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Archive pour la catégorie '2020-2029'

Daaaaaali ! – de Quentin Dupieux – 2023

Posté : 5 mars, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, DUPIEUX Quentin | Pas de commentaires »

Daaaaaali

Dupieux donne parfois l’impression de se foutre un peu de la gueule du monde, comme s’il se contentait d’une idée forte pour bâtir ses films, en se contentant de cercles concentriques répétitifs autour de cette idée. Ce sentiment effleure, comme souvent, à la vision de Daaaaaali !. Et comme souvent, quelque chose de nettement plus ambitieux, et de plus fin, finit par effleurer, puis par s’imposer.

L’idée forte (et plus très neuve) : faire jouer Dali par six acteurs différents, parti-pris qui permet de régler des problèmes d’emploi du temps sur le tournage, et d’illustrer la multiplicité des facettes d’un personnage, voire sa schizophrénie. Avec un personnage comme Dali, on est servi. Même si, bien sûr aurais-je envie d’ajouter, ce n’est pas un biopic que signe Dupieux.

En tout cas pas d’un biopic traditionnel. Mais il est bel et bien question de Salvador Dali, du personnage qu’il s’est créé, et de son œuvre dont on ne voit pas grand-chose si ce n’est un piano d’où coule un large filet d’eau, et des modèles prenant une pose improbable dans le désert. Pourtant, Dupieux nous plonge constamment dans l’œuvre surréaliste de l’artiste.

Comme dans les tableaux de Dali, le film de Dupieux se joue du temps et de sa perception, des recommencements perpétuels, des boucles temporelles ou des paradoxes. Dali arpente un couloir d’hôtel dans un mouvement qui semble ne jamais finir, gag un peu facile réalisé par la seule grâce du montage. Une scène tournée à l’envers trouble la perception du spectateur. Dali voit apparaître son double nettement plus âgé…

Et toujours, les scènes qui se répètent avec de légères variations, un cauchemar dont on croit être sorti mais qui ne cesse de se terminer, encore et encore, des boucles démentes que n’aurait pas renié le David Lynch de Lost Highway. C’est assez fou et excessif, et pour tout dire un peu répétitif. Et comme pour le drôle de rêve que raconte le prêtre, on a finalement l’impression que ça ne s’arrêtera jamais…

D’où ce sentiment d’avoir vu un film généreux et audacieux, mais un peu bancal, qui doit finalement beaucoup à ses acteurs : Edouard Baer, Pio Marmaï, Gilles Lellouch et surtout Jonatan Coen en Dali, mais aussi Romain Duris, génial le temps de trois ou quatre scènes en producteur excessif dans la bienveillance comme dans la grossièreté, et Anaïs Demoustier.

C’est elle, finalement, le pivot du film, ex-pharmacienne devenue journaliste et bien décidée à consacrer un documentaire à Dali, cet artiste qui ne cesse de la rabrouer et face auquel, in fine, elle s’efface, pour ne laisser la place qu’à la plus belle (ou la pire?) des créations de Dali : Dali lui-même. Quel qu’il soit.

May December (id.) – de Todd Haynes – 2023

Posté : 3 mars, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, HAYNES Todd | Pas de commentaires »

May December

Todd Haynes est-il délicat en diable, ou avance-t-il avec d’énormes sabots ? Me voilà bien incapable de trancher après avoir vu May December, film à multiples facettes sur la domination, et plus encore : la vampirisation.

Et qui est le vampire le plus angoissant de cette histoire ? Cette femme qui a créé le scandale vingt-cinq ans plus tôt en tombant amoureuse d’un gamin de 13 ans qu’elle a épousé après avoir été condamnée pour ça ? Ou cette actrice hollywoodienne qui vient aujourd’hui se familiariser avec cette la famille de cette femme qu’elle doit incarner à l’écran ?

Haynes joue sur ces incertitudes, sur ces interrogations, pour installer d’emblée une atmosphère troublante, renforcée par la musique très décalée inspirée par le thème du Messager de Michel Legrand. Bien plus qu’un clin d’œil cinéphile d’un cinéaste que l’on sait sous influence (celle de Sirk dans Loin du Paradis notamment) : une manière de marquer sans en avoir l’air le choc de deux époques qui se télescopent. Là aussi sur plusieurs plans.

Télescopage du fait divers qui a défrayé la chronique, du quotidien apparemment sans vague, et de l’irruption de la grande machine hollywoodienne. Télescopage aussi de cette épouse et de ce mari qui semblent ne faire qu’un, et qui pourtant appartiennent à deux générations différentes, et peut-être bien inconciliables…

Il est malaisant ce film, mais Haynes ne laisse guère planer de doute sur sa vision de ce couple. Julianne Moore, forcément formidable, réussit à être à la fois parfaitement charmante, et glaçante. Il faut voir son sourire aimant de mère lorsqu’elle lance à sa fille qui lui présente une robe sans manche qu’elle l’admire pour oser montrer ses bras en se fichant des canons habituels de beauté… Blurp.

Il faut voir aussi les manières de petit garçon mal dégrossi de son mari (Charles Melton), qui semble tellement moins mûr, moins adulte, et surtout plus soumis que ses propres enfants… Parce que oui, comme il le formulera bien tardivement : 13 ans, c’est peut-être un peu jeune pour prendre des décisions, et s’engager ainsi dans la vie…

Haynes est finalement très sage, donc, dans sa manière de filmer ce couple. Il est beaucoup plus trouble, et troublant, avec le personnage de l’actrice, que joue Natalie Portman. Une femme charmante, douce, compréhensive, ouverte… mais aussi une sangsue, venue pour se nourrir des douleurs de cette famille dysfonctionnelle.

Formellement, c’est d’ailleurs lorsqu’il filme Natalie Portman que Haynes se montre le plus audacieux, le plus inventif, jouant sur l’imaginaire de l’actrice, sur son approche caméléon de son modèle. Déjà en représentation, comme d’ailleurs la plupart des personnages. C’est dans le décalage entre les apparences apaisées et la meurtrissure des êtres que May December est le plus troublant.

Le Règne Animal – de Thomas Cailley – 2023

Posté : 29 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, CAILLEY Thomas, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Le Règne animal

Une histoire de virus (encore!?) qui transforme certains humains en animaux (hein!?)… Sur le papier, le projet peut sembler un peu foireux. A l’arrivée, Le Règne Animal est tout simplement l’un des plus beaux films de 2023 (avec Les Herbes Sèches… mon top 2 est fait), l’un de ceux dont on sort secoué, incapable d’en parler pendant bien longtemps.

Thomas Cailley (dont je n’avais pas vu le premier film Les Combattants, sorti il y a dix ans) s’affranchit d’emblée de toutes les références habituelles du film de genre… A vrai dire, il s’affranchit à peu près de toutes sortes de références. Son film, ambitieux et modeste à la fois, procure un plaisir rare : celui de découvrir un nouveau genre de cinéma, un regard neuf.

Sur le plan narratif d’abord, il prend le contre-pied des films fantastiques français les plus marquants de ces derniers mois : Acide et Vincent doit mourir, tous deux construits sur des modèles scénaristiques assez classiques. Soit, un présent banal, bientôt troublé par l’irruption de phénomènes extrêmes, pluies acides ou virus poussant au meurtre.

Le film s’ouvre ici sur un présent banal, avec une relation banale : celle forcément difficile entre un père et son ado de fils. Présent banal bousculé par l’irruption d’un phénomène extrême qui choque mais ne surprend personne : la fuite d’une créature mi-homme, mi-oiseau. C’est que le virus qui transforme certains en animaux est installé depuis deux ans dans ce présent banal-là.

C’est l’une des belles et fortes idées du scénario. Plutôt que de s’intéresser au choc de la découverte, le film s’attarde d’emblée sur le sort réservé aux autres, à ces monstres dont on oublie qu’ils ont été des femmes et des hommes, et qu’on enferme dans des centres fermés… En tout cas en France, parce que dans les pays nordiques, on fait un choix radicalement différent qui semble marcher : le vivre ensemble.

Bon sang… Et si Le Règne Animal était un film politique ?!!! Il l’est bien sûr, et qui plus est un film politique qui réussit le prodige d’être à la fois puissant et nuancé, spectaculaire et intelligent. Mais il est bien plus que ça : un film précieux et beau… non… bouleversant, sur l’intimité, les rapports filiaux, le sentiment d’appartenance, les difficultés d’être père, et celles que représente la traversée de l’adolescence, cette période où son corps change, et ou sa vie, soudain, prend un nouveau tournant.

Le Règne Animal est convainquant, et même formidable, sur tous ces aspects. Et Thomas Cailley impressionne par la maîtrise de son art, par cette manière qu’il a d’utiliser des moyens visuellement importants (les effets spéciaux sont parfaitement discrets) sans jamais en faire l’étalage. Constamment au service de la narration, de l’humanité et de l’émotion.

Et elle est immense, l’émotion, dans l’évolution des rapports entre le père joué par Romain Duris et le fils joué par Paul Kircher (une quasi-révélation, déjà vu dans Le Lycéen de Christophe Honoré), superbes tous les deux. Deux scènes, surtout, procurent une émotion d’une intensité vraiment très rares, deux scènes de voiture…

Dans la première, père et fils tentent de retrouver la mère revenue à l’état animal et disparue dans la forêt. Et Duris raconte à son fils comment il a dragué sa mère sur une chanson de Pierre Bachelet. La seconde scène est la dernière du film, et se situe dans la même forêt. Sans en dire trop, il y est question d’un souvenir de sports d’hiver, de mécanique et d’acceptation. L’émotion qui nous étreint alors est un véritable uppercut, qui me prend encore les tripes et me serre la gorge tandis que j’écris ces lignes…

Adieu les cons – d’Albert Dupontel – 2020

Posté : 28 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, DUPONTEL Albert, EFIRA Virginie | Pas de commentaires »

Adieu les cons

Après le triomphe d’Au-revoir là-haut, Adieu les cons pouvait ressembler à un pas en arrière pour Albert Dupontel, qui retrouvait un univers et un esprit assez classique pour lui. Et c’est vrai qu’on le retrouve tel qu’on le connaît depuis ses premiers films : acide, déjanté, méchant, naïf, et prompt à insuffler un humour volontiers régressif.

Les premières minutes du film ne poussent d’ailleurs guère à l’euphorie. Le face-à-face de Virginie Efira avec un médecin qui met (très maladroitement) les formes pour ne pas lui dire clairement qu’elle est condamnée. Celui de Dupontel lui-même avec un supérieur qui met les mêmes formes pour ne pas lui dire clairement qu’il n’a pas la promotion qui lui était promise… Deux situations jumelles, que le gag un peu poussif du nom constamment déformé ne tire pas vers le haut.

Cette première partie fait la part belle aux excès du cinéaste Dupontel, son goût pour l’absurde et l’explosif, pour la violence burlesque. Sans vraiment convaincre. Et puis la rencontre des deux personnages principaux apporte une dimension supplémentaire qui sied particulièrement bien au réalisateur : une tendresse, profonde et belle, parce que sans avenir. Ce n’est pas parce qu’il penche vers les beaux sentiments qu’il va verser dans l’optimisme béat.

Le sujet est rude : une femme qui sait qu’elle n’a plus longtemps à vivre cherche à retrouver l’enfant qu’elle a eu quand elle avait 15 ans et qui lui a été enlevé, avec l’aide d’un génie de l’informatique qui passe pour un terroriste ou pour un forcené depuis qu’il a blessé un collègue en ratant son suicide…

Dupontel a un univers, fort et inventif, qu’il décline de film en film. Une manière de faire le lien entre ses deux maîtres, Chaplin (pour sa capacité à faire rire avec des sujets graves) et Terry Gilliam (pour sa folie et son inventivité). Gilliam qui, comme souvent, fait une apparition devant la caméra de Dupontel. Cet univers trouve une sorte d’apogée dans la scène de l’immeuble contrôlé à distance, délire visuel et sommet d’émotion à la fois.

Surtout, Dupontel laisse éclater sa profonde bienveillance derrière le regard acide et volontiers méchant, regard sans concession sur une société qu’il condamne assez largement, et sans grande nuance. Le regard : celui si triste de Virginie Efira, et celui soudain apaisé de l’acteur Dupontel, bouleversante rencontre. Contrebalancée par la partition joyeusement décalée du troisième larron, l’incontournable Nicolas Marié en aveugle hanté par les violences policières. On ne se refait pas.

Un silence – de Joaquim Lafosse – 2023

Posté : 25 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, LAFOSSE Joachim | Pas de commentaires »

Un silence

Joaquim Lafosse prend un parti-pris puissant et casse-gueule avec ce film inspiré d’une histoire vraie : celle de l’avocat des victimes de l’affaire Dutroux, condamné à son tour pour détention de photos pédopornographies : celui d’adopter le point de vue quasi-exclusif de la famille. Celui de la femme de l’avocat en l’occurrence, interprétée par une Emmanuelle Devos toute en douleur renfermée.

Le point de vue est fort, et les choix du cinéastes radicaux. Aucun signe d’empathie dans sa mise en scène, qui nous plonge au cœur du drame, et plus encore dans l’esprit de cette femme à la fois victime passive et coupable de trop de dénis. Le film s’ouvre sur un long plan séquence, la caméra au plus près de son visage tourmenté. Interminable plan où se lit déjà ce mélange de douleur extrême et de recul désincarné.

Parce qu’elle sait, depuis trente ans, que son mari a des tendances pédophiles auxquelles il a cédé au moins une fois. Parce qu’elle s’en est accommodé, se réfugiant dans le confort grand-bourgeois de sa vie, assumant son rôle de mère sans trop s’interroger sur les raisons pour lesquelles sa fille devenue mère ne veut plus côtoyer son père, ou sur les dérives de son plus jeune fils.

Une grande partie du film se déroule dans cette ambiance familiale, où le père avocat est cantonné à une présence opaque, n’existant réellement que devant les caméras des journalistes l’affaire de pédophilie dont il est l’avocat vedette. Et c’est un tour de force pour Daniel Auteuil, dans le rôle forcément difficile d’un homme dont on devine les tiraillements internes, mais qui se réfugient derrière une posture castratrice abominable.

Ces longues scènes familiales sont éprouvantes, parce qu’on n’y voit à peu près rien d’autre que ce que veut bien y voir l’épouse et mère, qui assiste immobile au naufrage de son fils, se révoltant de la plainte tardive d’un neveu victime de son mari il y a trente ans. « Pourquoi maintenant ? Il s’est excusé, il s’est soigné… Ce ne sera jamais assez ? » Ben non.

Dans cette atmosphère étouffante, Lafosse nous offre de brèves respirations : ces courts moments où le point de vue devient celui de la commissaire qui enquête, et qu’interprète une Jeanne Cherhal quasi-débutante et parfaite. Les horreurs qu’elle révèle, parce qu’ils sont formulés et sortent du dénis, sont comme de sinistres bulles d’air.

Un silence n’est pas un film aimable. Mais c’est un film juste et terriblement fort, dont on sort secoué.

Dream Scenario (id.) – de Kristoffer Borgli – 2023

Posté : 24 février, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, BORGLI Kristoffer, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Dream Scenario

Aaaahhhhhhh !!!!! Enfin !!!! Ça, c’est le cri du cœur du fan de Nicolas Cage qui n’en pouvait plus depuis vingt ans (au moins) de clamer que, oui, Nicolas Cage est un acteur génial. « Non mais tu as vu les merdes qu’il enchaîne ?!! » « Oui, mais quand même : il a toujours ce petit grain de folie. » « Enfin, le mieux que le type a fait depuis vingt ans, c’est Le Pacte de Donaldson ! » « C’est pas tout à fait vrai : il a quand même fait Lord of War, le Bad Lieutenant d’Herzog, et Joe. Et il a tourné avec Schrader. » « Oui mais c’était dans La Sentinelle, et c’était raté. » « Euh… oui… mais quand même. »

Bref, on commençait à manquer cruellement d’argument pour défendre le Cage. Était-ce suffisant de souligner à quel point il était immense dans Sailor et Lula ? Ou de rappeler le génie outrancier de ses apparitions dans Peggy Sue s’est mariée ? Non, bien sûr : le premier a trente-quatre, et le second trente-huit. Depuis, une poignée de grands films, pas mal d’interprétations mémorables, et des dizaines de nanars pour un bilan que seule la filmo de Bruce Willis permet de relativiser.

Et voilà que, depuis quelques années, Nicolas Cage redevient hype. Bon. Un peu à la manière d’un Van Damme surtout, avec cette manière de s’autoparodier et de se plier au jeu du méta, de la mise en abîme, jusqu’à interpréter Nicolas Cage dans Un talent en or massif, très remarqué. Mais il y a aussi eu Pig, et aujourd’hui Dream ScenarioEnfin des films originaux, avec une vrai vision, et où lui-même est immense.

Il l’est dans Dream Scenario, en monsieur tout le monde totalement insipide, prof de fac un peu chiant socialement, et un peu terne physiquement, qui mène une vie on ne peut plus banales dans une famille tristement banale. Jusqu’à ce que la moitié de l’humanité se mette à rêver de lui. Pourquoi ? Comment ? On n’en saura rien et qu’importe… Mais cette soudaine notoriété va radicalement changer sa vie.

Pour le meilleur, croit-il, sauf que les rêves se transforment vite en cauchemars, et que l’image cool et tendance du brave type qui apparaît dans l’esprit de millions d’inconnus devient bientôt le symbole de l’horreur et de la violence, bouc-émissaire malgré lui de tous les travers de la société.

Choisir Nicolas Cage pour ce rôle est la meilleure idée de ce film qui ne tient pas tout-à-fait les promesses d’une intrigue très originale : malgré un beau travail sur le son et le montage, le rythme reste trop flottant, pas assez immersif. Mais Cage, acteur génial et hors du commun, est une incarnation paradoxalement parfaite de la banalité contrariée.

Dream Scenario, malgré sa fin assez peu convaincante, est un film assez passionnant sur le pouvoir des images, sur la cancel culture et la puissance des réseaux sociaux. Grâce à un scénario malin. Et grâce à un acteur génial.

Winter Break (The Holdovers) – d’Alexander Payne – 2023

Posté : 21 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, PAYNE Alexander | Pas de commentaires »

Winter Break

La période des fêtes est terminée. Si vous n’avez pas vu Winter Break, vous avez donc loupé le meilleur moment de l’année pour voir ce qui restera le plus beau film de Noël 2023. Cela dit, même si vous lisez ces lignes en juillet, le film reste très, très recommandable.

Winter Break n’invente rien : il réunit trois êtres solitaires que tout oppose dans un même lieu au moment des fêtes, et se livre à une sorte de thérapie collective dont on sort non pas euphorique, mais plein de confiances en l’être humain. Ce qui, en ces temps troublés, est déjà une sacré gageure.

Pour être précis, disons qu’Alexander Payne nous amène à ouvrir les yeux sur les autres, ceux qui ne nous ressemblent pas et qu’on a tôt fait de cataloguer : parce qu’ils sont austères, parce qu’ils ne sourient pas, parce que ce sont des gosses de riches… Et si, derrière tout ça, il y avait des souffrances, des cœurs qui battent, et même de belles âmes ?

Dit comme ça, Winter Break ressemble sans doute à un condensé de bons vieux clichés. Mais Alexander Payne a un regard, une délicatesse et une élégance, une manière de transformer ça en un merveilleux conte de la rédemption qui vous provoque deux, trois larmes, vous nouent le ventre, et dans le même mouvement vous tire de larges sourires de bien-être.

Et puis il y a la manière dont Payne signe un authentique film de 1970… C’est l’époque où l’histoire se passe : durant les vacances d’hiver, lorsqu’un professeur très dur (génial Paul Giamatti) est désigné pour rester sur le campus seul avec les pensionnaires qui ne passent pas les fêtes en famille. En l’occurrence un pensionnaire, brillant mais forte tête (Dominic Sessa, une révélation). Ajoutez à ça l’inamovible cuisinière (bouleversante Da’vine Joy Randolph), et voilà notre trio.

Payne signe un authentique film de 1970, disais-je. Pas seulement parce que la reconstitution est brillante, et que l’esprit de cette époque est parfaitement restitué. Mais aussi par tous ses choix esthétiques, jusqu’au grain de l’image… et au faux copyright dans le générique de début. Pourtant, jamais il ne donne l’impression de faire le malin : son film est d’une justesse absolue. L’esprit de Noël, sans mièvrerie. Pur bonheur.

Retribution (id.) – de Nimrod Antal – 2023

Posté : 18 janvier, 2024 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, ACTION US (1980-…), ANTAL Nimrod | Pas de commentaires »

Rétribution

Liam Neeson en action hero, acte 842. Oui, sauf que cette fois, pas de coup de poing, pas de clés de bras… L’acteur trouve un rôle qui sied parfaitement à son grand âge, passant la quasi-totalité du film assis au volant de sa voiture, dont il ne peut sortir au risque de déclencher la bombe que le mystérieux méchant a placée sous son siège.

Et voilà un concept qui évoque furieusement un certain Speed, référence évidente et assumée de ce thriller à l’ancienne, dont même le générique de début fleure bon le film de genre des années 90. Un plaisir régressif, donc ? Que oui. Parce que Retribution rompt avec la surenchère insupportable du cinéma d’action d’aujourd’hui, et avec les innombrables kick-asses à répétition de Neeson.

Neeson qui, en passant, donne la réplique dans une poignée de scène à une certaine Embeth Davidtz, qui fut l’une des révélations de La Liste de Schindler il y a tout juste trente ans, du temps où Neeson jouait des rôles autrement plus ambitieux dans des films autrement plus ambitieux. Mais ça, c’était juste une parenthèse.

Dans la longue série de films d’actions que Neeson enchaîne depuis une dizaine d’années, depuis le succès empoisonné de Taken, celui-ci sort donc du lot, par son concept fort, dont il ne dévie pas. Derrière la caméra, Nimrod Antal fait le taf assez brillamment, se jouant d’un scénario bourré de clichés sur la cellule familiale américaine pour signer un pur exercice de style tendu et imparable.

Le gars n’est pas du genre à faire du gras et à délayer. En 90 minutes montre-en-main, il réussit un thriller haletant, sans que jamais le fait que l’action-hero Neeson ne lève les fesses de son siège ne soit pesant. Ce n’est pas rien. Ce n’est rien de plus non plus, mais c’est déjà beaucoup.

Vincent doit mourir – de Stéphan Castang – 2023

Posté : 15 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, CASTANG Stéphan, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

Vincent doit mourir

Le fantastique pré-apocalyptique a décidément le vent en poupe ces temps-ci, dans le cinéma francophone. Après le formidable Acide, voici doit Vincent doit mourir, une petite production maligne basée sur une idée originale et assez (méchamment) drôle…

On a donc un type sans histoire, pas exceptionnel et pas très attachant (Karim Leklou, excellent), à qui rien d’original n’arrive jamais. Un jour, un stagiaire de sa boîte dont il s’est un peu moqué lui balance sans prévenir un ordinateur portable à la gueule. Bon. Le lendemain, c’est un stylo qu’un autre collègue lui plante dans la main. Peu après, une inconnue le course avec sa voiture après avoir croisé son regard…

La menace omniprésente, dans un décor quotidien… Dès le générique de début et sa musique électro et répétitive, on sent bien que le scénariste et réalisateur Stéphan Castang paye son tribut à John Carpenter, référence incontournable et omniprésente de toute cette génération de jeunes réalisateurs tentés par le cinéma de genre.

On salue l’ambition du truc, et l’originalité du propos, mais il faut quand même bien avouer que l’idée de base a une fâcheuse tendance à tourner en rond, qu’on en a vite fait le tour, et que cette idée de virus planétaire n’ajoute rien, nous privant simplement d’une atmosphère surréaliste pleine de promesses.

Reste un survival sympathique et bancal, avec quelques passages vraiment flippants, et d’autres vraiment marrants.

Le Garçon et le héron (Kimi-tachi wa dô ikiru ka) – de Hayao Miyazaki – 2023

Posté : 4 janvier, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MIYAZAKI Hayao | Pas de commentaires »

Le Garçon et le héron

Voilà bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds au cinéma pour voir un film d’animation. Le retour du grand Miyazaki était l’occasion idéale, surtout que Le Garçon et le héron était annoncé comme son film le plus personnel, abordant ses thèmes habituels et un contexte historique fort, en pleine Seconde guerre mondiale.

Ce n’est pas une première, loin de là : de Porco Rosso au Vent se lève, Miyazaki a souvent mis en écho les mondes merveilleux de son imagination à la violence des hommes, influençant par là un cinéaste comme Guillermo Del Toro, dont tous les grands films sont basés sur la même opposition.

Dans Le Garçon et le héron, c’est un peu comme si Miyazaki, octogénaire, résumait ou compilait toutes les idées, toutes les images, tous les univers qui ont marqué son cinéma, et qui auraient pu constituer d’hypothétiques films à venir. Une espèce de film-somme euphorisant, ou une accumulation un peu excessive d’idées… j’avoue hésiter un peu entre ces deux sentiments à la sortie de la salle.

Il y a en tout cas des moments d’une très grande beauté dans ces deux heures d’une densité folle, qui commence avec le plus grand des drames (la mort de la mère du jeune héros dans un incendie provoqué par les bombardements), pour nous plonger bientôt dans un monde parallèle de tous les possibles, où Miyazaki laisse libre court à son imagination fertile, oscillant entre la poésie la plus douce et certains gags un peu douteux.

Foisonnant jusqu’à l’extrême, Le Garçon et le héron enthousiasme souvent, laisse parfois dubitatif, et finit par bouleverser dans sa manière d’évoquer le deuil et la fin de l’enfance. Si ce devait être l’ultime film de l’auteur du Voyage de Chihiro, Le Garçon et le héron serait un beau film-testament.

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