Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'STANWYCK Barbara'

Franc jeu / La Folle Semaine (Gambling Lady) – d’Archie L. Mayo – 1934

Posté : 27 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, MAYO Archie L., STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Franc jeu / La Folle Semaine (Gambling Lady) - d'Archie L. Mayo - 1934 dans * Pre-code Franc%20Jeu_zpsvw3si2ty

Ah ! L’une de ces pépites pre-code pleines d’audaces que j’adore découvrir… Celle-ci est produite par la Warner. Et si le film reste relativement sage à première vue, en comparaison avec d’autres productions de cette période d’avant « le bon goût made in code Hays » (je pense à Safe in Hell, ou même au premier Thin Man), on y trouve quelques thèmes qui disparaîtront à peu près totalement du cinéma hollywoodien des décennies à venir.

Le premier événement moteur de Gambling Lady est quand même un suicide. Et si le héros évite la prison, c’est parce qu’il a passé la nuit avec sa maîtresse. Sans même parler du fait que le personnage principal, comme le titre l’indique, est une joueuse professionnelle. How chocking !

La joueuse, c’est Barbara Stanwyck, déjà une immense actrice, et déjà une grande vedette, qui incarne mieux que quiconque les femmes libres et modernes, qui s’imposent comme les égales des hommes. Loin d’être évident à cette époque (on rappelle que les femmes ne votaient pas en France, alors?). Elle est formidable, comme toujours, trouvant un équilibre parfait entre légèreté et gravité.

Autour d’elle, un beau casting très masculin : Joel McCrea encore une fois en fils de bonne famille, Pat O’Brien en sympathique amoureux éconduit, C. Aubrey Smith en beau-père très présent… et très enclin à porter des jugements définitifs et à changer d’avis dans la minute qui suit. On ne peut pas dire qu’il hérite du personnage le plus cohérent du film, mais sa seule présence a le don de rendre n’importe quelle scène chaleureuse.

Archie Mayo dirige tout ce petit monde comme il filmerait une pure comédie, avec un grand sens du rythme et en évacuant tout le superflu. Le résultat est un film acide-amer d’à peine une heure, franchement réjouissant.

Les Rubis du prince birman (Escape to Burma) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 12 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DWAN Allan, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Deux grands acteurs (Barbara Stanwick et Robert Ryan), un grand réalisateur (Dwan), un grand chef opérateur (John Alton)… et tout ce petit monde qui s’offre une petite récréation tout juste sympathique. De dix films tournés par Dwan avec le réalisateur Benedict Bogeaus, celui-ci est loin d’être le plus mémorable. Loin, très loin même, de Silver Lode, Slightly Scarlet ou Tennessee’s Partner (tous les trois avec John Payne).

Dwan a souvent transcendé son manque de moyens grâce à son inventivité et son immense talent de cinéaste. Là, quand même, on se dit à plusieurs reprises qu’il se fout un peu du monde, avec ses décors de carton pâte (une porte en métal qui plie comme du carton, un rocher qui semble flotter dans l’eau) et ses extérieurs censés se dérouler dans la forêt birmane, et qui ont sans doute été tournés dans un jardin d’acclimatation…

Tout ça est un peu cheap, et personne ne semble réellement croire au sujet : un Américain accusé d’avoir tué le fils du Sawbwa (sais pas ce que ça veut dire, mais c’est le grand manitou de la région, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets), qui se réfugie dans un élevage d’éléphants tenu par une femme au caractère bien trempé…

Dans les premières minutes, il n’y a pas grand-chose pour sauver cette série B pas très inventive. Mais le film prend soudain une dimension inattendue lors de la rencontre de ses deux stars. Stanwick et Ryan se découvrent pour la première fois. Sans un mot, grâce à de longs gros plans sur leurs visages respectifs, Dwan met en valeur le désir qui attire ces deux-là comme des aimants.

Il y a comme ça, tout au long du film, quelques brusques coups de génie qui éclairent le film et le sortent de son côté plan-plan pas bien passionnant. Un face-à-face viril entre un policier et un éléphant, le regard bouleversant de Ryan (décidément un grand) qui se résigne à affronter son destin pour ne pas causer la perte de celle qu’il aime. Mais ce qu’il y a de plus beau, ce sont les scènes de nuit, nombreuses et toutes baignées d’une lumière différente. Là, le génie de John Alton se révèle, dans sa manière de créer une atmosphère grâce à un orage qui gronde, ou à une brume bleutée.

C’est grâce à ces petits moments que le film procure un authentique plaisir. Un peu discontinu, mais bien réel.

* Le film fait partie de l’indispensable coffret Allan Dwan édité chez Carlotta il y a quelques années, avec 7 films produits par Benedict Bogeaus entre 1954 et 1956, et accompagnés de passionnants bonus.

40 tueurs (Forty Guns) – de Samuel Fuller – 1957

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:33 dans 1950-1959, FULLER Samuel, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

40 tueurs (Forty Guns) - de Samuel Fuller - 1957 dans 1950-1959 40%20tueurs_zpsxtsuqfwh

Les toutes premières images sont ébouriffantes : l’irruption de quarante cavaliers lancés à toute vitesse à la suite de la superbe Barbara Stanwyck, qui balayent tout sur leur passage, véritable tornade sur pattes. Dès cette introduction, Fuller (scénariste, producteur et réalisateur) donne le ton, avec ce merveilleux Cinemascope en noir et blanc qu’il utilisera pendant les 80 minutes de folie qui vont suivre pour dynamiter le genre westernien.

Ces premiers instants, filmés du point de vue de voyageurs en apparence tranquille submergés par cette « vague » équestre que rien ne semble pouvoir arrêter, est impressionnante. Il y en aura d’autres, comme cette hallucinante séquence de tornade (authentique cette fois), jamais vue auparavant ou depuis dans un western. Et rarement avec autant de force dans n’importe quel autre genre.

C’est un film audacieux qui ne se refuse rien. Un western dans lequel les hommes pleurent et supplient. Un film qui remet aussi au goût du jour la vieille figure du cow-boy chantant, pour de beaux intermèdes musicaux qui s’apparentent aux chœurs antiques. C’est aussi un film où l’amour et la mort sont intimement liés, une sorte de tragédie shakespearienne où les héros sont marqués par leur passé, ou par leur entourage.

Barbara Stanwyck est formidable, comme toujours. Mais c’est Barry Sullivan qui impressionne le plus. L’acteur a peut-être un jeu limité, mais Fuller le filme comme un mythe hanté par sa propre auréole. Il faut le voir, au moment d’un duel annoncé, marcher droit vers son adversaire avec une force tranquille qui sidère littéralement (l’adversaire comme le spectateur).

Avec une liberté absolue et une inventivité de chaque instant, Fuller signe un chef d’oeuvre.

* Indispensable pour tous les amateurs du genre, le film est disponible en blue ray dans la bien nommée collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta. Avec les habituelles présentations de Patrick Brion et d’Yves Boisset.

L’Orchidée blanche (The Other Love) – de Andre De Toth – 1947

Posté : 6 février, 2015 @ 6:12 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE TOTH Andre, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Le titre français, comme l’affiche du film (et comme la collection de DVD dans laquelle il vient d’être édité), sont trompeurs : L’Orchidée blanche n’est pas un film noir, surfant sur le succès du Dahlia bleu. Cette adaptation d’un roman d’Erich Maria Remarque (Beyond) est en fait un authentique mélodrame, totalement dépouillé des éléments du film noir : pas de crime, pas de femme fatale, pas même de méchant, mais un triangle amoureux sur fond de maladie et de renaissance…

Bien sûr, Andre De Toth joue ouvertement sur ces apparences de film noir, dans cette histoire d’une célèbre pianiste victime d’un mal mystérieux, contrainte de s’enfermer dans un sanatorium perdu en pleine montagne. Le cinéaste fait de son décor dont d’autres auraient fait un lieu romantique le théâtre d’un jeu de dupe, angoissant et inquétant.

De David Niven, en médecin très attentionné, il joue sur l’ambiguité de l’élégance. Devant sa caméra, Barbara Stanwyck, sublime comme toujours, devient une héroïne méfiante, effrayée par un bruit dans la nuit, suspicieuse devant un cadavre que l’on déplace, s’inquiétant de la perspective d’être une prisonnière qui s’inquiète… Dans la première partie du film, De Toth pose les bases d’une oeuvre paranoïaque et claustrophobe, dont l’aventurier Richard Conte, bellâtre tombant sous le charme de la belle, serait le héros au cœur pur.

Mais assez vite, De Toth tombe le masque : les tourments dont souffre Barbara Stanwyck sont intérieurs, tiraillée entre une vie aventureuse et romanesque et le confort d’une vie rangée, entre Richard Conte et David Niven. Pas tout à fait aussi passionnant dans sa partie purement mélo (De Toth n’est pas Sirk), L’Orchidée blanche est une curiosité hautement recommandable, ne serait-ce que parce qu’il confirme l’immense talent d’une actrice qui, par sa seule présence, sort de l’anonymat une séquence que l’on pense avoir vu mille fois…

• Le film a été édité dans la collection « perles noires » de Sidonis/Arcadès, avec les présentations de trois grands cinéphiles passionnés : Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Le Démon s’éveille la nuit (Clash by night) – de Fritz Lang – 1952

Posté : 6 août, 2014 @ 1:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Le Démon s’éveille la nuit (Clash by night) – de Fritz Lang – 1952 dans * Films noirs (1935-1959) LeDeacutemonseacuteveillelanuit_zpsef31a8cc

Le début des années 50 n’est pas la période la plus connue de Lang. Les films qu’il tourne à cette époque sont pourtant, pour la plupart, de grandes œuvres noires qui explorent la face la plus sombre de l’humanité. L’Ange des maudits côté western, Règlement de comptes côté film noir, et souvent de grands rôles de femmes pleines de douleurs renfermées (Marlene Dietrich dans le premier, Gloria Grahame dans le second) évoluant dans des univers trop machistes et violents.

Barbara Stanwyck, dans Clash by night, s’inscrit clairement dans cette belle lignée, mais sans le filtre du film de genre. Encore que… Drame intime, portrait fascinant et terrifiant d’êtres rongés par la solitude, le film utilise constamment les codes du film noir. Dès le générique de début, plans dramatiques d’une mer déchaînée avec une musique anxiogène à souhait, on s’attend à ce que l’issue soit tragique, pour cette poignée de personnages à l’horizon étriqué.

Lang s’amuse à surprendre. Il s’évertue aussi à mettre à mal les beaux rêves véhiculés par ce cinéma hollywoodien dont il a toujours été un électron libre. En dehors de cette petite ville portuaire où revient Barbara Stanwyck après dix ans de rêves brisés, il n’y a point d’avenir. La vie de famille est une épreuve angoissante, que ne surpasse que la peur de vieillir seul. Finalement, le plus heureux est ce frère macho qui s’est trouvé une jolie blonde (ben oui, c’est Marilyn Monroe) gentiment soumise…

Mais le drame se noue autour d’un triangle amoureux totalement inattendu : Barbara Stanwyck, trop consciente d’être soumise à ses rêves d’aventures et de liberté ; Paul Douglas, force de la nature, homme trop bon, trop incapable de voir la face caché de ceux qui l’entourent ; et Robert Ryan, immense comédien qui trouve un nouveau très grand rôle, celui d’un sale type qui cache mal, derrière un comportement souvent odieux, une solitude qu’il ne supporte plus.

Le romantisme hollywoodien en prend un sacré coup ici. Pathétiques, parfois minables, ces personnages sont terribles. Lang ne leur épargne rien dans ce grand cri de désespoir, parsemé de quelques éclaircies bouleversantes. Une belle manière de célébrer le 1000ème film de ce blog…

Obsessions (Flesh and Fantasy) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 28 février, 2014 @ 2:17 dans 1940-1949, DUVIVIER Julien, FANTASTIQUE/SF, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Obsessions (Flesh and Fantasy) – de Julien Duvivier – 1943 dans 1940-1949 Obsessions_zps1bb62e5e

Exilé aux Etats-Unis durant la guerre, Duvivier y a tourné une poignée de films qui sont loin d’avoir la même réputation que ses films français d’avant-guerre, mais qui n’ont rien d’anodins non plus. Ce Flesh and Fantasy en particulier, souvent ignoré, peut-être parce qu’il s’agit d’un film à sketch, genre parfois un peu foutraque.

Mais cette fois, il y a une vraie cohérence dans le choix des trois histoires, et dans la manière qu’a Duvivier de les mettre en images : avec une belle utilisation de trucages (surimpressions, faux reflets, séquences de rêves…) qui illustrent joliment l’effet du subconscient sur le comportement des personnages.

C’est le fil conducteur des trois histoires que lit un homme à l’un de ses amis (Robert Benchley, vedette de courts métrages dont la série How to…), troublé par un rêve et sa rencontre avec une diseuse de bonne aventure.

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La première histoire est introduite de la plus belle des manières : un cadavre découvert par d’étranges personnages tout de noir vêtus, aux masques grimaçants. Un temps, on imagine être en enfer, mais la caméra révèle bientôt une affiche indiquant qu’il s’agit d’une fête de Mardi-Gras, le soir des masques.

L’héroïne est une femme aigrie qui se croit laide (laideur que Duvivier souligne par un éclairage par en-dessous aussi simple qu’efficace), mais à qui une rencontre avec un étrange vieillard va offrir une nouvelle chance : un masque qui lui donne, quelques heures durant, les traits de céramique d’une belle femme (visage qui ressemble étrangement à celui de Veronika Lake), et surtout la confiance dont elle avait besoin.

C’est la plus morale des trois histoires : l’apparence ne serait que le reflet de la beauté intérieure. Mais c’est joliment fait, avec une belle histoire d’amour naissante (avec Robert Cummings), dans l’effervescence festive, mais curieusement morbide de cette soirée costumée.

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La deuxième histoire offre à Edward G. Robinson un rôle taillé sur mesure pour lui, pas si loin de ceux qu’il tiendra chez Lang : un homme obsédé par son destin, que lui a révélé un diseur de bonne aventure (Thomas Mitchell). Cet homme promis à un beau mariage (avec Anna Lee) doit commettre un meurtre, c’est en tout cas ce qui est écrit dans sa main…

L’obsession est vraiment le sujet de ce sketch, obsession qui prend le visage du reflet de Robinson dans la glace, sorte d’ange maudit qui lui rappelle sans cesse qu’il tuera. A tel point qu’il se décide à passer à l’acte pour se débarrasser de cette fatalité. Dame May Whity (la Miss Froy d’Une femme disparaît) et C. Aubrey Smith (le père assassiné de Quatre hommes et une prière) feront des cibles parfaites.

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Tout aussi réussie, la troisième histoire est une déclinaison sur le même thème, mais avec l’espoir en plus. Un funambule (Charles Boyer, co-producteur du film avec Duvivier) rêve qu’il tombe de son fil devant les yeux d’une inconnue (Barbara Stanwyck). Le rêve le hante, jusqu’à ce qu’il rencontre cette femme sur un bateau…

Il y a là aussi de beaux trucages : Charles Boyer filmé en gros plan sur un fil à 25 mètres de haut, des réminiscences de ses rêves qui apparaissent soudain à l’écran… Des effets qui soulignent le malaise et les doutes du personnage.

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Obsessions n’a peut-être pas la puissance de ses grands chef d’œuvre, mais cette deuxième incursion de Duvivier dans le film à sketchs hollywoodien (après Tales of Manhattan) est un sans faute, avec une bien belle distribution…

Assurance sur la mort (Double Indemnity) – de Billy Wilder – 1944

Posté : 12 janvier, 2014 @ 11:26 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, STANWYCK Barbara, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Assurance sur la mort
Billy Wilder n’était pas tout à fait un débutant lorsqu’il a réalisé Double Indemnity. Déjà scénariste réputé en Allemagne puis aux Etats-Unis (La 8ème femme de Barbe-Bleue et Ninotchcka pour Lubitsch, Boule de Feu pour Hawks), et réalisateur d’une poignée de films très réussis dans différents genres (la comédie avec Uniforme et jupons courts, le film de guerre avec Les Cinq secrets du désert), Wilder n’entre pourtant dans la légende qu’avec ce chef d’œuvre inaugural et ultime du film noir.

Avec ce monument, Wilder, qui adapte le roman de John M. Cain avec Chandler, avait pour ambition de dépasser le glamour et le romantisme des habituelles productions du genre. D’où la construction en flash-backs : dès la première image, on sait que toute cette histoire finira très mal. Comme on sait dès le premier regard de Barbara Stanwyck que cette femme qui apparaît en peignoir dans sa belle villa apporte la mort et le mensonge. Et comme on sait dès le premier contre-champs sur Fred McMurray qu’il ne demande qu’à se laisser emporter vers cette voie fatale.

Formidable dans un rôle de brave type à contre-emploi, détective brillant et honnête d’une compagnie d’assurance, Edward G. Robinson n’y peut rien. Son charisme, son flair, son sens de la déduction se heurtent au machiavélisme du couple maudit, à son sens du mensonge, qui est le sujet central de ce film tout en dissimulations.

Les personnages sont constamment plongés dans l’ombre, ou se dissimulent du regard des autres. En se cachant derrière une porte dans un couloir trop éclairé ; en tournant le dos à un témoin gênant sur la plate forme trop exiguë d’un train en marche ; ou en se croisant dans les allées anonymes d’un supermarché… Toute la mise en scène de Wilder tourne autour de la dissimulation et du mensonge, et c’est absolument brillant.

Modèle de construction, modèle d’interprétation, modèle de réalisation… Double Indemnity ne cessera jamais d’être copié. Billy Wilder n’invente pas le film noir : d’autres avant lui avait raconté les histoires de ces hommes marqués par le destin implacable (Lang dans J’ai le droit de vivre en particulier). Mais celui-ci ne cessera jamais d’être copié. Le classique des classiques…

• Le film a été édité il y a quelques années chez Carlotta dans un magnifique coffret double DVD esthétiquement superbe, et au contenu passionnant : fin alternative, analyses, documentaires, et une curiosité : un remake (un peu pourri) réalisé pour la télévision dans les années 70 avec Richard Crenna, Samantha Eggar et Lee J. Cobb dans les rôles principaux.

The Purchase Price (id.) – de William A. Wellman – 1932

Posté : 1 septembre, 2013 @ 9:21 dans 1930-1939, STANWYCK Barbara, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

The Purchase Price (id.) - de William A. Wellman - 1932 dans 1930-1939 the-purchase-price

Wellman tournait beaucoup en ce début des années 30. Auréolé du triomphe de Wings, le cinéaste se voyait confier des productions prestigieuses, comme L’Ennemi public, mais aussi des films plus modestes, souvent coupés à la hache pour ne pas excéder les 70 minutes.

C’est le cas de ce Purchase Price, qui permet de retrouver la déjà grande Barbara Stanwyck en nuisette (quelqu’un a-t-il déjà vu un film de cette période dans lequel l’actrice est en grande tenue de la première à la dernière image ?). Il semble bien que le monteur y est allé franchement, coupant sans grand souci de continuité. Du coup, le film perd un peu en fluidité, et les personnages en profondeur. Difficile, en effet, de comprendre pourquoi la belle s’amourache de cet ours mal léché, ou pourquoi ce dernier fait la gueule jusqu’à la dernière scène.

Mais l’histoire est originale (une danseuse de night clubs fuit New York et part dans le fin fond du Dakota épouser un rude fermier qu’elle n’avait jamais rencontré), le ton est enlevé et bien sympathique, et surtout : le film est parsemé de fulgurances de mise en scène et de beaux moments de grâce.

Les premières minutes donnent l’impression que l’on regarde une simple comédie de mœurs, comme on en voit beaucoup à l’époque. La belle a déniché un riche héritier et pense pouvoir l’épouser pour fuir sa condition, mais tout s’écroule pour elle en pleine nuit, après une discussion dans le hall de son immeuble avec son « fiancé », qu’elle voit partir pour toujours. Et là, tous les bruits de la ville s’éteignent, les éboueurs et les femmes de ménage reprennent le travail en silence, et Barbara Stanwyck reste assise près d’eux, silencieuse. C’est simple et sans fioriture, mais ce bref moment est déchirant.

Des moments comme celui-ci, il y en a beaucoup d’autres dans The Purchase Price : une petite fille qui prend un bébé dans ses bras, Barbara Stanwyck qui hurle dans la nuit après un nouveau baiser manqué avec son mari, les époux qui se retrouvent face à face avec les bruits de la fête dans la maison, une bagarre d’une brutalité presque bestiale… Il y a de la vie et de l’émotion dans ce film produit sans grande attention, mais réalisé par un immense cinéaste particulièrement inspiré.

Le volume 3 de la collection « Forbidden Hollywood », édité en zone 1 chez TCM Archives, réunit six films rares de la période pre-code de William Wellman : The Purchase Price, Other men’s women, Heroes for sale, Midnight Mary, Frisco Jenny et Wild boys of the road. En bonus, des commentaires audios d’historiens, un grand documentaire consacré à Wellman, les bandes annonces des six films, une poignée de cartoons de l’époque, et quelques épisodes d’une série de courts métrages adaptés de SS Van Dine (le « père » de Philo Vance, le héros du Mystère de la chambre close), avec Donald Meek dans le rôle du Docteur Crabtree qui, comme Philo Vance, aide la police à résoudre des meurtres impossibles. Seul bémol : les sous-titres disponibles pour le film n’existent pas pour les bonus.

L’Ange blanc (Night Nurse) – de William A. Wellman – 1931

Posté : 20 juin, 2013 @ 9:34 dans * Pre-code, 1930-1939, STANWYCK Barbara, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

L’Ange blanc (Night Nurse) – de William A. Wellman – 1931 dans * Pre-code lange-blanc

1931 est une grande année pour Wellman, qui signe plusieurs films dont L’Ennemi public (l’un des premiers classiques du film de gangster) et Safe in hell, œuvre à la fois sensuelle et très cruelle. Night Nurse se situe plutôt dans la lignée de ce dernier, et s’inscrit dans la grande tradition des films « pre-code ».

A quoi reconnaît-on un « pre-code » ? Aux tenues souvent légères des comédiennes, à la cruauté et l’amoralité des situations, à l’alcool et la drogue qui transforment des personnages respectables en rebus de l’humanité… Autant de critères que l’on retrouve dans ce petit bijou souvent déroutant, qui adopte un rythme enlevé et une apparente légèreté, pour raconter des horreurs absolues.

Car le personnage de Barbara Stanwyck (qui, comme dans d’autres films de cette époque, comme The Locked Door, se retrouve en nuisette – qu’elle porte joliment d’ailleurs – à la moindre occasion, et même sans occasion particulière), apprentie infirmière engagée par une riche famille pour veiller sur deux fillettes malades, découvre des enfants que l’on laisse littéralement mourir de faim, sous le même toit qu’une mère totalement ravagée par l’alcool, et manipulée par un médecin cocaïnomane. Jamais il n’est dit clairement que ce médecin se drogue, mais son corps est secoué de tels tics et rictus que le doute n’est pas permis…

Les apparitions du flirt de Barbara Stanwyck, un bootleger au sourire enfantin, donnent par moments les allures d’une comédie au film. Tout comme la blondeur sexy et innocente de Joan Blondell (Three on a match) font oublier par moments le drame terrible qui se joue. Mais le regard vide de ses fillettes qui vivent un calvaire, et la mâchoire crispée d’un Clark Gable encore débutant, et très méchant, le rappellent très vite.

La mise en scène de Wellman est brillante. Dès la toute première image, caméra embarquée à bord d’une ambulance lancée à toute allure, il nous plonge littéralement au cœur de l’action, nous trimballant dans les dédales d’un hôpital grouillant de vie avec ses joies (la maternité), ses souffrances (les urgences), et ses peines (dans les salles d’opération, parfois).

Cette première partie, située entièrement dans l’enceinte de l’hôpital, est exceptionnelle. Avec une fluidité et une rapidité étonnantes, Wellman rend palpable l’ambiance et l’effervescence de ce lieu souvent dur. La belle relation, loin d’être angélique, entre Barbara Stanwyck et Joan Blondell, souligne les aspérités de cette vie d’efforts. Un plan aussi simple qu’une main qui tort discrètement le bras de son amie pour l’empêcher de s’évanouir, se révèle très émouvant.

Le scénario n’est pas tout à fait à la hauteur de la mise en scène et de l’interprétation. La prudence de chacun, malgré l’état des fillettes, peut laisser dubitatif. Mais il y a une volonté d’éviter les raccourcis et toute facilité : la mère, par exemple, est totalement irrécupérable. Pas vraiment de morale à l’horizon, mais un film qui ose. Un « pre-code », quoi…

Night Nurse figure dans le volume 2 de la collection « Forbidden Hollywood », édité en zone 1 chez TCM Archives (avec The Divorcee de Robert Z. Leonard, A Free Soul de Clarence Brown, Three on a match de Mervyn LeRoy et Female de Michael Curtiz, tous des films pre-code).

Demain est un autre jour (There’s always tomorrow) – de Douglas Sirk – 1956

Posté : 12 août, 2011 @ 5:34 dans 1950-1959, SIRK Douglas, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Demain est un autre jour (There’s always tomorrow) – de Douglas Sirk – 1956 dans 1950-1959 demain-est-un-autre-jour

Sirk, LE grand romantique hollywoodien vient de signer, dans des couleurs flamboyantes, le plus réputé de ses chef d’œuvre (Tout ce que le ciel permet), lorsqu’il réalise ce « petit film » en noir et blanc, prolongement du All I desire qu’il a réalisé trois ans plus tôt, déjà avec Barbara Stanwyck. L’actrice a d’ailleurs un emploi similaire dans ce nouveau film : là aussi, elle est une femme dans la force de l’âge, qui réapparaît des années après, semant le trouble malgré elle dans une famille en apparence idéale.

Ici, elle est une styliste qui, de passage à Los Angeles, retrouve l’homme dont elle a secrètement été amoureuse vingt ans plus tôt, et qui s’ennuie dans une famille qui le délaisse un peu : sa femme semble éviter systématiquement ses projets d’évasion, et leurs enfants ont leurs propres projets… Fatigué de son quotidien sans surprise, ce père de famille, interprété par Fred MacMurray (le couple d’Assurance sur la mort se reforme, plus de dix ans après, et dans un tout autre genre), voit l’apparition de sa vieille amie comme une chance inespérée de renouer, en toute innocence, avec sa jeunesse plus aventureuse.

Sauf que MacMurray tombe amoureux de Stanwyck. En tout cas le croit-il. Mais est-ce vraiment le cas ? Trouvera-t-il le bonheur avec celle qui aurait pu être son premier amour vingt ans plus tôt ? Est-il seulement amoureux de cette femme, ou est-il simplement à la rechercher d’un nouveau souffle de jeunesse ? C’est le cœur-même de ce film d’une justesse et d’une finesse absolues. C’est peut-être là que se révèle le mieux le romantisme si particulier, et si complexe, de Sirk. Toute l’œuvre du grand cinéaste est tiraillée par cette dualité : d’un côté, la pure passion amoureuse ; de l’autre, la beauté d’un vrai foyer… et entre les deux la cruauté du temps qui passe. Rien à voir avec la crise de la quarantaine telle qu’on se l’imagine, un peu vulgaire et puérile : la crise que traverse MacMurray est un profond mal-être.

Il y a dans le film quelques séquences bouleversantes, où on le voit comme un étranger chez lui, étouffé dans l’atmosphère pourtant aimante et vivante de la maison dont il a toujours rêvée. Avec une délicatesse infinie, Sirk filme les affres de cet homme bon et honnête, dont le drame est de regretter les surprises de la jeunesse, qui n’arrive pas à se contenter de ce qui fait le cœur de la vie de sa femme.

Le film est d’un romantisme fou, bien sûr, mais d’un romantisme lesté du poids des ans, et de toute la complexité que cela peut induire. Dans cette étude de caractère, MacMurray est bouleversant. Barbara Stanwyck, plus en retrait, prouve une nouvelle fois à quel point elle est une actrice immense. La rencontre de ces deux êtres abîmés par le temps, dans une sublime séquence de nuit, dans la fabrique de jouet de MacMurray, est un pur moment de grâce, l’un de ces moments qui font la grandeur du cinéma. Et c’est un passage dénué de tout pathos, où le temps est comme en suspens…

Intelligent et honnête, Sirk évite jusqu’au bout de tomber dans la facilité, ou de nous asséner une issue qui aurait gâché tout le film. Il sait que quel que soit le choix que fera MacMurray, il n’y a pas de happy end possible. Et la fin du film (qu’on ne dévoilera pas, vous pouvez continuer à lire) est à la hauteur du film : est-ce une fin heureuse ou tragique ? Pas la moindre idée, et ce doute trotte longtemps dans la tête…

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