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Archive pour la catégorie '1895-1919'

How to make movies (id.) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 20 avril, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

How to make movies

En 1918, Chaplin a eu une idée géniale… dont il n’a rien fait pendant quarante ans : filmer la construction de ses propres studios à Hollywood, puis s’y mettre en scène dans son quotidien de création. Au cinéma, seuls deux minutes en seront utilisés en 1959 pour introduire The Chaplin Revue, programme regroupant trois courts métrages. Mais les seize minutes que l’on connaît de ce film jamais réellement achevé sont fascinantes.

Ce n’est pas à proprement parler un documentaire : on sent bien que tout est mis en scène, ne serait-ce que la manière dont les frusques de Charlot sont religieusement transportées d’un coffre fort au bureau de Chaplin. Mais le film montre toutes les étapes de fabrication d’un film, des répétitions au tirage du film, et c’est passionnant de voir Chaplin livrer lui-même ses secrets de fabrication.

C’est même un cas à peu près unique dans l’histoire du cinéma : ce témoignage d’un monument qui dévoile l’envers du décor. On le voit répéter avec Edna Purviance, Henry Bergman, faire faire des essais à une jeune actrice (en flirtant gentiment), ou entrer littéralement dans la peau de Charlot.

L’occasion aussi de placer ces quelques scènes où Charlot fait du golf, probable ébauche d’un court métrage jamais terminé, tourné quelques mois plus tôt (on y voit Eric Campbell, mort fin 1917 avant que le studio soit achevé). Avant que Chaplin, de nouveau habillé « en civil », gratifie le spectateur d’un « au revoir » face caméra.

Une curiosité passionnante et indispensable.

On Secret Service (id.) – de Walter Edwards (et Thomas H. Ince) – 1912

Posté : 24 février, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, EDWARDS Walter, INCE Thomas H., WESTERNS | Pas de commentaires »

On secret service

En pleine cure de Borzage (une cure bien agréable, qui doit guérir bien des maladies nerveuses), ce court métrage fait figure de curiosité : il est considéré comme le tout premier film auquel ait participé le jeune Frank Borzage. Pas encore derrière la caméra, mais devant : ce serait le premier rôle qui lui aurait été confié.

La plupart des filmographies le confirment, Hervé Dumont l’évoque comme une possibilité dans sa biographie, mais je me demande encore quel rôle il tient. Peut-être trop jeune, peut-être trop discret, peut-être méconnaissable derrière une moustache ou chapeau ? Je suis en tout cas incapable de dire quel rôle joue le futur cinéaste, dans ce western typique des productions de Thomas H. Ince. Ince à qui certains attribuent la réalisation, même s’il semble qu’elle soit plutôt assumée par Walter Edwards, qui tient par ailleurs l’un des deux rôles principaux.

Deux rôles principaux qui ne manquent d’ailleurs pas d’intérêt : deux agents secrets travaillant l’un pour les Nordistes, l’autre pour les Sudistes, qui se font tous deux passer pour des officiers du camp opposé pour espionner, voler des informations capitales, et répandre de fausses nouvelles. Deux frères ennemis en quelque sorte, qui se retrouvent d’ailleurs autour de la sœur de l’un d’eux.

Le film tient ses promesses avec un rythme impeccable et une caméra dynamique (notamment lors de scènes de batailles courtes mais intenses). Surtout, le final est très réussi, mélange de suspense et de drame mené à 100 à l’heure (le drame se noue en quelques secondes), et assez virtuose.

Notons aussi la présence de Francis Ford, le grand frère de John, qui campe un Abraham Lincoln tellement convaincant qu’il retrouvera le rôle une quinzaine de fois dans les années qui suivent.

Nugget Jim’s pardner / The Calibre of Man (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 20 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nugget Jim's Pardner

Ce Borzage précoce n’annonce pas vraiment les grands chefs d’œuvre du cinéaste. Loin de ses futurs sujets de prédilection, le cinéaste s’y construit un personnage de jeune insouciant qui affronte les péripéties de la vie sans se prendre la tête. C’est le moins que l’on puisse dire.

Comme souvent à ses débuts, Borzage est donc l’interprète principal de son film. Jeune héritier d’une grande famille de l’Est, noceur impénitent, il est mis à la porte de la maison familiale par son père. Sans le sou, il s’embarque comme passager clandestin dans un train qui le conduit dans l’Ouest encore sauvage, où il devient chercheur d’or au côté d’un mineur nommé Nugget Jim.

Ce personnage d’aventurier qui arrive dans une communauté où il n’a d’abord pas sa place, c’est en quelque sorte le double lumineux de celui qu’il jouait dans The Pilgrim, la même année. Ce dernier était taciturne et mal rasé ? Celui-ci est rasé de près et très ouvert, toujours souriant, s’invitant avec le plus grand naturel à la table d’un homme qui ne l’attendait pas.

C’est le meilleur moment du film : le regard incrédule de ce grand gaillard de Nugget Jim face au frêle et jeunot Frank Borzage qui se prépare une assiette avec gourmandise est assez irrésistible.

The Pilgrim (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 18 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

The Pilgrim Borzage

A ses débuts, Borzage a réalisé un paquet de petits westerns, de ceux qu’on tournait à la chaîne dans ces années 10 à Hollywood, bandes sans prétention qui se contentaient le plus souvent d’enchaîner les poursuites, fusillades et bagarres sur un semblant de scénario. Borzage, lui, se distingue déjà, au moins dès ce Pilgrim (son dizième film, si mon compte est bon).

Pas l’ombre d’une fusillade ici, ni même d’une chevauchée sauvage d’ailleurs. Et une seule bagarre, qui n’arrive qu’au début de la seconde bobine. Et quelle bagarre ! Un assaut en deux temps, le premier se limitant à un unique coup de poing expéditif, et le second étant totalement caché de la caméra (et du spectateur, donc) par une haie de figurants !

Et c’est passionnant, plus rythmé que la plupart des films d’action pure de l’époque. La caméra est très fixe, encore, avec quelques cadrages très larges qui fleurent encore les tout premiers pas du cinéma. Mais Borzage multiplie aussi les gros plans, sur des visages passionnants.

Le sien pour commencer, parce que c’est en tant qu’acteur qu’il a fait ses premiers pas dans le cinéma, d’abord pour d’autres, puis pour ses propres films. Dans The Pilgrim (le pèlerin, dans le sens de celui qui voyage sans avoir d’attaches particulières), il s’offre un rôle de taciturne laconique que n’aurait pas renié Clint Eastwood un demi-siècle plus tard.

Mal rasé, vêtu de sombre, peu liant, il est embauché par le contremaître débonnaire d’un ranch mais préfère dormir dehors avec son cheval. Quant à sa première conversation, elle se limite à une réjouissante série de « Yep ». L’homme n’est pas du genre à se livrer, ni à s’expliquer. Et le réalisateur est un homme d’images, pas de paroles…

La partie « roucoulades » qui vient clore le film n’est pas tout à fait aussi convaincante (un comble pour le futur prince du mélodrame), mais Borzage referme son western sur des images que n’aurait pas renié le jeune John Ford (dont les premiers films n’ont pas encore été tournés), notamment pour l’usage très symbolique qu’il fait d’une barrière. Un auteur est né.

Une journée de plaisir (A day’s pleasure) – de Charles Chaplin – 1919

Posté : 6 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une journée de plaisir

Charlot père de famille quasi bourgeois ? C’est déjà une particularité en soi… surtout quand l’un des enfants s’avère être Jacky Coogan, que Chaplin allait diriger dans The Kid, film sur lequel il travaillait déjà à l’époque, et qui n’en finissait pas de voir le jour. Comme Sunnyside, c’est d’ailleurs pour faire patienter spectateurs et financeurs qu’il a tourné ce court métrage, qui pour le coup marque un net recul en termes d’ambition, sympathique comédie sans arrière-pensée qui renoue avec l’esprit de ses premiers succès.

Après la scène d’introduction, très drôle (la famille aux prises avec les caprices d’une automobile), le film est très clairement divisé en deux parties, avec deux décors qui font l’objet de nombreux gags : un bateau de petite croisière (où, à l’exception d’un long face-à-face avec un transat, il se contente de recycler de vieux gags), et surtout un carrefour très fréquenté.

Là, l’imagination de Chaplin donne des moments irrésistibles, en particulier le final autour d’un tas de goudron frais où Charlot et ses antagonistes se retrouvent empêtrés, le personnage se transformant en une sorte de pantin désarticulé. Réjouissant !

Et Jacky Coogan dans tout ça ? Il se contente à peu près de jouer les figurants. Encore deux petites années avant qu’il n’entre dans la légende…

Une idylle aux champs (Sunnyside) – de Charles Chaplin – 1919

Posté : 5 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Une idylle aux champs

Après les chefs d’œuvre que sont Une vie de chien et Charlot soldat, ce Sunnyside marque un sérieux retour en arrière pour Chaplin. Une comédie pleine de gags formidables et assez irrésistible, mais aussi plus anodine que ses films précédents.

Pas étonnant : ce court métrage a essentiellement été tourné pour faire patienter public et financeurs, par un Chaplin tout entier tourné vers son premier – presque – long métrage, Le Kid. Mineur, donc, mais même dans un Chaplin mineur, on trouve des tonnes d’idées géniales.

Des idées qui tiennent parfois du simple jeu d’acteur, comme lorsque Charlot qui revient sagement chercher son coup de pied au cul, ou le même qui cherche son troupeau de vaches dans un minuscule bosquet…

Elles relèvent aussi du gag plus complexe : Charlot remplissant sa tasse de lait directement au pis de la vache, ou tondant les mauvaises herbes qui envahissent le hall d’un hôtel miteux…

Surtout, le film touche par sa tendresse et sa douce mélancolie. Le regard du personnage devant « son » Edna n’ayant plus d’yeux que pour un riche citadin est particulièrement émouvant. Et son déguisement improvisé franchement pathétique, ses fausses guêtres s’étiolant au fur et à mesure qu’il se rapproche de sa belle. Touchant.

Suspense (id.) – de Lois Weber et Phillips Smalley – 1913

Posté : 20 avril, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, POLARS/NOIRS, SMALLEY Phillips, WEBER Lois | Pas de commentaires »

Suspense

Un an avant de signer son premier long métrage, Lois Weber réalise ce film court mais formidable, sorte de modèle absolu de tout ce que sera le cinéma de suspense dans les cent ans à venir (et même un peu plus).

L’utilisation du split-screen (particulièrement efficace), le montage alterné, les gros plans… Tout est déjà là, et totalement maîtrisé, pour raconter la course poursuite d’un mari qui se précipite chez lui pour sauver sa femme (Lois Weber elle-même) d’un rôdeur qui les menacent, elle et leur enfant.

C’est d’une efficacité impressionnante, et d’une grande modernité : le son mis à part, le film serait-il réalisé différemment aujourd’hui ? Pas sûr…

D’ailleurs, des plans entiers semblent avoir été copiés par de grands cinéaste : le Kubrick de Shining (la main à travers la porte), le Hitchcock de Psychose, avec cette montée des marches qui se termine en très gros plan. Qui évoque, c’est vrai, un plan célèbre de The Musketeers of Pig Alley, réalisé par un certain Griffith un an plus tôt.

Shoes (id.) – de Lois Weber – 1916

Posté : 19 avril, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, FILMS MUETS, WEBER Lois | Pas de commentaires »

Shoes

L’histoire est cruelle et injuste : qui se souvient de Lois Weber, totalement éclipée par son contemporain D.W. Griffith. Celle qui fut la première réalisatrice de l’histoire du cinéma (en tout cas l’une des premières, le titre se disputant avec Alice Guy) fut pourtant aussi importante que Griffith dans l’invention du langage cinématographique.

Shoes est une merveille, l’un des rares films de Lois Weber à avoir survécu (ce qui explique sans doute qu’elle soit à ce point oubliée). Cinéaste engagée et sensible, elle y met en scène une jeune femme obligée de subvenir aux besoins de toute sa famille, qui vit dans une extrême pauvreté.

Rien de bien neuf a priori, y compris en 1916, si ce n’est l’inventivité constante de la mise en scène, avec flash backs, inserts, travellings, gros plans, montage parallèle… Et aussi le point de vue : ces chaussures délabrées dans lesquelles la jeune femme est obligée de se trimbaler, et qui pèsent sur chaque minute de son triste quotidien.

Lois Weber filme merveilleusement les grands yeux tristes de Mary MacLaren. Ce regard perdu, cherchant en vain une issue, est bouleversant.

Charlot soldat (Shoulder arms) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 23 février, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot soldat

La fin du film et son « switch » tellement attendu m’ont toujours un peu frustré, comme l’une des rares facilités que Chaplin se serait accordé tout au long de sa carrière. Comme si Chaplin justifiait après coup toutes les facilités du scénario, et le caractère héroïque de son personnage, chez qui ne subsiste plus la moindre lâcheté, ni la moindre bassesse. Bousculé par une partie de l’opinion qui reproche à ce Britannique d’avoir passé les années de guerre bien peinard à Hollywood, Chaplin semble alors plus prudent que jamais.

Cela étant dit, Charlot soldat reste un film absolument formidable, et cette facilité finale n’enlève rien aux formidables trouvailles comiques qui émaillent le film. Il y a la fameuse scène où Charlot se déguise en arbre pour espionner (et assommer) l’ennemi. Il y a aussi celle, extraordinaire, où il se cache dans la maison d’Edna Purviance, dont il ne reste que quelques pans de murs. Mais c’est sans doute dans la première séquence que le génie de Chaplin s’exprime le mieux: celle des tranchées.

Là, Chaplin filme la pire des misères, les pires des horreurs, avec un sens comique exceptionnel. Et si son film est si fort, c’est qu’il édulcore à peine la réalité : les images qu’il nous montre des tranchées sont d’un réalisme troublant. On sent la boue, l’humidité (et pour cause, les hommes finissent par dormir quasiment sous l’eau), les balles ennemies, la promiscuité, la mort omniprésente… Mais tout cela est l’occasion d’enchaîner les gags : le tir aux pigeons, la scène de l’inondation…

Pourtant, il y a une sorte de gravité quasiment omniprésente, et qui n’est d’ailleurs pas totalement inhabituelle chez Chaplin : cette très belle scène où il est le seul à ne pas recevoir de colis dans la tranchée, est à la fois triste et très drôle par la superbe dont le personnage ne se départ pas. Là, il est bel et bien ce vagabond à la dignité à toute épreuve. Mais il y a aussi une gravité plus profonde, cette volonté aussi de pointer du doigt l’absurdité de la guerre et le gâchis des vies perdues.

Lorsqu’il donne la fessée à un officier allemand, ou lorsqu’il s’offre un geste héroïque qui suffirait à lui seul à mettre fin à la tuerie… Chaplin dévoile avec drôlerie et une légèreté assumée un pacifisme auquel il donnera des mots et une gravité plus profonde plus de vingt ans plus tard, dans Le Dictateur.

The Bond (id.) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 22 février, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES | Pas de commentaires »

The Bond

Quand Chaplin s’engage dans l’effort de guerre, cela donne The Bond, une curiosité qu’il a lui même financée et dans laquelle il se met en scène dans son personnage de vagabond avec quelques-uns de ses acteurs fétiches : Edna Purviance, Albert Austin, Henry Bergman et le frangin Sydney sont notamment de la partie.

Il fallait une idée de départ pour inciter les Américains à acheter ces « bonds » qui permettent de financer les investissements de l’armée. Celle qu’il a trouvée vaut ce qu’elle vaut : Chaplin décline les différents sens du terme « bond » (lien) : les liens amicaux, les liens amoureux, les liens matrimoniaux… pour finir par le plus important, les fameux « liberty bonds ».

Amusant, le film vaut pour le numéro de Chaplin en Charlot, irrésistible lorsqu’il s’accoude à l’autel d’une église comme il le ferait à un bar. Mais c’est surtout par son parti-pris esthétique radical que le film surprend, avec ses décors minimalistes qui se résumes à quelques repères en carton pâte sur un fond noir, unique dans sa filmographie.

Le film se termine d’une manière très didactique, expliquant très simplement l’intérêt de ces bonds. A défaut de signer un chef d’œuvre, Chaplin fait au moins preuve de pédagogie…

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