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Archive pour la catégorie '2000-2009'

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 7 – créée par Chris Carter – 1999-2000

Posté : 14 mars, 2016 @ 2:16 dans 1990-1999, 2000-2009, ANDERSON Gillian, BOLE Cliff, BOWMAN Rob, CARTER Chris, DUCHOVNY David, FANTASTIQUE/SF, GILLIGAN Vince, LIEBERMAN Robert, MANNERS Kim, SHAPIRO Paul, TÉLÉVISION, WATKINS Michael, WRIGHT Thomas J., X-Files | Pas de commentaires »

X-Files saison 7

Après trois saisons au sommet, la série arrive à la fin d’un cycle. Et pas seulement à cause du départ annoncé de David Duchovny, dont c’est la dernière saison à temps plein. La mythologie primitive est enterrée depuis une saison déjà, mais Carter semble patauger dans sa volonté de la renouveler.

Pour preuve, le double-épisode inaugural La 6ème extinction (épisodes 1 et 2), pas foncièrement raté mais jamais convaincant. D’ailleurs, ce sera quasiment la seule incursion mythologique de cette saison 7. Seule exception : En ami (épisode 15), l’unique épisode écrit par William B. Davis (et réalisé par Rob Bowman), qui rend plus trouble encore son personnage de l’Homme à la Cigarette. Une réussite.

Mulder étant amené à quitter la série, il restait un enjeu dramatique de taille à régler : le mystère tenace autour de la disparition de sa sœur Samantha. Mais comment apporter une réponse aux multiples interrogations autour de cette disparition ? Comment relier tous les fils tirés dans tous les sens au fil des saisons ? Le superbe double-épisode Délivrance (épisodes 10 et 11) y réussit magnifiquement. Basé sur une idée géniale parfaitement dans l’esprit de la série, ce diptyque libérateur est l’un des plus beaux de toute la série, peut-être le plus bouleversant.

Pour le reste, cette saison 7 alterne l’excellent et les semi-réussites. Pas de gros plantages, mais quelques épisodes un peu anodins : A toute vitesse (épisode 5) et La Morsure du Mal (épisode 9) marquent une sorte de retour en arrière pour une série habituée à l’excellence. Maleeni le prodigieux (épisode 8), Chimère (épisode 16) et Nicotine (épisode 19) sont des loners honnêtes mais qui n’apportent pas grand-chose.

Quant à Maitreya (épisode 13), plongée dans le monde virtuel des jeux vidéos, c’est sans doute le plus faiblard de cette saison, malgré une vraie originalité et quelques beaux moments (l’arrivée de Scully en héroïne armée jusqu’aux dents).

Il y a toutefois quelques belles réussites comme Coup du sort (épisode 14) ou Appétit Monstre (épisode 3), premier « monstre de la semaine » de la saison, qui relègue Scully et Mulder au rang de faire-valoir. Ou Peur bleue (épisode 12), monstre de la semaine très réussi en soi, épisode filmé par les caméras d’une télé-réalité, procédé audacieux et parfaitement réussi.

Quelques épisodes décalés aussi : le tendre et étonnant Chance (épisode 6), le complètement fou Doubles (épisode 20) ou le régressif Je souhaite (épisode 21). Mais le plus étonnant, le plus radical, et le plus drôle de tous, c’est Hollywood (épisode 18), délire quasi-parodique hilarant et réjouissant écrit et réalisé par David Duchovny.

Gillian Anderson aussi écrit et réalise un épisode, mais nettement moins drôle que son comparse : Existences (épisode 17), très belle évocation du temps qui passe et de ce que l’on laisse derrière soi…

Suite du mythique Fétichiste (saison 2), Orison (épisode 7) marque le retour de Donnie Pfaster est glaçant, mais n’apporte pas grand-chose à ce personnage imaginé par Carter, et qui lui avait donné l’idée de son autre grande série, Millénium. Série qui venait d’être annulée à laquelle une conclusion en demi-teinte est donnée ici, dans Millénium (épisode 5), avec Lance Henricksen. Un épisode un peu raté, mais qui se termine par un bien joli baiser entre Scully et Mulder… pour le passage à l’an 2000.

La relation entre nos deux agents préférés se fait d’ailleurs de plus en plus centrale, tout au long de cette saison. Quasiment pas un épisode sans un regard, un geste, ou quelque chose qui souligne a beauté des sentiments entre ces deux-là. Jusqu’au final déchirant, Requiem (épisode 22), qui renoue curieusement avec les lieux et les personnages du tout premier épisode de la saison 1.

La boucle est bouclée, une époque s’achève, une autre s’annonce…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 8, la saison 9, le second film, la saison 10 et la saison 11.

Le Rêve de Cassandre (Cassandra’s Dream) – de Woody Allen – 2007

Posté : 14 janvier, 2016 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Le Rêve de Cassandre

Après Match Point et Scoop, Woody Allen clôt une sorte de trilogie criminelle anglaise. « Sorte », parce que autant les deux précédents présentaient une vraie parenté, autant celui-ci s’en démarque par un ton inhabituellement sombre pour le cinéaste, qui signe un authentique film noir, sans la légèreté apparente et l’aspect lumineux de la plupart de ses « films criminels ».

Le film permet à Woody d’explorer des rivages jusqu’alors inconnus. Notamment en installant une atmosphère extrêmement dure, avec une lumière et un ciel londoniens qui semblent constamment peser sur les personnages. Mais aussi en quittant la bonne société pour un quartier populaire de Londres, où vivent deux frères avec leurs parents vieillissants, évoquant à longueur de journée la réussite d’un oncle parti faire fortune au bout du monde.

Ces deux frères sont des nouveaux venus dans le cinéma d’Allen : Ewan McGregor et Colin Farrell, que Woody Allen filme le plus souvent côte à côte, partageant l’écran avec une complicité fraternelle absolument formidable. Deux frères qui, un peu par sens de la famille, beaucoup pour s’assurer un meilleur avenir, acceptent de tuer un inconnu…

Des personnages sans histoire qui décident de commettre un crime. Le thème a déjà été et sera encore exploré par le cinéaste. Mais cette fois, aucune ironie, aucun semblant de comédie… Juste le poids du destin, et celui des rêves brisés, pour un film particulièrement intense, où Woody Allen joue avec sadisme avec nos émotions. Quatre moments, en apparence simple, atteignent ainsi des sommets…

Le premier est un simple plan, en apparence banal : un panoramique suivant le premier départ du bateau acheté par les deux frères, et qui submerge le spectateur d’une vague de bien-être, comme si l’avenir était tout tracé.

Le deuxième est tout simple, lui aussi : les parents des frères observant leurs enfants par la fenêtre. Lui d’habitude taiseux annonçant qu’il avait encore rêvé des garçons. Elle soudain attentive à son inquiétude… L’image banale d’un couple dans la pénombre d’une cuisine, tendre et cruellement conscient de l’avenir.

Et puis, après une série de séquences où le crime est constamment repoussé, où le grotesque flirte avec le suspense, deux coups de feu qui claquent dans la nuit, hors champs. Littéralement glaçant. Là, Woody Allen se met au niveau des plus grands spécialistes du noir : durant de longues minutes, il a fait plané le doute, jouant avec la tension et les espoirs de ses personnages et des spectateurs, étirant au maximum cette angoissante attente. Jusqu’à ce dénouement explosif qui semble raisonner de longues minutes.

Enfin, après cette douloureuse descente aux enfers, et alors que le fantôme de Match Point (et du futur L’Homme irrationnel) plane sur le personnage « fort » d’Ewan McGregor, alors que l’engrenage de la violence le pousse aux portes de l’horreur absolue, cette canette soudain brisée. Et les deux frères qui acceptent leur destin dans la rage…

Le Rêve de Cassandre, déjà oublié, est pourtant l’un des grands films de Woody Allen de ces dernières années. Un film destabilisant, certes, dénué du charme léger et de l’ironie de ses précédentes réussites. Mais aussi l’un de ses plus intenses.

Scoop (id.) – de Woody Allen – 2006

Posté : 31 décembre, 2015 @ 3:17 dans 2000-2009, ALLEN Woody, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Scoop

Londres, l’attrait de la haute société pour un personnage issu des classes populaires, Scarlett Johansson qui tombe amoureuse de la mauvaise personne, des meurtres… Un an après le succès de Match Point, Woody Allen livre une sorte de variation sur le même thème, mais sur le ton de la comédie… et en mode mineur.

Car Woody, qui s’offre ici l’un de ces personnages de magicien un peu minable qu’il affectionne, semble pour une fois à peine croire à ce qu’il fait. Les thèmes ont déjà été abordés cent fois dans son cinéma, ce qui n’a d’ailleurs jamais été un problème, tant il a toujours su creuser ses sillons avec une vision constamment renouvelée. Mais cette fois, Woody ne nous étonne pas.

Même les répliques débitées avec le talent habituel du comédien tombent à plat, et échouent à nous faire rire. Dommage, parce que son film lorgnait clairement du côté de Meurtre mystérieux à Manhattan, et que le « couple » que Woody forme avec Scarlett fonctionne particulièrement bien, de touchants liens filiaux se nouant entre ces deux natures plongées dans un milieu qui n’est pas le leur.

Qu’on ne n’y trompe pas : Scoop est un film réjouissant, qui procure un vrai plaisir. Mais sans cette flamme habituelle chez Woody Allen, et avec cette impression que le cinéaste « tire à la ligne » pour boucler son film annuel. Mais Scarlett Johansson est bien jolie, le plaisir de voir Woody Allen jouer la comédie dans ses propres films est de plus en plus rare, voir Hugh Jackman jouer les bellâtres raffinés nous rappelle qu’il sait faire autre chose que montrer les crocs (et les lames) de Wolverine, et il y a dans Scoop une vision de la mort assez irrésistible.

Pas un Woody majeur, donc, mais un Woody tout de même…

La Comtesse (The Countess) – de Julie Delpy – 2009

Posté : 14 août, 2015 @ 12:19 dans 2000-2009, DELPY Julie | Pas de commentaires »

La Comtesse

Actrice, elle a souvent privilégié des choix audacieux et personnels. Réalisatrice, elle a commencé par deux films proches du cinéma vérité, dont elle prend le contrepied total avec cette troisième réalisation. Avec La Comtesse, inspiré d’une histoire vraie, Julie Delpy choisit une approche plus classique, adoptant une mise en scène élégante et volontairement froide, presque austère, pour faire ressentir le poids d’une époque aux conventions très présentes.

Beau portrait d’une femme mal dans son époque, La Comtesse offre aussi à l’actrice l’un de ses plus beaux rôles, d’une rare richesse : Erzsébet Bathory, cette veuve riche et puissante de la Hongrie du 17ème siècle, qui cherche par tous les moyens à retenir cette jeunesse qui s’envole en même temps que s’éloigne son amant trop jeune. Une femme libre, autant que ce soit possible dans cette société faite de carcans et d’obligations pour les femmes. Une femme forte, en tout cas, qui sait ne pas être l’égale des hommes, et qui souffre d’en être dépendante.

Dans sa quête absolue de la jeunesse, cette « comtesse » à qui on a appris enfant à rester insensible à tout, ira très loin pour ressentir ce souffle de vie qu’elle attribue justement à la jeunesse : pratiquant le sado-masochisme avec un noble évoquant le fameux prince Vlad (celui qui aurait donné naissance au mythe de Dracula), pour finalement se laver le visage du sang de jeunes vierges dans des séquences parfois difficilement soutenables.

La Comtesse plonge dans les origines des grands mythiques horrifiques européens, de Dracula à Blanche-Neige. L’univers du film, c’est le fondement de tout un pan du récit d’horreur : on y croise le sarcophage mortel du Masque du Démon de Mario Bava, ou la chambre murée d’Edgar Poe…

Au-delà de cette descente aux enfers terrifiante, le film de Julie Delpy met l’accent sur la belle (mais oui) histoire d’amour contrariée, qui tourne à l’obsession, et à la folie. Pas question pour elle de tourner un film d’horreur. Même si l’histoire est terrible, et si la « comtesse » est bel et bien l’une des premières « tueuses en série » de l’histoire, le film est avant tout le portrait d’une amoureuse, et d’une société qui broie les individus.

Match Point (id.) – de Woody Allen – 2005

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:13 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Match Point

On le croyait associé à jamais à New York. Mais c’est en Europe que Woody Allen a connu une nouvelle jeunesse il y a dix ans, lui qui semblait tourner quelque peu en rond depuis quelques films. A la fin d’un cycle, et au début d’un autre, toujours en cours, où Woody l’acteur s’éclipse pour laisser la place à un univers moins ouvertement comique (encore que l’humour n’est jamais loin, même dans la noirceur la plus profonde), mais franchement corrosif.

Cynique, même. En s’installant à Londres sur les traces d’un certain Hitchcock, en reprenant l’argument du Crime était presque parfait, Woody fait mine de mettre en scène une société presque parfaite, mais dont le vernis cache une violence profonde : celle des conventions qui oblige une jeune femme à devenir mère à tout prix, celle des barrières sociales qui rongent l’âme de ceux qui les ont franchies.

Comme dans le classique d’Hitchcock, le « héros » est un ancien champion de tennis, devenu membre de la haute société après avoir épousé une riche héritière. Et là aussi, la peur de perdre ce nouveau statut peut mener au crime le plus odieux. Avec une différence de taille tout de même : alors que chez Hitchcock le meurtre est introduit (au moins dans la tête de Ray Milland) dès le début, il n’apparaît chez Allen que comme le moyen le plus simple de sortir de l’impasse. Ou de ne pas avoir à choisir.

Dans le rôle de ce monstre ordinaire, Jonathan Rhys-Meyers est excellent. Visage fermé, émotions refoulées, il n’incarne pas le Machiavel des temps modernes, mais un jeune homme pressé de fuir son passé de pauvreté, et bien décidé à provoquer la chance et à la saisir au vol. Et la belle et désirable Scarlett Johansson, qui réveille chez lui des désirs très humains ceux-là, est un incident bien inattendu dans son parcours.

La première partie, qui met en place l’ascension du jeune « héros » et cette passion dangereuse, est bien un peu longuette par moments, comme si Woody Allen voulait différer au maximum le point de rupture que l’on ressent très vite. Ou fixer la possibilité de bonheur simple des deux amants, et la possibilité qu’ils ont de retrouver leur rang social et de fuir des conventions qui les aliénent.

Il y a déjà dans Match Point ce qui fera la richesse et la réussite de Blue Jasmine : la confrontation de deux univers, la fascination pour l’argent, et l’incapacité de tourner le dos au luxe et à cette haute société pourtant si cruelle. Il faut voir la « belle-mère » balayer avec mépris (et un charmant sourire) les rêves d’actrice de Scarlett Johansson.

Quant à la deuxième heure, elle est tout simplement brillante, leçon de mise en scène, élégante et efficace. Un sommet de noirceur dans la filmographie de Woody Allen, où les quelques saillies humoristiques tirent de petits rires crispés, et rendent plus profonds encore les abîmes dans lesquels s’enfonce le héros. Woody a changé, et il est toujours grand.

Melinda et Melinda (Melinda and Melinda) – de Woody Allen – 2005

Posté : 17 avril, 2015 @ 7:19 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Melinda et Melinda

- So are they tears of sorrow or tears of joy ?
– Well, aren’t those the same tears ?

Il y a souvent du tragique dans les comédies de Woody Allen (à moins que ce ne soit l’inverse), et le cinéaste a décidé de faire de ce décalage l’argument de son film. Premières images… On est en terrain connu : un dîner entre amis dans un restaurant plutôt chic, une discussion animée autour de la création artistique, du rapport à la mort et du sens de la vie…

Autour de la table, deux hommes d’âge mur (celui de Woody, qui se contente de rester derrière la caméra, comme s’il était incapable de choisir l’un ou l’autre des personnages) : l’un est un auteur de comédies pour qui l’essence même de la vie est sinistre, et qui y trouve un sens en dénichant le comique de chaque situation ; l’autre est un auteur de tragédies pour qui son art est le contrepoint parfait de la beauté de la vie.

Au cours de la discussion, un embrion de fiction apparaît, dont chacun tire une histoire au ton radicalement différent, que l’on découvre alternativement… L’idée est pour le moins excitante, et le film est en partie plutôt réussi. Seul personnage commun aux deux histoires : Melinda, jeune femme au passé lourd qui trouve refuge chez un couple de New Yorkais. Dans le rôle, Rhada Mitchell est parfaite, aussi à l’aise dans le sombre que dans le léger, pure héroïne allenienne.

Autour d’elle(s), que des acteurs au meilleur de leur forme : Amanda Peet et Will Ferrell versant comédie, Chloé Sevigny et Chiwetel Ejiofor versant drame… Allen est décidément un grand directeur d’acteurs, même si par moment il tire un peu sur la corde des stéréotypes ici, ne parvenant jamais à nous surprendre vraiment.

Woody Allen est-il plus à l’aise dans la comédie ou dans le drame ? La grande limite de ce film est justement de pousser à se poser cette question, en dissociant ouvertement les deux faces de son oeuvre. Une vraie fausse bonne idée, donc. D’autant plus qu’il ne va pas jusqu’au bout de sa logique : le contraste aurait sans doute été plus intéressant si les deux histoires de Melinda avaient suivi le même cheminement. Passé le point de départ, quelques passages se font bien échos, mais rien de plus.

Un peu vain, donc, ce film-concept, qui laisse un petit goût d’inachevé. Pas désagréable pour autant : Woody Allen sait créer une atmosphère familière et faussement confortable dont on ne se lasse pas, même dans ses semi-réussites (ou semi-échecs ?).

Le Dahlia noir (The Black Dahlia) – de Brian De Palma – 2006

Posté : 3 avril, 2015 @ 7:17 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

Le Dahlia noir.jpg

Le « Dahlia noir », c’est Elizabeth Short, une jeune starlette qui a tenté sa chance comme tant d’autres dans le Hollywood des années 40, éblouie par ses rêves de gamine, avant d’être aveuglée par une réalité nettement plus sordide, et de finir coupée en deux par un tueur qu’on ne retrouvera jamais. C’est une histoire vraie (le succès du Dahlia bleu, sorti peu avant, a valu à la victime ce surnom), qui a inspiré à James Ellroy un roman autant basé sur l’obsession de deux flics (fictifs) que sur la sienne propre autour de sa mère, elle aussi assassinée par un mystérieux tueur…

L’adaptation d’un des plus grands romans noirs de ces dernières décennies par un cinéaste majeur pouvait-elle être à la hauteur de l’attente, forcément énorme ? Le premier sentiment (il y a presque dix ans) n’approchait pas, même de loin, l’enthousiasme délirant… Trop appliquée ? Trop froide ? En respectant religieusement l’univers percutant de James Ellroy, De Palma avait-il laissé de côté son propre regard ? C’est ce qu’il me semblait à l’époque, comme à beaucoup de spectateurs d’alors.

A le revoir, et débarassé du souvenir trop proche de la lecture du roman, ce premier jugement me paraît totalement à côté de la plaque. Car avec Le Dahlia noir, De Palma réussit une sorte de miracle : tout en restituant l’atmosphère sombre, violent et opaque d’Ellroy (aussi bien, au moins, que Curtis Hanson avec L.A. Confidential, la « suite » sur le papier du Dahlia noir), il signe bien un film très personnel, à la fois par les thématiques abordées (l’obsession, le sexe et la violence…) et par l’esthétique faussement glacée.

C’est la rencontre de ces deux univers, qui ont chacun à leur manière marqué le polar et le thriller des années 80 et 90, qui fait la réussite du film, et qui en fait une oeuvre unique. A la fois grand film classique dans la tradition hollywoodienne (De Palma rend d’incessants hommages aux films noirs des années 40), et sublime exercice de style qui pousse très loin le génie depalmesque, nouvelle variation de motifs déjà au cœur de son magnifique Blow Out, auquel on pense souvent.

Ses fameux jeux sur la profondeur de champs, avec des premiers (très gros) plans et des scènes en fond également nettes, créent d’incessants contrastes à l’image, et de troublants décalages entre les faits et la vérité cachée, entre ce qui semble être important et ce qui aura vraiment de l’importance. Ces mêmes oppositions qui rassemblent les deux flics, surnommés « le feu et la glace », réunis autour d’une même obsession et d’une passion pour la troublante Scarlett Johannson, dont le glamour « à l’ancienne » n’a jamais été aussi à propos qu’ici.

Comme dans un bouquin d’Ellroy, il faut s’accrocher pour ne pas se perdre dans le dédale des fausses pistes et des révélations qui n’en ont pas l’air. Ne pas se laisser duper, non plus, par les images tellement léchées qu’elles finissent par moments par sonner faux (comme cette étrange scène d’émeute, qui semble… mise en scène). La beauté des images, des décors, des costumes… dissimule mal la pourriture sur laquelle est construite l’usine à rêve. Comme le sourire ultra-bright de Josh Hartnett dissimule mal les blessures de ce flic trop idéaliste, rongé par un Mal dont on sait qu’il aura le dernier mot.

Le Grand Alibi – de Pascal Bonitzer – 2008

Posté : 27 février, 2015 @ 3:22 dans * Polars/noirs France, 2000-2009, BONITZER Pascal | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi - Bonitzer

Au cinéma, l’œuvre d’Agatha Christie a connu plusieurs heures de gloire : celle contemporaine des romans, dans les années 30 et 40, celle « all stars » des années 70, celle des films et séries télés. Et puis celle, inattendue et passionnante, des adaptations françaises dans les années 2000, portées essentiellement par Pascal Thomas : pas moins de quatre films à lui seul en moins d’une décennie…

Un autre Pascal s’est intéressé à l’œuvre d’Agatha Christie, à la même époque : Bonitzer, le fascinant réalisateur de Petites coupures, qui adapte ici le roman Le Vallon, dont le héros était un certain Hercule Poirot. De Poirot, pas l’ombre d’une trace ici : le flic interprété (très bien d’ailleurs) par Maurice Bénichou n’apparaît que tardivement, et dans un emploi tout juste utilitaire. Cette absence du personnage principal est, évidemment, tout sauf anodine (d’ailleurs, Agatha Christie elle-même avait supprimé le personnage du détective dans l’adaptation théâtrale de son roman)…

Avec Le Grand Alibi (un titre hitchcockien, qui révèle sans doute les vraies ambitions du cinéaste), Bonitzer réussit un véritable tour de force : adapter un roman d’Agatha Christie en s’en détachant totalement, tout en lui restant fidèle jusqu’à la déférence. Les figures incontournables de la romancière anglaise sont bien là : univers grand bourgeois, grandes réunions de familles, victime que tout le monde aurait des raisons d’avoir assassiné… Mais le réalisateur, peu attiré par le polar, se désintéresse totalement de l’intigue policière pour se pencher sur l’étude de moeurs.

Et dans ce domaine, le film est une immense réussite. Cette réunion de sociopathes qui affichent un bonheur de circonstance évoque des souvenirs très chabroliens, mais Bonitzer porte sur ses personnages un regard étrangement affectueux. A quelques exceptions près quand même : Lambert Wilson en playboy incapable de résister aux femmes qui le désirent (il n’en a d’ailleurs visiblement aucune envie), ou Caterina Murino en comédienne trop sûre de ses charmes, n’ont pas grand-chose de défendable… Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit là des deux victimes du film.

La première demi-heure est la plus réjouissante, parce qu’elle est totalement débarassée d’une quelconque intrigue poilicière qui n’intéresse visiblement pas Bonitzer, et parce qu’elle met en scène l’ensemble de la distribution dans l’un de ces lieux clos chers à la romancière : Pierre Arditi en sénateur amoureux des armes à feu, Miou Miou en épouse trop bavarde et trop bécasse, Mathieu Demy en écrivain raté et alcoolique, Valéria Bruni-Tedeschi en maîtresse trop consentante, Anne Consigny en épouse trompée et effacée…

Un casting assez formidable, à la fois drôle et glaçant, dont l’alchimie parfaite de la première partie s’étiole un peu dans la dernière moitié du film, alors que le huis clos éclate en morceaux et que l’intrigue policière prend plus d’importance. Pas de quoi gâcher son plaisir : Pascal Bonitzer a réussi un pari improbable avec cette adaptation, œuvre très personnelle, mais respectueuse du livre original. Un film absolument réjouissant.

Anything else (la vie et tout le reste) (Anything else) – de Woody Allen – 2003

Posté : 3 février, 2015 @ 11:26 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Anything Else

Curieux film que ce Anything else, qui sonne comme un au-revoir à ce New York dont Woody Allen a toujours été indissociable, mais dont il s’éloignera de plus en plus souvent dans ses films à venir.

C’est bien de rupture qu’il s’agit, et plus précisément de la difficulté d’aller au bout de ses rêves pour un homme qui n’a jamais su partir, ni quitter qui (ou quoi) que ce soit. Un rôle taillé sur mesure pour Allen, mais qu’il laisse à Jason Biggs (révélé dans American Pie, et absolument parfait), comme si c’était déjà trop tard pour lui.

Lui-même se réserve le rôle du « mentor », enseignant et auteur vieillissant qui n’a jamais eu le courage d’écrire ce livre auquel il a sans doute longtemps pensé, thème récurrent dans le cinéma allenien. Un drôle de bonhomme, vraiment, à la fois très familier pour les amoureux du réalisateur, névrosé amateur de blagues et de grandes phrases. Mais à la limite de la parodie.

Avec ce film et avec son personnage, Woody Allen semble régler ses comptes avec ses vieilles obsessions. Son statut de juif notamment, statut plus culturel que religieux, dont il tire un personnage de paranoïaque persuadé que l’Holocauste est sur le point de reprendre.

La psychanalyse, aussi, n’a jamais été présentée sous un jour aussi grotesque, avec cet « analyste » incapable de dire le moindre mot, ressor comique récurrent.

En confiant les rôles principaux à de jeunes comédiens – sexy Cristina Ricci dans un rôle pas si éloigné de ceux joué par Charlize Theron dans deux de ses films précédents, et Jason Biggs en version rajeunie de lui-même – Woody Allen retrouve une vivacité qu’il avait un peu perdue avec ses deux précédents films.

En préparant sa rupture avec NY, il filme paradoxalement l’un de ses films les plus « new-yorkais ». Le moindre plan semble respirer de l’atmosphère de Big Apple. Et plus que jamais, on a le sentiment que ce film n’aurait pu être tourné nulle part ailleurs. C’est un nouveau départ qui l’attend ?

Hollywood Ending (id.) – de Woody Allen – 2002

Posté : 31 décembre, 2014 @ 11:55 dans 2000-2009, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Hollywood Ending

Woody Allen est clairement dans sa période la moins inspirée. Période qui ne durera pas, mais qui est dominée par cette impression un peu désagréable qu’il voulait à tout prix livrer son « Woody Allen Fall Project » (le titre provisoire de tournage qu’il adoptait à l’époque) à temps pour tenir son rythme d’un film par an. Pas de vrai ratage jusqu’à présent : chacun de ses films recèle de belles idées et de bien jolies scènes. Mais une impression globale en demi-teinte. Au mieux.

Dans Hollywood Ending, le problème est plus que jamais présent. Le début est plutôt réussi, et la conclusion plutôt maligne. Mais entre-deux, tout semble ne reposer que sur une unique idée dont Woody ne sait pas toujours quoi faire : réalisateur prestigieux sur le retour, il se voit offrir une dernière chance de revenir sur le devant de la scène, mais se retrouve provisoirement aveugle à la veille du tournage, un handicap qu’il tente de dissimuler…

On a bien quelques gags amusants, et on rit même franchement à deux ou trois reprises. Mais entre deux, que de longueurs. Si l’acteur Woody est assez inspiré avec la cécité de son personnage, Woody le scénariste-réalisateur laisse apparaître un manque d’inspiration flagrant… même si, au final, on se laisse quand même emporter par la petite musique si familière du cinéma allenien, et par la tendresse qui se dégage du « couple » Woody-Tea Leoni.

Et puis Woody nous livre une peinture acide du cinéma, qui n’épargne personne, pas même lui-même. Le cynisme d’Hollywood symbolisé par le requin Treat Williams (impitoyable, mais attachant, un producteur amoureux du cinéma et désireux de contrôler le film parce qu’il veut bien faire, comme les producteurs du grand Hollywood), et par le cynique et hypocrite George Hamilton (réjouissant et horrible). Et la France, terre d’accueil du cinéma d’auteur. « Dieu bénisse la France » lance un Woody Allen, reconnaissant aux critiques frenchy d’avoir porté aux nues un film que les Américains critiquaient comme étant l’œuvre d’un aveugle… ce qu’il était bien.

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