Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie '2000-2009'

Le Seigneur des Anneaux : les deux tours (The Lord of the Rings : the two towers) – de Peter Jackson – 2002

Posté : 26 janvier, 2021 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JACKSON Peter | Pas de commentaires »

Le Seigneur des Anneaux les deux tours

Cet opus 2 a les mêmes qualités que le premier. Normal, et logique : il ne s’agit pas à proprement parler d’une séquelle, mais de la suite d’un même film. Peter Jackson a pensé et tourné sa trilogie comme une œuvre unique et cohérente, coupée en trois parties, histoire de ne pas proposer un film de dix heures…

Les Deux Tours se distingue quand même de La Communauté de l’Anneau par plusieurs aspects. D’abord, les personnages sont bien identifiés, et on entre directement dans le vif du sujet. Ensuite, l’action est désormais aussi éclatée que la communauté qui donnait son titre au premier film.

Pippin et Merry enlevés par des orques. Aragorn, Legolas et Gimli à leur poursuite. Frodon et Sam qui se dirigent vers le Mordor. Gandalf disparu… Plutôt que d’aller de l’un à l’autre dans d’incessants allers-retours, Jackson choisit, comme dans le premier film, de prendre le temps, consacrant de longs épisodes à un groupe ou à un autre, évitant ainsi de rajouter de l’effervescence inutile à une histoire déjà bien riche.

Les enjeux dramatiques sont nombreux, les moments de bravoure aussi. Le film se termine même par deux longues et hyper spectaculaires batailles menées parallèlement. Pourtant, jamais les effets numériques, omniprésents, ni le maquillage qui rendent certains comédiens méconnaissables, ne recouvrent la dimension humaine de l’épopée.

Au fracas des combats, on sent que Jackson préfère l’angoisse des préparatifs. Dans le Gouffre de Helm, décor anxiogène qui évoque furieusement une forteresse médiévale, Jackson prend le temps de filmer les personnages, ne sacrifiant jamais l’individu à la masse, en tout cas du côté des assiégés.

Du grand spectacle, parfois presque intime, marqué par quelques visions vraiment belles : la traversée des marais filmés comme un cimetière géant, le conciliabule des arbres, ou le regard tendre et énamouré de Miranda Otto, un poème en soi…

Voir aussi La Communauté de l’Anneau et Le Retour du Roi.

Ocean’s eleven (id.) – de Steven Soderbergh – 2001

Posté : 18 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, SODERBERGH Steven | Pas de commentaires »

Ocean's eleven

Soderbergh s’empare d’un sympathique film de braquage des années 1960 qui réunissait le fameux rat pack de Frank Sinatra et Dean Martin et réunit une autre famille de cinéma, au moins aussi cool : George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, et quelques autres (Elliot Gould, Casey Affleck, Carl Reiner… du cool à la chaîne), vrai parenté, pour ce qui s’impose comme l’étendard du cool movie de la décennie, largement supérieur à l’original.

A vrai dire, Soderbergh lorgne au moins autant du côté des Sept mercenaires, en tout cas dans la première partie, avec Clooney dans le rôle de Yul Bryner, et Brad Pitt qui s’impose comme le digne héritier de Steve McQueen. Comme dans le classique de Sturges, le duo Clooney/Pitt rivalise de cabotinage pour se disputer la couronne du king of cool.

A ceci prêt qu’il y a d’emblée entre ces deux là bien plus de camaraderie que de compétition. Les personnages, et les acteurs, s’aiment, c’est flagrant, et cette complicité évidente joue un rôle majeur dans le plaisir immense que procure le film. Ocean’s 11 est d’ailleurs plus marquant, plus révolutionnaire même, en tant que film de bande, qu’en tant que film de braquage.

Le scénario est certes brillant, tient en haleine, et réussit à surprendre constamment, même si on sait bien que nos braqueurs maîtrisent parfaitement jusqu’au moindre détail. Mais ce sens du faux-semblant et de la manipulation, poussé ici au rang de grand art, reste le b-a-ba de ce genre.

Le plaisir repose vraiment sur les acteurs, sur ce qui le passe entre eux, sur la manière dont Soderbergh joue avec l’ironie et l’élégance de ses acteurs. Le casting, exceptionnel (il y a aussi Julia Roberts et Andy Garcia), aurait pu impressionner un autre cinéaste. Soderbergh, lui, sait capter l’alchimie qui les unit tous, pour en tirer un film léger, d’une fluidité parfaite. Inconséquent, et réjouissant.

Intolérable cruauté (Intolerable Cruelty) – de Joel et Ethan Coen – 2003

Posté : 4 décembre, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Intolérable cruauté

Un avocat cynique spécialisé dans les divorces juteux. Une intrigante cynique spécialisée dans les mariages juteux… George Clooney, dents blanches éclatantes. Catherine Zeta-Jones, déhanchement fatal. Et pour orchestrer la rencontre de ces deux-là, les Coen, immenses cinéastes qui filment cette romance mineure avec le même génie que pour leurs grands films. Le même décalage, le même sens incroyable du cadre et du rythme.

Intolérable cruauté reste quand même un Coen bien mineur. Presque une bluette, malgré le cynisme du propos et la cruauté des rapports amoureux. On s’aime, croit-on. On se trompe et on se détruit, surtout… Pour les Coen, ici, l’amour est affaire de comédie et de tromperie. Tout tourne autour du rôle que chacun joue face à l’autre.

Un véritable jeu de dupes, cruel et incroyablement féroce, qui donne aux Coen l’occasion d’aiguiser leurs crocs. Acerbe, le film reste pourtant, toujours, léger, enthousiasmant, et positif malgré tout. Comme si les apparences n’étaient pas si trompeuses. Cyniques, les Coen ? Oui, mais pas que. Tout en n’épargnant pas les personnages de Catherine Zeta-Jones et George Clooney, qu’ils montrent comme de véritables monstres égocentriques et narcissiques, ils s’inscrivent dans la lignée des romances à l’américaine, et signent en dépit de tout un vrai feel-good movie.

Le dernier Samouraï (The Last Samurai) – d’Edward Zwick – 2003

Posté : 29 novembre, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, CRUISE Tom, WESTERNS, ZWICK Edward | Pas de commentaires »

Le Dernier Samouraï

Edward Zwick n’est pas le plus fin des réalisateurs, mais son cinéma a souvent une sincérité, une générosité et un souffle épique qui évoquent joyeusement le grand Hollywood. Encore que « joyeusement » n’est peut-être pas le terme le plus adapté, tant l’homme semble attiré par les grands destins sur fond de massacres ou de fins de mondes. C’est bien le cas avec ce Dernier Samouraï, qui s’achève par l’une des tueries les plus franches et radicales de ces dernières décennies.

Une véritable hécatombe, telle qu’on n’en voit pas si souvent, et que traverse un Tom Cruise christique, pas à l’abri des balles, mais comme insensible à leur effet… C’est qu’il morfle, le Tom, pendant ces 2h37 de film, passant allégrement à travers pas mal d’occasion de trépasser violemment et héroïquement. Mais à quoi bon : il n’est finalement qu’un témoin de cette disparition des Samouraïs, une manière hollywoodien de donner un point de vue occidental à de pan d’histoire.

Cruise interprète un officier américain ayant survécu aux combats meurtriers menés par Custer contre les Indiens, qui se réfugie dans l’alcool, et qui revit dans un village reculé du Japon où il a été fait prisonnier par des rebelles qu’il devait combattre. Un village magnifique, dans des montagnes magnifiques, pleines d’arbres en fleurs magnifiques, aux aurores magnifiques, où chacun vit dans une harmonie magnifique, et où il est hébergé par une femme magnifique, épouse d’un guerrier magnifique que lui-même a tué au combat.

Oui, Edward Zwick signe un film esthétiquement très beau, et très hollywoodien dans sa manière de jouer avec les images que l’on attend de ce Japon encore traditionnel. C’est le grand sujet du cinéma que s’approprie Zwick : la confrontation de la tradition et des influences occidentales. Certes, Ozu a fait nettement plus fin sur ce sujet. Mais dans le genre grosse machine hollywoodienne, celle-ci séduit par sa dimension classique et épique.

Le Seigneur des Anneaux : la communauté de l’anneau (The Lord of the Rings : the fellowship of the ring) – de Peter Jackson – 2001

Posté : 10 novembre, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, FANTASTIQUE/SF, JACKSON Peter | Pas de commentaires »

Le Seigneur des Anneaux La Communauté de l'anneau

Presque vingt ans après, ce qui frappe le plus en revoyant le premier volet de cette adaptation, ce n’est pas tant l’ambition démesurée du projet que la sincérité avec laquelle Peter Jackson s’y est attelé. En authentique passionné de l’univers de Tolkien. C’était déjà ce qu’il y avait de plus enthousiasmant à découvrir le film lors de sa sortie en salles : Jackson donnait vie à ce que des générations de lecteurs avaient en tête depuis si longtemps. Comme s’il sortait ces images de nos propres têtes.

Ce qui frappe aussi, c’est à quel point le film fait la part belle aux trucages à l’ancienne. Il y a des effets numériques bien sûr, et quelques séquences qui semblent sortir tout droit d’un ordinateur : Christopher Lee, dans le rôle de Saroumane, a dû passer l’essentiel du tournage le concernant devant un fond bleu, sans profiter des incroyables décors créés en Nouvelle-Zélande, contrée idéale pour recréer la Terre du Milieu dans toute sa diversité.

Mais ce sont bien ces trucages à l’ancienne, réalisés directement sur le plateau, qui restent les plus spectaculaires aujourd’hui encore : l’utilisation d’enfants ou de nains, ou les jeux sur la profondeur de champs pour simuler la différence de taille entre les Hobbits et les autres personnages. Elijah Wood (Frodon) semble bel et bien être deux fois plus petits que Gandalf ou Aragorn.

Gandalf et Aragorn… Superbes personnages que leurs interprètent transforment en mythes du cinéma. Ian McKellen et Viggo Mortensen trouvent là des rôles comme on n’en trouve pas deux dans une carrière. Grandes figures du cinéma contemporain, pour lesquels ils n’étaient pourtant pas les premiers choix (Sean Connery et Stuart Townsend avaient été envisagés avant eux).

Le film fonctionne parfaitement dans son articulation entre le gigantisme et l’intime. Jackson a d’énormes moyens pour réaliser son rêve, mais il le fait constamment en amoureux du roman, qui connaît mieux que quiconque la Terre du Milieu. Comme un guide de voyage de pays qu’il aurait réellement arpenté, et dont il maîtriserait tous les recoins. Digne héritier de Tolkien, donc.

Digne héritier de Spielberg, aussi. Peter Jackson a ce sens du spectacle, cette capacité si rare à manier l’humour et la gravité, à mettre de l’humain dans les scènes les plus gigantesques, et à mettre sa virtuosité au service de l’efficacité dramatique, jamais comme un étalage de son propre génie. Cette virtuosité est souvent discrète, elle est particulièrement marquante dans la longue séquence de la Moria, la cité souterraine des nains, sommet dramatique de ce premier film.

En trois bonnes heures et demi (pour la version longue), ce premier volet de la trilogie a le temps d’installer les enjeux et les personnages. Mais cette durée hors du commun ne semble jamais trop longue : Jackson en fait un atout pour faire ressentir l’enjeu de cette histoire, et le poids démesuré qui repose sur les épaules d’un être si petit que Frodon.

Grand spectacle et quête intime… Ce premier volet du Seigneur des Anneaux tient toutes ses promesses. Vingt ans après, le film n’a rien perdu de sa magie et de son efficacité. La suite, vite…

Voir aussi : Les Deux Tours et Le Retour du Roi.

Apocalypse Now (id.) – de Francis Ford Coppola – 1979 (Redux : 2001)

Posté : 24 septembre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, 2000-2009, COPPOLA Francis Ford | Pas de commentaires »

Apocalypse Now

Un monument, bien sûr. Mais un monument comme il n’en existe pas tant dans l’histoire du cinéma : Apocalypse Now est une œuvre ultime, de ces films où la narration s’efface au profit de la sensation. Pas un meilleur film que Le Parrain par exemple, non, mais Coppola réussit une chose rare ici : faire vivre au spectateur l’espèce de transe dans laquelle lui-même semblait être au moment où il tournait le film, un voyage jusqu’au-boutiste aux frontières de la folie qui est aussi celui de son personnage principal, le rôle d’une vie pour Martin Sheen.

Des expériences comme celle-ci sont précieuses dans la vie d’un cinéphile. Découvrir Apocalypse Now trop jeune, ou dans de mauvaises conditions, peut faire passer à côté d’un film immense. Ça a été longtemps été mon cas, jusqu’à la sortie en salles de la version Redux, remontée par Coppola lui-même en 2001. Un choc sensoriel, plus qu’esthétique, qui n’aura d’équivalent dans ma vie de cinéphile que le Lost Highway de David Lynch et une poignée d’autres (Le Cheval de Turin de Béla Tarr ou la saison 3 de Twin Peaks… encore de Lynch).

Apocalypse Now est un film tellement immense que tout a été dit à son sujet. Rien de pertinent à ajouter, donc, si ce n’est cette expérience personnelle dont je ne me suis pas remis, vingt ans après. Du coup, ce n’est pas la toute nouvelle version « Final Cut » re-re-montée par Coppola l’année dernière que j’ai découverte, mais cette version Redux déjà si forte que j’ai revue. Son aspect hypnotique reste intact…

Dès les premières notes du fameux « The End » des Doors qui ouvre le film, nous voilà pris dans les vapeurs éthyliques de Willard, cet officier américain dont on ne peut que ressentir les effets qu’ont eu sur lui des mois passés au VietNam. Le film est fort, parce que Coppola ne prend jamais la tangente. Son sujet : c’est le voyage mental de Willard, cet Américain qu’on imagine sans histoire confronté à un monde devenu fou, à une violence quotidienne et grotesque.

On suit sa remontée du fleuve vers le territoire ennemi comme dans un état second, fasciné par la lumière et les sons comme hors du temps, halluciné par les outrances d’un officier grande gueule (Robert Duvall) qui aime rien tant que de balancer du napalm avant de lancer, d’un air soudain nostalgique : « un jour, tout ça s’arrêtera »… Cette adaptation si personnelle d’un roman de Joseph Conrad est devenu l’un des films les plus percutants sur le VietNam, et sur la guerre en générale.

Et un immense chef d’œuvre du cinéma, dont on ressort exsangue.

This is the end
My only friend
And all the children are insane
Waiting for the summer rain…

Mystic River (id.) – de Clint Eastwood – 2003

Posté : 14 juillet, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Mystic River

Cueilli, une nouvelle fois, par l’émotion si pure et si forte que Clint Eastwood parvient à créer dans ses meilleurs films. Et celui-ci en fait partie. Bien sûr, il y a le roman dont il est tiré, grand noir de Dennis Lehane (auteur décidément bien servi au cinéma, du Gone Baby Gone de Ben Affleck au Shutter Island de Scorsese), sorte de tragédie grecque dans les rues de Boston. Une base solide.

Encore fallait-il rendre justice au roman, et encore fallait-il ne pas en rajouter au risque de rendre la noirceur de l’histoire insupportablement lacrymale. Ce qui n’aurait pas été difficile. Mais non. Eastwood sait que l’histoire est forte, et qu’il n’y a nul besoin d’en rajouter… Alors il signe un film digne des plus grands réalisateurs classiques, sobre et élégant, tout en retenue et en discrétion. Un petit chef d’œuvre de mise en scène où le rythme se fait lent, et l’émotion larvée.

Une émotion qui est celle de ses personnages principaux, en fait, à fleur de peau, comme emprisonnée, et qui éclate soudain de manière spectaculaire. Ces personnages… Trois amis d’enfance abîmés par l’enlèvement de l’un d’eux quand ils avaient 11 ans, séquestré pendant quatre jours par des pédophiles… Des années après, la fille de l’un d’eux est assassinée ; le deuxième, devenu flic, est chargé de l’enquête ; le comportement du troisième, celui qui avait été enlevé gamin, fait de lui le suspect idéal.

Sean Penn, Kevin Bacon, Tim Robbins, trois grands acteurs, absolument remarquables devant la caméra de Clint, qui sait décidément tirer le meilleur de ses comédiens. Oscar (mérité) pour le premier, Oscar (mérité) pour le troisième. Et rien pour le deuxième, éternel oublié, mais dont la prestation moins spectaculaire, est tout aussi brillante. C’est même lui qui donne son liant au film, le plus lucide sans doute, sur la tragédie dont le trio d’amis a été victime tant d’années plus tôt.

Le reste de la distribution (Laurence Fishburne, Marcia Gay Harden, Laura Linney) est à l’avenant. On notera au passage l’apparition inattendue, dans une unique scène, d’Eli Wallach, qui retrouve Eastwood (pas à l’écran bien sûr) presque quarante ans après Le Bon, la brute et le truand. Forcément savoureux…

Mystic River est un grand film noir, aux images glacées aussi belles que sans joie, à la musique elle aussi tout en retenue (c’est Clint lui-même qui compose), à la fois incroyablement intense, et d’une délicatesse extrême. Un pur Clint Eastwood, et un grand cru.

Le Renard et l’enfant – de Luc Jacquet – 2007

Posté : 20 mai, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, JACQUET Luc | Pas de commentaires »

Le renard et l'enfant

Après La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet signe une nouvelle ode à la nature, visuellement somptueuse. Pas vraiment un documentaire : s’il filme le règne animal dans ces forêts de l’Ain, c’est du regard d’une fillette qui noue une amitié improbable avec un renard, apprenant autant sur la nature que sur elle-même.

C’est émouvant, les images sont magnifiques, les sentiments sont beaux, et nobles. C’est digne de Disney, c’est d’ailleurs Disney qui distribue le film. Mais Jacquet ne tombe pas pour autant dans la facilité, ou dans l’émotion trop téléphonée. Cette amitié, si mignonne soit-elle (et ils sont très mignons, le renard comme l’enfant), est teintée d’une certaine brutalité. Moralité : si mignons soient-ils, un animal sauvage et un enfant ne sont pas faits pour être amis.

C’est dit, c’est bien mignon pour une soirée de confinement en famille. Et à défaut d’être franchement emballés par cette amitié, au moins est-on subjugués par la beauté des images, et par le défi que mettre en scène de tels personnages (renards, loups, hérissons, lynx…) représente.

Munich (id.) – de Steven Spielberg – 2005

Posté : 3 avril, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Munich

Spielberg est un sprinter. Depuis les années 90, il a cette drôle de tendance à enchaîner les projets très différents à un rythme effréné, avant de reprendre son souffle pendant deux ou trois ans. Comme de spectaculaires à-coups qui lui permettent de livrer toute la complexité de son inspiration.

En l’espace d’un an seulement, Spielberg a signé une comédie (Le Terminal), un film apocalyptique grandiose (La Guerre des mondes), et une plongée austère et réaliste dans le monde troublé des années 70, marqué par la violence qui déchire (encore et déjà) Juifs et Palestiniens.

Il y a des points communs entre ces trois films (trois réussites, chacun à leur manière), à commencer par le thème de l’innocence perdue, et celui de l’homme de plus en plus seul dans un monde qu’il ne comprend plus et qui lui devient hostile. Soit. Mais ces films résument bien le champ d’inspiration de Spielberg, la facilité qu’il a de passer d’un genre à l’autre, d’un ton à l’autre, d’une époque à l’autre.

Ardent défenseur de la cause juive avec Schindler, Spielberg a un premier grand mérite avec Munich : il ose prendre ses distances, et signe un film beaucoup plus nuancé, qui par conséquent déplaira autant aux Israéliens qu’aux Palestiniens. Partant d’une tragédie, la prise d’otage et l’assassinat de onze représentants de la délégation israélienne aux JO de Munich en 1972, Spielberg ne signe ni un film historique, ni un vrai suspense, mais un film sur la violence et ses conséquences. Personne n’en sort vainqueur.

Après cet attentat meurtrier, la première ministre Golda Meir a décidé la mise à mort des onze responsables de cet attentat. C’est leur traque par un jeune agent inexpérimenté du Mossad et ses hommes tout aussi novices en matière de tueries que le film raconte. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire, des exécutions sales et violentes, filmées avec une lumière pisseuse et blafarde. Rien de romantique, vraiment…

Sans doute le film est-il discutable d’un point de vue historique. On peut aussi trouver ici et là quelques effets faciles comme Spielberg, parfois, ne peut s’empêcher d’en glisser : la voiture mystérieuse et menaçante dans la dernière partie, aussi inutile et gênante que la scène de la douche dans La Liste de Schindler. Mais Munich est surtout un film admirablement construit, l’œuvre d’un cinéaste qui maîtrise son art avec une extrême modestie.

C’est un monde de mensonge et de violence larvée que raconte Munich, avec ses personnages qui semblent se débattre pour ne pas s’y noyer. Eric Bana est très bien, avec son physique falot, ballotté par l’Histoire. Et puis Kassovitz, Ciarán Hinds…, et Daniel Craig, dans son dernier rôle pré-Bond, que l’on voit très curieusement se transformer au fil de l’histoire, gagnant une carrure et une intensité qui sont déjà, in fine, celles de 007.

Les Acteurs – de Bertrand Blier – 2000

Posté : 31 mars, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, BLIER Bertrand | Pas de commentaires »

Les Acteurs

Les Acteurs pourrait n’exister que pour sa première scène, superbe. Jean-Pierre Marielle (le vrai) y est dans un restaurant et réalise que le serveur ne l’entend pas lorsqu’il demande un pot d’eau chaude. Et c’est toute la truculence et la grandeur de ce type à la voix si forte, qui panique à l’idée de ne plus être entendu. Terrible angoisse, pour un acteur. Et grande interprétation pour Marielle, dont le drame sera le fil rouge de ce film construit sur le principe du fil que l’on tire, sans lien logique entre les scènes.

C’est aussi un hommage un peu vachard à cette drôle de profession que signe Bertrand Blier ici. Ses acteurs, hallucinante distribution qui réunit toute une famille du cinéma français, sont des hommes bourrés de névroses et de défauts, et très égocentrés. Pas de femmes ici, si ce n’est Balasko… dans le rôle d’André Dussollier, Dominique Blanc et Maria Schneider, dans les seuls rôles fictifs. Blier évoque un certain cinéma gouailleur qui semble pour lui exclusivement masculin.

Arditi, Brialy, Brasseur, Lonsdale, Serrault, Villeret, Yanne, Piccoli, Galabru, Frey, Dussollier, Rich… Les grands acteurs se succèdent, dans des saynètes tantôt drôles, tantôt lourdingues, tantôt loufoques, plus ou moins profondes, plus ou moins réussies. L’apparition de Depardieu se résume à sa tête de motard coincée dans un panneau d’affichage après un accident. Ni fin, ni intelligent. Celle de Belmondo laisse perplexe : Blier le filme en idiot souriant qui répète en boucle « j’me suis marré, qu’est-ce que j’me suis marré ».

On retiendra finalement plus la place laissée aux morts : Pierre Brasseur et Bernard Blier, que leurs fils respectifs (Claude et Bertrand) réussissent à joindre par téléphone. Un peu facile, mais plutôt émouvant. Surtout, l’hommage rendu à Gabin et Ventura, dont on ne voit que les chaises vides, jusqu’à l’apparition du dernier des Siciliens, Delon, superbe et magnétique : « Va falloir vous démerder avec ce qu’il reste, les gars ! »

Il est quand même immense, ce Delon-là. Avec lui, qui apparaît dans une nuit de cinéma, c’est toute une tradition du cinéma français qui revit l’espace de quelques secondes : celle de Gabin et Ventura donc, mais aussi celle du Melville du Samouraï. Les Acteurs est un film très inégal, mais après cette courte scène-là, j’ai envie de paraphraser Marielle : « Regardez bien mes yeux, je crois qu’ils sont humides. »

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