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Le Cheik (The Sheik) – de George Melford – 1921

Posté : 19 février, 2017 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, MELFORD George | Pas de commentaires »

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Alors là, voilà un film qui porte bien lourdement ses presque cent ans d’existence. Compassé, bourré de clichés, mis en scène sans grande inventivité par un George Melford qui use et abuse des cartons explicatifs, incapable de faire parler les images seules (c’est particulièrement vrai dans la première partie du film et les longues scènes d’exposition)… Bref, difficile de comprendre pourquoi Le Cheik fut à ce point un triomphe populaire lors de sa sortie, et pourquoi il fit de Rudolph Valentino un mythe, et le premier latin lover du cinéma américain.

Les yeux écarquillés, le sourire trop appuyé, Valentino surjoue constamment, et échoue à rendre son personnage vraiment inquiétant. Dommage: c’était là le principal enjeu du scénario, l’histoire d’un chef arabe qui enlève une belle Anglaise partie seule pour un road trip dans le désert (enfin, seule blanche, parce qu’une riche Anglaise ne voyage jamais sans une suite de vingt larbins locaux), pour en faire sa femme, ou son esclave c’est selon.

Si Rudolph est assez peu crédible en cheik arabe, Agnes Ayres fait aujourd’hui figure d’erreur de casting en beauté pour laquelle tous les hommes semblent prêts à se battre. Et même selon les critères de 1921, difficile d’imaginer que l’actrice ait pu réellement jouer les sex-symbols. Elle est pourtant pas mal dans la première partie du film, en jeune femme libre et indépendante. Mais voir ce personnage qui, cinq minutes plus tôt revendiquait son indépendance totale, obéir benoîtement à l’homme qui l’a enlevé lui ôte d’emblée toute complexité.

On se doute bien que ces deux-là vont finir par s’aimer. Mais le chemin qu’ils font vers l’un l’autre aurait gagné à être plus nuancé, et à jouer d’avantage sur la psychologie des personnages. Surtout lorsqu’un ami français du Cheik (Adolphe Menjou, très bien) débarque en plein désert et fait remarquer à son pote que c’est pas bien d’enlever une femme blanche… avant de recommencer à refaire le monde tout sourire.

On ne s’ennuie pas, pourtant. Parfaitement rythmé, le film utilise formidablement les décors exotiques et originaux : des villes en plein désert et surtout de grandes et belles tentes pleins de tapis et tentures, qui créent une atmosphère assez plaisante. Avec aussi de belles scènes de chevauchées dans le sable, et une bataille finale épique et dynamique, qui tient ses promesses.

Mais quand on commence à prendre un vrai plaisir, et à se dire que la morale est (à peu près) sauve, un ultime rebondissement assène le coup de grâce. Au moment où, ça y est, les deux héros sont conscients de leur amour l’un pour l’autre, Adolphe Menjou balaye les dernières réticences : en vrai, Rudolph Valentino n’est pas Arabe. Ça n’a aucun intérêt pour l’histoire, mais ça permet d’autoriser une love story bien comme il faut.

Le Droit d’aimer (The Simple Standard) – de John S. Robertson – 1929

Posté : 5 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, ROBERTSON John S. | Pas de commentaires »

Le Droit d'aimer (The Simple Standard) - de John S. Robertson - 1929 dans 1920-1929 Le%20Droit%20daimer_zpsgckmdkau

Très joli, ce mélo muet qui emprunte des sentiers très balisés, mais qui possède un charme de chaque instant. La présence de Greta Garbo y est pour quelque chose. La star, d’un naturel aussi confondant que son charme insondable, réussit à rendre profondément attachante un personnage d’enfant gâté dont la vie d’enfant gâté l’étouffe, et qui rêve d’une toute autre vie… d’enfant gâté.

Oui, parce que la belle rebelle Arden (c’est son nom) ne fréquente pas n’importe quels hommes pour sortir de sa condition. Ses scandales, elle les crée auprès du chauffeur de la famille certes, mais ce chauffeur est le fils déclassé d’un Lord. Puis auprès d’un aventurier qui l’embarque dans un tour du monde à la voile en solitaire… Hmmm. Un richissime oisif, oui, qui embarque dans un voilier grand comme ma maison, avec une bonne dizaine d’hommes d’équipages. Côté rébellion, on a vu plus audacieux.

En choisissant la voie de la simplicité, le film de Robertson évite celle du gros mélo qui tâche. Et se contente d’être le beau portrait d’une femme qui rêve de liberté et d’égalité entre les sexes, et qui réalise peu à peu que la vie est plus complexe que ses désirs de jeunesse. Ni féministe, ni misogyne, le film n’épargne personne : ni les hommes, jouisseurs et égoïstes, ni les femmes, hypocrites et cancanières.

Mais il n’est pas totalement cynique non plus : les trois personnages principaux de ce triangle amoureux sont tous positifs et sympathiques. C’est ce qui est vraiment réussi dans cette histoire finalement assez classique : le film trouve sa place quelque part entre la noirceur abyssale et l’optimisme béât.

Le fil rouge, c’est l’évolution de Greta Garbo. Et à travers lui, mine de rien, le film met à mal le grand romantisme hollywoodien, et sa vision idéaliste qui, visiblement, conduit au drame : c’est ce qui se passe dans cet hallucinant suicide à la voiture dans la première partie. A la fin du film, un autre suicide se profile, tout aussi étonnant. Mais Garbo a évolué. Elle est devenue mère (à propos, ce gamin et son sourire… aux antipodes des mioches têtes à claque que l’on voit trop souvent !), a mûri, s’est assagie…

On peut voir ça comme une ode très américaine à la famille, ou comme un mélo tendre et adulte… The Single Standard est en tout cas une belle réussite. Un film simplement beau, et émouvant.

Un cottage dans le Dartmoore (A Cottage on Dartmoore) – d’Anthony Asquith – 1929

Posté : 4 décembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, ASQUITH Anthony, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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Fils du Prime Minister Herbert Henri Asquith, Anthony Asquith fut aussi l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma anglais de l’entre-deux-guerre (et même au-delà). On lui doit notamment Pygmalion et The Browning Version, qui seront tous deux remakés. On lui doit aussi ce très beau Cottage on Dartmoore, chant du cygne de l’ère muette britannique : cette même année, Hitchcock tourne Chantage, le premier film parlant de la production nationale.

C’est donc une époque charnière. Et ce n’est pas anodin si l’une des scènes clés du film se déroule dans un cinéma projetant un talkie. Ce (beau) clin d’œil n’a rien d’une critique ironique, comme Chaplin pourra en faire dans Les Temps modernes ou même Les Lumières de la Ville : Asquith filme des spectateurs captivés par le film qu’ils regardent, et dont nous ne voyons rien, sinon les différentes émotions qui se lisent sur les visages. Une belle manière de saluer l’arrivée d’un art nouveau… Et paradoxalement, cette longue séquence est aussi le triomphe du cinéma muet et de son langage en voie de disparition, puisque tout est dit par l’image, et par la seule force de celle-ci.

Ce beau mélo mâtiné de suspense est bien représentatif de cette fin des années 20 durant lesquelles le muet est à son apogée. Et Asquith a un sens aiguisé de l’image et du récit. Dès la première scène, avec ses magnifiques clairs-obscurs (une séquence d’évasion, dans les beaux paysages de lande du Devon que le cinéaste met superbement en valeur), Asquith impose un univers visuel absolument splendide.

La construction est également séduisante, avec ce très long flash-back qui revient sur l’histoire de cet évadé et de la jeune femme chez qui il se réfugie. Mais pourquoi s’y rend-il ? Par amour ? Par soif de vengeance ?… Le film joue sur les deux tableaux, avec un bonheur total : Asquith passe de la romance au film noir avec une belle aisance. Et il nous offre un superbe condensé du plaisir cinématographique : on se retrouve le sourire aux lèvres lors de cette jolie soirée dans la pension familiale ; puis haletant lors de la traumatisante scène du rasoir… Comme les spectateur des talkies : la technique s’apprête à changer, mais le cinéma restera le cinéma.

La Naissance d’un Empire (Tide of Empire) – d’Allan Dwan – 1929

Posté : 30 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, DWAN Allan, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Difficile de se repérer avec précision dans l’imposante filmographie d’Allan Dwan, mais ce Tide of Empire semble être son tout dernier film muet. Il bénéficie en tout cas d’une vraie bande son, où quelques bruitages (bruits de castagnettes, coups de feu, cris de poulets…) sont mêlés à la musique. Ce qui, très honnêtement, n’apporte pas grand-chose, et ferait même presque perdre de la magie du muet. Cela dit, muet, le film l’est bel et bien.

C’est aussi l’une des très grosses productions de celui qui fut l’un des cinéastes fétiches de Douglas Fairbanks. Un western dont l’ampleur rappelle celle du Cheval de Fer de Ford, et annonce La Piste des géants de Walsh, à la fois pour les moyens déployés (des centaines de figurants, de nombreux décors, et quelques trucages remarquables comme ce saut de la mort au-dessus d’un large ravin,figure certes classique du western muet, mais dont le montage hyper efficace renforce le suspense) et pour le sujet central, pour lequel le titre donne un bel indice.

Comme souvent dans les grandes fresques, il est question d’un monde qui s’effondre, et d’un autre qui s’annonce, dans cette Californie des années 1840 bousculée par la fièvre de l’or. Et on a le droit à toute l’imagerie liée à cet épisode : les villes champignons qui apparaissent en quelques jours, les longues files humaines formés par ces aventuriers en quête de fortune, les lynchages sommaires…

Mais Dwan raconte cette histoire à travers la romance de deux symboles que, forcément, tout oppose: d’un côté la fille d’un riche propriétaire hispanique, de l’autre l’un de ces aventuriers blancs dont l’arrivée renverse totalement l’ordre établi. Une idée pas neuve, certes (même en 1929), mais parfaitement exploitée par Dwan, aussi à l’aise dans les scènes intimes que dans les grands mouvements de foule. D’autant plus que les deux acteurs, Renée Adorée et Tom Keene, sont plutôt excellents (malgré les sourires constants de ce dernier), et rendent parfaitement crédibles leur attirance-répulsion si complexe.

En fait, le film fait mouche sur à peu près tous les registres : le suspense, l’émotion, l’humour (avec le personnage haut en couleurs, hélas pas suffisamment exploité, du geôlier et de ses prisonniers ambulants), l’action bien sûr. Et visuellement, c’est souvent très spectaculaire, et filmé par un cinéaste qui reste encore à redécouvrir. Il faut voir cet éblouissant travelling arrière filmé à la grue sur une ville-champignon grouillante de vie ; ou ce plan serré sur des bottes qui suivent des traces de sang sur un plancher… Allan Dwan est un grand !

Anna Karénine (Love) – d’Edmund Goulding – 1927

Posté : 27 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, GOULDING Edmund | Pas de commentaires »

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Très libre adaptation de l’œuvre de Tolstoï, dont Garbo tournera d’ailleurs une autre version, parlante cette fois, sous la direction de Clarence Brown. De la première rencontre au happy end, le film prend bien des distances avec le roman original ?

Au moins le titre anglais, en se démarquant clairement du roman , annonce-t-il la couleur. Avec ce film, la MGM voulait d’avantage mettre en valeur son couple star autour d’une grande histoire d’amour romanesque, que signer une adaptation luxueuse.

Le plus beau dans ce film, c’est la tension sensuelle qui se dégage de la relation entre Garbo et John Gilbert. Dès leur toute première rencontre, dans cette auberge au milieu de la steppe enneigée, cette tension est palpable et fait tout oublier. Et c’est bien ça le plus réussi : cette impression que toutes les tempêtes, toutes les hostilités, tous les écueils disparaissent dès que ces deux-là sont ensemble.

Pas ou peu de grandiloquence, d’ailleurs. Il y a bien quelques scènes d’envergure comme celle du bal, ou celle de la chasse. Mais même là, les nombreux figurants finissent par disparaître pour ne laisser la place qu’à un tête-à-tête entre les deux vedettes.

Même la relation, belle et douloureuse, entre Anne et son fils finit par passer au second plan. Même la cruauté inflexible du mari trompé finit par devenir secondaire… Anna Karénine est avant tout une histoire d’amour. Belle et tragique.

Dommage quand même que la dernière partie soit expédiée en quelques minutes seulement. En n’évoquant la longue quête de Vronsky, censée durer des années, qu’en une (petite) poignée de plans, le happy-end qui arrive un peu brusquement perd de la force émotionnel qu’il aurait dû avoir.

Les 10 commandements (The Ten Commandments) – de Cecil B. De Mille – 1923

Posté : 25 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, De MILLE Cecil B., FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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Sommet du cinéma hollywoodien biblique, Les 10 commandements version Charlton Heston n’est pas le remake de cette première version déjà réalisée par Cecil B. De Mille. Non, le film de 1956 n’est le remake que du prologue de cette version muette de 1923 : les 50 premières minutes, illustration chapitre par chapitre du destin de Moïse et des Hébreux dans l’Egypte de Ramsès II.

Ce prologue n’est certes qu’une succession de faits marquants, sans le souffle lyrique du remake. Mais la marche des esclaves, l’avancée des chars, le mur de flammes ou, bien sûr, la traversée de la mer rouge sont déjà très impressionnants. De Mille, alors roi de la « comédie conjugale », fait ses premiers pas dans le cinéma de la démesure. Et son sens du spectacle est déjà extraordinaire.

Qu’il filme des milliers de figurants ou qu’il utilise les trucages de l’époque (des surimpressions, essentiellement), l’ampleur de sa mise en scène est toujours au service de l’histoire. 33 ans plus tard, il donnera une dimension encore plus impressionnante à l’histoire de Moïse (pour ce qui sera son dernier film). Mais cette version 1923 est déjà franchement bluffante.

Bon. Sur le fond, on est quand même dans la pure illustration biblique. Tout le film, d’ailleurs, baigne dans une bien-pensance et un moralisme qui, quand même, rompt assez radicalement avec le cynisme et la liberté de ses grandes comédies conjugales, souvent autrement plus audacieuses en matière de mœurs.

On retrouve un peu de ce ton, par bribes, dans ce qui est en fait le cœur du film: le drame contemporain. Car lorsque Moïse a brisé les tables de la loi, De Mille enchaîne avec le plan d’une bible que l’on referme : une mère lisait cet épisode à ses deux grands garçons. Deux hommes qui, bien sûr, s’apparaîtront à des versions modernes des frères ennemis du récit biblique.

Le premier (joué par Richard Dix) est honnête, travailleur et humble. Le second (Rod La Roque) est ambitieux, jouisseur et impie. Tous deux tombent amoureux de la même femme (Leatrice Joy, très émouvante), mais c’est autour d’une église que leurs destins se sépareront irrémédiablement : une église que le second est chargé de construire, et pour laquelle il utilise un béton de mauvaise qualité pour faire de plus grands bénéfices.

Non, la symbolique n’est pas légère. Mais De Mille a du savoir faire, et un sens unique du spectacle, même dans un récit finalement aussi simple que celui-ci. Le meilleur: une séquence au sommet de l’église en construction, où les sentiments se dévoilent sans fardn, et où tous les masques semblent tomber. A la fois beau… et vertigineux, dans le sens premier du terme.

Le Baiser (The Kiss) – de Jacques Feyder – 1929

Posté : 2 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Pre-code, 1920-1929, FEYDER Jacques, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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Bref passage à Hollywood pour Feyder, qui en profite quand même pour réaliser le tout dernier film muet de la Divine, Greta Garbo.

Au regard de ses chefs d’œuvre antérieurs ou postérieurs, reconnaissons que The Kiss fait figure d’aimable bluette, fort sympathique certes, mais tout à fait anecdotique.

Il y a tout de même quelques très belles choses dans ce film, qui mêle habilement romance, suspense et film de prétoire sans génie, mais avec un savoir faire très hollywoodien dont parvient à faire preuve le Frenchy.

Parmi les belles idées, trop peu exploitées hélas : les deux apparitions légères et pleines d’humour des trois femmes de ménage dans la salle de tribunal, qui pour le coup tranchent avec les productions hollywoodiennes de l’époque, et rappellent qu’il y a aux commandes un compatriote de Pauline Carton !

Et surtout, cette étonnante séquence où Garbo, accusée du meurtre de son mari, raconte la scène aux policiers. Elle improvise et hésite sur les détails, et la scène qui se déroule sous nos yeux – celle qu’elle décrit durant son interrogatoire – s’adapte à ses hésitations : les aiguilles de l’horloge naviguent tandis qu’elle cherche l’heure précise ; les fenêtres s’ouvrent et se referment ; son doigt reste longuement sur l’interrupteur le temps qu’elle décide si oui ou non la lumière était restée allumée… Une idée assez géniale.

On sent bien que ce sont là les principales contributions de Feyder qui, pour le reste, a sans doute dû se plier aux contraintes du studio. Avec un résultat parfaitement agréable, mais quand même nettement moins surprenant.

Les Araignées, 2ème partie : Le Vaisseau de diamant / Le Cargot d’esclaves / Le Cargot maudit (Die Spinnen – 2. Teil : Das Brillantenschiff) – de Fritz Lang – 1920

Posté : 15 octobre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LANG Fritz | Pas de commentaires »

Les Araignées, 2ème partie : Le Vaisseau de diamant / Le Cargot d'esclaves / Le Cargot maudit (Die Spinnen - 2. Teil : Das Brillantenschiff) - de Fritz Lang - 1920 dans 1920-1929 Les%20Araigneacutees%202%20Le%20Cargo%20maudit_zpsmahks1e1

A l’origine, Lang devait faire des Araignées une série au long cours : quatre épisodes étaient prévus. Il n’en tournera que deux, sortis indépendamment l’un de l’autre. Ce second volet, donc, est la suite directe du premier. On y retrouve le même héros, la même société secrète, et toujours cette soif d’aventures exotiques qui pousse Lang à privilégier le mouvement.

Dans la première partie de cette suite, pourtant, l’action reste confinée aux Etats-Unis, où vit notre riche héros. Mais même là, l’exotisme est garanti : Lang nous plonge dans une cité chinoise souterraine assez impressionnante. Une belle idée joliment exploitée lors de cette longue séquence pleine de mystère et de suspense.

La suite est tout aussi inventive, avec en vrac une caisse mystérieuse dans laquelle se cache notre héros, des vapeurs toxiques dans le cœur d’une montagne, un plongeon du haut d’un mat de bateau, des tas de fusillades, course-poursuite, et bagarres. C’est le pur plaisir de l’aventure et de l’action que propose Lang, dans un film qui annonce aussi bien le rythme de Tintin que celui d’Indiana Jones.

Lang fera bien mieux, y compris dans le domaine du serial. Mais ces Araignées-là portent déjà en germe tout ce qui fera son cinéma, en Allemagne comme aux Etats-Unis.

Le Miracle des Loups – de Raymond Bernard – 1924

Posté : 8 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, BERNARD Raymond, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Miracle des Loups - de Raymond Bernard - 1924 dans 1920-1929 Le%20Miracle%20des%20Loups_zpszb53znhr

Le titre intriguant vient d’une scène hallucinante : une jeune femme poursuivie par des tueurs à travers de vastes étendues enneigées est sauvée miraculeusement par une meute de loups qui dévorent ses agresseurs tout en l’épargnant. Filmée par Raymond Bernard, cette scène est d’une beauté et d’une force sidérantes, l’un des sommets de ce film historique à grand budget bourré de séquences d’anthologie.

Soyons honnête : tout n’est pas de ce niveau dans Le Miracle des Loups. Tout le début du film paraît ainsi un peu sage, et même empesé. On craint le pire alors, s’attendant à ce que Bernard signe une fresque trop lisse et sans folie autour de la lutte sanguinaire entre Louis XI et son rival, Charles le Téméraire. Mais la fresque historique prend une autre tournure lors d’une séquence clé, au cours de laquelle le poids de l’Histoire (avec un grand H) et les destins de deux personnages s’entremêlent…

Ces personnages, ce sont la future Jeanne Hachette, proche de Louis XI, et Robert Cottereau, soldat du Téméraire. Une sorte de variation sur l’éternel thème de Roméo et Juliette, histoire d’amour contrariée par la violence de l’époque, dont le destin les conduira au sommet de l’horreur, dans une tour en flamme lors du siège de Beauvais, extraordinaire morceau de bravoure qui semble avoir inspiré des générations de cinéastes, jusqu’à Peter Jackson pour ses guerres en Terre du Milieu…

Mais ça, c’est pour la fin du film. Non, là où le ton change radicalement, où Raymond Bernard insuffle enfin cette folie qui fait de son film un chef d’œuvre, c’est dans cette séquence où le fragile équilibre du royaume bascule. C’est le départ précipité des Nobles de Paris, fâchés par les décisions du roi. Visuellement, c’est magnifique, alternance de plans larges de la nuit parisienne, et de gros plans des sabots qui battent le pavé humide. En parallèle, Bernard filme la séparation déchirante de Jeanne et de son amant, bousculés par ce tournant inattendu de l’Histoire…

La tension ne retombera pas beaucoup, par la suite. Que ce soit dans les alcôves inquiétantes du pouvoir, ou sur les champs de bataille, le film souligne constamment la violence de l’époque. Une violence pas toujours suggérée, comme le prouve cette incroyable bataille filmée au plus près du sol et des soldats, où Bernard ne nous épargne rien de l’horreur des combats. Membres coupées, épées enfoncées jusqu’à la garde, visages défoncés… On est en 1924, et on n’a pas fait beaucoup plus impressionnant dans le domaine, depuis.

Finis Terrae – de Jean Epstein – 1928

Posté : 17 mars, 2016 @ 8:00 dans 1920-1929, EPSTEIN Jean, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

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On parle facilement de poème cinématographique à propos de ce film et des autres réalisations à venir de Jean Epstein. Mais le terme de « réalisme poétique » semble plus adapté, même si le style du cinéaste n’a rien à voir avec le genre que popularisera le tandem Carnet-Prévert quelques années plus tard. La poésie est bien là, mais au service de l’histoire. A moins que ce ne soit l’inverse.

Les expérimentations techniques d’Epstein, déjà au cœur de son cinéma depuis longtemps, sont toujours là : des jeux sur les surimpressions, les flous, la lumière… qui suggèrent l’état d’esprit des personnages. Mais Finis Terrae fait entrer le réalisateur dans son âge d’or. C’est avec ce film que son style trouve son apogée, cette manière de filmer le réel en évitant au maximum les fards habituels du cinéma, avec des plans qui soulignent constamment la beauté et la rugosité de la nature.

Pas un seul plan anodin dans ce chef d’œuvre que j’avais vu pour la première fois il y a plusieurs années, et dont des images ne m’avaient jamais quitté depuis : ces gros plans simples et dramatiques à la fois de ces pêcheurs de goémons qui, sur leur minuscule îlot rocheux, se disputent pour un couteau perdu. Montage extraordinaire qui annonce le drame qui se noue : une simple blessure à la main qui va s’infecter, et qui peut causer le pire sur ce bout de roche isolé où ces pêcheurs sont coupés du monde durant des semaines…

Des gros plans sur les gueules fascinantes de ces acteurs non professionnels, trouvés par Epstein parmi la population locale. De sublimes ralentis sur les vagues qui se brisent sur les rochers. Et ces plans hyper fabriqués où le moindre objet fait diagonale… Epstein croit en la force de ses images, et réussit à faire de son film une œuvre naturaliste au réalisme cru, autant qu’un poème visuel et une ode à la nature et à ces hommes et femmes de la mer dont on jurerait qu’il est l’un d’eux.

Pourtant, Epstein venait de découvrir cette région, dont il ne connaissait rien quelques semaines seulement avant le tournage. Il est en vacances en Bretagne, après avoir mis la dernière main à La Chute de la Maison Usher, lorsqu’il découvre la vie à Ouessant, sur cette île hors du temps. Ce sont ses habitants, leur rude mode de vie, la nature belle et inamicale, qui lui donneront l’âme de Finis Terrae, film tourné entièrement en décors naturels, dans des conditions qu’on devine compliquées.

Le résultat est l’un des très grands films muets français. Une expérience de cinéma absolument inoubliable, et unique.

• Le film figure dans le formidable coffret DVD édité chez Potemkine, regroupant de nombreux longs, courts et moyens métrages d’Epstein et beaucoup de bonus passionnants.

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