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Archive pour la catégorie '2000-2009'

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003

Posté : 6 novembre, 2013 @ 2:33 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TO Johnnie | Pas de commentaires »

PTU (id.) – de Johnnie To – 2003 dans * Polars asiatiques ptu

Les 15 premières minutes sont hallucinantes, mélange de violence extrême, d’absurde et de sentiment de menace. Une plongée radicale dans ce qui est parenthèse irréelle à Hong Kong : une nuit où l’effervescence perpétuelle de la ville disparaît soudain. Johnnie To nous plonge dans cette nuit de solitude d’une manière ahurissante : en suivant un chef de gang constamment entouré, dont le moindre mouvement est suivi de près par tous ses hommes, qui finira par mourir totalement esseulé, après une longue agonie à laquelle personne n’assistera…

Dès lors, la vie grouillante de Hong Kong a disparu, et le film ne sera plus qu’une longue virée nocturne et fascinante dans les rues désertes, vastes artères dominées par des façades froides et pesantes. Une virée dont la perte de son arme de fonction par un policier sera l’absurde prétexte.

Avec ses cadrages légèrement désaxés et l’utilisation du grand angle, Johnnie To filme un Hong Kong quasi irréel, désert et habité par un sentiment d’insécurité et de menace permanente. Une plongée quasi-irréelle dans cette nuit pleine de dangers, où les êtres se déplacent comme des spectres. Où la parole est rare, et où le moindre geste laisse penser que l’explosion de violence est imminente. Il faudra pourtant attendre les dernières minutes, et se laisser envoûter par la musique exceptionnelle, hallucinogène. Entre-temps, la violence n’est que latente, et les flics déambulent lentement, arpentant les rues à pied. L’atmosphère évoque celle qui précède les règlements de compte dans certains westerns.

Ici aussi, comme chez Sergio Leone, toute notion de bien ou de mal est illusoire : toutes les trajectoires personnelles convergent vers un règlement de compte final que l’on pressent dès le départ, et qui se conclue sur une pirouette scénaristique qui enfonce définitivement le clou.

Inutile de chercher une quelconque morale, ou même un sens à cette nuit de violence : avec la dernière scène, To confirme que cette arme disparue n’était qu’un prétexte. Rien de plus.

Le résultat est un grand exercice de style, peut-être le film le plus radical de To, dont le scénario se résume à une seule nuit, une nuit au cours de laquelle la ville semble totalement endormie (To a d’ailleurs mis trois ans à tourner son film, ne pouvant profiter des rues désertes que le dimanche soir). En quelque sorte, le pendant hong-kongais du After Hours de Scorsese.

Wallace et Gromit, le mystère du lapin-garou (Wallace & Gromit : The Curse of the Were-Rabbit) – de Nick Park – 2005

Posté : 26 septembre, 2013 @ 12:20 dans 2000-2009, DESSINS ANIMÉS, PARK Nick | Pas de commentaires »

Wallace et Gromit, le mystère du lapin-garou (Wallace & Gromit : The Curse of the Were-Rabbit) - de Nick Park - 2005 dans 2000-2009 wallace-et-gromit

Pour leur premier long métrage, les plus british des héros en pâte à modeler s’offrent une parodie réjouissante du cinéma d’épouvante de l’âge d’or. Tout ce qui nous a fait adorer Wallace et Gromit dans les courts métrages est bien là : un humour anglais irrésistible, un sens du rythme et du clin d’œil qui fait mouche, et plusieurs niveaux de lecture qui permettent aux  gamins et aux « grands » d’y prendre un plaisir immense, chacun à leur manière.

Mais il y a aussi un vrai parti-pris ici : comme le titre l’indique, le film est une manière pour Nick Park de citer tous les grands classiques du film d’horreur qu’il a vus, revus et complètement assimilés.

Il y a les clins d’œil évidents : la scène du gratte-ciel de King Kong, l’affrontement entre le chasseur et le monstre de la Belle et la Bête (version Disney), mais aussi des scènes de foule qui sortent directement de L’Homme invisible et de Frankenstein

Le film fait gentiment peur, et est surtout très drôle, avec une inventivité de chaque plan. L’animation, « à l’ancienne », est d’une fluidité parfaite. La mise en scène, elle, donne un rythme fou à cette improbable remake potager de Docteur Jekyll et Mister Hyde, ou de la légende du loup-garou…

Treize jours (Thirteen Days) – de Roger Donaldson – 2000

Posté : 7 août, 2013 @ 3:09 dans 2000-2009, COSTNER Kevin, DONALDSON Roger | Pas de commentaires »

Treize jours (Thirteen Days) – de Roger Donaldson – 2000 dans 2000-2009 treize-jours

Avoir fait courir Kevin Costner dans les couloirs du Pentagone (dans le très réussi Sens unique) faisait-il de Roger Donaldson le réalisateur idéal pour ce Treize jours, dans lequel Kevin Costner arpente les couloirs de la Maison Blanche ? Evidemment non. Honnête artisan du cinéma de genre (on lui doit La Mutante, Cocktail ou le remake de Guet-Apens), Donaldson n’est, ici, jamais à la hauteur de son sujet.

Les treize jours du titre sont ceux de la fin 1962, durant lesquels la découverte de missiles soviétiques à Cuba a failli déclencher une troisième guerre mondiale. Le sujet aurait pu être traité de bien des façons : en plongeant au cœur d’une population américaine traumatisée par l’hypothèse d’une attaque nucléaire ; en mettant en perspective les intérêts géopolitiques des deux camps… Le scénario adopte plutôt le point de vue de trois hommes dont dépend le sort du monde : le président JFK, son frère Bobby, et le conseiller politique de Kennedy, Kenneth O’Donnel.

Il y a beaucoup de bonnes idées autour de ce scénario, qui s’intéresser aux conflits moraux des Kennedy (présentés comme la bonne conscience de l’Amérique), et qui fait de ce conseiller de l’ombre interprété par Costner un « frère de l’ombre ». Le scénario de David Self (le scénariste des Sentiers de la Perdition) met constamment en parallèle les négociations secrètes dans les arcanes de la Maison Blanche, et le portrait de ce Ken O’Donnel qui aime les Kennedy comme des frères, mais qui a constamment conscience de ne pas être des leurs.

Le choix des acteurs, aussi, est irréprochables : Bruce Greenwood et Steven Culp font des Kennedy très convaincant, et Kevin Costner est parfait, lui qui est un habitué de l’administration Kennedy, grâce à deux de ses meilleurs films (Un monde parfait se déroulait quelques jours avant le 22 novembre 63, et JFK évoquait la contre-enquête après l’assassinat).

Mais dès le générique de début, alors que les noms des acteurs apparaissent sur des stock-shots d’explosion nucléaire, on pressent que quelque chose cloche. Trop d’ambition, trop d’enjeux dans cette histoire. Et pas assez de personnalité et d’envergure chez ce cinéaste décidément pas taillé pour un tel sujet. Plate et sans imagination, la mise en scène de Donaldson n’est jamais à la hauteur, et ne parvient jamais à rendre tangible la tragédie qui se noue, pas plus que les tourments des protagonistes.

Pour « faire vrai », et peut-être pour renforcer la parenté avec JFK, Donaldson passe par moments de la couleur au noir et blanc, mais il n’est pas Oliver Stone qui, lui, avait du style alors. Dommage, parce que le sujet était plein de promesses, et parce que quelques passages sont plutôt réussis (la scène où Costner observe les Kennedy, conscient qu’il ne sera jamais des leurs, la belle prestation du représentant américain aux Nations Unies…). Mais Treize jours est sage, beaucoup trop sage. On ne s’ennuie pas vraiment : le scénario réserve d’innombrables surprises (toutes historiques). Mais ce sentiment d’être passé à côté d’un grand film est constamment palpable.

La Guerre des mondes (War of the Worlds) – de Steven Spielberg – 2005

Posté : 4 juillet, 2013 @ 4:37 dans 2000-2009, CRUISE Tom, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven | 1 commentaire »

La Guerre des mondes (War of the Worlds) - de Steven Spielberg - 2005 dans 2000-2009 la-guerre-des-mondes

Remake d’un classique un peu cheap des années 50, nouvelle adaptation d’un roman très daté de HG Wells, cette Guerre des mondes version 2005 est sans doute la plus grosse production de Spielberg, le film le plus démesuré de sa filmographie. Mais c’est aussi, grâce à un paradoxe qui colle parfaitement à sa filmo, le plus personnel de ses films, celui dans lequel se retrouvent toutes ses obsessions, toutes ses figures récurrentes, et toute sa sensibilité…

Impossible de faire le tour de ce chef d’œuvre impressionnant, qui est non seulement l’un des sommets de sa carrière, mais aussi l’un des meilleurs films de la décennie, tout simplement. Notons juste que le film est peut-être celui qui illustre le mieux la rupture qu’a marqué, à Hollywood aussi, le 11 septembre. Des dizaines de films (post)apocalyptiques suivront, mais jamais avec autant de subtilité que celui-ci, et jamais avec un tel ancrage dans le quotidien de l’Amérique « normale ».

Car le point de vue adopté par Spielberg ici n’a rien « d’extraordinaire » : jamais la caméra ne s’éloigne de ce père de famille divorcé, un type on ne peut plus ordinaire interprété par un Tom Cruise qui n’a jamais été aussi bien. Non seulement ce mec n’est pas un surhomme (il ne jouera d’ailleurs aucun rôle dans le dénouement de cette guerre), mais il n’est même pas un type remarquable (genre James Stewart dans les films de Capra). Non, c’est un homme un peu immature, père pas terrible, ex-mari détesté par ses anciens beaux-parents, un type qui n’a à peu près rien réussi, surtout pas d’être respecté par qui que ce soit…

Et c’est son point de vue d’homme ordinaire que le film va suivre de bout en bout, nous plongeant ainsi véritablement au cœur de la population d’abord, puis au cœur de la masse des survivants en exode. Il y a dans ce personnage de père, qui révèle peu à peu ses failles terribles et sa détermination plus forte que tout à sauver ses enfants (dont la petite Dakota Fanning, dans l’une des meilleures prestations d’enfants qui soit), quelque chose de bouleversant. On sent Spielberg, lui dont la filmographie est marquée par la décomposition de sa propre famille lorsqu’il était enfant, particulièrement attaché dans ce combat du père.

Il y a des passages déchirants : le moment où Tom Cruise qu’il doit tuer froidement Tim Robbins s’il ne veut pas mettre sa fille en danger ; et celle où, dans le chaos de la guerre qui l’entoure, il doit choisir de laisser partir l’un de ses enfants pour ne pas perdre l’autre. Un passage qui fait furieusement penser au Choix de Sophie

Si l’ombre du 11 septembre plane évidemment sur le film, c’est surtout celle de la deuxième guerre mondiale qui domine cette Guerre des mondes, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres films de Spielberg. L’occupation, l’extermination d’un peuple, mais aussi le cycle de la vie, qui reprend immanquablement ses droits, même après les périodes les plus barbares… L’inspiration de Spielberg est évidente, mais traitée avec une parfaite intelligence.

Faisons-nous mal, et imaginons deux secondes ce que Michael Bay aurait fait d’un tel scénario, avec de tels moyens… Assurément pas la même chose ! Avec le plus imposant de ses blockbusters, avec des effets spéciaux omniprésents, des décors gigantesques, des tas de figurants… Spielberg, lui, signe son film le plus intime, le plus intelligent, et le plus émouvant.

Et il le fait avec un style ébouriffant. Pas le moindre plan anodin ici, pas la plus petite baisse de régime. Dès les premières images, la mise en scène de Spielberg est absolument exceptionnelle, très longs plans (souvent aidés par les effets numériques) d’une fluidité hallucinante qui suivent au plus près des personnages ballottés par le cours dramatique de l’histoire.

C’est du très grand art, et un plaisir de cinéma immense.

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:20 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, HAÏM Philippe | Pas de commentaires »

Secret défense – de Philippe Haïm – 2008 dans * Polars/noirs France secret-defense

Un film d’espionnage qui respecte toutes les règles modernes du genre, et dont le principal défaut est d’avoir été suivi par les excellents Zero Dark Thirty et Möbius, deux films qui, chacun à leur manière, explorent les méandres du renseignement post-11 septembre. Le film de Philippe Haïm est par moment une sorte d’ébauche de ces deux films, avec une même vision sombre et sans concession de l’humanité (mais c’est inhérent au genre depuis toujours).

Il y a une idée forte au cœur de ce film : montrer les destins parallèles de deux jeunes Français complètement paumés qui vont être happés chacun à leur manière par cette guerre qui ne dit pas son nom. D’un côté, Nicolas Duvauchelle, petit dealer sans avenir, qui croise l’islamisme radical en prison, et croit y trouver un sens à sa vie. De l’autre, Vahina Giocante, étudiante et pute à ses heures, qui croit trouver l’amour mais se retrouve recrutée malgré elle par la DGSE (sous les traits de Gérard Lanvin).

Deux gamins qui ne cherchaient qu’une seconde chance, et qui se raccrochent à ce qu’ils trouvent. C’est à la fois la plus belle idée du film, et sa limite. Parce qu’en faisant de ses deux personnages principaux des paumés un rien candides, Haïm n’affronte pas frontalement le danger de la radicalisation. Duvauchelle, surtout, est moins converti que manipulé. Sa dernière réplique (« Je ne suis pas Azziz, je m’appelle Pierre ») est éloquente. Quant à Vahina Giocante, son innocence et sa capacité à se faire manipulée jusqu’au bout est assez édifiante.

Pour le coup, c’est son scénario que Haïm aurait dû radicaliser. Mais ses deux jeunes acteurs sont formidables, et constamment convaincants. Et puis, quand il ramène son film au pur plaisir du thriller, le film est une grande réussite. La séquence finale de l’aéroport, en particulier, est un modèle de suspense comme on en voit rarement dans le cinéma français.

Ambitieux, imparfait, et séduisant.

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:12 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Panic Room (id.) – de David Fincher – 2002 dans * Thrillers US (1980-…) panic-room

Au choix, Panic Room est le film le plus virtuose, ou le plus vain, de David Fincher. Les deux qualificatifs vont de pair, pour ce thriller qui est, sur le papier au moins, et de loin, le film le moins ambitieux du réalisateur de Seven, Zodiac ou Social Network. Jugez plutôt : une mère fraîchement divorcée et sa fille adolescente emménagent dans une énorme maison de Manhattan, dotée d’une « panic room », une chambre forte inviolable qui permet aux habitants de se mettre à l’abri en cas de menace ou d’intrusion. Devinez quoi : la première nuit, trois intrus pénètrent dans la maison.

Rien de plus : juste un thriller en huis clos, une histoire que Hitchcock aurait sans doute beaucoup aimée. Les clins d’œil au maître du suspense sont d’ailleurs omniprésents. Plus ou moins évidents, mais bel et bien présents : la maison tout en verticalité qui évoque Psychose, les deux héroïnes cloîtrées qui observent la menace par écrans interposés qui cite Fenêtre sur cour, l’utilisation du faux plan séquence qui ne peut pas ne pas faire penser à La Corde

La démarche de Fincher, d’ailleurs, ressemble beaucoup à celle d’Hitchcock dans nombre de ses films : comment s’emparer d’un sujet banal et pas franchement passionnant, et le transcender par la seule grâce de la mise en scène. Fincher semble ainsi n’avoir choisi ce sujet que pour le plaisir de jouer avec toutes les possibilités d’un décor unique (à l’exception de l’introduction et de la conclusion du film) : cette maison sur quatre niveaux qui lui inspire des mouvements de caméra verticaux et horizontaux pensés au millimètre.

Trop peut-être : c’est en tout cas l’impression tenace qui me restait de la sortie en salles. Le fameux plan impossible, où la caméra semblait traverser les entresols, les barreaux des escaliers, et même passer à travers l’anse d’une cafetière, m’avait paru le comble du tape-à-l’œil inutile et grotesque. Avec le recul, et une dizaine d’années plus tard, me voilà plus nuancé. Il y a certes un côté virtuose gratuit dans ces vastes plans séquences inimaginables sans le numérique. Mais Fincher donne aussi l’impression de justifier avec intelligence l’utilisation des effets spéciaux : des outils qui permettent de se débarrasser des contraintes purement physiques pour permettre la réalisation des plans parfaits, ceux qui conviennent le mieux à la scène présente.

Parce que le moindre mouvement de caméra, le moindre plan de coupe… Tout est ici au service du suspense et de l’impression d’étouffement et de menace qui pèse sur les personnages de Jodie Foster (parfaite, dans un rôle prévu à l’origine pour Nicole Kidman) et de sa fille. Comme dans The Game, autre film mal aimé de Fincher, la virtuosité du cinéaste est totalement destinée au plaisir du spectateur, plaisir basé sur la manipulation et sur la perception. Des thèmes décidément très hitchcociens…

La Loi et l’Ordre (Righteous Kill) – de Jon Avnet – 2008

Posté : 30 juin, 2013 @ 5:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, AVNET Jon, DE NIRO Robert, PACINO Al | Pas de commentaires »

La Loi et l'Ordre (Righteous Kill) - de Jon Avnet - 2008 dans * Thrillers US (1980-…) la-loi-et-lordre

Je ne sais plus quel critique a souligné le premier que Avnet était l’anagramme de navet. Un peu facile, oui, mais faut reconnaître que le réalisateur n’est pas un auteur, et qu’il a une fâcheuse tendance à creuser des sillons déjà bien profonds. Ce qui n’est pas si grave, puisque ses films ne sont pas pires que le tout venant hollywoodien.

Sauf qu’avec La Loi et l’Ordre, Avnet mérite d’être giflé en place publique. Cette énième histoire de tueur en série, faux remake de Magnum Force, ne repose que sur une seule idée et une seule envie : réunir vraiment DeNiro et Pacino, en les filmant côte à côte comme ils ne l’avaient jamais été auparavant.

C’est un peu mince, surtout que pour arriver à ça, le film film emprunte les pires sentiers battus : un polar, bien sûr, bourré de clichés et franchement fatiguant, plein de ces effets tape-à-l’œil que l’on retrouve d’une production à l’autre, et avec des personnages qui frôlent le ridicule. La pauvre Carla Gugino, par exemple, est réduite à jouer une fliquette nympho excitée par la violence…

DeNiro et Pacino, versions parodiques d’eux-mêmes, ont à peu près trente ans de trop pour leurs rôles. Difficile de les imaginer comme des superflics. Difficiles, même, de les imaginer comme des super-acteurs : livrés à eux-mêmes, ils grimacent et cabotinent comme dans leurs pires prestations de ces dernières années. Triste…

Pourtant, c’est leur âge avancé qui sauve (un peu) le film. Parce qu’on sent derrière ces flics en bout de course un mélange d’urgence et de frustration, et l’absence de meilleurs lendemains les rend émouvants. A condition d’être particulièrement tolérants et de chercher au-delà des ambitions du réalisateur…

Un conseil, quand même, pour les nostalgiques de DeNiro et Pacino : mieux vaut se replonger dans le fameux fondu-enchaîné du Parrain 2, ou dans les champs/contre-champs de Heat. Deux occasions nettement plus enthousiasmantes de voir ces deux immenses acteurs partager l’écran.

Bellamy – de Claude Chabrol – 2009

Posté : 29 juin, 2013 @ 8:13 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CHABROL Claude | Pas de commentaires »

Bellamy – de Claude Chabrol – 2009 dans * Polars/noirs France bellamy

Ces deux-là auraient dû faire toute une carrière ensemble. Pourtant, Chabrol a attendu son ultime film pour diriger Depardieu. La rencontre de ces deux ogres, fous de cinéma et de bouffe, avait tout d’une évidence. C’est aussi un retour aux sources pour Chabrol, qui retrouve une veine très « simenonienne ». Même si le film n’est pas une adaptation de Simenon, l’ombre du père de Maigret plane continuellement (la dédicace « aux deux George » – l’autre étant Brassens, lui aussi omniprésent).

Ce commissaire Bellamy a tout du personnage fétiche de l’écrivain. Même aspect débonnaire, même force brute, même volonté de sentir l’atmosphère… Après tout, Depardieu était également fait pour incarner Maigret, ce qu’il n’a jamais fait. Bellamy répare aussi ce rendez-vous manqué.

La présence du jeune frère du commissaire (Cornillac, excellent) fausse la donne, donnant au gros Gégé une facette plus sombre et mystérieuse, une personnification de sa mauvaise conscience.

Comme dans le roman de Simenon, l’intrigue policière n’est qu’un prétexte pour explorer les consciences, et les rapports entre les personnages, à commencer par ceux entre ce commissaire à qui la chance ne cesse de sourire, et ce jeune frère qui rate tout depuis toujours, et qui s’aiment et se détestent en même temps, passant de l’un à l’autre dans le même mouvement…

Chabrol referme aussi sa filmographie sur ce qui restera comme l’un des plus beaux personnages féminins de sa carrière : l’épouse de Bellamy, personnage qui a tout du faire-valoir, mais qui est peut-être le plus profond, le plus beau et le plus complexe du film. Surtout que Marie Bunel est absolument formidable dans ce rôle tout en demi-teinte.

Il y a bien quelques dialogues un peu lourdingues, et deux ou trois scènes trop longues (la première scène du Bricomarché est de trop), mais Bellamy permet à Chabrol de sortir par la grande porte, comme tous les grands : c’est son plus beau film depuis des années.

Zodiac (id.) – de David Fincher – 2007

Posté : 26 juin, 2013 @ 5:23 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, FINCHER David | Pas de commentaires »

Zodiac (id.) – de David Fincher - 2007 dans * Thrillers US (1980-…) zodiac

Après le triomphe de Seven, David Fincher avait entamé un cycle étonnant et hétéroclite, mais entièrement dédié à la manipulation et au pouvoir de l’image. Avec une relative sobriété (The Game), avec un style tape-à-l’œil tout droit venu de son passé de clippeur (Fight Club), ou avec une virtuosité un peu gratuite (Panic Room).

Avec Zodiac, Fincher signe peut-être son premier très, très grand film. Une œuvre fascinante et d’un grand classicisme qui annonce ses grands films à venir. En renouant avec le thème du tueur en série, on pouvait imaginer que le cinéaste allait surfer sur le succès de Seven. Il en prend au contraire le contre-pied. Alors que le précédent film flirtait avec le surnaturel, dans une ville cauchemardesque et inhumaine, et avec un tueur machiavélique à la limite de la caricature, celui-ci est absolument ancré dans la réalité.

Logique : l’histoire est vraie, celle d’un tueur surnommé « le Zodiac » ayant sévi dans la région de San Francisco entre le milieu des années 60 et la fin des années 70. C’est lui qui avait inspiré (librement) le tueur de L’Inspecteur Harry, film que les protagonistes de Zodiac découvrent d’ailleurs lors de sa première. Et le film est avant tout le portrait d’une époque de liberté et d’innocence perdues : celle des années 70 sur cette terre qui fut le paradis des babas-cool. Fincher restitue formidablement l’atmosphère de cette époque, et l’angoisse qui s’installe dans la population.

Le sujet du film, c’est aussi l’obsession. En cela, Zodiac est très comparable au formidable Memories of Murder du Coréen Bong Joon-ho, lui aussi inspiré d’un authentique tueur en série jamais arrêté. Une obsession qui, ici, habite et dévore littéralement trois personnages au cœur de l’enquête : un flic (celui qui a inspiré le Bullitt de Steve McQueen) interprété par Mark ruffalo, un journaliste star joué par Robert Downey Jr, et un jeune dessinateur de presse campé par Jake Gyllenhaal.

Les trois acteurs sont absolument formidables, donnant corps à l’obsession qui les ronge de l’intérieur, jusqu’au point de non-retour : tous trois perdront beaucoup dans cette histoire interminable, qui se prolonge des années durant. Le film fait parfaitement ressentir le poids insupportable du temps qui passe, les laissant parfois de longs mois, et même années, sans le moindre élément nouveau. Gyllenhaal, surtout, subit une mutation physique d’autant plus spectaculaire qu’elle ne repose que sur de petits détails : un regard fiévreux, des gestes moins apaisés… Il est ce type qui se sait condamné à chercher, conscient qu’il ne trouvera le repos que s’il croise un jour le regard du vrai tueur.

Fincher fait reposer son film sur ces petits détails qui soulignent l’obsession, la frustration, et la peur aussi, omniprésente dès la séquence d’ouverture. Car si le cinéaste évite ici tout effet gratuit, et toute surenchère, les scènes de crime, filmées sans fioriture, sont absolument glaçantes. Comme cette scène durant laquelle Gyllenhall se retrouve dans la maison d’un type qui pourrait être le tueur. Par de petits riens, sans que rien de tangible ne vienne appuyer la menace, Fincher fait de ce moment l’une des scènes les plus terrifiantes, les plus oppressantes et les plus claustrophobiques de la décennie.

Mud, sur les rives du Mississippi (Mud) – de Jeff Nichols – 2012

Posté : 20 juin, 2013 @ 3:44 dans 2000-2009, NICHOLS Jeff | Pas de commentaires »

Mud, sur les rives du Mississippi (Mud) - de Jeff Nichols - 2012 dans 2000-2009 mud

Réalisateur de Take Shelter, Jeff Nichols signe avec Mud l’un des plus beaux films sur l’adolescence depuis des lustres. Le sujet a donné quelques classiques dans le passé : on pense immanquablement à Stand by me, ou aux Contrebandiers de Moonfleet, mais aussi aux romans de Mark Twain, autant d’œuvres marquantes auxquelles le film fait constamment allusion.

Il y a bien sûr quelque chose de Tom Sawyer dans ce personnage d’un enfant qui a grandi sur une maison flottant sur le Mississippi, qui n’aime rien tant que partir en expédition sur le fleuve avec son meilleur ami, orphelin élevé par son oncle.

Difficile de ne pas penser aussi au film de Rob Reiner, adaptation d’une nouvelle de Stephen King qui mettait en scène des adolescents qui quittaient l’enfance en découvrant un cadavre, au cours d’un été qu’ils n’oublieraient jamais. L’histoire de Mud n’est pas si différente, et les acteurs ressemblent étrangement à ceux du film de Reiner…

La comparaison avec Moonfleet est également incontournable : comme dans le chef-d’œuvre de Lang, le héros de Mud part à l’aventure en terres inconnues, et vit des aventures inquiétantes et ancrées dans la réalité, mais qui ressemblent forts à un fantasme d’enfant.

En partant à la recherche d’un bateau mystérieusement échoué au sommet d’un arbre (véritable « trésor » caché au cœur d’une île déserte), il fait la connaissance d’un homme recherché par la police et par la pègre, qui revient dans sa terre natale pour partir avec son amour de jeunesse. L’interprétation (magistrale) de Reese Whitherspoon en « princesse » portée sur l’alcool et les coups d’un soir, et celle (exceptionnelle) de Matthew McConaughey en « chevalier » un peu plouc et un peu neuneu (variation sympathique de son personnage de Killer Joe) n’enlèvent rien au fait que ce couple, même s’il est très ancré dans la misère sociale de la région, a tous les attraits d’un couple de conte.

Au premier degré, Mud est un beau film d’aventure, passionnant et romantique. Mais c’est surtout une œuvre puissante sur la fin de l’enfance. Tout n’est que symbole dans cette histoire. Ellis, au début du film, n’est qu’un enfant qui aime les balades avec son pote Neckbone, qui n’ose pas aborder les filles, qui rêve d’aventures et de voir l’endroit où le Mississippi est tellement large que ses rives disparaissent, mais dont les parents sont sur le point de divorcer…

Durant cet été-là, le couple explosera, et l’enfance d’Ellis avec. Pour faire face à ce séisme personnel, il se trouve (s’invente ?) un père de substitution, qu’il devra faire disparaître pour faire le deuil de son enfance (et de sa maison sur l’eau), et accepter que sa vie a pris un nouveau tournant.

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