirceur du propos.

La belle idée du film est d’avoir situé l’intrigue durant le printemps 1992, à quelques heures de l’acquittement des flics qui ont tabassé Rodney King un an plus tôt, verdict qui va mettre la ville à feu et à sang, et mettre en évidence l’immense corruption et les méthodes douteuses du LAPD. Le destin de Perry (Kurt Russell) est lié à ces émeutes : l’un comme l’autre symbolisent la fin d’un système, l’explosion de violence nécessaire au grand nettoyage…

Bien sûr, les lecteurs fidèles d’Ellroy (j’en suis) auront l’impression d’avoir déjà vu ça mille fois. Mais l’esprit de l’auteur est bien là, tout comme celui du scénariste. David Ayer, cinéaste, aurait sans doute apporté un aspect un peu plus rugueux au film, que Ron Shelton peine parfois à donner. Mais la tension est bien là, et il y a quelque chose de shakespearien et de profondément tragique dans le destin de ce flic embrigadé par son père génétique et une sorte de père de substitution depuis sa plus tendre enfance, qui rompt finalement avec ce qui a toujours été sa vie.

Kurt Russel n’a peut-être jamais aussi bien que dans ce rôle de flic qui flirte de plus en plus avec les abysses, perd son âme, avant de se confronter, tardivement, à ce qu’il est et surtout ce qu’il n’est plus. La scène de rupture avec sa femme, parenthèse apaisée dans un enchaînement de violence, sonne la rupture du personnage avec ses propres démons. Une scène magnifique, la plus belle du film, au cours de laquelle son humanité affleure enfin…

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:33 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003 dans * Polars asiatiques ptu

Les 15 premières minutes sont hallucinantes, mélange de violence extrême, d’absurde et de sentiment de menace. Une plongée radicale dans ce qui est parenthèse irréelle à Hong Kong : une nuit où l’effervescence perpétuelle de la ville disparaît soudain. Johnnie To nous plonge dans cette nuit de solitude d’une manière ahurissante : en suivant un chef de gang constamment entouré, dont le moindre mouvement est suivi de près par tous ses hommes, qui finira par mourir totalement esseulé, après une longue agonie à laquelle personne n’assistera…

Dès lors, la vie grouillante de Hong Kong a disparu, et le film ne sera plus qu’une longue virée nocturne et fascinante dans les rues désertes, vastes artères dominées par des façades froides et pesantes. Une virée dont la perte de son arme de fonction par un policier sera l’absurde prétexte.

Avec ses cadrages légèrement désaxés et l’utilisation du grand angle, Johnnie To filme un Hong Kong quasi irréel, désert et habité par un sentiment d’insécurité et de menace permanente. Une plongée quasi-irréelle dans cette nuit pleine de dangers, où les êtres se déplacent comme des spectres. Où la parole est rare, et où le moindre geste laisse penser que l’explosion de violence est imminente. Il faudra pourtant attendre les dernières minutes, et se laisser envoûter par la musique exceptionnelle, hallucinogène. Entre-temps, la violence n’est que latente, et les flics déambulent lentement, arpentant les rues à pied. L’atmosphère évoque celle qui précède les règlements de compte dans certains westerns.

Ici aussi, comme chez Sergio Leone, toute notion de bien ou de mal est illusoire : toutes les trajectoires personnelles convergent vers un règlement de compte final que l’on pressent dès le départ, et qui se conclue sur une pirouette scénaristique qui enfonce définitivement le clou.

Inutile de chercher une quelconque morale, ou même un sens à cette nuit de violence : avec la dernière scène, To confirme que cette arme disparue n’était qu’un prétexte. Rien de plus.

Le résultat est un grand exercice de style, peut-être le film le plus radical de To, dont le scénario se résume à une seule nuit, une nuit au cours de laquelle la ville semble totalement endormie (To a d’ailleurs mis trois ans à tourner son film, ne pouvant profiter des rues désertes que le dimanche soir). En quelque sorte, le pendant hong-kongais du After Hours de Scorsese.

Wallace et Gromit, le mystère du lapin-garou (Wallace & Gromit : The Curse of the Were-Rabbit) – de Nick Park – 2005

Posté : 26 septembre, 2013 @ 12:20 dans 2000-2009, DESSINS ANIMÉS, PARK Nick | Pas de commentaires »

Wallace et Gromit, le mystère du lapin-garou (Wallace & Gromit : The Curse of the Were-Rabbit) - de Nick Park - 2005 dans 2000-2009 wallace-et-gromit

Pour leur premier long métrage, les plus british des héros en pâte à modeler s’offrent une parodie réjouissante du cinéma d’épouvante de l’âge d’or. Tout ce qui nous a fait adorer Wallace et Gromit dans les courts métrages est bien là : un humour anglais irrésistible, un sens du rythme et du clin d’œil qui fait mouche, et plusieurs niveaux de lecture qui permettent aux  gamins et aux « grands » d’y prendre un plaisir immense, chacun à leur manière.

Mais il y a aussi un vrai parti-pris ici : comme le titre l’indique, le film est une manière pour Nick Park de citer tous les grands classiques du film d’horreur qu’il a vus, revus et complètement assimilés.

Il y a les clins d’œil évidents : la scène du gratte-ciel de King Kong, l’affrontement entre le chasseur et le monstre de la Belle et la Bête (version Disney), mais aussi des scènes de foule qui sortent directement de L’Homme invisible et de Frankenstein

Le film fait gentiment peur, et est surtout très drôle, avec une inventivité de chaque plan. L’animation, « à l’ancienne », est d’une fluidité parfaite. La mise en scène, elle, donne un rythme fou à cette improbable remake potager de Docteur Jekyll et Mister Hyde, ou de la légende du loup-garou…

Treize jours (Thirteen Days) – de Roger Donaldson – 2000

Posté : 7 août, 2013 @ 3:09 dans 2000-2009, COSTNER Kevin, DONALDSON Roger | Pas de commentaires »

Treize jours (Thirteen Days) – de Roger Donaldson – 2000 dans 2000-2009 treize-jours

Avoir fait courir Kevin Costner dans les couloirs du Pentagone (dans le très réussi Sens unique) faisait-il de Roger Donaldson le réalisateur idéal pour ce Treize jours, dans lequel Kevin Costner arpente les couloirs de la Maison Blanche ? Evidemment non. Honnête artisan du cinéma de genre (on lui doit La Mutante, Cocktail ou le remake de Guet-Apens), Donaldson n’est, ici, jamais à la hauteur de son sujet.

Les treize jours du titre sont ceux de la fin 1962, durant lesquels la découverte de missiles soviétiques à Cuba a failli déclencher une troisième guerre mondiale. Le sujet aurait pu être traité de bien des façons : en plongeant au cœur d’une population américaine traumatisée par l’hypothèse d’une attaque nucléaire ; en mettant en perspective les intérêts géopolitiques des deux camps… Le scénario adopte plutôt le point de vue de trois hommes dont dépend le sort du monde : le président JFK, son frère Bobby, et le conseiller politique de Kennedy, Kenneth O’Donnel.

Il y a beaucoup de bonnes idées autour de ce scénario, qui s’intéresser aux conflits moraux des Kennedy (présentés comme la bonne conscience de l’Amérique), et qui fait de ce conseiller de l’ombre interprété par Costner un « frère de l’ombre ». Le scénario de David Self (le scénariste des Sentiers de la Perdition) met constamment en parallèle les négociations secrètes dans les arcanes de la Maison Blanche, et le portrait de ce Ken O’Donnel qui aime les Kennedy comme des frères, mais qui a constamment conscience de ne pas être des leurs.

Le choix des acteurs, aussi, est irréprochables : Bruce Greenwood et Steven Culp font des Kennedy très convaincant, et Kevin Costner est parfait, lui qui est un habitué de l’administration Kennedy, grâce à deux de ses meilleurs films (Un monde parfait se déroulait quelques jours avant le 22 novembre 63, et JFK évoquait la contre-enquête après l’assassinat).

Mais dès le générique de début, alors que les noms des acteurs apparaissent sur des stock-shots d’explosion nucléaire, on pressent que quelque chose cloche. Trop d’ambition, trop d’enjeux dans cette histoire. Et pas assez de personnalité et d’envergure chez ce cinéaste décidément pas taillé pour un tel sujet. Plate et sans imagination, la mise en scène de Donaldson n’est jamais à la hauteur, et ne parvient jamais à rendre tangible la tragédie qui se noue, pas plus que les tourments des protagonistes.

Pour « faire vrai », et peut-être pour renforcer la parenté avec JFK, Donaldson passe par moments de la couleur au noir et blanc, mais il n’est pas Oliver Stone qui, lui, avait du style alors. Dommage, parce que le sujet était plein de promesses, et parce que quelques passages sont plutôt réussis (la scène où Costner observe les Kennedy, conscient qu’il ne sera jamais des leurs, la belle prestation du représentant américain aux Nations Unies…). Mais Treize jours est sage, beaucoup trop sage. On ne s’ennuie pas vraiment : le scénario réserve d’innombrables surprises (toutes historiques). Mais ce sentiment d’être passé à côté d’un grand film est constamment palpable.

La Guerre des mondes (War of the Worlds) – de Steven Spielberg – 2005

Posté : 4 juillet, 2013 @ 4:37 dans 2000-2009, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | 1 commentaire »

La Guerre des mondes (War of the Worlds) - de Steven Spielberg - 2005 dans 2000-2009 la-guerre-des-mondes

Remake d’un classique un peu cheap des années 50, nouvelle adaptation d’un roman très daté de HG Wells, cette Guerre des mondes version 2005 est sans doute la plus grosse production de Spielberg, le film le plus démesuré de sa filmographie. Mais c’est aussi, grâce à un paradoxe qui colle parfaitement à sa filmo, le plus personnel de ses films, celui dans lequel se retrouvent toutes ses obsessions, toutes ses figures récurrentes, et toute sa sensibilité…

Impossible de faire le tour de ce chef d’œuvre impressionnant, qui est non seulement l’un des sommets de sa carrière, mais aussi l’un des meilleurs films de la décennie, tout simplement. Notons juste que le film est peut-être celui qui illustre le mieux la rupture qu’a marqué, à Hollywood aussi, le 11 septembre. Des dizaines de films (post)apocalyptiques suivront, mais jamais avec autant de subtilité que celui-ci, et jamais avec un tel ancrage dans le quotidien de l’Amérique « normale ».

Car le point de vue adopté par Spielberg ici n’a rien « d’extraordinaire » : jamais la caméra ne s’éloigne de ce père de famille divorcé, un type on ne peut plus ordinaire interprété par un Tom Cruise qui n’a jamais été aussi bien. Non seulement ce mec n’est pas un surhomme (il ne jouera d’ailleurs aucun rôle dans le dénouement de cette guerre), mais il n’est même pas un type remarquable (genre James Stewart dans les films de Capra). Non, c’est un homme un peu immature, père pas terrible, ex-mari détesté par ses anciens beaux-parents, un type qui n’a à peu près rien réussi, surtout pas d’être respecté par qui que ce soit…

Et c’est son point de vue d’homme ordinaire que le film va suivre de bout en bout, nous plongeant ainsi véritablement au cœur de la population d’abord, puis au cœur de la masse des survivants en exode. Il y a dans ce personnage de père, qui révèle peu à peu ses failles terribles et sa détermination plus forte que tout à sauver ses enfants (dont la petite Dakota Fanning, dans l’une des meilleures prestations d’enfants qui soit), quelque chose de bouleversant. On sent Spielberg, lui dont la filmographie est marquée par la décomposition de sa propre famille lorsqu’il était enfant, particulièrement attaché dans ce combat du père.

Il y a des passages déchirants : le moment où Tom Cruise qu’il doit tuer froidement Tim Robbins s’il ne veut pas mettre sa fille en danger ; et celle où, dans le chaos de la guerre qui l’entoure, il doit choisir de laisser partir l’un de ses enfants pour ne pas perdre l’autre. Un passage qui fait furieusement penser au Choix de Sophie

Si l’ombre du 11 septembre plane évidemment sur le film, c’est surtout celle de la deuxième guerre mondiale qui domine cette Guerre des mondes, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres films de Spielberg. L’occupation, l’extermination d’un peuple, mais aussi le cycle de la vie, qui reprend immanquablement ses droits, même après les périodes les plus barbares… L’inspiration de Spielberg est évidente, mais traitée avec une parfaite intelligence.

Faisons-nous mal, et imaginons deux secondes ce que Michael Bay aurait fait d’un tel scénario, avec de tels moyens… Assurément pas la même chose ! Avec le plus imposant de ses blockbusters, avec des effets spéciaux omniprésents, des décors gigantesques, des tas de figurants… Spielberg, lui, signe son film le plus intime, le plus intelligent, et le plus émouvant.

Et il le fait avec un style ébouriffant. Pas le moindre plan anodin ici, pas la plus petite baisse de régime. Dès les premières images, la mise en scène de Spielberg est absolument exceptionnelle, très longs plans (souvent aidés par les effets numériques) d’une fluidité hallucinante qui suivent au plus près des personnages ballottés par le cours dramatique de l’histoire.

C’est du très grand art, et un plaisir de cinéma immense.

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:20 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, HAÏM Philippe | Pas de commentaires »

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008 dans * Polars/noirs France secret-defense

Un film d’espionnage qui respecte toutes les règles modernes du genre, et dont le principal défaut est d’avoir été suivi par les excellents Zero Dark Thirty et Möbius, deux films qui, chacun à leur manière, explorent les méandres du renseignement post-11 septembre. Le film de Philippe Haïm est par moment une sorte d’ébauche de ces deux films, avec une même vision sombre et sans concession de l’humanité (mais c’est inhérent au genre depuis toujours).

Il y a une idée forte au cœur de ce film : montrer les destins parallèles de deux jeunes Français complètement paumés qui vont être happés chacun à leur manière par cette guerre qui ne dit pas son nom. D’un côté, Nicolas Duvauchelle, petit dealer sans avenir, qui croise l’islamisme radical en prison, et croit y trouver un sens à sa vie. De l’autre, Vahina Giocante, étudiante et pute à ses heures, qui croit trouver l’amour mais se retrouve recrutée malgré elle par la DGSE (sous les traits de Gérard Lanvin).

Deux gamins qui ne cherchaient qu’une seconde chance, et qui se raccrochent à ce qu’ils trouvent. C’est à la fois la plus belle idée du film, et sa limite. Parce qu’en faisant de ses deux personnages principaux des paumés un rien candides, Haïm n’affronte pas frontalement le danger de la radicalisation. Duvauchelle, surtout, est moins converti que manipulé. Sa dernière réplique (« Je ne suis pas Azziz, je m’appelle Pierre ») est éloquente. Quant à Vahina Giocante, son innocence et sa capacité à se faire manipulée jusqu’au bout est assez édifiante.

Pour le coup, c’est son scénario que Haïm aurait dû radicaliser. Mais ses deux jeunes acteurs sont formidables, et constamment convaincants. Et puis, quand il ramène son film au pur plaisir du thriller, le film est une grande réussite. La séquence finale de l’aéroport, en particulier, est un modèle de suspense comme on en voit rarement dans le cinéma français.

Ambitieux, imparfait, et séduisant.

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002 dans * Thrillers US (1980-…) panic-room

Au choix, Panic Room est le film le plus virtuose, ou le plus vain, de David Fincher. Les deux qualificatifs vont de pair, pour ce thriller qui est, sur le papier au moins, et de loin, le film le moins ambitieux du réalisateur de Seven, Zodiac ou Social Network. Jugez plutôt : une mère fraîchement divorcée et sa fille adolescente emménagent dans une énorme maison de Manhattan, dotée d’une « panic room », une chambre forte inviolable qui permet aux habitants de se mettre à l’abri en cas de menace ou d’intrusion. Devinez quoi : la première nuit, trois intrus pénètrent dans la maison.

Rien de plus : juste un thriller en huis clos, une histoire que Hitchcock aurait sans doute beaucoup aimée. Les clins d’œil au maître du suspense sont d’ailleurs omniprésents. Plus ou moins évidents, mais bel et bien présents : la maison tout en verticalité qui évoque Psychose, les deux héroïnes cloîtrées qui observent la menace par écrans interposés qui cite Fenêtre sur cour, l’utilisation du faux plan séquence qui ne peut pas ne pas faire penser à La Corde

La démarche de Fincher, d’ailleurs, ressemble beaucoup à celle d’Hitchcock dans nombre de ses films : comment s’emparer d’un sujet banal et pas franchement passionnant, et le transcender par la seule grâce de la mise en scène. Fincher semble ainsi n’avoir choisi ce sujet que pour le plaisir de jouer avec toutes les possibilités d’un décor unique (à l’exception de l’introduction et de la conclusion du film) : cette maison sur quatre niveaux qui lui inspire des mouvements de caméra verticaux et horizontaux pensés au millimètre.

Trop peut-être : c’est en tout cas l’impression tenace qui me restait de la sortie en salles. Le fameux plan impossible, où la caméra semblait traverser les entresols, les barreaux des escaliers, et même passer à travers l’anse d’une cafetière, m’avait paru le comble du tape-à-l’œil inutile et grotesque. Avec le recul, et une dizaine d’années plus tard, me voilà plus nuancé. Il y a certes un côté virtuose gratuit dans ces vastes plans séquences inimaginables sans le numérique. Mais Fincher donne aussi l’impression de justifier avec intelligence l’utilisation des effets spéciaux : des outils qui permettent de se débarrasser des contraintes purement physiques pour permettre la réalisation des plans parfaits, ceux qui conviennent le mieux à la scène présente.

Parce que le moindre mouvement de caméra, le moindre plan de coupe… Tout est ici au service du suspense et de l’impression d’étouffement et de menace qui pèse sur les personnages de Jodie Foster (parfaite, dans un rôle prévu à l’origine pour Nicole Kidman) et de sa fille. Comme dans The Game, autre film mal aimé de Fincher, la virtuosité du cinéaste est totalement destinée au plaisir du spectateur, plaisir basé sur la manipulation et sur la perception. Des thèmes décidément très hitchcociens…

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