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Archive pour la catégorie '2000-2009'

Le Sortilège du Scorpion de Jade (The Curse of the Jade Scorpion) – de Woody Allen – 2001

Posté : 30 décembre, 2014 @ 5:42 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Sortilège du Scorpion de Jade

Lors de sa sortie en salles, c’est ce film qui m’avait très durablement fâché avec le cinéma de Woody Allen (jusqu’à Blue Jasmine, pour tout dire). Je trouvais alors qu’il s’agissait là d’un pur râbachage de la part d’un cinéaste à bout de souffle, qui recyclait jusqu’à plus soif ses vieux thèmes, avec un humour de plus en plus graveleux. Le regard toujours énamouré de la critique d’alors ne faisait que renforcer mon agacement.

Quelques années plus tard, revoir ce film que Woody Allen a depuis largement descendu en flamme lui-même est une heureuse surprise. Une comédie policière tantôt poussive, tantôt jubilatoire où Woody incarne un personnage qui ne lui ressemble pas tout à fait : le super détective d’une société d’assurance, qui devient cambrioleur sans le savoir en étant victime d’un hypnotiseur. De quoi réserver quelques gags bien sentis (Woody sous contrôle qui jette hors de son lit la « bombe » Charlize Theron, qui n’en revient pas), et s’amuser des dialogies sans grande surprise mais toujours percutants de Woody.

On est quand même dans la veine la plus mineure du cinéaste. Un peu en panne d’inspiration au tournant du millénaire, Woody ressort de ses vieux cartons la figure du magicien asiatisant qui lui avait réussi dans Alice (et qu’il retrouvera avec bonheur dans Magic in the Moonlight), l’ambiance film noir qui lui avait valu l’un de ses grands succès avec Meurtre mystérieux à Manhattan, et l’Amérique de la fin des années 30 qui lui avait inspiré La Rose pourpre du Caire. Mais il reste constamment très en deça de tous ces films références.

Le plus réussi dans ce film, c’est la relarion vacharde qui unit Woody lui-même, stéréotype de cette Amérique d’avant-guerre, macho et séducteur, et sa nouvelle patronne (Helen Hunt), peau de vache bien décidée à trouver sa place dans ce monde d’hommes et à se débarasser des dinosaures génés par l’ascencion d’une femme. Forcément, il y a de la romance dans l’air, que Woody aborde en se moquant joyeusement du politiquement correct.

On peut voir Le Sortilège du Scorpion de Jade comme une fable sur le pouvoir de la fiction, et du cinéma en particulier. Grâce à la magie de l’hypnose (ou celle du cinéma), Woody peut se rêver une histoire d’amour avec la partenaire la plus inaccessible pour lui. La fiction plus belle que la réalité ? Oui, mais les deux finissent par se confondre, comme toujours dans le cinéma de Woody Allen.

Escrocs mais pas trop (Small Time Crooks) – de Woody Allen – 2000

Posté : 12 décembre, 2014 @ 2:52 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Escrocs mais pas trop

Ce Small Time Crooks n’est sur le papier qu’une petite fantaisie sans grande envergure. Et c’est effectivement un Allen très mineur. Médiocre, même, dans la première demi-heure, parodie lourdingue et pas vraiment drôle du film de braquage, histoire d’une bande de pieds nickelés qui veulent creuser un tunner pour pénétrer dans le coffre d’une banque.

« - Danny n’est pas stupide parce qu’il conduit un camion.
- Non, Danny est stupide parce qu’il a un QI d’idiot »

C’est la première fois qu’on a cette impression, mais Woody lui-même semble ne pas vraiment y croire, comme s’il faisait son film uniquement parce qu’il fallait bien tenir le rythme d’un long métrage par an. Franchement, fallait pas.

Le personnage qu’il interprète n’est pas tout à fait le névrosé libre et cynique que l’on aime : un escroc un peu idiot et un peu ridicule, à qui Woody Allen scénariste fait jouer le faire-valoir de Tracey Ullman, qui a droit aux meilleures répliques alleniennes.

« - Qu’est-ce que tu dirais si je t’annonçais que tu es mariée à un vrai génie ?
- Je dirais que je dois être bigame. »

L’histoire de gangsters n’intéresse visiblement pas le cinéaste, qui l’expédie en une petite scène un peu baclée pour passer à autre chose, un peu plus consistant. Pour servir de couverture à leur opération, les apprentis creuseurs de tunnel ont ouvert une boutique de cookies, qui marche du feu de dieu, et finit par faire d’eux des millionnaires.

Et là, au bout d’une bonne demi-heure, on voit enfin ce qui a intéressé Woody Allen : la possibilité de plonger ses bras cassés dans un univers très chic qui n’est pas le leur. C’est parfois un peu lourd, parfois amusant, souvent très en deça de ce que le réalisateur a l’habitude de faire (jusque dans son précédent film, Accords et désaccords, pourtant très inspiré).

Il y a quand même quelques bons moments : Hugh Grant jouant les professeurs Higgins avec Tracey Hullman – Miss Doolittle et son balourd de mari (Woody). La visite du musée, surtout, est très drôle : « Je ne veux pas aller dans les musées, ça me fout la trouille toutes ces vierges. »

Finalement, ce qui frappe le plus, c’est la tendresse qui se dégage de la dernière partie, de la part d’un Woody Allen qui semble tout d’un coup assagi, voir fatigué. Juste désireux de retrouver celle qu’il aime, soudain débarrassé de sa libido envahissante. Tendre et un rien nostalgique.

Les Brigades du Tigre – de Jérôme Cornuau – 2006

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:08 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CORNUAU Jérôme | Pas de commentaires »

Les Brigades du tigre

C’était l’époque où le cinéma français se mettait, comme Hollywood, à adapter des séries télé : il y a eu Belphégor, Vidocq, Les Chevaliers du Ciel… Et il y a ces Brigades du Tigre, l’exception qui confirme la règle (selon laquelle on a sans doute bien fait de ne pas persévérer dans cette voie) : la seule vraie réussite de cette liste pour le moins imparfaite.

Et c’est vrai qu’il se passe une espèce de miracle avec cette adaptation du feuilleton très vieillôt des 70s, qui évoque la brigade de Clémenceau dans l’immédiat avant-guerre, chargée d’assurer la sûreté de la France dans un contexte international difficile. Car il n’y en a pas beaucoup, des films d’action français qui soutiennent aussi bien la comparaison avec Hollywood. C’est bien comme ça qu’il faut voir ces Brigades du Tigre : comme un pur film de genre, où Cornuau se révèle particulièrement à l’aise avec les nombreux moments de bravoure.

Côté scénario, le film est peut-être trop ambitieux, abordant trop de thèmes qui auraient mérité chacun un long métrage : Valentin et ses flics face à la bande à Bonnot, une magouille internationale autour des emprunts russes, la figure de Jean Jaurès, le poids des anarchistes… Cornuau ne fait pas de choix, et embrouille inutilement son récit. Mais quelle efficacité ! La fin de Bonnot, surtout, laisse absolument exsangue, surtout que cette séquence spectaculaire brouille durablement la frontière entre le bien et le mal.

Bonnot (Jacques Gamblin), terroriste entouré d’authentiques tueurs (en particulier un Thierry Frémont glaçant), révèle in fine sa nature d’amoureux poussé au crime par la société. Quant au commissaire Valentin (Clovis Cornillac, intense), il est un fonctionnaire aux ordres écoeuré par le cynisme de ceux qu’il doit protéger, et révolté par les méthodes de ceux à qui il doit obéir.

Le casting est assez formidable, avec aussi Edouard Baer en flic sanguin et violent, et Olivier Gourmet en ogre pur et naïf, ou encore Diane Kruger en princesse anarchistes, Léa Drucker en pute amoureuse, Gérard Jugnot en commissaire intègre, et Philippe Duquesne à contre-emploi en banquier pourri et promis à une fin peu réjouissante…

Quant à la reconstitution d’époque (celle de 1912), elle est particulièrement séduisante, bien plus efficace dans son classicisme aux effets grandiloquents grotesques de Vidocq par exemple. De quoi faire regretter que ce pendant français aux Incorruptibles (une référence revendiquée par Cornuau) n’ait jamais eu de suite…

Mulholland Drive (id.) – de David Lynch – 2001

Posté : 7 novembre, 2014 @ 2:03 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, LYNCH David | Pas de commentaires »

Mulholland Drive

Rêves insouciants et cruelles désillusions dans la Cité des Anges… Lynch s’attaque à la machine à rêve dans ce cauchemar éveillant fascinant et mystérieux.

Qui est cette brune brûlante et amnésique, beauté revenue de tout qui manque de se faire assassiner sur Mulholland Drive avant de rencontrer la blonde pure et innocente destinée à une grande carrière d’actrice ? Quel est le mystérieux lien qui unit ces deux jeunes femmes que tout oppose, deux versants opposés d’un même rêve hollywoodien ?

Tout au long des deux premières heures, on ne peut qu’accumuler les questions sans réponse, et se laisser envoûter par les images hypnotiques d’une élégance folle, et par la musique voluptueuse d’Angelo Badalamenti, par cette étrange quête d’identité entrecoupée de scènes fascinantes qui semblent sans rapport avec l’histoire des deux jeunes femmes (les deux hommes qui viennent affronter les rêves de l’un d’eux dans un coffee shop, la mauvaise passe d’un réalisateur confronté au fiasco de sa vie professionnelle et de son couple), et par la troublante attirance des deux héroïnes (Laura Harring et Naomi Watts, révélée par ce film).

Lynch s’amuse à nous promener dans cet Hollywood de rêve et de carte postale, mais dont les routes sinueuses (ce fameux Mulholland Drive qui serpente dans les hauteurs de Los Angeles) conduisent directement au cauchemar. Sans que l’on comprenne réellement tout ce qui se passe à l’écran, mais qu’importe : c’est le plaisir de cinéma le plus total, le plus absolu, que Lynch nous offre. Comme pour Twin Peaks ou Lost Highway, ses deux chef d’œuvre, Lynch signe un film sensoriel, trip enthousiasmant et fascinant.

Curieusement, et contrairement aux deux précédents films, les dernières minutes soulèvent les nombreuses zones d’ombre, et donnent les clés (littéralement) de tout ce qui précède. Mais à rendre son film plus explicite, plus compréhensible, Lynch gâche un peu le plaisir trouble et dérangeant. Surtout que l’explication, même si elle révèle les déceptions à la hauteur de leurs rêves de ces starlettes en quête de gloire de cinéma, n’est pas tout à fait à la hauteur du trip magnifique des deux premières heures de ce projet pensé pour être le point de départ d’une série TV à la Twin Peaks, et devenu un grand film lynchien, inoubliable.

Le Goût de la vie (No reservations) – de Scott Hicks – 2007

Posté : 6 novembre, 2014 @ 2:02 dans 2000-2009, HICKS Scott | Pas de commentaires »

Le Goût de la vie

Pas grand-chose à se mettre sous la dent dans cette comédie romantique tire-larmes qui accumule les poncifs et les effets faciles. Clichés à tous les étages, et charme inopérant dans cette cuisine trois étoiles qui sert de décor à l’une de ces romances improbables dont Hollywood raffole.

Evidemment, on sait d’avance que tout ça finira très bien, malgré les drames rencontrés en chemin (une maman qui meurt en confiant sa fille à sa sœur célibataire). Mais on devine aussi le moindre rebondissement, tant le scénario paraît paresseux et convenu.

On voit bien le parallèle que tente de dresser le film entre la cuisine et la vraie vie, pour cette chef trop désireuse de tout contrôler. Mais pour dire la vérité, on s’en fiche un peu, surtout que les personnages sont eux aussi totalement caricaturaux et sans surprise.

Ah si, quand même, une surprise : Catherine Zeta-Jones est une actrice particulièrement juste et touchante. C’est déjà ça…

A History of Violence (id.) – de David Cronenberg – 2005

Posté : 5 novembre, 2014 @ 2:40 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, CRONENBERG David | Pas de commentaires »

A History of Violence

Il y a un grand malentendu à propos de ce film : non, A History of Violence n’est pas une grande réflexion sur la violence et ses effets, comme le matériel promo qui l’accompagne, et la première partie du film, le laissent penser. Cette première partie est trompeuse, et c’est à peu près tout ce qu’on peut dire sans déflorer le film et ses rebondissements. Elle laisse en tout cas un sentiment d’inachevé franchement frustrant, tant les pistes qui y sont ébauchées sont passionnantes et pleines de promesses.

Dans le rôle d’un monsieur tout le monde soudain confronté à une violence extrême à laquelle rien ne l’avait préparé, Viggo Mortensen est exceptionnel. Bouleversant même, tant on sent chez lui ce vague sentiment d’inachevé d’un homme qui a tout pour lui, mais dont la vie presque idéale est hanté par une sorte de malaise, comme une envie d’autre chose, de sortir de cette routine si confortable. C’est en tout cas ce que l’on ressent devant ce couple magnifique (Mortensen et Maria Bello) qui semble courir après cette étincelle de la jeunesse dont, apparemment ils ont dû se priver…

Le vague désir de l’aventure, de l’exceptionnel. Et puis cette rencontre soudaine, comme la réponse à une prière muette : une menace, la violence extrême, et la réaction héroïque quasi-irréelle de ce « monsieur tout le monde » transformé en star du jour. Et là encore, la promesse d’une belle réflexion sur les effets de cet héroïsme non réfléchi, et de la médiatisation soudaine…

Mais très vite, le film, adapté d’un roman graphique, prend une autre direction. Impossible d’en dire plus sans gâcher la suite. Mais ce que réussit in fine Cronenberg, ce n’est pas cette grande réflexion sur la violence, mais un formidable film noir, dans la grande lignée du genre. L’un des plus beaux de ces dernières décennies, avec un Mortensen marchant clairement dans les pas de Robert Mitchum de la grande période.

Il faut un peu de temps pour digérer la frustration de toutes les pistes abandonnées après cette première partie fabuleuse. Mais lorsqu’on se laisse aller au pur plaisir du film de genre, A History of Violence s’impose comme ce qu’il est : un chef d’œuvre du film noir, tendu et dérangeant, une sorte de remake extrême de Out of the Past peuplé de personnages fascinants (mention spéciale à William Hurt, hallucinant en gangster totalement allumé).

Car ce qui compte tout de même avant tout, ce sont les personnages, et cette famille américaine si parfaite, bousculée par l’irruption de la violence. La dernière scène, superbe, renoue finalement avec le thème initial du film. Pour un final absolument bouleversant.

L’Homme sans âge (Youth without youth) – de Francis Ford Coppola – 2007

Posté : 21 août, 2014 @ 1:42 dans 2000-2009, COPPOLA Francis Ford, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

L’Homme sans âge

Près de dix ans après son précédent film, enfin débarrassé des problèmes financiers qui l’ont poussé, durant toute les années 90, à se fondre dans le paysage des grands studios hollywoodiens, Coppola retrouve une liberté et une ambition qui rappellent ses grandes années. L’ambition par la richesse des thèmes abordés, et par l’ampleur de son récit, qui court sur une trentaine d’années, de la Roumanie de l’immédiat avant-guerre, aux années pleines d’angoisse et d’espoirs de la guerre froide, trois décennies plus tard. Et la liberté que s’offre Coppola, totalement débarrassé des codes hollywoodiens.

Avec le destin de ce vieil homme (Tim Roth) frappé par la foudre, qui rajeunit mystérieusement et réalise que ses capacités intellectuelles ont accru de manière spectaculaire, Coppola signe une méditation sur le temps qui passe, sur la perception, le sens de la vie, la maîtrise que l’on a sur sa propre existence et sur ceux qui nous entourent…  Le filme pose beaucoup de questions sur la connaissance, l’amour, la responsabilité, le destin. Y répond-il ? Je n’en suis pas sûr : pour apprécier L’Homme sans âge, il faut accepter de se perdre en route, de se laisser embarquer dans cette balade dans le temps, quitte à se retrouver perdu en cours de route.

Car c’est bien la question du temps, omniprésente dans toute son œuvre, qui est le sujet central de ce film, comme si Coppola tenait d’une certaine manière à rattraper celui qu’il avait perdu. Voyageant dans sa propre cinématographie, il renoue avec un enthousiasme qu’il semblait avoir perdu depuis quinze ans. Ce n’est sans doute pas un hasard si, visuellement, le film évoque si fortement Le Parrain par moments (ne serait-ce que par la présence de Tim Roth, que Coppola filme dans certains plans comme s’il était le Pacino de 1972), Dracula à d’autres (l’utilisation poétique des cadres et de la lumière, à travers le filtre du fantastique).

La parenté avec son adaptation du roman de Bram Stocker est souvent frappante, dans cette œuvre fascinante et déconcertante, visuellement splendide, qui est sans doute le plus européen de ses films (il s’agit d’ailleurs d’une co-production européenne, tournée en Roumanie) : par son côté expérimental, et son approche très cinéphile du cinéma. Tout en cherchant à trouver une nouvelle manière de raconter son histoire, Coppola rend un hommage vibrant au cinéma des années 30 à 60, durant lesquelles se déroule l’action, du générique très 50s à la manière très film noir de filmer les ruelles sombres et humides… jusqu’au clin d’œil amusé au Faucon maltais.

L’Homme sans âge passionne souvent, laisse perplexe parfois, frôlant même l’ennui dans quelques séquences de la seconde moitié, mais il fascine constamment. Coppola, avec ce film, trouve une nouvelle jeunesse, même si le titre original (« la jeunesse sans la jeunesse ») montre bien qu’il n’est pas dupe. Sa soif d’expérimentation est de cinéma pur est toujours bien là, comme le confirmeront ses deux films suivants, Tetro et Twixt. On attend la suite avec impatience…

Pour elle – de Fred Cavayé – 2008

Posté : 21 août, 2014 @ 1:38 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, CAVAYÉ Fred | Pas de commentaires »

Pour elle

Dès son premier long métrage, placé sous le parrainage d’un Olivier Marchal qui fait une apparition clin d’œil dans le film, Fred Cavayé s’impose comme le nouveau roi incontournable du thriller français. Très inspiré aussi par le film de genre hollywoodien, Pour elle marque une date dans l’histoire du polar français, qui atteint une sorte de maturité et d’excellence rarement atteintes jusque là.

Avec Pour elle, Fred Cavayé joue à la fois sur le romanesque tragique à la James Gray, et sur un dépouillement absolu (à l’image de l’appartement de Vincent Lindon à la fin du film) qui évoque lui le Jean-Pierre Melville des grands films. Rien de superflu dans ce polar sec et tendu, l’histoire d’un père de famille sans histoire qui décide de faire évader sa femme, incarcérée depuis trois ans pour un meurtre qu’elle n’a pas commis.

Cavayé aurait pu jouer sur le doute concernant la culpabilité de l’épouse, jouée par Diane Kruger. Mais là n’était pas son sujet. L’innocence de la jeune femme est dévoilée en trois plans – flash backs d’une concision exemplaire. La nature même du crime, d’ailleurs, n’est abordée que brièvement, comme un passage obligé mais expédié en une poignée de répliques seulement.

Le cœur du film est ailleurs. Dans la détermination d’un homme ordinaire de tout faire pour libérer la mère de son enfant, victime d’une société imparfaite. Cavayé ne cherche pas à ménager le spectateur : le système qui a condamné cette innocente ne reconnaîtra pas son erreur, et l’unique chance qu’a Vincent Lindon de sauver sa famille est de braver tous les interdits…

Plus encore, peut-être, que cette détermination à toute épreuve, d’un homme prêt à tout pour celle qu’il aime, Pour elle est un film sur la filiation. Le personnage de Vincent Lindon ferait-il les mêmes choix s’il n’y avait cet enfant qui crève de ne pas vivre avec sa mère ? Et puis il y a le père de Lindon, taiseux n’ayant plus échangé un mot avec son fils depuis des années, des décennies peut-être. Les regards que ces deux-là s’échangent, et l’étreinte qu’ils se font au dernier moment sont absolument bouleversants.

C’est dans ces moments intimes, plus que dans les grands moments de suspense ou les accès de violence, que le film est le plus marquant : les brèves retrouvailles dans le parloir, les après-midi dans le parc, ou le face à face entre les deux frères. Là, Cavayé réussit ce que peu de cinéastes français ont su faire avec lui : mêler le suspense et l’intime, dans une sorte de tragédie déchirante. La marque d’un auteur à suivre…

Espion(s) – de Nicolas Saada – 2008

Posté : 11 août, 2014 @ 2:28 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, SAADA Nicolas | Pas de commentaires »

Espion(s)

Espion(s) évoque Möbius, que tournera Eric Rochant quelques années plus tard : un espion (malgré lui, ici) utilise une femme dont il finit par tomber amoureux, sur le modèle du chef d’œuvre d’Hitchcock Les Enchaînés. Mais les choix de Nicolas Saada sont radicalement différents de ceux de Rochant : à l’hyper complexité et aux intrigues à tiroirs infinis qui soulignent la paranoïa du monde de l’espionnage, le film de Saada préfère une approche plus frontale et simple.

L’intrigue et les rebondissements, d’ailleurs, peuvent paraître simplistes. Petit bagagiste vaguement malhonnête, le personnage de Guillaume Canet est recruté par la DST en cinq minutes montre en main, et sa plongée dans l’univers du terrorisme se fait sans le moindre faux pas. Tout en se basant sur des événements bien réels (les attentats de Londres, dont Saada donne une version épurée absolument glaçante), Espion(s) est un pur film de genre. Un vrai film d’espionnage où le contexte géopolitique compte moins que le suspense et l’émotion.

On ne s’en plaindra pas : sans être aveugle au monde, le film est avant tout basé sur ses personnages, plongé dans un monde qu’ils ne maîtrisent pas et qui les dévore. Canet, en jeune frondeur sans attache et sans guère de morale, est parfait, au côté notamment des « maîtres espions Hippolyte Girardot et Stephen Rea. Mais c’est surtout Géraldine Pailhas qui marque le film de sa présence.

Belle et gracile, l’actrice est ici d’une fragilité bouleversante, femme brisée que l’on sent à deux doigts de se perdre définitivement. La manière dont elle s’abandonne dans les bras de ce jeune homme qui lui redonne goût à la vie est d’une émotion incroyable. Celle avec laquelle, pressentant le cataclysme que Canet est sur le point de lui révéler, elle lui murmure « ménage moi » le regard implorant, est absolument déchirant.

Connected (id.) – de Benny Chan – 2008

Posté : 10 août, 2014 @ 12:47 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, CHAN Benny | Pas de commentaires »

Connected

Dans la lignée des films d’action purement improbables, celui-ci est une heureuse surprise. Remake hong-kongais officiel de Cellular, thriller américain avec Kim Basinger, le film de Benny Chan prend ouvertement le parti de l’efficacité pur, au détriment souvent de la vraisemblance. On a ainsi droit à une poursuite automobile où les obstacles servent de tremplin aux voitures, offrant au spectateur des images bien belles et bien spectaculaires, et enlevant par là même toute velléité de réalisme…

On s’en fiche totalement bien sûr. Les méchants sont trop caricaturaux, les flics ripoux trop téléphonés, les rebondissements trop énormes… Mais le film est d’une efficacité assez imparable, et se regarde le souffle coupé. L’idée de départ est il est vrai assez originale : une jeune femme enlevée par de mystérieux tueurs réussit à téléphoner à un parfait inconnu, qui accepte de lui venir en aide.

De ce postulat de départ, le film tire une succession de scènes d’action toutes inventives et originales, ouvertement inspirées par le cinéma d’action US des années 90 (on pense souvent à Die Hard 2 notamment), mais totalement dans son époque. Et ce mélange de « classicisme » et de modernité trouve un écho assez intéressant dans la vision que le film offre de Hong-Kong, ville que les cinéphiles de ma génération ont découvert grâce aux films de John Woo ou Tsui Hark, et que l’on découvre ici telle qu’elle est à l’ère du téléphone portable omniprésent.

Bien fichu, filmé par un cinéaste qui soigne ses images, interprété par des comédiens très charismatiques (Louis Koo est un père paumé bien émouvant, Barbie Hsu est magnifique, et Nick Cheung est le cousin chinois de John McClane…), le film est à peine gâté par la musique électro un peu agaçante du frenchy Nicolas Errera. C’est pas du grand cinéma, on est d’accord, mais Connected remplit parfaitement son contrat : donner du plaisir… et vider la tête…

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