Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'TÉLÉVISION'

Peaky Blinders (id.) – saison 2 – créée par Steven Knight – 2014

Posté : 18 septembre, 2017 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, KNIGHT Steven, McCarthy Colm, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 2

La première saison avait été l’un des grands chocs télévisuels de ces dernières années. Cette deuxième fournée réussit le pari impossible d’être encore plus enthousiasmante. Toute l’ampleur du show imaginé par Steven Knight est toujours bien là, avec sa superbe reconstitution de l’Angleterre des années 1920, et sa beauté formelle souvent sidérante.

Et c’est là que la série s’est peut-être encore bonifiée. En confiant la réalisation de l’intégralité des six épisodes à un seul homme, Colm McCarthy, le showrunner s’assure une continuité visuelle absolument parfaite, et évite les quelques petits excès formels des premiers épisodes, lorsqu’il s’agissait de marquer les esprits.

Les esprits sont bien marqués, et durablement. Restaient à prolonger l’histoire en la réinventant. Et là encore, c’est une réussite totale. Cette saison 2 est la suite directe de la première, quelques années plus tard, avec les mêmes personnages, et le poids des précédents événements qui pèse constamment sur eux : le beau personnage de Grace notamment (Annabelle Wallis), qui hante littéralement le charismatique et inquiétant chef des Peaky Blinders Tommy Shelby (Cillian Murphy, qui laisse percer ce qu’il faut de fragilité de son impressionnante carapace), tout comme le sinistre flic Chester Campbell (Sam Neill).

Mais cette saison 2 marque aussi de nouveaux enjeux : un nouveau rôle, très émouvant, de mère pour la matriarche Polly (excellente Helen McCrory), et la volonté des Shelby de mettre la main sur Londres, en faisant face à deux gangs ennemis, les Juifs d’un côté, les Italiens de l’autre. La violence qui en découle est d’autant plus marquante qu’elle est largement incarnée par les chefs de ces gangs, Tom Hardy d’un côté, Noah Taylor de l’autre. Les deux acteurs en font des tonnes, mais toujours sur un ton juste, comme dans un réjouissant concours de psychopathes ! Avec une petite longueur d’avance, la victoire revient à Tom Hardy, glaçant et impressionnant.

D’une intensité rare, cette saison 2 dense et passionnante est construite comme une longue montée en puissance, jusqu’aux deux derniers épisodes à couper le souffle. Et puis il y a la bande son, toujours impeccable, faite de reprises rock du meilleur goût. Il y avait déjà le fascinant « Red Right Hand » de Nick Cave pour le générique, et comme un sublime fil rouge. Et voilà que PJ Harvey ou Johnny Cash s’invitent à leurs tours au fil des épisodes. A croire que les créateurs ont pioché dans ma cdthèque… Vivement la saison 3.

O.J. Simpson : Made in America (id.) – de Ezra Edelman – 2016

Posté : 4 septembre, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, DOCUMENTAIRE, EDELMAN Ezra, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

OJ Simpson Made in America

Presque 8 heures : c’est la durée de cet extraordinaire documentaire oscarisé qui revient sur l’hallucinante trajectoire d’O.J. Simpson, mini-série en cinq épisodes admirablement construits et captivants.

On croyait tout savoir sur le destin de cette ancienne star du football américain reconvertie en acteur (remarqué dans la série des Naked Gun), et définitivement rentré dans l’histoire après les meurtres de son ancienne femme et d’un ami, pour lesquels il a été acquitté contre toute attente à l’issue d’un procès stupéfiant, avant d’être finalement condamné pour un improbable braquage.

On croyait tout savoir, mais on était loin du compte. A travers cinq épisodes de 90 bonnes minutes, Ezra Edelman se donne le temps de revenir sur cette destinée hors norme, et inscrit le parcours de Simpson dans l’histoire récente des Etats-Unis.

Ce qui fascine d’abord dans cette vie, c’est la manière dont ce gamin d’une famille noire modeste a profité de sa notoriété de sportif non pas pour faire entendre la voix des noirs, mais pour s’imposer dans une société où les noirs, justement, n’avaient pas leur place. Ambition profondément égoïste ou militantisme déguisé ? Simpson n’a visiblement jamais été un vrai militant, mais il y a pourtant un postulat audacieux et finalement engagé dans sa volonté d’abolir la couleur de peau.

Le documentaire s’appuie grandement sur cette ambition, qu’il met en parallèle avec la condition des noirs dans le Los Angeles des années 60 à 90, jusqu’aux émeutes qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King, peu avant le meurtre de Nicole, l’ex-femme d’O.J. Pas question pour autant de faire du documentaire une histoire de la lutte des noirs américains : le contexte racial n’est là que pour éclairer a posteriori l’hallucinant procès qui a abouti à l’acquittement incroyable d’O.J. Simpson en 1995.

Riche en images d’archives (à tel point qu’on se dit que micros et caméras sont décidément partout aux Etats-Unis, que ce soit sur les terrains de sports, dans les maisons ou dans les tribunaux) et en témoignages (amis et anciens amis, familles des victimes… mêmes les flics montrés du doigt pour leur incompétence ou leur racisme avérés prennent la parole), le docu est d’une extraordinaire précision, et fait comprendre toute la complexité du personnage.

O.J. Simpson est un homme fascinant. Un meurtrier, sans doute, dont on ne cache rien de la sauvagerie des meurtres. Mais aussi un homme séduisant et affable, autant que manipulateur et, d’une certaine façon, pathétique. Pathétiques, en tout cas, les années qui ont suivi son acquittement, cette façon qu’il a eu de tomber le masque, de s’exhiber dans des frasques inattendues de bad boy, avant d’être rattrapé par le destin.

Sur sa chute aussi hallucinante que son acquittement, on aurait voulu en voir plus, malgré la durée dès considérable du docu. Comment un type revenu de l’enfer a-t-il pu se laisser entraîner dans une telle affaire ? Car en guise de braquage, il s’agit d’une virée digne des Pieds Nickelés initiée par O.J. lui-même pour récupérer des objets personnels dont des profiteurs se seraient emparés durant ses années de purgatoire. Du grand n’importe quoi, pour un destin hallucinant jusqu’au bout.

Au bout du bout, la justice ne sort pas grandie de cette histoire. Après l’avoir innocenté pour d’absurdes raisons d’un meurtre sauvage que beaucoup (jusqu’à ses plus proches) sont persuadés qu’il a commis, O.J. Simpson a finalement été condamné à 33 ans de prison pour une quasi-peccadille qui, étonnamment, rendait ce probable monstre plus humain que jamais…

Twin Peaks, saison 1 (Twin Peaks, season 1) – créée par David Lynch et Mark Frost – 1990

Posté : 24 août, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, DESCHANEL Caleb, DUNHAM Duwayne, FANTASTIQUE/SF, FROST Mark, GLATTER Lesli Linka, HUNTER Tim, LYNCH David, POLARS/NOIRS, RATHBONE Tina, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Twin Peaks saison 1

Un pilote et sept épisodes, pas un de plus : c’est ce qu’il a fallu à David Lynch et son comparse Mark Frost pour bouleverser l’univers bien ronronnant de la série télé, en ce tout début des années 90. S’y replonger plus de vingt-cinq ans après ne renvoie pas seulement à une madeleine de notre adolescence (c’est l’époque de mes premiers émois cinéphiliques, mais j’avoue être passé à côté du phénomène lors de sa première diffusion). Cela nous ramène à une étape incontournable du nouvel âge d’or de la série télévisée.

Après Twin Peaks, plus rien ne sera comme avant. La décennie qui suivra verra quelques-unes des plus grandes réussites du petit écran. Quant à David Lynch, il ouvre en quelque sorte une voie. Cinéaste majeur, au sommet de sa gloire, tout juste auréolé d’une Palme d’or (pour Sailor et Lula), il choisit de se tourner vers la télévision sans rien perdre de ses ambitions. Bien au contraire : pour lui aussi, la série marque le début d’une sorte d’âge d’or. Bien sûr, il y a déjà eu Blue Velvet. Mais avec Twin Peaks, il s’offre un terrain d’expérimentation qu’il peaufinera dans ces années 90 avec trois chefs d’oeuvre : Twin Peaks Fire walk with me, Lost Highway et Mulholland Drive.

Dans cette première – courte – saison, Lynch annonce déjà un penchant prononcé pour l’étrange, surfant par moments avec le surnaturel. Il n’en reste pas moins ancré dans une forme de réel, et dans une narration presque traditionnelle. La série répond en effet aux lois du polar : une petite ville, une jeune femme assassinée, des dizaines de suspects potentiels, et un agent du FBI qui débarque et révèle les secrets des uns et des autres.

Le mystère autour de la mort de Laura Palmer n’est pas qu’un prétexte : le mystère est profond et passionnant, et reste constamment au coeur de l’intrigue. Mais il l’est aussi d’une certaine manière (un prétexte) : parce qu’au-delà de l’enquête pure, l’arrivée de l’agent Dale Cooper (formidable Kyle MacLachlan, réjouissant en grand flic de la ville bienveillant et d’un enthousiasme contagieux devant une tasse de café) est le fil conducteur qui nous fait passer d’un personnage à l’autre, d’une intrigue secondaire à une autre.

Et la constante dans ce va-et-vient perpétuel, c’est la folie que l’on sent poindre dans tous les coins. Lynch et Frost nous livrent une incroyable galerie de personnages psychotiques ou juste frappadingues. Troubles en tout cas. De cette femme à la buche au mystérieux manchot en passant par Nadine, la borgne obnubilée par ses tringles à rideaux… Difficile de trouver un habitant anodin dans cette ville aussi séduisante qu’inquiétante. Ce pourrait être too much, ça ne l’est jamais : chacun de ces personnages existe bel et bien, et contribue à la réussite de cet édifice étonnant.

Twin Peaks, c’est aussi une série d’images déjà mythiques : Kyle McLachlan parlant avec une complicité affichée à Diane, son dictaphone ; les pauses de jeune fille modèle de la garce Sherilyn Fenn ; ou, bien sûr, ce sublime générique porté par la musique envoûtante d’Angelo Badalamenti. Qui n’est pas pour rien dans le culte qui entoure cette série fondatrice.

La Nuit des assassins / L’Assassin est-il coupable ? (Warning Shot) – de Buzz Kulik – 1967

Posté : 18 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, KULIK Buzz, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

La Nuit des Assassins

Un homme de télévision qui aime le cinéma policier : voilà comment on pourrait définir Buzz Kulik, cinéaste qui a fait ses armes dans de nombreuses séries TV (notamment La 4e Dimension), et qui réussit ici un très bon thriller comme un trait d’union entre ses différentes références, du film noir (pour l’atmosphère sombre et son personnage hard boiled) aux thrillers contemporains des sixties (pour le rythme et la musique de Jerry Goldsmith).

Entre toutes ses infiltrations, Kulik ne choisit pas. Pas plus que pour sa distribution d’ailleurs, qui donne la vedette à David Janssen (le héros de la série Le Fugitif) et à deux jeunes actrices destinées à un grand avenir sur petit écran (Joan Collins et Stephanie Powers), tout en leur faisant donner la réplique à de vieilles badernes du grand écran qui, pour la plupart, se contentent de brèves apparitions : George Sanders, Ed Begley, Walter Pidgeon, et même une survivante du muet, Lilian Gish.

Le scénario est malin : un flic tue un homme qu’il soupçonne d’être un assassin, parce qu’il l’a vu braquer une arme vers lui. Sauf que le mort est un médecin apprécié de tous, et qu’aucune arme n’est retrouvée… Le bon flic n’a que quelques jours pour prouver que l’innocent qu’il a descendu ne l’est pas tant que ça (innocent). C’est un bon point de départ, qui tient ses promesses. Plutôt que d’en faire un surhomme seul contre tous, le film fait de son héros un homme effectivement seul, mais qui accumule les erreurs, parfois avec de graves conséquences.

Visuellement, c’est parfois un peu maladroit, et ça rappelle par moments que le film a été tourné pour la télévision, avant d’avoir droit à une sortie en salles.. Dans la première séquence, le brouillard de studio ressemble furieusement… à du brouillard de studio. Et la tentative de flirter avec la mode psychédélique du moment lors de la scène de baston est pour le moins balourde. Mais le film est la plupart du temps d’une grande efficacité, brut et brutal. A l’image de Janssen : un peu falot peut-être, mais dur et direct.

House of cards, saison 3 (House of Cards, season 3) – série créée par Beau Willimon – 2014

Posté : 18 mai, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, COLES John, DAHL John, FOLEY James, GATES Tucker, HOLLAND Agnieszka, TÉLÉVISION, WILLIMON Beau, WRIGHT Robin | Pas de commentaires »

House of Cards saison 3

Dans les deux premières saisons (ici et ici), le diabolique couple Macbeth… pardon, Underwood, gravissait l’un après l’autre les dernières marches qui le séparaient du sommet. Cette saison 3 commence au moment où ils y sont enfin, dans ce bureau ovale que Frank connaissait déjà comme invité. Cette fois, il y est chez lui, au moins temporairement. Car l’exercice du pouvoir doit aussi s’accompagner d’une conquête de l’opinion. Avec les manipulations dont le couple a le secret, et la réparation des erreurs d’hier.

Le show n’a rien perdu de son côté addictif. On pouvait craindre que l’arrivée au sommet des personnages mette un terme à l’imagination des scénaristes, ce n’est pas le cas. Et si cette nouvelle saison ébauche de très nombreuses pistes, aucune ne passe à la trappe, et toutes les intrigues s’entremêlent habilement, sans facilité et avec la même richesse. Que ce soit les rapports très conflictuels entre les Underwood et un président russe quasi-sosie de Poutine, la convalescence d’un Doug diminué et écarté (son retour sera aussi spectaculaire que glaçant), les premières décisions du président de Frank Underwood, ses manigances pour tenter d’obtenir l’investiture pour 2016…

Impossible de lister toutes les intrigues secondaires, mais l’une des grandes forces de la série, depuis ses premiers pas, repose sur les seconds rôles, nombreux et formidablement bien écrits. Pas un ne passe à la trappe, pas un n’est sous-exploité, et c’est ce qui explique en partie l’extraordinaire intensité de chacun des treize épisodes.

Mais ce sont les états d’âme de Claire qui marquent surtout dans cette nouvelle saison. Le personnage de Robin Wright est plus central que jamais. L’âme noire de Kevin Spacey baisse la garde à de brèves occasions, révélant une humanité malade et douloureuse inattendue. L’actrice passe d’ailleurs derrière la caméra, pour deux épisodes qui suggèrent joliment les failles de la nouvelle première dame. Jusqu’au drame final, qui donne furieusement envie de voir la saison 4.

Columbo : Le Livre témoin (Columbo : Murder by the book) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 19 janvier, 2017 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Columbo Le Livre témoin

On pourrait essayer de voir des signes, tenter de détecter le génie du futur réalisateur de Duel ou Jaws, se dire que, quand même, le jeune Spielberg a fait sien l’univers de Columbo. On pourrait. On aurait d’ailleurs toutes les raisons de le faire : ce premier “vrai” épisode de la série (après un téléfilm réalisé en 1967 et un pilote officiel réalisé par un autre), est mené sans la moindre baisse de régime, et réserve un suspense remarquable.

Mais il s’agit bien d’un film de commande pour Spielberg, réalisateur plein de promesses qui a encore tout à démontrer. Et son talent est entièrement au service d’une machine hyper-efficace et déjà bien rodée. Le montage, la musique, l’interprétation suave de Jack Cassidy, et bien sûr le scénario qui réserve la première demi-heure à la mécanique d’un meurtre que le célèbre inspecteur devra décortiquer par la suite… Reconnaissons que rien n’annonce l’univers de Spielberg dans ce bon épisode d’une série très datée 70s mais toujours fort sympathique.

Finalement, le fait que Spielberg, dans ses débuts, ait apporté sa pierre à cet édifice, est surtout l’occasion de renouer avec cette série culte qui a bercé l’enfance de plus d’une génération.

House of Cards, saison 2 (House of Cards, season 2) – série créée par Beau Willimon – 2014

Posté : 24 septembre, 2016 @ 8:00 dans 2010-2019, COLES John, FOLEY James, FOSTER Jodie, FRANKLIN Carl, TÉLÉVISION, WILLIMON Beau, WRIGHT Robin | Pas de commentaires »

la_ca_0719_house_of_cards

Après une première saison hautement addictive, on attendait cette suite avec un rien d’incertitude. Frank Underwood étant arrivé à ses fins, la série pouvait-elle tenir le rythme ? La réponse est oui. Et côté rythme, on est servi. Trop sans doute, dans le premier tiers de cette saison 2, qui frôle le trop-plein à plusieurs reprises.

On savait le héros prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut, on le savait prêt à tuer même. Mais de là à arriver à cette séquence sur le quai du métro (pas de spoiler, non)… Certes, cette scène coupe le souffle et laisse le spectateur ahuri, mais quand même, n’est-ce pas un peu too much ?

Plus encore que dans la première saison, la série multiplie les petites intrigues, et laisse pas mal de cadavres sur le bord de la route, au sens propre comme au sens figuré. Et comme dans la première saison, la série tourne entièrement autour de ce machiavélique jeu de massacre orchestré par le couple Underwood, plus glaçant que jamais, lancé dans une « partie » à moitié improvisée aux rebondissements incessants.

Et comme dans la première saison, toujours, la série fascine et dérange parce que, malgré tout, ils sont AUSSI attachants, les Underwood. Horribles, dangereux, mesquins, foncièrement mauvais, mais attachants. Un petit miracle que permet la fiction, et le talent de scénaristes et de réalisateurs qui continuent un quasi sans-faute, et qui nous balance constamment d’une émotion à l’autre, entre jouissance et écœurement.

Et, toujours, ce superbe générique qui plante à lui seul l’atmosphère d’une série d’une richesse incomparable. Et cette fois, on ne se demande même plus si la saison 3 saura être aussi addictive…

Duel (id.) – de Steven Spielberg – 1971

Posté : 3 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, FANTASTIQUE/SF, SPIELBERG Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Duel

Quand Spielberg a découvert le scénario des Dents de la Mer (Jaws), il y a vu un signe du destin : un titre en quatre lettres et une menace déshumanisée dans un environnement quotidien. Exactement comme le film qui l’a révélé. Un téléfilm en fait, tourné pour la télévision mais tellement enthousiasmant que la Universal a décidé de le sortir en salles, lançant la carrière du cinéaste le plus emblématique de sa génération.

Il faut dire qu’il y a déjà là, et plus qu’en germes, le génie narratif et la puissance visuelle de Spielberg, qui transcende le script malin mais simplissime de Richard Matheson pour en faire une oeuvre terrifiante et édifiante. Ou quand un contexte quotidien (un parcours en voiture) se transforme en cauchemar éveillé.

L’histoire, donc, tient en quelques mots : un automobiliste se retrouve aux prises avec un mystérieux camion qui le traquent et menacent de le tuer. Il y a dans ce principe (que l’on doit donc à Matheson, pas à Spielberg) une approche très hitchcockienne, héritière des Oiseaux. Ce n’est sans doute pas un hasard si quelques notes de musique rappellent subrepticement le thème de la douche de Psychose

Le film est proche de l’abstraction, tant le personnage et l’action sont ramenés à ce qu’ils ont de plus simples. Sans doute, d’ailleurs, Spielberg aurait-il gagné à éviter les rares digressions comme le coup de téléphone passé à la femme du « héros », scène inutile qui ne semble là que pour rallonger le métrage, et qui coupe un peu l’atmosphère oppressante du film.

Car le vrai héros du film, ce n’est pas le personnage (interprété par un très bon Dennis Weaver, seul à l’écran la plupart du temps), mais ce camion mystérieux et menaçant. De face, il a presque allure humaine, ce camion dont jamais on ne verra le conducteur (là aussi, une idée de Matheson).

Mais, et c’est là que le génie de Spielberg est déjà éclatant, la manière dont il est filmé souligne constamment sa puissance et son potentiel meurtrier. Jusqu’à l’hallucinante fin, qui ne libère en rien, mais renforce le caractère angoissant de cette machine qui semble douée d’une vie propre.

Avec Duel, Spielberg gagnait son droit d’entrée pour le grand écran. C’est rien de dire qu’il a tenu ses promesses…

Broadchurch (id.) – saison 2 – créée par Chris Chibnall – 2014

Posté : 31 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, BARKER Mike, CHIBNALL Chris, HOBBS Jessica, STRONG James, TÉLÉVISION, TEPLITZKY Jonathan | Pas de commentaires »

Broadchurch saison 2

La première saison était formidablement addictive. Cette deuxième mouture n’est sans doute pas tout à fait à la hauteur, mais quand même, difficile de lâcher avant la fin, tant les personnages déjà bien posés dans la première saison passionnent et émeuvent, et tant la série est basée sur un sens incroyable du rythme et du rebondissement.

La première saison se suffisait à elle seule : le meurtre d’enfant était résolu, et les parts d’ombre des personnages, qui rythmaient chaque épisode, étaient à peu près toutes mises en lumière. Cette deuxième saison part d’un double postulat. D’une part, disséquer les effets du meurtre (et de l’identité du meurtrier) sur la population, à l’occasion du procès qui s’ouvre. D’autre part, confronter le flic obsessionnel et malade Alec Hardy (David Tennant) aux fantômes de l’enquête ratée qui le mine depuis si longtemps.

Avec son ancienne co-équipière Ellie Miller (Olivia Colman), elle-même confrontée à des démons aussi violents qu’inattendus, il rouvre l’enquête… tout en affrontant les remous eux aussi inattendus du procès. Autant dire qu’avec cette double intrigue, les scénaristes ont de quoi jouer avec les nerfs des téléspectateurs, avec ce goût déjà très prononcé pour les fausses pistes et les rebondissements.

Contre toute attente, cette deuxième saison joue moins sur ces ficelles, privilégiant d’avantage encore la psychologie des personnages. D’ailleurs, l’enquête rouverte est l’aspect le moins convaincant de ces huit épisodes. On sent bien, d’emblée, que les fausses pistes ne mènent nulle part et que la première impression est, peut-être bien, la bonne… L’empreinte de la saison 1 est telle que ce sont les personnages que l’on connaît déjà qui fascinent le plus, même si les secrets ont déjà été dévoilés.

Comment se reconstruire après un tel drame ? Comment vivre dans cette communauté qui a été à ce point balayée par les doutes et la suspicion généralisée ? Ce sont ces questions d’habitude jamais abordées à l’écran (puisqu’elles apparaissent lorsque l’intrigue principale est bouclée) qui dont de cette saison 2 une nouvelle grande réussite. Plus que le procès lui-même et ses rebondissements, même si l’affrontement entre les avocates jouées par Charlotte Rampling et Marianne Jean-Baptiste est assez formidable.

Et jusqu’à un dénouement totalement inattendu, à la fois audacieux et d’une immense sensibilité. La marque de fabrique de cette série dont une troisième saison (la dernière) est annoncée.

Secret State (id) – mini-série créée par Robert Jones et réalisée par Ed Fraiman – 2012

Posté : 22 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars européens, 2010-2019, FRAIMAN Ed, JONES Robert, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Secret State

De Borgen à House of Cards, la série télé politique a le vent en poupe. Secret State, mini-série british en quatre épisodes, entre clairement dans cette catégorie, en associant une forme ouvertement moderne (caméra à l’épaule, couleurs saturées…) et des ficelles qui ont fait leur preuve depuis longtemps.
En vrac : des industriels véreux, une finance toute puissante, des politiciens englués dans leurs ambitions personnelles, une machination mystérieuse, des meurtres déguisés en suicide, des services secrets qui surveillent tout le monde… et un chevalier blanc, devenu premier ministre contre toute attente, après la mort suspecte de son prédécesseur.

Ce chevalier blanc, c’est Gabriel Byrne, l’une des raisons qui font de Secret State une grande réussite. Il a un charisme fou, et cette manière si particulière de sembler ne rien faire avec profondeur. Impassible, la plupart du temps, mais en donnant pourtant à son personnage une belle complexité. Pas facile, pourtant, de faire exister un personnage aussi ouvertement et unilatéralement bon.

Autour de lui, pourriture et corruption. Là non plus, rien de bien surprenant donc. Sauf que, passé un premier épisode qui ne laisse guère de doute à la surprise, c’est surtout l’intelligence de l’écriture et l’efficacité de la mise en scène qui emportent l’adhésion. Plus l’intrigue avance, plus les ramifications se font complexes. Au final, l’immense machination attendue laisse plutôt la place à un portrait acide et plein de cynisme des puissants de ce monde, sans concession.

Grande fiction politique, Secret State est aussi, et c’est tant mieux, un film (pardon, une mini-série) de personnages, dont la réussite repose en grande partie sur la qualité des secons rôles. Moins ces deux aspirants-déçus-premiers ministres, assez caricaturaux et à la limite du grotesque, que les personnages qui gardent une part de mystère. Mention à Tony Fossett (Douglas Hodge), le meilleur ami qui noie les échecs de sa vie dans l’alcool. Au garde du corps aussi (Ralph Ineson), quasi-muet mais à la présence électrisante. Et bien sûr à Charles Dance, constamment en retrait mais fascinant en conseiller personnel du premier ministre.

Même si elle repose sur des ficelles éculées, cette mini-série brillante se révèle joliment addictive.

12345
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr