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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Le Kid (The Kid) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 12 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Kid

On a beau le connaître par cœur, anticiper le moindre plan, le moindre gag, le moindre mouvement même… Le Kid garde, vision après vision, la même puissance émotionnelle. Je me suis dit : cette fois, je ne vais pas verser ma larme quand les services sociaux vont venir chercher le gamin. Tu parles !

Est-ce le regard de Jackie Coogan ou celui de Chaplin lui-même ? Les deux sans doute. Et cette urgence désespérée que le style soudain endiablé insuffle, cette caméra qui devient mobile, cette soudaine profondeur de champ lors de la course poursuite sur les toits…

Un lyrisme inédit jusqu’à présent, qui vous emporte à tous les coups. Alors non, ce n’est pas une larme que j’ai versée, mais des torrents, comme toujours. Et comme toujours chez Chaplin, cette émotion si pure se termine sur un éclat de rire, les deux se mélangeant dans un seul mouvement magnifique.

Il y a quelque chose de magique dans le cinéma de Chaplin, qui fait passer tous les excès. L’excès de symbolique avec ce plan inutile de Jésus pour bien souligner que lorsqu’Edna Purviance abandonne son bébé, c’est comme si elle portait sa croix. L’excès d’imagination facile avec cette scène de rêve rigoureusement inutile. L’excès de maquillage même, avec les fausses barbes des voleurs au début, qui date immédiatement le film. Quelque chose de magique, donc, qui fait que jusqu’à ses défauts, tout contribue à la perfection du Kid.

En passant pour la première fois au (presque) long métrage, Chaplin ne perd rien de son intensité. Au contraire même : c’est comme si ce nouvel espace de liberté lui permettait de laisser libre court à son imagination débordante, et à son obsession pour la perfection. Tout semble couler de source dans Le Kid. Pourtant, le moindre gag repose sur des trésors d’imagination.

Prenons la première scène dans laquelle apparaît le vagabond par exemple : celle où il découvre le bébé et tente en vain de s’en débarrasser illico. Cette idée du double landau, et la manière dont le bébé revient systématiquement dans les mains de Charlot, est formidable. Plus tard, un gag plus simple relève carrément du génie : celui où Charlot flirte avec la femme du policier et ne réalise pas que la main qui le tient par l’épaule est celle de ce dernier.

Il y a aussi, et surtout, toutes les scènes avec Jackie Coogan, gamin découvert par Chaplin qui deviendra l’une des plus grandes stars de son époque. Et pour cause : il parvient non pas à voler la vedette à Chaplin, mais à former un vrai duo avec lui, cohérent et irrésistible. Les scènes de repas, celle du dortoir, ou encore celle des vitres brisées, sont autant de merveilles inoubliables.

Ceux qui servent en mer (In which we serve) – de Noel Coward et David Lean – 1942

Posté : 11 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, COWARD Noel, LEAN David | Pas de commentaires »

Ceux qui servent en mer

Soit les producteurs tenaient à mettre en valeur le nom de Noel Coward, soit c’est ce dernier qui a un melon à la Delon des grandes années. Parce qu’à en croire le générique, il a absolument tout fait sur ce film, Coward. Il écrit bien sûr, mais il produit aussi, il compose la musique, il réalise, et il joue même le rôle principal.

Nous voilà donc prévenus : si le film reste dans l’histoire comme étant le premier d’un certain David Lean, il reste avant tout l’œuvre de Noel Coward. C’est effectivement largement le cas, tant il semble que le célèbre dramaturge ait voulu tout maîtriser. La mise en scène aussi ? Pas si simple, quand même : Coward ne s’y est d’ailleurs jamais réessayé, et le film fait preuve d’une maîtrise impressionnante.

De là à imaginer que Lean, déjà monteur très réputé, ait assuré l’essentiel du travail de réalisation, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir. Mais le fait est là : des images magnifiques, des gros plans sur des visages émouvants parce que plein de rides, de sueurs et de crasses… Visuellement, Ceux qui servent en mer est une merveille qui respire la vie, la peur et la mort. Avec de formidables séquences de batailles où le bruit et la fureur passent essentiellement par ces gros plans, par des détails qui relèvent du pur langage cinématographique.

La construction du film est clairement, elle, l’oeuvre de Coward, avec cette construction en flash-backs particulièrement réussie, qui donne du corps à chacun des personnages. Des personnages très forts, auxquels l’atmosphère du film rend parfaitement hommage : ce flegme très anglais que l’on ressent constamment, cette pudeur qui retient l’émotion, la gardant sur le fil jusqu’aux dernières minutes. Là, en quelques secondes, la garde est baissée, l’émotion éclate, et c’est splendide.

Quel que soit son rôle exact, David Lean trouve déjà avec ce film l’un de ses thèmes de prédilection : l’importance du décor, souvent considéré comme un personnage à part entière, voire même le plus important. C’est particulièrement frappant avec ce premier film, avec ce bateau de guerre à qui les marins donnent un nom de femme, et que les épouses considèrent comme une rivale avec laquelle elles ne peuvent pas rivaliser.

Cold War (Zimna wojna) – de Paweł Pawlikowski – 2018

Posté : 10 décembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, PAWLIKOWSKI Pawel | Pas de commentaires »

Cold War

Ce n’est pas tant le noir et blanc qui frappe la rétine au premier coup d’œil : après tout, le précédent film de Pawlikowski, Ida, était également en noir et blanc. C’est plutôt le format de l’image, tellement carrée qu’elle semble écrasée, étouffée. Ce choix extrême surprend, mais il ne doit rien au hasard : ce sentiment d’écrasement et d’étouffement sera constant dans ce très beau film, romanesque, cruel et déchirant.

Séduisant, aussi. Avec son précédent film, déjà très beau, le réalisateur polonais avait adopté une certaine austérité qui collait à la personnalité de son héroïne. Ici, ce sont deux êtres en quête désespérée de liberté, qui ne rêvent que de pouvoir vivre librement leur histoire d’amour. Pawlikowski est un vrai, et un grand, cinéaste : chez lui, la forme est constamment au service du récit. Du coup, son film est à l’image de son couple : romantique, intense, indécis aussi par moments.

Cold War commence dans la Pologne de l’après-guerre, dans un pays qui lui aussi cherche à retrouver une certaine liberté. Une liberté qui ne peut s’exprimer que par l’art : par la création d’une troupe de chanteurs et danseurs en l’occurrence, dont le credo est de ne mettre en valeur que les vieilles traditions rurales du pays. Ce qui donne, pour ouvrir le film, une série de plans envoûtants sur des gueules chantant des airs traditionnels. Superbe ouverture.

Glisserait-on vers l’optimisme béat ? Ben non, bien sûr : les réalités de l’époque s’imposent bientôt, par l’intermédiaire d’un directeur aux ordres qui impose à la troupe d’intégrer des messages staliniens à sa revue, et qui incite son chef d’orchestre à prendre la tangente, laissant derrière lui la belle chanteuse vedette, qui n’a pas pu se résoudre à passer à l’Ouest, et à laisser un quotidien morne mais assuré, pour un avenir incertain.

Et puis… et puis il y a une série d’ellipses magnifiques et douloureuses qui font passer les deux personnages (magnifique Joanna Kulig et Tomasz Kot), le temps d’un fondu au noir, d’une année à une autre, d’un lieu à un autre, de la Pologne de la fin des années 40 au Paris des années 50. Superbe film où l’évolution du monde, et des personnages, ne s’illustre jamais aussi bien que par la musique, et par les non-dits, et les non-filmés.

Avec Cold War, Pawlikowski signe une œuvre magnifique sur la passion amoureuse contrariée, sur le libre-arbitre, sur l’exil aussi… une œuvre universelle en quelque sorte, sur la lame de fond que peut constituer l’Histoire en marche. Avec ses mouvements de caméra élégants et envoûtants, avec ses images épurées, et en limitant systématiquement la durée des scènes, Pawlikowski souligne constamment la force des émotions, l’intensité de la vie, et la fragilité du bonheur.

Le film a valu au cinéaste le Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Le palmarès est, par nature, très discutable. Mais ce prix-ci semble une évidence absolue. Quand on arrive à mettre en image avec une telle force et une telle simplicité apparente la beauté d’une histoire d’amour et la cruauté aveugle de l’histoire, c’est tout simplement magnifique.

Casque d’or – de Jacques Becker – 1952

Posté : 9 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BECKER Jacques | Pas de commentaires »

Casque d'or

Becker est grand, et Casque d’or est un chef d’œuvre. Voilà, ça c’est dit. Rien d’original dans ce constat bien sûr : ce film fait partie des, quoi… dix classiques indémodables inlassablement cités parmi les plus grandes réussites du cinéma français. Eh bien oui. Sans aller jusqu’à l’idée d’établir un top 10, un top 3, un top 50, ou quelque classement que ce soit, oui, Casque d’or est un chef d’œuvre.

Une superbe histoire d’amour, une tragédie bouleversante, un grand film noir, le portrait fascinant des bas-fonds parisiens de la fin du 19e siècle… C’est tout ça à la fois, Casque d’or : un film tellement riche que, franchement, je ne sais pas par quoi commencer. Par le plus évident ? Le couple que forme Simone Signoret et Serge Reggiani ? Un chef d’oeuvre à lui seul, ce couple, dont la complicité passe constamment par les regards plutôt que par les paroles.

« Tu m’aimes ? » lui glisse-t-elle alors qu’ils assistent à un mariage dans une église. Son silence à lui est tellement éloquent qu’il en devient la plus belle des déclarations d’amour. Comme ces sourires qu’ils esquissent chacun de leur côté après que leur première baiser a été interrompu par la jeune promise de Manda… belle scène où l’alchimie presque magique qui réunit ces deux-là ferait presque oublier le terrain vague glauque et désolé dans lequel elle se déroule.

Le décor : les rues mal pavées et mal famées de Montmartre, où viennent s’encanailler de riches désœuvrés pendant que les « autochtones » s’occupent de leurs trafics. On est en 1952, et la manière dont Becker filme ces personnages, dans ces décors, est extraordinaires. Toujours à hauteur d’hommes, sans jamais chercher à embellir la réalité : le film s’inspire d’un faits divers bien réel, il trouve ses racines dans la violence et le sang. Et ça se sent.

Les acteurs sont formidables : Raymond Bussières, Claude Dauphin, et le moindre second rôle. Il y a le phrasé, le pseudo sens de l’honneur, la fausse camaraderie. Il y a surtout la manipulation, l’humiliation, et violence des sentiments et des actes. Les gifles que se prend Casque d’or, et la fierté que la jeune femme tente d’arborer malgré tout. La mort, aussi, réelle et brutale.

Centrale, la séquence du bistrot où se noue le drame est d’une puissance narrative incroyable. Becker y soigne tout autant la reconstitution, d’une précision impressionnante, que la tension, grandissante et étouffante. Visuellement c’est une splendeur. Et l’effet que procure cette explosion de violence, repoussée depuis si longtemps, ne retombe pas.

Il faut aussi évoquer la beauté presque irréelle de cette parenthèse à Joinville, dont la lumière quasi-divine semble droit sortie d’un rêve. Et puis la beauté simple de l’amitié qui lie Reggiani et Bussières. Et le final bien sûr, traumatisant et inoubliable, qui donne à Simone Signoret l’un des plus beaux (si ce n’est le plus beau) plan de sa carrière. Oui, Casque d’or est un chef d’oeuvre.

Broken Arrow (id.) – de John Woo – 1996

Posté : 8 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), WOO John | Pas de commentaires »

Broken Arrow

Pas une colombe, pas un pigeon… Woo se la joue relativement modeste pour son deuxième film américain (après le Van Dammien Chasse à l’homme). On retrouve bien quelques-uns de ses thèmes et de ses figures de prédilection : beaucoup de ralentis, et l’opposition manichéenne entre deux doubles inversés. Mais on est loin, très loin, des outrances jouissives de The Killer, ou de Mission Impossible 2 et Volte Face, ses deux films suivants, les deux sommets de sa carrière hollywoodienne.

Comme il se doit, Broken Arrow est con comme c’est pas permis. L’histoire n’a aucun intérêt, la psychologie inexistante, la vie humaine n’a aucun poids, et le réalisme cède toujours le pas face à l’effet immédiat. Il n’y a qu’à voir la représentation des militaires, digne de la plus mauvaise des séries B. Woo ne recherche que la cool attitude, et se contrefout de se rapprocher d’une quelconque vérité.

La palme, bien sûr, revient à Travolta, cabot sans filet, dont le moindre mouvement, la moindre réplique, la moindre mimique, est too much. Des tonnes, qu’il en fait, se la pétant « mec le plus cool du monde » dès qu’il tire une taffe à sa cigarette. Mais c’est tout l’intérêt du film : savoir ne pas se donner de limites.

Et c’est quand il va le plus loin qu’il est le plus efficace, quand il se rapproche le plus de la bande dessinée, et surtout du jeu vidéo, dont il reprend quelques-uns des codes : la vision subjective (le bras armé en gros plan, qui semble être celui du spectateur), les armes que Christian Slater ramasse au fil de sa « mission », de plus en plus grosses, les décors qui donnent tous lieux à une baston ou une fusillade, comme à la fin d’un niveau de jeu vidéo.

Le film ne manque pas de ces moments d’outrances réjouissantes, entre deux plages banales et un rien ennuyeuses. Verdict ? Tiède, mais pas désagréable.

Le Chanteur de jazz (The Jazz Singer) – d’Alan Crosland – 1927

Posté : 7 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, CROSLAND Alan, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Chanteur de jazz

Un film historique, bien sûr : le premier parlant, dont le triomphe a bouleversé le cinéma hollywoodien et le cinéma en général. Evidemment, ça compte, et ça a suffit à faire entrer Al Jolson dans la grande histoire du 7e Art. Mais la postérité dans laquelle le film semble comme figé depuis 90 ans a quelque chose de très injuste.

D’abord parce que les quelques scènes parlantes, ou plutôt chantantes, ne sont marquantes que si on tente de se remettre dans l’état d’esprit d’un spectateur de 1927. Les voir aujourd’hui fait à peu près le même effet que, disons, un plan montrant un train entrant en garde de la Ciotat. Historique, donc. Mais comme on a vu quelques films parlants depuis, l’effet de surprise et l’émerveillement ne fonctionnent plus aussi bien en 2018.

Ensuite parce que, en dehors de ces quelques scènes chantées (les numéros d’Al Jolson sur scène), qui arrivent assez tardivement dans l’histoire, Le Chanteur de jazz est un film muet. Sonore, mais muet. Et un beau, un très beau film muet, typique de cette période d’apogée du muet, où le langage cinématographique atteint des sommets. Presque de quoi faire regretter qu’il finisse par donner de la voix, Al…

Prenons les quelques scènes d’extérieures. Elles ne sont pas nombreuses (elles le seront encore moins lorsque les films deviendront entièrement parlant, contraintes techniques obligent), mais elles sont particulièrement marquantes, mettant en valeur la vie et le mouvement des quartiers populaires de New York par des travellings magnifiques au milieu de la foule.

Mais c’est toute la mise en scène d’Alan Crosland qui se révèle vive et envoûtante, donnant de la profondeur et du rythme à cette histoire. L’histoire d’un homme qui a choisi sa propre voix, et dont le bonheur est impossible avant d’avoir renoué avec un père, juif orthodoxe, qui n’accepte pas ses choix. Histoire magnifique, qui donne lieu à une peinture assez subtile des traditions, et au portrait bouleversant d’une mère sacrificielle.

Alors oui, Le Chanteur de jazz est un film historique. Mais il ne faudrait pas que ce fait fasse oublier que Le Chanteur de jazz est aussi, et avant tout, un très beau film. Point.

Alfred Hitchcock présente : Haut les mains ! (Alfred Hitchcock presents : Bang ! You’re dead) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 6 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Bang you're dead

C’est le dernier épisode qu’Hitchcock réalise lui-même pour sa série (ou presque : il signera encore I saw the whole thing, moyen métrage tourné pour The Alfred Hitchcock Hour, le prolongement étendu d’Alfred Hitchcock présente), et cet ultime court métrage est un classique auquel il apporte un soin particulier.

Le casting n’est sans doute pas à la hauteur, et c’est finalement là (et dans la durée du métrage aussi) que se trouve la plus grande différence avec ses grandes réussites cinématographiques de l’époque. Bang ! You’re dead est en tout cas typique du style Hitchcock.

L’histoire est simple : un gamin trouve une arme qu’il prend pour un jouet, et se balade en ville en s’amusant à jouer au cow boy avec les passants. Suspense formidable et purement hitchcockien : le cinéaste filme l’insouciance des petites gens, le spectateur étant le seul à savoir la vérité.

C’est tendu à l’extrême, Hitchcock s’amuse à dilater le temps et enchaîne des scènes qui paraissent semblables (toujours basées sur la menace que représente l’arme), mais où des petits détails permettent pourtant de relancer constamment le suspense. Et tout ça se termine par une scène haletante parfaitement maîtrisée.

Evidemment, aurait-on envie d’ajouter. Hitchcock profite en tout cas de cet épisode pour s’engager clairement contre l’omniprésence des armes, ce qu’il confirme, sans ironie pour le coup, dans son message de conclusion. Et Hitchcock qui s’engage dans ses films, ce n’est pas si courant.

Alfred Hitchcock présente : Caracolade (Alfred Hitchcock presents : The Horse Player) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 5 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Caracolade

Hitchcock a décidément envie d’autre chose, dans cette saison six. Le second épisode qu’il réalise cette année-là s’éloigne lui aussi des crimes qui tournent mal, au profit d’un récit plus ironique, comme dans Le Manteau.

Ici, pas d’adultère, mais un prêtre tiraillé entre sa conscience et la nécessité de réunir la somme nécessaire pour faire réparer le toit de son église, qui n’arrête plus la pluie. Ce qui donne d’ailleurs une scène d’ouverture visuellement très réussie, et franchement étonnante : une messe est donnée, le prêtre et ses fidèles sont tournés, et un rideau de pluie occupe le premier plan.

Le prêtre en question, c’est Claude Rains, très bien, qu’Hitchcock retrouve quinze ans après Les Enchaînés. Et le tiraillement, c’est la tentation d’écouter les conseils de l’une de ses ouailles, qui gagne régulièrement aux courses de chevaux, depuis qu’il a eu l’idée de prier (littéralement) pour le bon cheval.

Anecdotique, bien sûr, mais cet épisode est plein d’esprit, et bénéficie d’un rythme impeccable. Sans oublier l’incontournable rebondissement final, où Hitchcock glisse son inimitable cynisme réjoui.

Alfred Hitchcock présente : Le Manteau (Alfred Hitchcock presents : Mrs Bixby and the colonel’s coat) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 4 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Le Manteau

Premier épisode de la sixième saison de la série, ce petit film basé sur une histoire de Roald Dahl est une perle. Point de crime à l’horizon, pour une fois, mais une ironie un rien cynique qui sied particulièrement à Hitchcock.

Un Hitchcock qui s’éclate visiblement : on le sent dès son introduction, simple et réjouissante, dans laquelle il fait déjà preuve de beaucoup d’ironie pour aborder la place incontournable du sponsor pour un tel show.

Son plaisir jubilatoire se ressent également dès la première image du court métrage lui-même : un gros plan sur une bouche ouverte dans laquelle un dentiste est au travail. La manière dont Hitchcock cadre ce plan, et cette fraiseuse plongée dans une bouche béante, se révèle presque aussi douloureuse que la fameuse scène de torture de Marathon Man !

Pourtant, les enjeux sont nettement moins dramatiques ici. Il est question d’adultère et de tromperie, rien de plus. Brillamment écrit, réalisé avec un merveilleux sens du cadre et du rythme, Le Manteau est l’une des réussites les plus oubliées de la série. Peut-être à cause de sa légèreté inattendue. Mais cette légèreté n’est peut-être pas si évidente…

Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry) – d’Alfred Hitchcock – 1955

Posté : 3 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Mais qui a tué Harry

Le cadavre d’un homme est découvert dans une forêt du Vermont. Mais qui l’a tué ? Les habitants de la petite ville voisine sont autant de suspects potentiels…

Raconté comme ça, The Trouble with Harry pourrait être un whodunit comme un autre. Mais dès la première image, Hitchcock annonce la couleur (chatoyante et automnales, les couleurs) : le maître du suspense s’offre une récréation.

Point de suspense, donc, mais de la fantaisie, un humour décalé, et une légèreté irréelle, pour un film totalement unique, et pas seulement dans la filmographie d’Hitchcock.

Ce cadavre par lequel tout commence est bel et bien le cœur du film, celui autour duquel toute l’intrigue s’articule, autour duquel tous les personnages se croisent. Mais c’est un cœur franchement déconnant, que les quelques protagonistes passent leur temps à enterrer et déterrer.

Un cadavre qui ne déclenche aucune empathie, et autour duquel les personnages se font des amabilités. La scène où Mildred Natwick et Edmund Gwenn folâtrent autour de ce corps allongé à leurs pieds est absolument irrésistible.

Les acteurs, pleins de vie et réjouissants (il faut aussi évoquer un John Forsythe lunaire dans son meilleur rôle, et Shirley McLaine qui fait ses débuts sur grand écran).

L’humour a souvent été présent dans son cinéma, mais jamais Hitchcock n’est allé aussi loin, y compris lorsqu’il s’attaquait à la comédie de remariage avec Mr and Mrs Smith.

Un OVNI donc, mais aussi l’exception qui, paradoxalement, éclaire toute la filmographie du cinéaste et lui donne une cohérence. Parce que les thèmes qui lui sont chers sont là (le faux coupable, le macguffin), et parce que son art de la mise en scène, et sa manière d’aborder le cinéma comme un lieu d’expérimentation au service du plaisir du spectateur, sont là, éclatants.

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