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Archive pour la catégorie '2020-2029'

Winter Break (The Holdovers) – d’Alexander Payne – 2023

Posté : 21 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, PAYNE Alexander | Pas de commentaires »

Winter Break

La période des fêtes est terminée. Si vous n’avez pas vu Winter Break, vous avez donc loupé le meilleur moment de l’année pour voir ce qui restera le plus beau film de Noël 2023. Cela dit, même si vous lisez ces lignes en juillet, le film reste très, très recommandable.

Winter Break n’invente rien : il réunit trois êtres solitaires que tout oppose dans un même lieu au moment des fêtes, et se livre à une sorte de thérapie collective dont on sort non pas euphorique, mais plein de confiances en l’être humain. Ce qui, en ces temps troublés, est déjà une sacré gageure.

Pour être précis, disons qu’Alexander Payne nous amène à ouvrir les yeux sur les autres, ceux qui ne nous ressemblent pas et qu’on a tôt fait de cataloguer : parce qu’ils sont austères, parce qu’ils ne sourient pas, parce que ce sont des gosses de riches… Et si, derrière tout ça, il y avait des souffrances, des cœurs qui battent, et même de belles âmes ?

Dit comme ça, Winter Break ressemble sans doute à un condensé de bons vieux clichés. Mais Alexander Payne a un regard, une délicatesse et une élégance, une manière de transformer ça en un merveilleux conte de la rédemption qui vous provoque deux, trois larmes, vous nouent le ventre, et dans le même mouvement vous tire de larges sourires de bien-être.

Et puis il y a la manière dont Payne signe un authentique film de 1970… C’est l’époque où l’histoire se passe : durant les vacances d’hiver, lorsqu’un professeur très dur (génial Paul Giamatti) est désigné pour rester sur le campus seul avec les pensionnaires qui ne passent pas les fêtes en famille. En l’occurrence un pensionnaire, brillant mais forte tête (Dominic Sessa, une révélation). Ajoutez à ça l’inamovible cuisinière (bouleversante Da’vine Joy Randolph), et voilà notre trio.

Payne signe un authentique film de 1970, disais-je. Pas seulement parce que la reconstitution est brillante, et que l’esprit de cette époque est parfaitement restitué. Mais aussi par tous ses choix esthétiques, jusqu’au grain de l’image… et au faux copyright dans le générique de début. Pourtant, jamais il ne donne l’impression de faire le malin : son film est d’une justesse absolue. L’esprit de Noël, sans mièvrerie. Pur bonheur.

Retribution (id.) – de Nimrod Antal – 2023

Posté : 18 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, ACTION US (1980-…), ANTAL Nimrod | Pas de commentaires »

Rétribution

Liam Neeson en action hero, acte 842. Oui, sauf que cette fois, pas de coup de poing, pas de clés de bras… L’acteur trouve un rôle qui sied parfaitement à son grand âge, passant la quasi-totalité du film assis au volant de sa voiture, dont il ne peut sortir au risque de déclencher la bombe que le mystérieux méchant a placée sous son siège.

Et voilà un concept qui évoque furieusement un certain Speed, référence évidente et assumée de ce thriller à l’ancienne, dont même le générique de début fleure bon le film de genre des années 90. Un plaisir régressif, donc ? Que oui. Parce que Retribution rompt avec la surenchère insupportable du cinéma d’action d’aujourd’hui, et avec les innombrables kick-asses à répétition de Neeson.

Neeson qui, en passant, donne la réplique dans une poignée de scène à une certaine Embeth Davidtz, qui fut l’une des révélations de La Liste de Schindler il y a tout juste trente ans, du temps où Neeson jouait des rôles autrement plus ambitieux dans des films autrement plus ambitieux. Mais ça, c’était juste une parenthèse.

Dans la longue série de films d’actions que Neeson enchaîne depuis une dizaine d’années, depuis le succès empoisonné de Taken, celui-ci sort donc du lot, par son concept fort, dont il ne dévie pas. Derrière la caméra, Nimrod Antal fait le taf assez brillamment, se jouant d’un scénario bourré de clichés sur la cellule familiale américaine pour signer un pur exercice de style tendu et imparable.

Le gars n’est pas du genre à faire du gras et à délayer. En 90 minutes montre-en-main, il réussit un thriller haletant, sans que jamais le fait que l’action-hero Neeson ne lève les fesses de son siège ne soit pesant. Ce n’est pas rien. Ce n’est rien de plus non plus, mais c’est déjà beaucoup.

Vincent doit mourir – de Stéphan Castang – 2023

Posté : 15 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, CASTANG Stéphan, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vincent doit mourir

Le fantastique pré-apocalyptique a décidément le vent en poupe ces temps-ci, dans le cinéma francophone. Après le formidable Acide, voici doit Vincent doit mourir, une petite production maligne basée sur une idée originale et assez (méchamment) drôle…

On a donc un type sans histoire, pas exceptionnel et pas très attachant (Karim Leklou, excellent), à qui rien d’original n’arrive jamais. Un jour, un stagiaire de sa boîte dont il s’est un peu moqué lui balance sans prévenir un ordinateur portable à la gueule. Bon. Le lendemain, c’est un stylo qu’un autre collègue lui plante dans la main. Peu après, une inconnue le course avec sa voiture après avoir croisé son regard…

La menace omniprésente, dans un décor quotidien… Dès le générique de début et sa musique électro et répétitive, on sent bien que le scénariste et réalisateur Stéphan Castang paye son tribut à John Carpenter, référence incontournable et omniprésente de toute cette génération de jeunes réalisateurs tentés par le cinéma de genre.

On salue l’ambition du truc, et l’originalité du propos, mais il faut quand même bien avouer que l’idée de base a une fâcheuse tendance à tourner en rond, qu’on en a vite fait le tour, et que cette idée de virus planétaire n’ajoute rien, nous privant simplement d’une atmosphère surréaliste pleine de promesses.

Reste un survival sympathique et bancal, avec quelques passages vraiment flippants, et d’autres vraiment marrants.

Le Garçon et le héron (Kimi-tachi wa dô ikiru ka) – de Hayao Miyazaki – 2023

Posté : 4 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MIYAZAKI Hayao | Pas de commentaires »

Le Garçon et le héron

Voilà bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds au cinéma pour voir un film d’animation. Le retour du grand Miyazaki était l’occasion idéale, surtout que Le Garçon et le héron était annoncé comme son film le plus personnel, abordant ses thèmes habituels et un contexte historique fort, en pleine Seconde guerre mondiale.

Ce n’est pas une première, loin de là : de Porco Rosso au Vent se lève, Miyazaki a souvent mis en écho les mondes merveilleux de son imagination à la violence des hommes, influençant par là un cinéaste comme Guillermo Del Toro, dont tous les grands films sont basés sur la même opposition.

Dans Le Garçon et le héron, c’est un peu comme si Miyazaki, octogénaire, résumait ou compilait toutes les idées, toutes les images, tous les univers qui ont marqué son cinéma, et qui auraient pu constituer d’hypothétiques films à venir. Une espèce de film-somme euphorisant, ou une accumulation un peu excessive d’idées… j’avoue hésiter un peu entre ces deux sentiments à la sortie de la salle.

Il y a en tout cas des moments d’une très grande beauté dans ces deux heures d’une densité folle, qui commence avec le plus grand des drames (la mort de la mère du jeune héros dans un incendie provoqué par les bombardements), pour nous plonger bientôt dans un monde parallèle de tous les possibles, où Miyazaki laisse libre court à son imagination fertile, oscillant entre la poésie la plus douce et certains gags un peu douteux.

Foisonnant jusqu’à l’extrême, Le Garçon et le héron enthousiasme souvent, laisse parfois dubitatif, et finit par bouleverser dans sa manière d’évoquer le deuil et la fin de l’enfance. Si ce devait être l’ultime film de l’auteur du Voyage de Chihiro, Le Garçon et le héron serait un beau film-testament.

Rien à perdre – de Delphine Deloget – 2023

Posté : 15 décembre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, DELOGET Delphine, EFIRA Virginie | Pas de commentaires »

Rien à perdre

Encore un grand rôle pour Virginie Efira, bouleversante en mère célibataire qui tente désespérément de ne pas sombrer quand son plus jeune fils est placé par les services sociaux, après un accident survenu alors qu’elle l’avait laissé seul pour aller travailler. Un sujet fort, du genre casse-gueule, qui glisserait du côté du pathos surchargé ou de la thèse engagée.

Et sur ces deux plans, Delphine Deloget, documentariste qui signe ici son premier long métrage de fiction, s’en tire assez brillamment. Côté thèse, la cinéaste évite les pièges en se focalisant sur le point de vue de la mère (jouée donc par une très grande actrice, ce qui aide). Ni jugement ni angélisme, donc : cette mère là est une femme bien, mais loin d’être parfaite, qui se repose sur son fils aîné pour palier ses propres manquements.

On sent bien où va la sympathie de la réalisatrice, ne serait-ce que par le côté tristement libérateur que provoque un certain coup de boule, et par la gêne que l’on ressent immédiatement : c’est mal, mais le moindre muscle du spectateur était à ce moment précis tendu vers une réaction qui ressemblerait à un hurlements, tant la situation s’apparente alors à un cauchemar à la Kafka, sans issue, sans autre possibilité d’échange que cette violence mortifère.

Côté pathos, le piège était donc encore plus tentant pour Delphine Deloget, qui fait le choix d’un sujet rude, abordé frontalement, au plus près du drame. Mais il n’y a pas d’effet facile dans sa mise en scène. Pas ou peu de larmes, mais un éprouvant sentiment d’étouffement qui se resserre sur la mère, et sur les nerfs du spectateur.

Au cœur de ce drame, les acteurs sont formidables, justes jusque dans la mesure, justes jusque dans le désespoir. Virginie Efira (bien sûr), mais aussi les deux jeunes interprètes de ses fils, ses deux frères, ses amis, et les agents des services sociaux, qui réussissent à faire ressentir leurs propres convictions, et leurs doutes.

On en sort secoué, remué, révolté et bouleversé, en se raccrochant aux éclats de vie et d’espoir que sème Delphine Deloget, cinéaste à suivre.

The Killer (id.) – de David Fincher – 2023

Posté : 27 novembre, 2023 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, FINCHER David | Pas de commentaires »

The Killer Fincher

Un quasi-remake du Samouraï. Une espèce de contre-pied absolu à John Wick et toutes les grosses productions interchangeables récentes. On pourrait facilement résumer ainsi le nouveau film de David Fincher, dont l’histoire est on ne peut plus classique : un tueur, après un contrat raté, veut se venger de ceux qui s’en sont pris à sa petite amie.

Sur le papier, la simplicité et la frontalité du sujet évoquent d’autres classiques, comme le Point Blank de John Boorman. La liste des références, à vrai dire, est presque sans fin. A l’écran, la première séquence met d’emblée à mal toutes les velléités de comparaisons : avec The Killer, qui marque son retour au thriller noir (et ses retrouvailles avec son scénariste de Seven), Fincher se réinvente et réinvente le genre, comme il n’a cessé de le faire.

The Killer est sans doute son film le plus simple à résumer. C’est aussi peut-être son plus complexe stylistiquement. Aux antipodes de la surenchère habituelle du film de genre hollywoodien actuel, Fincher nous plonge dans l’esprit d’un tueur à gages, filmant longuement l’attente, la préparation, les interrogations, tout ce qui mène vers l’action elle-même qui n’est qu’un fragment spectaculaire dans un tout dénué de tout romantisme.

Son « héros », joué par un Michael Fassbender fascinant comme rarement, est un être ouvertement froid et clinique, attaché maladivement aux détails, et qui évite au maximum tout contact humain, ou tout ce qui pourrait faire de lui un être reconnaissable. Alors Fincher le met en scène dans des univers froids, interchangeables, sans âme.

Les décors eux-mêmes se ressemblent étrangement, où que se situe l’action. Et elle voyage beaucoup : le récit est divisé en cinq actes, et autant de villes à travers le monde. Et si le décor évolue peu, l’atmosphère elle, est clairement celle des lieux où Fincher pose ses caméras : Paris, New York, La Nouvelle Orléans…

Le directeur de la photo n’y est pas pour rien. Mais c’est surtout la précision de la mise en scène qui impressionne. La maîtrise absolue de son art, qui lui permet de signer des séquences aussi longues, aussi dénuées de tout effet spectaculaire, et aussi passionnantes. Le style Fincher épouse parfaitement les obsessions de son personnage principal, la prédominance des détails et une certaine froideur.

Pourtant, The Killer est aussi, et de loin, le film le plus drôle de Fincher. Bon. Pas non plus une franche comédie, non. Mais avec la voix off très présente de Fassbender, Fincher introduit une ironie, un décalage et une distance avec la froideur et la violence de son propos. Et derrière la simplicité du récit, c’est une sorte de condensé de tout son cinéma que réussit le réalisateur, de Fight Club à Gone Girl en passant par Panic Room.

Plus que jamais, Fincher est le cinéaste le plus passionnant de sa génération.

The Old Oak (id.) – de Ken Loach – 2023

Posté : 23 novembre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, LOACH Ken | Pas de commentaires »

The Old Oak

Ken Loach a 87 ans, et il va bien. Il n’a en tout cas rien perdu de sa capacité d’indignation, ni de sa profonde empathie pour « les gens », comme dirait François Ruffin. Et c’est l’une des meilleures nouvelles de cette nouvelle année pleine de drames. De ces drames, Loach n’est vraiment pas du genre à faire comme s’ils n’existaient pas. Au contraire : au fil des ans et des films, il n’a jamais cessé d’en faire les sujets de ces drames plus ou moins graves.

Mais Ken Loach n’est pas qu’un citoyen engagé et révolté. C’est aussi, et surtout, un cinéaste qui croit en la force du cinéma, et de la fiction en générale. The Old Oak, qui aborde frontalement l’immigration massive, est à la fois un film réaliste et très documenté, et une fable que n’aurait pas reniée Frank Capra. En tout cas pas aujourd’hui.

La référence à Capra n’est pas anodine : The Old Oak a clairement quelque chose de La Vie est belle, dans sa manière de faire intervenir un miracle dans la vie d’un homme profondément bon qui ne réalise pas lui-même à quel point sa présence est précieuse à la cohésion d’une petite ville ; dans sa manière aussi de filmer une espèce de communion qui dépasse tous les cadres sociaux… Une fable donc, mais filmée avec le regard de Loach, tout aussi humaniste que celui de Capra, mais plus ancré dans l’actualité.

The Old Oak évoque les bouleversements que provoque l’arrivée de migrants syriens dans une petite ville minière sinistrée depuis la fermeture des puits. Le film est triste. Profondément, parce que ancré dans la réalité. Il est aussi, et tout aussi profondément, optimiste. Idéaliste, même : Loach filme la naissance d’une nouvelle communauté, qui réunit dans un même groupe des villageois « du cru » et des migrants.

Plutôt que d’opposer la misère des uns et des autres (opposition dont il ne nie pas l’existence), Loach évoque des hommes et des femmes qui décident de faire de la cohabitation de ces deux misères une chance, et une force. Et c’est beau parce que plein d’espoirs, et parce que le film met en scène de vrais héros, qui justement n’ont rien d’héroïque. A commencer par le patron du pub, vieille baderne fatiguée et découragée, qui remonte la pente grâce à la force d’une jeune migrante qui a traversé tant d’horreurs et garde la tête haute.

Cette amitié improbable avait sans doute besoin du regard si doux et conscient à la fois de Loach pour être si belle, si émouvante. Elle l’est. Et si Loach en reste là, comme il l’a laissé entendre, alors il aura refermé sa magnifique carrière de la plus belle des manières, sur une image qui symbolise mieux qu’aucune autre peut-être l’humanité et la beauté de son regard.

Invisible Man (The Invisible Man) – de Leigh Whannell – 2020

Posté : 21 novembre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, FANTASTIQUE/SF, WHANNELL Leigh | Pas de commentaires »

Invisible Man

Comment faire du neuf avec du vieux.… Cette version moderne et high tech d’un mythe qui a donné quelques grands films (au moins un : celui inaugural de James Whale) a droit à une nouvelle version très ancrée dans les enjeux actuels, avec deux sujets pour le prix d’un : l’omniprésence de la technologie dans notre quotidien, et les violences contre les femmes.

Le scénario est assez machiavélique, et plutôt convainquant à défaut d’être révolutionnaire : il met en scène une jeune femme qui fuit un compagnon violent, et qui réalise bientôt que ce dernier la harcèle et la suit sans qu’elle puisse le voir. Elle comprend alors qu’il a trouvé un moyen de se rendre invisible, et de l’épier nuit et jour. Pour commencer.

Le comment importe peu. Mieux vaut d’ailleurs ne pas trop s’y attarder, parce que la psychologie du compagnon violent et l’utilisation des nouvelles technologies flirtent dangereusement avec la caricature la plus facile. Faire dudit compagnon un homme richissime et d’une froideur compulsive (encore plus invisible quand on le voit à l’écran) trouble par ailleurs le discours, transformant ce qui aurait pu être un film anti-violences faites aux femmes assez fort en un film d’épouvante efficace, mais plus classique.

Mais il y a Elisabeth Moss, l’indispensable interprète de Top of the Lake, décidément grande actrice. Elle est de toutes les scènes, presque de tous les plans, et c’est le plus grand atout de ce film qui joue plutôt habilement sur la menace invisible, la plupart du temps avec la seule force de la suggestion, n’utilisant les effets spéciaux qu’avec une grande parcimonie. Ils n’en sont que plus impressionnants.

Notre-Dame brûle – de Jean-Jacques Annaud – 2022

Posté : 11 novembre, 2023 @ 8:00 dans 2020-2029, ANNAUD Jean-Jacques | Pas de commentaires »

Notre-Dame brûle

Trois images. D’abord, celle d’une larme coulant sur le visage de pierre d’une statue de la Vierge. Puis, le regard d’un jeune immigré dont c’était le premier jour de gardiennage dans la cathédrale. Enfin, l’eau d’une lance à incendie qui s’écrase au ralenti sur une cloche immobile.

Ces trois images sont de brefs et beaux moments de cinéma. Emouvante mais éculée pour la première. Sensible et troublante pour la deuxième. Belle et frôlant l’abstraction pour la troisième, la plus réussie, celle où Jean-Jacques Annaud touche du doigt la force du langage cinématographique.

J’aurais quand même une double réserve sur ce film : ces trois images durent au total pas plus d’une minute ou deux (c’est peu sur 106 minutes), et le reste est à peu près totalement dénué de toute ambition artistique (c’est long, 106 minutes). A peine deux ans après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame, Annaud se laisse emporter par sa propre émotion, et se focalise entièrement sur la reconstitution des événements.

Qui est spectaculaire et convaincante, reconnaissons-le. Mais qui n’apporte finalement pas grand-chose aux images qu’on a vu durant l’incendie et dans les jours qui ont suivi. Ce pourrait être immersif, mais ça ne l’est que superficiellement. La faute à une forme batarde sans doute, Annaud semblant être incapable de faire des choix cohérents.

Alors il hésite entre faux documentaire et film à suspense, hésitations qui pèsent sur le rythme et se voient à l’écran, comme s’il changeait de chef op toutes les trois secondes. Pour coller au plus près des événements, il utilise des décors, des comédiens et des effets spéciaux. Mais aussi des images de télévision, de smartphones, et même du Ministère de l’Intérieur (un énorme logo en atteste). Il fait aussi appel brièvement à des personnes réellement impliquées, dont la maire de Paris herself, dans une courte scène un peu gênante. Il s’essaye même sans qu’on sache vraiment ce que ça apporte au split-screen…

Annaud effleure beaucoup de thèmes qui pourraient être prometteurs : les erreurs à répétition, l’absurde course à travers Paris du gardien des clés, l’impact du drame sur le pauvre agent de sécurité, ou même la présence gênante des politiques, Macron en tête. Avec un tel matériau, Annaud aurait pu faire une demi-douzaine de films intéressants, sans doute. A condition d’avoir une vision, et un scénario.

Hélas, Notre-Dame brûle est un film qu’on sent produit à la va-vite, dans l’émotion mais sans regard. Alors oui, c’est assez impressionnant, la reconstitution est assez parfaite, l’hommage aux soldats du feu est vibrant (en tout cas dans la dernière partie). Mais c’est n’a, quand même, pas un grand intérêt.

Killers of the Flower Moon (id.) – de Martin Scorsese – 2023

Posté : 4 novembre, 2023 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin, WESTERNS | Pas de commentaires »

Killers of the Flower Moon

Le film américain le plus excitant de l’année, forcément : Scorsese, quatre ans après The Irishman, et avec De Niro, et avec Di Caprio, et d’après un livre-enquête absolument formidable de David Grann, qui se lit comme un roman comme on dit… Bref : l’attente était immense. Et le résultat à la hauteur : Killers of the Flower Moon n’est pas seulement le plus beau titre de film américain de l’année, il est aussi l’un des plus beaux, et l’un des plus ambitieux.

C’est d’ailleurs ce qui saute aux yeux le premier : l’extrême ambition du film, l’ampleur de la mise en scène. Scorsese, 80 ans au compteur, signe un film comme on n’en fait quasiment plus. Et c’est cette impression qui persiste longtemps après la projection : voir Killers of the Flower Moon donne le sentiment de découvrir un vieux classique indémodable, l’un de ces chefs d’œuvre que l’on voit et revoit au cours d’une vie, sans que jamais il ne paraisse usé par le temps.

Ces dernières années, le cinéma de Scorsese tendait de plus en plus vers ce classicisme classieux, aux antipodes des chocs esthétiques radicaux que furent Taxi Driver, Les Affranchis ou Casino, la quintessence de son art. Killers of the Flower Moon est très loin de ces jalons incontournables et géniaux. Mais le film n’est pas moins passionnant : Scorsese flirte cette fois avec les grands maîtres hollywoodiens, à la manière d’un Clint Eastwood, mais avec une ampleur bien plus importantes.

On pense forcément à Sergio Leone et à Il était une fois dans l’Ouest, dans la scène de la gare qui amène le personnage de Leonardo Di Caprio (et le spectateur) dans cette petite ville de western. Mais il y a aussi beaucoup de John Ford, voire de King Vidor, dans cette manière de filmer des communautés qui s’entrechoquent, une histoire en marche, et une violence omniprésente sans jamais occuper le premier plan.

Et elle est violente, cette histoire (authentique)… Au début du XXe siècle, le peuple indien des Osages est devenu le plus riche d’Amérique après que du pétrole a été découvert dans les terres arides sur lesquelles les colons les avaient parqués. De quoi aviver la convoitise de familles blanches qui se découvraient des passions pour ce peuple et ses filles, parfaites épouses. Ou d’une administration qui assigne aux riches Indiens des tuteurs pour surveiller cette fortune…

Lorsque le film commence, les morts suspectes se multiplient au sein des Osages. On pourrait s’attendre à ce que Scorsese s’appuie sur ce déchaînement de violences. Il n’en fait rien, refuse de jouer sur un faux suspense (on comprend d’emblée qui est l’instigateur de ces crimes) et se concentre sur ses personnages, notamment sur l’étonnant couple formé par Lily Gladstone (merveilleuse, la révélation du film) et Leonardo Di Caprio (dont l’interprétation intense mais très excessive est plus problématique, et moins tenue).

Au fil de ce film-fleuve (3h30), l’univers semble se refermer autour de ce couple complexe, au cœur des crimes, dont sont victimes tous les membres de sa famille à elle. Plus les meurtres s’accumulent, plus les signes de culpabilité semblent évidents, plus ces deux-là s’aiment, d’un amour que l’on devine sincère malgré l’horreur et l’absurdité. Deux êtres qui s’enferment dans une sorte de dénis fascinant.

Et puis il y a Robert De Niro, figure du Mal diamétralement opposée aux gangsters qu’il a interprété pour Scorsese. Il est extraordinaire dans le rôle de ce patriarche aux faux airs de grand-père idéal, retors et machiavélique. D’une justesse absolue, De Niro livre l’une de ses très grandes performances d’acteur, l’une de ses plus belles depuis plus de vingt-cinq ans. Son dixième rôle pour Scorsese rappelle à quel point cette association-là est précieuse dans l’histoire récente du cinéma.

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