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Archive pour la catégorie '2020-2029'

Le Blues de Ma Rainey (Ma Rainey’s Black Bottom) – de George C. Wolfe – 2020

Posté : 2 septembre, 2021 @ 8:00 dans 2020-2029, WOLFE George C. | Pas de commentaires »

Le Blues de Ma Rainey

Ma Rainey fut une authentique pionnière du blues au début du XXe siècle. Le dramaturge August Wilson en a fait la figure centrale d’une pièce, portée à l’écran pour Netflix avec Viola Davis dans le rôle de la chanteuse, et Chadwick Boseman (le héros de Black Panther mort peu après) dans celui d’un jeune trompettiste avide de se sortir de sa condition de « jeune musicien noir accompagnant une chanteuse noire pour de la musique noire pour les noirs ».

La musique, omniprésente, est pleine de vie. Les répétitions, comme les sessions d’enregistrement, sont pleines de vie. Mais les visages, souvent filmés en très gros plan, disent autre chose : l’envie viscérale de s’extirper de cette condition de noir, mais aussi la résignation, ou la rage, c’est selon. Un symbole, un peu facile mais fort : cette lourde porte fermée à clé que Levee, le personnage joué par Chadwick Boseman, ne cesse de vouloir franchir, longtemps en vain, et qui s’ouvre finalement sur une minuscule cour intérieur entourée de hauts murs.

Oui, c’est un peu facile, mais la mise en scène joue habilement avec la sensation d’enfermement et la moiteur ambiante. Le film est adapté d’une pièce de théâtre, et le scénario adopte largement le principe de l’unité de lieu : la caméra reste la plupart du temps, et longuement, entre quatre murs. Mais il y a dans la mise en scène de George C. Wolfe (lui-même dramaturge et homme de théâtre avant d’être cinéaste) une intensité, une urgence même, dans la manière de confronter les personnages, qui semblent souvent au bord de la rupture. Le réalisateur peine quand même à capter la fièvre de cette musique envoûtante : les images paraissent un peu sages et lisses sur la voix graves et profondes de Viola Davis/ Ma Rainey.

L’intrigue est réduite au minimum : une session d’enregistrement, une Ma Rainey capricieuse et comme engoncée dans un physique trop généreux, des musiciens d’accompagnement conscients d’être des faire-valoirs, et un jeune qui, lui, n’a pas cédé, s’imagine un destin au-delà de sa condition de noir venu du Sud : on est en 1927, à New York, une terre qu’il imagine pleine de promesses, où un jeune noir plein de talent peut se faire un nom avec ses propres chansons. La chute sera rude.

La Mission (News of the World) – de Paul Greengrass – 2020

Posté : 22 mars, 2021 @ 8:00 dans 2020-2029, GREENGRASS Paul, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Mission

Encore une victime du Covid… Saloperie, qui nous prive de tant de films en salles. Celui-ci, western qui sait prendre son temps et nous immerger dans un univers plein de beautés et de dangers, aurait certainement eu de la gueule sur grand écran. Quelques scènes, surtout, auraient sans doute eu une autre dimension : la belle séquence de la tempête de sable, et cette apparition quasi-fantômatique des Indiens Kiowas…

Même à la maison, News of the World est, quand même, un western qui a une dimension rare. Il faut dire que Paul Greengrass, cinéaste d’habitude très surestimé pour son abus tape-à-l’œil des caméras portées et mouvantes, met pour une fois la pédale douce à ses tics censés nous plonger dans l’action la plus réaliste qui soit. Et en calmant les mouvements saccadés de sa caméra, il approche ici une vérité inédite chez lui.

La caméra est toujours à l’épaule, les plans ne sont jamais totalement fixes, mais quand même… On sent Greengrass tenté par un classicisme fordien sans doute inspiré par ses paysages, et par le rythme lent de ce Sud américain de 1870, où l’action est rare et fulgurante. Pas tout à fait le monde des pionniers, pas non plus le monde moderne… une sorte d’entre-deux où la nature garde toute sa place, où les personnages vivent au gré des couchers de soleil, des intempéries et des accidents de voyage.

Tom Hanks retrouve son réalisateur de Capitaine Phillips. Il est ici un vétéran de la guerre de Sécession, du camp des vaincus, veuf, seul, qui vit désormais d’une ville à l’autre, où il lit aux habitants les nouvelles du monde, jusqu’à ce qu’il trouve une fillette d’une dizaine d’années, blanche arrachée aux Indiens qui l’avait enlevée lorsqu’elle était toute petite. Elle aussi dans une sorte d’entre-deux, ni blanche, ni Indienne…

Il est extraordinaire, Tom Hanks. Simple et intense, naturel et habité. Ce rôle ne lui vaudra sans doute pas un Oscar : trop retenu, trop pudique, pas assez spectaculaire. Mais cette simplicité même, et la justesse de la moindre de ses intentions, sont formidables. Immense acteur, quand même, qui semble se bonifier film après film.

News of the World est à son image, pudique et sensible. L’émotion reste ainsi discrète, d’abord comme étouffée par la grandeur des paysages, puis affleurant dans les regards de cet homme et de cette fillette dont les univers ont volé en éclat. Encore un effort, et Paul Greengrass pourrait bien devenir un vrai cinéaste classique. Son cinéma y gagnerait à coup sûr.

Mank (id.) – de David Fincher – 2020

Posté : 11 janvier, 2021 @ 8:00 dans 2020-2029, FINCHER David | Pas de commentaires »

Mank

Six ans après son précédent film (Gone Girl), Fincher signe une pure merveille, dont on sort avec tout à la fois le sourire, l’œil humide, et un amour démultiplié pour le cinéma et pour ceux qui le font. C’est un véritable miracle que réussit Fincher, avec ce film évoquant la genèse de Citizen Kane sous la plume du scénariste Herman Mankiewicz.

Dans le Hollywood des années 1930 que l’on découvre, à peu près tout le monde est cynique, manipulateur ou acide. La palme à Louis B. Mayer, puissant patron de la MGM et véritable ordure capable de pleurer devant ses employés pour leur faire accepter qu’ils baissent leurs salaires dans cette Amérique de la Dépression, en grand comédien cynique. Thalberg est plus honnête, mais pas plus intègre. Et Joseph L. Mankiewicz, le petit frère pas encore grand cinéaste, est un ambitieux qui sait où est intérêt. Orson Welles lui-même est un égocentrique guère séduisant…

Pourtant, Fincher filme ce Hollywood des débuts du parlant comme un paradis perdu, où le cinéma est la religion de tout le monde. Ils ont beau être odieux ou minables, tous sont habités par la création cinématographique. Hollywood était cruel ? Oui, mais on y faisait du cinéma, avec passion et dévotion.

Et le fait que Fincher tourne ce film pour Netflix, sans passer par la salle, dit tellement de l’état actuel du cinéma. On en pleurerait, si Fincher ne nous démontrait pas avec un tel éclat que le cinéma, le vrai avait encore sa place, ici ou là. Mank est plus qu’un cri d’amour au cinéma, c’est un grand film purement cinématographique, qui semble tourné pour d’immenses écrans de salles obscures.

Les grands espaces du désert du Mojave qui entourent la maison où Mank, alité après un accident, doit écrire le scénario de Citizen Kane… La vie trépidante des studios de la MGM… Les soirées exubérantes dans le domaine de William Randolph Hearst… Il y a dans Mank l’ampleur et la richesse formelle des grands films hollywoodiens.

Il y a aussi beaucoup de références à ce Hollywood-là en général (jusqu’aux marques de changement de bobines, disparues avec le numérique, et dont on réalise avec un pincement ce qu’elles représentaient : la place de l’homme dans le cinéma, de l’écriture à la projection), et à Citizen Kane en particulier bien sûr : la main qui lâche la bouteille, le motif de la luge de Kane sur le fauteuil de Mank… et l’image fugitive de cette « femme en blanc croisée sur un bateau »

Pour apprécier le film à sa juste valeur, sans doute faut-il avoir vu Citizen Kane, connaître Marion Davies, Louis B. Mayer ou Irving Thalberg. Mais Fincher signe un vrai, un grand film de fiction, prenant quelques libertés (le personnage de Shelly Metcalf, réalisateur qui vend son âme et ne s’en remet pas, n’existe pas dans la vraie vie) pour réhabiliter les vrais auteurs, ceux qui font des films sans compromission avec le cœur, les tripes, et en dépit de tout.

Inutile de préciser que Gary Oldman est immense dans ce rôle, à sa démesure mais tout en finesse. Grande prestation pour un grand film. Fincher, avec ce film écrit par son père il y a près de trente ans et tourné en noir et blanc, semble avoir encore franchi un cap. A la fois cinéaste classique, grand inventeur de forme (une scène d’ivresse extraordinaire au cœur du film), et amoureux du cinéma. Il est grand, son film est grand, et il fait un bien fou.

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary – de Rémi Chayé – 2020

Posté : 26 novembre, 2020 @ 8:00 dans 2020-2029, CHAYE Rémi, DESSINS ANIMÉS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Calamity

Ce qui frappe en premier, c’est l’extrême simplicité des dessins. Ce qui frappe ensuite, c’est l’extrême richesse que cache cette apparente simplicité. Dans le fond et sur la forme, Calamity est une merveille, un western animé féministe… Rien que ça. Et un film où la poésie, l’humain, l’action et l’engagement vont de pair.

Allez, disons-le. Avec son approche esthétique aux antipodes des grosses productions américaines, avec son authentique approche féministe et la générosité de son récit, Calamity est tout simplement l’un des meilleurs films d’animation de ces dernières années. En tout cas parmi les quelques-uns que votre serviteur a vus. Un film euphorisant et bouleversant, qui semble aussi pertinent dans sa peinture de l’Ouest sauvage que dans ce qu’il dit de la place des femmes dans la société.

Ce n’est pas un biopic. Le « une » du titre souligne que l’ambition se dirige plutôt vers le symbole que vers la vérité historique. Le film ne s’intéresse d’ailleurs qu’à un court épisode de cette enfance : quelques semaines durant le long voyage vers l’Ouest que fait la famille de la future Calamity Jane au sein d’une caravane à travers les vastes étendues pleines de dangers.

Jeune adolescente, Martha Jane Cannary y choque tout le monde par son refus de rester cloîtrer dans le rôle qu’on réserve aux femmes. Elle aussi veut vivre pleinement, goûter à cette liberté habituellement interdite aux femmes. Monter à cheval, conduire un chariot, porter des pantalons, avoir des cheveux courts… Martha aspire non pas à « être un homme », mais à vivre sa vie telle qu’elle l’entend.

La beauté du film tient surtout à sa manière d’être intelligent en s’inscrivant dans une logique de serial, d’être contemplatif et riche en action et en rebondissement, de confronter la jeune héroïne à de nombreux antagonistes sans jamais tomber dans un manichéisme primaire. Bref, d’éviter soigneusement toutes les cas habituelles. Et en ne cherchant pas à plaire à un public spécifique, Calamity s’impose comme un film d’apprentissage universel. Beau, très beau.

La Doublure (The Stunt Double) – de Damien Chazelle – 2020

Posté : 12 octobre, 2020 @ 8:00 dans 2020-2029, CHAZELLE Damien, COURTS MÉTRAGES | Pas de commentaires »

La Doublure

Une petite chose pas si anecdotique. Damien Chazelle signe son film sur iPhone, participant ainsi à la campagne de com d’Apple. Soit. Mais le résultat est assez enthousiasmant. Filmé sur iPhone, donc. Et surtout, destiné à l’iPhone, ou aux smartphones en général. La Doublure illustre en creux l’absurdité de regarder un film sur un écran de poche…

La taille et la dimension de l’écran ne sont pas des détails, pas plus que la posture du spectateur. Chazelle cadre et pense son film pour un petit écran vertical, et pour un spectateur pas captif. Le rythme est donc rapide, saccadé, les scènes s’enchaînent comme si on passait d’un site à l’autre, et tout est construit avec ce long cadre vertical.

C’est l’histoire d’un cascadeur, une doublure, qui réalise en sautant du toit d’un immeuble que son parachute est cassé. Durant la chute, aussi verticale que le sont les gratte-ciels, il repense au passé, à ce que furent les doublures depuis le temps du muet, jusqu’à l’ère des blockbusters…

Et c’est un joli hommage au cinéma que signe Chazelle, qui passe par tous les genres (américains), sans oublier bien sûr la comédie musicale, SON morceau de bravoure. C’est plus qu’une curiosité : un petit plaisir aussi fugace que gourmand.

Scooby (Scoob!) – de Tony Cervone – 2020

Posté : 25 septembre, 2020 @ 8:00 dans 2020-2029, CERVONE Tony, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Scooby

S’autoriser un petit plaisir régressif avec ses enfants, se replonger avec délectation dans une série animée au pitch immuable – des monstres qui terrorisent la ville et dont on finit par découvrir qu’il s’agit de M. Machin déguisé – et réaliser sans surprise mais avec abattement que Hollywood, en 2020, est devenu une machine monstrueuse qui abîme tout…

Ce pitch immuable tient le temps du prologue, qui suit la rencontre des personnages habituels de la série. Là, brièvement, on retrouve l’humour et l’esprit joyeusement régressif de la série de notre enfance. La suite prend une toute autre direction, avec de vrais monstres sortis des enfers, des super-héros, une menace pour la survie du monde. Le minimum syndical pour toute grosse production, donc.

On y croise aussi Capitaine Caverne, Diabolo et Satanas, et d’autres personnages de l’écurie Hanna-Barbera, dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire là. La réponse est simple, et atterrante : Warner a les mêmes ambitions que Universal qui voulait développer son univers de monstres avec son lamentable La Momie, soit avoir son propre univers animé déclinable à l’envi. Surtout ne plus inventer : user les marques connues jusqu’à la corde.

Lost Girls (id.) – de Liz Garbus – 2020

Posté : 24 mai, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, GARBUS Liz | Pas de commentaires »

Lost Girls

Flics incompétents, témoins cyniques ou simplement insensibles… Les hommes n’ont pas le beau rôle, et c’est tout le sujet de ce beau film inspiré d’une histoire vraie : comment une femme larguée se débat pour survivre, et pour sa fille disparue, avec qui elle a failli en tant que mère.

Le sous-titre le dévoile : cette histoire de disparition n’a jamais été élucidée. Pas totalement, non, et je n’en dirais pas plus, même si on n’est clairement pas dans un polar à intrigue. Ce n’est pas le suspense qui importe ici, mais le portrait de cette femme pas aimable, pas aimante, mais qui se révèle à elle-même dans la tragédie.

Dans ce rôle âpre et intense, Amy Ryan est formidable. Au moins autant que dans Gone baby gone, l’excellent film de Ben Affleck dans lequel elle interprétait, déjà, la mère d’une enfant disparue (rôle qui lui avait d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle). Elle est même assez incroyable, bloc prêt à exploser face à un Gabriel Byrne étonnant en flic à la fois classe… et nul.

Lost Girls ne révolutionne pas le genre, auquel il n’apporte même pas grand chose de neuf, c’est vrai. Mais le regard (de femme) porté sur les victimes désemparées (des femmes) face à des flics butés (des hommes) est édifiant. Et la réalisatrice Liz Garbus soigne le moindre de ses plans, pour créer une atmosphère dérangeante et glauque, d’une grande force.

L’Appel de la forêt (The Call of the Wild) – de Chris Sanders – 2020

Posté : 9 avril, 2020 @ 8:00 dans 2020-2029, FORD Harrison, SANDERS Chris | Pas de commentaires »

L'Appel de la forêt

Il y a tout ce qu’on attend d’un grand film d’aventures familial dans cette adaptation de Jack London. Des grands sentiments, de l’action, de l’émotion, des paysages splendides, des tas de rebondissements… Cahier des charges parfaitement rempli, pourrait-on souligner cyniquement. Certes, rien ne manque ici. Et ce n’est pas ce film qui bousculera les codes du film d’aventure. C’est une manière de voir les choses, qui a du vrai.

Il y en a une autre : celle du père qui partage un beau moment d’émotion au cinéma avec son fils. Conscient d’être devant un spectacle pas révolutionnaire, mais profondément généreux. Chris Sanders signe une mise en scène ample et spectaculaire, qui met en valeur une nature splendide : celle du Yukon des chercheurs d’or et des pionniers. Un retour à la nature d’une belle sincérité, sujet archi-rebattu qui reste percutant.

Les effets spéciaux sont bien un peu encombrants. Buck, le héros canin du film, est une pure création numérique. Normal, vu ses mimiques et ses réactions si précises. Mais même si sa perfection manque un peu de spontanéité et de naturel, il séduit ce Buck, révélant le meilleur des autres personnages : les autres animaux (numériques itou), mais aussi ses maîtres successifs, Omar Sy (en postier du grand Nord) et Harrison Ford, très bien dans son premier rôle original depuis cinq ans, celui d’un homme qui cherche la solitude dans les grands espaces déserts.

En vieil aventurier qui en a encore sous le pied, Harrison Ford émeut et enthousiasme. À le voir descendre des rapides en canoë ou crapahuter dans la neige, on en vient à rêver de le revoir un Fedora sur la tête et un fouet à la main.

 

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