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Archive pour la catégorie '2020-2029'

L’Innocent – de Louis Garrel – 2022

Posté : 27 novembre, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, GARREL Louis | Pas de commentaires »

L'Innocent

Un petit vent de folie douce souffle sur cette comédie douce-amère, qui flirte allégrement avec le cartoonesque. Une scène illustre bien la manière dont Louis Garrel, devant et derrière la caméra, fait surgir le grotesque sans avoir l’air d’y toucher : son personnage (Abel, comme dans tous les films qu’il réalise lui-même) s’engueule avec sa meilleure amie (Noémie Merlant), et c’est dans un champ détrempé que ça se passe, les chaussures des deux amis s’alourdissant pas après pas de la terre qui colle aux semelles.

Le moment n’est pas drôle en soi : il y a même une vraie tension entre les deux personnages, qu’une tragédie commune relie et sépare en même temps. Mais ce détail absurde des deux amis qui s’enfoncent dans le champs (pourquoi dans les champs?) libère quelque chose chez le spectateur, comme si Louis Garrel nous autorisait à se moquer tendrement de ces personnages, tellement inspirés par sa propre histoire personnelle.

Abel, donc, est un jeune adulte un peu paumé, qui ne sait surtout plus quoi faire avec sa mère, pétillante sexagénaire qui a un cœur grand comme ça, et qui a développé une étrange habitude depuis qu’elle donne des cours de théâtre dans les prisons : elle y tombe amoureuse. Et là, ça a l’air bien sérieux avec ce braqueur repenti (« c’est fini tout ça ») qui s’apprête à retrouver la liberté pour mener une vie rangée, honnête, sans entourloupe…

Sauf qu’Abel n’y croit pas une seconde. D’abord, comment fait-il pour payer à sa mère une boutique en plein centre ville ? Alors il le suit, il l’espionne. Et c’est à un véritable jeu d’équilibriste que se livre Louis Garrel, devant et derrière la caméra, avec ce film original et très séduisant. Moins pour l’histoire que pour le ton, sorte d’équilibre impossible et pourtant tenu entre tragédie et burlesque, entre vérité et excès…

Il y a du Woody Allen dans cet équilibre-là, dans cet humour décalé, et dans cette manière de placer la notion de jeu et de théâtre au cœur de tout. Louis Garrel, chouette auteur : une révélation pour moi. Louis Garrel, grand directeur d’acteurs aussi. Bon… de grands acteurs, c’est vrai, mais son mérite n’en est pas moins grand : encore fallait-il aller chercher Anouck Grinberg, qui fait son grand retour après une panouille dans Les Volets verts. Quant à Roshdy Zemm, après Les Enfants des autres et avant son propre film Les Miens, c’est décidément son année….

EO (IO) – de Jerzy Skolimowski – 2022

Posté : 10 novembre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, SKOLIMOWSKI Jerzy | Pas de commentaires »

EO

Cinéaste rare, le Polonais Jerzy Skolimowski a remporté le Prix du Jury au dernier festival de Cannes, la fameuse « Palme du cœur ». Et du cœur, il y en a dans ce film vu par les yeux d’un âne, et inspiré du Au hasard Balthazar de Bresson, dont Skolimowski dit que c’est le seul film qui l’a fait pleurer dans sa vie.

Adopter le point de vue d’un animal… Rien à voir avec le Cheval de guerre de Spielberg, où le cheval est finalement avant tout une astuce scénaristique pour passer d’un lieu à l’autre, d’un personnage à l’autre. Skolimowski va beaucoup, beaucoup plus loin, faisant réellement de l’âne EO son personnage principal, et son narrateur. Et plus il va loin dans cette démarche, plus le film est beau.

EO raconte donc les tribulations de cet âne qui porte un regard totalement dénué de jugement mais plein d’incompréhension sur le monde qui l’entoure, alors que les hasard et accidents de sa vie l’amènent à traverser l’Europe. On le découvre dans un cirque ambulant, où il fait équipe avec une jeune femme qui le traite avec amour… et dont il est séparé par l’intervention de défenseurs des animaux.

Skolimowski est un défenseur des animaux, pas de doute là-dessus. Pourtant, on sent bien qu’il n’a pas une admiration sans borne pour ces militants qui privent son héros de l’affection de la jeune femme. Pas plus que pour qui que ce soit d’ailleurs. L’âne ne juge pas, mais on n’est pas bien sûr de pouvoir dire la même chose du cinéaste qui, à travers le regard de son drôle de héros, filme une humanité à peu près unanimement hostile.

C’est d’ailleurs quand l’âne s’enfonce au plus profond de la nature, belle et sauvage, que le film est le plus beau, le plus intense, le plus vivant même. Dans ces moments, le cinéaste radicalise son esthétisme, et nous entraîne dans une espèce de trip sensoriel sublime et fascinant, qui évoque les plus grands moments de David Lynch ou Bella Tarr. A ceci près que lui ose un décalage du point de vue vers le règne animal, ce qui est quand même assez audacieux.

Et convainquant, même si Skolimowski verse volontiers du côté de l’anthropomorphisme, jouant avec le regard et les réactions de son héros, et nous livrant des visions des souvenirs heureux de l’âne. Là, franchement, on pourrait faire la moue. Mais non : la sincérité du propos est telle qu’on se laisse embarquer par l’émotion, et qu’on finit par voir les retours réguliers à la civilisation, et à un style plus classique, comme l’irruption de dangers potentiels.

Il faut dire que l’humanité filmée par Skolimowski est gratinée : du violent, de l’aviné, du haineux… Qu’ils soient fermiers, pompiers, chasseurs, ou supporters de foot, la quasi-totalité des personnages humains du film ne font qu’utiliser les animaux ou les envoyer à la mort. Le film marque d’ailleurs par son utilisation très parcimonieuse de la violence, qui apparaît souvent sans qu’on s’y attende, brisant brutalement des moments de grâce ou de douceur.

Rares sont les personnages qui trouvent grâce aux yeux du réalisateur. Le jeune prêtre, peut-être, qui semble vouloir offrir à EO une retraite paisible, dans une espèce de havre de paix italien. Mais ce havre cache l’un de ces drames amoureux humains totalement incompréhensibles pour un animal comme cet âne, avec une Isabelle Huppert qui apparaît tardivement (et inutilement longuement, comme si Skolimowski voulait profiter de la participation de l’actrice), diva ramenant le jeune prêtre à un drame tristement banal.

Ne serait-ce que pour la forme, extraordinaire et rare, EO est une merveille. Et il y a un peu plus que ça : la vision délicieusement sincère d’un jeune cinéaste octogénaire, dont l’audace et la maîtrise de son art font un bien fou, comme un appel à tous les cinéastes du monde : osez, allez au bout de vos visions ! Skolimowski a 84 ans, et il a l’enthousiasme d’un jeune artiste sans le moindre cadre. C’est beau.

Les Enfants des autres – de Rebecca Zlotowski – 2022

Posté : 2 novembre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, ZLOTOWSKI Rebecca | Pas de commentaires »

Les Enfants des autres

Promis : je ne répéterai pas une fois encore que Virginie Efira est immense, qu’elle a ce talent rare (si rare) pour faire naître une émotion et son contraire dans le même instant, qu’elle est de la trempe d’une Vivien Leigh (j’ai vérifié : je ne l’ai déjà écrit que deux fois sur ce blog). Bref. Parlons du film plutôt. De ce film si beau et si pudique que porte une Virginie Efira si émouvante, bouleversante, intense et nuancée…

Bon. Virginie Efira est grande, c’est un fait. Et ce fait inspire visiblement les cinéastes les plus passionnants du moment. La preuve avec ce film si personnel de Rebecca Zlotowski, qui offre à l’actrice un rôle qui ressemble bien à un alter ego : une femme ayant dépassé la quarantaine qui vit une belle histoire d’amour avec un père divorcé (Roshdy Zem, magnifique), dont la fillette lui fait prendre conscience de son envie désormais urgente d’être elle-même mère.

L’influence ce Truffaut baigne cette chronique d’une histoire d’amour. Pas seulement dans cette façon d’ouvrir et de conclure chaque séquence « à l’iris », comme si chaque scène se terminait par la fin d’une journée et par l’arrivée du sommeil, soulignant ainsi le temps qui s’écoule implacablement (et ça a du sens). On retrouve aussi chez Rebecca Zlotowski la même manière quasi amoureuse de filmer ses acteurs, au plus près, dans ce qu’ils ont de plus intime, et pourtant sans jamais être impudique.

On n’a pas si souvent vu filmer aussi intimement la naissance non pas du désir, mais du sentiment : ces doigts qui se cherchent dans la nuit parisienne, puis ces corps nus qui s’enlacent dans une étreinte passionnée et tendre. Oui, tendre. Le sexe est beau dans ce film, et ça non plus, ce n’est pas si courant. Comme il n’est pas si courant de voir des corps nus filmés avec une telle délicatesse, sans fard mais sans voyeurisme.

Et puis il y a la fille de son amoureux, cette enfant à laquelle le personnage de Virginie Efira donne tout son amour, mais qui ne sera jamais vraiment sa fille, parce qu’elle a déjà une maman (Chiara Mastroianni, beau personnage et belle présence). Et cette relation là, cet amour là, est le vrai cœur du film. Quelle est la place de la belle-mère dans une famille recomposée ? Le thème n’a pas souvent été abordé au cinéma. Il l’est ici avec une intelligence et une vérité exemplaires.

Et Virginie Efira (voilà que je m’y remets) donne corps à toutes les nuances de cette relation, toute la complexité du rôle qu’elle tient dans cette famille. Elle est magnifique, donc. Toute en nuances, comme toujours, comme le résume cet unique plan la suivant, seule, dans la solitude d’une nuit parisienne. C’est d’amour, qu’il faut aimer cette actrice.

Ava (id.) – de Tate Taylor – 2020

Posté : 23 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, ACTION US (1980-…), TAYLOR Tate | Pas de commentaires »

Ava

Une tueuse à gages avec des états d’âmes… Non, ce n’est pas Luc Besson qui réalise. Ce n’est même pas lui qui écrit. D’ailleurs, il n’a rien à voir avec le film, et c’est plutôt une bonne nouvelle. Autre bonne nouvelle : c’est Jessica Chastain qui interprète ladite tueuse. Et comme elle est une actrice plutôt passionnante et surprenante, on évite les clichés les plus éculés.

Côté intrigue en revanche, rien de bien neuf : la tueuse, qui bosse pour une mystérieuse agence, se retrouve bientôt sur la liste des gêneurs à abattre par la même agence. Côté action, rien de bien neuf non plus. Elle est forcément super-forte à toutes les techniques de combats, armées ou à mains nues, et vous dézingue une mini-armée à elle seule, même en robe fendue (rouge pétant) et talons hauts.

Tout ça est filmé avec une vraie efficacité, et se regarde avec un certain plaisir vaguement absent. John Malkovich cachetonne sans trop cabotiner. Colin Farrell s’est fait une nouvelle coupe et nous offre quelques moments marrants et politiquement incorrects en impliquant son ado de fille dans ses affaires de meurtres. Geena Davis fait son retour dans un rôle assez réjouissant de maman indigne…

Il me semble avoir fait à peu près le tour. Après une journée de merde, et avec pleins de trucs dans la tête dont vous savez que vous ne pourrez pas totalement vous défaire, regarder Ava est une option tentante…

Entre la vie et la mort – de Giordano Gederlini – 2022

Posté : 20 octobre, 2022 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, GEDERLINI Giordano | Pas de commentaires »

Entre la vie et la mort

Un jeune homme se suicide en se jetant sous les roues d’une rame de métro. Le chauffeur n’a que le temps d’apercevoir le visage du malheureux : celui de son propre fils, qu’il n’a plus revu depuis des années. Beau point de départ pour un polar âpre et très ancré dans le réel, qui ne manque ni de bonnes intentions, ni de bons moments. L’une des belles idées aussi, est d’avoir fait du personnage principal, le conducteur rongé par la culpabilité et le besoin de comprendre, un immigré : un Italien solitaire, ayant fuit en France on ne sait quel passé.

Sans doute le film aurait-il d’ailleurs gagné en laissant planer le mystère des origines. La peinture de cet homme seul et déraciné, vivant dans un appartement sans charme dans un immeuble sans charme, luttant seul pour se rendre justice, était suffisamment forte pour se suffire à elle-même. Toute la première partie, assez opaque dans le fond mais remarquablement intense, est d’ailleurs très réussie, et passionnante. Et l’acteur espagnol Antonio De La Torre apporte ce qu’il faut de mystère et de rage ravalée à ce personnage d’écorché.

Parallèlement sa quête de vengeance, le réalisateur filme le travail de la police : une flique sur la corde (Marina Vacth) surveillée par son supérieur qui est aussi son père (Olivier Gourmet), plaçant définitivement le thème de la paternité au cœur du film. Un peu superflu pour le coup, surtout que cette relation père-fille là, si intense soit-elle, a un petit côté déjà-vu, et n’apporte pas grand-chose.

Dans sa dernière partie, le réalisateur chilien Giordano Gederlini verse aussi un peu dans les facilités qu’il avait soigneusement évitées jusque là, faisant de son polar très noir un revenge movie assez classique dans le fond. Toujours avec cette patte hyper-réaliste et très noire qui donne tout de même un liant à ce film qui esquisse trop de pistes pour être totalement convainquant.

Revoir Paris – d’Alice Winocour – 2022

Posté : 19 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, WINOCOUR Alice | Pas de commentaires »

Revoir Paris

Un attentat. Pas L’attentat. Pas tout à fait. Bien sûr, l’ombre pesante du 13 novembre est là, mais Alice Winocour fait un tout autre choix que la reconstitution fidèle des faits. Le bar où se déroule la tragédie est donc une sorte de condensé de toute l’horreur de ces tueries du 13 novembre. C’est un parti-pris fort, il y en a bien d’autres.

Le plus fort, sans doute, c’est de ne montrer non pas ce que le personnage principal a vu, mais ce dont elle se souvient. Le film, raconté à la première personne, commence pourtant au présent. Ce fameux soir de quasi-insouciance, où la légèreté semble être omniprésente. La caméra d’Alice Winocour capte cette légèreté par bribes, suivant le regard un peu absent de sa narratrice.

L’horreur surgit avec la soudaineté d’un coup de foudre. Ou plutôt d’une rafale. On n’en voit par grand-chose finalement, juste ce que le regard caché capte à travers la fumée, la poussière et les corps qui tombent. Et puis plus rien. « Après ça, je ne me souviens de rien » lance-t-elle en voix off, cette voix off qui reviendra régulièrement, plurielle, seules incartades hors du point de vue unique de cette femme au cœur des attentats.

Cette femme qu’incarne Virginie Efira avec la justesse et l’intensité dont je ne me lasse pas de vanter l’immensité. Une bonne fois pour toutes : elle est non seulement la plus grande actrice française du moment, la plus grande actrice tout court du moment, elle est aussi de l’étoffe d’une Vivien Leigh, capable comme elle d’incarner tous les degrés de la passion, de la légèreté ou de la douleur, avec une même justesse absolue. Bon. J’aime cette actrice, avec une ferveur que je n’avais plus ressenti depuis bien longtemps. Point.

Virginie Efira est donc de toutes les scènes, et elle incarne formidablement ce film, que la scénariste et réalisatrice bâti presque comme une enquête, mais dénuée de tout effet facile. En tentant de reconstituer les faits précis de cette soirée d’horreur, la jeune héroïne tente de se reconstruire elle-même. Et Alice Winocour évoque l’impossibilité de revenir en arrière, la rupture totale qu’un événement à ce point traumatique représente. Au fur et à mesure que les détails reviennent, tout ce qui a été la vie d’avant s’estompe pour disparaître.

Le mari impuissant, joué par Grégoire Colin, s’éloigne peu à peu, en même temps que le grand blessé joué par Benoît Magimel (décidément revenu au sommet) prend une place grandissante. Ce glissement se fait avec une délicatesse extrême. Délicatesse et pudeur : Alice Winocour marche sur le fil, mais ne glisse jamais, maintenant constamment cet équilibre de l’émotion, sans verser vers le larmoyant. Et avec quelques superbes idées narratives, comme cette visite en forme de retrouvailles devant les Nymphéas…

Revoir Paris est la première fiction inspirée par ces attentats du 13 novembre 2015. On pouvait raisonnablement craindre le pire, dans un cinéma français peu habitué à se pencher si tôt sur les traumatismes nationaux. Mais il y a une telle pudeur dans le traitement, et en même temps une telle envie de cinéma, que l’émotion qui s’en dégage, qui est immense (toujours le cœur serré au moment où j’écris ces lignes), n’est jamais mortifère.

Il y a une formidable soif de vie dans ce vie. Et la scène finale, dont je ne dirai rien ici, est d’une simplicité, d’une justesse et d’une beauté rares. Revoir Paris est extrêmement fort, mais c’est aussi un film qui vous réconcilie avec la vie, l’espoir et, oui, une certaine forme de légèreté.

El Buen Patrón (id.) – de Fernando León de Aranoa – 2021

Posté : 16 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, DE ARANOA Fernando León | Pas de commentaires »

El buen patron

Il serait parfaitement heureux, ce patron paternaliste, si des petits riens ne venaient pas gâcher la perfection qu’il mérite pourtant si fort… Parce que c’est quand même un type très bien : un patron qui aime ses employés comme ses propres enfants, un ami fidèle et dévoué, un bon mari qui s’autorise quelques liaisons parce qu’il en a bien le droit, juste pour ça. Bref, un type parfait. A ses propres yeux.

El Buen Patrón, comédie cynique et réjouissante, fait de ce patron plus que le personnage central : le véritable narrateur. Et comme il a les traits de Javier Bardem, et que l’acteur prend visiblement un plaisir fou à incarner ce personnage, eh bien le plaisir est totalement communicatif. Pas toujours aisé, encore moins politiquement correct, mais communicatif. Il est très drôle, Bardem, lorsqu’il affiche ce sourire complice et compréhensif alors que toute son existence ne tourne qu’autour d’une obsession : se débarrasser de tout ce qui vient troubler son existence.

Et c’est quand il s’apprête à être récompensé pour l’excellence de son entreprise que les emmerdes s’accumulent. Un employé gênant qu’il a écarté se met à manifester et à camper à l’entrée de la boîte. La jeune et jolie stagiaire qu’il met dans son lit s’avère être la fille d’un proche coupe d’amis. Et ce subalterne qu’il considère comme son meilleur ami depuis toujours finit par confronter sa propre vision de leur amitié avec la sienne. Et non, ça ne colle pas.

Fernando León de Aranoa filme ce qui ressemble à une véritable descente aux enfers, avec une ironie irrésistible, et avec des changements de tons parfois assez radicaux. Entre la farce frôlant avec le burlesque, et la critique sociale souvent acide voire violente, le film réussit à trouver un équilibre assez miraculeux, évitant constamment de sombrer de l’un ou l’autre côté. Jusqu’à la fin, immaculée et profondément cynique, et ce sourire d’un Bardem franchement grand.

Le Samaritain (Samaritan) – de Julius Avery – 2022

Posté : 3 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, ACTION US (1980-…), AVERY Julius, FANTASTIQUE/SF, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Le Samaritain

Stallone avait déjà flirté avec l’univers des comics, de son Judge Dredd de triste mémoire à son apparition dans Les Gardiens de la Galaxie 2. Mais c’est la première fois qu’il incarne un super-héros. Un passage à l’acte tardif : il a 75 ans, quand même, avec plus grand-chose à prouver mais de sérieuses difficultés à se renouveler.

Si sa carrière reste à flot, il le doit en grande partie à ses rôles incontournables, jusqu’aux récents Creed 2 et Rambo Last Blood. Mais à côté, rien ou si peu. Alors le voir dans un film un peu différent a de quoi réjouir ses fans. Surtout qu’on est loin des Marvel et DC qui peuplent les écrans ces dernières années : plutôt du côté du Incassable de Shyamalan, dont le film reprend l’approche réaliste.

Stallone incarne donc un vieil éboueur qui vit seul, comme coupé de la société, et qu’un jeune garçon du voisinage soupçonne d’être le Samaritain, un super-héros censé avoir péri dans un affrontement titanesque vingt-cinq ans plus tôt. Stallone en vieux héros fatigué de tout, accusant lourdement le poids des ans… C’est ce qu’il y a de plus réussi dans ce film plein de très bonnes intentions.

Ce qui ne suffit pas, évidemment. Ecrit avec une lourdeur impardonnable, souffrant d’un rythme bancal et de dialogues impossibles, Le Samaritain flirte bien trop souvent avec le grotesque pour ne pas laisser un goût amer. On voit bien ce que le film aurait pu donner avec un regard un rien plus délicat, et en s’attachant d’avantage à l’humanité de ce vieil homme revenu de tout. Mais en dehors de lui, les personnages sont dans le meilleur des cas assez peu crédibles, dans le pire franchement caricaturaux. Alors difficile de prendre au sérieux cette histoire qui voudrait l’être.

Quant au méchant, il renvoie à une tradition de bad guys qu’on croyait disparue depuis les années 1990, incarnation du mal sadique sans la moindre espèce de nuance. Ce qui est un peu dur à avaler dans un décor sans grand artifice qui se veut âpre et réaliste. Même limite pour le gamin, véritable héros du film mais ni crédible ni attachant.

Il y a tout de même une certaine générosité dans l’action, et une manière assez adroite de se débrouiller avec un budget qui semble limité. Et Stallone lui-même, dont la dégaine fatiguée et lourde sert parfaitement l’ambition du film. Reconnaissons aussi que c’est sans doute le meilleur film de super-héros qui ait fait son entrée dans ce blog depuis des années. Mais c’est vrai, il y en a peu.

Les Volets verts – de Jean Becker – 2022

Posté : 1 octobre, 2022 @ 8:00 dans 2020-2029, BECKER Jean, d'après Simenon | Pas de commentaires »

Les Volets verts

Deuxième adaptation de Simenon pour Depardieu cette année, et deuxième film en forme de bilan de santé. Qui ne s’est pas franchement amélioré depuis Maigret. Et plus encore que dans ce dernier, Les Volets verts semble mettre en scène Depardieu jouant Depardieu.

Le scénario (le dernier signé Jean Loup Dabadie) s’y prête évidemment : c’est l’histoire d’un acteur boulimique dans tous les sens du terme, enchaînant les tournages (et les pièces de théâtre) et les bouteilles de vodka. Et quand on ajoute un ancien amour qu’il ne parvient pas à se sortir de la tête et du cœur et que joue Fanny Ardant, l’ombre de La Femme d’à côté resurgit inévitablement. Celle du Dernier Métro aussi, dans le jeu de séduction entre les comédiens sur la scène d’un théâtre.

Ces ombres omniprésentes participent au charme du film. Ça ne va d’ailleurs pas beaucoup plus loin : Jean Becker filme cette histoire avec un regard qui oscille entre la sagesse et la mollesse. Et l’émotion ne pointe le bout de son nez que lorsque la balance penche du côté de la sagesse. Un long gros plan sur une très jeune femme avec qui l’acteur vieillissant a une relation platonique, au son de la chanson de Reggiani « Il suffirait de presque rien » (cliché sur le papier, joli et émouvant à l’écran). Ou la tendresse de Fanny Ardant dans ce qui ressemble à une scène d’adieu. Ou encore la belle complicité avec le meilleur ami joué par Benoît Poelvoorde (excellent).

Trop souvent hélas, on est plutôt du côté de la mollesse, et le film semble désincarné. Ce devrait être prenant et bouleversant. Ce pourrait être une sorte de variation sur le thème de La Fin du Jour de Duvivier, avec ces vieux comédiens incapables de raccrocher, et qui enchaînent des tournages qui paraissent de plus en plus miteux. L’émotion souvent ne fait qu’affleurer, mais il y a les acteurs. Même si les dialogues ne sont pas les plus fins de Dabadie, ils sont admirablement dits par l’impressionnante distribution. Depardieu en tête, intense et complexe, attachant et pathétique. Il est l’initiateur et la raison d’être de ce film.

As Bestas (id.) – de Rodrigo Sorogoyen – 2022

Posté : 25 septembre, 2022 @ 8:00 dans * Polars européens, * Polars/noirs France, 2020-2029, SOROGOYEN Rodrigo | Pas de commentaires »

As bestas

Voilà un grand film qui vous assomme littéralement. Quelle claque que ce film qui commence comme une chronique rurale sous tension, pour tendre vers le thriller le plus noir, puis vers le portrait sensible d’une richesse et d’une vérité folles. L’histoire se déroule en Galice, région rurale de l’Espagne, où un couple de Français s’est installé il y a déjà un bon moment pour donner un nouveau sens à leur vie.

La toute première scène nous happe littéralement, sans qu’on comprenne vraiment ce qui s’y dit, ni qui sont les personnages. Il est question du fils d’un homme du village, qu’on ne verra pas, et dont il ne sera plus jamais question. Mais entre les hommes attablés dans le petit bar miteux, le ton d’abord bon enfant se fait vite, mais imperceptiblement, plus tendu. L’un des hommes surtout, Xan, dégage une autorité naturelle. Une froideur aussi, cinglante, dont on sent qu’elle peut éclater en violence pure à tout moment.

Et soudain, cette violence, verbale, se dirige vers un autre personnage que l’on n’avait pas encore remarqué : « le Français », qui s’en allait discrètement et que Xan abreuve de sa hargne sans qu’on l’ait vraiment vu venir… Que se passe-t-il entre ces deux hommes, qui vivent à quelques mètres seulement l’un de l’autre ? Le film révèle ses mystères au compte-goutte, mais on sent d’emblée qu’il y a une animosité énorme entre eux.

Rodrigo Sorogoyen adopte le point de vue de ces deux Français, incarnés par Marina Foïs et Denis Ménochet, exceptionnels tous les deux. Il filme le sentiment d’oppression qui grandit chez eux, la peur qui finit par s’installer, le regard qu’ils portent sur ces voisins devenus une véritable menace pour eux. Ce point de vue est important, parce que c’est celui que le spectateur adopte comme une évidence.

Mais il instille à petits traits une vérité plus nuancée que celle que l’on pressentait. Et le trouble ne cesse de grandir, comme lors de ce face à face de la dernière chance, où les certitudes du Français Antoine semblent vaciller, parce que pour la première fois, il comprend un peu mieux celui qui lui bouffe la vie. Si le film est aussi fort, c’est aussi pour ça : pour ce refus du manichéisme, même lorsque l’irréparable est commis.

Xan, incarné par l’Espagnol Luis Zahera, est ainsi un personnage d’une complexité et d’une vérité extraordinaires. Et la perception qu’on en a évolue en cours de route, nous confrontant à nos propres certitudes autoproclamées. Le personnage de la fille du couple (Marie Colomb) incarne parfaitement cette difficulté à se mettre réellement à la place de ceux qu’on a face à nous, même quand ils nous sont propres.

Chronique d’un mode de vie qui tend à disparaître, thriller tendu, As bestas est aussi une belle histoire d’amour entre deux acteurs qu’on savait excellents, mais qu’on n’avait peut-être jamais vu aussi intenses. Denis Ménochet, dont la puissance physique contraste avec le regard troublé. Et Marina Foïs, dont l’apparente passivité initiale cache une détermination et une sensibilité mêlées. Deux grands personnages, pour deux grands acteurs.

Et puis il y a la manière dont le cinéaste filme son décor, ces grandes vallées de la Galice qui tranchent avec tous les stéréotypes sur l’Espagne. Une nature belle et spectaculaire, mais où la vie est rude, et où beaucoup rêvent d’une vie plus facile. Dans ce décor là, le choix de vie d’un couple venu d’ailleurs passe mal. Et les questions que cela pose pèsent sur le film sans que Sorogoyen n’apporte de réponse facile. Le film, en tout cas, trotte dans la tête des jours après l’avoir vu…

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