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Archive pour la catégorie '2000-2009'

Le Renard et l’enfant – de Luc Jacquet – 2007

Posté : 20 mai, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, JACQUET Luc | Pas de commentaires »

Le renard et l'enfant

Après La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet signe une nouvelle ode à la nature, visuellement somptueuse. Pas vraiment un documentaire : s’il filme le règne animal dans ces forêts de l’Ain, c’est du regard d’une fillette qui noue une amitié improbable avec un renard, apprenant autant sur la nature que sur elle-même.

C’est émouvant, les images sont magnifiques, les sentiments sont beaux, et nobles. C’est digne de Disney, c’est d’ailleurs Disney qui distribue le film. Mais Jacquet ne tombe pas pour autant dans la facilité, ou dans l’émotion trop téléphonée. Cette amitié, si mignonne soit-elle (et ils sont très mignons, le renard comme l’enfant), est teintée d’une certaine brutalité. Moralité : si mignons soient-ils, un animal sauvage et un enfant ne sont pas faits pour être amis.

C’est dit, c’est bien mignon pour une soirée de confinement en famille. Et à défaut d’être franchement emballés par cette amitié, au moins est-on subjugués par la beauté des images, et par le défi que mettre en scène de tels personnages (renards, loups, hérissons, lynx…) représente.

Munich (id.) – de Steven Spielberg – 2005

Posté : 3 avril, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, SPIELBERG Steven | Pas de commentaires »

Munich

Spielberg est un sprinter. Depuis les années 90, il a cette drôle de tendance à enchaîner les projets très différents à un rythme effréné, avant de reprendre son souffle pendant deux ou trois ans. Comme de spectaculaires à-coups qui lui permettent de livrer toute la complexité de son inspiration.

En l’espace d’un an seulement, Spielberg a signé une comédie (Le Terminal), un film apocalyptique grandiose (La Guerre des mondes), et une plongée austère et réaliste dans le monde troublé des années 70, marqué par la violence qui déchire (encore et déjà) Juifs et Palestiniens.

Il y a des points communs entre ces trois films (trois réussites, chacun à leur manière), à commencer par le thème de l’innocence perdue, et celui de l’homme de plus en plus seul dans un monde qu’il ne comprend plus et qui lui devient hostile. Soit. Mais ces films résument bien le champ d’inspiration de Spielberg, la facilité qu’il a de passer d’un genre à l’autre, d’un ton à l’autre, d’une époque à l’autre.

Ardent défenseur de la cause juive avec Schindler, Spielberg a un premier grand mérite avec Munich : il ose prendre ses distances, et signe un film beaucoup plus nuancé, qui par conséquent déplaira autant aux Israéliens qu’aux Palestiniens. Partant d’une tragédie, la prise d’otage et l’assassinat de onze représentants de la délégation israélienne aux JO de Munich en 1972, Spielberg ne signe ni un film historique, ni un vrai suspense, mais un film sur la violence et ses conséquences. Personne n’en sort vainqueur.

Après cet attentat meurtrier, la première ministre Golda Meir a décidé la mise à mort des onze responsables de cet attentat. C’est leur traque par un jeune agent inexpérimenté du Mossad et ses hommes tout aussi novices en matière de tueries que le film raconte. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire, des exécutions sales et violentes, filmées avec une lumière pisseuse et blafarde. Rien de romantique, vraiment…

Sans doute le film est-il discutable d’un point de vue historique. On peut aussi trouver ici et là quelques effets faciles comme Spielberg, parfois, ne peut s’empêcher d’en glisser : la voiture mystérieuse et menaçante dans la dernière partie, aussi inutile et gênante que la scène de la douche dans La Liste de Schindler. Mais Munich est surtout un film admirablement construit, l’œuvre d’un cinéaste qui maîtrise son art avec une extrême modestie.

C’est un monde de mensonge et de violence larvée que raconte Munich, avec ses personnages qui semblent se débattre pour ne pas s’y noyer. Eric Bana est très bien, avec son physique falot, ballotté par l’Histoire. Et puis Kassovitz, Ciarán Hinds…, et Daniel Craig, dans son dernier rôle pré-Bond, que l’on voit très curieusement se transformer au fil de l’histoire, gagnant une carrure et une intensité qui sont déjà, in fine, celles de 007.

Les Acteurs – de Bertrand Blier – 2000

Posté : 31 mars, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, BLIER Bertrand | Pas de commentaires »

Les Acteurs

Les Acteurs pourrait n’exister que pour sa première scène, superbe. Jean-Pierre Marielle (le vrai) y est dans un restaurant et réalise que le serveur ne l’entend pas lorsqu’il demande un pot d’eau chaude. Et c’est toute la truculence et la grandeur de ce type à la voix si forte, qui panique à l’idée de ne plus être entendu. Terrible angoisse, pour un acteur. Et grande interprétation pour Marielle, dont le drame sera le fil rouge de ce film construit sur le principe du fil que l’on tire, sans lien logique entre les scènes.

C’est aussi un hommage un peu vachard à cette drôle de profession que signe Bertrand Blier ici. Ses acteurs, hallucinante distribution qui réunit toute une famille du cinéma français, sont des hommes bourrés de névroses et de défauts, et très égocentrés. Pas de femmes ici, si ce n’est Balasko… dans le rôle d’André Dussollier, Dominique Blanc et Maria Schneider, dans les seuls rôles fictifs. Blier évoque un certain cinéma gouailleur qui semble pour lui exclusivement masculin.

Arditi, Brialy, Brasseur, Lonsdale, Serrault, Villeret, Yanne, Piccoli, Galabru, Frey, Dussollier, Rich… Les grands acteurs se succèdent, dans des saynètes tantôt drôles, tantôt lourdingues, tantôt loufoques, plus ou moins profondes, plus ou moins réussies. L’apparition de Depardieu se résume à sa tête de motard coincée dans un panneau d’affichage après un accident. Ni fin, ni intelligent. Celle de Belmondo laisse perplexe : Blier le filme en idiot souriant qui répète en boucle « j’me suis marré, qu’est-ce que j’me suis marré ».

On retiendra finalement plus la place laissée aux morts : Pierre Brasseur et Bernard Blier, que leurs fils respectifs (Claude et Bertrand) réussissent à joindre par téléphone. Un peu facile, mais plutôt émouvant. Surtout, l’hommage rendu à Gabin et Ventura, dont on ne voit que les chaises vides, jusqu’à l’apparition du dernier des Siciliens, Delon, superbe et magnétique : « Va falloir vous démerder avec ce qu’il reste, les gars ! »

Il est quand même immense, ce Delon-là. Avec lui, qui apparaît dans une nuit de cinéma, c’est toute une tradition du cinéma français qui revit l’espace de quelques secondes : celle de Gabin et Ventura donc, mais aussi celle du Melville du Samouraï. Les Acteurs est un film très inégal, mais après cette courte scène-là, j’ai envie de paraphraser Marielle : « Regardez bien mes yeux, je crois qu’ils sont humides. »

Les Infiltrés (The Departed) – de Martin Scorsese – 2006

Posté : 12 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Infiltrés

Internal Affairs était un excellent thriller hong-kongais sur l’éternel thème du double négatif. Scorsese en tire la matière pour un film très personnel, l’un de ses grands films de gangsters, tragédie douloureuse et violente qui s’inscrit finalement plus dans la lignée des Affranchis que dans celle du film dont il est le remake.

Scorsese va beaucoup plus loin dans la thématique du double, opposant systématiquement les trajectoires des deux flics : l’un renseignant un parrain de la mafia de Boston (Matt Damon), l’autre infiltré auprès du même parrain (Leonardo Di Caprio)… Plus le premier gravit les échelons de la police, plus l’autre s’enfonce dans une vie de violence, de solitude et d’aliénation.

Une opposition d’autant plus forte que ces deux là se retrouvent sur de nombreux points. Tous deux vont toujours plus loin dans le mensonge et dans la tromperie, poussés par une figure paternelle qui les dirige dans l’ombre : Jack Nicholson en mafieux glaçant, Martin Sheen en policier à la figure de père tranquille. Tous deux rêvent aussi de s’émanciper et de retrouver leur vraie identité. Et tous deux tombent amoureux de la même femme, Vera Fermagia.

On pourrait ajouter aussi que tous deux sont entourés d’hommes vulgaires et mal dégrossis, aux langages de charretiers. Et les flics ne sont pas les plus élégants : les joutes verbales entre Mark Whalberg et Alec Baldwin (oui, la distribution est éblouissante) sont d’ailleurs des moments étonnants, presque légers. En tout cas drôles et franchement réjouissants.

Scorsese est pourtant en mode sombre. Crépusculaire, même. La mort est omniprésente, et elle frappe fort, sans jamais être anodine. Sur le toit d’un immeuble, dans une cage d’ascenseur ou dans un entrepôt désaffecté, la mort est mise en scène avec une brutalité et une intensité hallucinantes.

Le film a valu un Oscar tardif à Scorsese. Le film de gangsters lui va décidément comme un gant, que ce soit la mafia italienne ou, comme ici, la mafia irlandaise…

The Yards (id.) – de James Gray – 2000

Posté : 7 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, GRAY James | Pas de commentaires »

The Yards

C’est toujours bon à prendre, deux heures de franche rigolade. Et en la matière, James Gray se pose un peu là !… Non ?… Non… Gray est un cinéaste immense, visiblement pas un clown. Avec lui, même un semblant de happy-end a des allures d’échec total.

Comme dans son premier film, Little Odessa (et comme dans le suivant, La Nuit nous appartient, qui bouclera une sorte de trilogie noire informelle), Gray parle de famille, de destin, de violence et de mort. De famille, il est question constamment, de ces liens du sang, du mariage ou de l’amitié qui sont plus forts que tout… sauf quand la réalité vous rattrape.

Bref, il est question de famille, mais il est aussi question de trahison, et surtout de destin, forcément tragique. Mark Whalberg, délinquant à peine sorti de prison et décidé à marcher droit pour se rattraper auprès de sa maman si triste (Ellen Burstyn, merveilleuse), passe ainsi le film à se noyer. Littéralement, et sans une goutte d’eau.

Un type bien, entouré de proches décidés à l’aider à tout prix… jusqu’à ce que leur propre vie se retrouve menacée : le meilleur pote Joaquin Phoenix (extraordinaire… bien sûr !), le « tonton » James Caan, et même la tante jouée par Faye Dunaway.

Le plus terrible dans cette histoire, c’est que les sentiments qui lient tout ce petit monde sont sincères. Le patriarche James Caan a vraiment un bon cœur, mais ce bon cœur cohabite avec un instinct de survie tout personnel et un beau sens de la corruption. Tout se serait idéalement passé pour Leo (Whalberg) s’il n’y avait eu cet incident…

L’incident, sans en dire trop, fait partie de ces moments dont James Gray a le secret. Dans ses trois premiers films, ces chefs d’œuvre noirs, la tragédie humaine est toujours ponctuée de séquences de suspense hallucinantes dont on se rend compte lorsqu’elles s’achèvent qu’on les a regardées le souffle coupé. Littéralement.

Appaloosa (id.) – de Ed Harris – 2008

Posté : 28 février, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, HARRIS Ed, WESTERNS | Pas de commentaires »

Appaloosa

Des hommes de loi, un tueur qui attend son jugement, une petite ville presque tranquille, des règlements de compte… Western très classique sur le papier, que signe Ed Harris. Mais l’acteur réalisateur réussit là un film dense et original, qui trouve sa propre voie malgré les références incontournables à Rio Bravo ou Impitoyable.

Il y a quelque chose du chef d’œuvre de Hawks dans les rapports entre le shérif (Harris) et son adjoint (Viggo Mortensen), basés sur une confiance absolue que l’arrivée d’une femme ne peut pas dépasser. Et il y a quelque chose du chef d’œuvre d’Eastwood dans la manière dont Harris filme les silences, les moments en creux.

Et il y en a beaucoup, des moments en creux, dans ce western de l’attente. La violence est sèche, et souvent rapide (les héros s’en étonnent eux-mêmes après le grand affrontement, digne de OK Corral). Mais elle ne fait que renforcer la beauté de ces longs moments où il ne se passe rien, ou si peu.

Des regards, des silences, des habitudes qui évoluent presque imperceptiblement, des petits sourires. Les personnages flirtent tous avec les stéréotypes pour mieux surprendre, que ce soit celui de Renée Zellweger, le tueur joué par Lance Henricksen, ou le grand méchant Jeremy Irons. Tous déjouent les idées toutes faites et surprennent.

Mais c’est le tandem Ed Harris / Viggo Mortensen qui fait de Appaloosa un western aussi réussi et intense. Entre ces deux acteurs se passe quelque chose qui dépasse de loin les mots. Des repères solides pour l’un et l’autre, dans un monde où rien n’est vraiment à sa place, ce que souligne formidablement l’utilisation de la (belle) musique signée Jeff Beal.

Time and Tide (Zhì qu weihu shan) – de Tsui Hark – 2000

Posté : 7 février, 2020 @ 8:00 dans * Polars asiatiques, 2000-2009, TSUI Hark | Pas de commentaires »

Time and Tide

Deux amis se retrouvent dans deux camps adverses, qui vont être amenés à s’entre-tuer : thème fondamental du polar, et notamment du polar hong-kongais. Ça paraît simple sur le papier, ça l’est pendant deux minutes à l’écran, et puis on perd le fil, et puis on le rattrape, on se raccroche… Et bientôt, on s’en fout.

On s’en fout parce que Tsui Hark lui-même se moque de son scénario, histoire simple sur la frontière ténue entre le bien et le mal, qu’il s’amuse à opacifier à l’extrême, par un montage elliptique et syncopé, et une voix off qui doit autant au film noir qu’à la rêverie sous acide…

On se moque du scénario, parce qu’on sent bien que Time and Tide est pour Tsui Hark l’occasion de faire tout ce qu’il n’a pas pu faire durant sa courte parenthèse américaine (deux films, deux Van Damme : Double Team et Piège à Hong Kong) : un pur film de mise en scène, avec des scènes d’action tellement virtuoses qu’elles frôlent l’abstraction.

Toute la première partie n’a qu’une raison d’être : nous diriger vers la deuxième heure du film, où tout n’est plus qu’action pure, longue séquence de suspense et de fusillades où Tsui Hark expérimente autour de l’art de la mise en scène. Encore que le terme « expérimente » est sans doute impropre, tant le cinéaste maîtrise parfaitement son sujet.

Lui qui s’amusait à nous perdre sur un scénario pourtant très simple rend cette fois limpide une action d’une complexité sidérante. Il joue sur l’espace comme personne, dans une fusillade impliquant des tas de personnages dans deux immenses immeubles en vis-à-vis.

La manière dont Tsui Hark maîtrise l’espace et les déplacements est impressionnante. Sans temps mort, il passe de ces immeubles, avec un mouvement tridimensionnel et notamment vertical, à une gare où tout n’est plus que déplacements horizontaux. Une rupture de style qui, loin de casse la logique du film, redonne du souffle à l’action.

Le choix des décors n’est pas anodin : il est la raison d’être de ces scènes, et de ces films. Qu’importe les raisons pour lesquelles les personnages arrivent dans ces lieux : seuls comptent les effets que Tsui Hark peut en tirer. Le combat au-dessus du stade, gratuit et virtuose, est la meilleur démonstration.

The Score (id.) – de Frank Oz – 2001

Posté : 6 février, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, DE NIRO Robert, OZ Frank | Pas de commentaires »

The Score

De Niro et Brando dans un même film… Ces deux monstres sacrés avaient partagé le même rôle (Don Vito, respectivement dans Le Parrain 2 et Le Parrain tout court), jamais la même affiche. Autant dire que ce face-à-face était excitant, surtout qu’une troisième génération alors très prometteuse s’invitait à la fête : Edward Norton, en pleine ascension.

Il y a une scène où, quand même, cette réunion est très enthousiasmante : lorsque Norton s’attable à côté de ses deux aînés. Là, on ne peut s’empêcher de se mettre à la place de ce jeune trentenaire et de se dire : Wouah ! Je joue dans la même cour que Robert De Niro et Marlon Brando !

D’autant plus impressionnant que c’est le tout dernier rôle de Brando, énorme et fatigué, qui fait des efforts louables pour rendre son personnage intéressant. Peine perdue : aucun des personnages ne l’est vraiment, intéressant. Ni surprenant, ni inquiétant, ni intense… Ou comment gâcher une incroyable réunion de talents, par un incroyable manque d’ambition.

Passées les quelques scènes de Brando, anecdotiques, The Score est un simple film de braquage, qui n’a ni l’élégance d’Ocean’s eleven, ni l’intensité de L’Ultime Razzia. Pas même inventif, encore moins excitant, avec des facilités scénaristiques énormes (la moindre difficulté rencontrée dans l’organisation du braquage est réglée d’un coup de téléphone) que les efforts de Frank Oz ne parviennent pas à faire oublier.

De Niro et Brando dans un même film ? A quoi bon, si c’est pour en faire un film de série aussi anonyme que celui-ci…

Burn after reading (id.) – de Joel et Ethan Coen – 2008

Posté : 2 février, 2020 @ 8:00 dans * Espionnage, 2000-2009, COEN Ethan, COEN Joel | Pas de commentaires »

Burn after reading

Une femme entre deux âges qui veut trouver l’argent nécessaire aux opérations de chirurgie esthétiques qu’elle veut faire. Un paranoïaque qui multiplie les maîtresses et s’effondre quand il découvre que sa femme le soupçonne d’infidélité. Un coach sportif bas du front, voire totalement crétin… Ces trois là, et quelques autres tout aussi gratinés, se croisent autour d’un CD trouvé dans un vestiaire, qui va aimanté tous les espions en poste à Washington, sans qu’aucun de ces derniers ne comprennent vraiment ce qui se passe.

On est chez les frères Coen, dans leur veine « les crétins sont des héros pas comme les autres ». Bref, dans leur veine George Clooney. Ou l’art d’élever la crétinerie et le n’importe quoi à un niveau exceptionnel. Il est rare, quand même, de voir des personnages aussi à côté de la plaque, aussi absurdes que ceux-là. A tel point qu’on frise par moments le pur foutage de gueule.

On frise seulement. Avec les Coen, ce grand n’importe quoi a toujours quelque chose de très humain, qui touche au coeur. Ou l’art, aussi, de nous faire prendre conscience qu’on a tous quelque chose de crétin et d’absurde. Les Coen, il est vrai, sont de grands directeurs d’acteurs. La preuve : même John Malkovich est très bien dans Burn after reading !

Pas aussi bien que George Clooney, Brad Pitt et Frances McDormand, mais très bien quand même, en ex-analyste de la CIA au fond du trou. Ce sont les personnages qui font tout le sel de ce sommet d’absurdité, eux et les situations, les dialogues souvent complètement inattendus, Frances McDormand l’air entendu devant un agent russe, Brad Pitt en costume un casque de vélo sur la tête, George Clooney qui va courir… Et la rencontre de ces deux derniers bien sûr, aussi brève que percutante.

… Du grand n’importe quoi élevé au rang d’art majeur !

Walkyrie (Valkyrie) – de Bryan Singer – 2008

Posté : 14 janvier, 2020 @ 8:00 dans 2000-2009, CRUISE Tom, SINGER Bryan | Pas de commentaires »

Walkyrie

Walkyrie, c’est l’opération menée par une poignée de dignitaires allemands en 1944 pour éliminer Hitler et négocier la paix avec les Alliés.
C’est aussi, d’une point de vue cinématographique, l’une des toutes dernières velléités manifestes de Tom Cruise de sortie du rôle d’action hero dans lequel il s’est enfermé depuis, avec une volupté gourmande et une réussite évidente, mais en se privant de rôles plus surprenants dans lesquels il excelle pourtant.

C’est le cas avec ce personnage du colonel Von Stauffenberg, officier mutilé sur le front africain, devenu le pilier de cet attentat contre le Führer, dont on sait évidemment qu’il va échouer (on n’est pas chez Tarantino).

On connaît la fin, donc, et elle n’est pas joyeuse. La question réside donc sur la manière dont Singer nous conduit jusqu’à cette fin tragique. Il y a une belle ambition dans ce film, mais aussi quelques limites.

L’ambition, c’est de nous emmener au cœur de ce complot, en restant constamment au plus près des personnages, privilégiant les doutes et les peurs individuelles au détriment d’une action plus globale et plus spectaculaire. Choix gagnant : il y a là une belle intensité, en tout cas dans le dernier tiers du film.

Mais le film a ses limites, donc. Sans doute aurait-il gagné à développer le background des personnages principaux, à les ancrer davantage dans une humanité plus quotidienne. Singer se concentre totalement sur son récit, complexe et finalement peu spectaculaire.
Il le sait, d’ailleurs. Et pour éviter l’ennui, il profite de la moindre occasion (un téléphone qui sonne, un officier qui entre dans une pièce et qui tarde avant de parler…) pour créer un suspense artificiel.

Des facilités, pour le coup, qui retiennent le film au niveau d’un honnête film de genre, efficace et prenant. Ni plus, ni moins. Un film qui marque aussi le début de la collaboration entre Tom Cruise et Christopher McQuarrie, scénariste qui deviendra son bras droit attitré, marquant la suite de sa carrière comme l’avait fait Robert Towne au début des années 90.

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