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Archive pour la catégorie '1895-1919'

Terje Vigen (id.) – de Victor Sjöström – 1917

Posté : 1 décembre, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, SJÖSTRÖM Victor | Pas de commentaires »

Terje Vigen

En 1917, Sjöström n’est pas un débutant : il a déjà une quinzaine de longs métrages à son actif, qui ont déjà fait de lui le plus grand cinéaste suédois de sa génération. L’un des plus grands de l’histoire d’ailleurs. Mais il n’a pas encore la carrure internationale que ce Terje Vigen allait lui apporter : une production inhabituellement ambitieuse, l’adaptation d’un long poème du Norvégien Henrik Ibsen, et surtout un chef d’œuvre très en avance sur l’immense majorité des films de cette période.

Car en 1917, le cinéma reste très majoritairement tâtonnant, peaufinant peu à peu l’art de la mise en scène et du langage cinématographique dans le sillage de quelques visionnaires, dont on retient surtout les chefs de file américain, Griffith ou De Mille. C’est un peu vite oublier le reste du monde, bien sûr. Et Sjöström, comme Murnau un peu plus tard, allait en remontrer aux grands noms hollywoodiens, souvent pris en modèle, avant de s’imposer lui-même dans la capitale du cinéma (à partir de Larmes de clown, en 1924).

C’est avec ce Terje Vigen que Sjöström a commencé à taper dans l’œil des Américains. Parce que le cinéaste maîtrise alors déjà parfaitement son art : un sens du cadre, une manière de faire naître la tension ou l’émotion de la lumière et du contre-jour, et de filmer ses personnages dans leur environnement. La mer en l’occurrence, omniprésente, presque de chaque plan, un personnage à part entière, à la fois refuge et source de danger.

Oui, la longue séquence finale dans la tempête peine à convaincre, parce qu’on a du mal à y voir une tempête justement. Le cinéma reste un art très jeune, et on ne parle pas encore d’effets spéciaux. On excuse donc facilement à Sjöström et à son équipe de ne pas avoir réellement risquer leurs vies en tournant dans une vraie tempête. Mais quand même, la mer semble bien calme pour rendre palpable le danger immédiat.

Mais il y a le rythme aussi, implacable et novateur. Le récit est vif et plein de rebondissements, dignes d’un serial. Mais Sjöström choisit le plus souvent de prolonger ses plans juste un peu trop , créant ainsi un suspense, une tension, une panique même, par moments. Une dimension tragique en tout cas, qui trouve son apogée lors de la poursuite en canots, où la fuite désespérée de Terje Vigen (Sjöström lui-même) est mise en parallèle avec ses poursuivants anglais implacables, avec des gros plans sur les bras de l’un et des autres ramant de toutes leurs forces.

Les quelques minutes qui suivent, où les soldats anglais traquent leurs proies en scrutant la surface de l’eau autour de leur embarcation, sont d’une force et d’une intensité incroyables. Une force que l’on ressent de la première à la dernière image. Sjöström a longtemps hésité avant de porter à l’écran l’œuvre d’Ibsen. En adaptant Terje Vigen, l’histoire d’un marin suédois dont la famille est une victime collatérale des guerres napoléoniennes, il signe un chef d’œuvre, et s’impose comme un immense cinéaste international.

La Rédemption de Rio Jim / Le Repentir de Rio Jim (The Return of Draw Egan) – de William S. Hart – 1916

Posté : 3 novembre, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, HART William S., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Repentir de Rio Jim

J’ai toujours vu William S. Hart comme une espèce de modèle de Randolph Scott : un cow-boy au visage rude et austère, dont se dégage pourtant une étrange bonté. Un héros marmoréen au cœur pur, quel que soit son passé. Ce « retour de Draw Egan » confirme en tout cas que dans la longue liste des cow-boys des premières heures du western, il est d’une modernité déjà étonnante.

Oh ! Non pas que son cinéma n’ait pas pris quelques rides par-ci, par là. Il y a ainsi quelques gestes théâtraux qu’on n’imagine plus filmer depuis pas loin d’un siècle, une manière par moments de surjouer les sentiments dans des gros plans très évocateurs. Certes.

Mais Hart a non seulement un charisme dingue. Il est aussi un authentique cinéaste, qui sait tenir son récit, y insuffler de la vie et une authentique vérité, et y mettre du style. Quand son personnage prévient son adversaire qu’ils se retrouveront à la tombée du soleil, la séquence d’attente met réellement en scène cette lumière baissante, qui donne une belle atmosphère au film. Un court travelling arrière aussi, puis Hart s’avançant d’un pas décidé vers la caméra jusqu’à un très gros plan… Autant de moments qui tranchent avec l’anonymat de tant que westerns de cette époque.

L’histoire semble particulièrement classique aujourd’hui : un bandit recherché par tous se réfugie dans une petite ville où il devient shérif, tombe amoureux d’une jeune femme de bonne famille, et se construit une nouvelle vie jusqu’à l’arrivée d’un ancien complice… Une histoire qui ne cessera d’être déclinée à travers l’histoire du genre, et à laquelle Hart apporte déjà quelque chose de précieux. Une vérité dans les rapports humains, et un refus du spectaculaire à tout prix.

Il y a bien des scènes d’action pourtant. Le film commence d’ailleurs par une longue poursuite dans des immenses décors très joliment filmés. Mais l’action, le plus souvent, est sèche et rapide, à l’image de ce duel dans la rue, long suspense qui se conclue par une seule balle, tirée à travers un tonneau. Percutant.

The Pitch o’chance (id.) – de Frank Borzage – 1915

Posté : 1 novembre, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Pitch o'chance

Même dans cette petite bande westernienne, soumis aux codes incontournables du genre, Borzage est un réalisateur intéressant. Déjà, doit-on ajouter, parce qu’avec ce film de jeunesse, l’un de ses tout premiers travail derrière la caméra après de brefs débuts en tant qu’acteur, le romantisme du cinéaste est déjà là, omniprésent.

Il est toujours devant la caméra aussi, jeune premier jouant le rôle principal, celui d’un parieur invétéré qui gagne, à la suite d’un pari improbable, la compagne d’un joueur très installé dans la ville. Aidé, il est vrai, par la main agile de la rivale de ladite compagne, qui aimerait gagner le cœur dudit joueur. Une histoire presque classique déjà de rivalité qui finira dans un bain de sang… Les grandes figures du western ont été posées très tôt.

Mais c’est Borzage, et ça se sentà des tas de niveaux. D’abord par la joyeuse insouciance qui se dégage de son propre personnage, pauvre hère visiblement heureux de son sort modeste. Puis par le tour que prend la rivalité entre les deux jeunes femmes. « Toi tu as peur de lui… Moi je l’aime », lance la rivale délaissée, avant d’enlacer la compagne officielle.

C’est beau, déjà, du Borzage. Beau et vrai, avec un rythme imparable et une manière d’utiliser le décor, que ce soit un saloon bondé ou de grands paysages vallonnés et déserts… De cette variété de décors, Borzage sait tirer la matière dramatique, avec une aisance déjà confondante. Ces bandes westerniennes des premiers temps étaient souvent tournées à l’arrache, avec de grosses ficelles et des effets faciles. The Pitch o’chance laisse déjà apparaître le talent naissant mais déjà réel d’un immense cinéaste.

Tête brûlée (A gun fightin’ gentleman) – de John Ford – 1919

Posté : 7 février, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, FORD John, WESTERNS | Pas de commentaires »

A gun fightin' gentleman

Harry retrouvera-t-il sa terre ? Partira-t-il avec la jolie fille de son riche ennemi ? Pour les réponses, il faut sans doute se plonger dans les archives papiers des vieux studios hollywoodiens, si elles existent. La fin de ce western de jeunesse de John Ford a, elle, disparu corps et bien. A peu près toute la seconde moitié du film est manquante, et c’est évidemment un crève-cœur. Non pas que A gun fightin’ gentleman ait l’intensité de certains autres films à moitié perdus de Ford (The Village Blacksmith, North of Hudson Bay, Mother Machree), mais il porte bien la marque du réalisateur.

Au programme : du western pur et dur, avec une séquence d’ouverture pleine de plans larges et fusillades, avec une belle utilisation de la profondeur de champs. Au programme aussi, et c’est là que le film est le plus passionnant : la confrontation de deux mondes, celui des « demi-sauvages » que sont les cow-boys, et celui dit de la civilisation. Avec une frontière bien trouble, que Ford s’amuse à contourner allégrement.

Le héros, c’est Harry Carey, incontournable compagnon des premières années de Ford. Il incarne ici le propriétaire d’un ranch qui refuse de vendre ses terres à un riche producteur de viandes. Après plusieurs tentatives violentes, ce dernier finit par trouver un moyen apparemment légale d’expulser Harry. C’est là que le cow boy débarque dans la belle demeure du riche industriel, pour une sorte de dîner de cons dont il serait l’invité d’honneur.

Bien sûr, Ford renverse les rôles. Les convives richement habillés croient singer l’homme des grandes plaines en mangeant avec leurs couteaux, devant le regard surpris d’un Harry aux manières parfaites… qui ne prend son couteau que pour se plier aux coutumes de ses hôtes, ces derniers éclatant alors de rire avec mépris. Sans surprise, on voit bien où va la sympathie de Ford.

Ce choc des mondes donne aussi une scène étonnante, et très brève : le riche industriel pense au cow-boy, qui apparaît alors en miniature sur un meuble, trucage déjà présent dans The Craving, tourné l’année précédente et attribué au frère de Ford, Francis. La suite est plus foutraque, la pellicule très abîmée, et l’issue très incertaine. Harry prend au mot un comte qui lui demande d’enlever la fille de l’industriel, et… la copie existante se termine à table, avec Harry et la belle qui confrontent une nouvelle fois leurs manières.

Fatty bistro (Out West) – de Roscoe Arbuckle – 1918

Posté : 17 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster, WESTERNS | Pas de commentaires »

Fatty bistro

Tout un symbole : Arbuckle quitte New York pour s’installer à Hollywood, où il tourne son premier film, Out West. Et c’est par la vision d’un train se dirigeant vers l’Ouest que s’ouvre son film, un western burlesque.

Et c’est une réussite, à la fois pour la richesse des gags que pour certaines scènes particulièrement bien réalisées : celle du train notamment, avec cette « course immobile » sur le toit ; ou ces plans des cavaliers surplombant le canyon où se trouve le décor principal, celui d’une minuscule ville de western perdue entre les roches.

Arbuckle s’offre un rôle de héros savoureux, vagabond qui se lie d’amitié avec le patron d’un saloon, véritable dur que joue un Buster Keaton surprenant… et hilarant. Lorsque des bandits braquent son saloon et descendent le barman, Keaton, les bras toujours en l’air et alors que le braquage est en cours, prend le temps d’accrocher une pancarte « recherche barman » !

Beaucoup de gags très drôles, parfois surréalistes (les aiguilles de l’horloge qui « lèvent les bras », Fatty qui fait tomber une maison)… mais aussi des aspects très datés, en particulier dans la manière dont Arbuckle met en scène les Indiens, ou surtout le personnage noir très caricatural, gênant.

Fatty à la fête foraine (Coney Island) – de Roscoe Arbuckle – 1917

Posté : 16 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster | Pas de commentaires »

Fatty à la fête foraine

Dernier film tourné à Arbuckle à New York avant qu’il ne s’installe à Los Angeles, Coney Island est aussi le premier où Buster Keaton s’impose non pas comme un simple complice (même génial), mais comme un vrai partenaire. Même si son rôle reste secondaire par rapport à Fatty, Keaton a bien souvent le beau rôle devant la caméra généreuse de son ami, et tous deux apparaissent de plus en plus comme un authentique duo comique.

La meilleure d’entre elle se déroule au bord d’un bassin, où Fatty et la belle que se disputent les personnages (Al St John, aussi) sont tombés à l’eau, et où Buster s’est précipité pour sauver la jeune femme. Une fois au sec, Buster se précipite pour tendre la main à Fatty, qui l’entraîne immanquablement à l’eau avant de sortir lui-même… et de s’éloigner au bras de la belle en jetant un regard à peine intéressé à Buster, toujours à l’eau.

La complicité et la complémentarité entre les deux hommes est flagrante dans cette excellente scène, qui révèlent à la fois le caractère bon enfant et gentiment cruel de leur relation. Tout n’est d’ailleurs pas de ce niveau, et Arbuckle semble souvent manquer d’inspiration devant le décor (réel) immense et intimidant de Coney Island.

Il en a curieusement plus sur cette plage dépouillée de tout ornement où il met en scène une sorte de jeu du chat et de la souris entre Fatty et sa mégère de femme. Une belle idée aussi, très originale, lorsque Fatty se change pour revêtir un costume de bain (de femme) : au moment d’enlever son pantalon, il regarde la caméra et demande au cameraman de remonter le cadre pour ne pas être vu des spectateurs.

Notons que la première fin, coupée depuis les années 20 (mais visible en bonus de l’indispensable coffret Buster Keaton édité par Arte), montre Fatty suivre une femme dans la rue, l’aborder, et faire une grimace de dégoût avant de s’enfuir, en découvrant que la femme est noire. Un « gag » qui pousse à son paroxysme la dérision avec laquelle Arbuckle se moque régulièrement des personnages noirs dans ses comédies (La Noce de Fatty, ou Fatty bistro).

Fatty docteur (Oh Doctor !) – de Roscoe Arbuckle – 1917

Posté : 10 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster | Pas de commentaires »

Fatty Docteur

Dans la série des courts métrages d’Arbuckle qui se moquent de la vraisemblance ou de la cohérence du récit, celui-ci est un cas d’école. Pourquoi Fatty est-il médecin dans ce film ? Le décor et la profession du personnage sont souvent à l’origine des gags. C’est à peine le cas ici, si ce n’est pour la réplique (en inter bien sûr) d’un charlatan, qui promet à ses patients que son remède les fera vivre… jusqu’à leur mort.

C’est d’ailleurs non pas dans son cabinet, mais sur un champ de course qu’on découvre Fatty, avec femme et enfant, l’enfant étant joué par un Buster Keaton qui passe le film à pleurer après s’être pris des coups par son père (on saluera la performance d’une baffe suivie d’une roulade retournée sur une table que Keaton termine assis sur une chaise, assez spectaculaire). Tout une époque, quand même…

Arbuckle reste sur le champ de course le temps de quelques gags amusants (le cheval qui tourne en rond, surtout), puis transforme le couple qu’il a rencontré par hasard en escrocs dangereux, lui-même revêtant la redingote d’un policier, jusqu’à oublier totalement que, oui, il est censé être un médecin. Mais sans oublier de remettre une baffe à son gamin Buster à la première occasion…

La Noce de Fatty (His wedding night) – de Roscoe Arbuckle – 1917

Posté : 9 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster | Pas de commentaires »

La Noce de Fatty

Dans le décor de Fatty boucher, à peine transformé pour faire office de drugstore, les mêmes acteurs jouent à peu près la même chose, avec la même rivalité autour d’une jeune femme. Un sentiment de déjà vu plane sur ce court métrage qui peine à décoller. Et une fois de plus, c’est Buster Keaton qui vient dynamiter la comédie. Alors que les gags ronronnaient plutôt, lui déboule sur son vélo.

Et comme si Arbuckle, réalisateur, n’attendait que son comparse, lui-même semble sortir d’une sorte de léthargie, filmant Keaton dans un spectaculaire travelling, qui se termine par un gag. Et Keaton qui, lui, décolle ! C’est à lui qu’on doit les moments les plus drôles du film. Les plus originaux aussi, comme ce moment où il se transforme en modèle pour robe de mariée, avec un paravent qui tombe et se redresse à son passage, et une lumière de music-hall sortie d’on ne sait où qui vient le mettre en valeur.

Pour le reste, on est en terrain connu, même si Arbuckle affirme le côté mesquin de son personnage. Alors que sa fiancée essaye sa robe de mariée, lui s’amuse à endormir ses clientes à l’aide de chloroforme pour leur voler des baisers. Politiquement très incorrect ! La manière dont il rit d’une femme noire en jouant de sa couleur de peau est en revanche nettement plus discutable.

Fatty chez lui (The Rough House) – de Roscoe Arbuckle – 1917

Posté : 3 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster | Pas de commentaires »

Fatty chez lui

Ce court métrage commence par un gag hilarant. Fatty, au petit matin, met accidentellement le feu à son lit. Avec un calme aussi spectaculaire que sa lenteur, il traverse la maison, passe devant sa femme et sa belle-mère, se rend à la cuisine, remplit une minuscule tasse, fait demi-tour, verse l’eau de la tasse sur son matelas, et regarde le feu continuer sans faiblir, avant de repartir vers la cuisine…

Ces courtes comédies d’Arbuckle ne s’embarrassaient pas de vraisemblance. Pour faire avancer l’histoire, le comique trouve un vague prétexte pour transformer ses compères Buster Keaton et Al St John en policiers. Qu’importe, puisqu’en se débarrassant ainsi de toute logique, il rend possible tous les gags, dont un génial, lorsque Keaton devenu flic escalade une clôture, et se retrouve littéralement pendu, sa veste accrochée à un poteau. Le visage impassible de l’acteur vaut alors à lui seul la vision de ce film.

Autre particularité : la danse des petits pains, que mime Fatty huit ans avant Chaplin dans La Ruée vers l’or. Il semble toutefois que ce soit Arbuckle qui est piqué l’idée à Chaplin, ce dernier amusant régulièrement la galerie avec ce numéro, bien avant de l’immortaliser à l’écran (et Chaplin et Arbuckle ont collaboré sur plusieurs films dès 1914). La danse version Fatty est d’ailleurs loin d’avoir la même poésie.

Fatty boucher (The Butcher Boy) – de Roscoe Arbucle – 1917

Posté : 2 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1895-1919, ARBUCKLE Roscoe, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, KEATON Buster | Pas de commentaires »

Fatty boucher

Fatty Arbuckle était l’une des plus grandes stars du burlesque, au milieu des années 1910. L’un des rares, avec Chaplin, à avoir gagné le droit d’écrire et réaliser ses propres films, avec une totale liberté. L’histoire retient pourtant essentiellement sa chute tragique, au début des années 1920. Le personnage est sympathique, avec son embonpoint gracieux et son sourire d’enfant un rien sournois, et ses films sont généreux en gags et en rythme. Mais ils ne révolutionnent pas le genre, et déclinent souvent les mêmes motifs.

Ce Butcher Boy serait une comédie comme tant d’autres si elle n’avait une particularité qui en fait une date dans l’histoire du cinéma : c’est là, avec quelques minutes de film, qu’apparaît pour la première fois Buster Keaton, artiste de music-hall déjà aguerri qui fait ses premiers pas devant une caméra, déjà le visage impassible, et déjà le canotier sur la tête. Une apparition loin d’être anodine : dès ses premières secondes, Keaton dynamise la comédie en improvisant autour d’un seau plein de balais.

On comprend pourquoi Arbuckle en fera son principal collaborateur pendant trois ans (et un ami pour la vie) : Keaton a un sens du gag incroyable, et une maîtrise extraordinaire de son corps. Al St John (le troisième comparse de ces premières années, et neveu d’Arbuckle) se retrouve sur les fesses lorsqu’il prend un sac de farine en pleine tête. Keaton, lui, se retrouve littéralement à l’envers, et semble réinventer des gags incontournables et archi-rabachés.

Sa participation reste secondaire, dans ce premier film, dont l’action tourne essentiellement autour de Fatty, garçon boucher aux méthodes disons peu hygiéniques. Le film est fabriqué, un peu artificiellement, en deux parties très distinctes : la première dans l’épicerie, la seconde dans un pensionnat de jeunes filles, où Fatty se déguise en femme (un gag récurrent) pour retrouver celle qu’il aime.

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