Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie '1920-1929'

Tempête sur l’Asie (Potomok Chingis-Khana) – de Vsevolod Poudovkine – 1928

Posté : 19 août, 2010 @ 1:55 dans 1920-1929, FILMS MUETS, POUDOVKINE Vsevolod | Pas de commentaires »

Tempête sur l'Asie (Potomok Chingis-Khana) - de Vsevolod Poudovkine - 1928 dans 1920-1929 tempete-sur-lasie

Son visage et son regard sont opaques, presque imperméables, mais on n’est pas prêt d’oublier la prestation de Valery Inkijinoff, extraordinaire bloc de fureur retenue, qui habite ce film fascinant de Poudovkine, sans doute le chef d’œuvre du (grand) réalisateur de La Fin de Saint-Petersbourg. Dans le rôle d’un trappeur modeste, venu des steppes les plus reculées de Mongolie, que les Anglais voudront placer à la tête du pays lorsqu’ils le prendront pour « le descendant de Genghis Khan » (c’est la traduction littérale du  titre original), Inkishanov symbolise tout le peuple mongol opprimé de ces années 1920.

Avec Tempête sur l’Asie, Poudovkine a bel et bien signé un film symbolique. Le destin de ce jeune trappeur semble difficile à croire sur le papier ; mais à l’écran, il représente le destin d’un pays à la botte des Anglais (représentés d’une manière particulièrement odieuse), humilié et presque anéanti, jusqu’à ce que la fierté du peuple et sa volonté de rester libre ne finisse par entraîner une réaction qu’il semblait incapable d’avoir. C’est vrai du peuple mongol, et c’est vrai du personnage principal qui, après une première réaction violente (pour s’être fait volé une magnifique peau de renard), et après un bref passage au sein d’un groupe de résistant, se laisse juger, se laisse exécuter, ne doit la vie sauve qu’à ses ennemis (et à un concours de circonstance incroyable), et se laisse manipuler comme un objet, jusqu’à être travesti en « respectable » occidental… Mais derrière le masque de l’acteur, on devine la rage qui s’emmagasine. Et lorsqu’elle se libère, enfin, c’est une véritable explosion de colère et de rancœur, que rien ni personne ne peut arrêter. Le trappeur détruit tout autour de lui, la réaction du peuple mongol est lancée…

Tempête sur l’Asie n’a rien d’un documentaire, mais il décrit pourtant magnifiquement bien l’état d’esprit d’un peuple, rongé par l’humiliation et avide de liberté. Tourné dans d’impressionnants décors naturels (des steppes infinies et glaçantes aux verdoyantes montagnes, en passant par les villages de trappeurs très « westerniennes »), ce film rappelle qu’il n’y a pas qu’Eisenstein dans le cinéma muet russe. Loin de là.

Le monde entier a découvert Valery Inkijinoff grâce à ce film. L’acteur connaîtra à partir du début des années 30, et jusqu’à sa mort en 1973, une belle carrière internationale, apparaissant notamment dans Les Pirates du Rail et Les Pétroleuses de Christian-Jacque, Michel Strogoff de Carmine Gallone, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou de Fritz Lang, La Tête d’un homme de Julien Duvivier, ou encore Les Tribulations d’un Chinois en Chine : le fameux Mr. Goh, c’était lui.

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) – de Fritz Lang – 1921

Posté : 14 août, 2010 @ 9:35 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Cœurs en lutte / Quatre hommes pour une femme (Kämpfende Herzen / Die Vier um die Frau) - de Fritz Lang - 1921 dans 1920-1929 curs-en-lutte

C’est une nouvelle fois à Patrick Brion et à son indispensable Cinéma de Minuit que l’on doit la toute première diffusion télévisée de ce film qui a longtemps été réputé perdu, et dont une copie a été retrouvée par hasard au Brésil. Les intertitres originaux, en allemands, n’existent d’ailleurs plus : ils ont été reconstitués à partir des intertitres en portugais, tandis que la pellicule a été (très joliment) restaurée.

Lorsqu’il réalise Die Vier um die Frau (ou quel que soit le titre qui lui sera donné par la suite), Lang n’est pas encore considéré comme un cinéaste majeure, même s’il a déjà à son actif Les Araignées, qui avait connu un très gros succès. Il enchaînera avec Les Trois Lumières et Dr. Mabuse, qui assoiront définitivement sa réputation. Mais ce film, son septième, révèle déjà un immense talent pour le cadrage et la mise en scène (il est passionnant d’observer le moindre figurant : aucun ne reste sans rien faire à l’écran ; il est évident que Lang prête une grande attention au moindre détail, pour que chacun de ses plans soit dynamique et vivant), et davantage encore pour la narration.

Car Lang a toujours été un grand cinéaste de la narration. Un vrai cinéaste « populaire », qui s’est emparé tout au long de sa carrière des « genres » cinématographiques (le film noir, le film d’aventures, le western, la science fiction, le serial…) en se les appropriant sans jamais niveler par le bas. Car Lang fait confiance en l’intelligence du spectateur, ce qui est particulièrement frappant dans ce Cœurs en lutte. Difficile en effet de comprendre où nous conduit le réalisateur durant la première demi-heure du film, tant il multiplie les pistes et les personnages.

On a donc un notable berlinois, marié à la femme la plus courtisée de la ville, courtier à la bourse, qui s’encanaille la nuit venue en se livrant au trafic de bijoux. Lors d’une réunion clandestine, il rencontre par hasard un homme qu’il reconnaît pour l’avoir vu sur une photo envoyée à sa femme. Il décide de le suivre et de lui tendre un piège, persuadé qu’il est l’amant de sa femme. Mais l’homme en question est le frère jumeau de l’homme de la photo, qui était effectivement l’amant de la jeune femme avant son mariage avec le courtier… Vous suivez ?

Le scénario, complexe et malin (il est écrit par Lang avec son épouse The Von Harbou) joue avec les codes du théâtre de boulevard (il est d’ailleurs tiré d’une pièce à succès), avec le mari jaloux, les quiproquos, la femme finalement fidèle. Dans l’esprit, on est pourtant très loin du marivaudage habituel, et l’ambiance est plutôt au drame. Cette œuvre de jeunesse est en tout cas passionnante et particulièrement vive. Et c’est fascinant de voir un grand cinéaste naître sous nos yeux…

L’Aurore (Sunrise) – de F.W. Murnau – 1927

Posté : 13 août, 2010 @ 5:48 dans 1920-1929, FILMS MUETS, MURNAU Friedrich W. | Pas de commentaires »

L'Aurore (Sunrise) - de F.W. Murnau - 1927 dans 1920-1929 laurore

Il avait sans doute raison, François Truffaut, lorsqu’il disait de L’Aurore que c’était le plus beau film du monde… Il aurait aussi pu ajouter que Murnau est le plus grand réalisateur du monde. Si Griffith a inventé le langage cinématographique, Murnau a inventé la poésie cinématographique. En Allemagne, il avait déjà réalisé des monuments : Nosferatu, Tartuffe, Faust et surtout Le Dernier des Hommes. Mais pour ses premiers pas à Hollywood, où on lui a fait un pont d’or pour qu’il vienne travailler, il signe un film au-delà de tous les superlatifs.

L’histoire est assez simple : un homme, tenté par les charmes d’une séductrice, pense à tuer sa fiancée, avant d’avoir des regrets et de vouloir la reconquérir. Mais il y a dans L’Aurore une richesse infinie qui permet de l’aimer toujours plus à chaque nouvelle vision. Impossible, aussi, de classer le film dans une catégorie précise : film noir, histoire d’amour, suspense, comédie, drame… le film aborde tous ces genre, dans des ruptures de ton parfois brutales, qui représentent parfaitement l’état d’esprit du jeune héros, interprété par l’un des acteurs fétiches de John Ford, George O’Brien : le désir, la pulsion de mort, le regret, la tendresse, le bonheur, la culpabilité…

Les premières séquences évoquent ce qui sera appelé une dizaine d’années plus tard « le film noir ». On en retrouve toutes les caractéristiques : la petite ville de province un peu paumée, le jeune héros naïf, fasciné par la vamp venue de la ville et dont l’extrême liberté l’attire, et la douce fiancée prête à mourir pour son amour. Même visuellement, tous les codes du genre sont déjà là : les ombres menaçantes, les paysages de marais baignés dans la brume, le héros manipulé qui marche lourdement vers son destin (O’Brien avait les pieds lestés de plombs pour lui donner cette démarche inoubliable lorsqu’il pense tuer l’innocente Janet Gaynor)… Toute cette première séquence, oppressante et visuellement époustouflante, cite avant l’heure les grands films noirs qui seront tournés quinze ans plus tard, de La Griffe du Passé à Pêché mortel en passant même par La Nuit du Chasseur. Murnau serait-il le vrai inventeur du film noir ?

Mais si le cinéaste pose les bases d’un pur thriller, c’est pour mieux s’en détacher. Et il le fait par une longue séquence d’une beauté à couper le souffle, un long mouvement ininterrompu qui part du cœur des marais pour se terminer au cœur de la ville, une course en avant désespérée et silencieuse (et pas seulement parce qu’on est dans un film muet) au cours de laquelle l’homme, pétri de remord et d’amour cherchera avec l’ardeur du désespoir à trouver le regard de la femme dont il se rend enfin compte qu’elle vaut mieux que toutes les séductrices trop fardées de la ville. Dans cette course, la civilisation qu’ils vont devoir affronter pour se retrouver apparaît comme par miracle, par le biais d’un tramway qui serpente dans les bois, apparition surréaliste qui conduit les deux jeunes gens dans l’effervescence de la ville, décor oppressant et plein de dangers, qui finira par rapprocher le couple qui se retrouvera dans une étreinte  magnifique qui les coupera de leur environnement (sensation renforcée par une technique de surimpression restée célèbre). Seuls au monde, les deux amoureux font enfin la paix sur les bancs d’une église…

Car le film est, comme ça, moraliste et bourré de bons sentiments. Les femmes fardées de la ville représentent le pêché, alors que la simplicité de la vie à la campagne est érigée en modèle. Naïf, peut-être, mais beau à pleurer.

Et encore, on n’en est alors qu’à la moitié de l’histoire. Là où les autres cinéastes auraient trouvé une conclusion parfaite à un film déjà riche en rebondissements, Murnau rebondit encore. Ce qui l’intéresse, toujours, c’est de montrer à l’image ce qui se passe dans la tête de ses deux héros. Heureux ils sont, heureux le spectateur doit être : les séquences qui suivent sont un grand tourbillon festif. Et ce n’est pas tout encore, car pêché il y a eu, et châtiment il doit y avoir…

Trop pour un seul film ? Non, car l’inspiration de Murnau n’est jamais prise en défaut. Constamment inventif, il ne tombe jamais dans la surenchère gratuite. Chacun de ses plans est sublime, mais le moindre détail a un sens. En 1927, alors que le muet vivait ses dernières heures, Murnau signait le film ultime, une œuvre qui résume à elle seule tout ce que le cinéma a de plus beau.

• Une édition collector indispensable a été éditée chez Carlotta, dont on ne dira jamais assez de bien.  Cette très belle édition contient notamment un documentaire qui recrée, grâce au scénario et à de nombreuses photo, croquis et documents de tournage, Four Devils, le film que Murnau a tourné après L’Aurore et qui est réputé perdu. Le film est l’un des plus grands fantasmes des cinéphiles, qui rêvent de le voir réapparaître un jour…

1...1819202122
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr