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Archive pour la catégorie '1895-1919'

Charlot marin (Shanghaied) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 10 janvier, 2016 @ 9:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot marin

Titre alternatif (VF) : Charlot matelot

Titres alternatifs (VO) : Charlie the sailor ; Charlie on the ocean ; Charlie Shanghaied

Encore une grande réussite de sa période Essanay pour Chaplin qui, après l’émotion qui affleurait dans The Bank, revient à la comédie pure, avec bonheur. Mené à un rythme effréné, ce court métrage s’inscrit dans la veine de nombre de ses films des premiers temps : du décor ou du milieu dans lequel évolue le personnage découle une succession de gags.

Ici, c’est donc l’univers marin qui inspire Chaplin, avec en particulier l’incontournable roulis qui nous vaut quelques beaux mouvements dignes des plus grandes cuites de Charlot. Chaplin n’hésite pas non plus à réutiliser certains gags déjà bien rodés, comme celui de la soupe dans laquelle il fait la vaisselle, qui rappelle la gamelle de son collège dans laquelle il essorait sa serpillière dans son précédent film.

Il danse, aussi, pour l’une des premières fois, avec cette espèce de marche arrière en pas chassé qu’il reprendra et améliorera dans la séquence du cabaret des Temps moderne (lors de cette fameuse chanson incompréhensible).

Mais le plus drôle dans Shanghaied, ce n’est ni le mal de mer, ni la maladresse de Charlot, mais son « oui » frénétique de la tête au capitaine du bateau où on lui demande de travailler, après que les autres marins qui ont été enrôlés de force (avec son aide d’ailleurs) ont été envoyés brutalement à fond de cale pour avoir refusé de mettre la main à la pâte.

Charlot à la banque (The Bank) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 10 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot à la banque

Titres alternatifs (VF) : Charlot employé de banque ; Charlot détective ; Charlot garçon de banque ; Le Garçon de banque

Titres alternatifs (VO) : Charlie at the bank ; Charlie in the bank ; Charlie, detective

Charlot transi d’amour, une fleur à la main : l’image évoque furieusement la sublime fin des Lumières de la Ville. Et ce n’est pas le seul point commun entre le chef d’œuvre de 1931 et ce court métrage, dans lequel figure l’un de ces gros plans bouleversants qui peuplent le cinéma de Chaplin : son « vagabond », qui réalise brutalement que celle qu’il aime n’éprouve pour lui que mépris…

Même si, jusqu’au rebondissement final (attendu), Chaplin nous plonge dans une sorte de fantasme enfantin d’héroïsme et d’amour conquis, il a déjà choisi son camp, celui de l’âpre conscience : malgré toute sa sensibilité, tout son courage, et tout son amour, Charlot reste un outsider, un laissé-pour-compte, un vagabond.

Ce court métrage n’est fait que de ces faux-semblants auxquels se raccroche notre héros, qui se rêve en sauveur de sa belle, et se comporte comme une personnalité. C’est ainsi que s’ouvre le film : Charlot entrant dans la banque avec son air le plus fier et sûr de lui, qui traverse le hall, toise les employés, ouvre le coffre fort… pour en sortir un seau et un balai, avant de revêtir son uniforme d’homme à tout faire.

Pour le reste, Chaplin est en terrain connu (d’ailleurs, The Bank est une variation sur le même thème que The New Janitor, tourné l’année précédente pour la Keystone). Mais pour la qualité de ses gags, basés essentiellement sur le quiproquos autour de l’amour d’Edna et sur l’oppositon avec l’autre « janitor » joué par Billy Armstrong, et pour l’apparition de l’émotion et d’une certaine cruauté des sentiments, ce court métrage est l’un des meilleurs tournés pour la Essanay.

L’Indésirable (A tolonc) – de Michael Curtiz (Mihaly Kertesz) – 1915

Posté : 3 décembre, 2015 @ 5:30 dans 1895-1919, CURTIZ Michael, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

L'Indésirable

Michael Curtiz se fait encore appeler Mihaly Kertesz lorsqu’il réalise cette adaptation d’une pièce hongroise à succès de 1880, signée Ede Toth. Une vraie curiosité : la plupart des films de sa période hongroise ont disparu, une période qui s’achève en 1919, lorsque le réalisateur s’exile en Autriche. En attendant bien sûr sa grande période hollywoodienne, à partir de 1926.

Malgré l’utilisation de nombreux décors naturels, il y a quelque chose de très théâtral dans ce film dont la maîtrise technique du grand Curtiz est encore à peu près totalement absente. La caméra est systématiquement fixe et filme la scène de manière frontale, typique du cinéma des origines. Le jeu de la plupart des comédiens (grands noms de la scène hongroise) a également ce côté excessif et maniéré que l’on retrouvait beaucoup dans les premières années du cinéma.

Pourtant, il y a du rythme et de la vie dans ce pur mélodrame tire-larme, un habile travail sur le montage et une manière de mettre en scène l’action avec une grande efficacité. Quelques beaux jeux de lumière aussi, comme lorsqu’une porte s’ouvre et laisse entrer une lumière vive à l’écran, ou lors des longues marches dans la nature, entre la ville et le village, les deux pôles de cette histoire.

L’histoire, justement, y va franco côté pathos. Le film commence sur le lit de mort d’un homme qui, avant de passer de vie à trépas, avoue à sa fille qu’il n’est pas son vrai père : sa mère, qu’elle ne connaît pas, à tuer son père violent lorsqu’elle était encore gamine, et pourrit depuis en prison, à moins qu’elle ne soit morte.

Et voilà la jeune femme seule au monde, qui se fait embaucher comme servante dans une maison bourgeoise, avec le fils de famille qui tombe amoureux d’elle, et le père qui lui fait du gringue. Et pendant ce temps, la mère, toujours vivante, libérée après quinze ans de prison, et rêvant de retrouver sa fille…

Le ton est ouvertement tragique, mais avec quelques éléments de comédie qui viennent aérer ce drame franchement plombant. C’est ce mélange des genres qui séduit le plus dans ce film, comme les nombreux changements de rythme, et les passages constants entre des intérieurs un peu étouffants, et des extérieurs de toute beauté.

Un film de jeunesse, certes, loin de ses grandes réussites à venir… Mais L’Indésirable, longtemps disparu et retrouvé miraculeusement très récemment, est bien plus qu’une simple curiosité.

His regeneration (id.) – de G.M. « Broncho Billy » Anderson – 1915

Posté : 30 novembre, 2015 @ 2:45 dans 1895-1919, ANDERSON G.M. "Broncho Billy", CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

His regeneration 1

Une curiosité. Ce court métrage dramatique signé G.M. (« Broncho Billy ») Anderson aurait pu tomber dans le même oubli que ses autres films s’il n’était pas marqué par l’apparition, inattendue et inexplicable, de Charles Chaplin dans les frusques de Charlot…

Chaplin était alors sous contrat avec la Essanay, une société dont Anderson était l’un des fondateurs (le « A » de « S and A », Essanay phonétiquement), et les deux hommes semblaient s’apprécier mutuellement. Pour autant, la participation de Chaplin à ce film reste assez mystérieuse. Parce qu’on ne connaît pas exactement son implication dans la production, et parce que le numéro comique de Charlot contraste radicalement avec le sérieux du film.

His regeneration

C’est comme s’il y avait deux films bien distincts : les toutes premières minutes, centrées sur un Chaplin parfaitement dans son élément dans un bar-dancing où il nous offre des gags qu’il connaît bien, de manière un peu brouillonne peut-être, mais en faisant mouche tout de même.

Et puis il disparaît, aussi vite qu’il était apparu, pour laisser la place à la vraie star du film, G.M. Anderson, en voleur sur le chemin de la rédemption grâce à la bonté d’une jeune femme. Un petit drame bien ficelé et joliment réalisé par l’acteur lui-même, qui plonge une partie de son action dans l’obscurité totale, n’éclairant que les visages en gros plans à l’aide d’une lampe torche. Une esthétique pas si courante à l’époque.

La Casaque verte (The Whip) – de Maurice Tourneur – 1917

Posté : 16 février, 2015 @ 4:52 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

La Casaque verte

Difficile de donner un avis tranché sur cette Casaque verte, après avoir découvert la version du film figurant dans le coffret consacré à la période muette de Tourneur (chez Bach Films). Pas tant parce que la qualité de l’image est pour le moins approximative que parce qu’il s’agit là d’une version visiblement énormément tronquée.

Il manque des images dans à peu près chaque plan, des morceaux de scène, et même, sans doute, des séquences entières. Dans ces conditions, il est à peu près possible de suivre les grandes lignes de l’intrigue (un bookmaker et un intriguant font tout pour nuire à la romance entre un dandy et la fille d’un propriétaire de chevaux, ainsi que pour empêcher le cheval vedette de ce dernier de gagner une course), mais on se perd dans les détails, et dans la psychologie de personnages qu’on a souvent bien du mal à suivre.

Même chose pour la qualité de l’image, qui ne permet pas d’affirmer que The Whip est un Tourneur grand cru. Les premières scènes, d’ailleurs, laissent planer le doute : la mise en scène a encore quelque chose d’étonnamment statique, qui évoque le cinéma primitif (celui d’avant 1914 en tout cas), avec plans larges, personnages face caméra, et peu de travail sur le montage.

Cette impression persiste durant les séquences d’exposition, mais disparaît dès que Tourneur doit filmer l’action, ou souligner le caractère inquiétant de certains personnages. Là, le cinéaste révèle ce qu’il a de plus grand : un sens incroyable de la composition, et une intelligence rare de la mise en scène.

C’est particulièrement flagrand lors du grand moment de bravoure du film : une course poursuite entre une voiture et un train lancé à toute vitesse, grand moment de cinéma au suspense toujours très efficace, grâce à une utilisation parfaitement maîtrisée du montage alterné et du cadre.

Même en ayant la désagréable impression de passer à côté de ce que fut le film, The Whip recèle comme ça plusieurs moments d’anthologie qui méritent d’être découverts, et qui rappellent que Tourneur, avant de tomber dans un relatif oubli, fut l’un des cinéastes majeurs de cette période.

• Le film figure donc dans le coffret 4 DVD « Hommage à Maurice Tourneur » édité chez Bach Films et regroupant huit longs métrages muets du cinéaste. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

Pauvre petite fille riche (Poor little rich girl) – de Maurice Tourneur – 1917

Posté : 21 novembre, 2014 @ 4:12 dans 1895-1919, FILMS MUETS, PICKFORD Mary, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Pauvre petite fille riche

Après Pride of the Clan, Mary Pickford retrouve Maurice Tourneur, signe que cette première collaboration a apporté toute satisfaction à la jeune star, dont on sait qu’elle aimait avoir la décision finale sur le film… ce qui l’a sans doute privée de nombreuses grandes œuvres : rares sont les cinéastes de la trempe de Tourneur à avoir travaillé avec Pickford.

Et la présence derrière la caméra de Maurice Tourneur change absolument tout : le cinéaste parvient à tirer une oeuvre personnelle d’un scénario (de Frances Marion, « star » des scénaristes, dont la carrière est intimement liée à celle de Pickford) absolument taillé pour l’actrice, une histoire pleine de clichés et d’effets faciles qui ressemble à des tas d’autres films de la « petite fiancée de l’Amérique ».

L’actrice – 24 ans à l’époque – interprète une gamine de… 11 ans avec un naturel troublant. Une enfant élevée dans le luxe mais sans amour. Le genre de thème que Frances Marion adorait, et qui semble au mieux très désuet aujourd’hui. Un peu niais, même, pour être précis.

Et c’est vrai que pendant toute la première moitié, on peine à trouver la patte de Tourneur, qui semble étouffé par le duo Pickford/Marion. Sauf quand même quelques jeux sur les reflets dans les miroirs, ou les vitres qui coupent la jeune héroïne du vrai monde… Quelques images, comme ça, qui nous rappellent la présence d’un grand cinéaste derrière la caméra.

Mais c’est surtout dans la dernière partie que celui-ci s’exprime vraiment. En réservant une large part aux rêves et aux illusions, comme il l’avait fait dans L’Oiseau bleu, Tourneur sort Pauvre petite fille riche de l’anonymat, et signe une oeuvre forte, d’une grande richesse formelle.

Tirer un petit classique inventif et audacieux d’une histoire aussi facile et niaiseuse… Il fallait bien un cinéaste de la trempe de Tourneur père pour parvenir à cet exploit.

• Le film figure sur le coffret consacré à la période muette de Tourneur, édité il y a quelques mois par Bach Films. Avec des copies non restaurées, avec une qualité d’image très inégale, et globalement très médiocre.

Fille d’Ecosse (The Pride of the Clan) – Maurice Tourneur – 1917

Posté : 20 août, 2014 @ 3:03 dans 1895-1919, FILMS MUETS, PICKFORD Mary, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Fille d’Ecosse

Maurice Tourneur a été l’un des réalisateurs les plus importants dans la carrière de Mary Pickford, l’un des rares à avoir su tirer le meilleur du talent incontestable de la star : trop habituée à être le seul maître à bord, Pickford s’est trop souvent complu dans le rôle de fillette un peu fofolle qu’elle a tenu un nombre incalculable de fois, bien après ses 30 ans.

Dans Fille d’Ecosse, on sent que Mary Pickford s’est laissée diriger par ce cinéaste exigeant et perfectionniste, qu’elle retrouvera d’ailleurs dès l’année suivant pour Pauvre petite fille riche, une autre réussite. Solaire, mais plus grave qu’à l’accoutumée, la « petite fille de l’Amérique » reste romantique avant tout, mais sur un mode nettement plus adulte et profond que dans la plupart de ses films.

The Pride of the Clan se passe en Ecosse, mais l’histoire n’aurait pas été très différente dans les bas-fonds de New-York ou dans n’importe quel village du monde. Dans un petit village de pêcheur, sur une île aride des Highlands, Mary Pickford y est la fille du chef de clan, forcée de reprendre le flambeau après que son père a péri en mer. Ce pourrait être le cœur du film, mais ces débuts contraints en tant que chef de clan n’en occupent qu’une infirme partie : une scène, surtout, dans laquelle Mary Pickford, le fouet à la main, remet les villageois sur le chemin de la foi…

Il y a bien une intrigue: le fiancé de la jeune femme apprend que celle qui l’a élevé n’est pas sa mère, et que sa véritable génitrice est une riche dame du grand monde. Mais le film est surtout fait de petits riens que Tourneur fait durer, créant une atmosphère chaleureuse et authentique, comme lors de ce ceilidh (ces soirées dansantes traditionnelles en Ecosse) où, même dans un film muet, on sent la cornemuse et la bière réchauffer les cœurs.

Visuellement, et on le voit même dans une copie très abîmée, le film est une splendeur. Tourneur joue merveilleusement avec la lumière : celle de la lune, celle plus crue du jour, ou celle des bougies qui éclairent les intérieurs. Avec les contre-jours aussi, qui donnent lieu à quelques images magnifiques. Surtout, Tourneur filme la mer et les éléments qui se déchaînent avec une inspiration impressionnante.

De l’Ecosse elle-même, on ne voit pas grand-chose, dans ce film sans doute pas tourné sur place : quelques pierres surtout, et une rangée de maisons traditionnelles. Mais lorsqu’il est sur terre, Tourneur privilégie les gros plans, le paysage ne se dévoilant que lorsque la caméra est tournée vers la mer. Là, l’intime laisse place au spectaculaire. Un naufrage vu de la plage, un sauvetage en pleine mer… Les morceaux de bravoure sont filmés avec une incroyable modernité, dans ce film majeur de Mary Pickford, et de l’ère muette de Tourneur.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » édité par Bach Films. Avec une qualité d’image loin d’être parfaite, mais franchement acceptable au regard de la qualité du film. En bonus, une présentation très enthousiaste de Patrick Brion.

L’Oiseau Bleu (The Blue Bird) – de Maurice Tourneur – 1918

Posté : 13 mai, 2014 @ 1:31 dans 1895-1919, FANTASTIQUE/SF, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

L'Oiseau bleu

C’est le plus connu, et l’un des plus singuliers des films muets de Maurice Tourneur. Adaptant une pièce de Maurice Maetterlinck très connue au début du siècle, le cinéaste signe une sorte de fable pleine de bons sentiments visiblement destinée à un jeune public, ode aux plaisirs simples de la vie, à la bonté, à la générosité, et à la famille, dans ce qui ressemble à une variation sur le thème d’Alice au pays des merveilles.

Le premier quart d’heure est très beau. Posant les bases de l’histoire (très simple), Tourneur invoque de nombreuses références. S’y côtoient les contes des frères Grimm (avec la pauvre cabane et l’apparition de la « sorcière » qui n’en est pas une), la culture russe, l’univers sombre de Dickens, mais aussi le théâtre d’ombres chinois auquel Tourneur rend un magnifique hommage, lorsque les enfants observent la fête qu’on devine luxueuse à travers les grandes fenêtres de la maison voisine (un procédé que Tourneur reprendra des années plus tard dans La Main du Diable).

Ces deux enfants ont tout de héros de contes : un frère et une sœur qui vivent avec leurs parents (leur père est bûcheron, bien sûr) dans une cabane isolée. Pauvres, mais heureux. Mais lorsqu’ils refusent de donner leur oiseau à la fille de la voisine, très malade, la culpabilité les ronge, et prend la forme d’une apparition nocturne : une fée qui les conduit dans un voyage merveilleux à la recherche de l’oiseau bleu qui redonnera la santé à la petite fille.

Visuellement, Tourneur est particulièrement inspiré. Les scènes « réalistes » sont exceptionnelles, utilisant merveilleusement les ombres et les contre-jours, ou les cadres dans le cadre. Pour le « voyage », il laisse libre court à son imagination. C’est parfois un peu indigeste (les âmes des objets qui prennent figure presque humaine), parfois émouvant (la visite chez les grands-parents morts où les enfants retrouvent leurs petits frères et petites sœurs qui n’ont pas survécu), parfois poétique (les enfants à naître, notamment ces deux-là qui s’aiment d’un amour total, sans savoir s’ils se trouveront l’un l’autre lorsqu’ils seront nés).

Le film est un peu donneur de leçon, naïf, et les multiples décors que découvrent les voyageurs finissent par lasser. Mais il y a une telle maîtrise dans la mise en scène de Tourneur, une telle manière d’utiliser tous les outils du cinéma (la lumière, le montage, les trucages) avec une inventivité de chaque plan, une telle vivacité, que L’Oiseau Bleu impressionne, même si le sujet ne nous touche pas vraiment.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » consacré à la période muette hollywoodienne du cinéaste, et édité par Bach Films. Pour ce film, la qualité d’image est franchement discutable, les nombreux défauts cachant même les personnages par moments. En bonus : une présentation par Patrick Brion.

Le Secret du bonheur / Victoire (Victory) – de Maurice Tourneur – 1919

Posté : 11 avril, 2014 @ 1:49 dans 1895-1919, FILMS MUETS, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Le Secret du bonheur

Victory est l’unique adaptation d’un roman de Joseph Conrad que le romancier ait pu voir. Tous les autres films inspirés de son œuvre, de Agent secret à Apocalypse Now en passant par Lord Jim et pas mal d’autres, ont été tournés des années après sa mort. La première rencontre entre le romancier et le cinéma est un coup de maître. Un peu naïf sur le papier, un peu improbable dans son propos, le film est constamment tiré vers le haut par le talent de Maurice Tourneur, et la force de sa mise en scène.

C’est l’histoire d’un oisif solitaire, qui vit en reclus (avec un serviteur quand même, on a un standing ou on n’en a pas…) dans une île déserte et paradisiaque, désireux de vivre selon les préceptes d’un père qui a écrit dans un livre qu’il lit et relit à longueur de journée que le secret du bonheur était de vivre en évitant tout contact avec la société, sans aimer qui que ce soit, et sans avoir à tuer qui que ce soit… Bien sûr, à l’occasion d’un séjour dans la société, c’est l’amour et la mort qu’il rencontrera.

Ce qui frappe surtout dans ce film, c’est la violence avec laquelle le personnage principal d’Axel Heyst (Jack Holt) découvre les rapports humains dans ce qu’ils ont de plus extrêmes. L’histoire d’amour est charmante, mais elle n’existe qu’en réaction aux accès de violence, dont certains sont franchement glaçants. Une petite musicienne ballottée entre des employeurs  tyranniques et un logeur libidineux, un trio de louches aventuriers vivant de meurtres et de vols… et deux scènes d’exécution (dont une en flash-back) qui se répondent avec une brutalité rare, les visages des victimes étant plongés dans des brasiers…

Dans le rôle, secondaire, de l’un de ces bandits, Lon Chaney vampe la caméra. Dans le rôle de Ricardo, un second couteau (au sens propre), il vole sans peine la vedette à des acteurs principaux que, d’ailleurs, l’histoire a plongé dans l’anonymat. En 1919, Lon Chaney n’est pas encore une star, mais il a déjà une solide réputation de second rôle capable d’adopter n’importe quel maquillage. Ici, il n’aborde qu’une petite moustache et un look hispanique, mais il a une présence réellement magnétique qui est le signe d’un immense acteur de cinéma.

• Le film fait partie du coffret « Hommage à Maurice Tourneur » consacré à la période muette hollywoodienne du cinéaste, et édité par Bach Films. Avec une qualité d’image disons acceptable, et une présentation érudite de Roland Lacourbe.

Mam’zelle Charlot (A Woman) – de Charles Chaplin – 1915

Posté : 8 février, 2014 @ 1:07 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Mam'zelle Charlot

• Titres alternatifs (VF) : Charlot fait des siennes ; Charlot demoiselle

• Titres alternatifs (VO) : The Perfect Lady ; Charlie, the perfect lady ; Charlie and the perfect lady

On ne peut pas dire que Chaplin force son talent dans ce court qui suit immédiatement la réussite de Work, l’un des meilleurs films de sa période Essanay. Avant de revenir en grande forme avec The Bank, son film suivant, Chaplin se contente ici de recycler des idées et motifs qui font son succès depuis ses débuts à la Keystone.

La première partie s’inscrit ainsi dans la longue tradition des films de parc. Un bourgeois s’éloigne discrètement de sa femme et de sa fille (Edna Purviance) pour aller flirter avec une jeune femme. Charlot passe par là, s’intéresse à la même jeune femme, s’oppose au père, qui finit dans le lac (avec le fameux coup de pied que l’on attend plus ou moins consciemment dès que l’on voit pour la première fois l’eau du lac, tant le gag est récurrent).

La suite n’est guère plus originale. Charlot rencontre la fille de sa victime (sans savoir qui elle est) qui l’emmène chez elle. L’idylle est parfaite jusqu’au retour du père. Là, Charlot prend la fuite, et finit par se déguiser en une élégante jeune femme, se débarrassant ainsi de sa moustache.

Ce n’est pas une première non plus : à deux reprises durant sa période Keyston, Chaplin s’était habillé en femme, dans The Masquerader et A Busy Day, deux curiosités pourtant très différentes.

Rien d’original, donc, mais le rythme est assez imparable, et le film contient de belles idées de comédie. Pas vraiment dans la première partie, dans le parc, où Chaplin se contente de recycler des gags et des situations souvent vues auparavant. Mais dans la dernière partie, lorsqu’il revêt ses vêtements de femme, oubliant d’abord sa moustache et ses trop grands godillots, le génie de Chaplin éclate enfin.

On sent bien que ces dix dernières minutes sont la raison d’être du film : Chaplin avait visiblement envie de secouer la vieille morale bien pensante de l’époque, en filmant un tranquille père de famille qui flirte avec un travesti (sans le savoir, quand même). Le double inversé du baiser entre Charlot et une Edna déguisée en homme dans Charlot machiniste, en quelque sorte…

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