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Archive pour la catégorie 'LIVRES'

LIVRE : La Fille peinte – d’Edmond T. Gréville – 1962

Posté : 7 novembre, 2025 @ 8:00 dans GREVILLE Edmond T., LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE : La Fille peinte – d’Edmond T. Gréville – 1962 dans GREVILLE Edmond T. 54904096169_6bcf697719_n

Ce blog étant dédié au cinéma, et non à la littérature (j’aimerais bien, mais j’ai un métier, une famille, et les journées ne font que 24 heures), c’est le tout premier roman qui a droit à sa chronique ici. Et cette chronique sera cinématographique, et pas littéraire.

Il se trouve que La Fille Peinte est signé Edmond T. Gréville, grand réalisateur français un peu trop oublié, dont j’ignorais qu’il avait écrit plusieurs romans avant de faire ses débuts derrière une caméra. Celui-ci marque le retour à l’écriture du cinéaste en fin de parcours. Et c’est avec une grande curiosité que je l’ai ouvert.

Deux impressions fortes me sont vite venues. La première : Gréville a une belle plume, et un vrai talent pour faire ressentir la force des éléments, un peu comme il l’avait fait au cinéma avec Le Diable souffle, l’un de ses meilleurs films. D’ailleurs, la deuxième impression se confirme très rapidement : cette histoire là ressemble fort à celle du Diable souffle, qu’il a réalisé une quinzaine d’années plus tôt.

Alors oui, c’est bel et bien la même histoire que Gréville adapte sous forme de roman, avec les mêmes personnages et la même intrigue. Un homme solitaire (Charles Vanel au cinéma) amène sur sa petite île au milieu du Rhône une jeune femme croisée dans un club de Paris et tombe amoureux d’elle avant de recueillir un mystérieux sourd-muet, visiblement recherché…

C’est la même histoire, et la même ambition : celle de rendre palpable le poids des éléments qui entourent ce trio et se referment sur lui, renforçant les enjeux dramatiques au rythme de la crue qui menace l’îlot et son microcosme. Le plaisir, en tout cas, est aussi fort. Et le livre refermé, on n’a qu’une envie : découvrir les premiers romans de Gréville. Ah non : une deuxième envie aussi, celle de revoir ses films…

LIVRE : Ma vie et mes films – de Jean Renoir – 1974

Posté : 17 août, 2025 @ 8:00 dans LIVRES, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

LIVRE Ma vie et mes films

Jean Renoir écrit comme il parle, et cela fait beaucoup pour le plaisir que la lecture de ses livres procure. C’était déjà le cas avec la belle biographie très personnelle qu’il a consacrée à son père. C’est le cas avec cette autobiographie tout aussi personnelle : au fil des pages, on a vraiment le sentiment d’entendre la voix et le début si particuliers de son auteur.

Le terme « autobiographie » est, d’ailleurs, un peu discutable. Certes, Renoir raconte son parcours, d’une manière à peu près chronologique, de son enfance au côté d’un père pas comme les autres, jusqu’à ses derniers films et la conscience qu’il a que sa carrière est derrière lui, conscience affirmée sans amertume qui donne au livre un ton joliment nostalgique.

Malgré la construction (à peu près) chronologique, le livre est divisé en chapitres thématiques qui permettent à Renoir d’évoquer ses grandes amitiés, ses grands souvenirs de tournage, ses belles rencontres professionnelles, son rapport à son père et aux grands peintres qui l’entouraient, et surtout sa vision de la vie, du monde et des rapports humains.

Cette vision du monde, on la connaît par cœur depuis La Grande Illusion : les affinités ne se font pas en fonction des frontières (ce qu’il appelle la division verticale), mais en fonction des intérêts communs (la division horizontale). En résumé : un banquier et un ouvrier français n’auront pas forcément grand-chose à se dire, mais deux artisans de pays et de cultures différents auront toujours des sujets de discussion.

On peut trouver ça beau, ou un peu naïf. A vrai dire, on se dit en lisant ce livre que Renoir lui-même sait que la réalité n’est sans doute pas si simple, et que l’homme est, au fond, profondément complexe. Pour preuve : son rapport à la France, qu’il quitte en 1940, au moins autant par dépit après l’échec cruel de La Règle du jeu que pour fuir l’occupation nazie. Et son rapport à Hollywood, où il n’a au fond jamais trouvé vraiment sa place, mais qu’il n’a quitté que parce que les studios ne voulaient plus de lui…

L’homme est complexe, mais profondément attachant. Son parcours est sinueux, mais fascinant. Et sa vision du cinéma est passionnée et passionnante. Avec les mots simples de l’artisan qu’il n’a cessé d’être depuis ses débuts de céramiste dans l’ombre de son peintre de père, Jean Renoir livre mine de rien une sorte de manifeste de l’art et du plaisir de filmer, un plaisir basé sur la vie qu’il n’a cessé de chercher à capter avec sa caméra.

LIVRE : Rue du Premier-Film – de Thierry Frémeaux – 2024

Posté : 16 juillet, 2025 @ 8:00 dans FILMS MUETS, FREMEAUX Thierry, LIVRES, LUMIERE Louis et Auguste | Pas de commentaires »

LIVRE Rue du Premier-Film

Rue du Premier-Film, c’est la rue qui borde l’Institut Lumière à Lyon, là même (mais la rue portait alors un autre nom) où les frères Lumière ont posé leur caméra pour la toute première fois, pour filmer les ouvriers sortant de leur usine. Et les majuscules et le tiret sont importants, comme le souligne un Thierry Frémeaux qui nous invite à une visite très intime de ce lieu magique qu’il dirige, en grand amoureux du cinéma et en grand passeur qu’il est.

Le livre est d’abord une commande, de l’éditrice Alina Gurdiel, pour la très belle collection qu’elle dirige chez Stock : « Ma nuit au musée ». Le principe est simple et enthousiasmant : pour chaque livre, elle demande à un auteur de passer une nuit seul dans un musée de son choix, et d’en tirer un livre totalement libre. Ses coups de cœur, ses souvenirs, les réflexions que la cohabitation avec les œuvres et l’intimité du lieu peut lui inspirer.

Thierry Frémeaux le dit : il aurait pu choisir un musée à l’autre bout du monde (sans doute l’éditeur lui aurait-il payé le voyage!). Il préfère rester « chez lui », dans cet Institut Lumière où il a son bureau et sa vie, et qu’il connaît sans doute mieux que quiconque. L’exercice frôle parfois l’autopromotion. « Frôle », seulement, parce que ce qui peut d’abord ressembler à un auto satisfecit dénué de modestie se révèle rapidement un grand et beau chant d’amour à ce lieu chargé d’histoire.

Et c’est très beau de voir cet homme, à la tête de la plus belle institution dédiée au cinéma de patrimoine et du grand festival de cinéma du monde (Cannes, évidemment), garder un enthousiasme d’enfant en arpentant les couloirs chargés d’histoire de cette belle maison, tout en livrant des souvenirs personnels. Et finalement, c’est presque un autoportrait de cinéphile qui se dégage de cette errance nocturne, marquée par la vision de quelques films.

D’ailleurs, comment ne pas être séduit par les rêveries d’un homme qui vite Ozu et Bergman, et s’enthousiasme de la magie qui se dégage des images tournées par Lumière. Me voilà sous le charme de ce livre tout en liberté, comme je l’ai été de la découverte de l’Institut Lumière il y a quelques semaines. Comme un prolongement du plaisir lyonnais.

LIVRE : Passé la Loire, c’est l’aventure – de Gilles Grangier (entretiens avec François Guérif) – 1989-2021

Posté : 11 mai, 2025 @ 8:00 dans GABIN Jean, GRANGIER Gilles, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Passé la Loire c'est l'aventure

« Passé la Loire, c’est l’aventure »… Rien que le titre donne envie de se plonger dans les souvenirs de Gilles Grangier, réalisateur qu’on aurait sans doute définitivement entouré sans le regard plein d’acuité de cinéphiles comme Bertrand Tavernier, qui défendait bec et ongle le bougre en reconnaissant la volatilité de son œuvre, mais surtout quelques grandes réussites.

Et c’est vrai qu’il y a quelques perles (souvent noires) dans la longue filmographie très inégale de Grangier. Des perles un peu trop vite éclipsées par une poignée de nanars assez indéfendables, comme les derniers films de sa longue collaboration avec Gabin (Les Vieux de la vieille et Archimède le clochard ne sont pas renversants, L’Âge ingrat et Le Gentleman d’Epsom sont pires). Mais le gars a aussi réalisé Le Rouge est mis ou Le Sang à la tête avec Gabin. Et sans lui, des réussites méconnues comme Reproduction interdite ou 125 rue Montmartre. Alors…

L’importance de Gabin dans son parcours est évidente, pour le meilleur et pour le pire : sa rencontre marque son âge d’or, et la tendance paresseuse de l’acteur son déclin. D’ailleurs, c’est à lui, Gabin, qu’on doit la belle citation qui donne son titre au livre : sur le tournage du Cave se rebiffe, une manière pour « le vieux » de refuser d’aller tourner en Amérique du Sud les scènes du film s’y déroulant vraiment.

C’est en tout cas tout un pan du cinéma français qui déroule dans ce livre : le cinéma populaire assumé d’un artisan qui prenait son art au sérieux, et que la Nouvelle Vague n’a pas épargnée. Ce n’est pas à proprement parler une autobiographie : Grangier livre ses souvenirs liés à chacun de ses films (jusqu’au plus obscur) dans le cadre d’une interview au long cours avec François Guérif. Un peu sur le modèle du fameux Hitchcock/Truffaut.

En feuilletant les pages, les souvenirs de Grangier font mine de rien le lien entre les débuts du parlant et la Nouvelle Vague. Il évoque sa rencontre avec Maurice Tourneur, grand maître du muet qui sera l’un de ses mentors (passionnant). Il se souvient d’actrices comme Jeanne Moreau « avec son côté un peu salope » (discutable). Il égratigne des acteurs qu’il n’appréciait visiblement pas des masses comme Pierre Fresnay, dominé par une Yvonne Printemps pas bien sympathique (très drôle).

200 pages ne permettent pas d’entrer dans le détail, et on a parfois un peu le sentiment de survoler les choses. Mais cette petite virée dans les mémoires de Grangier donne franchement envie de revoir certains de ces films un peu trop vite mis de côté.

L’Espace du rêve (Room to dream) – de David Lynch et Krstine McKenna – 2018

Posté : 9 avril, 2025 @ 8:00 dans LIVRES, LYNCH David | Pas de commentaires »

LIVRE L'Espace du rêve

Le cinéma de David Lynch ne ressemble à aucun autre. Sa biographie non plus. L’Espace du rêve est à la fois une biographie et une autobiographie, un récit classique et chronologique, et un voyage intime fascinant. Le livre est signé par Kristine McKenna et par David Lynch lui-même. Il n’a pourtant pas été à proprement écrit à quatre mains.

L’autrice, amie du cinéaste, respecte en fait à peu près toutes les règles du genre, racontant la vie et le parcours artistique de Lynch en se basant sur de nombreux témoins à qui elle donne la parole : famille, proches, collaborateurs. Le livre sort pourtant des sentiers battus de la biographie habituelle, parce que chaque chapitre de la vie de Lynch alterne avec une « réponse » de Lynch lui-même, qui réagit à la manière dont McKenna raconte sa vie en livrant ses propres souvenirs, ses sentiments, corrigeant parfois, ou prenant des chemins de traverse pour évoquer tout autre chose.

Et c’est doublement passionnant. Parce que se dégage de ce double récit le sentiment d’entrer littéralement dans l’esprit de Lynch, comme on entre dans l’esprit de ses personnages dans ses plus grands films. Et parce que, même en étant un amoureux inconditionnel du cinéaste, découvrir un être aussi attachant relève… de la révélation. David Lynch était un immense artiste. C’était aussi un homme vivant, généreux et bienveillant. Un homme bien, en fait.

Il se révèle aussi passionné et d’une honnêteté réjouissante, aussi bien lorsqu’il évoque l’échec de Dune, ou sa propre fascination pour Laura Palmer, la tragique héroïne de Twin Peaks. Multipliant les anecdotes sur le tournage au long cours d’Eraserhead, ne se donnant pas le beau rôle dans ses nombreuses histoires d’amour, gardant une candeur et un amour de la vie qui tranchent étrangement avec son œuvre.

On sort de L’Espace du rêve avec un amour démultiplié pour l’homme et pour son cinéma. Et avec le sentiment renouvelé que sa disparition est le signe définitif qu’il y a quelque chose de franchement déprimant, ces temps-ci…

LIVRE : I am Spartacus (id.) – de Kirk Douglas – 2013

Posté : 27 octobre, 2024 @ 8:00 dans CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, KUBRICK Stanley, LIVRES, MANN Anthony | Pas de commentaires »

LIVRE I am Spartacus

Avec Le Fils du chiffonnier, Kirk Douglas avait déjà signé l’une des autobiographies d’acteur les plus stimulantes, les plus honnêtes, et accessoirement l’une des mieux écrites aussi, révélant à un âge relativement avancé un vrai talent d’écrivain.

Il confirme largement ce latent avec I am Spartacus !, écrit à… 95 ans. Loin d’être une redite de son précédent livre, celui-ci se concentre exclusivement sur une période bien précise : la préparation et le tournage de Spartacus, dont le grand Kirk semble se souvenir du moindre détail.

A-t-il une mémoire phénoménale ? Se base-t-il sur des notes conservées quelque part ? Qu’importe : la narration est précise, le style emballant, et l’honnêteté totale. Douglas lui-même s’en amuse, s’autorisant parfois des « pauses » dans le récit pour commenter sa propre arrogance d’autrefois, ses manières parfois brutales, avec la gêne de celui qui appris tardivement le plaisir d’observer les roses (c’est lui qui le dit).

Si le livre est si passionnant, c’est aussi parce qu’il y est question, tout à la fois, d’un tournage chaotique (Anthony Mann viré, Kubrick ingérable, Jean Simmons remplaçant la pauvre Sabina Bethmann, un budget explosé), d’une aventure épique (plus d’un an de tournage), et d’une Chasse aux sorcières qui vit encore de belles heures, et que Spartacus contribuera à balayer.

Kirk Douglas est évidemment le personnage principal du récit : il en est le narrateur, et le pivot du film. Mais la figure de Dalton Trumbo, scénariste blacklisté et œuvrant incognito sur le film jusqu’à ce que Douglas impose son nom au générique, est une figure passionnante, et édifiante dans ce qu’elle dit de l’Amérique d’alors, et d’Hollywood.

Ah ! Et en plus, le livre est aussi une magnifique déclaration d’amour à Anna, la seconde femme de Kirk, avec qui venait d’avoir deux fils, et qui était encore en 2013 à ses côtés.

LIVRE : Paul Newman, la vie extraordinaire d’un homme ordinaire (The Extraordinary Life of an Ordinary Man) – de Paul Newman, Stewart Stern et David Rosenthal – 1986-2022

Posté : 15 juillet, 2024 @ 8:00 dans LIVRES, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

LIVRE Paul Newman la vie extraordinaire d'un homme ordinaire

Paul Newman n’est pas juste l’une des plus belles incarnations de la cool attitude (avec Steve McQueen). C’est aussi un grand acteur, dont la carrière est belle (Luke la main froide, La Chatte sur un toit brûlant… même s’il n’y avait que ces deux films-là…). C’est aussi, accessoirement, un type qui a mis son image et son fric au service d’une entreprise solidaire (les sauces Newman’s Own), et la moitié de l’un des plus beaux couples de l’histoire d’Hollywood.

De là à dire que Newman est un mec bien et attachant, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement. Même après avoir lu cette pas-tout-à-fait-autobiographie dans laquelle il ne cesse d’écorner sa propre image et de présenter ses faiblesses et ses défauts. Parce qu’à force d’insister sur sa froideur, sur son absence d’empathie et d’autres tares qui feraient de lui un être insensible et distant, Newman ne réussit qu’une chose : renforcer cette impression qu’avant d’être une star, il est un être humain.

Un peu embarrassé par son statut d’icône et de sex-symbol, mais pas hypocrite non plus, et en aucun cas coupable d’une quelconque fausse-modestie. Bref, j’aimais Newman avant de lire cette pas-tout-à-fait-autobiographie. Je l’aime d’avantage encore après. Et oui : Newman est un type bien. Pas parfait, c’est sûr. Complexe, évidemment. Mais bien. Et passionnant, parce que humain.

La forme même de cette pas-tout-à-fait-autobiographie l’est aussi, passionnante. Il est bien difficile de dire qui en est le véritable auteur, d’ailleurs. A l’origine du livre, paru en 2022 il y a le projet de biographie auquel s’attelle Newman en 1986 avec son ami scénariste Stewart Stern, ce dernier enregistrant les souvenirs de l’acteur et les témoignages de nombreuses personnes qui l’ont connu à différentes étapes de sa vie.

Les enregistrements et les notes sont restés longtemps enfermés, sans que le projet aboutisse. Newman est mort. Stern aussi. Et les enfants de la star sont finalement tombés sur ces trésors parfois intimes, pas toujours à la gloire de l’homme et du père de famille. Restait plus qu’à trouver un troisième larron pour mettre tout ça en forme (David Rosenthal)… Et voilà un ouvrage atypique, vivant et passionnant.

LIVRE : Mémoires / Mes 400 coups (My wicked, wicked ways) – d’Errol Flynn – 1959

Posté : 18 juin, 2024 @ 8:00 dans LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Mémoires d'Errol Flynn

Beaucoup d’acteurs se sont évertués à s’inventer une mythologie. Ce n’est visiblement pas le cas d’Errol Flynn, dont la vie a réellement été une suite d’aventures, parfois incroyables. Petit délinquant, planteur, trafiquantFlynn n’a cessé de courir le monde, éternellement en quête de liberté, si ce n’est de frisson. Y compris après être devenu une star, alors qu’il se précipite au cœur de la guerre d’Espagne.

Est-ce le goût de l’aventure, est-ce le dégoût d’Hollywood, cette Babylone trop policée pour un homme plus attiré par la vérité des bas-fonds que par les strass de la vie de star ? Les deux, sans doute. Une chose est sûre : Flynn ne fait rien pour se rendre sympathique dans cette autobiographie écrite dans ce qu’il ne savait pas être les derniers mois de sa vie.

Flynn y fait montre d’au moins deux qualités. D’abord, un vrai talent d’écrivain, qui fait de cette lecture un plaisir (souvent dérangeant, j’y reviens) de chaque instant. Et puis et surtout, une honnêteté assez incroyable : Flynn ne se donne pas le beau rôle, assume ses échecs et ses erreurs, ne gomme pas les aspects les plus sombres de sa personnalité.

C’est là aussi que la lecture dérange à de multiples reprises : dans le rapport pour le moins problématique de Flynn avec les femmes. Sans doute ces rapports sont effectivement complexes. Et à le lire, il semble effectivement qu’il en ait fait les frais plus d’une fois. Mais que penser quand même d’un homme qui attire dans son lit une jeune autochtone à peine pubère, en bon colonialiste qu’il était. Ou du même pour qui un viol n’existe que si l’homme a fracassé la femme avec une chaise avant d’en faire ce qu’il voulait

Il semble que la réponse ait été moins claire en 1959 qu’elle ne l’est aujourd’hui, bien sûr. En creux, ce récit passionnant dit aussi beaucoup de l’évolution de la société, et de la condition des femmes, ces dernières décennies.

Difficile donc de dire que le portrait que dresse Flynn de lui-même est attachant. Mais les innombrables rebondissements de sa vie en font une lecture passionnante, jusque dans sa manière de raconter ses années de disgrâce et son vieillissement prématuré, et les secrets qu’il révèle de sa vie à Hollywood, souvent édifiante.

Un exemple : après la mort de John Barrymore, avec qui Flynn entretenait une amitié de longue date, leurs amis communs (dont Raoul Walsh) ont eu l’idée d’une blague de fort bon goût. « Empruntant » le corps de Barrymore, ces derniers l’ont amené discrètement dans la villa de Flynn où tant de fêtes ont eu lieu, et l’ont disposé sur un fauteuil face à la porte, jusqu’à ce que l’acteur entre chez lui. Il paraît que sa réaction a été extrême…

LIVRE : Robert Mitchum – de François Guérif – 2003

Posté : 4 juin, 2024 @ 8:00 dans LIVRES, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

LIVRE Robert Mitchum

Grand amoureux du polar sous toutes ses formes, et du film noir américain en particulier, François Guérif ne pouvait pas ne pas être un fan de Robert Mitchum, peut-être la meilleure incarnation du genre. Qu’il lui consacre une biographie n’a donc rien d’étonnant.

Le gars a une plume alerte, la personnalité de Mitchum est assez fascinante. Du coup ce Robert Mitchum au titre sans fioriture se dévore avec gourmandise, embrassant en 350 pages joliment illustrées une carrière pleine de chefs d’œuvre que l’on meure d’envie de revoir, mais aussi de nanars que l’on meure un peu moins d’envie de découvrir.

Cela étant dit, la simplicité du titre n’est pas anodine. Elle illustre le parti-pris de Guérif : celui de faire de ce livre une sorte de concentré des autres biographies consacrées à l’acteur, vers lesquelles l’auteur nous renvoie régulièrement, un digest qui survole la vie et la carrière de Mitchum en n’oubliant aucun film, aucune période.

On n’y apprend donc pas grand-chose, à moins de ne rien savoir de la vie du grand Bob, de son goût pour la boisson et pour les femmes, et surtout de la posture dont il ne sortira jamais selon laquelle il ne prendrait pas son métier d’acteur au sérieux, posture que ceux qui le connaissaient et avec qui il a travaillait ont constamment mis en doute.

Ce Robert Mitchum se lit avec gourmandise et avec plaisir. On en sort à la fois avec l’envie de se remettre quelques bons DVD, mais aussi avec une petite frustration, l’envie de se plonger dans une biographie plus consistante.

LIVRE : Pierre-Auguste Renoir, mon père – de Jean Renoir – 1962

Posté : 17 novembre, 2023 @ 8:00 dans LIVRES, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

LIVRE Pierre-Auguste Renoir mon père

C’est la première fois qu’un livre consacré à un peintre a droit à une chronique sur ce blog entièrement dédié au cinéma. Et il y a une bonne raison à cela : cette biographie de Renoir est signée par son fils Jean, l’un de nos plus grands cinéastes, et aussi un écrivain à la plume personnelle et enthousiasmante.

Ses mémoires personnelles (Ma vie et mes films), lues il y a bien des années, m’avaient déjà laissé un fort souvenir. Ce livre qu’il consacré à son père, plus de quarante ans après sa mort, témoigne des mêmes qualités : acuité, précision, sens du détail… et de la digression. Parce que Jean Renoir est un homme chez qui on devine un esprit foisonnant.

Son livre est ainsi fait d’allers et retours constants. Une idée en entraîne une autre, sans la chasser. Ce récit d’une vie de peinture n’est au fond que digressions passionnantes, comme lente promenade qui laisserait constamment la place au hasard des découvertes, à la curiosité, et au temps long.

Jean Renoir fait aussi partie de ces cinéastes qui ont une voix. Au sens propre, comme d’autres passionnés comme Bertrand Tavernier. Comme lui, lire Renoir éveille instantanément le souvenir de sa voix et de son phrasé si particulier, de cet accent populaire dont il ne s’est jamais défait, et qui colle merveilleusement avec le portrait qu’il dresse de son père.

Au-delà du peintre, immense, Pierre-Auguste se révèle comme un homme droit, attaché à la simplicité et à la vérité des êtres et des choses. On le découvre avec le regard chargé d’amour d’un fils qui témoigne de ses propres souvenirs, et de ceux qu’il a récoltés directement auprès de l’intéressé, alors que lui était démobilisé suite à une blessure sur le front de la Grande Guerre, et que son père était diminué par la maladie.

Si ce livre a droit à une chronique sur ce blog dédié au 7e Art, ce n’est pas seulement parce qu’il écrit par un cinéaste, mais aussi parce que, au fond, il dit presque autant de Jean que de Pierre-Auguste. On y apprend beaucoup de détails passionnantes sur la vie de ce dernier, ses rencontres (avec Gounod notamment), ses amitiés (avec Monet surtout)… On y découvre aussi en creux les années fondatrices du premier, qui ne deviendra réalisateur qu’après la mort de son père.

C’est beau, et c’est plein de vie.

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