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Archive pour la catégorie '1920-1929'

Une folle nuit (Eine tolle Nacht) – de Richard Oswald – 1927

Posté : 15 juin, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, OSWALD Richard | Pas de commentaires »

Une folle nuit

Une jeune artiste décide de mettre à l’épreuve son fiancé trop jaloux. Un homme d’affaires de province est tout heureux de « monter » à Berlin, même au prétexte d’aller affronter un costaud de foire… Et des tas de nains que l’on croise constamment sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Alors voilà la question la plus pressante après avoir vu le film : pourquoi tant de nains dans cette comédie de Richard Oswald, qui apparaissent aux moments où on s’y attend le moins ? Dans une scène de rue, dans un restaurant, ou dans l’embrasure d’une porte… Est-ce que ça dit quelque chose de la société ou du cinéma allemands de ces années-là ? Pas sûr…

Pour se poser aussi fort cette question, il faut vraiment que le reste n’ait pas grand intérêt. Et c’est vrai que ce vaudeville a beau accumuler les chassés-croisés, les portes qui claquent et les quiproquos, on ne peut pas dire qu’on est subjugué par ces personnages qui tournent autour de leurs propres couples.

Quelques scènes amusantes, des acteurs qui semblent franchement s’éclater, une générosité dans le rythme… Tout ça ne suffit pas vraiment pour tirer autre chose qu’un sourire bienveillant.

Le film s’inscrit dans la lignée des comédies allemandes de Lubitsch, mais où une vitesse pas toujours maîtrisée totalement aurait remplacé le sens de la loufoquerie. Une folle nuit est un vaudeville plutôt plaisant par moments, mais c’est pour son aspect quasi-documentaire dans une poignée de scènes qu’on s’en souviendra (peut-être) : pour ces courtes scènes tournées dans le Berlin de 1928, un Berlin de l’entre-deux, plein de vie et de beauté. Ces images, au moins, sont saisissantes.

Mais que donc viennent y faire tous ces nains, qui s’arrêtent presque face caméra ?

Le Train Mongol (Goluboy ekspress) – de Ilya Traubert – 1929

Posté : 5 juin, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, TRAUBERT Ilya | Pas de commentaires »

Le Train mongol

Un mix génial entre Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein et le Snowpiercer de Bong Joon-ho… C’est à ça qu’on peut résumer ce chef d’œuvre immense qu’est Le Train mongol, l’un de ces très grands films de train qui ont marqué l’histoire du cinéma à travers les décennies, et les continents.

En l’occurrence, c’est du cinéma soviétique qu’il s’agit. Le grand cinéma soviétique, celui des glorieuses années 20. Et c’est un film d’une puissance incroyable. Cette force se ressent dès les tout premiers plans, où l’image est au service d’une ironie mordante : ces cartons annonçant les paysages bucoliques de Mongolie, suivis par des gros plans de personnages soumis, cloîtrés derrière des grilles…

Le film se passe intégralement dans une gare, puis dans un train, où on trouve tout ce qui fait cette Mongolie : des autochtones rabaissés à une condition à peine humaine, des militaires qui dont alliance avec de puissants occidentaux, et entre deux une population passive. Éternel thème de la lutte des classes, symbolisée par le train et ses différentes classes.

Quand ces différents mondes se croisent, c’est dans la violence, le sang et la mort. Et ils se rencontreront bien, après un déclencheur bouleversant et remuant : un jeune homme, vieilli prématurément par la vie, contraint de vendre sa sœur et ses petits frères à un esclavagiste, qui va se rebeller après l’humiliation de trop…

L’histoire est forte. La mise en scène et l’utilisation du langage cinématographique sont carrément ébouriffants, d’une intelligence et d’une puissance visuelle et émotionnelle rares. Gros plans plein de symboles, montage syncopé, surimpressions… Le rythme et la vitesse sont entièrement au service de la tension et du message social imparable.
Ilya Trauberg signe là un très, très grand film, l’un des sommets du cinéma russe.

La Revue de Charlot (The Chaplin Revue) – de Charles Chaplin – 1918, 1923, 1959

Posté : 27 mai, 2020 @ 8:00 dans 1895-1919, 1920-1929, 1950-1959, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Revue de Charlot

Dans la dernière partie de sa carrière, Chaplin est souvent revenu sur ses jeunes années, sonorisant La Ruée vers l’or, ou composant des musiques pour ses grands classiques. En 1959, il choisit trois de ses meilleurs courts métrages pour en faire un programme de deux heures.

The Chaplin Revue vaut bien sûr pour ces trois films : Une vie de chien, Charlot soldat et Le Pèlerin. Il vaut aussi pour les courtes introductions de Chaplin lui-même en voix off, qui d’un ton rigolard évoque le contexte de Charlot soldat avec quelques vraies images de la Grande Guerre tirées de l’Imperial War Museum : « Il n’y avait pas de bombes atomiques, ni de missiles téléguidées, il n’y avait que des canons, des baïonnettes et des gaz toxiques. C’était le bon temps ! »

Surtout, le programme s’ouvre avec quelques extraits d’un film documentaire que Chaplin a tourné dans les coulisses de ses studios en 1918 : How to make movies. Il n’en garde que deux minutes (sur seize connues), mais cette introduction enjouée et pleine d’humour apparaît comme un beau chant d’amour au cinéma muet : « J’ai composé deux heures de musique, qui seront sans doute plus belles que le bruit des pas sur le gravier », commente Chaplin.

L’Aigle (Sky High) – de Lynn Reynolds – 1922

Posté : 10 mai, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, REYNOLDS Lynn, WESTERNS | Pas de commentaires »

Sky High

Tom Mix est un policier des frontières, chargé de démanteler un réseau d’immigration clandestine entre les Etats-Unis et le Mexique, dans ce western à peu près contemporain. Beaucoup de chevaux donc, dans ce film, mais aussi des automobiles et un avion… Bienvenue dans le Far West de 1920…

Bon, la première chose qui frappe les esprits en voyant le film, ce ne sont pas les modes de transports du 20e siècle (même si une voiture apparaît dès la toute première scène), mais la légèreté avec laquelle le film évoque le sort des immigrés : des Chinois en l’occurrence, dont le rôle se limite à quelques apparitions rigolardes pas loin d’être franchement humiliantes.

C’est donc sur une note un peu dégueulasse que s’ouvre ce western à l’histoire par ailleurs très convenue. Une histoire dont on ne contrefiche très vite, tout comme on se désintéresse du sort des personnages principaux, que ce soit celui de Tom Mix ou cette jeune femme perdue sur une corniche du Grand Canyon (c’est une longue histoire).

Ce qui compte en revanche, et là où le film marque des points, c’est justement dans sa manière d’utiliser les spectaculaires décors réels du Grand Canyon. Plusieurs intertitres au début du film l’annoncent : c’est lui, le Grand Canyon, qui sera l’acteur principal de Sky High. C’est la raison d’être de ce western, autoproclamé premier film tourné dans ce décor spectaculaire.

Pas vérifié la véracité de cette auto-proclamation, et qu’importe. Le fait est que, l’introduction mise à part, chaque plan semble conçu pour utiliser la profondeur de ce canyon, son aspect dramatique et spectaculaire. La jeune femme filmée sur sa corniche avec le danger en contrebas, Tom Mix fuyant ses ennemis en utilisant les accidents du paysage… L’utilisation de ce décor naturel tient toutes ses promesses.

Etait-ce vraiment nécessaire d’y rajouter une cascade en avion ? Pas sûr. Les scènes aériennes, alternant des plans larges en décor naturel et des gros plans en studio ont, pour le coup, nettement plus vieilli que les scènes plus simples dans le canyon. Et la simple vision d’un avion surplombant ce canyon n’a sans doute pas la force qu’elle avait sur les spectateurs de 1922.

Au final : un film discutable sur le fond. Mais le fond étant vite évacué, un vrai plaisir en tant que pur film d’action, porté par un Tom Mix en pleine forme.

Maman de mon cœur (Mother Machree) – de John Ford – 1928

Posté : 4 mai, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Mother Machree

Ford est immense. Cela se mesure au bonheur que l’on a de voir cette rareté. Cela se mesure aussi à la frustration que l’on a de ne pouvoir en voir qu’une petite partie. Une petite demi-heure, soit quatre séquences, les seules à avoir survécu.

C’est déjà plus que la majorité des films muets de Ford bien sûr, mais c’est bien peu au vu de la beauté et de la puissance visuelle de ce qui reste. La première scène, surtout, qui trouve sa place dans le panthéon des grands moments fordiens.

Dans une Irlande telle que la rêve Ford, une femme de pêcheurs et son fils attendent le retour du père. La tempête éclate, le drame survient… Ce drame, Ford ne le filme qu’à travers le regard de cette jeune femme dont on pressent le destin tragique. La pluie qui martèle les carreaux, des éclairs comme des coups de poignards, et l’annonce du drame, qui se limite à l’apparition des tenants de l’ordre, prêtre et gendarmes…

Après une première séquence aussi forte, Ford réussit à garder une belle intensité. La veuve et son fils partent vers l’Amérique et croisent en route un ogre de cirque, le grand Victor McLaglen, qui tombe amoureux de la belle et la suivra de l’autre côté de l’océan. Leur relation donne quelques passages plus légers, plein d’humour et de tendresse. Mais, une fois sur le sol américain, c’est surtout le manque de l’Irlande qui se dégage de ces deux-là.

En Amérique, où la mère courage ne retrouve pas l’humanité de la Verte Érin. Pas de grandes scènes dramatiques ou lyriques pour illustrer ce manque : juste un escalier interminable que notre héroïne, fatiguée, ne gravit que pour trouver porte close.

Dommage, quand même, qu’une grande partie du film ait disparu. La dernière séquence nous retrouver notre héroïne des années plus tard, dans une grande demeure dont on ne comprend pas trop si elle en est la propriétaire ou si elle y est gouvernante, ni de quoi parlent les jeunes gens qui s’y retrouvent.

Ce qu’on comprend en voyant le film, en revanche, c’est que son fils est devenu un jeune homme à la belle prestance, et qu’il chante (bien) une jolie chanson à la gloire des mères courages, un chant (seul passage vraiment sonore dans ce film muet) qui émeut la maman aux larmes. Rideau…

La tentatrice (The Temptress) – de Fred Niblo – 1926

Posté : 24 avril, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, NIBLO Fred | Pas de commentaires »

La Tentatrice

Elle n’a pas mauvais fond, Elena, cette femme trop belle qui n’attire qu’amour et convoitise. Mais voilà, elle a le don de semer le malheur autour d’elle, à trop plaire aux hommes. Le visage grave et les yeux tristes de Greta Garbo montrent bien qu’elle en a conscience : sa vie est placée sous le signe de la tragédie, inévitablement.

Un rôle taillé sur mesure pour la Garbo, donc, que cette « tentatrice » que l’on découvre en femme du monde à Paris, qu’elle devra fuir pour échapper à un scandale (lié à un homme, bien sûr), direction l’Argentine.

Fred Niblo signe un film ample, inégal, et dense. Première partie, donc, dans le « beau monde » dont le réalisateur souligne le cynisme et la mesquinerie. Sans doute Elena est-elle coupable de plaire. Mais que dire de son mari, si affable, qui ne s’offusque de ses infidélités que quand le scandale touche son nom…

Une scène, surtout, illustre joliment ce monde : celle du repas, filmé en grande partie sous la table où la caméra dévoile les jeux de jambes, de pieds et de mains, cachés des regards.

Mais l’essentiel de l’action se déroule en Argentine, où Elena et son mari ont fui le scandale, et où elle retrouve celui qu’elle aime vraiment, ingénieur chargé de construire un barrage.

Cette partie est à la fois pleine de charme, avec de solides seconds rôles (Lionel Barrymore est de la partie) et quelques passages folkloriques plutôt réussis, et un peu plus caricaturale. La faute surtout à un grand méchant peu crédible que Niblo introduit avec un jeu d’ombre grandiloquent. Bel affrontement, tout de même, à coup de fouets rageurs.

Ca commence par un bal masqué, ça continue dans une soirée mondaine, puis dans la pampa argentine, pour un climax digne d’un film catastrophe avec un attentat contre un barrage… Fred Niblo n’évite pas quelques passages un peu creux. Mais il y a une générosité bien séduisante dans ce film.

La Toilette de la Tour Eiffel – anonyme – 1924

Posté : 17 avril, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, anonyme, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE | Pas de commentaires »

La Toilette de la Tour Eiffel

Me voilà les mains toutes moites après avoir vu ce superbe documentaire consacré aux ouvriers qui repeignent la Tour Eiffel. En quelques minutes à peine, ce petit film Pathé rend un hommage vibrant à ces hommes que l’on voit braver l’altitude, le vertige, le plus souvent sans la moindre protection.

Aucune autre signature que celle de Pathé, hélas : on aurait aimé savoir qui a tourné ces images magnifiques, vertigineux travellings aériens, gros plans profonds sur les visages des peintres, un poème visuel jouant des lignes de fer qui s’entrelacent…

On aurait aimé aussi voir un documentaire sur les coulisses de ce documentaire, tant les images, tournées en 1924, impressionnent et envoûtent. Jamais, peut-être, on n’a vu la Tour Eiffel filmée de la sorte…

Crépuscule de gloire (The Last Command) – de Josef Von Sternberg – 1928

Posté : 15 avril, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Crépuscule de gloire

Le succès des Nuits de Chicago, superbe film noir, a donné des ailes à Sternberg, qui s’offre un grand film sur la Révolution russe, un genre incontournable dix ans après les faits, pour beaucoup de grands cinéastes. Entre deux chefs d’œuvre (suivra Les Damnés de l’océan), ce Crépuscule de gloire ferait presque figure de petite œuvre mineure. On est quand même loin de la splendeur visuelle de ces deux autres films, ou même de la fascination qu’ils exercent.

Reste que Sternberg signe un film passionnant, et très original par son introduction et sa conclusion dans les coulisses d’Hollywood, où les ennemis d’hier se retrouvent : ancien révolutionnaire et ancien général tsariste, qu’un tournage de film réunit en inversant les rôles. Cruellement.

Le film prend assez clairement fait et cause pour la « Grande Russie ». Moins pour une quelconque vision politique des choses que pour une attirance pour un certain romantisme : la grandeur de la perte, en quelque sorte. Le « héros », joué par Emil Jannings, assez grandiose, est un homme qui fut immense et qui a tout perdu, jusqu’à ses illusions lors d’une séquence centrale dure et bouleversante, l’un des rares moments spectaculaires d’un film qui, par ailleurs, prend le temps de s’attacher aux détails.

C’est flagrant dès l’introduction, qui décrit longuement le quotidien anti-glamour au possible d’un petit figurant dans la grande machine hollywoodienne, repoussant étrangement le cœur du film, ce long flash-back d’une heure dans les derniers jours de la Russie des tsars.

La révolution n’est guère sympathique, donc, malgré la présence de William Powell (première fois que je le vois sans la parole) en révolutionnaire devenu réalisateur puissant et revanchard. Mais le tsar lui-même est (brièvement) mis en scène comme un pantin un peu ridicule, et coupé du monde.

Et puis cette improbable histoire d’amour, étrangement touchante, à peine abordée finalement, mais qui donne au film une vraie profondeur, et au passage entre les deux époques, une douleur profonde et vraiment perceptible. Comme un symbole de l’entente impossible entre deux mondes.

Le Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett) – de Paul Leni et Leo Birinsky – 1924

Posté : 2 avril, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, BIRINSKY Leo, FILMS MUETS, LENI Paul | Pas de commentaires »

Le Cabinet des figures de cire

Il y a quand même dans l’expressionnisme allemand une gourmandise de cinéma franchement réjouissante, une envie de tirer toute la moelle de cet art encore jeune, qui n’a pas vraiment d’équivalent dans l’histoire du cinéma.

Les maisons tout en arrondis et en recoins du Bagdad des 1001 nuits, les caves aux lignes aussi torturées que le tsar dans le Kremlin d’Ivan le Terrible, ou ces surimpressions qui illustrent l’effervescence d’une fête foraine… Pas besoin du son, pas besoin non plus de grandes phrases (les intertitres sont rares) ou d’effets spectaculaires pour plonger dans la folie de ces histoires.

Le Cabinet des figures de cire repose sur un dispositif malin, qui permet d’aborder trois époques, trois figures monstrueuses de l’Histoire. Le héros est un écrivain à qui le patron d’un cabinet de curiosité demande d’écrire des histoires horribles concernant trois de ses statues de cire : le calife de Bagdad, Ivan le Terrible, et Jack l’Eventreur.

Première surprise : l’écrivain en question est joué par William Dieterle, futur cinéaste (américain) que l’on n’associe pas naturellement à l’expressionnisme, si ce n’est pour quelques passages marquants du Portrait de Jennie, peut-être. Il est d’ailleurs très bien en écrivain qui s’imagine lui-même dans des rôles d’amoureux héroïques, se mettant en scène dans les bras de la jeune femme qu’il a rencontré dans ce cabinet des curiosités.

Ce dispositif permet aussi de justifier tous les excès : ce sont des histoires de foire qui nous sont racontées, des histoires où le réalisme n’a pas cours, et où les cabotinages d’Emil Jannings (en calife bonhomme) et Conrad Veidt (en tsar glaçant) sont aussi réjouissants, ou effrayants, qu’une virée en train fantôme.

Une virée que Paul Leni achève en (courte) apothéose, avec un face-à-face avec Jack l’Eventreur qui touche à l’abstraction, cauchemar formellement très audacieux où le réalisateur se défait de toutes les conventions narratives, pour ne plus se fier qu’à une règle : celle d’un cinéma total.

Vers la mort / Le pionnier de la Baie d’Hudson (North of Hudson Bay) – de John Ford – 1923

Posté : 30 mars, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

North of Hudson Bay

Dans la série des raretés signées Ford, ce North of Hudson Bay a bien belle allure. Certes, le film a en partie disparu (il n’en reste que 40 minutes, version tronquée et amputée de sa dernière partie). Mais même en l’état, ce film d’aventures dans le Grand Nord canadien s’impose comme le digne pendant nordique de The Iron Horse ou Three Bad Men, ses grands westerns muets. Et puis la version survivante, si incomplète soit-elle, permet de suivre l’intrigue sans problème, ce qui est déjà une bonne chose.

L’histoire, c’est donc celle d’un jeune aventurier que joue Tom Mix, et qui décide de partir vers le Grand Nord pour rejoindre son frère (Eugene Pallette, dont on croit déjà percevoir la truculence de la voix, même sans le son). Ce dernier vient de trouver un énorme filon dans la mine qu’il exploite avec son partenaire. De quoi attiser la convoitise des salauds de ce bout du monde, notamment le potentat local, qui imagine un ingénieux système pour que la lumière du soleil déclenche, en son absence, un fusil habilement disposé.

Lorsque Tom Mix arrive, c’est pour découvrir que le frangin a été assassiné, et que c’est son partenaire qui est accusé du crime, condamné à la « marche de la mort » : obligé de s’enfoncer dans la nature hostile jusqu’à ce que mort s’ensuive. Bien sûr, le Tom va s’en mêler, comprendre l’imposture, affronter les éléments et les méchants, séduire la belle (qui n’est autre que la nièce du machiavélique basterd), et triompher.

Enfin on le suppose, parce que c’est en pleine action que le métrage survivant s’arrête. Certes, notre couple semble alors provisoirement tiré d’affaires, mais les méchants sont toujours là, la nature est toujours hostile, et on sort alors d’une longue séquence d’action franchement bluffante qui rend cette fin abrupte particulièrement frustrante.

Dans les minutes qui précèdent, on a quand même vu Tom Mix affronter une meute de loups à mains nus (dans une tanière très cinégénique, John Ford n’est sans doute jamais aussi enthousiasmant que quand il a des ombres à filmer), puis se battre avec deux méchants armés dans la neige, et enfin se lancer en canoë à la poursuite de la belle perdue dans les rapides…

Le sens de l’action de Ford est la grande force de ce film, qui commence pourtant un peu mollement, autour de l’une de ces figures maternelles tragiques comme les aime le cinéaste, mais avec une utilisation trop abondante d’intertitres. Mais dès qu’il s’agit de filmer l’action et la violence, Ford se réveille, de la manière la plus inventive et brutale qui soit, à l’image de Tom Mix dégondant une porte pour s’en servir comme d’un bouclier et foncer vers des hommes armés.

De quoi faire regretter, outre les scènes manquantes, que ce North of Hudson Bay soit l’unique occasion de découvrir les étincelles que provoque la rencontre entre John Ford et Tom Mix. Les deux hommes, qui sont pourtant deux des plus grands noms du western ces années-là, n’ont travaillé ensemble que sur deux films. Le premier, Three jumps ahead (un « vrai » western celui-là) est considéré comme perdu.

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