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Archive pour la catégorie '2020-2029'

Coup de chance – de Woody Allen – 2023

Posté : 3 novembre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, ALLEN Woody | Pas de commentaires »

Coup de chance

Jusqu’alors, quand Woody Allen venait tourner en France, c’était par amour pour la culture française, et particulièrement pour Paris. Cela donnait Tout le monde dit I love you et Minuit à Paris, deux de ses films les plus magiques. Aujourd’hui, il ne faut pas trop se faire d’illusion : s’il a tourné Coup de chance à Paris (et en français, une première), c’est parce qu’il est tricard en Amérique.

Et on sent bien qu’il n’y a pas la conviction qu’on trouvait dans ses précédents films parisiens. D’ailleurs, le film se passe à Paris, mais il aurait tout aussi bien pu se passer à Londres, à New York, à Barcelone, ou dans toute autre ville correspondant à son univers. C’est-à-dire très privilégiée, et pour le coup assez hermétique aux petits soucis du quotidien.

Dans Coup de chance, l’héroïne interprétée par Lou de Laâge travaille pour une agence de vente aux enchères (de luxe bien sûr), sans passion. Et elle est mariée avec un homme très riche (Melvil Poupaud, qui commence à se faire une habitude des maris toxiques), dont le métier est de faire gagner encore plus d’argent à des gens très riches, et qui la considère comme une « femme-trophée » (je n’invente pas, le terme doit être utilisé une demi-douzaine de fois). Même pas envie d’évoquer l’appartement dans le cœur de Paris, qui doit faire 200 m2…

Mais son rêve de jeunesse n’était pas d’être une femme-trophée. Elle avait des goûts simples, des envies banales. Un peu comme cet ancien camarade (Niels Schneider) qu’elle croise par hasard, et avec qui elle entame une belle histoire d’amour adultère. Sans doute aussi parce qu’il lui rappelle la femme simple qu’elle fut.

Lui est allée au bout de ses rêves, parce qu’il est resté un homme simple : un écrivain qui vit la bohême. Ce qui est beau avec le métier d’écrivain, c’est qu’on peut écrire n’importe où : à New York, à Londres, à Paris… Je n’invente toujours pas : c’est ce qu’il dit, dans son appartement parisien mansardé à faire pâlir d’envie les plus grands hommes d’affaire. Bref, la notion d’argent n’a pas cours chez Woody Allen.

Ce n’est pas tout à fait nouveau, ni un cas unique dans le cinéma, mais cela créer tout de même une distance un peu gênante avec le spectateur lambda, si cinéphile soit-il, et si admirateur du cinéma d’Allen soit-il. Quand apparaît le personnage joué par Valérie Lemercier (la mère de l’héroïne), vaguement snob et très attachée à un certain standing, on se dit qu’il y a là le début d’une vision critique de cette débauche de luxe. Mais non.

Bien sûr, le personnage de Melvil Poupaud est odieux (et très caricatural), dans sa manière d’étaler non pas sa fortune, mais sa réussite (la femme-trophée, toujours). Mais la critique sociale cède vite la place à un thriller franchement déroutant, avec un rebondissement choc qui plonge le film dans quelque chose d’inattendu, mais qu’Allen filme avec un détachement, voire une légèreté pour le moins troublants.

A partir de là, c’est avec un regard dubitatif et distant qu’on suit la fin du film, convaincu que cette fois, Woody avait bien perdu son mojo. Peut-être à cause de cette petite musique liée à la langue que l’on ne retrouve pas en français. Peut-être à cause de la bande son, jazzy, qui semble collée sur les images au hasard. Peut-être aussi à cause d’un scénario peut-être écrit à la va-vite. Allez savoir…

Et puis le lendemain, et puis le surlendemain, et puis les jours suivants (j’écris cette chronique une dizaine de jours après avoir vu le film), cette histoire trotte dans la tête, au lieu de disparaître comme on le pensait à la sortie de la salle. Déroutant, mais finalement un peu marquant. Coup de manche mériterait une séance de rattrapage.

La Petite – de Guillaume Nicloux – 2023

Posté : 24 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, NICLOUX Guillaume | Pas de commentaires »

La Petite

Dès les premières images, on sent qu’il se passe quelque chose dans ce film : des gros plans sur les mains d’un ébéniste d’art, qui retape de vieux meubles. Les gestes sont précis, l’ouvrage sent bon le bois noble. Ces mains, ce sont celles de Fabrice Luchini, que ces belles images présentent sous un jour qui semble inédit. Le voilà manuel, et taiseux, plus barbu que d’habitude, plus voûté aussi…

Quelques images seulement, et on sent le poids de la vie sur cet homme fatigué et peu aimable. Que l’on découvre apprenant la mort de son fils et du compagnon de ce dernier, victimes d’un accident d’avion. Lorsqu’il croise les proches des autres victimes, il paraît si froid, si lointain, si tourné vers lui-même : « J’aurais aimé qu’il s’intéresse », lance-t-il à propos de ce fils mort. « A mon travail, ajoute-t-il, j’aurais aimé qu’il entre dans mon atelier sans traîner les pieds. »

Il apparaît fragile, mais tourné vers lui-même, ce personnage, que Luchini incarne avec une retenue qu’on ne lui a peut-être jamais vue. Même son phrasé si singulier s’efface au profit d’une présence, d’une douleur renfermée, puis d’une intensité retrouvée, mais toujours contenue. Après le Guillaume Canet d’Acide, cette prestation là rappelle que notre bon vieux cinéma français : a) se porte bien ; b) peut compter sur quelques acteurs formidables.

Il est donc exceptionnel, Luchini, en homme vieillissant qui semble avoir démissionné de la vie depuis la mort de sa femme, mais qui relève la tête après la mort de ce fils qu’il avait d’une certaine manière déjà perdu. Lorsqu’il apprend que le rejeton et son mec attendaient un bébé, grâce à une mère porteuse en Belgique, il se met en tête de créer des liens avec le petit-fils à naître.

Au temps pour les préjugés qu’on a un peu vite fait de se forger : cet homme si détaché en apparence ne l’est finalement pas du tout. « Pardonne moi ma fille, je ne vais pas bien », lâche-t-il sans un trémolo, dans un élan de fragilité contenue dont la sobriété même est absolument bouleversante. Le voilà donc, seul, lancé sur la piste de cette mère porteuse qui ne l’attend pas, et n’attend rien de lui.

Un personnage étonnant, auquel la jeune Marie Taquin apporte un caractère explosif et sensible qui emporte tout… si ce n’est Luchini lui-même, avec qui se crée une relation complexe et magnifique. Comme celle entre Luchini et sa fille, jouée par une épatante Maud Wyler. Ou celle entre la mère porteuse et sa fille de 9 ans.

Pour Guillaume Nicloux, les relations humaines ne sont pas simples. Mais elles sont belles. La paternité n’est pas simple, non plus. Mais elle est belle. Sans esbroufe, et même avec une certaine austérité, Nicloux signe un film très beau, qui a tout pour plonger dans le pathos, mais qui se dirige constamment du côté de la lumière. Me voilà totalement sous le charme.

Acide – de Just Philippot – 2023

Posté : 23 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, PHILIPPOT Just | Pas de commentaires »

Acide

Sur le papier : un film de genre de série B à la John Carpenter, quelque part entre Fog pour le détournement de phénomènes naturels (le brouillard là, la pluie ici), et Invasion Los Angeles pour l’ancrage dans une réalité brûlante (la pauvreté grandissante là, le réchauffement climatique et la crise des migrants ici). A l’écran : un film de genre, oui ; une série B, oui ; mais un film qui impose d’emblée la signature d’un (jeune) cinéaste singulier, et très prometteur.

Ce n’est pas son coup d’essai : La Nuée (pas vu, encore) avait marqué les esprits. Avec ce deuxième long métrage, prolongement d’un court du même nom lui aussi remarqué, il creuse visiblement un sillon similaire. Le résultat est saisissant. Il l’est dès les premières secondes, qui nous plongent à coup d’images tournées au portable au cœur d’une manifestation syndicale qui tourne mal.

Just Philippot serait l’héritier de Stépane Brizé plutôt que celui de John Carpenter ? Non, bien sûr, mais ces premières images sont étonnantes, fortes, et plantent le décor d’un monde qui ne va pas super bien, et d’un héros, joué par Guillaume Canet, dont le mal-être a visiblement tourné à la colère explosive depuis longtemps.

Ces premières images permettent aussi un contraste spectaculaire, mine de rien : entre les images format portrait volées au portable, et l’écran très, très large qui apparaît lorsque le générique commence, plan soudain stabilisé sur une nature immense et déserte. Le calme avant la tempête. Parce qu’on la sent arriver cette tempête…

Il y a d’abord les commentaires captés à la télévision ou à la radio, au détour d’un dialogue entre le père divorcé et paumé joué par Canet (formidable, peut-être bien dans le rôle de sa vie) et sa fille, ado en rébellion incarnée par une fabuleuse Patience Muchenbach, dont le visage faussement impavide semble d’une profondeur infinie.

Il y a, surtout, la manière dont Philippot filme les nuages, l’eau qui goutte, des flaques qui se forment. Aucun effet facile, si ce n’est cette musique sourde qui renforce le malaise, mais ces plans qui semblent anodins ne le sont pas. Le cinéaste en fait des signes annonciateurs de la catastrophe, de la plongée dans l’horreur qui ne va pas tarder.

Elle explose lors d’un moment d’une intensité proprement hallucinante, course éperdue à travers bois où le danger vient du ciel, et le salut d’un cocon familial qui n’existe plus qu’en période de crise. L’intensité ne retombera plus. Sur un scénario qui évoque La Guerre des mondes de Spielberg, Canet le paumé se transforme en père désespéré prêt à tout pour sauver sa fille.

Le film dépasse largement les codes du survival classique. Film de genre enthousiasmant, Acide pousse à son extrême la logique d’un monde confronté au changement climatique (encore que la marche n’est pas si haute), et renverse habilement le point de vue de la crise migratoire (comme Spielberg l’avait fait, d’ailleurs). Pur plaisir de cinéma et pamphlet brûlant, ce n’est pas si courant.

Au-delà de son intensité folle, Acide regorge d’images qui marquent durablement la rétine, comme ces deux chevaux fumant qui sortent de la brume, vision cauchemardesque admirablement mise en scène. Il y en a beaucoup d’autres, jusqu’à une conclusion particulièrement puissante, qui vous laisse exsangue.

Un coup de maître – de Rémi Bezançon – 2023

Posté : 18 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, BEZANCON Rémi | Pas de commentaires »

Un coup de maître

Avec Un coup de maître, Rémi Bezançon fait un peu ce qu’il avait fait avec le milieu littéraire dans son précédent film, Le Mystère Henri Pick : plutôt que de filmer la création artistique elle-même (ce qui peut être passionnant, ou casse-gueule selon le talent que l’on a), c’est le microcosme culturel qu’il raconte, à la fois cri d’amour pour les artistes et jeu de massacre pour ceux qui les entoure.

Ce dernier aspect n’est pas le plus léger ni le plus convainquant. En surjouant le cynisme du critique d’art, ou le snobisme d’une patronne de galerie qui n’expose que des cochons, Bezançon fait plus que flirter avec la caricature : il s’y vautre allégrement. D’une manière générale, le film souffre (un peu) de seconds rôles un peu trop monochromes. Ce qui finalement n’est pas très gênant.

Ce n’est pas gênant, parce que la seule chose qui compte vraiment dans Un coup de maître, c’est la relation qui unit le peintre joué par Bouli Lanners, et son galeriste et ami joué par Vincent Macaigne. Deux hommes très différents : le premier incapable de se plier aux exigences du marché et aux normes sociales, le second ancien artiste dont le job consiste justement à avoir une intelligence sociale pour trouver une place dans le marché de l’art.

Et ils sont formidables, ces deux là, drôles et touchants dans le même mouvement. C’est leur amitié qui est au cœur du film, et qui prend toute sa place dans cette saillie sublime d’un Macaigne qui, sans changer de ton ou à peine, passe du discours le plus diplomate à la pure agression verbale face à un critique incapable de voir la beauté du geste artistique.

La beauté du film ne repose que sur eux deux, Macaigne et Lanners, sur leur singularité et sur la manière dont leurs deux univers si opposés a priori se retrouvent autour d’une même douceur, d’une même aspiration à la pureté. Un coup de maître ne l’est pas (un coup de maître) : il aurait fallu un cinéaste d’une autre dimension pour rendre justice à la belle idée du tableau qui ouvre et referme le film. Mais pour son duo d’acteurs, et pour la douce naïveté du propos…

Barbie (id.) – de Greta Gerwig – 2023

Posté : 17 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, GERWIG Greta | Pas de commentaires »

Barbie

Drôle d’idée, quand même, de faire de la plus iconique des poupées l’héroïne d’un long métrage. Drôle d’idée aussi de faire de cette image caricaturée à l’extrême de la femme le sujet d’un film qui revendique son féminisme.

Bonne idée, en revanche, d’en confier les rôles principaux à Margot Robbie, l’actrice la plus hype du moment (et à l’origine du projet) et Ryan Gosling, hilarant dans le rôle d’un Ken dont le seul but dans la vie est d’obtenir un regard de Barbie…

Enfin, ça c’est jusqu’à ce que ces deux-là découvrent le vrai monde : un monde construit autour des hommes, qui donnent des idées de domination à Ken. Ou comment renverser les situations pour pointer du doigt le patriarcat et le machisme.

L’idée est belle, Greta Gerwig s’amuse visiblement beaucoup à filmer tout ça, et on y prend d’ailleurs un authentique plaisir.

Mais il faut aussi bien constater que la charge féministe est à peu près aussi puissante et originale que ce pamphlet anti-dictature qu’est Le Schtroupfissime.

On s’amuse, et même franchement, du monde parfait de Barbieland (« aujourd’hui est un jour parfait. Comme hier. Et comme demain ! »). Le sourire parfait et les abdos saillants de Margot Robbie et Ryan Gosling sont assez irrésistibles.

Bref, Barbie est une comédie plaisante, et plutôt intelligente qui multiplie les références cinématographiques (à commencer par 2001 dans la séquence d’ouverture). Mais côté féminisme, on a vu plus radical…

Et puis ce film, qui peut être vu comme une manière de moquer l’image stéréotypé de la femme sur laquelle Mattel s’est fait un fric fou, est produit et supervisé par Mattel… qui s’est fait un fric fou, et prévoit déjà d’adapter d’autres jeux en films. Histoire de se faire encore du fric fou. Côté dynamitage du système, on a vu révolutions plus radicales…

Anatomie d’une chute – de Justine Triet – 2023

Posté : 16 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 2020-2029, TRIET Justine | Pas de commentaires »

Anatomie d'une chute

Même avec trois premiers films formidables, Justine Triet ne nous avait pas préparé à ce chef d’œuvre qui semble d’une profondeur infinie, et d’une précision implacable. Son grand œuvre en quelque sorte, dont l’ambition est affichée dès le titre, qui évoque bien sûr le chef d’œuvre d’Otto Preminger Autopsie d’un meurtre, autre film où l’enquête et le procès servent à décortiquer les méandres mentales et relationnelles d’un accusé.

Avec cette complexité supplémentaire qu’il ne s’agit plus d’un meurtre, mais d’une chute, celle d’un homme dans un chalet isolé des Alpes. Est-ce un accident ? Un suicide ? Ou sa femme l’a-t-elle poussé ? De ce doute naît le récit, qui s’éloigne bien vite de la simple enquête de police. Justine Triet nous y introduit par le point de vue du fils du couple, un enfant malvoyant qui n’est témoin de la scène que par des sons, des sensations, et des certitudes. Belle idée qui permet au spectateur de s’immerger dans cette atmosphère pleine d’incertitudes en se reconnaissant dans la douleur de ce garçon (Milo Machado-Graner, d’une justesse et d’une profondeur parfaites, qui évite toute la mièvrerie des enfants acteurs).

Parce qu’il est difficile de s’attacher au personnage de la mère, géniale Sandra Hüller, qui semble si froide, si détachée, si à côté de sa douleur. Elle est pourtant, dans tous les sens du terme, le cœur du film : c’est autour d’elle, de cette froideur apparente, mais aussi de sa dignité et de sa liberté revendiquée, que Justine Triet construit son film avec intelligence.

Le récit, et le procès, représentent une sorte de cheminement vers la vérité intime de cette femme, et du couple qu’elle formait avec la « victime ». Et toutes les velléité de résumer le film à un thriller finissent par s’effondrer, comme l’argumentation d’un procureur qui cherche constamment à enfermer le drame dans une notion de Bien ou de Mal.

Justine Triet va bien au-delà. Elle dessine le portrait fascinant, émouvant et puissant d’un couple toxique au-delà de tous les clichés. Difficile d’en dire trop sans déflorer les surprises, belles et nombreuses. Mettons juste que Justine Triet plonge au plus profond de l’âme humaine pour en tirer la vérité la plus intime.

C’est aussi le portrait féministe d’une femme libre, celui d’une enfance bousculée, celui d’une justice défaillante, d’une police limitée, et d’un système médiatique qui s’emballe. C’est encore une histoire d’accomplissement, de déracinement. C’est enfin une grande leçon de cinéma, qui ne la ramène jamais avec des effets facile. C’est aussi la consécration d’une très grande directrice d’acteurs. C’est bien simple : même le chien est juste, et vrai.

Oppenheimer (id.) – de Christopher Nolan – 2023

Posté : 15 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, NOLAN Christopher | Pas de commentaires »

Oppenheimer

On ne peut pas lui enlever ça : Christopher Nolan est un cinéaste ambitieux, qui a envie de tirer le blockbuster américain vers le haut. Et il y réussit évidemment, d’une manière même assez éclatante. Avec Oppenheimer peut-être encore plus qu’avec ses films précédents : parce que l’histoire est authentique, et que son récit est strictement cantonné dans les limites de ce qu’on appelle la réalité. Et parce que derrière le biopic se cache une réflexion sur la responsabilité assez passionnante.

Et comme le film a cartonné, quitte à en remontrer à la plupart des films franchisés de l’été, on ne peut que s’en réjouir. Surtout qu’Oppenheimer est un film très réussi, visuellement impressionnant, et porté par un Cillian Murphy qui gagne enfin ses galons de tête d’affiche après des tas de seconds rôles chez Nolan, et qui s’avère la meilleure idée d’un film qui n’en manque pas. Loin de Peaky Blinders, Murphy, grands yeux profonds et moue troublante, apporte une complexité infinie au personnage d’Oppenheimer.

Mais Nolan a, depuis que The Dark Knight a fait de lui le chevalier blanc du blockbuster d’auteur à haute portée psychologico-philosophique, une forte tendance à se prendre au sérieux. C’est souvent très convainquant dans les images, mais parfois pompeux dans l’écriture. Ou l’inverse. Inception et Interstellar notamment, films formidables d’une certaine manière, avaient marqué les limites d’un cinéaste qui se rêve en néo-Kubrick alors que son talent est ailleurs : dans sa manière de mettre en image des sensations, des perceptions.

Ses défauts et ses qualités sont particulièrement frappants dans Oppenheimer, film assez brillant, intense, impressionnant et souvent fin, qui chausse parfois de gros sabots et complexifie inutilement le récit, en ajoutant un suspense qui n’apporte rien au fond, et qui finit même par prendre le dessus dans la dernière partie, autour du personnage (très convaincant par ailleurs) de Robert Downey Jr.

Cette intrigue-là aurait pu être au cœur d’un autre film. Ici, elle donne le sentiment que Nolan veut toujours en donner plus. Oppenheimer aurait sans doute gagné à se recentrer sur le parcours mental et intellectuel du père de la bombe atomique, sur ses dilemmes moraux. Cette partie là, qui constitue le cœur d’un film au récit chronologiquement éclaté, est passionnante… mais plombée dans ses moments les plus spectaculaires (le grand essai dans le désert, la conférence de l’après-Hirochima) par une utilisation assourdissante du son.

C’est un autre travers auquel Nolan a tendance à céder : la tentation du trop plein, de la surenchère. Chez lui, les effets visuels sont souvent énormes, quitte à frôler le trop plein (la ville qui se retourne dans Inception). Ici, ils sont particulièrement réussis, peut-être parce que Nolan jure ne pas avoir eu recours aux effets numériques, tous les effets visuels ayant été réalisés « pour de vrai » devant la caméra. En revanche, c’est le son qui est ici énorme, et finit par tout dévorer, recouvrant la force des images et l’incarnation de Murphy.

Reste que dans le paysage général des blockbusters hollywoodiens, celui-ci a franchement belle allure. On fait la fine bouche, comme ça, parce qu’on sent bien que Nolan a les moyens de réussir d’authentiques grands films. Mais que pour ça, il lui faudrait peut-être renoncer à sa tentation de l’excès et du trop-plein.

Stillwater (id.) – de Tom McCarthy – 2021

Posté : 5 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, McCARTHY Tom | Pas de commentaires »

Stillwater

Un film américain dont l’action se passe à Marseille et qui ne met pas en scène le Vieux Port ne peut pas être foncièrement mauvais. Un peu comme un film américain qui se passerait à Paris et qui ne s’ouvrirait pas sur douze plans de la Tour Eiffel. Ou un film catastrophe dans lequel un chien périrait. Ou… Enfin vous voyez : sans doute le petit signe d’une volonté d’authenticité.

Et de ce côté à, Stillwater tient toutes les promesses de ses premières scènes. Marseille a rarement été filmé aussi longuement et avec un tel sentiment de vérité, en tout cas devant la caméra d’un Américain, que dans ce faux thriller dont le titre laissait penser, allez savoir pourquoi, à un film-enquête dans la lignée de Spotlight, le précédent opus de Tom McCarthy.

On n’y est pas du tout, même si Stillwater est également inspiré d’une histoire vraie : le destin d’une jeune Américaine condamnée à une lourde peine de prison pour le meurtre d’une Européenne. Une simple inspiration, en fait, tant McCarthy, qui portait le projet depuis des années, prend de larges libertés avec le fait divers authentique.

Son film se base avant tout sur le père de la jeune femme : un pur Américain dans ce qu’il a de plus moyen. Père célibataire, accent à couper au couteau, fervent catholique, ouvrier du pétrole et du bâtiment, défenseur du port des armes… Un pur produit de l’Amérique profonde, presque un cliché, à ceci près que ce genre de personnages est rare au cinéma, en tout cas dans un rôle de premier plan.

Là, il a les traits de Matt Damon, absolument formidable, qui rend bouleversant ce type un peu bas du front, brut de décoffrage, qui débarque dans une ville dont il ne connaît ni les coutumes, ni la langue. Un type qui est passé par tous les excès, qui a visiblement détruit à peu près tout ce qu’il avait, et qui essaye désespérément et avec l’habileté d’un bulldozer de faire ce qu’il faut pour sa fille. En l’occurrence la sortir de taule en prouvant son innocence.

Le côté thriller ne tient pas longtemps : dès qu’un vague suspense se met en place, McCarthy s’amuse à le torpiller pour se concentrer sur l’essentiel, la déroute de cet homme, et ce soudain espoir qui prend la forme d’une Française, « une sorte d’actrice », jouée par Camille Cottin, qui lui ouvre des horizons inattendus. Et beaucoup d’émotion, jusqu’à une dernière phrase, un dernier regard, magnifiques.

Mission Impossible : Dead Reckoning, part 1 (id.) – de Christophe McQuarrie – 2023

Posté : 4 octobre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, ACTION US (1980-…), CRUISE Tom, McQUARRIE Christopher | Pas de commentaires »

Mission Impossible Dead Reckoning part 1

Le sentiment que me procure la saga Mission Impossible ne fait que se renforcer depuis que Christopher McQuarrie est devenu le yes-man de Tom Cruise : voilà bel et bien et définitivement les films d’action les plus ébouriffants et les plus enthousiasmants qui soient, mais quand Cruise redeviendra-t-il cet acteur qui savait surprendre et se mettre en danger ?

Ce sentiment est d’autant plus fort que cet épisode 7 (ou plutôt 7A, avant la sortie du 7B l’été prochain) a beau être jouissif comme aucun autre film d’action depuis Fallout, il donne pour la première fois l’impression de ronronner, en citant d’autres films de la saga : la tempête de sable de Ghost Protocole notamment, mais surtout le premier opus, dont on retrouve un personnage oublié depuis, celui de Kittridge (« Kittridge, you’ve never seen me very upset ! »).

On pourrait voir ça comme une manière de boucler la boucle, cette mission en deux films ayant été annoncée un temps comme un ultime baroud pour Ethan Hunt (mais Cruise semble être revenu depuis sur ses bonnes intentions… peut-être que le box-office en demi-teinte lui fera entendre raison après tout). Mais cela sonne surtout comme une incapacité à se réinventer, comme si, presque trente ans après, on avait fait le tour.

Il faut dire aussi que la saga n’avait pas été conçue comme la série cohérente qu’elle est devenue sous la houlette de JJ Abrams, puis McQuarrie, mais comme une sorte d’anthologie qui consisterait à confier chaque épisode à un cinéaste à la personnalité forte, chacun devant réinventer le personnage de Hunt, et la manière de filmer l’action. En cela, le très mal aimé épisode 2 signé John Woo reste sans doute le plus radical de tous les films de la série…

Avec McQuarrie, on est loin de ces audaces. Et Cruise s’enferme de plus en plus dans un processus de surenchère qui ne peut pas être sans fin. Comment pourrait-il aller plus haut que le Burj Khalifa ? Comment pourrait-il faire plus dangereux que s’accrocher à un avion cargo qui décolle ? Le plus beau, c’est qu’il y arrive encore, avec une poignée de séquences hallucinantes…

Deux d’entre elles, surtout, marquent les esprits. La plus immersive : celle où, à moto, il saute d’une falaise avant d’ouvrir son parachute, séquence filmée au plus près de l’acteur-cascadeur, assez incroyable. La plus inventive : celle où Hayley Atwell et lui traversent à la verticale les wagons d’un train accroché dans le vide, moment de suspens assez classique sur le papier, mais totalement réinventé à l’écran.

Mais même ces moments exceptionnels, si bluffants soient-ils, n’arrivent plus à totalement nous surprendre. Un peu sur le principe : oui, c’est dingue, mais on n’en attend pas moins… La saga continue à innover, à repousser les limites, mais une sorte d’habitude s’est installée, qui est le signe qu’il serait peut-être temps de passer à autre chose.

Un autre signe que Cruise s’installe dans une logique routinière très personnelle : on avait déjà remarqué qu’il ne mangeait jamais, mais voilà qu’il est désormais totalement désexué, franchissant encore une étape dans ce sens après Top Gun : Maverick. Ça n’a pas toujours été le cas : il y avait une certaine sensualité dans les rapports de son personnage avec Emmanuelle Béart ou Thandie Newton, dans les premiers films. Ici, pas le moindre trouble manifeste entre Hunt et le personnage joué par Hayley Atwell.

Personnage que l’on découvre ici, et qui prend d’emblée une importance centrale, repoussant au second plan celui autrement plus passionnant, et troublant, de Rebecca Ferguson, qui était pourtant le plus enthousiasmant des derniers épisodes. Comme si ce personnage dirigeait la saga vers des zones plus incertaines dont le duo Cruise/McQuarrie ne voulait pas.

La grande originalité du film, c’est sans doute la nature du grand méchant. Et ce grand méchant, ce n’est pas le personnage dangereux et (encore) mystérieux d’Essai Morales, sorte de nemesis de Hunt dont le prochain film nous dévoilera sans doute les secrets. Non, le grand méchant est… une intelligence artificielle, plongeant la saga dans une actualité qui, pour le coup, est assez troublante.

C’est sans doute la première fois que j’écris une chronique aussi négative sur un film qui, finalement, m’a procuré tant de plaisir. Voilà toute l’ambivalence de la carrière récente de Tom Cruise, acteur dont je ne me lasserai jamais de revoir les grands films, d’Eyes Wide Shut à Collateral, acteur dont j’attends chaque nouveau film d’action avec impatience (et Dead Reckoning Part 2 ne fera pas exception), mais acteur qui, à 60 ans bien tapé, pourrait peut-être enfin se réinventer ?

Marlowe (id.) – de Neil Jordan – 2022

Posté : 1 octobre, 2023 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, JORDAN Neil | Pas de commentaires »

Marlowe

Plutôt excitant de revoir le cinéma américain s’intéresser à Philip Marlowe, grande figure de la grande époque du film noir immortalisé par Dick Powell, Robert Montgomery et surtout Humphrey Bogart, et qu’on n’avait plus revu depuis le remake du Grand Sommeil avec Robert Mitchum.

Plutôt excitant, aussi, de savoir que c’est Liam Neeson qui enfile l’imper, rappelant qu’avant de se perdre dans des actioners interchangeables, le gars s’était illustré dans des tas de choses très différentes, et notamment dans le néonoir Faute de preuves, qui m’avait laissé un souvenir assez fort dans mon adolescence (pas revu depuis…).

Plutôt excitant encore de voir l’affiche du film, la revenante Jessica Lange dans un rôle trouble, et le pas manchot Neil Jordan aux manettes. S’il n’est pas le réalisateur le plus excitant de ces dernières décennies, Jordan a au moins un authentique savoir-faire, ne serait-ce que dans l’art de créer une atmosphère tendue. Ce qui pour un film noir est plutôt un bon signe.

Verdict ? Eh bien c’est tortueux à souhait, Neeson est très convainquant, Jessica Lange et Diane Kruger sont énigmatiques telles qu’on les attendait, la reconstitution du L.A. des années 30 est particulièrement soignée. Bref, cette adaptation d’un roman de John Banville (non, pas de Raymond Chandler) ne démérite pas.

Mais (on le sentait arriver ce « mais », non ?) tout ça reste très, trop propre. Jordan semble écraser par les grands maîtres dans les pas desquels il marche (dont Hawks, quand même), et son Marlowe reste un hommage plaisant, qui ne dépasse jamais le statut de pastiche soigné. Plaisant, quand même, c’est déjà pas mal…

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