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LIVRE : Martin Scorsese, mes plaisirs de cinéphile – collectif – 1998

Posté : 7 janvier, 2019 @ 8:00 dans LIVRES, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

LIVRE Martin Scorsese mes plaisirs de cinéphile

Un petit livre passionnant qui se picore ou se dévore, au choix, mais avec gourmandise : la même gourmandise avec laquelle Scorsese évoque son travail, ses collaborations ou ses plaisirs de cinéphile, pour reprendre le titre du livre. Un livre qui est en fait une sorte de compilation de textes et entretiens parus dans Les Cahiers du cinéma entre 1995 et 1998, essentiellement à l’époque de Casino et de son documentaire fleuve Voyage à travers le cinéma américain.

Scorsese sait parler de son cinéma mieux que la plupart des autres cinéastes. Il sait aussi parler du cinéma en général mieux que quiconque, avec une manière toute personnelle en tout cas, en mettant constamment ses expériences de spectateur en parallèle avec sa vie et son environnement. Ce pourrait être égocentré, mais c’est passionnant, parce que ça dit beaucoup de ses propres films, de ses propres recherches formelles et thématiques.

Scorsese évoque sa collaboration privilégiée avec DeNiro, film après film. Il rend hommage à d’autres grands noms du cinéma, à l’occasion de leur disparition ou de programmations qui leur sont dédiées : d’Ophüls à Hitchcock en passant par Orson Welles ou Abel Ferrara, ce qu’il dit de ces cinéastes éclaire toujours sa propre vision de cinéaste. La manière dont il met en parallèle James Stewart et Robert Mitchum, disparus à quelques jours d’intervalle, est également brillante.

Que les textes (écrits par Scorsese lui-même ou par d’autres, comme ce passionnant entretien sa monteuse Thelma Schoonmaker) parlent des films de Scorsese ou du cinéma qui l’a marqué, il y a toujours cette même capacité à évoquer des images nettes et des plaisirs de cinéphiles, qui reviennent page après page. L’art du réalisateur est abordée avec force et passion.

La place du cinéphile aussi, et c’est assez fascinant de voir tout ce qui a changé depuis une vingtaine d’années. En cette fin des années 90, Scorsese évoque longuement la difficulté de découvrir certains réalisateurs un peu oubliés comme Anthony Mann, Phil Karlson ou d’autres. En creux, ces constats disent beaucoup sur l’évolution récente de la cinéphilie, due notamment à l’explosion du DVD dans un premier temps. Les propos de Scorsese ne perdent pourtant rien de leur pouvoir évocateur. Et ce livre donne une furieuse envie de revoir tous ses films, et tant d’autres…

Astérix et le secret de la potion magique – de Alexandre Astier et Louis Clichy – 2018

Posté : 3 janvier, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, ASTIER Alexandre, CLICHY Louis, DESSINS ANIMÉS | Pas de commentaires »

Astérix Le Secret de la potion magique

Quatre ans après Le Domaine des Dieux, Alexandre Astier et Louis Clichy remettent ça, non pas avec l’adaptation d’une BD, mais avec une histoire originale voulue comme un hommage à l’esprit de Goscinny et Uderzo. Esprit que l’on retrouve effectivement, mâtiné comme le précédent long métrage de celui d’Astier, qui s’autocite avec gourmandise lorsque les quelques notes de Kaamelott retentissent dans les troupes des Romains.

Le film a les qualités et les défauts du précédent : la même manière de respecter l’esprit de la bande dessinée tout en l’ancrant dans l’époque actuelle, mais aussi un certain manque de folie, que la fin toute en excès, comme un clin d’œil au très mal aimé (et pour cause) album Le Ciel lui tombe sur la tête, ne permet pas d’oublier.

Le plus intéressant dans ce nouveau long métrage, c’est la volonté d’Astier d’évoquer un thème inattendu : celui du temps qui passe, du vieillissement, à travers l’histoire du druide Panoramix qui, se sentant diminué par l’âge, se cherche un successeur. Une manière d’inscrire le plus intemporel des héros de BD dans une réalité qui lui échappait jusqu’à présent.

Astier rompt aussi avec quelques habitudes très ancrées. Il féminise ainsi (un peu) cette tribu très patriarcal, en mettant notamment les femmes du village en première ligne face aux Romains. Homme de troupe, il écarte aussi longuement l’homme providentiel Astérix au profit d’une union forcée entre les Gaulois et les Romains face à un ennemi plus menaçant. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient…

Le Grinch (The Grinch) – de Yarrow Cheney et Scott Mosier – 2018

Posté : 26 décembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, CHENEY Yarrow, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MOSIER Scott | Pas de commentaires »

Le Grinch

En 2000, Jim Carrey avait incarné le Grinch dans une adaptation live de ce roman pour enfants du Dr Seuss. Avec une certaine folie et une méchanceté que l’on retrouve dans cette nouvelle adaptation, animée cette fois. Une adaptation que l’on doit au studio Illumination. Evidemment, aurais-je envie d’ajouter, tant le personnage rentre parfaitement dans le cahier des charges du studio depuis Moi, moche et méchant et Le Lorax.

Derrière chaque méchant se cache un cœur qui ne demande qu’à grossir et à s’exprimer. On se doute bien que cette morale redondante sera de nouveau illustrée avec ce Grinch version 2018. Et bien sûr, on n’est pas déçu. Il y a donc bien un côté répétitif un peu facile : comme le moche et méchant Gru, le Grinch s’attaque aux enfants (le premier crevait un ballon, le second détruit un bonhomme de neige), ne supporte pas la joie de vivre, et va fendre l’armure face à la bonté.

La méchanceté n’est que façade, mais elle est assez réjouissante. Les bons sentiments sont attendus, mais ils touchent leur cible. Et même si le film répond à tout ce qu’on peut attendre d’un film d’animation mainstream, ce Grinch là est une réussite, bourrée de gags irrésistibles et de trouvailles visuelles assez rigolotes (le vêtement vert qu’enfile le Grinch sur son corps vert).

C’est surtout le rythme qui fait mouche, cette manière d’enchaîner les gags à la manière d’un cartoon de l’âge d’or, avec des décors pleins de ressources (surtout la « grotte » du Grinch) et une utilisation réjouissante de la musique. La meilleure scène : celle où le Grinch tente désespérément d’échapper à une chorale de Noël dans des rues pleines de vie et de bonheur qui sont pour lui comme un décor de film d’horreur.

Le Kid (The Kid) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 12 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Kid

On a beau le connaître par cœur, anticiper le moindre plan, le moindre gag, le moindre mouvement même… Le Kid garde, vision après vision, la même puissance émotionnelle. Je me suis dit : cette fois, je ne vais pas verser ma larme quand les services sociaux vont venir chercher le gamin. Tu parles !

Est-ce le regard de Jackie Coogan ou celui de Chaplin lui-même ? Les deux sans doute. Et cette urgence désespérée que le style soudain endiablé insuffle, cette caméra qui devient mobile, cette soudaine profondeur de champ lors de la course poursuite sur les toits…

Un lyrisme inédit jusqu’à présent, qui vous emporte à tous les coups. Alors non, ce n’est pas une larme que j’ai versée, mais des torrents, comme toujours. Et comme toujours chez Chaplin, cette émotion si pure se termine sur un éclat de rire, les deux se mélangeant dans un seul mouvement magnifique.

Il y a quelque chose de magique dans le cinéma de Chaplin, qui fait passer tous les excès. L’excès de symbolique avec ce plan inutile de Jésus pour bien souligner que lorsqu’Edna Purviance abandonne son bébé, c’est comme si elle portait sa croix. L’excès d’imagination facile avec cette scène de rêve rigoureusement inutile. L’excès de maquillage même, avec les fausses barbes des voleurs au début, qui date immédiatement le film. Quelque chose de magique, donc, qui fait que jusqu’à ses défauts, tout contribue à la perfection du Kid.

En passant pour la première fois au (presque) long métrage, Chaplin ne perd rien de son intensité. Au contraire même : c’est comme si ce nouvel espace de liberté lui permettait de laisser libre court à son imagination débordante, et à son obsession pour la perfection. Tout semble couler de source dans Le Kid. Pourtant, le moindre gag repose sur des trésors d’imagination.

Prenons la première scène dans laquelle apparaît le vagabond par exemple : celle où il découvre le bébé et tente en vain de s’en débarrasser illico. Cette idée du double landau, et la manière dont le bébé revient systématiquement dans les mains de Charlot, est formidable. Plus tard, un gag plus simple relève carrément du génie : celui où Charlot flirte avec la femme du policier et ne réalise pas que la main qui le tient par l’épaule est celle de ce dernier.

Il y a aussi, et surtout, toutes les scènes avec Jackie Coogan, gamin découvert par Chaplin qui deviendra l’une des plus grandes stars de son époque. Et pour cause : il parvient non pas à voler la vedette à Chaplin, mais à former un vrai duo avec lui, cohérent et irrésistible. Les scènes de repas, celle du dortoir, ou encore celle des vitres brisées, sont autant de merveilles inoubliables.

Alfred Hitchcock présente : Haut les mains ! (Alfred Hitchcock presents : Bang ! You’re dead) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 6 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Bang you're dead

C’est le dernier épisode qu’Hitchcock réalise lui-même pour sa série (ou presque : il signera encore I saw the whole thing, moyen métrage tourné pour The Alfred Hitchcock Hour, le prolongement étendu d’Alfred Hitchcock présente), et cet ultime court métrage est un classique auquel il apporte un soin particulier.

Le casting n’est sans doute pas à la hauteur, et c’est finalement là (et dans la durée du métrage aussi) que se trouve la plus grande différence avec ses grandes réussites cinématographiques de l’époque. Bang ! You’re dead est en tout cas typique du style Hitchcock.

L’histoire est simple : un gamin trouve une arme qu’il prend pour un jouet, et se balade en ville en s’amusant à jouer au cow boy avec les passants. Suspense formidable et purement hitchcockien : le cinéaste filme l’insouciance des petites gens, le spectateur étant le seul à savoir la vérité.

C’est tendu à l’extrême, Hitchcock s’amuse à dilater le temps et enchaîne des scènes qui paraissent semblables (toujours basées sur la menace que représente l’arme), mais où des petits détails permettent pourtant de relancer constamment le suspense. Et tout ça se termine par une scène haletante parfaitement maîtrisée.

Evidemment, aurait-on envie d’ajouter. Hitchcock profite en tout cas de cet épisode pour s’engager clairement contre l’omniprésence des armes, ce qu’il confirme, sans ironie pour le coup, dans son message de conclusion. Et Hitchcock qui s’engage dans ses films, ce n’est pas si courant.

Alfred Hitchcock présente : Caracolade (Alfred Hitchcock presents : The Horse Player) – d’Alfred Hitchcock – 1961

Posté : 5 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Caracolade

Hitchcock a décidément envie d’autre chose, dans cette saison six. Le second épisode qu’il réalise cette année-là s’éloigne lui aussi des crimes qui tournent mal, au profit d’un récit plus ironique, comme dans Le Manteau.

Ici, pas d’adultère, mais un prêtre tiraillé entre sa conscience et la nécessité de réunir la somme nécessaire pour faire réparer le toit de son église, qui n’arrête plus la pluie. Ce qui donne d’ailleurs une scène d’ouverture visuellement très réussie, et franchement étonnante : une messe est donnée, le prêtre et ses fidèles sont tournés, et un rideau de pluie occupe le premier plan.

Le prêtre en question, c’est Claude Rains, très bien, qu’Hitchcock retrouve quinze ans après Les Enchaînés. Et le tiraillement, c’est la tentation d’écouter les conseils de l’une de ses ouailles, qui gagne régulièrement aux courses de chevaux, depuis qu’il a eu l’idée de prier (littéralement) pour le bon cheval.

Anecdotique, bien sûr, mais cet épisode est plein d’esprit, et bénéficie d’un rythme impeccable. Sans oublier l’incontournable rebondissement final, où Hitchcock glisse son inimitable cynisme réjoui.

Alfred Hitchcock présente : Le Manteau (Alfred Hitchcock presents : Mrs Bixby and the colonel’s coat) – d’Alfred Hitchcock – 1960

Posté : 4 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Alfred Hitchcock présente Le Manteau

Premier épisode de la sixième saison de la série, ce petit film basé sur une histoire de Roald Dahl est une perle. Point de crime à l’horizon, pour une fois, mais une ironie un rien cynique qui sied particulièrement à Hitchcock.

Un Hitchcock qui s’éclate visiblement : on le sent dès son introduction, simple et réjouissante, dans laquelle il fait déjà preuve de beaucoup d’ironie pour aborder la place incontournable du sponsor pour un tel show.

Son plaisir jubilatoire se ressent également dès la première image du court métrage lui-même : un gros plan sur une bouche ouverte dans laquelle un dentiste est au travail. La manière dont Hitchcock cadre ce plan, et cette fraiseuse plongée dans une bouche béante, se révèle presque aussi douloureuse que la fameuse scène de torture de Marathon Man !

Pourtant, les enjeux sont nettement moins dramatiques ici. Il est question d’adultère et de tromperie, rien de plus. Brillamment écrit, réalisé avec un merveilleux sens du cadre et du rythme, Le Manteau est l’une des réussites les plus oubliées de la série. Peut-être à cause de sa légèreté inattendue. Mais cette légèreté n’est peut-être pas si évidente…

Bon voyage – d’Alfred Hitchcock – 1944

Posté : 2 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, COURTS MÉTRAGES, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Bon voyage Hitchcock

Après Aventure malgache, Hitchcock continue son effort de guerre à Londres avec des comédiens français, et signe cette fois un authentique bijou. Comme son précédent court métrage, celui-ci est constitué de longs flash-backs. Mais la construction est ici plus linéaire, plus simple, donnant un suspense très efficace, superbement réalisé.

Visuellement et thématiquement, Bon voyage évoque les grandes réussites d’Hitchcock du début des années 40, Correspondant 17 ou Cinquième colonne. Ici aussi les dangers de la guerre son évoqués sous le prisme de l’espionnage et des faux-semblants. Et ici aussi, le cinéaste soigne particulièrement ses ambiances en jouant constamment sur l’obscurité, et les ombres profondes de décors très soignés.

La séquence de la cave est l’une des plus réussie, sans qu’il y ait pourtant rien d’ouvertement spectaculaire : une simple rencontre dans un lieu où un drame s’est joué, et dont Hitchcock parvient à nous faire ressentir instantanément la menace. En choisissant de ne jamais filmer les déplacements de ses personnages, prisonniers de guerre qui cherchent à quitter la France occupée, Hitchcock concentre son action sur une poignée de moments clés, laissant volontairement des blancs et autant d’interrogations et d’interprétations possibles.

Sombre et intense, Bon voyage est au final très éloigné de son « film jumeau », Aventure malgache, dont il est souvent indissociable. Toute trace de légèreté a disparu, et l’optimisme un peu naïf n’est plus de mise ici. Hitchcock nous offre même l’une des scènes de meurtre les plus marquantes de sa filmographie. Une scène pourtant simple, mais où le cinéaste diffère la mise à mort juste le temps de la rendre traumatisante : « Je ne vous ferais pas attendre, laissons seulement l’auto s’éloigner. » Déchirant.

Voyage à travers le cinéma français – de Bertrand Tavernier – 2016

Posté : 22 novembre, 2018 @ 8:00 dans 2010-2019, DOCUMENTAIRE, TAVERNIER Bertrand | Pas de commentaires »

Voyage à travers le cinéma français

Qu’on aime ou pas le cinéaste (et moi je l’aime), Bertrand Tavernier est l’un des plus grands amoureux du cinéma du monde. Un cinéphile acharné dont la passion et les connaissances encyclopédiques semblent sans fin, l’équivalent français d’un Martin Scorsese en quelque sorte.

La comparaison n’est pas choisie au hasard : jusque dans son titre, ce Voyage à travers le cinéma français est une déclinaison revendiquée du grand-œuvre cinéphile de Scorsese, réalisé dans les années 90, Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain. Dans ce long cheminement thématique au fil de ses souvenirs personnels de spectateur, Scorsese dessinait une histoire forcément très subjective du cinéma américain, celui qui l’a inspiré.

Tavernier va peut-être plus loin encore dans la subjectivité. Son film, qui évoque le cinéma français jusqu’au début des années 1970 (son parti pris est d’arrêter au moment où lui-même devient réalisateur), parle en fait autant de lui-même que du cinéma. Cet exercice, loin de tomber dans l’autocélébration, s’avère être un merveilleux révélateur de ce que les films peuvent avoir de plus beau.

Forcément, il y a des manques, des absences, des impasses, des choix contestables. En trois heures, impossible d’évoquer toutes la richesse de ce cinéma français si riche. Mais le choix du cœur fait mouche dès les premières secondes. Le film s’ouvre par une succession d’extraits, très courts, de L’Atalante, Casque d’Or, Le Jour se lève, Panique… Une poignée de plans, sans commentaire, dont la simple présence et l’agencement donnent d’emblée l’envie de tous les revoir.

C’est tout Tavernier, ça : une gourmandise communicative. Même s’il n’était pas un cinéaste passionnant, Tavernier serait tout de même un passeur exceptionnel qui parle mieux que quiconque de Jacques Becker, cinéaste majeur du cinéma français et de son propre panthéon. C’est à lui qu’il consacre la première partie de son film, racontant que, à 6 ans, son premier choc était un film policier qu’il a tardivement (25 ans plus tard) identifié comme étant un film de Becker (Dernier atout).

Ce premier choc, il n’en gardait que des images nettes, dont il a longtemps ignoré de quel film elles étaient tirées. En commençant son documentaire par ces images, et cette découverte tardive, Tavernier se met immédiatement dans la poche les cinéphiles qui ont connu ce genre de redécouverte, l’émotion immense de retrouver par hasard un film qui nous a marqué si profondément. Pour moi, ça a été Le Reptile, comme je l’évoquais dans ma chronique il n’y a pas si longtemps. Mais tous les films ont eu des chocs similaires.

Tavernier signe aussi une magnifique déclaration d’amour à Jean Gabin. Celui de l’avant-guerre bien sûr, qui enchaîna en cinq ans dix des plus grands films du cinéma français, mais aussi celui de l’après-guerre, qu’il réhabilite intelligemment et efficacement, démontrant que, jusqu’au bout, et malgré une tendance à s’entourer de réalisateurs et de techniciens avec lesquels il se sentait bien au risque de paraître pantouflard, Gabin a fait des films passionnants. Oui.

Pendant trois heures, Tavernier passe d’une personnalité à une autre au fil de ses souvenirs personnels, tirant un fil qui mène à un autre. On ne sera pas surpris d’y croiser Meville, que Tavernier a connu personnellement, assistant à ses engueulades avec Belmondo ou Ventura. Ou Godard. Ou Sautet.

Tavernier remet aussi dans la lumière des cinéastes plus oubliés comme Edmond T. Gréville. Plus surprenant, il déclare son admiration pour Eddie Constantine, ce qui donne aussi très envie de jeter un œil sur toute une partie du cinéma français qui, a priori, n’attire plus personne. Il évoque l’importance du producteur Georges de Beauregard. Ou celle du compositeur Maurice Jaubert, notamment pour la musique inoubliable de Quai des Brumes

Forcément, c’est frustrant à force d’être fragmentaire. Mais c’est aussi totalement réjouissant. Ce voyage là donne envie d’aimer les films, d’aimer ceux qui les ont faits, d’aimer Tavernier lui-même. Et de se plonger au plus vite dans la série documentaire qui prolonge et complète ce long métrage.

Nugget Jim’s pardner / The Calibre of Man (id.) – de Frank Borzage – 1916

Posté : 20 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1895-1919, BORZAGE Frank, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nugget Jim's Pardner

Ce Borzage précoce n’annonce pas vraiment les grands chefs d’œuvre du cinéaste. Loin de ses futurs sujets de prédilection, le cinéaste s’y construit un personnage de jeune insouciant qui affronte les péripéties de la vie sans se prendre la tête. C’est le moins que l’on puisse dire.

Comme souvent à ses débuts, Borzage est donc l’interprète principal de son film. Jeune héritier d’une grande famille de l’Est, noceur impénitent, il est mis à la porte de la maison familiale par son père. Sans le sou, il s’embarque comme passager clandestin dans un train qui le conduit dans l’Ouest encore sauvage, où il devient chercheur d’or au côté d’un mineur nommé Nugget Jim.

Ce personnage d’aventurier qui arrive dans une communauté où il n’a d’abord pas sa place, c’est en quelque sorte le double lumineux de celui qu’il jouait dans The Pilgrim, la même année. Ce dernier était taciturne et mal rasé ? Celui-ci est rasé de près et très ouvert, toujours souriant, s’invitant avec le plus grand naturel à la table d’un homme qui ne l’attendait pas.

C’est le meilleur moment du film : le regard incrédule de ce grand gaillard de Nugget Jim face au frêle et jeunot Frank Borzage qui se prépare une assiette avec gourmandise est assez irrésistible.

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