Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'TÉLÉVISION'

Mindhunter (id.) – saison 2 – créée par Joe Penhall et David Fincher – 2019

Posté : 19 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOMINIK Andrew, FINCHER David, FRANKLIN Carl, PENHALL Joe, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Mindhunter saison 2

Après l’excellente première saison, on se demandait quand même un peu si le show de David Fincher allait réussir à garder la même intensité, avec ce parti-pris si radical. La réponse est oui, grâce à une logique dont Fincher ne se départit jamais : il n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers, ses différentes contributions au « film de serial killer » le prouvent. Cette deuxième saison, tout en s’inscrivant dans le prolongement de la précédente, fait donc le choix d’une évolution très marquée.

Les entretiens avec les tueurs enfermés sont toujours présents, mais n’apportent plus grand-chose d’autres que des échecs, comme si Fincher (qui réalise encore les trois premiers épisodes) et les scénaristes voulaient montrer qu’ils n’étaient pas dupe : après la théorie, il est grand temps de passer à la pratique. En l’occurrence à la traque d’un authentique tueur en série toujours en activité : à Atlanta, où de nombreux enfants noirs ont été enlevés et assassinés.

Cette enquête, la première à laquelle la cellule créée par nos héros au sein du FBI est officiellement associée, occupe la plus grande partie de cette saison. Un choix là encore assez radical. D’abord parce que l’affaire, bien réelle, n’a été que partiellement élucidée. Puis parce qu’un doute subsiste toujours sur l’existence d’un tueur unique dans cette vague de meurtres.

Fausses pistes, plantages complets… L’enquête souligne l’importance de cette science du comportement encore balbutiante, mais aussi ses limites, et la difficulté d’associer les méthodes nouvelles et celles plus traditionnelles. Le formidable duo formé par les agents Ford (Jonathan Groff) et Tench (Holt McCallany) l’illustre bien : ce dernier étant partagé entre admiration et agacement à propos de son jeune collègue, aussi brillant et intuitif lorsqu’il s’agit de comprendre des tueurs qu’il ne connaît pas, que déconnecté et à côté de la plaque avec son entourage.

L’entourage du duo d’enquêteurs et de l’analyste jouée par Anna Torv semble en retrait. Pourtant, son importance est centrale dans cette saison qui, au fond, évoque surtout la radicalisation de ces personnages qui, plus ils avancent dans la compréhension de ces tueurs qu’ils apprennent à connaître mieux que quiconque, plus ils s’enfoncent dans une logique d’où tous les êtres censés sont exclus. Les dernières minutes de cette belle fascinante d’épisodes sont ainsi d’une tristesse insondable. La troisième saison, incertaine, n’en est que plus urgente.

Mindhunter (id.) – saison 1 – créée par Joe Penhall et David Fincher – 2017

Posté : 1 mars, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DOUGLAS Andrew, FINCHER David, KAPADIA Asif, LINDHOLM Tobias, PENHALL Joe, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Minhunter saison 1

La fascination de David Fincher pour les tueurs en série a donné de grands films de cinéma : Seven, Zodiac, mais aussi Millenium. Elle donne cette fois une grande série télé qui, comme tout ce qu’il a fait jusqu’à présent, offre une approche inédite du genre.

Loin de Seven, donc. Loin de Zodiac aussi, Mindhunter évoque la naissance de la science du comportement au sein du FBI. Inspirée de personnages réels, la série met en scène quelques uns des tueurs en série les plus marquants des Etats-Unis, à commencer par Ed Kemper, mais d’une manière assez radicale, en reléguant le suspense traditionnel loin, très loin en arrière-plan.

Rien de facile, ni d’évident dans l’approche de Mindhunter. L’essentiel de l’action consiste en de longues « interviews » des criminels en prison. Il y a bien quelques tueurs en liberté, que les méthodes nouvelles de nos héros pourraient aider à interpeller. Mais la série évite de tomber dans la logique du polar, et fuit comme la peste toutes les ficelles habituelles pour créer le suspense.

Peu de suspense, d’ailleurs, mais une tension, énorme. Et des glissements, imperceptibles et vertigineux. Celui de Ford et Tench, les deux agents si différents dont le quotidien est de côtoyer les pires monstres de l’histoire récente avant de rentrer faire un bécot à leurs compagnes. Ils sont formidables, Jonathan Groff et Holt McCanally, deux acteurs aux styles radicalement opposés : l’un éthéré, délicat et si perméable aux horreurs qu’il approche au plus près, l’autre solide, massif et terrien. Une grande trouvaille, que d’associer ces deux là.

David Fincher, comme il l’avait fait pour House of Cards, définit l’univers visuel de la série en réalisant lui-même les deux premiers épisodes. Il signe aussi les deux derniers de cette première saison, chef d’œuvre de tension, inconfortable au possible.

On sort haletant de cette ultime confrontation entre Ford et Kemper, conscient des limites de ce l’humain peut endurer. Mal à l’aise, mais on en redemande…

La Méthode Kominsky (The Kominsky Method), saison 1 – créée par Chuck Lorre – 2018

Posté : 14 février, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, LORRE Chuck, McCARTY-MILLER Beth, PETRIE Donald, TÉLÉVISION, TENNANT Andy | Pas de commentaires »

La Méthode Kominsky

42 ans : c’est le temps que Michael Douglas aura mis avant de renouer avec l’univers de la série télévisée. Depuis la fin des Rues de San Francisco, en 1976, il s’en est passé des choses. D’abord, je suis né, et ce n’est pas rien. Puis le fils de Kirk est devenu une grande star (peut-être la plus belle success story de l’histoire des fils de), enchaînant Oscar (pour Wall Street en 1988), grands rôles sulfureux (Basic Instinct en 1992), et grands rôles tout court (The Game en 1997).

Et puis badaboum, comme disait Bébel. Après une superbe année 2000 (Wonder Boys et Traffic, deux films formidables), Michael Douglas enchaîne les mauvais choix et les nanars indignes de son talent. Le jeune public le découvre dans un petit rôle récurrent des Ant-Man (ça doit bien payer), ses fans de la première heure pleurent. Le voir revenir dans une série télé n’annonçait d’ailleurs rien de bon, et ressemblait furieusement à un plan de fin de carrière, histoire de glisser tranquillement jusqu’à la retraite.

Surprise : La Méthode Kominsky donne l’impression de redécouvrir totalement Michael Douglas, que l’on n’avait jamais vu avec un tel sens de l’autodérision. Première surprise : c’est une comédie que choisit Douglas, et une comédie qui non seulement ne fait pas l’impasse sur son âge (75 ans), mais en fait le sujet central du show. Il y est un ancien acteur à succès devenu coach reconnu pour acteurs débutants, mais que plus personne ne veut faire jouer.

Mieux : cet acteur à qui une poignée de rôles marquants ont collé une image très sexuelle joue un séducteur (un queutard ?) vieillissant qui réalise que son pouvoir sur les femmes est de moins en moins évident, et dont la vessie lui pose des problèmes réguliers. D’où une scène assez irrésistible avec le vieux comparse de toujours de Douglas, Danny De Vito.

Rien de révolutionnaire, certes : La Méthode Kominsky n’invente rien dans le domaine, et son irrévérence reste toujours polie. Mais la série repose sur un tandem franchement réjouissant : Douglas, donc, et son vieil agent joué par Alan Arkin, nouveau veuf acariâtre et mal aimable. Les deux hommes sont radicalement différents, avec des envies, des habitudes et des goûts souvent opposés, mais ils s’aiment d’une amitié simple et sincère.

Entre eux deux, il se passe ce genre de chose qui donne juste envie de suivre leurs parcours le plus longtemps possible. Chouette comédie.

Peaky Blinders (id.) – saison 4 – créée par Steven Knight – 2017

Posté : 29 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, CAFFREY David, KNIGHT Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 4

Un premier épisode un peu en creux, qui règle un peu facilement le cliffhanger énorme de la saison précédente et qui s’achève par une tuerie glaçante… Un deuxième épisode qui commence par une séquence d’anthologie qui rappelle toutes les qualités de la série : la stylisation des images, le rythme, l’émotion, musique (en l’occurrence le Mercy Seat crépusculaire de Nick Cave).

La première heure résume finalement assez bien cette saison 4, pleine de moments de bravoure à couper le souffle, mais aussi un peu en retrait par rapport aux précédentes. Parce que, malgré les nombreux rebondissements, cette saison-là est, de loin, la plus simple, se limitant en grande partie à une histoire de vengeance, et à l’affrontement sanglant de deux familles.

D’un côté, les Peaky Blinders donc, avec des guerres internes qui font long feu. Et de l’autre, la mafia italienne qui débarque des Etats-Unis derrière un Adrian Brody insupportable à force de se la péter Brando/De Niro. C’est LE gros point faible de cette saison, tant son cabotinage est grotesque.

Les scènes qui l’opposent à Cillian Murphy (d’une intensité toujours impressionnante) ou même à Tom Hardy (qui en fait beaucoup aussi, mais en créant un vrai personnage, assez génial) sont presque gênantes pour lui… Heureusement, la plupart de ses apparitions débouchent sur des gunfights. Et dans le domaine, la série tient toutes ses promesses, avec une utilisation particulièrement efficace des décors (naturels ou urbains).

Réjouissante dans l’action, la série renoue aussi avec le cynisme de son ADN, dans sa manière d’aborder le contexte de l’histoire : les mouvements sociaux des travailleurs dans le Birmingham de 1926. Le nouveau personnage le plus intéressant est d’ailleurs celui d’une jeune syndicaliste déterminée (les rôles de femmes sont décidément très réussi dans Peaky Blinders). Un peu en retrait, hélas. Mais la conclusion de cette saison, cynique à souhait, ouvre bien des perspectives…

Top of the Lake : China Girl (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2017

Posté : 4 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, KLEIMAN Ariel, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake China Girl

Pour la deuxième saison de sa superbe série, Jane Campion choisit de tout changer, ou presque. Nouveau décor : à la nature de Nouvelle-Zélange succède la ville d’Australie. Nouveaux personnages : à l’exception de Robin Griffin, la magnifique héroïne interprétée par Elisabeth Moss, uniquement des nouveaux venus, à une apparition près. Nouvelle enquête, là aussi radicalement différent.

Que reste-t-il alors de l’atmosphère fascinante de la série, alors ? Eh bien tout, curieusement. Même avec des parti-pris très différents, même en faisant à peu près table rase de ce qu’on avait appris à adoré, Top of the Lake garde ce mystère et cet envoûtement qui font sa beauté. Cette saison 2 n’est pas le prolongement de la première, mais elle en a la même ambition, la même intensité, et la même réussite.

La même radicalité, aussi. Plus encore que la première saison, China Girl aborde le thème de la paternité, et de la place de la femme dans la société, et dans la famille. Mais elle le fait avec une audace folle, et une approche totalement décomplexée. Car l’enquête, a priori classique, sur la disparition d’une jeune prostituée, se transforme très rapidement en une quête intime pour Robin, qui se résume bientôt à un cercle pseudo-familial aussi improbable que bouleversant.

Le mouvement qui habite cette deuxième saison se résume assez bien lors d’une longue séquence d’une intensité folle, dans l’avant-dernier épisode, où tous les rapports entre les membres de ce cercle familial semblent mis à mal, les uns après les autres, dans un enchaînement infernal, chacun se retrouvant totalement seul : Robin, sa fille naturelle avec qui elle a enfin pu tisser des liens, les parents adoptifs de cette dernière, et même le maquereau manipulateur dont la jeune fille s’est éprise.

Dans cette deuxième saison, Jane Campion souffle le chaud et le froid, la douleur extrême n’étant jamais dénuée d’une lueur d’espoir, si faible soit-elle. A l’inverse, le personnage plutôt amusant de la fliquette à la taille démesurée révèle peu à peu une profondeur et une noirceur extrêmes. D’une manière générale, les personnages sont d’ailleurs tous passionnants, et totalement inattendus.

Cette alternance de moments très sombres avec quelques sursauts plus léger, cette manière de passer de longs passages lents et introspectifs à d’autres plus angoissants, voire carrément flippants… Tout ça renforce l’intensité de cette série décidément magnifique. La prestation d’Elisabeth Moss, impeccable dans tous les registres, n’y est pas pour rien.

Top of the Lake (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2013

Posté : 15 octobre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, DAVIS Garth, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake

Envoûtant, visuellement splendide, lent et tendu, cette mini-série est une superbe réussite, qui porte clairement la marque de Jane Campion, sa créatrice, et la réalisatrice de la moitié des épisodes. On y retrouve tous les thèmes chers à la cinéaste : l’homme (et la femme) dans la nature, la place de la femme dans la société, le poids de la maternité (et de la paternité)…

Jane Campion l’a d’ailleurs elle-même, et cela se sent : elle a pensé Top of the Lake comme un long film de six heures, divisé en six chapitres, plutôt que comme une série de six épisodes. Et c’est vrai qu’elle trouve le compromis parfait entre les codes de la série télé, avec d’un côté sa cohérence et son long mouvement unique, et de l’autre ses rebondissements qui ne donnent qu’une envie : enchaîner les six épisodes.

Parce que la réalisatrice n’oublie jamais non plus que Top of the Lake est un thriller. Même si son récit prend bien des chemins de traverse, jamais elle ne perd de vue l’enjeu de cette intrigue : retrouver une adolescente qui a disparu dans cette nature aussi belle que dangereuse de Nouvelle Zélande.

Il y a quelque chose de Twin Peaks dans l’idée même de Top of the Lake. Même si cette dernière est nettement plus ancrée, la série commence par l’arrivée d’un enquêteur dans une micro-société, où le drame va révéler bien des secrets cachés. Et quel microcosme : une région comme coupée du monde où la notion même de famille dépasse tous les codes habituels, et où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher.

Y compris l’enquêtrice d’ailleurs, Robin, magnifique rôle de femme brisée, qui aurait pu être simplement passionnant. Elisabeth Moss lui donne quelque chose en plus : un mélange de force et de fragilité à peu près unique, parce que ces deux pans de sa personnalité sont également puissants. Un personnage fascinant et bouleversant, dont la présence souvent peu bavarde apporte toujours quelque chose d’inattendu.

Le reste de la distribution est parfait aussi, de Holly Hunter en gourou au bout du rouleau, à Peter Mullan, en inquiétant patriarche. Deux personnages qui, eux aussi, déjouent constamment toutes les idées reçues et toutes les attentes, capables d’être touchants dans l’horreur, ou abjects dans la souffrance.

Tendu, fascinant, bouleversant, surprenant, Top of the Lake est une réussite majeure. Et ELisabeth Moss une découverte qui l’est tout autant…

Nuits de Chine (Don’t drink the water) – de Woody Allen – 1994

Posté : 4 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Don't drink the water

« Yes it’s a crise, but so far it is our own private crise. »

Entre Coups de feu sur Broadway et Maudite Aphrodite, Woody Allen s’offre une sorte de récréation, un petit extra qui vient s’ajouter à sa production annuelle : ce téléfilm adapté de l’une de ses pièces à succès, qui avait d’ailleurs déjà été portée à l’écran en 1969, avec Jackie Gleason dans le rôle principal. Comme si, vingt-cinq ans plus tard, il avait voulu se réapproprier son œuvre.

« I wasn’t undecided, I just couldn’t make a decision. »

Bon, il le fait quand même sans trop se fouler. Ce téléfilm plein de folie est certes souvent très drôle et mené à un rythme d’enfer, mais il n’a pas l’élégance des productions habituelles d’Allen. Une réalisation un peu plan plan qui cantonne ce Don’t drink the water à son statut de sympathique curiosité.

« My daughter Susan… She was a cesarian. »

Woody Allen y interprète lui-même le rôle d’un touriste américain obligé de se réfugier avec sa famille dans l’ambassade à Moscou, les services secrets russes le prenant pour un espion après qu’il a photographié des monuments de la capitale. C’est que l’action se déroule dans les années 60, en pleine guerre froide (étonnant d’ailleurs que Crisis in six scenes, l’autre incursion de Woody Allen sur le petit écran, se déroule à la même époque).

« How could he be not romantic ? He’s a skin doctor. »

On ne sort qu’à de très rares occasions de cette ambassade, héritage théâtral oblige. Et les personnages y défilent, tous plus dingues les uns que les autres. Parmi eux : un apprenti magicien (Dom De Luise, en roue libre et un peu fatiguant) coincé là depuis six ans. En l’absence de son père, c’est le fils de l’ambassadeur qui tente maladroitement de canaliser toute cette énergie. Il est interprété par un Michael J. Fox très à son aise dans cet univers allenien.

« Why do you have to pick up strange objects ? – That’s how we met. »

Comme toujours chez Woody Allen, les répliques fusent, et font souvent mouches. C’est un peu vain sans doute, c’est très mineur pour sûr, mais ça se voit avec un vrai plaisir, comme un petit bonus dans la filmographie du grand Woody.

« I’m married, I’m not an escaper. »

Crisis in six scenes (id.) – de Woody Allen – 2016

Posté : 29 mars, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Crisis in six scenes

C’était l’époque où tout allait bien entre Woody Allen et Amazon. Une époque lointaine : 2016, alors que tout souriait au jeune octogénaire, qui enchaînait les réussites (artistiques et commerciales) à son rythme immuable d’un film par an. Cette année-là, le cinéaste entame une collaboration qui s’annonce fructueuse avec la plateforme, qui distribue son Café Society et le convainc de réaliser pour elle sa première série télé.

Un projet forcément excitant, pour lequel Woody Allen a toute liberté de faire ce qu’il veut. Le résultat est du pur Woody Allen, mais laisse quelque peu dubitatif. A vrai dire, Crisis in six scenes a tout du rendez-vous manqué, ou de la fausse bonne idée. Une série ? Ce projet en a vaguement la forme : six épisodes (d’une bonne vingtaine de minutes chacun), avec à chaque fois une dernière image ou une dernière réplique qui fait timidement office de cliffhanger…

Visiblement pas passionné par ce nouveau langage que représente pour lui la série télé, avec toutes les opportunités que cela peut lui offrir, Woody Allen fait ce qu’il fait depuis des décennies, et comme il l’aurait fait pour le cinéma, si ce n’est qu’il s’agit d’une œuvre de commande… et du plus long de ses longs métrages, avec ses quelques 2h15 pas si bien remplies que ça, et surtout pas si originales que ça.

On l’attendait en liberté, on l’espérait en mode expérimental, et voilà qu’on le trouve en terrain connu et archi-balisé. Woody Allen lui-même, donc, en écrivain raté, casanier et hypocondriaque, dont la vie bien ordonnée va être bouleversée par l’arrivée d’une jeune révolutionnaire recherchée par la police (Miley Cyrus): la jeune femme va révéler les personnalités cachées de son épouse (Elaine May, très bien), sexologue pour couples en crises avec une tendance fort prononcée pour le vin blanc, et leur protégé, fils de bonne famille destiné à une carrière dans la finance.

Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se déroule durant les années 60, une époque de grande turbulence aux Etats-Unis. Confronter le personnage si familier et si immuable de Woody Allen à ces bouleversements qui affectent directement sa routine (jusqu’à une dernière séquence bordélique et réjouissante) est la meilleure idée du film. Pardon, de la série.

C’est un Woody Allen sans grande surprise, donc, qui rappelle par bien des aspects ses films les plus paresseux des années 90. Mais même en mode mineur, on retrouve l’élégance de sa mise en scène et son sens du dialogue tout de même génial : « We can build on guacamole », lance ainsi Elaine May à un couple que rien ou presque ne rapproche… Et puis Woody n’avait plus tenu le rôle principal d’un de ses films depuis près de quinze ans (Hollywood Ending). Et vu ses problèmes actuels, ce pourrait bien être son dernier rôle…

Les Enquêtes de l’inspecteur Wallander : le guerrier solitaire (Wallander : Sidetracked) – de Philip Martin – 2008

Posté : 25 février, 2019 @ 8:00 dans * Polars européens, 2000-2009, MARTIN Philip, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Les Enquêtes de l'inspecteur Wallander le guerrier solitaire

Ça m’a pris comme ça, après avoir lu l’excellent roman de Mankell : l’envie de voir si ce téléfilm était fidèle à l’œuvre originelle. Alors ? Oui et non. Et nous voilà bien avancés…

On reprend donc l’intrigue imaginée par le romancier suédois, ces meurtres successifs commis à coups de petite hachette, sans liens apparents entre les victimes. La scène d’ouverture aussi : le héros Kurt Wallander qui insiste impuissant au suicide d’une très jeune fille qui s’immole par le jeu dans un vaste champ de colza. Et on n’hésite pas à prendre d’importantes libertés avec la conclusion. C’est pas dramatique, mais c’est dommage.

Peu importe, en fait. Visuellement, c’est propre et assez terne, loin en tout cas du pouvoir d’évocation de Mankell. Bref, ce n’est pas déshonorant, pas plus que ça ne rend vraiment hommage au roman. Mais il y a Kenneth Branagh, lourdement fatigué, qui est la raison d’être de ce téléfilm, premier épisode d’une série qui durera quatre saisons (au rythme de trois épisodes par an), et au cours de laquelle Branagh excellera.

La tristesse et la douleur lui vont parfaitement bien. Tant mieux : c’est lui, avec son pas fatigué, sa carcasse qu’il semble avoir un mal fou à bouger, son regard douloureux, sa sensibilité à fleur de peau, qui donne le ton et le rythme du film. Sa première raison d’être, oui.

Peaky Blinders (id.) – saison 3 – créée par Steven Knight – 2016

Posté : 18 février, 2019 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, KNIGHT Steven, MIELANTS Tim, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 3

Sauvé de la mort in extremis par les hommes de Churchill, Thomas Shelby est désormais redevable envers l’homme fort d’Angleterre. Y compris le jour de son mariage tant attendu avec la belle Grace, la femme qu’il aime, l’unique personne capable de contenir sa rage. Mais la violence appelle la violence, et la tragédie guerre. Lorsqu’elle arrive, c’est tout un fragile équilibre qui explose.

Comme un fascinant fil rouge, le « Red Right Hand » de Nick Cave rythme une nouvelle fois cette ébouriffante troisième saison, tantôt envoûtante, tantôt rageuse, tantôt éthérée. L’utilisation de cette chanson, et d’autres, reste l’une des grandes particularités de la série de Steven Knight, la première sans doute à utiliser le « Lazarus » de David Bowie et le « You want it darker » de Leonard Cohen, deux chansons marquées par la mort.

C’est dire si la mort est omniprésente dans cette saison, qui marque le basculement de la famille Shelby, et la fin d’une époque. La violence est rare, elle n’en est que plus percutant et traumatisante. L’esthétisme fascinant de la série n’enlève strictement rien au poids de cette violence, qui est plus que jamais le sujet du show : la violence et ses conséquences, au cœur de tous les drames qui se nouent.

Dans le rôle de Thomas, le chef de la famille Shelby, Cilian Murphy est d’une intensité rare. Cette troisième saison lui donne la possibilité de donner toute l’étendue de son talent, son personnage passant par à peu près tous les états inimaginables, de la paix intérieure à la douleur la plus vive en passant par la folie, la rage et le cynisme. Un personnage tiraillé par ses démons, dont on ne peut qu’imaginer tout ce qu’il peut encore donner à la série.

Le personnage de son frère Arthur est tout aussi passionnant, homme de main rongé par ses péchés, qui lutte contre ses démons, mais que sa fureur mal renfermée rattrape sans cesse. Comme la tante Polly, femme forte et fière, rattrapée par ses désirs de femme et de mère, en rupture avec la violence dans laquelle s’est enfermée la famille Shelby. Deux personnages magnifiques, portés par deux acteurs particulièrement habités, Helen McCrory et Paul Anderson.

Peaky Blinders dresse une peinture sans concession de l’Angleterre des années 20 avec ses politiciens véreux et ses hommes d’église peu fréquentables. La série de Steven Knight, visuellement magnifique, et totalement addictive, continue son sans-faute. Vivement la suite.

* Voir aussi la saison 1 et la saison 2.

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