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Top of the Lake : China Girl (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2017

Posté : 4 novembre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, KLEIMAN Ariel, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake China Girl

Pour la deuxième saison de sa superbe série, Jane Campion choisit de tout changer, ou presque. Nouveau décor : à la nature de Nouvelle-Zélange succède la ville d’Australie. Nouveaux personnages : à l’exception de Robin Griffin, la magnifique héroïne interprétée par Elisabeth Moss, uniquement des nouveaux venus, à une apparition près. Nouvelle enquête, là aussi radicalement différent.

Que reste-t-il alors de l’atmosphère fascinante de la série, alors ? Eh bien tout, curieusement. Même avec des parti-pris très différents, même en faisant à peu près table rase de ce qu’on avait appris à adoré, Top of the Lake garde ce mystère et cet envoûtement qui font sa beauté. Cette saison 2 n’est pas le prolongement de la première, mais elle en a la même ambition, la même intensité, et la même réussite.

La même radicalité, aussi. Plus encore que la première saison, China Girl aborde le thème de la paternité, et de la place de la femme dans la société, et dans la famille. Mais elle le fait avec une audace folle, et une approche totalement décomplexée. Car l’enquête, a priori classique, sur la disparition d’une jeune prostituée, se transforme très rapidement en une quête intime pour Robin, qui se résume bientôt à un cercle pseudo-familial aussi improbable que bouleversant.

Le mouvement qui habite cette deuxième saison se résume assez bien lors d’une longue séquence d’une intensité folle, dans l’avant-dernier épisode, où tous les rapports entre les membres de ce cercle familial semblent mis à mal, les uns après les autres, dans un enchaînement infernal, chacun se retrouvant totalement seul : Robin, sa fille naturelle avec qui elle a enfin pu tisser des liens, les parents adoptifs de cette dernière, et même le maquereau manipulateur dont la jeune fille s’est éprise.

Dans cette deuxième saison, Jane Campion souffle le chaud et le froid, la douleur extrême n’étant jamais dénuée d’une lueur d’espoir, si faible soit-elle. A l’inverse, le personnage plutôt amusant de la fliquette à la taille démesurée révèle peu à peu une profondeur et une noirceur extrêmes. D’une manière générale, les personnages sont d’ailleurs tous passionnants, et totalement inattendus.

Cette alternance de moments très sombres avec quelques sursauts plus léger, cette manière de passer de longs passages lents et introspectifs à d’autres plus angoissants, voire carrément flippants… Tout ça renforce l’intensité de cette série décidément magnifique. La prestation d’Elisabeth Moss, impeccable dans tous les registres, n’y est pas pour rien.

Top of the Lake (id.) – série créée par Jane Campion et Gerard Lee – 2013

Posté : 15 octobre, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, CAMPION Jane, DAVIS Garth, LEE Gerard, POLARS/NOIRS, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Top of the Lake

Envoûtant, visuellement splendide, lent et tendu, cette mini-série est une superbe réussite, qui porte clairement la marque de Jane Campion, sa créatrice, et la réalisatrice de la moitié des épisodes. On y retrouve tous les thèmes chers à la cinéaste : l’homme (et la femme) dans la nature, la place de la femme dans la société, le poids de la maternité (et de la paternité)…

Jane Campion l’a d’ailleurs elle-même, et cela se sent : elle a pensé Top of the Lake comme un long film de six heures, divisé en six chapitres, plutôt que comme une série de six épisodes. Et c’est vrai qu’elle trouve le compromis parfait entre les codes de la série télé, avec d’un côté sa cohérence et son long mouvement unique, et de l’autre ses rebondissements qui ne donnent qu’une envie : enchaîner les six épisodes.

Parce que la réalisatrice n’oublie jamais non plus que Top of the Lake est un thriller. Même si son récit prend bien des chemins de traverse, jamais elle ne perd de vue l’enjeu de cette intrigue : retrouver une adolescente qui a disparu dans cette nature aussi belle que dangereuse de Nouvelle Zélande.

Il y a quelque chose de Twin Peaks dans l’idée même de Top of the Lake. Même si cette dernière est nettement plus ancrée, la série commence par l’arrivée d’un enquêteur dans une micro-société, où le drame va révéler bien des secrets cachés. Et quel microcosme : une région comme coupée du monde où la notion même de famille dépasse tous les codes habituels, et où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher.

Y compris l’enquêtrice d’ailleurs, Robin, magnifique rôle de femme brisée, qui aurait pu être simplement passionnant. Elisabeth Moss lui donne quelque chose en plus : un mélange de force et de fragilité à peu près unique, parce que ces deux pans de sa personnalité sont également puissants. Un personnage fascinant et bouleversant, dont la présence souvent peu bavarde apporte toujours quelque chose d’inattendu.

Le reste de la distribution est parfait aussi, de Holly Hunter en gourou au bout du rouleau, à Peter Mullan, en inquiétant patriarche. Deux personnages qui, eux aussi, déjouent constamment toutes les idées reçues et toutes les attentes, capables d’être touchants dans l’horreur, ou abjects dans la souffrance.

Tendu, fascinant, bouleversant, surprenant, Top of the Lake est une réussite majeure. Et ELisabeth Moss une découverte qui l’est tout autant…

Ni juge, ni soumise – de Jean Libon et Yves Hinant – 2018

Posté : 18 juillet, 2019 @ 8:00 dans DOCUMENTAIRE, HINANT Yves, LIBON Jean | Pas de commentaires »

Ni juge, ni soumise

Incroyable personnage que cette juge d’instruction bruxelloise, choisie pour être « l’héroïne » du premier long métrage Strip Tease. Cinq ans après la déprogrammation de l’émission culte, c’est donc le cinéma qui permet de renouer avec cette manière si singulière de filmer « la vraie vie » : sans voix off, au plus près des gens, sans dramaturgie. Ou presque.

Pour tenir le long métrage, les auteurs ont tout de même choisi de suivre un fil rouge, une enquête vingt ans après autour du meurtre de deux prostituées, double-crime jamais résolu que la juge Anne Gruwez tente d’élucider grâce notamment aux nouvelles technologiques. Ce cold case permet de donner une direction au film, plutôt que de casser une pseudo monotonie qui pourrait s’installer.

L’essentiel du métrage repose quand même sur les « clients » qui se succèdent dans le bureau d’Anne Gruwez. Des cas lourds parfois, comme cet hallucinant témoignage d’une jeune mère qui explique avoir tué son enfant de 8 ans parce qu’il était le fils de Satan. Long moment absolument glaçant. C’est tout le système Strip Tease : donner la vie à voir telle qu’elle apparaît devant les caméras, sans filtre, sans pudeur non plus.

Dans cette démarche précise, le choix d’Anne Gruwez est formidable, parce que cette juge pas comme les autres, cette femme pas comme les autres, a une manière toute personnelle de refuser toute trace de politiquement correct. Parfois dure, occasionnellement odieuse, souvent touchante, toujours humaine… « J’avais un client qui habitait là, dit-elle lors d’une de ses traversées de Bruxelles en 2CV. Il était gentil comme tout, il avait tué sa femme… » Ou comment ne pas perdre de vue l’humanité de ceux qui, parfois, ont fait des choses inhumaines.

Mine de rien, le film donne aussi à voir un système judiciaire confronté à ses limites, à ses erreurs, et à une forme de bricolage constant. Le rôle même, tout puissant, du juge d’instruction, pose question. Mais le film se contente de filmer des moments de vie, sans creuser aucune de ces questions : ce n’est juste pas le sujet de Strip Tease. Cela dit, cela n’empêche pas les réalisateurs de conclure ce premier long par une réplique d’un flic qui en dit long : « On sait pas faire de miracles… »

Le Retour de Mary Poppins (Mary Poppins returns) – de Rob Marshall – 2018

Posté : 20 juin, 2019 @ 8:00 dans 2010-2019, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, MARSHALL Rob | Pas de commentaires »

Le retour de Mary Poppins

Il fallait oser, quand même, signer cinquante ans après la suite d’un classique indémodable de la culture populaire. Pas un remake, ni un reboot, mais une vraie suite, qui reprend les personnages, les décors et le ton du film original, tout en tenant compte du temps passé : en racontant l’histoire des gamins Banks de Mary Poppins, devenus adultes, et des enfants de Michael.

Rob Marshall relève le défi avec un plaisir gourmand et contagieux. On le sait déjà, l’homme aime la comédie musicale américaine, genre tombé en désuétude depuis des décennies, qu’il ne cesse de revisiter. Avec cette suite éminemment casse-gueule, il renoue avec la grandeur du genre, avec cette vision de pur cinéma qui était déjà au cœur du premier Mary Poppins.

Bien sûr, il y a beaucoup de passages obligés, et Marshall n’en oublie aucun. Le balai des ramoneurs laisse la place à celui, très beau, des falotiers (ceux qui allument et éteignent les réverbères) ; on a évidemment droit à une séquence dans un décor animé ; on retrouve l’opposition entre l’univers des enfants et toutes ses possibilités, et celui des adultes dominé par l’argent… Quand, au détour d’une chanson, il trouve un improbable successeur au fameux Supercalifragilistisexpialidocius, on se dit quand même que l’hommage est un peu appliqué. Soit.

N’empêche que la magie est bien au rendez-vous. Et que si cette suite n’a pas la fraîcheur de l’original, elle en retrouve l’inventivité et cette indéfectible foi en la bienveillance, avec ses sentiments nobles et ses méchants à la Capra (Colin Firth est parfait en banquier avide qui semble tout droit sorti de La Vie est belle), et ses seconds rôles hauts en couleur (Meryl Streep impeccable en cousine gentiment timbrée de Mary Poppins).

Quant à la plus célèbre des nounous, on la retrouve tel qu’elle a toujours été, ou presque. Emily Blunt sait comment jouer le personnage : elle a sans doute vu et revu le film original pour s’inscrire dans l’exacte continuité de Julie Andrews. Mais elle le fait avec un naturel idéal, et un charme désarmant. Absolument parfaite, donc.

Finalement, la seule déception concerne l’absence de Julie Andrews. Dick Van Dyke apparaît bien, jouant le (vieux) fils du (vieux) banquier qu’il interprétait déjà dans le premier film (où il tenait donc deux rôle), le temps d’une scène réjouissante. Mais Julie Andrews a refusé de tenir le rôle qu’on lui réservait. Pas difficile d’ailleurs d’imaginer de quel rôle il s’agit : celui de la vendeuse de ballons que l’on voit dans la toute dernière partie, et que tient finalement Angela Lansbury (qui a failli interpréter Mary Poppins en 1964). Qu’importe, c’est bien l’ombre de Julie Andrews qui apparaît alors, celle d’un classique qui a droit, très tardivement, à une suite belle et digne.

LIVRE : Frank Borzage, un romantique à Hollywood – d’Hervé Dumont – 1993/2013

Posté : 15 juin, 2019 @ 8:00 dans BORZAGE Frank, FARRELL Charles, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Frank Borzage un romantique à Hollywood

Voilà sans doute la meilleure façon de découvrir l’univers d’un cinéaste, de vraiment le découvrir : enchaîner en trois ou quatre mois 35 de ses films, tout en lisant un pavé de 1000 pages qui lui est consacré. Le voyage a en tout cas été passionnant, et je l’écris ici pour la postérité : Frank Borzage est un cinéaste immense, peut-être le plus grand de tous les grands cinéastes mésestimés.

Il y a bien longtemps que j’aime passionnément ses grands chefs d’œuvre muet avec le couple Janet Gaynor-Charles Farrel. Mais quelle découverte, quel voyage fascinant : ses débuts en tant qu’acteur puis réalisateur de petits westerns déjà très intéressants (The Pilgrim), ses premières œuvres personnelles (The Circle), son premier âge d’or (Seventh Hour), mais aussi le passage au parlant (They had to see Paris).

Et ces extraordinaires années 30, émaillée d’immenses chefs d’œuvre (Man’s Castle, Three Comrades), et d’une richesse inépuisable. Rien à jeter, ou presque, dans cette décennie, où même ses films considérés comme mineurs (Shipmates forever) recèlent des moments de pure magie, sans même compter tous les bijoux méconnus, trop vite oubliés (Living on velvet, Stranded, Big City…).

A vrai dire, sa carrière reste passionnante de bout en bout. Ses années 40 sont souvent méprisées ? A tort : même si les grands chefs d’œuvres sont plus rares, le plus romantique des cinéastes hollywoodiens a toujours ce don pour faire naître une émotion immense, et pour filmer l’intimité naissante entre ses personnages. Et quel directeur d’acteur, qui tire le meilleur de ses comédiens, de Deanna Durbin (His butler’s sister) à Van Heflin (Seven Sweetheart).

Bref, une mine inépuisable pour Hervé Dumont, qui signe l’ouvrage de référence sur Borzage. Moins une biographie à proprement parler qu’une étude détaillée de sa filmographie. Sans doute est-ce dû à la discrétion du cinéaste, Dumont ne s’attarde qu’à de rares occasions sur des épisodes personnelles de sa vie, ne livrant que très peu d’anecdotes. Trop peu à mon goût d’ailleurs : c’est uniquement à travers ses films qu’on découvre l’homme.

A une exception près quand même : Dumont s’intéresse longuement, très longuement, à l’appartenance de Borzage à la franc-maçonnerie, dont il fait le socle de toute la filmographie du cinéaste, en tout cas dans sa première moitié. Quitte à surinterpréter certains de ses films, sans doute.

Cela dit, le livre de Dumont est d’une grande précision sur le travail de Borzage, détaillant longuement les films majeurs du cinéaste (à tel point qu’il vaut mieux avoir vu les films, pour ne pas s’en gâcher le plaisir), balayant un peu trop vite certaines œuvres plus mineurs, en réhabilitant d’autres… Pas la plus intime des biographies, mais un livre important pour plonger dans l’œuvre si méconnue d’un si grand cinéaste.

How to make movies (id.) – de Charles Chaplin – 1918

Posté : 20 avril, 2019 @ 8:00 dans 1895-1919, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

How to make movies

En 1918, Chaplin a eu une idée géniale… dont il n’a rien fait pendant quarante ans : filmer la construction de ses propres studios à Hollywood, puis s’y mettre en scène dans son quotidien de création. Au cinéma, seuls deux minutes en seront utilisés en 1959 pour introduire The Chaplin Revue, programme regroupant trois courts métrages. Mais les seize minutes que l’on connaît de ce film jamais réellement achevé sont fascinantes.

Ce n’est pas à proprement parler un documentaire : on sent bien que tout est mis en scène, ne serait-ce que la manière dont les frusques de Charlot sont religieusement transportées d’un coffre fort au bureau de Chaplin. Mais le film montre toutes les étapes de fabrication d’un film, des répétitions au tirage du film, et c’est passionnant de voir Chaplin livrer lui-même ses secrets de fabrication.

C’est même un cas à peu près unique dans l’histoire du cinéma : ce témoignage d’un monument qui dévoile l’envers du décor. On le voit répéter avec Edna Purviance, Henry Bergman, faire faire des essais à une jeune actrice (en flirtant gentiment), ou entrer littéralement dans la peau de Charlot.

L’occasion aussi de placer ces quelques scènes où Charlot fait du golf, probable ébauche d’un court métrage jamais terminé, tourné quelques mois plus tôt (on y voit Eric Campbell, mort fin 1917 avant que le studio soit achevé). Avant que Chaplin, de nouveau habillé « en civil », gratifie le spectateur d’un « au revoir » face caméra.

Une curiosité passionnante et indispensable.

Le Pèlerin (The Pilgrim) – de Charles Chaplin – 1923

Posté : 12 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Le Pèlerin

Dernier film de Chaplin pour la First National, The Pilgrim évoque d’une manière très curieuse The Adventurer (Charlot s’évade), le dernier film qu’il a tourné pour la Mutual. Dans les deux cas, Charlot y est un homme recherché par la police, comme si à chaque fois il voulait symboliser son envie de fuir la « prison » que représenterait sa maison de production du moment.

Comparer les deux films revient en tout cas à mesurer le chemin parcouru par Chaplin durant ces six années passées à la First National. Six ans au cours desquels il a pu expérimenter le luxe d’avoir le temps de peaufiner ses films, ses gags, d’enrichir son personnage et le fond derrière l’humour pur. Son rythme n’est alors que d’un ou deux films (courts ou moyens métrages) par an. Du grand luxe à côté du rythme effréné de ses débuts.

Après Jour de paye, Le Pèlerin confirme que Chaplin est au sommet de son art comique, et qu’il maîtrise désormais totalement sa mise en scène de l’action. Une séquence illustre parfaitement cette perfection de la narration : celle du prêche, où Charlot, bagnard évadé qui se fait passer pour un pasteur à la suite d’un concours de circonstance, mime la lutte de David (lui-même) contre Goliath (le monde extérieur). Tout un symbole…

Chaplin n’oublie pas l’humour pur, en multipliant les gags avec une imagination qui semble toujours sans fin (la scène du chapeau-gâteau notamment). Mais l’insolence du cinéaste, son envie profonde d’être un peu plus qu’un clown, sont bien perceptibles. The Pilgrim est une étape importante dans la filmographie de Chaplin : sa dernière comédie pure, son dernier court métrage (ou moyen métrage, disons), la dernière fois aussi où il se filme avec Edna Purviance.

La même année commencera pour lui l’aventure United Artists, grande ère de liberté absolue qu’il entamera avec L’Opinion publique, ses sublimes adieux avec la belle Edna. C’est une autre histoire…

Jour de paye (Pay Day) – de Charles Chaplin – 1922

Posté : 11 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Jour de paye

Une date : le dernier deux-bobines de Chaplin, et peut-être (sans doute) son meilleur, son plus drôle, son plus inventif, son plus parfait. L’un des plus représentatifs de son génie et de la richesse de son personnage aussi, même si Charlot n’est ici ni un être solitaire, ni un clochard. Pas « a tramp », donc : il est marié, et a un boulot. Mais sa femme est une sorte de pitbull tyrannique qu’il fait tout pour éviter. Et son job d’ouvrier du bâtiment est idéal pour que les pires mésaventures lui arrivent.

Après l’aventure extraordinaire de The Kid, et en attendant la totale indépendance qu’il s’offrira avec la United Artists, Chaplin doit encore quelques films à la First National. Avec celui-ci, il offre à ses « patrons » et au public exactement ce qu’ils attendent : une succession de gags irrésistibles, d’une inventivité folle, et au rythme imparable. Des gags en trois dimensions sur le chantier, dont il fait un terrain de jeu idéal : le moindre outils, le moindre recoin est source de gag. Et Chaplin est au sommet de sa géniale imagination.

On ne citera que l’usage extraordinaire qu’il fait de l’ascenseur du chantier, transformé en monte-plats inattendu. On retrouve la même inventivité dans la séquence nocturne du retour à la maison, où un Charlot exténué s’accroche aux saucisses pendues d’une épicerie ambulante (tenue par son frère Sidney) comme s’il s’agissait des poignets d’un bus. Ou dans les efforts qu’il fait, chez lui, pour échapper à la vigilance de son ogresse de femme.

Entre The Kid et L’Opinion publique, Pay Day peut avoir l’air d’une simple récréation pour Chaplin. Et ça l’est effectivement, d’une certaine manière : une sorte de parenthèse dans sa quête d’autre chose, d’un cinéma plus ambitieux et plus émouvant. Mais c’est aussi la quintessence du rire made in Chaplin. Peut-être la plus drôle de ses comédies pures.

Charlot et le masque de fer (The Idle Class) – de Charles Chaplin – 1921

Posté : 10 avril, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

Charlot et le masque de fer

Des quelques films tournés par Chaplin à cette époque de transition, entre le coup d’éclat de The Kid et ses longs métrages, The Idle Class est celui qui semble le plus anodin. Il l’est d’ailleurs en partie, avec cette première moitié qui se contente grosso modo de recycler des situations et des gags déjà testés auparavant.

C’est le cas notamment lors d’une partie de golf où Charlot apparaît sous son jour le plus cynique, le moins tendre : un dandy raté, clochard se la jouant grand seigneur avec une majesté qui n’appartient qu’à lui. Cette partie est en quelque sorte l’aboutissement de tentatives de longue date (comme on peut le voir dans une mystérieuse ébauche de film, Charlot fait du golf).

Le film marque surtout parce qu’il redonne l’occasion à Chaplin de jouer un double rôle. Ce n’est pas une première : il l’avait déjà fait dans A night in the show. En revanche, c’est la première fois qu’il s’amuse avec le thème des sosies, le clochard étant pris pour un riche oisif porté sur la boisson (marié à la belle Edna Purviance). Ce qu’il refera bien sûr une vingtaine d’années plus tard dans Le Dictateur.

On n’est clairement pas sur le même registre, mais ce court métrage ne manque pas d’intérêt, dans ce qu’il dit en creux du pouvoir de l’argent et de l’apparence. Profitant bien malgré lui d’un bal masqué, Charlot peut durant un court moment expérimenter ce bonheur qu’il ne pouvait que rêver en croisant Edna au hasard d’un chemin.

L’espace d’un moment, Charlot le cynique devient tendre et émouvant, baissant la garde et frôlant même le sentimentalisme. Jusqu’à un coup de pied au cul final qui balaye tous ces rêves envolés. Pas si grave tout ça, tant qu’on reste fidèle à ce qu’on est…

Nuits de Chine (Don’t drink the water) – de Woody Allen – 1994

Posté : 4 avril, 2019 @ 8:00 dans 1990-1999, ALLEN Woody, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

Don't drink the water

« Yes it’s a crise, but so far it is our own private crise. »

Entre Coups de feu sur Broadway et Maudite Aphrodite, Woody Allen s’offre une sorte de récréation, un petit extra qui vient s’ajouter à sa production annuelle : ce téléfilm adapté de l’une de ses pièces à succès, qui avait d’ailleurs déjà été portée à l’écran en 1969, avec Jackie Gleason dans le rôle principal. Comme si, vingt-cinq ans plus tard, il avait voulu se réapproprier son œuvre.

« I wasn’t undecided, I just couldn’t make a decision. »

Bon, il le fait quand même sans trop se fouler. Ce téléfilm plein de folie est certes souvent très drôle et mené à un rythme d’enfer, mais il n’a pas l’élégance des productions habituelles d’Allen. Une réalisation un peu plan plan qui cantonne ce Don’t drink the water à son statut de sympathique curiosité.

« My daughter Susan… She was a cesarian. »

Woody Allen y interprète lui-même le rôle d’un touriste américain obligé de se réfugier avec sa famille dans l’ambassade à Moscou, les services secrets russes le prenant pour un espion après qu’il a photographié des monuments de la capitale. C’est que l’action se déroule dans les années 60, en pleine guerre froide (étonnant d’ailleurs que Crisis in six scenes, l’autre incursion de Woody Allen sur le petit écran, se déroule à la même époque).

« How could he be not romantic ? He’s a skin doctor. »

On ne sort qu’à de très rares occasions de cette ambassade, héritage théâtral oblige. Et les personnages y défilent, tous plus dingues les uns que les autres. Parmi eux : un apprenti magicien (Dom De Luise, en roue libre et un peu fatiguant) coincé là depuis six ans. En l’absence de son père, c’est le fils de l’ambassadeur qui tente maladroitement de canaliser toute cette énergie. Il est interprété par un Michael J. Fox très à son aise dans cet univers allenien.

« Why do you have to pick up strange objects ? – That’s how we met. »

Comme toujours chez Woody Allen, les répliques fusent, et font souvent mouches. C’est un peu vain sans doute, c’est très mineur pour sûr, mais ça se voit avec un vrai plaisir, comme un petit bonus dans la filmographie du grand Woody.

« I’m married, I’m not an escaper. »

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