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Archive pour la catégorie '1920-1929'

L’Opinion publique (A Woman of Paris) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 24 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Opinion publique

Premier film tourné pour la United Artist, et premier long métrage pour Chaplin, qui se lance un double défi : outre la durée, sans précédent pour lui, il lui fallait convaincre sans les frusques de Charlot. Sans apparaître à l’écran, même : car à part une furtive apparition en porteur de bagages à la gare (il y est méconnaissable), Chaplin reste derrière la caméra. Il se sent d’ailleurs obligé de prévenir le public par un carton qui ouvre le film.

Peine perdu : L’Opinion publique, encensé par la presse à l’époque, a été un cinglant échec public pour Chaplin, qui ne s’essayera plus jamais au drame pur comme il le fait ici, avec cette tragédie que n’aurait pas renié Cecil B. De Mille : l’histoire d’une jeune femme de la campagne qui fuit un père tyrannique et part tenter sa chance à Paris, laissant derrière lui un fiancé qu’elle retrouvera bien plus tard, bien trop tard.

C’est une expérience unique dans la carrière de Chaplin. C’est aussi un magnifique cadeau d’adieux qu’il offre à Edna Purviance, sa partenaire privilégiée depuis une dizaine d’années, qu’il juge alors trop mure pour continuer à jouer les emplois comiques, et à qui il tente d’offrir une nouvelle carrière d’actrice dramatique. Hélas, entre l’échec de L’Opinion publique et la perte du mythique A Woman of the Sea de Von Sternberg (1926), dont les copies ont semble-t-il toutes été détruites, cette nouvelle carrière est morte dans l’œuf.

Hélas, parce qu’elle est formidable, dans L’Opinion publique (qui aurait dû être le titre original du film, avant que Chaplin n’opte pour A woman of Paris pour calmer les censeurs d’Hollywood), en jeune femme déshumanisée par sa découverte du « Gai Paris », à qui sa nouvelle vie facile fait oublier les sentiments les plus purs qui l’animaient autrefois. Elle est formidable parce qu’elle semble toujours un peu en retrait : perdue face à la colère qui l’entoure dans un premier temps, puis elle-même indifférente à ce qui l’entoure.

Au premier abord, L’Opinion publique est un film étonnamment modeste, avec une histoire simple et linéaire, et une poignée de personnages seulement. Mais la simplicité apparente cache en fait la maîtrise totale de Chaplin, qui emmène le spectateur (et les personnages) où il veut, comme il le veut, en se moquant constamment des stéréotypes et des certitudes du spectateur (comme de ses personnages).

L’héroïne est par moment assez odieuses. Son ancien fiancé est, lui, un être faible, guidée par une vieille mère qui, sous ses airs de grand-mère idéale (c’est un peu la Lilian Gish de La Nuit du chasseur), contribue largement à faire naître la tragédie. Quant au riche oisif aux crochets duquel vit Edna (une jeune femme entretenue, donc), celui qui est censé être le méchant de l’histoire, il se révèle le personnage le plus attentionné, le plus compréhensif. C’est Adolphe Menjou, acteur suave qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, qu’il ne cessera de décliner avec plus ou moins de bonheur par la suite.

Chaplin filme avec délectation les soirées de débauche de ce Gai Paris, pour lequel il n’a visiblement pas beaucoup de goût. Et on jurerait que c’est aux mœurs d’Hollywood qu’il s’attache au fond, dans ce film cruel et beau qui marque une fois pour toute sa liberté totale. Et son génie de cinéaste, souvent en retrait au profit de l’acteur et de la poésie des personnages, qui prend toute son ampleur ici, et notamment lors d’un plan magnifique, tout en économie : le départ d’Edna qui s’apprête à monter dans le train, train dont on ne voit que les lumières des fenêtres se projetant sur elle.

Finalement, il n’y a qu’un défaut majeur au film : sa musique, que Chaplin a composé à la fin de sa vie, pour une ressortie en salles en 1976. Elle est plutôt belle en soit, mais ne colle que rarement à l’action, devenant même gênante lorsque les moments de pur drame sont accompagnés par des notes guillerettes. Cette musique a toutefois un intérêt historique: elle constitue le tout dernier travail achevé par Chaplin pour le cinéma avant sa mort.

Le Pèlerin (The Pilgrim) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 12 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Pèlerin

Dernier film de Chaplin pour la First National, The Pilgrim évoque d’une manière très curieuse The Adventurer (Charlot s’évade), le dernier film qu’il a tourné pour la Mutual. Dans les deux cas, Charlot y est un homme recherché par la police, comme si à chaque fois il voulait symboliser son envie de fuir la « prison » que représenterait sa maison de production du moment.

Comparer les deux films revient en tout cas à mesurer le chemin parcouru par Chaplin durant ces six années passées à la First National. Six ans au cours desquels il a pu expérimenter le luxe d’avoir le temps de peaufiner ses films, ses gags, d’enrichir son personnage et le fond derrière l’humour pur. Son rythme n’est alors que d’un ou deux films (courts ou moyens métrages) par an. Du grand luxe à côté du rythme effréné de ses débuts.

Après Jour de paye, Le Pèlerin confirme que Chaplin est au sommet de son art comique, et qu’il maîtrise désormais totalement sa mise en scène de l’action. Une séquence illustre parfaitement cette perfection de la narration : celle du prêche, où Charlot, bagnard évadé qui se fait passer pour un pasteur à la suite d’un concours de circonstance, mime la lutte de David (lui-même) contre Goliath (le monde extérieur). Tout un symbole…

Chaplin n’oublie pas l’humour pur, en multipliant les gags avec une imagination qui semble toujours sans fin (la scène du chapeau-gâteau notamment). Mais l’insolence du cinéaste, son envie profonde d’être un peu plus qu’un clown, sont bien perceptibles. The Pilgrim est une étape importante dans la filmographie de Chaplin : sa dernière comédie pure, son dernier court métrage (ou moyen métrage, disons), la dernière fois aussi où il se filme avec Edna Purviance.

La même année commencera pour lui l’aventure United Artists, grande ère de liberté absolue qu’il entamera avec L’Opinion publique, ses sublimes adieux avec la belle Edna. C’est une autre histoire…

Jour de paye (Pay Day) – de Charles Chaplin – 1922

Posté : 11 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Jour de paye

Une date : le dernier deux-bobines de Chaplin, et peut-être (sans doute) son meilleur, son plus drôle, son plus inventif, son plus parfait. L’un des plus représentatifs de son génie et de la richesse de son personnage aussi, même si Charlot n’est ici ni un être solitaire, ni un clochard. Pas « a tramp », donc : il est marié, et a un boulot. Mais sa femme est une sorte de pitbull tyrannique qu’il fait tout pour éviter. Et son job d’ouvrier du bâtiment est idéal pour que les pires mésaventures lui arrivent.

Après l’aventure extraordinaire de The Kid, et en attendant la totale indépendance qu’il s’offrira avec la United Artists, Chaplin doit encore quelques films à la First National. Avec celui-ci, il offre à ses « patrons » et au public exactement ce qu’ils attendent : une succession de gags irrésistibles, d’une inventivité folle, et au rythme imparable. Des gags en trois dimensions sur le chantier, dont il fait un terrain de jeu idéal : le moindre outils, le moindre recoin est source de gag. Et Chaplin est au sommet de sa géniale imagination.

On ne citera que l’usage extraordinaire qu’il fait de l’ascenseur du chantier, transformé en monte-plats inattendu. On retrouve la même inventivité dans la séquence nocturne du retour à la maison, où un Charlot exténué s’accroche aux saucisses pendues d’une épicerie ambulante (tenue par son frère Sidney) comme s’il s’agissait des poignets d’un bus. Ou dans les efforts qu’il fait, chez lui, pour échapper à la vigilance de son ogresse de femme.

Entre The Kid et L’Opinion publique, Pay Day peut avoir l’air d’une simple récréation pour Chaplin. Et ça l’est effectivement, d’une certaine manière : une sorte de parenthèse dans sa quête d’autre chose, d’un cinéma plus ambitieux et plus émouvant. Mais c’est aussi la quintessence du rire made in Chaplin. Peut-être la plus drôle de ses comédies pures.

Charlot et le masque de fer (The Idle Class) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 10 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot et le masque de fer

Des quelques films tournés par Chaplin à cette époque de transition, entre le coup d’éclat de The Kid et ses longs métrages, The Idle Class est celui qui semble le plus anodin. Il l’est d’ailleurs en partie, avec cette première moitié qui se contente grosso modo de recycler des situations et des gags déjà testés auparavant.

C’est le cas notamment lors d’une partie de golf où Charlot apparaît sous son jour le plus cynique, le moins tendre : un dandy raté, clochard se la jouant grand seigneur avec une majesté qui n’appartient qu’à lui. Cette partie est en quelque sorte l’aboutissement de tentatives de longue date (comme on peut le voir dans une mystérieuse ébauche de film, Charlot fait du golf).

Le film marque surtout parce qu’il redonne l’occasion à Chaplin de jouer un double rôle. Ce n’est pas une première : il l’avait déjà fait dans A night in the show. En revanche, c’est la première fois qu’il s’amuse avec le thème des sosies, le clochard étant pris pour un riche oisif porté sur la boisson (marié à la belle Edna Purviance). Ce qu’il refera bien sûr une vingtaine d’années plus tard dans Le Dictateur.

On n’est clairement pas sur le même registre, mais ce court métrage ne manque pas d’intérêt, dans ce qu’il dit en creux du pouvoir de l’argent et de l’apparence. Profitant bien malgré lui d’un bal masqué, Charlot peut durant un court moment expérimenter ce bonheur qu’il ne pouvait que rêver en croisant Edna au hasard d’un chemin.

L’espace d’un moment, Charlot le cynique devient tendre et émouvant, baissant la garde et frôlant même le sentimentalisme. Jusqu’à un coup de pied au cul final qui balaye tous ces rêves envolés. Pas si grave tout ça, tant qu’on reste fidèle à ce qu’on est…

Les Mains d’Orlac (Orlacs Hände) – de Robert Wiene – 1924

Posté : 17 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, WIENE Robert | Pas de commentaires »

Les Mains d'Orlac

Les adaptations cinématographiques du roman de Maurice Renard sont assez parfaites pour symboliser l’évolution du film fantastique à travers les décennies… et les pays. Avant l’âge d’or de l’horreur dans le Hollywood des années 30 (le film de Karl Freund en 1935), avant le renouveau du genre en Europe dans les années 60 (celui d’Edmond T. Gréville en 1960), c’est logiquement l’Allemagne expressionniste des années 20 qui ouvre le bal.

Et c’est un tandem mythique de l’expressionnisme qui s’y colle : le réalisateur du Cabinet du docteur Caligari Robert Wiene, et sa star Conrad Veidt. Qui en fait des tonnes, avec un jeu outré qui fait bien son âge, en pianiste vedette qui, après un accident de train, se voit greffer les mains d’un criminel qui vient d’être exécuté, et sent l’influence du tueur dont il a récupéré une partie du corps influer sur sa personnalité.

Mais Wiene, lui, sait créer une atmosphère bien flippante, avec un style plus retenu que … Caligari. La séquence inaugurale, surtout, est brillante : cet accident de train par lequel le drame se noue, et surtout l’impression de chaos que le réalisateur réussit à donner lorsque les secours arrivent.

La réussite du film tient beaucoup à son art de la mise en scène, à la fois spectaculaire et très attentive aux détails. La place des mains dans le cadre, notamment, ne doit jamais rien au hasard. Ces mains sont les personnages principaux du film, chargées d’un passé mystérieux et d’une menace sourde. si le jeu outré de Conrad Veidt laisse dubitatif, sa manière de dissocier ses mains du reste de son corps a en revanche quelque chose de fascinant, et de réellement effrayant.

Terre de volupté (Wild Orchids) – de Sidney Franklin – 1929

Posté : 12 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FRANKLIN Sidney | Pas de commentaires »

Terre de volupté

Une jeune femme mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle et qui la délaisse, obnubilé qu’il est par ses affaires. Un voyage à Java, où la chaleur étouffante désinhibe cette femme qui aime avoir le contrôle sur sa vie et ses sentiments. Une rencontre avec un prince séducteur et arrogant, au charme fou…

Et finalement, c’est un rôle sage, inhabituellement sage, pour Greta Garbo, qui joue ici les victimes : victime de son mari trop absent, victime de l’insistance lourdingue de ce beau prince, mais aussi victime de ses pulsions qu’elle a tant de mal à refréner avec cette chaleur et dans ce contexte exotique où tout semble possible.

Car cette femme bien comme il faut, issue de la bonne société de San Francisco, fidèle et amoureuse, est fascinée par cet étranger aussi séduisant qu’inquiétant, sorte de version policée du Cheik de Valentino ou du Forfaiture de Sessue Hayakawa. Un personnage que l’on découvre battant avec hargne l’un de ses larbins, image obsédante pour Garbo, qui en reverra avant d’assouvir ses pulsions.

A Hollywood, l’étranger est aussi inquiétant que fascinant. Cette vision paraît bien datée aujourd’hui, et le film l’est d’ailleurs, daté, avec son trop long intermède dédié aux danses javanaises, ou sa manière de représenter la société locale. Mais dans le rôle de ce prince asiatique, Nils Asther apporte un charme indéniable, charme que l’on retrouve d’ailleurs cette même année dans Le Droit d’aimer, autre film avec Greta Garbo.

Le film traîne quand même en longueur, et gagnerait à être resserré. C’est qu’il ne s’y passe pas tant de chose que ça, que l’exotisme n’est pas si fascinant, et que la mise en scène est globalement très plan-plan. Reste quand même une belle scène : celle de la chasse aux tigres, intense et pleine de suspense. Et Garbo elle-même, tout en nuances et très émouvante.

Sa vie (The Lady) – de Frank Borzage – 1925

Posté : 3 mars, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

The Lady

Même avec un gros mélo qui tâche, même avec un quart du film qui manque (deux bobines sur huit ont disparu, dans la première moitié du film), qui plus est avec une pellicule très abîmée dans quelques scènes, Borzage réussit à signer un beau film sensible et délicat, parsemé de très beaux moments de cinéma, et à imposer sa marque toute en bienveillance.

On sent bien pourtant que The Lady n’est pas une œuvre très personnelle, véhicule destiné à mettre en valeur sa star Norma Talmadge, alors au sommet et fort intense, même quand elle surjoue les grands yeux effrayés, les grands yeux bouleversés, les grands yeux amoureux, les grands yeux ravagés… avec ou sans main devant la bouche. Une grande actrice d’un autre temps, donc, mais dont l’intensité continue à émouvoir malgré tout.

Norma Talmadge, donc, dans un rôle en or : celui d’une patronne de bar vieillissante qui raconte à l’un de ses clients originaire du même village qu’elle sa vie riche et tragique. Ses débuts prometteurs de danseuse alors qu’elle avait tous les hommes à ses pieds, l’un d’eux finissant d’ailleurs par l’épouser : un riche fils de bonne famille qui l’emmène à Monte Carlo où il ne tarde pas à la congédier après qu’elle l’a trouvé dans les bras de sa maîtresse, une femme du monde.

Et la voilà quelques mois plus tard, élevant seule l’enfant qu’elle a eu de son ex-mari, tout en travaillant dans un music-hall. Mais le père du désormais défunt ex-mari débarque, réclamant son petit-fils… qu’elle confie donc à une brave dame qui l’emmène à Londres pour l’élever dans une famille aimante, avec de bonnes valeurs humaines…
Et ce n’est pas fini : ce long flash-back qui constitue la plus grande partie du film réserve d’autres épreuves à la belle, décidément taillée pour la tragédie. Un peu trop, pourrait-on craindre, surtout qu’on voit arriver gros comme ça le rebondissement qui survient bel et bien dans le « temps présent » du récit.

Mais Borzage sait doser l’émotion, et évite de tomber dans le pathos trop lacrymal. C’est rude, bien sûr, et ça vous prend aux tripes et au cœur. Mais l’humour n’est pas absent pour autant (notamment lors du trip halluciné du groom hilare après avoir fumé un gros cigare), et Borzage réussit à glisser in fine une bonne dose d’optimisme. Il fallait le faire…

Les Ailes (Wings) – de William A. Wellman – 1927

Posté : 28 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, COOPER Gary, FILMS MUETS, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Les Ailes

Le premier grand œuvre de Wellman, dédié aux héros de l’aviation bien sûr. De Wings à Lafayette Escadrille, toute son œuvre est habitée par ces pilotes (il fut l’un d’eux, de l’escadrille Lafayette justement), leurs amitiés viriles, leur grandeur d’âme, mais aussi leurs failles et leurs souffrances. En l’occurrence, les deux personnages principaux sont deux pilotes qui se disputent la même femme, mais que la guerre va rapprocher au point qu’ils deviendront les meilleurs amis du monde.

Wings, premier Oscar du meilleur film de l’histoire, reste l’un des chefs d’œuvre de Wellman, l’une des plus grandes réussites du genre, et l’un des films les plus saisissants consacrés à la Grande Guerre, autant pour le gigantisme des scènes de combat, impressionnantes, que pour le symbolisme de certaines images inoubliables : cette hélice qui s’arrête soudain devant un cimetière militaire à perte de vue…

Les images de Wellman sont, comme ça, pleines de symboles. Le premier plan montrant le jeune homme couché dans l’herbe, sans que le cadre montre rien du ciel que l’on ressent pourtant très fort ; la caméra posée sur une balançoire sur laquelle est assise la jeune femme avec l’un de ses prétendants, l’autre faisant son arrivée à l’arrivée plan ; ou encore ce superbe travelling fendant la foule aux Folies Bergères…

Visuellement très beau, le film frappe autant par la puissance de la reconstitution historique que par la force des rapports humains, un mélange de gigantisme (notamment le bombardement du village de Merdale, et d’intime qui frôle la perfection. Wellman trouve constamment le bon équilibre. Son film marque les esprits par d’impressionnantes scènes aériennes, qui restent hyper efficaces 90 ans après. Mais le cinéaste sait quand changer de ton pour éviter le caractère répétitif qui pourrait menacer.

A une séquence de combat filmée à grands renforts de figurants succède ainsi une escapade parisienne qui frôle la farce, le personnage principal, ivre, voyant des bulles de champagne sortir de tous les objets qui l’entourent. Un trucage incongru qui trouve parfaitement sa place, et qui cohabite joliment avec Clara Bow. Dans cette séquence, l’actrice crée le scandale en apparaissant (très brièvement) la poitrine dénudée, ce qu’aucun spectateur n’oubliera… au contraire du héros.

Il y a autre chose qu’on n’ait pas près d’oublier : l’apparition de Gary Cooper. Pas encore une star bien sûr, mais son unique séquence révèle déjà une aura hors du commun. Le révéler n’est pas le moindre mérite de ce film monumental.

Ils voulaient voir Paris (They had to see Paris) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 21 février, 2019 @ 8:00 dans * Pre-code, 1920-1929, BORZAGE Frank | Pas de commentaires »

Ils voulaient voir Paris

Déjà une star, Will Rogers a remporté un véritable triomphe avec cette comédie, son premier film parlant. Et le fait que Will Rogers soit l’interprète principal du film, et qu’il découvre la technique du parlant, ne sont pas des faits anecdotiques, tant ils dictent littéralement le rythme et le ton du film.

Certes, Rogers a choisi Borzage pour ses adieux au muet, ce qui en dit aussi beaucoup sur l’aura qu’avait alors le réalisateur de Seventh Hour. Mais They had to see Paris est avant tout un film de Will Rogers. C’est lui qui décide du rythme, avec de longs silences et des temps morts censés mettre en valeur ses mimiques, ses répliques, et sa nature d’homme rural.

Son personnage de plouc venu d’Oklahoma ressemble à s’y méprendre à tous ceux qu’il tournera jusqu’à la fin (précipitée par un tragique accident d’avion) de sa carrière, notamment ses rôles les plus connus chez John Ford (Judge Priest, Doctor Bull et Steamboat round the bend). Ce rôle-là, le garagiste simple et honnête Pike Peters, il le retrouvera d’ailleurs en 1932 dans Down to Earth, suite signée David Butler. Film d’autant plus personnel pour Rogers que la ville dont vient la famille Peters n’est autre que Claremore, la ville où l’acteur vivait.

Dans They had to see Paris, la femme de Pike Peters, grisée par la nouvelle fortune familiale, décide d’emmener ses enfants et son mari à Paris, pour qu’ils s’élèvent dans la société et profitent d’une vie culturelle riche. En fait de culture, la petite famille va passer beaucoup de temps dans les clubs de Pigalle, les enfants vont fréquenter un gigolo chasseur de dot pour l’une, une « danseuse » pour l’un, la maman va se la péter avec des gens du monde aux grandes manières, et le bon papa va voir sa jolie famille partir en quenouille…

« I’ve become pretty useless since I’ve been rich », résumera-t-il dans une séquence assez réjouissante où il découvre qu’il dispose désormais d’un valet pour l’aider à s’habiller. Sa manière de tenter de prononcer le prénom de ce valet, Frann… ssouah, est elle aussi assez drôle, tout comme ses tentatives discutables d’échanger quelques mots en français.

C’est à un festival Will Rogers qu’on assiste dans cette déambulation pleine de clichés sur les Français, d’autant plus rigolos que les Américains, et Rogers lui-même, ne sont pas épargnés. Fort sympathique, donc, mais aussi fort mineur dans la filmo de Borzage. Surtout que cette bluette arrive immédiatement après quelques-uns des plus beaux films de l’histoire.

Notre héros (Lazybones) – de Frank Borzage – 1925

Posté : 20 février, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Lazybones

Lazybones, c’est le surnom donné au plus grand flemmard d’une petite ville de l’Ouest. Un jeune homme qui passe ses journées affaler contre une clôture qu’il doit réparer, ou sur un arbre au bord de la rivière. C’est là qu’il sauve de la noyade une jeune désespérée terrorisée à l’idée d’annoncer à sa mère tyrannique qu’elle a eu un enfant durant ses années d’absence dans la ville où elle étudiait. Lazybones lui propose alors de recueillir le bébé… le temps que la maman arrange le coup avec sa famille.

Lazybones, c’est Buck Jones, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans le Just Pals de John Ford, loin de ses rôles habituels d’aventurier dynamique. Curieux hasard : Just Pals comme Lazybones marquent les débuts de leurs réalisateurs respectifs à la prestigieuse Fox, en 1920 pour Ford, cinq ans plus tard pour Borzage. L’univers de Lazybones, cette Amérique rurale profonde, semble d’ailleurs plutôt fait pour un Ford justement.

Mais Borzage se l’approprie totalement. Avec l’histoire de cet homme si paresseux, dont la personnalité ne se révèle vraiment que face aux coups du sort, Borzage signe un film plein et fort, entre humour, tendresse et drame. Et quel que soit le ton adopté, il ose systématiquement aller au bout de ses émotions.

Dans l’humour d’abord, avec cette première image d’une toile d’araignée immense qui s’est formée entre le pied de Steve (Buck Jones) et la clôture, contre laquelle il a adopté sa position de prédilection : affalé comme un sac. Le drame ensuite, avec le destin terrible de cette jeune femme forcée d’abandonner son enfant par une mère tyrannique… Zasu Pitts, dans ce beau rôle tragique, est bouleversante.

Comme souvent chez Borzage, il y a aussi la Grande Guerre qui vient bousculer l’équilibre des choses, même si le conflit se limite à l’écran à une courte séquence pleine d’une dérision inattendue. Au retour du héros, plus rien n’est vraiment pareil, le temps a passé, les sentiments ont changé…

La fin est profondément casse-gueule, Borzage flirtant avec l’indéfendable (non, tomber amoureux de son enfant, même adoptif, ce n’est pas défendable). Cette fin prend d’ailleurs de grandes libertés avec la pièce originale, qui allait plus loin encore. Elle souligne aussi avec beaucoup de sensibilité la solitude de son héros, et le gâchis de plusieurs vies sacrifiées.

Entre l’amertume et l’optimisme, ce beau film trouve un équilibre fragile. Jusqu’à la toute dernière image…

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