Play it again, Sam

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Space Jam (id.) – de Joe Pytka – 1996

Posté : 27 juin, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, DESSINS ANIMÉS, FANTASTIQUE/SF, PYTKA Joe | Pas de commentaires »

Space Jam

En 1996, Michael Jordan est revenu au basket après avoir tenté une reconversion dans le base ball qui a laissé à peu près tout le monde dubitatif. De nouveau au sommet, il s’essaye au cinéma avec ce film familial qui surfe sur le succès, encore relativement récent, de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?

Le voilà donc dans son propre rôle, appelé à la rescousse par Bugs Bunny et l’ensemble des Looney Tunes, qui doivent impérativement gagner un match de basket face à des extraterrestres qui ont volé le talent de joueurs de la NBA. Oui, raconté comme ça, ça a l’air con. Et en fait, eh bien c’est con. Mais c’est à voir en famille, ça ne se prend pas au sérieux, et c’est plutôt rigolo, alors…

Assez amusante, aussi, cette manière dont Michael Jordan s’amuse lui-même de sa propre déconvenue de joueur de base-ball. Cette autodérision rend le bonhomme quand même franchement sympathique. Et puis c’est Michael Jordan, quand même.

Autre bon point: l’apparition d’un Bill Murray en roue libre, comme on l’aime. Lunaire et inattendu, l’air d’en avoir rien à foutre, et simplement génial. Il n’a pas beaucoup de scènes, il disparaît d’une manière aussi inattendue qu’il était apparu, mais sa seule présence est un plaisir qui ne se boude pas.

Film (id.) – de Samuel Beckett et Alan Schneider – 1965

Posté : 19 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, BECKETT Samuel, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS, SCHNEIDER Alan | Pas de commentaires »

Film

Étrange chose que cette rencontre entre Samuel Beckett et Buster Keaton… Visiblement fasciné par le langage cinématographique, l’auteur en livre une sorte d’allégorie, burlesque et sombre, séduisante et opaque.

Aucun son, si ce n’est un « Chut ! » retentissant, des décors dépouillés (un terrain vague et une pièce vide), Keaton seul à l’écran (à l’exception de trois courtes apparitions), et filmé de dos, sans que son visage n’apparaisse avant les derniers instants…

Avec Film, Beckett ne facilite pas la tâche du spectateur, mais il crée un malaise tenace. Le film se ressent plus qu’il ne se comprend vraiment. On saisit toutefois qu’il est question de regard, de la violence de la caméra. Les trois « autres » acteurs qui apparaissent sont pris de terreur lorsque le regard tombe sur l’axe de la caméra.

Puis Keaton fait tout pour éviter le regard : celui de la caméra donc, à laquelle il tourne constamment le dos, mais aussi le sien, celui de son reflet. Celui des animaux aussi, poisson rouge ou moineau en cage qu’il tente de faire disparaître.
Puis des photos, moments saisis par un objectif et immédiatement envolés… Beckett dresse un parallèle troublant entre ces images captées et la vie qui s’écoule sans qu’on puisse la retenir.

Film est une sorte de chant du cygne pour Buster Keaton. Un film qu’il n’a ni compris, ni aimé. L’atmosphère, c’est vrai, rappelle moins son cinéma à lui qu’il n’annonce celui de David Lynch. Il y a clairement quelque chose de lynchien, notamment le Lynch des courts-métrages, dans la manière de filmer les mouvements, de faire naître l’angoisse et le trouble à partir de situations absurdes et opaques.

TV Reader’s Digest : Cochise, greatest of the Apaches id.) – épisode réalisé par Harry Horner – 1956

Posté : 10 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), HORNER Harry, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cochise greatest of the Apaches

TV Reader’s Digest, comme son titre le laisse penser, est une adaptation télévisée du Reader’s Digest, anthologie de courts films adaptés d’articles parus dans le célèbre magazine. Des histoires vraies donc, qui abordent chacun un fait historique important ou anecdotique, mais réel.

Dans cet épisode consacré à Cochise, les grandes lignes sont authentiques. Trahi par un officier, le chef Indien a mené une guerre contre les blancs pendant une dizaine d’années avant de trouver un accord de paix, grâce à un officier humaniste et à un aventurier chargé de transporter le courrier, et devenu son ami…

On peut quand même avoir des doutes sur la véracité des détails exposés ici. La phrase « There is no peace in war » a beau être grammaticalement correcte, et inattaquable sur le fond… comment dire… Bref, la série prend des raccourcis énormes avec une bienveillance immense et une naïveté, disons, rafraîchissante.

Mais tout ça n’a pas grande importance. Cette série anthologique ne doit sa présence sur ce blog qu’à un détail : l’apparition dans un petit rôle d’un tout jeune Clint Eastwood, alors dans ses années de panouilles. Et même s’il n’apparaît que dans le dernier tiers du métrage, il a droit à son nom au générique et à quelques répliques.

Surtout, ce Cochise, greatest of the Apaches marque la toute première incursion de Clint dans le western. Cette année-là, il aura d’autres occasions de s’illustrer dans le genre : brève apparition dans La Corde est prête, beau gosse tout en sourire dans La VRP de choc ou second rôle émouvant dans un épisode d’une autre série anthologique, Death Valley Days. Mais c’est bien ici qu’il fait ses débuts westerniens.

C’est certes anecdotique, ça ne donne pas un rythme particulier à cet épisode bavard et statique (malgré sa construction en flashs backs), mais ça suffit pour en faire un élément indispensable sur le chemin d’une intégrale Clint Eastwood.

Les Mistons – de François Truffaut – 1957

Posté : 4 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Les Mistons

« N’ayant pas l’âge d’aimer Bernadette, nous décidâmes de la haïr et de tourmenter ces amours… »

Dès ce premier film, les thèmes chers à François Truffaut sont là. L’enfance, les premiers amours, la découverte de la sensualité… Et formellement : la voix off, les images comme volées, ou l’irruption soudaine du burlesque (« Non monsieur, je ne donne jamais de feu. Jamais ! »).

Truffaut rend aussi un hommage au cinéma des premiers temps : clin d’œil à L’Arroseur arrosé, et puis cet étonnant plan filmé à l’envers, comme dans les courts métrages de Chaplin, avec ce gamin que l’on voit se relever, ou plutôt dé-tomber.

Truffaut filme la sensualité de Bernadette Laffont comme un fantasme d’enfant, ou un souvenir d’enfance trop beau pour être vraiment vrai… Le regard nostalgique d’une enfance envolée, et ce dernier plan, comme un adieu à l’enfance, déchirant…

Le premier film de Truffaut est un film court. Mais c’est déjà un grand film.

Antoine et Colette – de François truffaut – 1962

Posté : 3 juin, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, COURTS MÉTRAGES, TRUFFAUT François | Pas de commentaires »

Antoine et Colette

Trois ans après Les 400 coups (et cinq ans avant Baisers volés), Truffaut retrouve son personnage d’Antoine Doinel, pour le segment français d’un film à sketchs international, L’Amour à 20 ans, qui n’est à peu près connu aujourd’hui que pour sa participation (même si Andrzej Wajda et Marcel Ophüls ont également signé des segments).

Antoine et Colette est un film à la fois très différent du précédent, et qui s’inscrit dans sa continuité, avec plusieurs références directes. Antoine, le gamin en mal d’amour parental, est devenu un ado en quête d’amour, et qui fait face à des problèmes plus universels que ceux qui étaient les siens autrefois : la douche froide de l’amour unilatéral.

Marie-France Pisier, toute jeune, est le pendant féminin de Jean-Pierre Léaud. Même phrasé, même air dégagé. Entre les deux, la rencontre est pleine de promesses, de tensions, et de frustration, sentiment que Doinel expérimente à plein !

Il y a au moins deux aspects formels passionnants dans ce court métrage de vingt minutes à peine. D’abord, la manière dont Truffaut isole constamment ses personnages principaux, y compris dans la foule. Par des gros plans, des allers-retours entre l’un et l’autre, par des caches (procédé désuet qu’il utilise dans une grande partie de ses films), ou par des cadres naturels dans le plan.

Ensuite, la bande-son, exceptionnelle, qui utilise aussi bien des grands airs classiques (Ah ! ce réveil d’Antoine qui ouvre ses fenêtres sur Paris !) que des chansons françaises populaires, dont il ne retient parfois qu’une phrase.

Étape indispensable dans la saga Doinel, Antoine et Colette est aussi un jalon loin d’être anodin dans la filmographie de Truffaut.

La Revue de Charlot (The Chaplin Revue) – de Charles Chaplin – 1918, 1923, 1959

Posté : 27 mai, 2020 @ 8:00 dans 1895-1919, 1920-1929, 1950-1959, CHAPLIN Charles, COURTS MÉTRAGES, FILMS MUETS | Pas de commentaires »

La Revue de Charlot

Dans la dernière partie de sa carrière, Chaplin est souvent revenu sur ses jeunes années, sonorisant La Ruée vers l’or, ou composant des musiques pour ses grands classiques. En 1959, il choisit trois de ses meilleurs courts métrages pour en faire un programme de deux heures.

The Chaplin Revue vaut bien sûr pour ces trois films : Une vie de chien, Charlot soldat et Le Pèlerin. Il vaut aussi pour les courtes introductions de Chaplin lui-même en voix off, qui d’un ton rigolard évoque le contexte de Charlot soldat avec quelques vraies images de la Grande Guerre tirées de l’Imperial War Museum : « Il n’y avait pas de bombes atomiques, ni de missiles téléguidées, il n’y avait que des canons, des baïonnettes et des gaz toxiques. C’était le bon temps ! »

Surtout, le programme s’ouvre avec quelques extraits d’un film documentaire que Chaplin a tourné dans les coulisses de ses studios en 1918 : How to make movies. Il n’en garde que deux minutes (sur seize connues), mais cette introduction enjouée et pleine d’humour apparaît comme un beau chant d’amour au cinéma muet : « J’ai composé deux heures de musique, qui seront sans doute plus belles que le bruit des pas sur le gravier », commente Chaplin.

La Quatrième dimension (The Twilight Zone) – créée par Rod Serling – saison 1 – 1959/1960

Posté : 26 mai, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, 1960-1969, BARE Richard L., BRAHM John, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, FLOREY Robert, GANZER Alvin, HEYES Douglas, LEISEN Mitchell, PARRISH Robert, REISNER Allen, ROSENBERG Stuart, SMIGHT Jack, STEVENS Robert, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

[pilote et épisodes 1 à 15]

La Quatrième dimension 1 The Time Element

The Time Element (pilote)

* pilote : The Time Element (id.) – réalisé par Allen Reisner

Ce n’est pas encore tout à fait The Twilight Zone : le célèbre générique et la voix du créateur et scénariste Rod Serling sont encore absents. Mais The Time Element, diffusé dans le cadre du programme Westinghouse Desilu Playhouse, est considéré comme le pilote de la série. Ses qualités incontestables vont propulser le show, qui deviendra très vite l’une des plus éclatante réussites de l’histoire de la télévision.

Plus long qu’un épisode classique (près d’une heure ici), ce moyen métrage se base, comme beaucoup d’épisodes par la suite, sur un thème récurrent du cinéma fantastique, en l’occurrence le voyage dans le temps. Mais sur un mode inattendu : c’est lorsqu’il rêve que le personnage interprété par William Bendix est propulsé une quinzaine d’années en arrière, à la veille de l’attaque des Japonais sur Pearl Harbor, rêve récurrent qu’il raconte à un psychiatre, joué par Martin Balsam.

Les scènes dans lesquelles ce dernier apparaît ne sont pas les plus pertinentes : le film aurait sans doute gagné en intensité en se concentrant uniquement sur l’expérience de ce vétéran confronté à ce qu’il sait être une tragédie à venir. D’ailleurs, les allers-retours passé-présent sont de moins en moins nombreux, et l’intrigue se recentre de plus en plus sur la partie se déroulant en 1941. La plus passionnante, et la plus tendue.

* 1 : Solitude (Where is everybody ?) – réalisé par Robert Stevens

Le véritable « pilote » n’ayant pas été diffusé, c’est avec cet épisode que les spectateurs français ont découvert cette série mythique. Et d’emblée, tout ce qui fera le succès du show est déjà là : cette manière de faire naître l’angoisse de nulle part, de transformer le quotidien en cauchemar éveillé, sans grosses ficelles, sans gros moyens, juste avec des histoires intrigantes ou dérangeantes, et une mise en scène soignée.

Ce premier épisode se base sur un motif que l’on retrouvera au cours des saisons à venir : un homme, amnésique, se retrouve dans une ville dont tous les habitants semblent s’être évaporés. D’abord amusé, puis étonné, il réalise peu à peu l’horreur de sa situation. Le film doit d’ailleurs beaucoup à l’interprétation d’Earl Holloman, seul à l’écran la plupart du temps, et excellent.

La réussite repose aussi sur la manière dont le personnage est constamment contraint par les objets qui l’entourent, et qui l’enferment avec un sentiment grandissant de menace : un vélo qui le fait trébucher, une cabine téléphonique qui refuse de le faire sortir, une porte de prison qui semble vouloir le retenir, des présentoirs qui tournent sur eux-mêmes comme s’ils le dévoraient…

Avec sa conclusion trop explicative, Rod Serling, le créateur et scénariste du show, ne va pas au bout de la logique qui sera celle des épisodes et des saisons à venir, et fait un peu retomber la pression. Mais ce coup d’essai est pour le moins plein de promesses.

* 2 : Pour les anges (One for angels) – réalisé par Robert Parrish

Changement de ton avec cette variation tendre et gentiment cruelle sur le thème de la Mort qui vient chercher sa victime. La Grande Faucheuse est bien loin de l’intraitable incarnation du Septième Sceau, et a ici les traits avenants et compréhensifs et le costume impeccable de Murray Hamilton (qui sera le maire cynique des Dents de la Mer). Quant à celui dont l’heure a sonné, c’est Ed Wynn, en vieux colporteur au grand cœur, qui pense avoir trouvé le truc infaillible pour sauver sa peau.

Sauf que tricher avec la Mort n’est pas sans conséquence. Et pour faire simple, il réalise bientôt que le sursis dont il dispose pourrait bien coûter la vie à une fillette. Au-delà de ses ressors plutôt rigolos (la Mort est transformée en acheteur compulsif par le bagout du vieil homme), le film parle du temps qui passe, de la trace que l’on laisse, et de l’acceptation de sa propre mort.

La Quatrième dimension 1 Souvenir d'enfance

Souvenir d’enfance (Walking distance)

* 3 : La Seconde chance (Mr. Denton on Doomsday) – réalisé par Allen Reisner

Excellente variation sur le thème westernien du tireur rattrapé par sa réputation. Dan Duryea y est formidable dans le rôle d’un alcoolique pathétique hanté les morts dont il a été responsable par le passé, et torturé par un Martin Landau parfaitement odieux, tout de noir vêtu.

Comme dans l’épisode précédent, le fantastique prend la forme d’une apparition mystérieuse : celle d’un colporteur au regard affûté et au verbe rare nommé « Faith » (destin). Plus qu’un film sur la chance ou le destin, cet épisode très réussi est aussi une réflexion bienveillante sur le libre arbitre.

* 4 : Du succès au déclin (The Sixteen-millimeter Shrine) – réalisé par Mitchell Leisen

Une actrice, star déchue, vit recluse dans sa villa où elle passe ses journées à revoir ses vieux films. La parenté avec Sunset Boulevard est évidente, et parfaitement assumée. Ida Lupino, dans le rôle principal, est une sorte de double bouleversante de Norma Desmond, qui finirait par réaliser le fantasme du personnage imaginé par Billy Wilder.

Un plan, magnifique, résume bien la réussite de cet épisode : dans le salon obscur transformé en salle de projection, l’actrice surgit de derrière l’écran, comme si elle en sortait… La frontière entre le passé et le présent, la difficulté d’accepter le temps qui passe : tout est dans ce plan. Une nouvelle réussite, avec aussi Martin Balsam et Ted De Corsia.

* 5 : Souvenir d’enfance (Walking Distance) – réalisé par Robert Stevens

Voilà l’un des classiques qui ont fait la grandeur de Twilight Zone (et qui ont marqué mon enfance) : l’histoire d’un homme (Gig Young) qui fuit une vie qu’il trouve insupportable et se retrouve dans la petite ville où il a grandi et où il n’a plus mis les pieds depuis 20 ans… avant de réaliser qu’il est aussi revenu 20 ans en arrière, à l’époque de son enfance.

Délicieusement nostalgique, cet épisode est une merveille, qui illustre le désir de beaucoup de retrouver ses souvenirs d’enfance. Très émouvant, par moments franchement bouleversant (le dialogue final avec son père, le milk-shake à trois boules…), mais pas passéiste pour autant, Souvenir d’enfance fait partie des chefs d’œuvre de la série.

La Quatrième dimension 1 Question de temps

Question de temps (Time enough at last)

* 6 : Immortel, moi jamais ! (Escape Clause) – réalisé par Mitchell Leisen

Première petite déception pour cette série jusqu’ici impeccable. Pas que cette variation sur le thème de l’âme vendue au diable soit un ratage : son parti-pris est même plutôt rigolo, avec ce type odieux pour qui le monde entier tourne autour de sa petite personne. Mais le personnage (interprété par David Wayne) est totalement monolithique, sans l’once d’une fêlure dans la carapace. Difficile dans ces conditions de s’identifier, ou même de ressentir une quelconque émotion.

Mais l’histoire de cet homme qui acquiert l’immortalité sans trop savoir quoi en faire s’achève par l’un de ces twists dont Rod Serling a le secret. Et le diable a l’apparence bonhomme de l’excellent Thomas Gomez. Rien que pour ça…

* 7 : Le Solitaire (The Lonely) – réalisé par Jack Smight

Un homme condamné pour meurtre vit seul en exil sur un astéroïde à des milliers de kilomètres de la Terre. Un jour, l’officier qui le ravitaille lui apporte un robot qui ressemble trait pour trait à une femme de chair et d’os, avec des sensations et des émotions…

Fidèle à ses habitudes, la série rejette toute idée de spectaculaire : le décor est celui, banal, d’une région désertique, avec ses grands espaces, une petite cahute un peu minable, et même un vieux tacot qui ne roule pas. Au milieu, Jack Warden, excellent dans le rôle d’un homme rongé par la solitude, qui réapprend à vivre au contact de ce robot si humain.

Ce joli épisode très émouvant est une belle réflexion sur la nécessité de vivre en société, et sur la nature des sentiments. Très juste, et porté par la belle musique de Bernard Herrmann.

* 8 : Question de temps (Time enough at last) – réalisé par John Brahm

Voilà peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse. Et même sans la surprise du terrible rebondissement final, il faut reconnaître que ce petit bijou garde toute sa force. Et quelle interprétation de la part de Burgess Meredith, formidable en petit homme à lunettes amoureux fou des livres, contraint de lire en cachette pour éviter les remontrances de son patron et de sa femme (à ce propos, j’étais persuadé qu’on le voyait lire les étiquettes des bouteilles à table, alors qu’il ne fait que le mentionner).

En moins de trente minutes, John Brahm raconte le triste et banal quotidien de ce doux rêveur, et le confronte à l’apocalypse, faisant de lui le dernier homme sur terre. Son errance est alors déchirante, puis enthousiasmante, puis pathétique. Beau, émouvant, et d’une grande justesse : un petit chef d’œuvre.

La Quatrième Dimension 1 La Nuit du jugement

La Nuit du jugement (Judgment Night)

* 9 : La Poursuite du rêve (Perchance to dream) – réalisé par Robert Florey

Un homme arrive chez un psychiatre et lui explique qu’il est éveillé depuis près de quatre jours : s’il s’endort, il meurt… Un point de départ très intriguant pour cet épisode qui ne tient pas totalement ses promesses. Le propos est un peu confus, et part vers plusieurs directions différentes avant de se focaliser sur les mystères des rêves.

Cela dit, cet épisode illustre parfaitement l’économie de moyen propre à la série, qui sait créer une atmosphère d’angoisse à partir d’éléments du quotidien. Il offre aussi un beau rôle à l’excellent Richard Conte, face à un John Larch plus en retrait. Quant aux scènes de rêve, qui occupent une grande partie de la seconde moitié, elles sont à la fois sobres et joliment stylisées.

* 10 : La Nuit du jugement (Judgment Night) – réalisé par John Brahm

Un homme se réveille sur un bateau naviguant sans escorte en 1942, dans une mer infestée de sous-marins allemands… Qui est-il ? Comment est-il arrivé là ? Lui-même ne s’en souvient pas. Mais il a bientôt la certitude, de plus en plus précise, d’une catastrophe qui approche.

On retrouve le John Brahm de The Lodger dans cet épisode passionnant et particulièrement angoissant, avec ces images nocturnes baignés de brume. Comme dans ses films noirs des années 40, Brahm fait du brouillard le décor cinématographiquement idéal pour faire naître la peur : quoi de plus effrayant que ce qu’on ne peut pas voir ?

Une grande réussite, portée par l’interprétation habitée de Nehemiah Persoff. A noter l’apparition, dans un petit rôle, du futur John Steed de Chapeau melon, Patrick McNee.

* 11 : Les trois fantômes (And when the sky was opened) – réalisé par Douglas Heyes

Richard Matheson a imaginé une histoire particulièrement flippante pour cet épisode, réalisée très efficacement : trois astronautes survivent miraculeusement au crash de leur appareil. Peu après, l’un d’eux disparaît subitement, et c’est comme s’il n’avait jamais existé : seul l’un de ses camarades se souvient de lui.

C’est du pur Twilight Zone, un cauchemar éveillé dérangeant et réjouissant à la fois. Dans le rôle principal, Rod Taylor, futur adversaire des Oiseaux devant la caméra de Hitchcock, affronte ici une menace aussi angoissante, aussi mystérieuse, et nettement moins palpable.

La Quatrième Dimension 1 Quatre d'entre nous sont mourants

Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying)

* 12 : Je sais ce qu’il vous faut (What you need) – réalisé par Alvin Ganzer

Un vieux marchand ambulant a le don de voir l’avenir de ses clients, et sait d’avance ce dont ils ont vraiment besoin. Une jolie idée, qui donne lieu à une belle séquence d’introduction, pleine d’une bienveillance à la Capra : un ancien joueur de base-ball et une jeune femme solitaire se voient offrir grâce au vieil homme une seconde chance.

Mais le personnage principal est un sale type, qui voit rapidement le bénéfice qu’il peut tirer de ce don. La bienveillance disparaît alors pour laisser la place à un petit suspense, et surtout à un face-à-face ironique, et plus du tout bienveillant pour le coup. Une réussite, modeste et surprenante à la fois.

* 13 : Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying) – réalisé par John Brahm

Il suffit d’un plan pour se rendre compte que cet épisode-là est mis en scène par un grand cinéaste. Plan désaxé, néons omniprésents qui soulignent le poids de la grande ville… John Brahm, qui avait définitivement abandonné le cinéma pour la télévision, s’empare d’un scénario malin mais un peu bancal pour signer un petit film stylisé et fascinant.

L’idée est très originale : un homme a le don de changer de visage comme il le souhaite, et en profite pour prendre l’identité d’hommes décédés récemment. Mais les épisodes s’enchaînent sans qu’on y croit réellement. Brahm semble nettement plus intéressé par l’atmosphère que par l’histoire, et se montre particulièrement inspiré.

Les scènes en extérieurs, surtout, sont formidables, avec ces décors à la limite de l’expressionnisme, qui tranchent avec des intérieurs nettement plus sages et donnent au film un rythme et un esprit étonnants et séduisants.

* 14 : Troisième à partir du soleil (Third from the sun) – réalisé par Richard L. Bare

C’est sans doute le thème qui caractérise le mieux le show : la paranoïa autour de la bombe H, la peur de l’apocalypse… Dans cet épisode, ce thème est traité avec une simplicité de moyen et une efficacité brute qui forcent le respect. Soit : deux familles qui savent que le monde est sur le point d’être anéanti par l’arme nucléaire, et qui décident de partir vers une autre planète à bord d’un engin top secret…

La majeure partie du métrage se déroule à huis-clos dans un intérieur tout ce qu’il y a de plus classique : une simple maison de banlieue où la tension devient de plus en plus forte. Gros plans, contre-plongées, montage au cordeau… Richard Bare filme ses six personnages au plus près en mettant particulièrement en valeur les lourds silences, les non-dits inquiétants. Et quand il prend la route, c’est avec une série de plans hallucinés et désaxés sur une voiture en mouvement, irréels et pesants.

On en oublierait presque le twist final, aussi simple que réjouissant. Cet épisode est une leçon de mise en scène, ou comment réaliser un grand film d’angoissant avec zéro moyen.

La Quatrième Dimension 1 La Flèche dans le ciel

La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air)

* 15 : La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air) – réalisé par Stuart Rosenberg

Une fusée disparaît des radars quelques minutes après son lancement. Les survivants ignorent tout du lieu particulièrement hostile où ils se sont crashés, et tentent de s’organiser pour leur survie…

Il y a une idée particulièrement forte au cœur de cet épisode. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on la voit venir à des kilomètres, cette idée qui constitue le twist final et dont on ne dira donc rien ici. Le plus gênant, c’est que la manière n’est pas non plus à la hauteur. En tout cas pas vue par des yeux d’aujourd’hui : l’équipage et ses rites paraissent bien vieillots.

Reste quand même une dernière scène qui frappe par sa tension, alors que, justement, on a compris depuis longtemps la surprise finale qu’elle nous réserve.

La Toilette de la Tour Eiffel – anonyme – 1924

Posté : 17 avril, 2020 @ 8:00 dans 1920-1929, anonyme, COURTS MÉTRAGES, DOCUMENTAIRE | Pas de commentaires »

La Toilette de la Tour Eiffel

Me voilà les mains toutes moites après avoir vu ce superbe documentaire consacré aux ouvriers qui repeignent la Tour Eiffel. En quelques minutes à peine, ce petit film Pathé rend un hommage vibrant à ces hommes que l’on voit braver l’altitude, le vertige, le plus souvent sans la moindre protection.

Aucune autre signature que celle de Pathé, hélas : on aurait aimé savoir qui a tourné ces images magnifiques, vertigineux travellings aériens, gros plans profonds sur les visages des peintres, un poème visuel jouant des lignes de fer qui s’entrelacent…

On aurait aimé aussi voir un documentaire sur les coulisses de ce documentaire, tant les images, tournées en 1924, impressionnent et envoûtent. Jamais, peut-être, on n’a vu la Tour Eiffel filmée de la sorte…

La Méthode Kominsky (The Kominsky Method), saison 2 – créée par Chuck Lorre – 2019

Posté : 11 avril, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, LORRE Chuck, McCARTY-MILLER Beth, TÉLÉVISION, TENNANT Andy | Pas de commentaires »

La Méthode Kominsky saison 2

Faire rire avec la déchéance physique d’un homme. Pari audacieux, surtout quand cet homme est joué par un acteur qui fut une sorte de symbole de virilité. Michael Douglas, star hyper-sexuée au sommet de sa gloire, qui incarne un type confronté à des problèmes de prostate. Un homme de son âge : 75 ans, qu’il porte beau, mais en traînant la patte.

Cette deuxième saison renforce la bonne impression qu’avait laissé la première, et précise les rôles entre les deux amis que tout oppose. Douglas, donc, comédien vieillissant confronté à la décrépitude non seulement de son corps, mais aussi de sa vie telle qu’il l’a toujours construite. Et Alan Arkin, son agent, droit et cynique, qui doit apprendre à regarder vers l’avenir à 80 ans bien tapés.

La première saison était essentiellement basée sur l’alchimie entre ces deux-là. Leur relation reste centrale, et irrésistible. Mais cette nouvelle salve d’épisodes développe leurs parcours respectifs. Norman (Arkin) renoue ainsi avec un amour de jeunesse (Jane Seymour, d’une grâce infinie) et avec sa fille décidée à tourner le dos à ses démons.

Sandy (Douglas) tente, lui, de recoller les morceaux avec Lisa, sa maîtresse à qui il est incapable de livrer ses sentiments. Il réalise aussi que ses rapports avec sa fille ne sont pas si simples. Moment très drôle où il découvre qu’elle vit avec un homme presque aussi vieux que lui, lui qui a enchaîné les relations avec des jeunes femmes aussi jeunes qu’elle.

Le show trouve le bon équilibre entre comédie et gravité, par petites touches jamais larmoyantes. Un passage, aussi, bref et inattendu, crée une jolie émotion : l’apparition de Kathleen Kennedy, qui forma un couple de cinéma marquant avec Michael Douglas dans trois films (de A la poursuite du diamant vert à La Guerre des Rose), et que l’on retrouve trente ans après, sa beauté envolée. Cette apparition, plus que le clin d’œil de Danny De Vito dans la première saison, renforce le parallèle entre Douglas et son personnage. Une belle idée.

Qu’a fait Jack ? (What did Jack do ?) – de David Lynch – 2017

Posté : 27 mars, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, LYNCH David, POLARS/NOIRS | Pas de commentaires »

Qu'a fait Jack

Entre deux saisons de Twin Peaks (il y en aura bien une quatrième, n’est-ce pas ???!!!), la filmographie de David Lynch est essentiellement faite de courts métrages ces dernières années. Œuvres majeures ou mineures ? Comment diable peut-on répondre à cette simple question devant cette chose aussi séduisante que déroutante : 17 minutes d’un interrogatoire mené par un détective qui soupçonne un petit singe.

Qui le soupçonne de quoi au juste ? D’avoir fricoté avec des volailles, d’avoir assassiné quelqu’un, de faire partie d’une organisation communiste ? Le singe se défend : normal, un petit animal aussi bien habillé que lui est forcément doué de parole. Et c’est un trucage aussi simple que rudimentaire qui lui permet de parler, une bouche humaine étant plaquée sur le visage de l’animal. Aussi imparfait que déstabilisant.

Face à lui, c’est David Lynch lui-même qui mène l’enquête, le costume et la mèche impeccable, sorte de double de Gordon Cole, son personnage de Twin Peaks. L’esthétique, d’ailleurs, évoque d’ailleurs immédiatement le fameux épisode 8 de la troisième saison, avec ce noir et blanc au grain profond et plein de défauts. Mais très vite, c’est le surréalisme de la Loge Noire que l’on croit retrouver, dans ce dialogue totalement lynchien.

Lynchien, parce que le réalisateur (également scénariste, ingénieur son, décorateur, acteur, monteur…) crée une atmosphère qui n’appartient qu’à lui, où l’absurde cohabite avec une vérité troublante. Il est franchement difficile de résumer le dialogue qui se noue entre ces deux personnages, encore plus de le comprendre vraiment. Mais il y a une ambiance de film noir à l’ancienne, une pression qui se fait de plus en plus fortes, et quelques références qui invoquent des heures troubles…

Il y a aussi la présence de Lynch, magnétique et fascinante. Et le regard quasi-fixe de ce petit singe pas très net mais acculé, regard noir et profond qui, malgré l’absurdité du procédé et les faux airs de sketch rigolard, happe l’attention et l’émotion. Incompréhensible, mais passionnant. David Lynch, en somme…

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