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Archive pour la catégorie '1895-1919'

Après la pluie, le beau temps (Don’t change your husband) – de Cecil B. De Mille – 1919

Posté : 12 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, De MILLE Cecil B., FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Après la pluie, le beau temps

Très tôt, De Mille a affirmé son goût pour les films en costumes, et pour la démesure. C’est ce qui fera sa légende, ce pourquoi l’histoire le retient en premier lieu : ses superproductions comme Les 10 commandements. Dans les années 10, c’était sa version de Jeanne d’Arc, succès populaire qui paraît aujourd’hui bien daté et un rien pompeux.

A l’époque déjà, le succès était certes important, mais le coût de production était tel que les producteurs préféraient, de loin, le voir tourner ces comédies de mœurs qu’il a enchaîné au tournant de 1920 : des productions autrement plus rentables qu’il tournait un peu à reculons, mais qui connaissaient de gros succès pour des dépenses modestes.

Grâce soit rendue à l’appât du gain des producteurs ! Parce que ces comédies de mœurs qui semblent souvent basées sur le même modèle (un couple se sépare, va chercher ailleurs, et se retrouve finalement), avec des titres qui paraissent interchangeables (Old Wives for New auparavant, Why change your wife après), rappellent à quel point De Mille était un bon cinéaste.

Don’t change your husband n’est peut-être pas son film le plus abouti, mais il y a là un sens du rythme et du récit absolument imparable. L’histoire est simple, et on sait d’emblée où elle nous entraîne : négligent et fermé aux désirs de sa femme (Gloria Swanson), le mari qui aime trop les cigares et les oignons (Elliott Dexter) va ouvrir les yeux et redevenir un séducteur élégant pour reconquérir celle qu’il avait perdu.

Ce cheminement sans grande surprise vaut surtout pour ces petits détails que De Mille accumule pour illustrer l’usure des couples, et qui se répètent et se répondent, comme ce journal grand ouvert durant les petits déjeuners, symbole de la barrière qui sépare les deux époux. Amusante aussi, la comparaison, par enchaînement de fondus-enchaînés, entre la tenue impeccable de l’amant en puissance, et celle débraillée du mari installé…

A la fin, la morale est souvent sauve, chez De Mille. Mais en chemin, il n’hésite pas à bousculer et à faire preuve d’un cynisme authentique, dans sa peinture sans grande concession du couple. Il laisse aussi apparaître un début de postulat féministe : le personnage de Gloria Swanson est le vrai moteur de l’histoire. Même si, au final, ses aspirations romantiques seront ramenées à une réalité plus prosaïque.

Charlot machiniste (Behind the screen) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 8 février, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot machiniste

Titre alternatif (VF) : Charlot fait du cinéLe Machiniste

Titre alternatif (VO) : The Pride of Hollywood ; Los Fallen Angeles

Ce n’est pas la première fois que Chaplin filme les coulisses du cinéma. Déjà à la Keystone, il avait tourné A Film Johnnie et The Masquerader dans le même décor, avant d’y revenir avec His New Job, son premier film à la Essanay. Désormais à la Mutual, Chaplin renoue donc avec ce qui semble être l’un de ses thèmes de prédilection: les coulisses du monde du spectacle.

L’émotion pure des Feux de la Rampe paraît en tout cas bien loin : avec Behind the screen, Chaplin signe une pure comédie très drôle, mais sans grande ambition, si ce n’est celle de se replonger, déjà, à l’époque de ses débuts à l’écran. La « méthode Keystone » est en effet omniprésente dans ce film. Pas tant pour la qualité des gags (Chaplin a fait du chemin depuis deux ans, et ce court est bien plus drôle que ses premiers films) que pour l’hommage amusé qu’il y rend à la compagnie de Mack Sennett.

Charlot y est l’homme à tout faire d’un plateau où se tournent en même temps une comédie « tarte à la crème » et un film dramatique en costume. L’effervescence du plateau, l’approximation des gags du film dans le film (on n’a pas d’idée ? terminons le film par une bataille de tarte à la crème)… Tout renvoie à l’esprit Keystone dans ce court qui est tout de même loin d’être le plus ambitieux de ceux qu’il a tournés pour la Mutual.

Il y a tout de même quelques gags mémorables. Le plus célèbre est cette image de Charlot se transformant en homme-hérisson en empilant sur son dos onze chaises. Le plus audacieux, pour l’époque, est ce baiser échangé avec Edna Purviance déguisée en homme, devant un Eric Campbell se moquant ouvertement de cette « grande folle ». Mais le plus drôle reste sans doute la scène de la pause déjeuner, à mourir de rire : Charlot mesurant les tourtes d’Eric Campbell pour s’assurer que ce dernier est bien capable de tout engloutir, ou faisant un sandwich d’un os de poulet dégusté par l’incontournable Albert Austin.

Mineur, mais très drôle… Une nouvelle réussite, donc, pour Chaplin.

Charlot usurier (The Pawnshop) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 7 février, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot usurier

Titre alternatif (VF) : Charlot chez l’usurier ; L’usurier ; Charlot brocanteur ; Le Brocanteur

Titre alternatif (VO) : High and low finance ; At the sign of the dollar

Chaplin joue ici la carte de la comédie pure, délaissant totalement l’émotion qui marque souvent ses meilleurs films. Pourtant, The Pawnshop est un chef d’œuvre, l’un de ses classiques qui résume le mieux son génie comique.

Comme souvent, c’est le lieu et la fonction exercée par Charlot qui est à l’origine de la plupart des gags. Petit employé d’un usurier, il voit passer entre ses mains des tas d’objets dont il tire systématiquement un potentiel comique insoupçonné.

Le plus mémorable peut-être : cette dissection clinique d’un réveil par un Charlot qui veut vérifier son bon état de marche, avant de le rendre à son propriétaire en pièces détachées avec un non définitif de la tête, après que les morceaux épars se sont mis à bouger, comme animés d’une vie propre…

C’est tout le talent de Chaplin que ce film met en valeur : cette capacité unique à donner une vie aux objets inanimés les plus anodins. Entre ses mains, un plumeau semble danser à travers l’espace. Entre ses jambes, un escabeau semble vouloir se débarrasser de lui. Coincé sur sa tête, une contrebasse semble se mettre à marcher…

Chef d’œuvre de mise en scène et d’inventivité, The Pawnshop pousse à un niveau de perfection rarement égalé le sens du rythme et du détail de Chaplin. Une merveille hilarante et irrésistible.

Charlot et le comte (The Count) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 22 janvier, 2016 @ 12:05 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot et le comte

Titre alternatif (VF) : L’Imposteur ; Soirée mondaine ; Charlot tailleur ; Le Comte

Titre alternatif (VO) : Almost a gentleman

Employé d’un couturier, Charlot est renvoyé après une série de catastrophes. Dans une grande maison bourgeoise où il flirte avec la bonne, il ne tarde pas à se faire passer pour un comte, pour séduire la fille de la maison, Edna.

Le vagabond aux méthodes rustres que l’on confond avec un riche dandy… Le thème inspirera Chaplin à plusieurs reprises jusqu’à son apogée dans Les Lumières de la Ville. Dans The Count, la forme reste assez brouillonne, loin en tout cas de la perfection narrative de ses chefs d’œuvres à venir. Les tableaux, ici, se succèdent sans cet enchaînement imparable qui fait aussi la force de son cinéma.

Pas totalement abouti, donc, ce court n’en est pas moins souvent très drôle, en particulier lorsque Chaplin se dresse avec assurance face à l’imposant Eric Campbell, contrepoint et souffre-douleur parfaits du vagabond. The Count ne manque pas de gags formidables, comme cette séance de prise de mesures qui ouvre le film. Mais le meilleur moment, le plus drôle, est une scène de danse (avec Edna Purviance) où le génie comique de Chaplin, sa gestuelle inimitable, son don unique pour jouer avec les accessoires (son chapeau surtout) se dévoilent pleinement.

Charlot rentre tard (One a.m.) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 21 janvier, 2016 @ 2:17 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

 Charlot rentre tard

Titre alternatif (VF) : Le Noctambule

Titre alternatif (VO) : Solo

Pourquoi Chaplin est-il le meilleur ? Pourquoi ses courts métrages restent-ils comme l’incarnation la plus parfaite du burlesque américain ? La réponse se trouve peut-être dans ce film unique dans sa filmographie, un (quasi) « seul à l’image » absolument génial qui démontre à lui seul toute la force comique de Chaplin, sa capacité à tirer le meilleur des objets les plus anodins.

Aux antipodes de son précédent film, Chaplin n’incarne pas un vagabond, mais un dandy qui rentre chez lui totalement bourré. Mis à part le chauffeur qui le ramène, rôle court et anecdotique (joué par Albert Austin) qui disparaît après trois petites minutes, Chaplin est totalement seul à l’écran. Pourtant, il semble entouré d’une multitude d’adversaires hostiles : les objets de la maison qui paraissent s’être ligués pour s’opposer au moindre de ses mouvements.

Il veut attraper l’alcool posé sur la table ronde ? Elle le fuit dès qu’il s’approche, le manteau de Charlot s’étant accroché dans le plateau tournant de la table. Il veut monter l’escalier ? Ce dernier le ramène constamment au rez-de-chaussée, plutôt violemment. Glissant sur un tapis, se battant contre des peaux de bêtes, abandonnant face à un porte-manteau… Chaplin se lance dans une sorte de valse hilarante avec les objets qui l’entourent, dans une variation totalement folle et brillante de l’homme ivre, dont il s’était fait une spécialité avant même ses débuts à l’écran, lorsqu’il faisait partie de la troupe de Karno.

Les objets ont souvent une grande importance dans le cinéma de Chaplin et dans sa manière de construire l’humour. Mais rarement cette logique aura été poussée à un tel degré de perfection. One a.m. est un bijou.

Charlot musicien (The Vagabond) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 19 janvier, 2016 @ 4:43 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot musicien

Titres alternatifs (VF) : Charlot violoniste ; Le Vagabond ; Concurrence

Titre alternatif (VO) : Gypsy Life

Les débuts de Chaplin à la Mutual ont été marqués par deux comédies « confortables » pour lui, dans lesquelles il reprenait des recettes qu’il maîtrisait parfaitement (Charlot chef de rayon et Charlot pompier). Avec The Vagabond, dont la simplicité du titre confirme l’ambition, c’est un nouveau visage qu’il dévoile : celui du Chaplin des grands chefs d’œuvre, où le rire cède le pas à l’émotion.

Le personnage lui-même du vagabond dévoile peu à peu un visage plus grave, plus profond. Après une séquence d’ouverture qui semble annoncer une comédie pleine de gags et de courses poursuites, Charlot quitte cet événement urbain qui lui est si familier pour s’aventurer en pleine campagne, où il vient au secours d’une pauvre orpheline transformée en esclave par une bande de gitans. C’est Edna Purviance forcément, particulièrement belle en sauvageonne dont notre vagabond va tomber raide dingue.

Les coups bas et la mesquinerie des premiers films semblent bien loin. C’est un Charlot héroïque qui apparaît ici, prêt à affronter les plus grands dangers pour une belle en détresse. Prêt aussi à sacrifier son bonheur pour celui d’Edna, qu’il regarde partir vers une plus belle vie avec un sourire dénué de la moindre arrière-pensée.

Avec aussi cette superbe fierté qui le pousse à refuser toute récompense qui pourrait altérer la pureté de sa bonté. Il y a dans le regard de cet être inadapté à la société quelque chose de bouleversant, lorsqu’il voit son amour s’éloigner. L’un de ces regards inoubliables qui peuplent le cinéma de Chaplin. The Vagabond porte en germes les grands moments du Kid ou du Cirque. Charlot atteint une dimension supplémentaire avec ce film…

Charlot pompier (The Fireman) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 13 janvier, 2016 @ 9:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot pompier

Titre alternatif (VF) : Le Pompier

Titres alternatifs (VO) : A Gallant Fireman ; The Fiery Circle

Pour son deuxième film à la Mutual, Chaplin reste dans le slapstick pur, avec une comédie au rythme trépidant, l’un de ces films entièrement basés sur le métier de Charlot. Pompier, donc.

Son personnage passe de l’hyperaction à l’indifférence, de la mesquinerie à l’héroïsme, sans logique apparente. Normal : là encore, seul le gag et son effet intéressent un Chaplin entièrement tourné vers le mouvement. Le réalisateur s’offre d’ailleurs un beau plan assez impressionnant dans une voiture à cheval lancée à toute vitesse. Quant à l’acteur, il a droit à une cascade digne du Harold Lloyd de Safety Last : l’escalade sans trucage d’une façade d’immeuble haute de trois étages.

Pour le reste, on est clairement en terrain connu, avec Edna Purviance en belle à secourir et Eric Campbell en brute, avec les coups de pied aux fesses et les personnages maculés de nourriture. Mais la comédie fonctionne parfaitement, avec quelques belles trouvailles, comme ces chevaux attelés en marche arrière grâce à la pellicule projetée à l’envers.

The Fireman s’inscrit clairement dans la lignée de ses premières comédies, mais la maîtrise de Chaplin a fait un bond de géant depuis l’époque de la Keystone, à peine deux ans plus tôt.

Charlot chef de rayon (The Floorwalker) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 13 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot chef de rayon

Titre alternatif (VF) : Le Chef de rayon

Titre alternatif (VO) : Shop !

Chaplin fait ses premiers pas à la Mutual avec ce court métrage plutôt classique sur le fond : un décor fort dont il tire tous les ressors comiques imaginables. En l’occurrence un grand magasin. Une formule qui lui a souvent réussi, et qui lui permet de prendre ses marques dans ce nouveau studio où sa liberté créatrice sera plus grande encore qu’à la Essanay ou, plus tôt, à la Keystone.

Un film assez classique, donc, et dénué de la fibre sociale et de l’émotion dont il a déjà commencé à teinter son cinéma : on est ici dans la comédie la plus pure, avec courses poursuites, coups de pied dans les fesses, catastrophes qui s’enchaînent… Du slapstick, du vrai. Mais tout ça est mené à un rythme qui ne mollit pas une seule seconde. Les gags s’enchaînent, et Chaplin lui-même semble lancé dans un mouvement ébouriffant, jouant notamment avec l’omniprésent escalator, qui donne quelques scènes irrésistibles.

L’intrigue est anecdotique : les deux patrons du magasin ont décidé de se faire la malle avec l’argent de la caisse. Mais l’idée originale est d’avoir fait de l’un de ces escrocs le quasi-sosie de Charlot. Leur rencontre est particulièrement drôle, géniale variation sur le fameux thème du faux miroir, dont Max Linder, son maître revendiqué, fera l’une des meilleures adaptations dans 7 ans de malheur.

Ce film permet aussi à Chaplin de découvrir l’un de ses méchants préférés : Eric Campbell, qui sera de presque tous ses courts métrages à la Mutual. Jusqu’à sa mort prématurée en 1917.

Les Avatars de Charlot (Triple Trouble) – de Charles Chaplin et Leo White – 1915-1918

Posté : 12 janvier, 2016 @ 9:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WHITE Leo | Pas de commentaires »

Les Avatars de Charlot

Titre alternatif (VF) : Charlot chemineau

Début 1916, Chaplin a fait ses adieux à la Essanay. Mais pour les dirigeants de cette dernière, voir partir la poule aux oeufs d’or a visiblement été difficile à accepter. A peine la star avait-elle franchi la porte qu’ils remontaient et dénaturaient l’un de ses derniers films (A Burlesque on Carmen). Un peu plus de deux ans plus tard, la Essanay va même jusqu’à sortir sur les écrans un « nouveau film » de Charlot…

Mais Triple Trouble est un pur produit marketing, un montage un rien foutraque mais finalement pas désagréable de plusieurs séquences qui n’avaient rien à voir entre elles : quelques scènes tirées de Work, l’un des courts métrages tournés en 1915, des images rescapés de Life, le projet de long métrage abandonné de Chaplin, ainsi qu’une poignée de plans et surtout une longue séquence coupée de Police, le dernier film tourné pour la Essanay.

C’est cette dernière séquence qui fait tout l’intérêt de Triple Trouble : il s’agit d’une scène se déroulant dans l’asile de nuit dont Charlot se fait renvoyer dans Police tel qu’on le connaît, mais où il devait initialement retourner. Chaplin avait en tout cas tourné une longue séquence dans cet asile, qui avait finalement été abandonnée dans le montage définitif.

Pour assurer une sorte de continuité entre ces éléments disparates, le réalisateur Leo White a été chargé de tourner quelques plans de raccords, en faisant appel à quelques acteurs présents dans Work ou Police. En résulte une curieuse historique de savant, de bombre nouvelle génération, d’espionnage et de vol. Un pur prétexte.

Charlot cambrioleur (Police) – de Charles Chaplin – 1916

Posté : 12 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot cambrioleur

Titres alternatifs (VO) : Charlie the burglar ; Charlie in the police ; The Housebreaker

C’est le Chaplin des grands chefs d’œuvres qui se profile avec Police, dernier film tourné par la star pour la Essanay. Dès la séquence d’ouverture, on sent que, comme dans tous les grands films qui vont suivre, le rire va être teinté de gravité, et que la comédie est ancrée dans une réalité sociale forte.

Et puis le film confirme l’impression laissée par Burlesque on Carmen, tourné quelques semaines plus tôt : Chaplin le cinéaste s’impose de plus en plus devant Chaplin le gagman. Visuellement, Police est plein de belles trouvailles, de plans très construits, inédits jusqu’alors. Le plus marquant : les ombres de Charlot et de son comparse cambrioleur qui se dessinent sur un mur, et qui nous font deviner la nervosité du personnage qui joue une nouvelle fois avec son chapeau.

Chaplin peaufine encore son vagabond, donnant une importance grandissante aux accessoires incontournables : ce fameux chapeau qu’il fait rouler sur son bras, image devenue mythique ; et cette canne qui semble par moments avoir sa vie propre, inépuisable source de gags.

Au-delà des gags, Police est surtout un modèle de narration, d’une inventivité de chaque instant. Chaplin ne se contente plus d’enchaîner les effets comiques, il construit son film, dans une sorte de mouvement perpétuel très inspiré.

Chaplin clôt sa période Essanay avec une petite merveille, qui annonce sur le fond et sur la forme ce qui fera la grandeur de son cinéma durant les années et les décennies à venir.

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