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Archive pour la catégorie 'Chronologie'

Payback (id.) – de Brian Helgeland – 1999

Posté : 25 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, HELGELAND Brian | Pas de commentaires »

Payback

Mel Gibson, qui produit le film avec sa société Icon, marche sur les pas des anti-héros hard-boiled des années 60 et 70 dans ce Payback dur aux couleurs glaciales et à la violence sèche : le Michael Caine de Get Carter, et surtout le Lee Marvin de Point Blank. Payback est d’ailleurs une nouvelle adaptation du même roman de Donald Westlake que John Boorman avait porté à l’écran trente ans plus tôt.

Gibson est donc Porter, un petit malfrat laissé pour mort par son ancien complice, qui revient en ville bien décidé à récupérer les 70 000 dollars qui lui sont dus. Ni plus, ni moins, et quels que soient les obstacles sur son chemins et le nombre de types à buter. En l’occurrence, c’est toute une organisation criminelle qui va en faire les frais…

Le film est à la fois réussi, et mécanique. On sent constamment cette volonté de Helgeland (et Gibson) de livrer un pur film hard-boiled à l’ancienne, glacial et sans concession. Cela se sent d’abord par l’esthétique bleutée du film, puis par la violence extrême. Avec une telle application qu’il manque, sans doute, un peu de spontanéité.

Mais il y a Mel Gibson, et ça change tout. Tout en étant ce grand personnage de dur totalement buté et impitoyable, il sait glisser une touche d’humour, une humanité et même une certaine sensibilité, par petites touches. Ses face-à-face avec les grands méchants (joués par William Devane, James Coburn et Kris Kristofferson, quand même) sont réjoouissants.

Trafic en haute mer (The Breaking Point) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 24 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CURTIZ Michael, GARFIELD John | Pas de commentaires »

Trafic en haute mer

Bon sang, ce dernier plan… Ce gamin noir qui reste seul sur le ponton pendant que tous les blancs, personnages principaux, secondaires ou simples figurants, quittent la scène les uns après les autres, et que le mot FIN apparaît…

En une seule image, toute simple et baignée de brumes, Curtiz bouleverser et, en même temps, dit beaucoup sur le sort habituellement réservé aux personnages de couleur à Hollywood. « Black lives matter », pourrait-il clamer. Et il le fait, mine de rien, avec une délicatesse remarquable. Ce dernier plan est une merveille, et mériterait à lui seul de revoir le film.

Cela dit, il y a bien d’autres raisons de voir Breaking Point. On peut le voir pour le comparer avec Le Port de l’angoisse, précédente adaptation du même roman d’Hemingway (To have and have not), et constater que l’apport de Curtiz est nettement plus ancrée dans le quotidien que celle (magnifique) de Hawks).

Ou pour John Garfield, qui trouve là l’un de ses grands rôles d’anti-héros de film noir. Mais un personnage hors du commun, ne serait-ce que parce qu’il est (bien) marié, et que ce mariage est l’un des thèmes majeurs du film : cette manière dont le dur, vétéran décoré, perd ses moyens quand il réalise qu’il n’est pas au niveau de son épouse, merveilleuse Patricia Neal.

Il y a, comme dans tout grand film noir, le poids du destin, qui prend la forme de gestes amples, ou de phrases sibyllines, qui annoncent la perte à venir de Harry. Perte tragique, mais indispensable pour envisager un avenir…

Bataille sans merci (Gun Fury) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 23 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bataille sans merci

Voilà un western d’un extrême simplicité qui, comme La Belle Espionne, autre Walsh avec Rock Hudson (un chef d’œuvre, celui-là), est basé sur un mouvement qui semble ne jamais s’arrêter. C’est une course-poursuite sur la route du Mexique. Ni plus, ni moins.

Survivant d’une attaque de brigands, Hudson poursuit le gang qui l’a laissé pour mort et enlevé sa fiancée (Donna Reed). D’abord seul, puis aidé par un bandit repenti (l’excellent Leo Gordon), à qui s’ajoute bientôt un Indien, puis un Mexicain…

Drôle de troupe, qui forme l’une de ces improbables communautés qui font le sel de nombreux westerns, de La Chevauchée fantastique à Josey Wales… Celui-ci n’est pas un jalon majeur du genre, mais Walsh sait lui donner un rythme impeccable et une vraie intensité, en tout cas dans la première partie.

La seconde manque en revanche parfois de souffle, avec un côté répétitif et prévisible. Mais quel talent, quand même, pour créer une atmosphère, pour rendre le moindre plan dynamique.

Le film a été tourné en relief. Mais le procédé a été peu utilisé lors de projections, et cette particularité n’apporte pas grand-chose, si ce n’est une poignée de plans qui semblent vieillots, où les personnages lancent des objets vers la caméra, mouvements censés mettre en valeur ce relief.

On note quand même la participation de Lee Marvin ou Neville Brand dans les rôles d’hommes de main, comme ils en enchaînaient alors.

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for life) – de Vincente Minnelli – 1956

Posté : 22 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh

Les grandes fresques biographiques ont souvent eu un côté grandiloquent et hyper respectueux. Celle-ci n’échappe pas toujours à la règle, et c’est avec une grande application que le film de Minnelli raconte chaque chapitre de la vie tourmentée de Van Gogh.

De son passage dans les mines flamandes à sa mort à Auvers-sur-Oise en passant par sa courte vie de famille, ses rapports avec son frère Théo, sa cohabitation difficile avec Gaughin, ou son internement à Saint-Rémy-de-Provence… Une construction hyper-classique, sans doute trop, qui finit par avoir un côté catalogue.

Mais, et malgré un final trop hollywoodien et franchement raté, Minnelli réussit plutôt son pari. Non seulement le film utilise habilement les (vraies) toiles de Van Gogh, les mettant en scène comme autant de jalons dans le parcours intérieur tourmenté du peintre, mais les scènes les plus belles donnent le sentiment au spectateur d’entrer dans ces toiles.

La reconstitution est à peu près parfaite, mais c’est surtout la lumière qui impressionne. Ça et, bien sûr, la prestation de Kirk Douglas, intense et totalement habité, toujours juste, superbe et bouleversant.

Dans ce canevas très hollywoodien, c’est à la fois la manière dont Minnelli donne vie à l’imagerie van-goghienne, et à la douleur du maître, que l’on retient.

La Bataille de Rogue River (The Battle of Rogue River) – de William Castle – 1954

Posté : 21 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, CASTLE William, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Bataille de Rogue River

Histoire classique : un officier tente de faire régner la paix entre les blancs et les Indiens, mais un mystérieux traître attise la haine. Tout ça se passe dans des paysages inhabituellement verdoyants. C’est l’Oregon de 1850, pas encore un Etat de l’Union.

Et c’est un petit western court (à peine 1h10) et dense que signe William Castle, réalisateur pas emballant, mais qui connaît son métier. Il a des limites : les scènes dialoguées, surtout, sont désespérément plan-plans.

Mais il y a là un rythme impeccable. Et les scènes de batailles sont très réussies, avec une manière de les filmer au plus près des personnages, cadrant George Montgomery en gros plan plutôt que la bataille dans son ensemble. Un choix qui répond sans doute à des nécessités économiques, mais qui donne un dynamisme et une vraie originalité à ces scènes.

On ne s’étendra en revanche pas sur la manière dont il filme les Indiens, caricaturaux, peinturlurés et aux vêtements de pacotille. Le film ne tombe pas dans le côté anti-Indiens, certes, mais la peinture est pour le moins datée.

Le Cran d’arrêt (The Turning Point) – de William Dieterle – 1952

Posté : 20 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETERLE William | Pas de commentaires »

Le Cran d'arrêt

Voilà un noir méconnu qui regorge de belles idées et de belles ambitions, malgré sa durée modeste (1h20 montre en main). L’histoire d’un procureur idéaliste chargé de nettoyer la ville, où règne un puissant syndicat du crime.

Il y a quelque chose des Incorruptibles, avec trente-cinq ans d’avance, surtout que le « chevalier blanc » est aidé par un simple flic de la rue… Et on jurerait que la première scène dans laquelle se croisent ces deux-là (père et fils, ici) inspirera le film de De Palma.

Dieterle n’est pas le plus grand réalisateur de noir, mais il enchaîne les scènes les plus différentes, souvent loin des images attendues du genre.

Un meurtre en pleine rue, une longue séquence d’audience (très bien mise en scène), une course-poursuite à pied, l’explosion terrible d’un immeuble, un guet-apens tragique et tendu dans une salle de sport bondée… Il y a des tas de moments forts et mémorables qui font passer par toutes les émotions.

William Holden (le journaliste un peu cynique) et Edmond O’Brien (le procureur idéaliste) forment un duo passionnant. Et ils sont bien entourés : Ed Begley, Neville Brand… Que du bon dans ce petit noir étonnant.

La Roue – d’Abel Gance – 1923

Posté : 19 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, GANCE Abel | Pas de commentaires »

La Roue

Sept heures de grand cinéma, sept heures d’émotion, de claques dans la gueule, d’images inoubliables, mais aussi de démesure et d’une certaine forme (jubilatoire) de mégalomanie… La Roue, chef d’œuvre que l’on découvre enfin dans la version (longue !) voulue par Abel Gance, est un monument du septième art. Un film visuellement d’une force incroyable. Une grande fresque démesurée. Mais avant tout, un immense bonheur de cinéma.

Dès le générique, deux choses frappent l’esprit : la démesure égotique de Gance, qui se filme lui-même en gros plan ; et sa manière de donner du mouvement à l’image, cette manière unique de filmer les rails, qui est en soit un vrai poème visuel, sorte de quintessence du geste cinématographique. En quelques images, et avant même de camper son histoire, Gance happe le spectateur. Dès ce générique, déjà, les sept heures du film n’ont plus rien d’intimidantes, au contraire.

C’était il y a près de cent ans, et on doit pouvoir affirmer sans crainte que personne n’a jamais filmé une voie ferrée avec autant de force depuis. Gance, dans son film, multiplie les effets visuels, tout en racontant son histoire avec un classicisme séduisant. Bref, c’est comme si tout le cinéma, dans toute sa complexité, était réuni dans La Roue. Sens du cadre, du rythme, utilisation de tous les trucages à disposition (caches, surimpressions, montages, tâches de couleurs)… Gance n’expérimente pas : il maîtrise comme personne le langage cinématographique.

Dans le prologue, on ne voit pas réellement l’accident de train se produire. Mais le plan qui le précède, le montage syncopé qui suit, puis l’utilisation conjuguée de ce montage et de couleurs vives, de gros plans dramatiques et de plans larges chaotiques… Tout ça nous plonge littéralement dans le drame, le vacarme, le sang et les larmes.

On retrouve tout au long du film la même puissance dans le chaos interne qui hante le mécanicien Sisif, dont les gros plans habités sont autant d’images inoubliables. Gance filme la culpabilité avec une force rare. Dans le prologue, celle de l’aiguilleur. Puis celle de Machefer qui aveugle son ami. Et celle de Sisif bien sûr, terrible.

Sisif, cet homme humble, courageux et généreux, dont la vie est broyée parce qu’il tombe amoureux de la fillette qu’il a sauvée et élevée, devenue femme, et qui croit toujours être sa fille. Une jeune femme totalement innocente, qui n’a pas la moindre idée des ravages qu’elle provoque chez ceux qu’elle aime : son père, mais aussi son frère, tous deux devenant des rivaux sans le vouloir.

La Roue a la force des plus grandes tragédies, avec des moments extraordinaires. Cette déchirante scène des retrouvailles où Norma est repoussée, sans comprendre pourquoi, par son « père » et son « frère ». Ou cette autre scène où le père et le fils se trouvent de part et d’autre d’une pièce, séparés par le silence pesant et le mot NORMA qui apparaît en surimpression. Un truc tout simple, mais qui rend palpable le tourment intérieur de ces deux-là.

Gance filme avec la même force l’environnement du drame : la gare, les trains, la poésie des lignes et des machines, la mort et l’enterrement de « Norma » la locomotive, déchirante agonie. Superbe plan aussi des adieux de Sisif aux locomotives, avec ce qui est à la fois un plan fixe et un travelling, la caméra étant installée sur la plate-forme rotative qui tourne à 360°, simple, beau et déchirant.

En découpant son film en un prologue et quatre époques, Gance crée autant de mouvements différents, qui se répondent et se complètent. Au vent d’espoir qui souffle sur la troisième époque, avec un ton qui s’adoucit au moins pour un temps, succède ainsi la lente agonie de la quatrième époque. A la chaude scène en couleurs dans le dancing d’un hôtel répond l’extrême tension du drame dans la montagne, avec son montage syncopé…

S’il y a un bémol, c’est peut-être le jeu de Séverin-Mars (Sisif), dont le maniérisme d’un autre âge flirte avec le ridicule dans sa grande scène de cécité. Et encore… Cette impression première disparaît vite, et le souvenir de ce visage en gros plan hante longtemps la mémoire du spectateur. Quoi qu’il en soit, quelle modernité ! La Roue, même un siècle après sa sortie, reste un immense choc.

Shaun le mouton : la ferme contre-attaque (A Shaun the Sheep Movie : Farmageddon) – de Will Becher et Richard Phelan -2019

Posté : 18 janvier, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, BECHER Will, DESSINS ANIMÉS, PHELAN Richard | Pas de commentaires »

Shaun le mouton la ferme contre-attaque

Ça sent la mauvaise idée à plein nez : pour son deuxième long métrage, Shaun le mouton, le personnage en pâte à modeler, s’offre une rencontre avec un extraterrestre. Loin, donc, des aventures plus terre-à-terre auxquelles il était habitué dans la série télé qui lui était consacrée.

On retrouve tout de même l’esprit de Nick Park, cet humour anglais qui avait fait le succès de Wallace et Gromit. Mais dilué dans une avalanche de références aux grands (ou moins grands) films de science fiction, qui ont le mérite d’occuper le papa qui sans ça aurait tendance à s’ennuyer un peu.

D’ailleurs, le film est un remake qui ne dit pas son nom de E.T. : même histoire d’un alien paumé sur terre qui veut « phone home » pour retrouver les siens, même scène de rencontre dans la grange, même apparition inquiétante des agents du gouvernement, même volonté de donner un faciès trop mignon à l’extraterrestre…

A part ça, on a droit aux clins d’œil les plus attendus (le plan de la lune de E.T., la musique d’X-Files et celle de Rencontre du 3e type), et d’autres plus surprenants : le « transformer » qui grimpe une tour comme King Kong avant lui (bof), le toast qui sort comme se dressait le monolyte de 2001 (réjouissant). Et beaucoup, beaucoup d’autres.

Mais c’est quand il se défait de cette volonté de citer les anciens que ce Shaun le mouton est le plus réussi. Le gag initial des frites, ou le concours de conneries des moutons dans la ferme… On retrouve là l’ADN du studio Ardman, un peu brièvement hélas.

Danse Avec les Loups (Dances With Wolves) – de Kevin Costner – 1990

Posté : 17 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, COSTNER Kevin (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Danse Avec Les Loups

Il faut voir Danse Avec Les Loups dans sa version longue. Pas parce qu’elle est foncièrement meilleure que la version de trois heures sortie en salles, ni même parce que les scènes rajoutées ou rallongées apportent grand-chose à la compréhension de l’histoire (ou si peu). Non, simplement parce que cette version longue procure 45 minutes de bonheur et d’émotions supplémentaires, et que ça n’a pas de prix.

Oui, le premier film réalisé par Kevin Costner dure près de 3h45, et il n’y a pas le moindre gras, le moindre flottement, ni la moindre facilité, contrairement à ce que clamait un acteur français peu après la sortie du film en salles, en 1990, dans une interview donnée au supplément de fin d’année du magazine Studio. « Le triomphe de la facilité » lâchait-il laconiquement. Allez savoir pourquoi, l’ado que j’étais alors n’a plus jamais regardé cet acteur de la même manière.

C’était Thierry Frémont, à propos, et ce commentaire lapidaire reste pour moi totalement incompréhensible. Qu’on n’aime pas, qu’on s’y ennuie, qu’on y trouve même quoi que ce soit d’indigne, pourquoi pas. Mais la facilité ? Un western (tourné à l’époque la plus sinistrée pour le genre), d’une durée hors normes, volontiers contemplatif, et où les Indiens parlent (longuement) en langage sioux ? On fait plus facile pour un premier film…

Ah ! Et un détail que la grande histoire du cinéma ne retiendra peut-être pas : Danse Avec Les Loups a changé ma vie de cinéphile. C’est ce film-là qui, le premier, m’a fait comprendre, ou plutôt ressentir, la grandeur du cinéma, l’immensité des émotions qu’il pouvait procurer. Le revoir après pas mal d’années avait même quelque chose d’intimidant, et d’angoissant : il y a toujours un risque à revoir les films qui vous ont forgé étant jeunes.

Eh bien l’émotion est toujours aussi grande : oui, Danse Avec Les Loups, que sa durée condamne hélas à une sorte de purgatoire, est un film magnifique, audacieux, et d’une maîtrise impressionnante. Costner, qui s’offre le rôle de sa vie, réussit le mariage parfait de l’ampleur et de l’intime, avec ce portrait d’un lieutenant de l’armée nordiste qui choisit d’être muté à la Frontière, « avant qu’elle disparaisse », et qui s’y retrouve totalement seul, avec pour seule compagnie son cheval, un loup, et une tribu Sioux qui vit non loin de son avant-poste…

Danse Avec Les Loups, c’est l’histoire d’un homme qui doit renoncer à tout ce qu’il croyait être pour devenir celui qu’il est vraiment. C’est aussi l’histoire d’un peuple qui vit en totale harmonie avec son environnement, et dont la fin est proche. Costner n’angélise rien : tous les blancs ne sont pas des monstres, et les Indiens ont une sauvagerie qui glace le sang du bon colon. Mais son film fait ressentir avec une cruelle acuité la perte de cette harmonie, inéluctable pour construire l’Amérique.

Costner ne dénonce pas ouvertement, mais il constate avec honnêteté et amertume la douleur d’un peuple qui se sait condamner. Il n’y a peut-être que Ford, avec Les Cheyennes 26 ans plus tôt, qui avait su, et voulu, faire un film aussi fort et poignant sur la fin du peuple Indien, en tant que grande tragédie.

Surtout, il y a une humanité rare dans ce film, une manière de filmer les personnages avec une vérité proprement extraordinaire. Les Indiens bien sûr, loin de tous les clichés, que le film montre dans leur quotidien, dans leurs petits tracas, dans leurs rapports tendres et plein d’humours (une mention à Oiseau Bondissant, le sage joué par Graham Greene dont Costner filme les erreurs avec tendresse). Mais aussi les blancs : Timmons, le convoyeur vulgaire mais touchant, l’officier rendu dingue par l’isolement…

Réalisateur du film, personnage principal et central, Costner est tout ça à la fois, et ses casquettes se confondent : c’est le regard de John Dunbar (son personnage) qui est au cœur du film, c’est lui d’ailleurs qui sert de narrateur à travers son journal intime, et qui est (presque) de chaque scène. C’est son regard émerveillé et enthousiaste que l’on partage lorsqu’on découvre les plaines immenses, l’harmonie du camp sioux, ou plus tard le troupeau de bison qui traverse la nuit (un moment d’une beauté sidérante).

On pourrait parler longuement de l’harmonie et du sentiment de gâchis, de l’émotion qui se dégage de ce face-à-face au long cours entre Dunbar et le loup, de l’histoire d’amour entre le héros et la blanche élevée par les Sioux (Mary McDonnell), de la manière dont Costner filme l’évolution de son personnage ou de celle dont il filme les paysages grandioses. Ou encore de la superbe musique de John Barry… On peut aussi résumer en quelques mots : Danse Avec Les Loups est une merveille.

Nosferatu, le vampire (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) – de Friedrich Wilhelm Murnau – 1922

Posté : 16 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, FANTASTIQUE/SF, MURNAU Friedrich W. | Pas de commentaires »

Nosferatu

On connaît l’histoire : le film s’appelle Nosferatu, mais c’est bien une adaptation du Dracula de Bram Stoker que signe Murnau. Une adaptation relativement fidèle mais qui ne dit pas son nom, faute de posséder les droits.

Nosferatu ou Dracula, c’est bien la première grande adaptation du roman (l’une des meilleurs avec celle de Coppola), et l’un des films fondateurs du cinéma d’horreur. Le plus important de tous, peut-être, qui pose les bases de toute une esthétique du genre, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui.

Dans l’imaginaire collectif, l’apparence de Nosferatu/Orlok, a été supplantée par celle de Bela Lugosi dans le Dracula de Browning, dix ans plus tard, plus romantique, plus élégante. Mais l’incarnation que livre l’énigmatique Max Schreck est mille fois plus romantique, plus traumatisante, cette longue silhouette raide comme la mort, ces traits incroyables, ce regard comme fou…

Schreck est tellement loin de tout ce qu’on a pu voir avant ou depuis qu’une légende l’entoure lui-même, légende qui hante le film. Qui est donc cet acteur que l’on n’a plus jamais vu ailleurs, si ce n’est un vampire, un vrai vampire ?… Bon, pour de vrai, il n’est pas tout à fait l’acteur d’un seul rôle : il apparaîtra notamment dans un autre Murnau, Les Finances du Grand Duc.

Qu’importe : Schreck justifie à lui seul le culte qui continue à entourer Nosferatu. Murnau a signé des films plus denses, plus maîtrisés, plus parfaits en un mot (et pas seulement L’Aurore). Ici, il n’évite pas certaines longueurs. Mais aussi, combien d’images troublantes, de moments traumatisants…

La charrette mystérieuse qui semble voleter à travers le paysage, le visage de Nosferatu à travers les planches cassées d’un cercueil, la silhouette du vampire qui se dresse sur un bateau devenu un tombeau, son ombre qui se dirige vers la douce Ellen, décidée à se sacrifier, la file des cercueils que l’on porte à travers la ville…

Les rares effets spéciaux ont un peu vieilli, mais ils ont l’avantage d’être rares, justement. L’atmosphère, elle, est oppressante et angoissante. Et là, le film reste un modèle du genre…

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