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Archive pour la catégorie 'LIVRES'

LIVRE : Mon tour du monde (A Comedian sees the world) – de Charles Chaplin – 1933-1934

Posté : 23 mars, 2018 @ 8:00 dans CHAPLIN Charles, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Mon tour du monde

En 1931, après avoir mis la dernière main aux Lumières de la Ville, Chaplin décide de s’accorder des vacances. A Londres d’abord, où il se livre à une sorte de pèlerinage sur les traces de sa jeunesse, comme il l’avait fait une première fois dix ans plus tôt. Puis à travers une Europe en crise, en Afrique du Nord, et en Asie. Son voyage durera près d’un an et demi, dont il raconte les moments les plus marquants dans ce livre, publié dès 1933-1934 en cinq épisodes, dans le magasine Woman’s Home Companion.

Plusieurs décennies avant sa belle autobiographie (qu’il me tarde de relire, du coup), Chaplin y révèle déjà un vrai talent d’écrivain. Il s’y livre aussi avec beaucoup de sensibilité, et une conscience fascinante de ce qu’il représente. Sans fausse modestie non plus : il y décrit les incroyables comités d’accueil qui l’attendent à peu près à chaque étape avec un joli mélange de gêne et de satisfaction, ne cachant même pas une certain surprise lorsque le comité est juste important, et pas démesuré !

Chaplin s’offre aussi quelques belles digressions sur son passé, ou sur sa découverte de la notoriété. Il émeut dans les premières pages avec le récit de cet amour de jeunesse dont il pensait retrouver la trace et dont il apprend qu’elle est morte. En quelques pages, ce mythe absolu révèle ses blessures, avec une pudeur extrême. L’émotion est alors immense, comme lorsqu’il raconte son retour dans cet orphelinat où il a passé deux années difficiles, mais qu’il retrouve avec un regard tendre et ému.

On sent que ce livre, comme ce voyage, est l’œuvre d’un homme qui a enchaîné les projets et les déconvenues amoureuses depuis dix ans, une star qui a besoin de se poser, de retrouver quelque chose de son identité profonde, de son humanité dans ce qu’elle a de plus simple, de l’enfant et du jeune homme qu’il fut en d’autres temps. Le lien qu’il a avec son enfance pourtant si difficile est centrale, dans la première partie du livre.

Au cours de son voyage, Chaplin rencontre aussi à peu près tout ce que le monde de 1931 compte de personnalités qui comptent. On apprend ainsi qu’il était avec Einstein lors de l’avant-première des Lumières de la Ville. On surprend aussi une discussion avec Gandhi autour des machines et de l’industrialisation, dont on se dit qu’elle a compté dans la volonté de Chaplin de tourner Les Temps modernes.

Après dix ans « enfermé » à Hollywood, Chaplin semble ouvrir les yeux sur les réalités du monde de 1931, découvrant des pays et des peuples en plein doutes, en pleine transition. Ce voyage change le regard du cinéaste, dont les films ne seront plus jamais les mêmes. Jusqu’à présent, Chaplin était intemporel. Désormais, des Temps modernes au Roi à New York en passant par Le Dictateur, il sera totalement ancré dans son époque.

C’est sans doute en cela que le livre est le plus fascinant : en ce qu’il dit de la maturation de Chaplin, qui lui-même n’en a sans doute pas encore conscience lorsqu’il écrit. Le lire en connaissant son histoire à venir ne manque pas de piquant. Comme lorsqu’il écrit : « Je n’ai jamais été attiré par la Suisse, ayant une aversion pour les paysages montagneux. » S’il savait…

LIVRE : Continental Films, cinéma français sous contrôle allemand – de Christine Leteux – 2017

Posté : 17 février, 2018 @ 8:00 dans 1940-1949, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Continental Films

Non contente d’animer un blog amoureux dédié au cinéma muet, Christine Leteux s’est aussi faite remarquer en signant une passionnante biographie de Maurice Tourneur. Et voilà que, dans le prolongement de son précédent livre, elle livre le premier recueil racontant l’histoire de la Continental, cette firme allemand qui produisait des films français, et dont Tourneur fut l’un des grands réalisateurs (notamment avec La Main du diable, classique du fantastique français).

Son livre suit grosso modo la chronologie de la firme, créée en 1940 et qui ne survit pas à la Libération de la France, mais en adoptant une construction par chapitres qui s’autorise quelques allers-retours dans le temps, toujours pour mieux appréhender l’atmosphère si particulière qui régnait au sein et autour de cette compagnie qui dominait alors le cinéma français. Surtout, c’est la figure d’Alfred Greven qui sert de fil conducteur au récit. Ce producteur allemand fut sans doute un proche du régime nazi, mais la personnalité complexe que révèle Christine Leteux est avant tout celle d’un fervent amoureux du cinéma, tellement coupé des réalités politiques et humaines de l’époque qu’il crut pouvoir rester en place après 1944…

Christine Leteux raconte comment la compagnie s’est créée dès octobre 1940 avec l’ambition de faire travailler les plus grands noms du cinéma français. Son incroyable travail de recherche l’a amenée à découvrir les dossiers d’épuration de nombreuses personnalités du cinéma, établis lors des enquêtes menées à partir de 1944, et qui sont des mines d’informations jusqu’alors inédites. Les témoignages qu’elle a ainsi pu retrouver, livrés quelques années à peine après les faits, permettent de redécouvrir cette période que l’on pensait connaître, et qu’elle débarrasse de pas mal d’idées reçues.

Prenons le fameux voyage à Berlin, dont on a pas mal reparlé à l’occasion de la mort de Danielle Darrieux. Beaucoup ont alors rappelé la position pour le moins ambiguë de la star féminine numéro un de l’époque. Mais Christine Leteux rappelle que la plupart de ceux qui ont participé à ce voyage en 1942 n’avait guère le choix, et que Danielle Darrieux n’a accepté de « jouer le jeu » que pour avoir l’occasion de voir son fiancé, le diplomate dominicain Porfirio Rubirosa, alors interné en Allemagne.

Christine Leteux livre un formidable travail de journaliste, dans le sens où elle ne tombe jamais dans la facilité de la condamnation ou de la glorification a priori. Seuls les faits l’intéressent, et c’est une peinture très nuancée et parfois surprenante du milieu du cinéma qui s’en dégage. Albert Préjean, qui fut du même voyage de 1942, apparaît ainsi comme un homme un peu coupé des réalités.

Quant à Pierre Fresnay, autre figure incontournable de la Continental est un homme bien plus complexe qu’on l’a dit : tout en travaillant sans rechigner pour les Allemands, et en louant l’action du Maréchal Pétain, il n’hésite pas à prendre la défense d’un jeune Juif dont il sauve probablement la vie. Son réalisateur de L’Assassin habite au 21, Clouzot, occupe lui aussi une place importante dans le livre. Quoi de plus normal : Clouzot fit ses débuts derrière la caméra pour la Continental, et signa le plus grand chef d’œuvre de cette période, Le Corbeau, film que certains Résistants lui reprochèrent longtemps.

Mais lui comme d’autres échappent à toute caricature : Christine Leteux rappelle que les cinéastes et comédiens qui ont tourné pour la Continental ont veillé à ce que leurs films ne soient jamais utilisés à des fins de propagande. C’est d’ailleurs l’une des idées reçues qui éclatent littéralement à la lecture du livre, et que la correspondance de Goebbels vient même confirmer.

Il y a bien quelques salauds, à commencer par le réalisateur Léo Joannon, sale type qui n’hésite pas à profiter de la situation pour voler un scénario. Christine Leteux évoque aussi l’hypocrisie d’un Fernandel qui refusera d’assumer ses choix à la Libération, et qu’un beau-frère assez abject rend plutôt antipathique. Il y a aussi les hommes et les femmes qui font tout pour ne pas tourner pour la Continental, comme Marcel Carné qui fut l’une des premières « prises » mais n’a tourné aucun film pour la firme, ou Henri Decoin qui cherchait à se défaire de son contrat.

Et puis il y a le cas Harry Baur, édifiant, terrifiant. Enrôlé malgré lui, victime d’a priori d’à peu près tous les côtés, le géant Harry Baur a été le héros du premier film Continental (L’Assassinat du Père Noël). Il en a été aussi la plus grande victime, lui qui mourra suite aux sévices reçus en détention. Sa mort a toujours été entourée d’un grand mystère. Sur la base des documents qu’elle a été parmi les premières à pouvoir étudier, Christine Leteux révèle la triste vérité, et la fin déchirante d’un monstre du cinéma.

C’est un livre absolument passionnant que signe Christine Leteux, formidablement documenté et toujours à hauteur d’hommes. La somme définitive sur l’une des périodes les plus étonnantes du cinéma français.

* « Continental Films, cinéma français sous contrôle allemand », de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

LIVRE : Le Fils du chiffonnier – de Kirk Douglas – 1987

Posté : 23 octobre, 2017 @ 8:00 dans DOUGLAS Kirk, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Le fils du chiffonnier

A 70 ans, après une vie et une carrière bien remplies, Kirk Douglas se décide à écrire ses mémoires. Le succès d’édition est colossal, et rappelle à beaucoup à quel point l’acteur a une filmographie impressionnante, et le rôle qu’il a joué dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Le livre dévoile aussi l’intimité de ce fils d’immigré, son enfance misérable, son ascension incroyable… Une sorte de personnification du rêve américain.

A l’époque, il est plutôt sur la pente descendante, voire même en fin de carrière : il vient de retrouver son pote Burt Lancaster pour un ultime baroud d’honneur (Coup double), et ne tournera plus qu’une poignée de films. Mais l’ombre de Spartacus est toujours bien présente, et Kirk Douglas jouit d’une réputation unique : celle d’un acteur devenu très tôt producteur, qui a pris sa carrière en main pour imposer ses choix, quitte à avoir l’image d’un tyran.

Douglas ne cache rien de ses excès et de ses exigences. Sans la moindre fausse modestie, il revendique avec une pleine conscience ses talents d’acteur, son quasi statut de chef d’entreprise, et ses qualités physiques qui l’ont poussé à souvent réaliser ses propres cascades. Il avoue aussi sans complaisance ses échecs, en particulier liés à son désir vain de devenir une star de Broadway, et à son incapacité à porter à l’écran cette pièce, Vol au-dessus d’un nid de coucou, qu’il a jouée sur scène et qu’il rêvait d’interpréter au cinéma. Les pages dans lesquelles il raconte le moment où le film se fait, produit par son fils Michael, mais sans lui, sont d’ailleurs parmi les plus belles du livre.

La jeunesse de Kirk, qui s’appelait encore Issur Demsky, donne également des pages magnifiques. Avec un vrai talent d’écrivain, Douglas s’arrête sur quelques épisodes marquants de son enfance, et livre sa grande blessure : pas celle d’avoir eu une enfance misérable (il plaindra presque ses propres enfants de ne pas avoir eu cette chance de pouvoir s’élever eux-mêmes), mais celle de ne jamais avoir reçu de son père alcoolique et absent l’affection qu’il attendait, plaie béante qui semble ne pas s’être refermée six décennies plus tard.

L’ombre du petit Issur réapparaît régulièrement dans les grandes étapes de la vie et de la carrière de Kirk, avec des dialogues qui se nouent entre l’un et l’autre, comme deux aspects d’une même personne qui peine à se fondre l’un dans l’autre. Et c’est assez beau.

L’extraordinaire carrière d’acteur de Kirk tient évidemment une grande place : ses débuts timides grâce à Lauren Bacall, dans L’Emprise du crime de Lewis Milestone, quelques panouilles, puis les grands films, les grands rôles, Le Champion, Histoire de détective, Le Gouffre aux chimères… Le nouveau rôle de producteur, les grands rôles physiques comme Les Vikings ou Spartacus. Autant d’étapes importantes sur lesquelles Kirk Douglas livre de passionnantes anecdotes.

L’acteur raconte aussi sa judéité, la manière dont, un peu comme le personnage qu’il interprète dans L’Ombre d’un géant, être juif s’est révélé important sur le tard. Ne cachant visiblement pas grand-chose de ce qu’il est, il se décrit aussi comme un homme n’ayant jamais eu de véritable ami (à l’exception notable de Burt Lancaster), et ayant trouvé la plénitude grâce à la famille qu’il a construite. Et raconte en livrant beaucoup de noms (et des connus !) comment il a vécu sa sexualité avec une frénésie qu’il ne parvenait pas refréner.

L’acteur était déjà grand. L’homme, avec ses qualités, ses défauts, ses excès et ses maladresses, est pas mal non plus…

LIVRE : Allan Dwan, la légende de l’homme aux mille films – collectif – 2002

Posté : 13 février, 2017 @ 8:00 dans DWAN Allan, LIVRES | Pas de commentaires »

Allan Dwan La légende de l'homme aux mille films

Allan Dwan aurait réalisé mille films, selon la légende hollywoodienne (qui donne son titre au livre). C’est sans doute très exagéré, mais l’impressionnante filmographie réunie pour cet ouvrage dénombre toutefois 453 titres en cinquante de carrière. D’accord, les deux tiers d’entre eux sont des films d’une à cinq bobines (10 à 50 minutes environ) tournés de 1912 à 1916. N’empêche : Dwan reste l’un des cinéastes les plus prolifiques d’Hollywood, dont la carrière couvre toute la grande histoire du cinéma, de la naissance du langage cinématographique à l’apparition du cinéma parlant, des premiers longs métrages à l’âge d’or d’Hollywood, et jusqu’aux prémices du Nouvel Hollywood.

Cette hallucinante filmographie, qui semble être la plus complète et la mieux documentée jamais établie, n’est pas l’élément le moins intéressant de cet ouvrage édité à l’occasion d’une rétrospective consacrée à Dwan au festival de Locarno (en 2002). Un ensemble de textes disparates, écrits à diverses périodes, dont l’assemblage à lui seul constitue un témoignage passionnant sur l’évolution de la connaissance que le public et la critique ont (ou ont eu) de son œuvre.

Dans un article écrit quelques mois après la mort de Dwan, en 1981, le critique Jean-Claude Biette estime ainsi que le cinéaste restera surtout dans l’histoire pour le Robin des Bois avec Douglas Fairbanks, ainsi que pour Suez et Iwo Jima. Vingt ans plus tard, ces deux derniers films, aussi réussis soient-ils, seront largement éclipsés par la dizaine de films d’une extrême cohérence visuelle et thématique que Dwan tournera dans les années 50 avec le producteur Benedict Bogeaus et le chef-op John Alton, à commencer par Silver Lode et Tennessee’s Partner.

Ces films, effectivement formidables, étaient au cœur de la rétrospective de Locarno, et ont été édités à la même époque dans un excellent coffret DVD (chez Carlotta), ce qui explique largement cette réévaluation tardive. On retrouve d’ailleurs dans ce livre les critiques de tous ces films, publiées en 2002 dans Les Cahiers du Cinéma.

De ces films, il n’est pourtant question que brièvement, et de manière très parcellaire, dans le formidable entretien réalisé par Peter Bogdanovich entre 1968 et 1969, qui constitue le cœur du livre : 60 pages d’une grande densité au cours de laquelle Dwan répond longuement au question de Bogdanovich. Le cinéaste, qui n’avait plus rien tourné depuis plusieurs années, évoque avec une mémoire qui semble sans faille l’envers du décors, dévoilant de nombreuses anecdotes fascinantes.

Qu’ils soient authentiques ou enjolivés, les souvenirs de ses premières années sont des témoignages précieux de cette époque héroïque. Il y évoque ses tout premiers pas de cinéastes, les tournages improvisés et enchaînés à un rythme effréné, la manière dont il a été mordu par un crotale, l’alcool qui coulait à flot, et même des règlements de compte à l’arme feu imposés par un groupement de compagnies qui prétendait protéger son droit exclusif d’utiliser les caméras. Autant d’anecdotes qui illustrent merveilleusement l’état d’invention permanente de cette époque de pionniers.

Egalement passionnantes, ses relations avec Douglas Fairbanks et Gloria Swanson, les deux immenses stars dont il fut l’un des réalisateurs attitrés durant le muet. Cette période est d’ailleurs la plus développée par l’interviewer, qui évoque aussi longuement les années 30 de Dwan, aujourd’hui largement retombée dans l’oubli. De ses production Bogeaus, seuls Cattle Queen of Montana et surtout The River’s Edge sont mentionnés, ainsi que ses relations avec Barbara Stanwyck et Ronald Reagan. Rien sur Silver Lode ou Slighty Scarlet.

Il faut dire qu’au moment de cet entretien, Dwan était avant tout considéré un grand cinéaste du muet. Ormis ce long entretien, indispensable, les deux textes les plus passionnants sont d’ailleurs consacrés à cette période muette de Dwan, textes signés par deux spécialistes de cette époque : David Robinson avec un texte historique très documenté, et Kevin Brownlow pour une évocation plus personnelle de sa découverte du cinéaste.

Intéressant aussi, le texte du critique américain Kent Jones qui décripte un pan méconnu de l’œuvre de Dwan : ses comédies. On peut quand même reprocher à ce texte, comme à ceux des autres analystes qui tentent de trouver des thèmes au cinéma de Dwan, de ne se baser que sur une toute petite poignée de films. Un peu léger, et du coup un peu fumeux.

Mais ne serait-ce que pour l’entretien avec Bogdanovich, les textes de Brownlow et Robinson, et l’impressionnante filmographie, ce livre est une référence. Et donne furieusement envie de voir et revoir les merveilles parfois cachées que recèle cette hallucinante carrière…

LIVRE : Humphrey Bogart (Take it and like it) – de Jonathan Coe – 1991

Posté : 10 juillet, 2016 @ 8:00 dans BOGART Humphrey, LIVRES | Pas de commentaires »

Humphrey Bogart Jonathan Coe

Le romancier Jonathan Coe (La Maison du Sommeil) est aussi cinéphile et critique de cinéma, auteur notamment d’une biographie de James Stewart à la fois réjouissante et agaçante : bon sang, comment peut-il dénigrer à ce point Monsieur Smith au Sénat ou La vie est belle !!

Sa biographie de Bogart, avec ce beau titre original, est de la même veine. On n’y apprendra pas grand-chose sur l’homme : le livre est moins une authentique biographie qu’une évocation de la vie de l’acteur à travers ses films. Ses premiers mariages sont ainsi très rapidement évoqués, et Lauren Bacall n’occupe une place centrale que pour ce que son mariage avec Bogie a eu d’important sur sa carrière.

Pourtant, on a l’étrange sentiment que, sans jamais rentrer dans les détails personnels ou dans l’accumulation d’anecdotes, l’enchaînement de ces films donne à comprendre l’homme, ses ambitions, ses limites, et cette image que ses rôles renvoient de lui et qui n’est peut-être pas si proches de ce qu’il était vraiment.

Le livre est passionnant parce que la plume de Coe est aussi fine et vive que dans ses romans. Et parce que la carrière même de Bogart est fascinante : ses années de panouilles (marquées quand même par des débuts chez Ford dans Up the River), ses grands seconds rôles chez Wyler (Rue sans issue) ou Walsh (Les Fantastiques années 20), ses rôles mythiques (à partir du Faucon Maltais), et ses films de maturité (African Queen, Bas les Masques…).

Et puis s’il est bon de partager les enthousiasmes de Coe (pour Le Grand Sommeil notamment), il est tout aussi réjouissant de s’agacer de certains jugements de l’auteur. « Malgré sa haute réputation, Le Trésor de la Sierra Madre est un film étonnamment ennuyeux », écrit-il. Même tiédeur à propos de Casablanca, dont il estime que le statut « en tant qu’œuvre d’art peut être qualifié de très modeste ». On a le droit d’être en désaccord total, et d’aimer ça !

LIVRE : La Fille derrière le rideau de douche (The Girl in Alfred Hitchcock’s shower) – de Robert Graysmith – 2010

Posté : 14 décembre, 2015 @ 12:49 dans COPPOLA Francis Ford, CURTIS Tony, HITCHCOCK Alfred, LIVRES | Pas de commentaires »

La Fille derrière le rideau de douche

Robert Graysmith s’est fait un nom avec deux livres-enquêtes consacrés au fameux tueur du Zodiac (qui a sévit dans l’Amérique des années 60 et 70), livres adaptés par David Fincher. Avec La Fille derrière le rideau de douche, l’auteur se lance dans une autre enquête, plus inattendue, et cherche à retracer le parcours de la jeune femme qui a doublé Janet Leigh pour la scène de la douche dans Psychose.

Elle s’appelle Marli Renfro, a totalement disparu de la circulation depuis des décennies, et Robert Graysmith avoue éprouver pour cette pin-up dont les courbes sont dans la mémoire de tous les cinéphiles (grâce à Hitchcock) une véritable fascination depuis son adolescence. Il affirme aussi avoir pensé à ce livre depuis des décennies…

Cette fascination est palpable, et contagieuse, à travers les 450 pages de ce livre-portrait qui fait revivre une période passionnante de libération sexuelle. Adepte du naturisme, beauté totalement décomplexée, modèle pour grands photographes et pour magasines de charmes, figure centrale et inconnue de l’une des séquences les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma… Marli Renfro est un personnage effectivement assez fascinant, dont le parcours accompagne à la fois la disparition du vieux Las Vegas, l’âge d’or des magazines de charme, et la naissance du Nouvel Hollywood.

Robert Graysmith a en fait une double ambition : parallèlement au parcours de Marli Renfro, il raconte celui de Sonny Busch, sorte de double (bien réel celui-là) de Norman Bates, dont la fascination pour le film d’Hitchcock aurait libéré les pulsions meurtrières. Partant d’un malentendu colporté par la presse il y a quelques années (selon laquelle Marli Renfro aurait été assassinée par ce tueur, ce qui s’est révélé faux), l’auteur crée un faux suspense construit de toutes pièces autour de ces deux êtres dont les destins seraient irrémédiablement liés par le film d’Hitchcock. Une manipulation du lecteur qui convient mal à l’exercice de l’enquête.

Autre limite du livre : la propension de Graysmith à répéter à l’envi ses impressions, et à appuyer lourdement sur les messages qu’il veut faire passer (combien de fois répète-t-il que Marli est une femme totalement libérée et sans vanité ?). Comme s’il ne faisait confiance ni à l’intelligence du lecteur, ni même à sa propre écriture…

Dommage, parce que le parcours de la belle Marli est passionnant, et peuplé de belles (ou moins belles d’ailleurs) rencontres, de Hitchcock au jeune Coppola (avec qui elle tourne son premier film, Tonight for Sure) en passant par Tony Curtis ou Steve McQueen. Son parcours, au début de ces années 60, n’avait pas besoin de l’alibi du polar…

* La Fille derrière le rideau de douche, de Robert Graysmith, Le Livre de Poche.

LIVRE : Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières – de Christine Leteux – 2015

Posté : 4 décembre, 2015 @ 3:11 dans LIVRES, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Maurice Tourneur LIVRE

Maurice Tourneur a été l’un des cinéastes les plus importants d’Hollywood, au tournant de 1920. Maurice Tourneur est aussi l’un des grands cinéastes français les plus méconnus aujourd’hui. Un double-constat qui méritait bien une biographie, que signe avec passion et érudition Christine Leteux, déjà traductrice de La Parade est passée (le bel hommage de Kevin Brownlow au cinéma muet) et créatrice d’un blog passionnant consacré au muet et au début du parlant (Ann Harding’s treasures).

La forme est classique : de l’enfance parisienne de Maurice Tourneur à ses dernières années, le récit est strictement chronologique, et tourne majoritairement autour de la filmographie du cinéaste. Mais à travers ce parcours hors du commun, c’est tout un pan de l’histoire du cinéma qui revit au fil des pages (plus de 500, qui se dévorent avec passion et gourmandise).

La jeunesse de Maurice à Paris où, apprenti peintre, il pose pour Puvis de Chavanne. Ses débuts sur scène où il se fait un nom comme metteur en scène. Son départ pour Hollywood en 1914, les critiques qui ont suivi en France où certains lui ont violemment reproché de s’enrichir pendant que ses compatriotes se font tuer au front. Ses années de gloire où il dirige Mary Pickford et devient l’un des cinéastes les plus admirés d’Hollywood. Son retour en France au début du parlant, son parcours chaotique, son implication au sein de la firme Continental durant l’Occupation où il réalisera l’un des grands classiques du fantastique français (La Main du Diable)…

C’est l’homme aussi qui se dessine : ses comportement discutés durant les deux guerres, les femmes de sa vie, les frustrations du cinéaste privé de caméra à son retour en France puis dans ses dernières années, ou encore ses rapports tendres avec son fils Jacques. Devenu lui-même un grand cinéaste à Hollywood, sa réussite ravivera les regrets de Maurice, qui gardera jusqu’à la fin la nostalgie de ses années américaines, celles de la flamboyance et de la liberté.

* Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

 

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