Play it again, Sam

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Klaus (id.) – de Sergio Pablos – 2019

Posté : 24 février, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, PABLOS Sergio | Pas de commentaires »

Klaus

Que voilà un dessin animé enthousiasmant ! Première réalisation de l’Espagnol Sergio Pablos, premier long métrage d’animation produit par Netflix. Bref, rien ne présageait une telle réussite, et un film si original.

Cette histoire d’un jeune héritier trop gâté qui se retrouve coincé dans une petite ville perdue au fin-fond du Grand Nord, dans une communauté divisée par une vieille querelle ancestrale, n’est pas en soi révolutionnaire. C’est l’éternelle histoire de rédemption et de découverte des sentiments les plus purs, dans les conditions les plus extrêmes.

Mais Sergio Pablos fait le choix d’une animation traditionnelle aux éclairages soignés, et d’un trait de dessin dynamique et moderne, avec des décors aussi simples que spectaculaires. Autant de choix esthétiques qui donnent au film une couleur très originale et très séduisante.

Il y a aussi un humour ravageur, beaucoup d’émotion, un rythme impeccable, et une pointe de méchanceté bienvenue. Surtout, il y a un scénario assez formidable, qui raconte quand même la naissance du Père Noël : comment le mythe est né, comment les rênes ont été choisis, et comment il est devenu universel, dans une vibrante ode à l’ouverture et aux différentes cultures.

C’est drôle, c’est surprenant, c’est intelligent, et c’est même profond. Ce blog ne se fait pas vraiment une spécialité du cinéma d’animation, mais ce Klaus s’installe tranquillement dans le haut du panier.

Vic le Viking (Vic the Viking and the Magic Sword) – d’Eric Cazes – 2019

Posté : 17 février, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, CAZES Eric, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Vic le Viking

Le fils d’un chef viking désespère de voir son père enfin reconnaître ses vrais qualités… Cette adaptation en long métrage d’une série animée qui a bercé l’enfance des quadras d’aujourd’hui est une jolie réussite, sans prétention et sans excès de quoi que ce soit. Juste une belle histoire de transmission, sur l’éternel sujet du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Beaucoup d’humour, beaucoup de rebondissements, quelques effets saisissants (la belle scène du bateau surfant entre deux eaux), et une réappropriation maligne du mythe de Odin et de ses fils ennemis, dont Thor, qu’on a plutôt plaisir à retrouver avec son marteau, mais sans les Avengers.

Bref, du cinéma d’animation très recommandable pour les fêtes de fin d’année. Pas du cinéma d’auteur, mais pas de la grosse guimauve abêtissante non plus.

La Méthode Kominsky (The Kominsky Method), saison 1 – créée par Chuck Lorre – 2018

Posté : 14 février, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, LORRE Chuck, McCARTY-MILLER Beth, PETRIE Donald, TÉLÉVISION, TENNANT Andy | Pas de commentaires »

La Méthode Kominsky

42 ans : c’est le temps que Michael Douglas aura mis avant de renouer avec l’univers de la série télévisée. Depuis la fin des Rues de San Francisco, en 1976, il s’en est passé des choses. D’abord, je suis né, et ce n’est pas rien. Puis le fils de Kirk est devenu une grande star (peut-être la plus belle success story de l’histoire des fils de), enchaînant Oscar (pour Wall Street en 1988), grands rôles sulfureux (Basic Instinct en 1992), et grands rôles tout court (The Game en 1997).

Et puis badaboum, comme disait Bébel. Après une superbe année 2000 (Wonder Boys et Traffic, deux films formidables), Michael Douglas enchaîne les mauvais choix et les nanars indignes de son talent. Le jeune public le découvre dans un petit rôle récurrent des Ant-Man (ça doit bien payer), ses fans de la première heure pleurent. Le voir revenir dans une série télé n’annonçait d’ailleurs rien de bon, et ressemblait furieusement à un plan de fin de carrière, histoire de glisser tranquillement jusqu’à la retraite.

Surprise : La Méthode Kominsky donne l’impression de redécouvrir totalement Michael Douglas, que l’on n’avait jamais vu avec un tel sens de l’autodérision. Première surprise : c’est une comédie que choisit Douglas, et une comédie qui non seulement ne fait pas l’impasse sur son âge (75 ans), mais en fait le sujet central du show. Il y est un ancien acteur à succès devenu coach reconnu pour acteurs débutants, mais que plus personne ne veut faire jouer.

Mieux : cet acteur à qui une poignée de rôles marquants ont collé une image très sexuelle joue un séducteur (un queutard ?) vieillissant qui réalise que son pouvoir sur les femmes est de moins en moins évident, et dont la vessie lui pose des problèmes réguliers. D’où une scène assez irrésistible avec le vieux comparse de toujours de Douglas, Danny De Vito.

Rien de révolutionnaire, certes : La Méthode Kominsky n’invente rien dans le domaine, et son irrévérence reste toujours polie. Mais la série repose sur un tandem franchement réjouissant : Douglas, donc, et son vieil agent joué par Alan Arkin, nouveau veuf acariâtre et mal aimable. Les deux hommes sont radicalement différents, avec des envies, des habitudes et des goûts souvent opposés, mais ils s’aiment d’une amitié simple et sincère.

Entre eux deux, il se passe ce genre de chose qui donne juste envie de suivre leurs parcours le plus longtemps possible. Chouette comédie.

Peaky Blinders (id.) – saison 4 – créée par Steven Knight – 2017

Posté : 29 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Polars européens, 2010-2019, CAFFREY David, KNIGHT Steven, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Peaky Blinders saison 4

Un premier épisode un peu en creux, qui règle un peu facilement le cliffhanger énorme de la saison précédente et qui s’achève par une tuerie glaçante… Un deuxième épisode qui commence par une séquence d’anthologie qui rappelle toutes les qualités de la série : la stylisation des images, le rythme, l’émotion, musique (en l’occurrence le Mercy Seat crépusculaire de Nick Cave).

La première heure résume finalement assez bien cette saison 4, pleine de moments de bravoure à couper le souffle, mais aussi un peu en retrait par rapport aux précédentes. Parce que, malgré les nombreux rebondissements, cette saison-là est, de loin, la plus simple, se limitant en grande partie à une histoire de vengeance, et à l’affrontement sanglant de deux familles.

D’un côté, les Peaky Blinders donc, avec des guerres internes qui font long feu. Et de l’autre, la mafia italienne qui débarque des Etats-Unis derrière un Adrian Brody insupportable à force de se la péter Brando/De Niro. C’est LE gros point faible de cette saison, tant son cabotinage est grotesque.

Les scènes qui l’opposent à Cillian Murphy (d’une intensité toujours impressionnante) ou même à Tom Hardy (qui en fait beaucoup aussi, mais en créant un vrai personnage, assez génial) sont presque gênantes pour lui… Heureusement, la plupart de ses apparitions débouchent sur des gunfights. Et dans le domaine, la série tient toutes ses promesses, avec une utilisation particulièrement efficace des décors (naturels ou urbains).

Réjouissante dans l’action, la série renoue aussi avec le cynisme de son ADN, dans sa manière d’aborder le contexte de l’histoire : les mouvements sociaux des travailleurs dans le Birmingham de 1926. Le nouveau personnage le plus intéressant est d’ailleurs celui d’une jeune syndicaliste déterminée (les rôles de femmes sont décidément très réussi dans Peaky Blinders). Un peu en retrait, hélas. Mais la conclusion de cette saison, cynique à souhait, ouvre bien des perspectives…

Shaun le mouton : la ferme contre-attaque (A Shaun the Sheep Movie : Farmageddon) – de Will Becher et Richard Phelan -2019

Posté : 18 janvier, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, BECHER Will, DESSINS ANIMÉS, PHELAN Richard | Pas de commentaires »

Shaun le mouton la ferme contre-attaque

Ça sent la mauvaise idée à plein nez : pour son deuxième long métrage, Shaun le mouton, le personnage en pâte à modeler, s’offre une rencontre avec un extraterrestre. Loin, donc, des aventures plus terre-à-terre auxquelles il était habitué dans la série télé qui lui était consacrée.

On retrouve tout de même l’esprit de Nick Park, cet humour anglais qui avait fait le succès de Wallace et Gromit. Mais dilué dans une avalanche de références aux grands (ou moins grands) films de science fiction, qui ont le mérite d’occuper le papa qui sans ça aurait tendance à s’ennuyer un peu.

D’ailleurs, le film est un remake qui ne dit pas son nom de E.T. : même histoire d’un alien paumé sur terre qui veut « phone home » pour retrouver les siens, même scène de rencontre dans la grange, même apparition inquiétante des agents du gouvernement, même volonté de donner un faciès trop mignon à l’extraterrestre…

A part ça, on a droit aux clins d’œil les plus attendus (le plan de la lune de E.T., la musique d’X-Files et celle de Rencontre du 3e type), et d’autres plus surprenants : le « transformer » qui grimpe une tour comme King Kong avant lui (bof), le toast qui sort comme se dressait le monolyte de 2001 (réjouissant). Et beaucoup, beaucoup d’autres.

Mais c’est quand il se défait de cette volonté de citer les anciens que ce Shaun le mouton est le plus réussi. Le gag initial des frites, ou le concours de conneries des moutons dans la ferme… On retrouve là l’ADN du studio Ardman, un peu brièvement hélas.

Top of the Lake : China Girl (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2017

Posté : 4 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, KLEIMAN Ariel, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake China Girl

Pour la deuxième saison de sa superbe série, Jane Campion choisit de tout changer, ou presque. Nouveau décor : à la nature de Nouvelle-Zélange succède la ville d’Australie. Nouveaux personnages : à l’exception de Robin Griffin, la magnifique héroïne interprétée par Elisabeth Moss, uniquement des nouveaux venus, à une apparition près. Nouvelle enquête, là aussi radicalement différent.

Que reste-t-il alors de l’atmosphère fascinante de la série, alors ? Eh bien tout, curieusement. Même avec des parti-pris très différents, même en faisant à peu près table rase de ce qu’on avait appris à adoré, Top of the Lake garde ce mystère et cet envoûtement qui font sa beauté. Cette saison 2 n’est pas le prolongement de la première, mais elle en a la même ambition, la même intensité, et la même réussite.

La même radicalité, aussi. Plus encore que la première saison, China Girl aborde le thème de la paternité, et de la place de la femme dans la société, et dans la famille. Mais elle le fait avec une audace folle, et une approche totalement décomplexée. Car l’enquête, a priori classique, sur la disparition d’une jeune prostituée, se transforme très rapidement en une quête intime pour Robin, qui se résume bientôt à un cercle pseudo-familial aussi improbable que bouleversant.

Le mouvement qui habite cette deuxième saison se résume assez bien lors d’une longue séquence d’une intensité folle, dans l’avant-dernier épisode, où tous les rapports entre les membres de ce cercle familial semblent mis à mal, les uns après les autres, dans un enchaînement infernal, chacun se retrouvant totalement seul : Robin, sa fille naturelle avec qui elle a enfin pu tisser des liens, les parents adoptifs de cette dernière, et même le maquereau manipulateur dont la jeune fille s’est éprise.

Dans cette deuxième saison, Jane Campion souffle le chaud et le froid, la douleur extrême n’étant jamais dénuée d’une lueur d’espoir, si faible soit-elle. A l’inverse, le personnage plutôt amusant de la fliquette à la taille démesurée révèle peu à peu une profondeur et une noirceur extrêmes. D’une manière générale, les personnages sont d’ailleurs tous passionnants, et totalement inattendus.

Cette alternance de moments très sombres avec quelques sursauts plus léger, cette manière de passer de longs passages lents et introspectifs à d’autres plus angoissants, voire carrément flippants… Tout ça renforce l’intensité de cette série décidément magnifique. La prestation d’Elisabeth Moss, impeccable dans tous les registres, n’y est pas pour rien.

Top of the Lake (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2013

Posté : 15 octobre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, DAVIS Garth, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake

Envoûtant, visuellement splendide, lent et tendu, cette mini-série est une superbe réussite, qui porte clairement la marque de Jane Campion, sa créatrice, et la réalisatrice de la moitié des épisodes. On y retrouve tous les thèmes chers à la cinéaste : l’homme (et la femme) dans la nature, la place de la femme dans la société, le poids de la maternité (et de la paternité)…

Jane Campion l’a d’ailleurs elle-même, et cela se sent : elle a pensé Top of the Lake comme un long film de six heures, divisé en six chapitres, plutôt que comme une série de six épisodes. Et c’est vrai qu’elle trouve le compromis parfait entre les codes de la série télé, avec d’un côté sa cohérence et son long mouvement unique, et de l’autre ses rebondissements qui ne donnent qu’une envie : enchaîner les six épisodes.

Parce que la réalisatrice n’oublie jamais non plus que Top of the Lake est un thriller. Même si son récit prend bien des chemins de traverse, jamais elle ne perd de vue l’enjeu de cette intrigue : retrouver une adolescente qui a disparu dans cette nature aussi belle que dangereuse de Nouvelle Zélande.

Il y a quelque chose de Twin Peaks dans l’idée même de Top of the Lake. Même si cette dernière est nettement plus ancrée, la série commence par l’arrivée d’un enquêteur dans une micro-société, où le drame va révéler bien des secrets cachés. Et quel microcosme : une région comme coupée du monde où la notion même de famille dépasse tous les codes habituels, et où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher.

Y compris l’enquêtrice d’ailleurs, Robin, magnifique rôle de femme brisée, qui aurait pu être simplement passionnant. Elisabeth Moss lui donne quelque chose en plus : un mélange de force et de fragilité à peu près unique, parce que ces deux pans de sa personnalité sont également puissants. Un personnage fascinant et bouleversant, dont la présence souvent peu bavarde apporte toujours quelque chose d’inattendu.

Le reste de la distribution est parfait aussi, de Holly Hunter en gourou au bout du rouleau, à Peter Mullan, en inquiétant patriarche. Deux personnages qui, eux aussi, déjouent constamment toutes les idées reçues et toutes les attentes, capables d’être touchants dans l’horreur, ou abjects dans la souffrance.

Tendu, fascinant, bouleversant, surprenant, Top of the Lake est une réussite majeure. Et ELisabeth Moss une découverte qui l’est tout autant…

Ni juge, ni soumise – de Jean Libon et Yves Hinant – 2018

Posté : 18 juillet, 2019 @ 8:00 dans DOCUMENTAIRE, HINANT Yves, LIBON Jean | Pas de commentaires »

Ni juge, ni soumise

Incroyable personnage que cette juge d’instruction bruxelloise, choisie pour être « l’héroïne » du premier long métrage Strip Tease. Cinq ans après la déprogrammation de l’émission culte, c’est donc le cinéma qui permet de renouer avec cette manière si singulière de filmer « la vraie vie » : sans voix off, au plus près des gens, sans dramaturgie. Ou presque.

Pour tenir le long métrage, les auteurs ont tout de même choisi de suivre un fil rouge, une enquête vingt ans après autour du meurtre de deux prostituées, double-crime jamais résolu que la juge Anne Gruwez tente d’élucider grâce notamment aux nouvelles technologiques. Ce cold case permet de donner une direction au film, plutôt que de casser une pseudo monotonie qui pourrait s’installer.

L’essentiel du métrage repose quand même sur les « clients » qui se succèdent dans le bureau d’Anne Gruwez. Des cas lourds parfois, comme cet hallucinant témoignage d’une jeune mère qui explique avoir tué son enfant de 8 ans parce qu’il était le fils de Satan. Long moment absolument glaçant. C’est tout le système Strip Tease : donner la vie à voir telle qu’elle apparaît devant les caméras, sans filtre, sans pudeur non plus.

Dans cette démarche précise, le choix d’Anne Gruwez est formidable, parce que cette juge pas comme les autres, cette femme pas comme les autres, a une manière toute personnelle de refuser toute trace de politiquement correct. Parfois dure, occasionnellement odieuse, souvent touchante, toujours humaine… « J’avais un client qui habitait là, dit-elle lors d’une de ses traversées de Bruxelles en 2CV. Il était gentil comme tout, il avait tué sa femme… » Ou comment ne pas perdre de vue l’humanité de ceux qui, parfois, ont fait des choses inhumaines.

Mine de rien, le film donne aussi à voir un système judiciaire confronté à ses limites, à ses erreurs, et à une forme de bricolage constant. Le rôle même, tout puissant, du juge d’instruction, pose question. Mais le film se contente de filmer des moments de vie, sans creuser aucune de ces questions : ce n’est juste pas le sujet de Strip Tease. Cela dit, cela n’empêche pas les réalisateurs de conclure ce premier long par une réplique d’un flic qui en dit long : « On sait pas faire de miracles… »

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Posté : 20 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MARSHALL Rob | Pas de commentaires »

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

LIVRE : Frank Borzage, un romantique à Hollywood – d’Hervé Dumont – 1993/2013

Posté : 15 juin, 2019 @ 8:00 dans BORZAGE Frank, FARRELL Charles, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Frank Borzage un romantique à Hollywood

Voilà sans doute la meilleure façon de découvrir l’univers d’un cinéaste, de vraiment le découvrir : enchaîner en trois ou quatre mois 35 de ses films, tout en lisant un pavé de 1000 pages qui lui est consacré. Le voyage a en tout cas été passionnant, et je l’écris ici pour la postérité : Frank Borzage est un cinéaste immense, peut-être le plus grand de tous les grands cinéastes mésestimés.

Il y a bien longtemps que j’aime passionnément ses grands chefs d’œuvre muet avec le couple Janet Gaynor-Charles Farrel. Mais quelle découverte, quel voyage fascinant : ses débuts en tant qu’acteur puis réalisateur de petits westerns déjà très intéressants (The Pilgrim), ses premières œuvres personnelles (The Circle), son premier âge d’or (Seventh Hour), mais aussi le passage au parlant (They had to see Paris).

Et ces extraordinaires années 30, émaillée d’immenses chefs d’œuvre (Man’s Castle, Three Comrades), et d’une richesse inépuisable. Rien à jeter, ou presque, dans cette décennie, où même ses films considérés comme mineurs (Shipmates forever) recèlent des moments de pure magie, sans même compter tous les bijoux méconnus, trop vite oubliés (Living on velvet, Stranded, Big City…).

A vrai dire, sa carrière reste passionnante de bout en bout. Ses années 40 sont souvent méprisées ? A tort : même si les grands chefs d’œuvres sont plus rares, le plus romantique des cinéastes hollywoodiens a toujours ce don pour faire naître une émotion immense, et pour filmer l’intimité naissante entre ses personnages. Et quel directeur d’acteur, qui tire le meilleur de ses comédiens, de Deanna Durbin (His butler’s sister) à Van Heflin (Seven Sweetheart).

Bref, une mine inépuisable pour Hervé Dumont, qui signe l’ouvrage de référence sur Borzage. Moins une biographie à proprement parler qu’une étude détaillée de sa filmographie. Sans doute est-ce dû à la discrétion du cinéaste, Dumont ne s’attarde qu’à de rares occasions sur des épisodes personnelles de sa vie, ne livrant que très peu d’anecdotes. Trop peu à mon goût d’ailleurs : c’est uniquement à travers ses films qu’on découvre l’homme.

A une exception près quand même : Dumont s’intéresse longuement, très longuement, à l’appartenance de Borzage à la franc-maçonnerie, dont il fait le socle de toute la filmographie du cinéaste, en tout cas dans sa première moitié. Quitte à surinterpréter certains de ses films, sans doute.

Cela dit, le livre de Dumont est d’une grande précision sur le travail de Borzage, détaillant longuement les films majeurs du cinéaste (à tel point qu’il vaut mieux avoir vu les films, pour ne pas s’en gâcher le plaisir), balayant un peu trop vite certaines œuvres plus mineurs, en réhabilitant d’autres… Pas la plus intime des biographies, mais un livre important pour plonger dans l’œuvre si méconnue d’un si grand cinéaste.

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