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Archive pour la catégorie 'TÉLÉVISION'

Alfred Hitchcock présente : Haut les mains ! (Alfred Hitchcock presents : Bang ! You’re dead) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 6 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Bang you're dead

C’est le dernier épisode qu’Hitchcock réalise lui-même pour sa série (ou presque : il signera encore I saw the whole thing, moyen métrage tourné pour The Alfred Hitchcock Hour, le prolongement étendu d’Alfred Hitchcock présente), et cet ultime court métrage est un classique auquel il apporte un soin particulier.

Le casting n’est sans doute pas à la hauteur, et c’est finalement là (et dans la durée du métrage aussi) que se trouve la plus grande différence avec ses grandes réussites cinématographiques de l’époque. Bang ! You’re dead est en tout cas typique du style Hitchcock.

L’histoire est simple : un gamin trouve une arme qu’il prend pour un jouet, et se balade en ville en s’amusant à jouer au cow boy avec les passants. Suspense formidable et purement hitchcockien : le cinéaste filme l’insouciance des petites gens, le spectateur étant le seul à savoir la vérité.

C’est tendu à l’extrême, Hitchcock s’amuse à dilater le temps et enchaîne des scènes qui paraissent semblables (toujours basées sur la menace que représente l’arme), mais où des petits détails permettent pourtant de relancer constamment le suspense. Et tout ça se termine par une scène haletante parfaitement maîtrisée.

Evidemment, aurait-on envie d’ajouter. Hitchcock profite en tout cas de cet épisode pour s’engager clairement contre l’omniprésence des armes, ce qu’il confirme, sans ironie pour le coup, dans son message de conclusion. Et Hitchcock qui s’engage dans ses films, ce n’est pas si courant.

Alfred Hitchcock présente : Caracolade (Alfred Hitchcock presents : The Horse Player) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 5 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Caracolade

Hitchcock a décidément envie d’autre chose, dans cette saison six. Le second épisode qu’il réalise cette année-là s’éloigne lui aussi des crimes qui tournent mal, au profit d’un récit plus ironique, comme dans Le Manteau.

Ici, pas d’adultère, mais un prêtre tiraillé entre sa conscience et la nécessité de réunir la somme nécessaire pour faire réparer le toit de son église, qui n’arrête plus la pluie. Ce qui donne d’ailleurs une scène d’ouverture visuellement très réussie, et franchement étonnante : une messe est donnée, le prêtre et ses fidèles sont tournés, et un rideau de pluie occupe le premier plan.

Le prêtre en question, c’est Claude Rains, très bien, qu’Hitchcock retrouve quinze ans après Les Enchaînés. Et le tiraillement, c’est la tentation d’écouter les conseils de l’une de ses ouailles, qui gagne régulièrement aux courses de chevaux, depuis qu’il a eu l’idée de prier (littéralement) pour le bon cheval.

Anecdotique, bien sûr, mais cet épisode est plein d’esprit, et bénéficie d’un rythme impeccable. Sans oublier l’incontournable rebondissement final, où Hitchcock glisse son inimitable cynisme réjoui.

Alfred Hitchcock présente : Le Manteau (Alfred Hitchcock presents : Mrs Bixby and the colonel’s coat) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 4 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Le Manteau

Premier épisode de la sixième saison de la série, ce petit film basé sur une histoire de Roald Dahl est une perle. Point de crime à l’horizon, pour une fois, mais une ironie un rien cynique qui sied particulièrement à Hitchcock.

Un Hitchcock qui s’éclate visiblement : on le sent dès son introduction, simple et réjouissante, dans laquelle il fait déjà preuve de beaucoup d’ironie pour aborder la place incontournable du sponsor pour un tel show.

Son plaisir jubilatoire se ressent également dès la première image du court métrage lui-même : un gros plan sur une bouche ouverte dans laquelle un dentiste est au travail. La manière dont Hitchcock cadre ce plan, et cette fraiseuse plongée dans une bouche béante, se révèle presque aussi douloureuse que la fameuse scène de torture de Marathon Man !

Pourtant, les enjeux sont nettement moins dramatiques ici. Il est question d’adultère et de tromperie, rien de plus. Brillamment écrit, réalisé avec un merveilleux sens du cadre et du rythme, Le Manteau est l’une des réussites les plus oubliées de la série. Peut-être à cause de sa légèreté inattendue. Mais cette légèreté n’est peut-être pas si évidente…

Startime : Incident at a corner (id.) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 7 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Incident at a corner

Après le succès de la série Alfred Hitchcock présente, Hitch a produit un autre programme anthologique, Alfred Hitchcock Hour, qui lui permettait de proposer des films plus longs que les 25 minutes de son premier show, et de développer des idées plus complexes que (généralement) un twist final.

Une ambition qui s’affirme déjà avec ce Incident at a corner, que le cinéaste a tourné pour une autre série anthologique, Startime, dont il n’était qu’un (prestigieux) invité, signant le 27e épisode de l’unique saison.

Incident at a corner n’a pas la maîtrise formelle de ses grands films. Mais il ne manque pas d’idées. Tout commence notamment par une même séquence filmée successivement sous trois angles différents, qui donnent à voir des éléments différents, des points de vue différents, sorte de condensé de l’art de la mise en scène : comment amener le spectateur à voir ce que le réalisateur veut lui montrer. Et uniquement ce qu’il veut montrer.

De ce simple incident (un vieil homme chargé de surveiller les abords d’une école qui met à l’amande une automobiliste n’ayant pas respecté un stop), tout un drame se met en place : le vieil homme est accusé de comportements inappropriés avec les petites filles, avant d’être renvoyé de l’école. Sa fille et son futur gendre seront les seuls à vouloir se battre pour réhabiliter son honneur.

Hitchcock y aborde le poids de la rumeur, et surtout le danger des jugements à l’emporte-pièce. Il le fait avec une certaine ironie, voire avec un authentique cynisme. Car ses « héros », joués par la fidèle Vera Miles et le terne George Peppard, qui se battent contre les jugements hâtifs dont le grand-père est victime, ont eux-mêmes une forte tendance répétitive à juger en trois secondes, et souvent à tort !

Alfred Hitchcock présente : The Crystal Trench (Alfred Hitchcock presents : The Crystal Trench) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 3 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente The Crystal Trench

Les paysages spectaculaires des Alpes, un train qui chemine au pied des montagnes, et une voix off : un homme raconte des événements qui se sont déroulés quarante ans plus tôt. Alors qu’il était un jeune passionné d’alpiniste, il avait échoué à redescendre le corps d’un homme mort lors d’une expédition, avant de tomber amoureux de la jeune épouse de la victime. Mais cette dernière était bien décidée à attendre que le glacier recrache le corps de son mari, quarante ans plus tard…

Il y a non seulement un ton qui ne ressemble pas à celui de ses films, dans cette série d’anthologie, mais aussi des thèmes originaux, des genres, même, qu’Hitchcock n’a jamais abordé au cinéma. Jamais ou presque : au tout début de sa carrière, le jeune réalisateur avait tourné un film de montagne, The Mountain Eagle, le seul de sa filmographie à avoir disparu.

Il se rattrape en quelque sorte avec cette belle histoire romanesque et cruelle, qui n’a rien d’une intrigue policière pour une fois.

Plus à l’aise pour filmer une salle de restaurant qu’une tempête de neige, Hitchcock se tire tout de même avec les honneurs de ses scènes de montagne (toutes tournées en studio, bien sûr), et réussit un twist final inattendu pour le coup, et déchirant, qui souligne la douleur du temps qui passe.

Un ton original, donc, pour un très beau petit film. Avec en prime l’apparition du jeune Patrick McNee, méconnaissable (qu’Hitchcock venait déjà de diriger dans un autre épisode, Arthur), et l’une des meilleures introductions de Sir Alfred.

Alfred Hitchcock présente : Le Fantôme de Blackheart (Alfred Hitchcock presents : Banquo’s Chair) – d’Alfred Hitchcock – 1959

Posté : 2 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, HITCHCOCK Alfred, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcok présente Le Fantôme de Blackheart

Au début du 19e siècle, un policier à la retraite, bien décidé à faire condamner un meurtrier contre lequel il n’a jamais pu recueillir de preuve, imagine un curieux stratagème : il invite le suspect à un repas dans la maison du crime, où une comédienne doit se faire passer pour le fantôme de la victime.

Je ne veux pas me vanter, mais j’ai vu venir le twist final au bout d’une ou deux minutes, max… Ce qui, reconnaissons-le, gâche un peu le plaisir d’un petit film qui repose essentiellement sur ledit twist.

Cela dit, Hitchcock prend visiblement beaucoup de plaisir à diriger ce petit huis-clos, jouant avec les codes du film fantastique, genre auquel il n’est pas vraiment habitué.

Dirigeant son vieux complice John Williams, toujours impeccable, il parvient in fine, après une introduction un peu laborieuse, à instaurer une belle ambiance de suspense lors du repas, clou du spectacle. Et l’apparition du « fantôme », silhouette blafarde qui sort de l’obscurité, est à la fois très simple, très efficace, et très belle.

Twin Peaks, le retour (Twin Peaks, the return) – créée par David Lynch et Mark Frost, réalisée par David Lynch – 2017

Posté : 30 octobre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, FANTASTIQUE/SF, FROST Mark, LYNCH David, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks le retour

Rendez-vous dans 25 ans, lançait Laura Palmer à Dale Cooper dans la Black Lodge, à la fin de la saison 2. Un vœux pieux qui a fait fantasmer plus d’un fan de la première heure. Inimaginable, bien sûr. Sauf que si. David Lynch replonge bel et bien dans l’univers de sa série culte. Mais ce retour aussi inattendu qu’inespéré déjoue à peu près tous les pronostics, à part un : le réalisateur allait proposer quelque chose de fou et d’obscur ? Oh yeah !!!

Autant commencer par la conclusion : ce retour de Twin Peaks est à peu près ce que j’ai vu de plus dingue, de plus envoûtant, de plus euphorisant… de plus formidable en un mot, depuis des années, télévision et cinéma confondus. Totalement addictifs, ces dix-huit épisodes proposent un trip hallucinogène sans précédent, qui reprend une grande partie des figures de la série originale pour mieux la réinventer.

Si on avait encore un doute, il est définitivement levé : Lynch est un génie. Et c’est un génie au sommet de son art, qui balade le spectateur comme un Dieu omniscient et omnipotent qui nous conduit très précisément là où il veut. Oh il donne aux fans ce qu’ils attendent : le retour des personnages d’hier, presque inchangés pour certains. Mais c’est pour mieux nous bousculer.

Le moment le plus attendu de ces 18 épisodes est particulièrement frappant. Dale Cooper, dont on attend très longuement qu’il redevienne lui-même et arrive enfin à Twin Peaks : un moment magique qui renoue avec l’ambiance de 1991… pour à peu près 15 secondes. A peine Lynch nous a-t-il offert ce cadeau qu’il en fait quelque chose d’autre, complètement différent et inattendu A la fois frustrant, inévitablement, mais aussi terriblement jouissif.

Ce retour n’est pas une suite, Lynch l’a beaucoup répété. D’ailleurs, cela s’appelle Twin Peaks le retour, et pas « Twin Peaks, saison 3″. Un film de 18 heures, comme le cinéaste le présentait, à la fois drôle, angoissant et mystérieux : Lynch passe de la comédie la plus réjouissante (notamment avec les frères Mitchum, gangsters joués par Jim Belushi et Robert Knepper) à la noirceur la plus abyssale (un gamin fauché par une voiture), mais dans un même mouvement d’une extraordinaire cohérence.

Visuellement aussi, ce retour est une immense réussite. Lynch soigne ses ambiances, entre lumière et obscurité. Au cœur de son projet : le personnage de Dale Cooper, qui illustre bien le cerveau torturé de Lynch, qui se livre comme jamais. Le Cooper que l’on connaît a disparu depuis 25 ans, remplacé par un double maléfique habité par l’esprit de Bob. Son retour se fait par l’intermédiaire d’un double, créé spécialement pour lui : Dougie Jones, une sorte de benêt avec famille à charge, qui est comme un enfant venant de naître au monde.

Là encore, il y a ce mélange de frustration et de bonheur total que distille Lynch tout au long de ces 18 épisodes : on aimerait tant retrouver Dale Cooper dans toute sa superbe, mais Kyle McLachlan est tellement formidable dans ce double-rôle (un peu plus, même). Terrifiant dans le rôle du terrible Bad Coop, bouleversant dans celui de Dougie, génial innocent au regard rempli de nostalgie.

De nostalgie, il est beaucoup question. Comment pourrait-il en être autrement? Les personnages que l’on retrouve ont vingt-cinq ans de plus, et le récit se base sur des absences : celle de Cooper, celle du shérif Harry (remplacé par son frère), celle d’Audrey Horne aussi, que l’on attend longtemps et dont la réapparition désarçonne et pose d’innombrables questions.

Inutile de préciser que Lynch ne répondra pas à toutes les questions qu’il soulève, tout au long de ce trip par moments totalement abscons. Et lorsque les pièces (innombrables) de ce puzzle semblent s’assembler, et qu’un semblant de lumière apparaît (au début de l’avant-dernier épisode), c’est pour mieux tout chambouler, et nous diriger vers ce genre de boucle temporelle à la Lynch… ou vers autre chose d’ailleurs, impossible à dire.

Impossible de faire le tour de cette saison d’une incroyable richesse, marquée par quelques épisodes très mystérieux, d’autres plus linéaires, et qui s’articulent autour d’un épisode 8 déjà mythique, qui semble faire de Twin Peaks le centre de quelque chose de nettement plus grand. Quoi exactement ? Alors ça… Twin Peaks où Lynch et son compère Frost sont loin de se cantonner, les multiples intrigues nous emmenant à Las Vegas, dans le Dakota, à New York…

Au cours de cette formidable route, on retrouve des figures connues, mais aussi une quantité impressionnante de guests, parfois dans des rôles importants (Naomi Watts ou Laura Dern, deux grandes actrices lynchiennes, ou encore Robert Forster), parfois dans des rôles plus modestes (Ashley Judd, Tim Roth, Jennifer Jason Leigh, Tom Sizemore, Don Murray…) voire dans de simples apparitions (Monica Bellucci, Richard Chamberlain…).

Je pourrais continuer longtemps comme ça, évoquer tous les moments de pure grâce, les effrois, les éclats de rire, l’attente insupportable entre deux épisodes, les fausses-pistes, retrouvailles qui vous tirent des larmes, les frustrations… Mais mieux vaut aussi se plonger dans cet univers génial l’esprit le plus vierge possible. Je me contenterais donc de glisser quelques petites impressions, notées au fil des 18 épisodes… Et à partir de maintenant, les spoilers ne sont pas exclus.

Twin Peaks le retour ep 2

Episodes 1 & 2
J’ai un message de ma bûche pour vous (My log has a message for you)
Les étoiles tournent et le temps se présente tel qu’il est (The stars turn and a time presents itself)

Dale Cooper, toujours coincé dans la Loge noire (ce qui donne des images fascinantes), son doppleganger qui sévit à travers l’Amérique, un mystérieux cube situé au cœur de New York, un homme accusé d’un meurtre sordide à Rapid City, un ponte de Las Vegas soumis à une mystérieuse puissance, et pendant ce temps, les personnages de Twin Peaks soumis à des faits a priori anodins…

Quelle claque ! Dès les premières minutes, il y a le plaisir, immense, de retrouver les personnages inchangés pour certains, radicalement différents pour d’autres. Il y a surtout le plaisir le naviguer entre figures familières et terrain totalement inconnu.

Lynch multiplie les pistes, les lieux, les personnages. Il nous largue, forcément, sans jamais nous faciliter les choses. Pourtant, on sent bien que le plus important pour Lynch, c’est le plaisir du spectateur. Et ce plaisir est immédiatement immense.

Episode 3
Appeler quelqu’un (Call for help)

Dale Cooper revient à la vie, ou presque. Une première moitié d’épisode hallucinante, quasi-muette et totalement coupée du monde, fascinante plongée de Cooper à travers… à travers quoi au juste ? Aucune idée, si ce n’est que son face-à-face avec la mystérieuse femme sans yeux est sublime.

Kyle McLachlan est omniprésent dans cette première partie, à la fois dans le rôle de Dale Cooper, de son doppelganger, et de Dougie. Lynch multiplie ainsi les pistes dont on n’a aucune idée de où elles vont mener, dans une sorte de valse autour de la Black Lodge : qui sont ces tueurs sur la piste de Dougie ? Et qui est-il vraiment ? Quel lien avec Cooper, si ce n’est la ressemblance ?

Twin Peaks le retour ep 5

Episode 4
Ça rappelle des souvenirs (… Brings back some memories)

« Je déteste l’avouer, mais je ne comprend pas la situation ! » La réplique a d’autant plus de saveur qu’elle est prononcée par Gordon Cole, le directeur du FBI interprété par Lynch lui-même. Ironique, le réalisateur s’inscrit pourtant clairement dans son grand-oeuvre, avec des références constantes à « Blue Rose », le mystère en suspens de Fire Walk with me.

Un épisode riche, avec le difficile éveil à la vie de Dale/Dougie, un humour très présent ainsi qu’une grande mélancolie, et un casting trois étoiles qui nous voit renouer le temps d’une scène avec David Duchovny dans le rôle de Denise et avec Dana Ashbrook dans celui de Bobby devenu adjoint du shérif (avec une très belle scène face au portrait de Laura). Naomi Watts et Robert Forster créent eux de nouveaux personnages passionnants.

Et tout se termine au bar, avec une chanson live envoûtante.

Episode 5
Rapports d’enquêtes (Case files)

Lynch continue à brouiller les pistes, et à changer de ton. Après le trip hallucinant de l’épisode 3 et un épisode 4 quasi-comique, voici que s’installe une mélancolie tenace. Dougie, qui redécouvre tout comme s’il venait de naître, ne prête plus à rire : la larme qu’il verse en regardant « son » fils est bouleversante.

Comme le sont les retrouvailles avec Shelly et Norma, deux solitudes qui, 25 ans plus tard, contemplent ensemble le chemin qu’elles n’ont pas parcouru.

Dans un autre registre, on a la confirmation que Bob habite toujours le double maléfique de Cooper, et surtout de nouvelles questions : qui est cette femme nerveuse qui veut la mort de Dougie ? Que vient faire Buenos Aires dans tout ça ? Et c’est quoi, ce bordel que fait le faux Cooper en prison ?

Episode 6
Ne mourez pas (Don’t die)

Il manquait un nain dans ce Lynch. Le voici, tueur sauvage qui massacre sa proie et se lamente sur son pic tordu.

Voici un épisode éprouvant, qui passe du rire à la tragédie en l’espace d’un instant.

On retrouve aussi Harry Dean Stanton en vieux responsable d’un camp de caravanes déjà vu dans le film… et une certaine Diane, jouée par Laura Dern. « La » Diane ?

Twin Peaks le retour ep 8

Episode 7
Ça, pour avoir un corps, on a un corps ! (There’s a body all right)

Jamais encore on n’avait passé autant de temps à Twin Peaks depuis le début de ce retour. La recherche du vrai Cooper s’y intensifie avec la découverte de pages manquantes du journal intime de Laura Palmer : Annie lui est donc apparue en rêve, lui disant que Dale (qui n’arrivera qu’après sa mort) était coincé dans la Loge noire…

Passé et présent s’entremêlent plus que jamais. Et la mort rode : Doc vieillard, Harry malade, Cooper encore incapable de revenir vraiment à la vie malgré des réflexes comme sortis d’outre-tombe…

Un épisode formidable, encore, sans chanson finale pour une fois (le live envoûtant était devenu une douce habitude), mais avec un plan interminable et irrésistible sur un homme balayant la salle de bar.

Et puis le face-à-face entre Cooper (le faux) et Diane (la vraie ?), forcément mythique.

Episode 8
T’as du feu ? (Got a light ?)

Bon… Ben comptons pas sur Lynch pour offrir une série classique, ou même s’en rapprochant vaguement. Après l’épisode le plus linéaire, le plus « twin-peaksien », quasi-limpide, voici qu’il sort le plus abstrait, le plus obscur, le plus inattendu de tous.

Le Cooper maléfique se fait tuer, et ressuscite après une chanson des Nine Inch Nails, dans une sorte de cérémonie macabre menée par ce qui ressemble à une armée de zombies, au cours de laquelle il « accouche » d’un visage enfermé dans une bulle…

L’explication ? Alors là… Viendrait-elle du passé ? De cet essai nucléaire en 1945, ou d’étranges événements qui se sont déroulés onze ans plus tard au Nouveau Mexique ?

L’essentiel de cet épisode est fait d’images hallucinatoires sorties de cette explosion nucléaire, montage fascinant et hypnotique qui nous mène dans un lieu mystérieux, sorte de tour de contrôle, et puis dans une station de radio dont l’un des « zombis » prend le contrôle d’une manière sauvage et incompréhensible.

Sûr de lui, Lynch maîtrise le rythme et les sensations, véritable démiurge qui semble être le seul à pouvoir tout maîtriser.

Episode 9
C’est ce fauteuil (This is the chair)

Doucement, l’étau se resserre, les intrigues semblent s’inscrire dans des directions qui pourraient bien se croiser un jour (on n’y est pas encore, quand même !).

Côté FBI, Gordon, Albert, Diane et la nouvelle venue Tammy continuent à arpenter les Etats-Unis, dans une quête dont on sent qu’elle les rapproche de Dale Cooper. D’ailleurs, Gordon entend parler pour la première fois de Dougie Jones… ce qui procure des frissons d’excitation.

De son côté, Dale/Dougie a le regard dans le vide, mais un regard plein d’interrogations, de nostalgie, bouleversant.

A Twin Peaks, Hawks, Truman et Bobby aussi continuent leur quête de Cooper. Ça avance, vous dis-je !

Enfin, pas si simple. Des interrogations demeurent, d’autres apparaissent. Le colonel Briggs aura-t-il un rôle central comme on commence à le soupçonner ? Et que veut dire cet échange de SMS entre le Bad Coop et Diane ? Le Bad Coop qui, au passage, croise Tim Roth et Jennifer Jason Leigh dans des personnages très tarantinesques.

Twin Peaks le retour ep 12

Episode 10
Laura est l’unique (Laura is the one)

Le rendez-vous musical au Bang Bang Bar est partie prenante de la réussite et du côté addictif et fascinant de cette saison. Celui-ci, plus long que d’habitude, est particulièrement beau, chanson co-écrite par Lynch lui-même et interprétée par Rebekah Del Rio à la voix d’une pureté incroyable : « Don’t be afraid ».

Un message passé par Lynch ? Les mystères qui ne s’éclaircissent pas encore, les connexions entre les personnages, les morts violentes… Tout cela aurait-il un sens positif, au final ?

Rien n’est sûr, si ce n’est cette sensation troublante que Lynch sait parfaitement où il va depuis le début, c’est-à-dire depuis plus de vingt-cinq ans, comme l’indique cette mystérieuse enquête autour de Blue Rose, pourtant obscure depuis le film en 1992…

Absurde, drôle, émouvant, violent… Cet épisode passe par toutes les émotions, glaçant lorsque Richard, le petit-fils de Ben (le fils d’Audrey ?) tue une femme et agresse sa grand-mère, joyeusement touchant lorsque Naomi Watts se met à regarder « son » Dougie devenu mince et désirable comme un homme plutôt que comme un enfant, hilarant lorsque les frangins Mitchum se prennent la tête avec une Candie ahurie…

Episode 11
Il y a du feu à l’endroit où vous allez (There’s a fire where you’re going)

La dernière scène : dans un restaurant, Dougie mange de la tarte à la cerise avec les frères Mitchum. Un pianiste joue, Candie débite des banalités… Tout porte à rire. Pourtant, une émotion immense surgit. C’est la magie de Lynch, qui joue avec les sentiments, les sensations et les perceptions comme un authentique magicien.

Cet épisode est clairement divisé en trois longues parties, situées à Twin Peaks, Buckhorn et Las Vegas.

A Twin Peaks, on assiste à de belles retrouvailles entre Bobby et Shelly autour de leur fille, jouée par Amanda Seyfried. Bobby qui est décidément au cœur de beaux moments : mystérieux lorsqu’un homme hagard et en sang apparaît dans la voiture d’une grosse femme hystérique ; émouvant lorsqu’il pose son regard sur un enfant aussi abruti que son père, comme s’il prenait la mesure du destin qui attend le gamin.

A Buckhorn, Gordon Cole manque de se faire happé par un mystérieux « trou noir », porte d’entrée vers la White Lodge, peut-être. L’occasion de constater que les effets spéciaux, même rudimentaires, sont fort joliment utilisés.

A Las Vegas enfin, Lynch souffle le chaud et le froid, entre l’apparition très émouvante de la vieille femme qui a touché le jackpot grâce à Dougie, et le décidément hilarant James Belushi.

Episode 12
Que la fête commence (Let’s rock)

Voilà un épisode riche en révélations, qui fait la lumière sur Blue Rose, après 25 ans d’interrogations : c’était donc le nom de code d’une opération du FBI liée à la recherche d’un univers parallèle. Tout ça prend une dimension bien inattendue… comme on pouvait s’y attendre.

Cette impression ne fait que se renforcer avec le retour, tardif et étonnant, de Audrey Horne. Bouffie et aigrie, loin de l’image hyper-sexuée qu’elle trimbalait au début des années 90.

Pour la première fois, Kyle McLachlan est quasiment absent, à l’exception d’une très courte apparition de Dougie, dans une malheureuse tentative de jouer avec son fils. Un passage très bref et très beau qui confirme la place centrale que tiennent les enfants dans ce retour : des enfances gâchées, détruites ou perdues, il y en a à peu près dans chaque épisode.

Mais on sent que les routes convergent de plus en plus vers Dale Cooper, et vers Twin Peaks, où on passe désormais plus de temps, et dont on redécouvre les coordonnées géographiques sur le bras d’un cadavre…

Tout ne s’éclaircit pas pour autant, et certaines discussions (Audrey et son mari, les deux jeunes femmes dans le bar) restent très obscures.

Twin Peaks le retour ep 15

Episode 13
De quelle histoire on parle, Charlie ? (What story is that, Charlie ?)

Encore un épisode particulièrement beau, avec un Dougie de plus en plus émouvant, et un Bad Coop dont on sent que lui aussi dirige vers Twin Peaks. Et une double prestation décidément géniale de Kyle McLachlan.

Twin Peaks, justement, avec James Hurley/Marshall, qui chante lui-même le live du jour : un playback de la série originale en fait, avec une chanson simple et nostalgique écrite par Lynch, une nouvelle fois.

Entre deux moments plus légers (grâce au trio de flics notamment, particulièrement drôle), la nostalgie est toujours très présente, cette fois avec le personnage de Big Ed, dont le futur avec Norma semble bel et bien irrémédiablement perdu. Ce qui donne lieu à un superbe final, plan fixe sur Ed, seul, dans le silence de son garage.

On renoue également avec Audrey, dont la situation est de plus en plus troublante et irréelle, et semble cacher quelque chose d’obscur et cauchemardesque.

Episode 14
Nous sommes comme le rêveur (We are like the dreamer)

L’éclairage nouveau sur Blue Rose qui ouvre cet épisde révèle de nouveaux éléments importants. Il confirme aussi ce que l’on ressentait, et qui semble vertigineux : depuis plus de 25 ans, David Lynch maîtrise parfaitement tous les mystères qui nous semblaient si opaques, et qui commencent à prendre sens.

Tout commence à se recouper. Gordon Cole est sur la piste de Dougie à Las Vegas, et a un premier contact direct avec Twin Peaks. Là, Bobbie, Truman, Hawk et Andy découvrent la jeune femme sans yeux que Dale rencontrait lors de son chemin vers la « vraie » vie. Andy est happé par le « trou noir » aperçu par Gordon, rencontre le Fireman qui lui montre une série d’images lui révélant notamment l’existence de deux Coops.

Monica Bellucci apparaît dans un rêve de Gordon (et à Paris), semblant confirmer l’importance des rêves. Et les interrogations qui rendent fou se multiplient. Mais qui est donc Billy ? Ce même Billy qui semble si lié à Audrey… Et la mère de Laura ? What the fuck ?!

Episode 15
Il y a de la peur à lâcher prise (There’s some fear in letting go)

Jusqu’à présent, le plus émouvant des épisodes. Ça commence déjà très fort, de la manière la plus romantique qui soit, avec cette scène qu’on attendait depuis si longtemps : Ed et Norma, enfin ensemble et pour de bon, ce qui nous tire des larmes de bonheur.

Plus tard, ce sont des larmes de tristesse que l’on verse lors des adieux de Margaret, The Log Lady, déchirante disparition d’un personnage iconique, et d’une actrice qui se sait condamnée.

Entre-temps, il y a eu le sursaut de Dougie devant la télé qui diffuse Sunset Boulevard, et De Mille qui prononce le nom de Gordon Cole, effectivement tiré du film de Wilder. Comme un coup de foudre. Littéralement.

Ce sont trois moments de pure grâce qui témoignent de l’ampleur du talent de Lynch : trois ambiances radicalement différentes, trois styles visuels, trois passages superbes. Et, comme fil rouge, le poids des années qui se sont écoulées.

Autre moment moment fort : la rencontre avec Philip Jeffries, que Lynch diffère longuement lors d’une séquence fascinante dans la vieille station essence découverte dans l’épisode 8, et qui laisse espérer jusqu’au bout une apparition de Bowie, qui tenait le rôle dans le film…

Twin Peaks le retour ep 17

Episode 16
Sans frapper, sans sonner (No knock, no doorbell)

L’épisode précédent avait été tellement plein de promesses immédiates que le début de celui-ci semble bien frustrant. Donc, Lynch a décidé de tempérer encore un peu, et de mettre les nerfs des spectateurs addicts à rude épreuve. Si bien qu’arrivé à près de la moitié de l’épisode, on n’en attend plus grand-chose, niveau délivrance.

Comme quoi Lynch est un malin, et un manipulateur génial. En quelques secondes, il bouscule tout, amenant LE moment que l’on attendait depuis la première minute du premier épisode. Enfin le voilà, « à 100 % » !

Quel pied, quel bonheur de retrouver enfin Cooper, inchangé ou presque. Ses adieux à l’univers de Dougie sont magnifiques. Un nouveau « double » ne tardera pas à reprendre la place vacante. Et le voilà parti vers Twin Peaks.

Là, le trouble qui entoure Audrey Horne ne faiblit pas. Une nouvelle fois, Lynch joue avec nos perceptions, semblant tromper nos craintes en confrontant Audrey au vrai monde, dans le Road House. Mais la danse d’Audrey, et le flash final, sont comme des coups de poing. Vite, la suite !!

Episode 17
Le passé conditionne le futur (The past dictates the future)

Il semble enfin nous donner ce que l’on attend, Lynch, avec cet avant-dernier épisode : Cooper arrive enfin à Twin Peaks (les deux Cooper, même), les retrouvailles s’annoncent enthousiasmantes, et la plupart des fils semblent enfin se croiser.

Sauf que, bien sûr, c’est pour mieux nous mettre une nouvelle claque, magistrale.

Après ce suspense inaugural, nostalgique et jouissif, il plonge dans un autre rapport avec les origines de la série. Plus radical, puisque Cooper est effectivement renvoyé le jour de la mort de Laura, pour tenter de rattraper les choses. Le Kyle McLachlan de 2017 qui devient témoin direct, et même acteur, des événements qui ont tout déclenché, y compris son propre destin : voilà qui a de quoi donner le tournis.

Et pour couronner cette boucle temporelle fascinante, Julee Cruise, chanteuse « historique » de Twin Peaks, vient clore cet épisode totalement inattendu.

Episode 18
Quel est votre nom ? (What is your name ?)

Forcément frustrante, cette fin. Jouissive, mais frustrante, long trip de Cooper avec… Laura ? Vieillie, bien vivante, sans souvenir de Twin Peaks. Qui est-elle vraiment ? Twin Peaks où elle semble n’avoir jamais existé.

Alors que tout commençait à prendre forme, jusqu’au début de l’épisode 17, Lynch clôt son sublime revival par des abîmes de mystères, par des questions vertigineuses. En quelle année sommes-nous ? Ou dans quel univers ? Qui sont Richard et Linda ? Qu’est-il arrivé à Diane ? Et Audrey dans tout ça ?

Autant de questions qui risquent de prolonger longtemps le plaisir qu’a procuré tout au long des 18 épisodes, sans jamais céder à la facilité ou relâcher la tension, ce show hallucinant et génial.

Twin Peaks, saison 2 (Twin Peaks, season 2) – créée par David Lynch et Mark Frost – 1990-1991

Posté : 19 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1990-1999, CLIFFORD Graeme, DESCHANEL Caleb, DUNHAM Duwayne, EDEL Uli, FANTASTIQUE/SF, FOLEY James, FROST Mark, GLATTER Lesli Linka, GYLLENHAAL Stephen, HOLLAND Todd, HUNTER Tim, KEATON Diane, LYNCH David, POLARS/NOIRS, RATHBONE Tina, SANGER Jonathan, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks saison 2

7 épisodes dans la première saison. 22 dans cette deuxième. Un simple constat qui annonce un ton, une approche et un rythme très différent. La première partie de cette saison s’inscrit pourtant clairement dans la continuité de la première : le mystère autour de la mort de Laura Palmer est toujours aussi opaque, et les secrets que cette mort révèle à Twin Peaks de plus en plus lourds et sombres.

Sauf que le mystère qui a provoqué l’arrivée de Dale Cooper est résolu avant la mi-saison, répondant à la plupart des principales interrogations que l’on pouvait avoir. La plupart des principales, ai-je bien précisé : parce que le duo Lynch/Frost a pris un malin plaisir, dès le début de la série, de multiplier les pistes, les intrigues, les personnages et les secrets, avec une liberté totale, des directions qui semblent infinies, et en même temps une grande cohérence.

Jusqu’alors, il y avait en tout cas ce fil conducteur : la mort de Laura Palmer. Et après ? La série pouvait-elle garder son cap ? Rester aussi passionnante ? Mieux que ça : comme libérés de cette contrainte, Lynch et Frost densifient encore la richesse de leur univers, et accentuent le sentiment de liberté en tirant d’innombrables fils qui s’entrecroisent, s’emmêlent parfois aussi.

Bien sûr, il y avait déjà eu Le Prisonnier et quelques autres séries devenues (ou pas) cultes avec le temps. Mais jamais jusque là une série télé n’avait eu cette audace et cette qualité. X-Files, qui arrivera peu après, lui devra beaucoup (David Duchovny trouve d’ailleurs son premier rôle marquant dans cette saison 2 : celui d’un agent du FBI travesti), ainsi qu’à peu près toutes les séries d’auteur qui vont apparaître dans sa lignée.

Le show révolutionne tous les codes de la télévision, et fait entrer le cinéma de David Lynch dans un âge d’or. Et il marque durablement les esprits de générations de téléspectateurs, hantées par les cafés, les tartes aux cerises, les chouettes, les jeux d’échec ou les soldats de bois. Il y a dans Twin Peaks un extraordinaire foisonnement d’images fortes, de personnages hors du commun. Un incroyable mélange de trivialité et de merveilleux, de sentiments simples et de mystères insondables.

Bien sûr, on ne comprend pas toujours parfaitement. Mais quel plaisir de se laisser perdre dans les forêts touffues des abords de Twin Peaks, et dans les recoins tout aussi sombres et mystérieux de ses personnages, dont pas un (à l’exception peut-être des forces de l’ordre) ne semble dénué de secret.

Episode après épisode, on s’enfonce un peu plus dans le charme vénéneux de la ville et de la série, jusqu’à un final glaçant, insondable et fascinant, sommet de l’onirisme morbide lynchien, superbe apothéose d’une série qui continue à hanter bien des cinéphiles…

X-Files, aux frontières du réel (The X-Files) – saison 11 – créée par Chris Carter – 2018

Posté : 23 août, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, BANKER Carol, CARTER Chris, FANTASTIQUE/SF, HOOKS Kevin, MORGAN Darin, MORGAN Glen, TÉLÉVISION, VAN ALLEN Benjamin, WONG James, X-Files | Pas de commentaires »

X-Files Rm9sbG93ZXJz

Episode 1 : La vérité est ailleurs, 3e partie (My struggle III)

Il ne faut que quelques secondes pour avoir la confirmation de ce qu’on pensait depuis deux ans, et le fameux cliffhanger qui concluait le dernier épisode de la saison 10, le pire de toute la série : oui, Chris Carter nous prenait bien pour des cons.

On ne voyait pas où il allait ? Eh bien lui non plus. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il se tire plutôt habilement de l’impasse dans laquelle il se trouvait, avec un retournement de situation tiré par les cheveux et tellement énorme qu’on n’y aurait jamais pensé, mais aussi, finalement, assez brillamment retors.

Avec ce premier épisode, le troisième volet de La Vérité (long arc mythologique qui ouvre et referme les deux saisons de ce revival), Chris Carter recentre le fil rouge sur William, le fils disparu de Scully et Mulder, et redonne du souffle à ses personnages. Il était temps. En plus, le tandem Einstein/Miller, copie rajeunie et fadasse de Scully/Mulder est réduit à de quasi-figuration. On ne s’en plaindra pas.

Tout n’est pas parfait : l’écriture est parfois discutable, à commencer par les dialogues. Et Carter confirme qu’il est devenu un metteur en scène pénible, avec une tendance maladroite de « faire moderne », avec des scènes d’action pleines de ralentis et au montage syncopé.

Quant à la voix off de Mulder, façon Philip Marlowe, elle laisse dubitatif, tout comme ses plans énamourés sur la Jaguar conduite par Duchovny (Carter en aurait-il eu une en cadeau pour service rendu?).

Un premier épisode imparfait, donc. Mais en tournant le dos à la démesure grotesque ébauchée dans la saison 10, la série retrouve un peu de son ADN. De quoi donner furieusement envie de voir la suite…

Episode 2 : Une vie après la mort (This)

Plein de suspense, ce premier loner, qui flirte avec la mythologie et avec quelques figures des saisons passées. A commencer par Langly bien sûr, l’un des Lone Gunmen, mort depuis la saison 9, mais qui apparaît au-delà de la mort sur le portable de Mulder… Une apparition qui, pour le coup, respecte l’esprit de la série, et le personnage lui-même. Bien plus en tout cas que la calamiteuse « apparition » sous acide de la saison 10.

Surtout, cet épisode annonce ce qui sera une constante de cette saison 11 : la relation entre Scully et Mulder est centrale. L’épisode s’ouvre d’ailleurs sur une image toute simple qui en dit beaucoup sur cette relation : les deux agents sont assis côte à côte devant la télé, alors que la soirée semble bien avancée. Ajoutez mystère, parano, action (avec une poignée de scènes franchement explosives)… On n’en demande pas plus à la série !

Episode 3 : Les jumeaux diaboliques (Plus one)

Depuis combien de temps n’avions-nous pas eu droit à un vrai loner à l’ancienne, avec ses morts mystérieuses dans une petite ville paumée ? Et celui-ci est très réussi, en particulier parce qu’il n’essaye pas d’être autre chose qu’un simple suspense, sans incidence sur la direction que prendra la série par la suite.

Voilà donc Scully et Mulder dans une ville où plusieurs personnes se sont suicidées après avoir affirmé être harcelées par leur double. Un parfait mélange d’humour et de suspense, la relation Scully/Mulder une nouvelle fois centrale… Chris Carter, au scénario, prouve qu’il a gardé la main quand il lâche ses ambitions trop grandes pour lui.

L’épisode permet aussi de retrouver une actrice qui accompagne la série quasiment depuis ses débuts : Karin Konoval, que l’on avait vue en voyante dans Voyance par procuration (saison 3), puis en mère monstrueuse dans La Meute (saison 4), deux chefs d’œuvre. Elle est une nouvelle fois excellente dans un double rôle effrayant.

X Files Saison 11 Plus one

Episode 4 : L’effet Reggie (The lost art of forehead sweat)

L’épisode décalé de la saison, presque une tradition, que l’on doit à Darin Morgan, l’un des scénaristes qui ont su le mieux insuffler de l’humour dans la série. Cet épisode-ci est assez brillant, au moins sur le papier, réinventant à sa manière le passé de la série.

Un homme affirme être le partenaire de Mulder et Scully, que ces derniers auraient oublié à cause d’un mystérieux « they » qui joue avec la mémoire des gens.

Et on le voit au côté du duo dans quelques scènes extraites d’épisodes célèbres d’autrefois, joyeux exercice de style entre nostalgie et jeu de massacre.

Les dialogues sont excellents, et même si le principe sonne parfois comme un passage obligé, cette parenthèse trouve sa place au côté d’épisodes devenus mythiques comme Le Seigneur du Magma ou Voyance par procuration (saison 3), tous deux écrits par un certain Darin Morgan.

Episode 5 : Ghouli (id.)

Voilà un épisode qu’on attendait depuis… 16 ans ! Enfin, William, le fils perdu, évoqué en creux depuis le revival de la série, est au cœur de l’histoire. Pas dans un épisode ouvertement mythologique, encore que la vraie mythologie de cette saison 11, plutôt que la nouvelle conspiration qu’on oublie dès qu’on en a parlé, concerne peut-être bien le destin de William.

L’épisode n’est pas toujours convaincante. Le montage syncopé rend le truc un peu pénible par moments. Mais James Wong réussit tous les passages importants. Ce qui est la moindre des choses, certes.

Le personnage de William, inattendu forcément, est très excitant. Et la scène où Scully, qui le croit mort, se livre devant son corps inanimé, est bouleversante : une nouvelle occasion pour Gillian Anderson de rappeler qu’elle est une actrice magnifique.

Quant à la dernière scèe, pirouette belle et émouvante, elle est pleine de promesses pour la suite.

Episode 6 : Le retour du monstre (Kitten)

Franchement éclipsé dans la saison 10 (sans même parler du deuxième film à, Skinner retrouve enfin la place qui était la sienne à la fin de la série originale. Ce dont on se réjouit, même s’il y a d’emblée un problème dans l’écriture du scénario.

Visiblement anxieux de retrouver la clé du succès, Chris Carter ne fait pas que des bons choix, reconnaissons-le. Franchement, comment peut-on croire que Mulder doute encore de la loyauté de Skinner, comme il le faisait « à la belle époque » de la série ? Et pourtant…

Cela dit, cet épisode remet un peu les choses à leur place, et s’inscrit dans une lignée d’épisodes dont Skinner et son passé au Vietnam occupent la place centrale. Le résultat est étonnamment simple et modeste, retour au thème basique de la paranoïa, avec une économie de moyens et d’effets qui, au final, fait plutôt mouche.

Le personnage, central, interprété par Haley Joel Osment (le gamin de Sixième Sens et A.I. a bien changé) est à la fois intriguant, et pas totalement crédible. Mais les seconds rôles sont excellents, à commencer par le shérif débonnaire.

Quant à nos héros, ils paraissent un peu las, mais c’est dans les détails que se trouve le vrai plaisir : les regards entendus que se lancent Mulder et Scully, l’excitation de Mulder à l’évocation d’un monstre, et la mine réjouie de Scully devant le plaisir de son compagnon. Mignon…

X-Files saison 1 My struggle

Episode 7 : Rm9sbG93ZXJz (id.)

La réussite d’X-Files vient aussi de sa capacité à surprendre en cassant régulièrement ses propres codes. C’est le cas de cet épisode au titre pour le moins intriguant, qui commence par une longue séquence quasi-muette dans un restaurant japonais hi-tech où Scully et Mulder sont attablés. Seuls.

Seuls, ils le restent d’ailleurs jusqu’à la toute dernière minute, dans cette critique amusée et gentiment effrayante du monde hyper-connecté. Si l’épisode est quasiment muet, c’est qu’il n’y a plus besoin de parler dans cet univers-là, où les plats sont cuisinés et servis par des robots, où les taxis n’ont plus de chauffeurs, où les livraisons se font par drones…

La charge n’est pas neuve, mais la manière dont Glen Morgan traite le sujet et inscrit la série dans son époque, est réjouissante. A travers Scully et Mulder, c’est la propension de l’humain à se replier sur lui-même et à se couper du monde qui apparaît. Nos deux héros eux-mêmes s’oublient presque l’un l’autre, obnubilés qu’ils sont par leurs écrans.

Même leur sexualité respective est abordée. Et là encore, c’est la solitude qui s’impose, avec le joli masseur vibrant de Scully, et ce coup de fil d’une mystérieuse Wendy que reçoit Mulder…

Morgan s’amuse avec ses jouets, et cite au passage quelques grandes figures de robots du cinéma, de Planète interdite à Terminator 2. Typiquement le genre de réussite qui prouve qu’X-Files a encore sa raison d’être…

Episode 8 : Les forces du mal (Familiar)

Une petite ville pleine de petits secrets, des enfants victimes de meurtres apparemment sataniques, des sous-bois inquiétants… Pas de doute, X-Files renoue avec ses racines les plus profondes, et il le fait plutôt bien, avec une modestie et une sincérité qui font mouche.

C’est tout l’intérêt d’avoir une saison (un peu) rallongée, et tout le regret de se dire que c’est (sans doute) terminé : débarrassée de la nécessité d’aller vite, la série retrouve enfin son ADN. Cet épisode, pur loner bien flippant, et un dérangeant, fait partie des franches réussites de cette onzième mouture.

Scully et Mulder semblent retrouver leur soif d’autrefois. Chaque plan pourrait être d’une saison précédente, comme si tout était pensé pour rendre hommage au passé de la série. Mais le plaisir simple prime, jamais gâché par une quelconque tendance à l’hommage trop respectueux.

Incidemment, l’épisode parle aussi de la société d’aujourd’hui, et de l’impossibilité de l’oubli : ce personnage de prédateur sexuel condamné ad vitam pour un acte pour lequel il a purgé sa peine permet d’aborder le fameux droit à l’oubli que refuse la société hyper connextée.

X-Files à l’écoute de la société actuelle ? Ce n’est pas si courant, même dans les premières saisons de la série…

Episode 9 : Rien n’est éternel (Nothing lasts forever)

Un épisode banal… et indispensable !

Interdit aux moins de 16 ans, il nous rejoue le mythe de la jeunesse éternelle, à travers l’histoire d’une actrice d’il y a bien longtemps qui a trouvé un truc bien dégueu pour rester jeune. On a déjà vu ça ailleurs, et cette vengeuse qui dégomme tout ce petit monde au sabre bricolé avec du matériel religieux n’est pas crédible une seconde, malheureuse tentative de « faire dans le coup ». Bref, côté histoire, cet épisode est l’un des plus faibles de la série.

En revanche, la relation entre Scully et Mulder est une nouvelle fois formidable, émouvante et drôle à la fois dans sa manière d’évoquer le temps qui passe, à travers la presbytie (et le regard amusé) de Scully.

C’est la force de cet épisode : malgré les tentatives de renouer avec les recettes d’autrefois, la série tient compte du temps qui passe et de ses effets, et a bien conscience que rien n’est plus vraiment pareil.

En renouant avec la foi de Scully, le show se recentre sur l’essentiel. Et en abordant le temps passé, il se tourne vers un possible avenir, et propose ce qui aurait pu être une belle conclusion à l’ensemble de la série.

Episode 10 : La vérité est ailleurs, 4e partie (My struggle IV)

Du quatrième volet du « grand œuvre » de Chris Carter, que le revival de la série portait comme une croix depuis le tout premier épisode de la saison 10, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est une réponse à cette interrogation : ce probable ultime segment du show (ever) allait-il offrir une bonne conclusion ?

Pas franchement confiant, durant une grande partie de l’épisode. Malgré quelques bonnes choses, et une émotion assez présente, le style Carter est décidément agaçant, avec ses rebondissements tirés par les cheveux et sa visible appréhension des moments creux. Le montage trop serré, les dialogues approximatifs… Pas que du bon là dedans.

Pourtant, in fine, et en dépit des sorts indignes réservés à Skinner et à (la pauvre) Monica Reyes (grand ratage de ce revival), les dernières minutes sont belles. Bien sûr, confiant en une (très hypothétique) suite, Carter ne se ferme aucune porte. Mais vraiment aucune. Mais en resserrant l’intrigue sur Scully et Mulder plutôt que sur une nouvelle conspiration mondiale, il offre effectivement une conclusion belle, émouvante, inattendue et digne.

Et prouve définitivement que, quelles que soient les bonnes idées piochées ça et là dans cette saison 11 de bon niveau (et dans la précédente, nettement plus imparfaite), l’alchimie qui existe entre Scully et Mulder est la grande force de ce revival, et de toute la série, monument indétrônable dans mon cœur.

Ne me reste plus qu’à me refaire l’intégrale ! 218 épisodes et 2 films m’attendent…

* Voir aussi la saison 1, la saison 2, la saison 3, la saison 4, la saison 5, le premier film, la saison 6, la saison 7, la saison 8, la saison 9, le deuxième film et la saison 10.

Alfred Hitchcock présente : Poison (Alfred Hitchcock presents : Poison) – d’Alfred Hitchcock – 1958

Posté : 17 mars, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Poison

Hitchcock inaugure lui-même la quatrième saison de sa série avec un épisode particulièrement éprouvant. Pas ou peu d’humour ici, mais un suspense assez étouffant basé sur une idée particulièrement simple : en Malaisie, un homme est coincé dans son lit après qu’un serpent aspic s’est lové sur son ventre, sous les draps…

Hitchcock étire le suspense avec une efficacité rare, jouant sur le contraste entre l’homme alité et immobile (James Donald, qu’Hitchcock dirigera de nouveau dans son épisode suivant, The Crystal Trench) et son ami exubérant et curieusement détaché (Wendel Corey, le pote de James Stewart dans Fenêtre sur cour).

Invisible jusqu’à la dernière scène, le serpent est pourtant omniprésent, et occupe constamment les pensées, créant un malaise qui ne cesse de croître, jusqu’à une conclusion traumatisante qu’Hitchcock, sadique, annonce bien en avance. Et plus il retarde le moment fatidique, plus la tension monte, et plus le choc est rude.

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