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La Femme au Corbeau (The River) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 27 octobre, 2010 @ 11:06 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Femme au Corbeau (The River) - de Frank Borzage - 1929 dans 1920-1929 la-femme-au-corbeau

Considéré comme irrémédiablement perdu durant des décennies, ce film mythique a été retrouvé par hasard dans les archives de la Fox, dans une copie nitrate que le temps avait en partie détruite. Tout le début du film a ainsi disparu, ainsi que la dernière bobine, et deux courtes séquences intermédiaires. Grâce au scénario final et aux notes de productions (déposés à la Fox), et à des photos de la collection personnelle de Borzage, le film a toutefois pu être reconstitué, avec des images fixes et des intertitres explicatifs, afin de pouvoir suivre l’intrigue.

Il n’empêche qu’on ne peut avoir qu’un jugement parcellaire sur ce film très différent des précédents mélos de Borzage (L’Heure suprême et L’Ange de la rue), mais visiblement aussi ambitieux. Il semble que les séquences manquantes donnaient une toute autre ampleur à la production : les photos nous montrent des dizaines d’ouvriers occupés à la construction d’un barrage (un décor magistrat reconstitué en studio, par le fidèle Harry Oliver) on ne peut que rêver à ces passages, probablement perdus à jamais. De nombreux personnages disparaissent ainsi totalement, et la grande majorité du métrage se concentre exclusivement sur les deux personnages principaux, interprétés par Charles Farrell et Mary Duncan, couple que Murnau reformera l’année suivante pour City Girl.

Les deux personnages principaux sont suffisamment bien dessinés pour que la perte des premières séquences n’empêche pas de se passionner pour la naissance de leur passion. D’un côté, Charles Farrell, jeune homme maladroit avec les femmes, mais épris de liberté, coincé avec la péniche qu’il a construite par le chantier du barrage, et qui doit rester amarré là durant tout l’hiver. De l’autre, Mary Duncan, la petite amie d’un petit caïd qui vient d’être enfermé pour meurtre, et qui doit elle aussi passer l’hiver dans ce camp déserté jusqu’au printemps.

Les deux jeunes gens se retrouvent seuls, chaperonnés par un étrange corbeau qui semble là pour s’assurer de la fidélité de la belle : lui, innocent comme un enfant ; elle, vraie femme à la sensualité exacerbée, dont les poses lascives et les cambrures sont autant d’appels au sexe… On comprend que Borzage ait préféré Mary Duncan (actrice maudite : ses trois principaux films ont été des échecs publics sans appel, Four Devils, de Murnau, ayant par ailleurs disparu) à l’innocente Janet Gaynor, qu’il retrouvera toutefois pour le magnifique Lucky Star.

On ne peut évidemment avoir qu’un avis parcellaire sur ce film, mais la relation naissante de ces deux jeunes amants est, elle, parfaitement sauvegardée. Et elle est passionnante. Au fur et à mesure que la carapace de la dure Mary Duncan s’effrite, le gamin Charles Farrell s’affirme, jusqu’à une explosion de rage au cours de laquelle, pour contenir sa passion et sa frustration, le gars se met à abattre les arbres à la chaîne, par une nuit glaciale battue par une tempête de neige. Une vision de folie qui poussera Farrell aux portes de la mort.

Mais comme toujours chez Borzage, l’amour est plus fort que la mort ou la maladie. Mary Duncan ramènera l’homme qu’elle aime à la vie en se blottissant contre son corps nu, dans une scène d’une rare sensualité. The River est une parenthèse dans cette période très romantique de Borzage : jamais le réalisateur n’a abordé de manière aussi frontale l’aspect physique de l’amour, et la résonance que peut avoir l’attirance sexuelle de deux êtres. C’est gonflé, et c’est superbe.

Lucky Star / L’Isolé (Lucky Star) – de Frank Borzage – 1929

Posté : 25 octobre, 2010 @ 6:45 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Lucky Star / L'Isolé (Lucky Star) - de Frank Borzage - 1929 dans 1920-1929 lucky-star

Après Seventh Heaven et Street Angel, Borzage retrouve pour la dernière fois son couple-mythique, Janet Gaynor et Charles Farrell, pour un film beaucoup plus dépouillé et, d’une certaine manière, apaisé, mais toujours sublime. Fidèle au tournage en studio, et au génial chef décorateur Harry Oliver, Borzage place son histoire dans une campagne pauvre, mais magnifiée, entrelacs incroyable et séduisant de collines, de cours d’eau, d’arbres et de chemins tortueux.

Dans ce décor presque irréel, Borzage fait preuve d’une grande économie de moyens, et de personnages. Il ne faut que quelques séquences, magnifiques (et une bagarre mémorable au sommet d’un poteau téléphonique) pour planter le décor, et présenter les quatre personnages du film : le brave ouvrier, travailleur et courageux ; le rival, fainéant et profiteur ; la jeune femme, sauvageonne et débrouillarde ; et la mère, laborieuse et aigrie. Comme dans une tragédie grecque, l’action se cantonne à ces quatre personnages, liés par un même destin. Même lorsque la guerre éclate (nous sommes en 1914), les deux hommes se retrouvent ensemble dans les tranchées, à l’autre bout du monde. Et lorsque notre héros se retrouve paralysé, c’est à cause de son éternel rival.

Mais la partie la plus mémorable du film commence après le retour des tranchées, avec cette relation qui unit bientôt la sauvageonne et le vétéran coincé sur son fauteuil. La relation évolue radicalement lors d’une scène à tomber par terre : le héros décide d’enlever la crasse qui recouvre la sauvageonne. Alors qu’il commence à la nettoyer, il réalise brusquement que l’enfant qu’il avait connue avant la guerre est désormais une femme. Le trouble s’installe, plus rien ne sera comme avant.

Ces deux-là s’aiment, ça saute aux yeux. Et le couple Janet Gaynor/Charles Farrell, décidément l’un des plus beaux de l’histoire du cinéma, fonctionne à merveille. Plus encore, peut-être, que dans les précédents films réalisés par Borzage. Tout le film raconte la naissance de cet amour, de l’indifférence mutuelle à la passion la plus folle. Une passion qui surpassera tous les écueils, et qui poussera notre héros paralysé à se lever et à courir dans la neige, dans une scène miraculeuse, belle à pleurer, qui n’est pas sans rappeler la « résurrection » du même Farrell à la fin de L’Heure suprême, revenu d’entre les morts et fendant la foule pour retrouver la belle Janet.

Lucky Star est le dernier film muet de Borzage, le réalisateur ayant dû en tourner en parallèle une version sonorisée pour le marché américain. Ces deux versions avaient totalement disparues, jusqu’en 1990. Et fort heureusement, c’est la version muette qui est réapparue. La force des images de Borzage n’aurait sans doute rien gagné à être parasitée par des dialogues dont on se passe parfaitement.

L’Ange de la Rue (Street Angel) – de Frank Borzage – 1928

Posté : 20 octobre, 2010 @ 12:40 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Ange de la Rue (Street Angel) - de Frank Borzage - 1928 dans 1920-1929 lange-de-la-rue

Les premières images de ce mélo magnifiques sont trompeuses : on songe alors immanquablement à une version italienne de L’Heure suprême, tourné l’année précédente par Frank Borzage, avec le même couple d’acteurs, Janet Gaynor et Charles Farrell. On retrouve un personnage féminin étonnamment proche, pauvre jeune femme vivant dans une mansarde insalubre, et victime d’une injustice policière. On retrouve aussi un grand décor hollywoodien : une version fantasmée des bas-fonds de Naples, comme le décor du film précédent était une vision fantasmée du Paris de 1914.

La comparaison est d’autant plus incontournable que L’Ange de la rue est une « conséquence » directe de L’Heure suprême : la Fox et Borzage cherchaient un sujet qui pouvait permettre de retrouver l’esprit (et les acteurs) du film, qui a connu un succès immense en salles, le choix se portant finalement sur une pièce de théâtre italienne.

Le film, magnifique, est pourtant très différent : alors que Diane, dans le précédent film, était l’innocence incarnée, Angela, ici, est une jeune femme au regard dur, prête à se prostituer pour trouver l’argent dont elle a besoin, et bien décidée à ne pas tomber dans le piège de l’amour. Dur, volontaire, et parfois impitoyable… Mais tout cela, bien sûr, n’est qu’une façade que la belle a dressé pour se protéger, et qui s’effondrera grâce à un jeune peintre aussi pauvre que talentueux, qui saura découvrir sa vraie personnalité. C’est lorsqu’elle découvre le portrait qu’il a fait d’elle, et où il la présente comme une vision angélique, que le masque tombe, et que les deux jeunes solitaires se trouvent enfin…

L’Ange de la Rue, curieusement, est peut-être plus dur que L’Heure suprême, même si le spectre de la guerre ne plane pas sur ce Naples d’opérette. Alors que Diane et Chico étaient mus par une foi à toute épreuve, que même la mort ne pouvait pas venir remettre en question, Angela et Gino sont séparés par le mensonge, les non-dits, et la difficulté de croire en l’autre les yeux fermés. Mais chez Borzage, l’amour est plus fort que tout, et la rédemption arrive au moment où on l’attend le moins… dans une église, dans une scène qui évoque furieusement L’Aurore de Murnau, dont Borzage était un proche, les deux hommes ne cachant pas leur admiration l’un pour l’autre.

Mélange très heureux de légèreté et de gravité, L’Ange de la Rue est un mélo sublime, porté par l’un des plus beaux couples de cinéma de l’histoire. L’alchimie parfaite qui existe entre Janet Gaynor et Charles Farrell est sublimée par la manière dont Borzage filme les séquences intimes. Elle trouve son apogée dans deux scènes extraordinaires : le dîner déchirant où Angela fait ses adieux, sans lui dire, à Gino ; et les retrouvailles douloureuses, dans la brume du port, où les deux amoureux marchent longuement, deux solitudes rongées par la rancœur ou le remord, qui se dirigent lentement l’un vers l’autre. C’est visuellement somptueux, et d’une immense force émotionnelle…

L’Heure suprême (Seventh Heaven) – de Frank Borzage – 1927

Posté : 18 octobre, 2010 @ 2:11 dans 1920-1929, BORZAGE Frank, FARRELL Charles, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Heure suprême (Seventh Heaven) - de Frank Borzage - 1927 dans 1920-1929 lheure-supreme

Frank Borzage a déjà une solide carrière derrière la caméra (plus d’une cinquantaine de films réalisés depuis 1916) lorsqu’il signe ce chef d’œuvre ultime, qui le fait définitivement entrer dans la cour des très, très grands. On est ici dans du pur mélo, mais du mélo de classe internationale, d’une beauté inouïe, dont je vous met au défi de ressortir sans avoir versé une larme de joie ou de tristesse…

L’histoire, déjà, va très loin dans le mélodrame : un brave égoutier sauve du suicide une pauvre fille qui vit seule avec sa méchante sœur. Pour l’empêcher d’être arrêtée par la police, il affirme que la fille est sa femme, et doit donc l’emmener vivre avec lui. Peu à peu, les deux jeunes gens tombent amoureux. Mais au moment précis où le gars se décide à dévoiler son amour, il est appelé pour rejoindre l’armée française : on est à Paris, en 1914.

Toute la première partie du film raconte la rencontre des deux jeunes gens, Chico et Diane, et l’éveil de leurs sentiments. Et cette heure fait partie des plus grands moments du cinéma mondial, tout simplement. Visuellement, déjà, le film est une splendeur, tourné dans un Paris de cartes postales, entièrement reconstitué en studios : pas un Paris réaliste, mais un Paris fantasmé, tout en pierres, en ruelles, en pavés, et en vieilles affiches très art-déco. Un Paris de rêve, même si on est ici dans les bas-fonds, au sens propre comme au sens figuré : le film commence « sous » Paris, dans les égouts, où travaille le bon Chico, dont la grande ambition est de monter d’un étage, et de devenir nettoyeur de rues, « pour être avec les gens, et pas avec les rats ». Franchement, vous en connaissez beaucoup, des films, où la seule ambition du héros est de devenir nettoyeur de rue ?

Le film, qui ne s’appelle pas Seventh Heaven pour rien, n’est fait que de ces mouvements verticaux, synonymes de réussite et de bonheur : Chico qui passe des égouts à la surface, et surtout le nouveau couple qui gravit, dans un long travelling vertical sublime, les sept étages qui les conduisent à l’appartement de Chico, appartement ouvert sur le ciel, qui surplombe un Paris dont on ne voit que des toits et les flèches du Sacré Cœur et de la Tour Eiffel. Un appartement que Diane compare immédiatement au Paradis, ce qui sera d’ailleurs confirmé par l’incroyable dernier plan du film…

Cette première partie est une pure histoire d’amour, belle à pleurer, la rencontre magique de deux êtres démunis et solitaires, qui trouve son apogée avec un dialogue (muet évidemment) sublime : « Chico… Diane… Heaven… » Tellement innocent, et tellement beau…

Et la guerre éclate, séparant les amoureux ; les batailles font rage (la plupart des scènes de guerre ont été tournées par John Ford), les taxis conduisent les soldats vers la Marne… Les années passent, sur le front comme à Paris. Mais les deux amoureux continuent à se parler chaque jour, à 11h, comme par magie… Et puis la guerre prend fin, certains reviennent, d’autres pas. Et la douleur des veuves est d’autant plus grande que dehors, l’heure est à la liesse générale. Mais rien n’est jamais vraiment perdu pour ceux qui s’aiment, et qui ont la foi…

Hangman’s house / La Maison du bourreau (Hangman’s House) – de John Ford – 1928

Posté : 15 octobre, 2010 @ 5:59 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Hangman's house / La Maison du bourreau (Hangman's House) - de John Ford - 1928 dans 1920-1929 hangmans-house

John Ford n’a pas attendu L’Homme tranquille pour aimer l’Irlande. Avec ce film muet très sympathique, l’immense cinéaste, ici en mode mineur, nous livre déjà une belle ode à la verte Albion. Cette volonté de mettre en valeur l’Irlande donne d’ailleurs les meilleures séquences de ce film sympathique : le retour au pays du « Citoyen Hogan », indépendantiste recherché par les autorités, qui avait trouvé refuge dans la Légion Etrangère, et qui revient pour venger sa sœur, abandonnée par son fiancé. Ce retour est l’occasion pour Ford de signer quelques très jolis plans bucoliques, d’une Irlande baignée dans la brume, où les habitants semblent tous issus du même clan : malgré son déguisement, le « Citoyen Hogan » est immédiatement reconnu par les villageois et les paysans qu’il croise sur son chemin.

Sa vengeance se mêle bientôt à une histoire d’amour contrariée : l’homme qu’il recherche vient d’épouser la fille de l’ancien juge du comté, surnommé le bourreau pour avoir condamné à mort un nombre incroyable de personnes (alors qu’il est gravement malade, le « bourreau » aura une vision hallucinée et très marquante des condamnés qu’il a conduits à la mort, visages déformés par la mort qui apparaissent dans le feu de sa cheminée). La jeune femme n’accepte le mariage que pour respecter la volonté de son père mourant, mais elle en aime un autre, évidemment, brave jeune gars que le Citoyen Hogan prendra sous son aile.

Hogan, c’est Victor McLaglen, resté dans les anales comme un second rôle indispensable de l’œuvre fordienne, habitué aux rôles d’Irlandais forts en gueule et portés sur la boisson (du Massacre de Fort Apache à L’Homme tranquille). Mais McLaglen fut, après Harry Carey, l’un des héros de prédilection de Ford : entre la fin de sa période muette et le début du parlant, l’acteur a souvent tenu la tête d’affiche de ses films (jusqu’à son rôle inoubliable dans Le Mouchard).

Hangman’s House est un film profondément sympathique, mais assez inégal. Outre la manière dont Ford présente l’Irlande et les Irlandais, on retiendra surtout une très jolie séquence de course de chevaux, qui n’apporte rien d’autre au film qu’un vent de fraîcheur bienvenu, l’incendie final assez spectaculaire, ou encore un plan magnifique suivant une barque traversant les marais, qui évoque l’atmosphère de L’Aurore, de Murnau, sorti l’année précédente.

On retiendra aussi que le film marque l’une des premières collaborations de Ford avec John Wayne : l’acteur apparaît furtivement dans la fameuse scène où les visages des pendus défilent dans la cheminée, et une seconde fois parmi le public qui assiste à la course de chevaux.

Evangeline (id.) – de Edwin Carewe – 1929

Posté : 8 octobre, 2010 @ 6:22 dans 1920-1929, CAREWE Edwin, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Evangeline (id.) - de Edwin Carewe - 1929 dans 1920-1929 evangeline

On l’a oublié aujourd’hui, mais Edwin Carewe fut un réalisateur important à Hollywood, vers la fin du muet. On lui doit en particulier de très grosses productions épiques et romanesques, peuplés de personnages très marqués par leur dévotion religieuse : Resurrection en 1927, Ramona (l’adaptation d’un roman à succès déjà porté à l’écran par D.W. Griffith - ici) en 1928, et ce Evangeline, qui surfe évidemment sur le succès des deux précédents films. On y retrouve le même ton, la même actrice (Dolores Del Rio), le même romantisme tragique, et la même importance de la religion : les personnages sont des êtres profondément pieux, ce qui visiblement plaît beaucoup à Carewe (qui a d’ailleurs reçu le soutient des autorités religieuses pour le tournage de son film), et qui colle parfaitement au cadre de son histoire, à savoir l’Acadie du milieu du XVIIIème siècle.

Une époque tragique pour cette province du Nord de l’Amérique, puisque le peuple « historique » est déporté par les Anglais, qui gouvernent le pays, en l’espace de quelques années seulement. Cette tragédie est le sujet même du film de Carewe (dont le scénario s’inspire d’un célèbre poème racontant le terrible destin d’une Acadienne ayant vécu cet exode forcé), mais ce qui concerne tout un peuple est symbolisé par un seul village. C’est un choix narratif qui ne plaira évidemment pas aux puristes de l’Histoire, mais qu’importe : en simplifiant le récit, le film gagne en efficacité, le destin de milliers de personnes étant symbolisé par celui d’une poignée de personnages.

Le résultat est un mélodrame flamboyant, passionnant, et franchement plombant dans sa dernière partie.

Ça commence en fait comme un beau mélo bucolique, avec deux jeunes gens amoureux, un village où il fait bon vivre, un amoureux éconduit, et un mariage qui se prépare dans la liesse générale. Mais l’ombre de la tragédie à venir plane, et se noue bientôt à grands coups de bottes qui claquent. Point de grands combats, ici, même si la violence est souvent à deux doigts d’exploser : mais à chaque fois, le bon homme d’église est là pour rappeler le principe de non violence. Oui, les Acadiens savaient mieux que quiconque tendre l’autre joue… On a l’air de se moquer, là, mais cette première partie est terriblement émouvante, et le magnétisme de Dolores Del Rio, visage atypique, mais d’une grande beauté, n’est pas étranger à cette émotion qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

Pendant toute la première heure, l’émotion ne cesse de monter, et c’est le ventre serré qu’on arrive au point culminant du film : cette extraordinaire séquence de l’exode forcée, où des centaines de soldats anglais obligent des milliers de pauvres Acadiens à s’embarquer dans des bateaux, dont les destinations sont inconnues. Et ce n’est pas du cinéma au rabais que Carewe nous offre là : chaque Acadien, chaque soldat, et chaque bateau, est bien présent à l’écran (et sans effets spéciaux, s’il vous plaît). On se rend compte, alors seulement, qu’on est dans une très grosse production. Mais surtout, dans un grand film, car la dimension de cette séquence ne paralyse pas le réalisateur, qui nous offre ici un moment terrifiant de cinéma, illustrant en quelques minutes l’atrocité qu’on impose à tout un peuple : sans ménagement, les soldats poussent les Acadiens vers les bateaux, n’hésitant pas à séparer les mères des enfants, les épouses des maris… et Evangeline de son fiancé.

Après cette montée graduelle et constante en puissance, jusqu’à un sommet d’émotion, c’est comme un autre film qui commence, un peu moins convaincant, hélas : Evangeline va passer des années (mais vraiment des années) à rechercher son bien-aimé, parcourant le Sud de l’Amérique (dans de magnifiques paysages de Louisiane, notamment, où le film a réellement été tourné), mais les élipses plutôt brutales ne permettent pas de prendre la dimension du temps qui passe. Autant le dire, il arrivera les pires catastrophes autour d’Evangeline, au cours de son interminable quête. C’est déchirant, violent, douloureux. Et franchement plombant.

Beyond the rocks / Le Droit d’aimer (Beyond the Rocks) – de Sam Wood – 1922

Posté : 5 octobre, 2010 @ 6:04 dans 1920-1929, FILMS MUETS, WOOD Sam | Pas de commentaires »

Beyond the rocks / Le Droit d'aimer (Beyond the Rocks) - de Sam Wood - 1922 dans 1920-1929 beyond-the-rocks

Je ne suis un fan ni de Gloria Swanson (beaucoup trop « diva » à mon goût) ni de Rudolph Valentino (dont le charme et le mystère me semblent avoir beaucoup vieilli), mais l’un comme l’autre sont absolument remarquables dans ce film, qui plus est un chef d’œuvre. Longtemps, Beyond the rocks a été considéré comme étant irrémédiablement perdu. Il faisait même partie des grands fantasmes des cinéphiles, jusqu’à ce qu’une copie soit miraculeusement retrouvée en 2003. Restauré (magnifiquement), le film a eu droit à une projection officielle au festival de Cannes, accompagné d’une nouvelle musique sublime. Le film est historique, bien sûr, parce qu’il marque l’unique rencontre de deux des plus grandes stars du muet (les stars partageaient rarement l’affiche, à cette époque-là). Mais il s’agit surtout d’une immense réussite artistique.

Gloria et Rudolph, donc, sont étonnants de sobriété dans ce film romanesque à souhait. Elle, qui d’habitude en fait des tonnes, est constamment dans la note juste, apportant une jolie dimension tragique à ce personnage de jeune femme prête à se sacrifier corps et âme pour ce qu’elle croit juste : d’abord pour son père, pour qui elle décide d’épouser un homme qu’elle n’aime pas ; puis pour respecter son serment, pour lequel elle repousse ce jeune comte qu’elle aime pourtant passionnément. Ce qui donne lieu à quelques séquences belles à couper le souffle, et à faire battre le cœur le plus endurci…

Le film est aussi réussi dans sa partie « intime » que dans ses séquences spectaculaires. Et il y en a beaucoup, dans ce film romanesque, qui nous emmène des côtes anglaises à Paris en passant par les Alpes. C’est du grand spectacle que nous offre Sam Wood, avec des décors impressionnants, du suspense… La séquence du « sauvetage » de Gloria par Rudolph dans les montagnes est ainsi très réussie.

Mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour, vibrante, tragique, romantique… Comme on les aime, quoi.

L’intelligence du film, aussi, est de n’avoir pas affublé Gloria Swanson d’un mari antipathique. Cet homme qu’elle épouse en croyant faire plaisir à son père (lui aussi un brave type) n’a certes rien d’attirant : fat, fainéant, triste comme la mort… il est pourtant un vrai mari aimant, prêt à tout pour rendre sa femme heureuse. Prêt à tous les sacrifices, même, ce qu’il fera dans un désert du Sahara très « carton-pâte », une séquence qui n’est sans doute pas la plus enthousiasmante, mais qui ne gâche pas l’immense plaisir que l’on a à découvrir ce mélo.

Le plaisir, surtout, que l’on a à voir Gloria Swanson et Rudolph Valentino absolument sublimes. Et si ce Beyond the rocks était le film de leur vie, à l’une comme à l’autre…

The Locked Door / Le Signe sur la porte (The Locked Door) – de George Fitzmaurice – 1929

Posté : 26 septembre, 2010 @ 6:41 dans 1920-1929, FITZMAURICE George, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

The Locked Door / Le Signe sur la porte (The Locked Door) - de George Fitzmaurice - 1929 dans 1920-1929 the-locked-door

J’ai toujours eu un avis très nuancé à propos de Barbara Stanwyck, mais il faut bien que je me rende à l’évidence : c’est une immense actrice. Dès ce Locked Door, souvent considéré comme son tout premier film (elle avait en fait déjà  fait une apparition dans un film muet, quelques mois plus tôt), elle réussit une performance magnifique. Le rôle, pourtant, n’était pas facile.

Jeune femme bien mariée, elle tente d’oublier que, quelques mois avant de rencontrer celui qu’elle allait épouser, elle avait été embarquée par la police alors qu’elle passait la soirée avec un séducteur qui avait tenté d’abuser d’elle, et de la faire boire (on est alors en pleine Prohibition). Cet épisode de sa vie paraît bien loin, mais le séducteur réapparaît, au bras de la jeune sœur de son mari. Elle tente de convaincre le bellâtre de se retirer, et c’est là que le cauchemar commence : alors que Barbara est chez le séducteur, son mari arrive, lui aussi pour inciter l’homme à oublier sa sœur. Barbara se cache, une bagarre éclate entre les deux hommes, un coup de feu retentit. Le mari a abattu le salaud. Ignorant la présence de sa femme, il efface les traces, sort de l’appartement, et ferme la porte à clé, enfermant Barbara, obligée d’appeler la police…

On sent bien que l’histoire est parfaitement taillée pour le théâtre. C’est d’ailleurs le cas : le film de Fitzmaurice est adapté d’une pièce de Channing Pollock. On pouvait donc s’attendre au pire : en ces premiers mois du cinéma parlant, la majorité des films reposaient entièrement sur l’attrait du son, oubliant le plus souvent la forme et le langage cinématographique. Les adaptations paresseuses de pièces de théâtre étaient alors légion. Surprise, donc : The Locked Door n’a rien de paresseux, et se révèle même une très grande réussite (peu de films parlants de 1929 peuvent être qualifiés de la sorte). Le réalisateur parvient à instaurer une belle ambiance angoissante dès les premières séquences. Les comédiens (exception faite de l’immense Barbara Stanwyck, bien sûr) sont un peu fadasses, mais ils sont tous d’un naturel étonnant dans les scènes dialoguées, parfaitement crédibles alors que l’influence déclamatoire du théâtre était très répandue au début du parlant.

Et puis, donc, il y a Barbara Stanwyck, dont le regard d’abord enthousiaste, puis paniqué, des premières séquence, est inoubliable. Cette actrice, qui naît avec le parlant, est paradoxalement particulièrement bouleversante dans les scènes muettes. L’une de ces scènes, en particulier, est à montrer dans toutes les écoles de comédie : lorsqu’elle se rend compte qu’elle est enfermée avec un cadavre, et qu’elle ne pourra éviter ni la police, ni les soupçons de son mari, ni le scandale… Le visage de l’actrice qui se décompose peu à peu vous glace littéralement le sang. C’est du très grand art.

On peut aussi souligner la présence, dans le rôle de la réceptionniste, de Zasu Pitts, vedette comique depuis le début des années 20, dont la dégaine inimitable apporte une légèreté bienvenue dans des séquences plutôt dramatiques.

Just Pals / Pour la sauver / Pour le sauver (Just Pals) – de John Ford – 1920

Posté : 15 septembre, 2010 @ 6:44 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Just Pals / Pour la sauver / Pour le sauver (Just Pals) - de John Ford - 1920 dans 1920-1929 just-pals

Un petit Ford première période, mineur, mais très sympathique. Le jeune réalisateur (il a alors 25 ans) a déjà à son actif plus d’une trentaine de westerns, tournés essentiellement avec son ami Harry Carey, dont certains laissent déjà transparaître le génie fordien. Avec Just Pals, l’un de ses premiers longs métrages à être arrivés jusqu’à nous (la plupart sont perdus), Ford signe le portrait bucolique d’un petit village américain où il semble faire bon vivre. « Semble », car derrière l’apparente légèreté du propos, Ford n’épargne pas les bons Américains, prompts selon lui à condamner à l’emporte-pièce, et enclins à pratiquer le lynchage. Cette séquence de lynchage, parenthèse étonnamment sombre dans un film plutôt léger, est d’ailleurs l’une des plus belles de ce film court mais très riche.

Le sympathique Buck Jones y interprète Bim, « le bon à rien du village », un jeune oisif allergique au travail, mais avec un cœur gros comme ça. Les habitants n’ont que mépris pour ce type tout juste considéré comme faisant partie du paysage local, mais à qui personne ne prête vraiment attention. Et pourtant, ce Bim a du cœur, il est secrètement amoureux de la jolie institutrice, mal fiancée à un type qui révèlera vite sa vraie nature. Bim est aussi le seul à réagir lorsqu’un enfant, vagabond, est molesté par l’agent de sécurité d’un train qui arrive en gare. Un geste qui attirera l’attention de l’instit, et qui scellera l’amitié entre le jeune homme et le garçon, qui deviendront inséparables.

C’est un peu une variation sur le même thème que Le Kid, de Chaplin, sorti l’année précédente, mais sans mélo, et sans burlesque. On est plus ici du côté de l’action, voire même du suspense policier. Le film de Ford, malgré sa courte durée (une cinquantaine de minutes), est particulièrement dense : une histoire d’amour, une comédie bucolique, un suspense, un film social… Just Pals est un peu tout ça à la fois.

Le film ne fait pas partie des grands chef d’œuvre de Ford ; dans les années qui suivent, il fera beaucoup  mieux avec des films comme Four Sons, Le Cheval de fer ou Trois sublimes canailles, des chefs d’œuvre du cinéma muet (tous ces films, ainsi que Hangman’s House, sont d’ailleurs réunis dans un coffret DVD  indispensable, uniquement en zone 1 : « Ford at Fox, silent epics »). Mais Just Pals porte déjà indéniablement la marque de Ford. Visuellement, le film alterne les scènes un peu anonymes et les plans magnifiquement construits, où la profondeur de champs est souvent merveilleusement utilisée. Motif incontournable dans l’œuvre de Ford, les barrières sont également omniprésentes, soulignant avec beaucoup de délicatesse (et de très jolis effets visuels) la différence de classe entre Bim et l’institutrice, notamment.

Just Pals est un peu brouillon, certes, mais on y retrouve déjà le goût de Ford pour des valeurs simples et « à l’ancienne », ces mêmes valeurs que l’on retrouvera magnifiées tout au long de sa carrière, de Judge Priest à L’Homme tranquille, en passant par Vers sa destinée. Just Pals, c’est aussi un immense cinéaste en train de se construire…

NEWS : fin du muet, début du parlant, cinq films restaurés en DVD

Posté : 14 septembre, 2010 @ 4:09 dans 1895-1919, 1920-1929, 1930-1939, BEAUDINE William, CAREWE Edwin, FITZMAURICE George, GRIFFITH D.W., LEONARD Robert Z., LeROY Mervyn, NEWS, WOOD Sam | Pas de commentaires »

News fin du muet

Les Films du Paradoxe éditent fin octobre cinq films hollywoodiens restaurés, dont la plupart sont inédits en DVD. Au programme de cette fournée : deux films du début du parlant, et surtout trois muets particulièrement importants, parmi lesquels Sparrows (1926), le chef d’œuvre de William Beaudine avec Mary Pickford, film qui a visiblement inspiré Charles Laughton pour La Nuit du Chasseur. La petite fiancée de l’Amérique interprète une orpheline qui vit avec d’autres enfants dans la bicoque d’un homme qui les exploite, au cœur des marais. Le film existait déjà en DVD chez Bach Films. Cette nouvelle édition est proposée avec, en bonus, un court métrage de Griffith datant de 1910 : Ramona.

Autre film à ne pas rater : Beyond the Rocks (1922), un film de Sam Wood avec un couple de légende, Gloria Swanson et Rudolph Valentino (c’est leur unique collaboration). Cette histoire d’amour impossible entre une femme mariée et un noble européen, était réputée perdue, jusqu’à sa redécouverte en 2003. En bonus : une présentation par Martin Scorsese, et surtout un autre film tourné par Valentino : Delicious Little Devil, de Robert Z. Leonard (1919).

Les trois autres films sont de vrais raretés, présentés dans des éditions simples, sans bonus.

Evangeline, d’Edwin Carewe (1929) : une histoire d’amour en Acadie, contrariée lorsque les Britanniques envoient les hommes en exil ; l’héroïne passera sa vie à rechercher son bien-aimé…

The Locked Door, de George Fitzmaurice (1929) : l’un des premiers films parlants, et la deuxième apparition de Barbara Stanwyck. L’actrice interprète une jeune femme fraîchement mariée, qui voit réapparaître l’homme qui avait tenté d’abuser d’elle quelques mois plus tôt.

Tonight or never, de Mervyn LeRoy (1931) : Gloria Swanson interprète une chanteuse d’opéra qui finira par devenir une grande cantatrice, lorsqu’elle connaîtra enfin la passion…

Tous ces DVD seront en vente le 20 octobre.

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