Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'STANWYCK Barbara'

Révolte à Dublin (The Plough and the Stars) – de John Ford – 1936

Posté : 15 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1930-1939, FORD John, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Révolte à Dublin

Le Mouchard avait été un triomphe. C’est tout logiquement que la RKO a confié à Ford la réalisation de cette adaptation d’une pièce triomphale de Sean O’Casey, auteur que le cinéaste admirait (il lui avait proposé, en vain, d’écrire le scénario du Mouchard). Le contexte est le même, la lutte pour l’indépendance de l’Irlande, et on retrouve la même opposition entre la volonté jusqu’au-boutiste et la fragilité de l’individu.

Après la lâcheté inconsciente de Gypo dans le film précédent, Ford s’intéresse au regard des femmes. « Les hommes sont faits pour se battre, les femmes pour pleurer », lance Barbara Stanwyck, qui passe effectivement tout le film la larme à l’œil, filmée en gros plan. On lui doit sans doute le plan le plus fort du film, lorsque les premiers coups de feu retentissent et qu’on n’en voit que sa réaction à elle, dans une chambre un peu triste fermée sur l’extérieur.

The Plough and the Stars évoque les premières heures de la lutte : en 1916, lorsqu’une poignée d’hommes a occupé le bureau de Poste de Dublin dans une bataille sanglante et vouée à l’échec. Mais un échec fondateur, moment historique dont Ford tire un film étrange et inégal.

Pour la dimension historique, on retiendra surtout un drapeau arraché qui flotte dans le ciel avant de redescendre. Et, moins symbolique mais plus dynamique, une superbe poursuite sur les toits de Dublin. Pour le reste, la reconstitution de cette prise de la Poste manque étonnamment de souffle, expédiée en quelques plans fonctionnels.

On retrouve davantage la patte de Ford dans quelques scènes nocturnes, dans sa peinture des mères sacrificielles filmées comme des piétas, et surtout dans l’humour qu’il instille dans ses scènes de bar, d’où émerge la révélation du film : Barry Fitzgerald, l’un des rares comédiens de la pièce de théâtre à retrouver son rôle à l’écran. Ford le réutilisera à plusieurs reprises, toujours dans des rôles semblables de joyeux pochards à l’accent irlandais énorme, jusqu’à L’Homme tranquille.

Passionnant mais inégal ce film, dont on imagine bien ce qu’il a pu représenter d’important pour Ford, pourtant moins intéressé par l’héroïsme des Irlandais que par leurs aspects les moins glorieux : le romantisme exclusif de Barbara Stanwyck, bien sûr, mais aussi cette étonnante séquence centrale, où les Dublinois profitent du chaos pour piller les magasins. Étonnant.

La Horde sauvage (The Maverick Queen) – de Joe Kane – 1956

Posté : 29 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, KANE Joseph, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Horde sauvage

Une histoire assez convenue, mais un western finalement très original, que l’on doit à Joe Kane, cinéaste à la réputation pas transcendante. Sa mise en scène, d’ailleurs, n’est pas toujours irréprochable. Dans la première partie, surtout, les scènes dialoguées s’avèrent inutilement longues, et sans éclat.

Il faut donc un peu de temps pour se laisser embarquer dans cette Horde sauvage (pas grand-chose à voir avec celle de Peckinpah), surtout avec une image tronquée en 4/3 (ah ! les ravages de la télévision) qui nous privent de la moitié du cadre, ou presque. On ne peut donc qu’imaginer la composition des plans, et l’utilisation que fait Kane des décors naturels de montagnes, beaux et originaux.

Le film est d’ailleurs plein de détails originaux. le grand méchant, qui son temps à être désarmé. Le même, joué par un Scott Brady très massif, torse nu et le regard concupiscent posé sur la jolie Mary Murphy. Le héros (Barry Sullivan) qui disparaît du film pendant près de trente minutes. Ou, bien sûr, la place réservée aux femmes, fortes et prédominantes dans l’action.

Un rôle sur mesure pour la grande Barbara Stanwyck, décidément très à l’aise dans le western. En compagnonne de route de Butch Cassidy et du Sundance Kid (très loin de l’interprétation qu’en donneront Newman et Redford), elle apporte ce mélange de force et de sensibilité ravalée que l’on retrouvera dans 40 guns (où elle aura de nouveau Sullivan comme partenaire).

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

Titanic (id.) – de Jean Negulesco – 1953

Posté : 22 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NEGULESCO Jean, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Titanic 1953

… Et à la fin, le bateau coule. Il y a quelque chose de fort qu’apporte d’emblée l’utilisation du plus célèbre des naufrages: un sentiment tragique d’inéluctabilité. On sait dès le début que la tragédie est au bout du film. Cette connaissance du drame annoncé pèse dès la première scène, transformant des moments qui pourraient être rigoureusement anodins en moments bouleversants.

Jean Negulesco ne souligne d’ailleurs pas à l’excès les enjeux dramatiques qui s’enclenchent, notamment lorsqu’il filme le personnage de Clifton Webb achetant à prix d’or son billet à un pauvre émigrant, le séparant ainsi de sa femme et de ses enfants qui, eux, montent bel et bien sur le bateau. Il n’a pas besoin de le souligner : cette séparation forcée, même avec des personnages très peu présents à l’écran, pèse lourdement sur tout le film, procurant un malaise tenace.

Cette courte scène du début illustre parfaitement l’approche de Negulesco, qui filme ses personnages sans jamais en rajouter dans le pathos, mais avec une vérité qui instille une émotion profonde et une terrible angoisse.

Superbe film, qui répond au schéma habituel du film catastrophe (une longue exposition qui permet de développer diverses intrigues, avant la catastrophe elle-même, spectaculaire), mais avec une vérité et une force émotionnelle rares, centrée sur un drame familial aussi simple que bouleversant.

Le couple Barbara Stanwyck / Clifton Webb est assez formidable, et la reconstitution a beau ne pas avoir l’ampleur ni le sens du détail (et du gigantisme) du film de Cameron, ce Titanic là a un souffle au moins aussi puissant.

La Grande Muraille (The Bitter tea of General Yen) – de Frank Capra – 1933

Posté : 5 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Grande Muraille

Une jeune Amérique qui débarque dans une Chine ravagée par la guerre civile pour épouser un missionnaire, mais est enlevée par un seigneur de guerre aussi inquiétant que séduisant

Entre deux séries de chef d’œuvre dont l’Amérique est immanquablement le cadre, parfois fantasmé, Capra prend l’air avec cette belle virée asiatique, mais l’esprit US tel qu’il l’évoque film après film est bien là : ce regard pas si candide qu’il porte sur la grandeur d’âme de son pays, et le replis sur soi-même qui va souvent avec.

C’est cette dualité qui marque une nouvelle fois le film. D’un côté, l’incapacité de se comprendre au-delà des barrières culturelles. De l’autre, la bonté et la générosité incarnées par Barbara Stanwyck. Et entre deux, le regard de Capra, grand cinéaste encore trop mésestimé, aussi à l’aise et audacieux dans les grands mouvements de foules que dans les moments les plus intimes.

Le début du film est particulièrement impressionnant, avec ces scènes de foules et d’émeutes qui, en quelques plans, donnent vie à un pays en plein troubles. Capra n’édulcore en rien la violence de la situation. Des décennies avant l’irruption du gore dans le cinéma, lui filme l’horreur avec nettement plus de retenue, mais avec une force incroyable, notamment lors des tueries de masse qu’il filme, et qui n’épargnent pas même les enfants.

Inimaginable aussi, pour l’époque : Capra ose mettre en scène un baiser interracial, chose à peu près impensable dans cette Amérique puritaine où le code Hayes allait être mis en place. OK, la pudibonderie américaine est sauve, puisqu’il s’agit d’une vision de l’esprit, un fantasme de Barbara. Mais quand même…

Pour autant, The Bitter Tea est un peu en deçà dans la filmographie de Capra, qui flirte dangereusement avec la caricature. Le personnage de Yen surtout, n’est pas le plus convainquant qu’il ait filmé. Mais il le fait avec sincérité, et surtout avec une bienveillance teintée d’ironie qui fait des merveilles.

On est bien chez Capra : la bonté a des pouvoirs inimaginables. Mais elle est ici contrebalancée par une cruelle réalité. Yen est « sauvé » par l’amour ? Il réalise qu’il s’en retrouve coupé de tout ce qui fait le poids de son existence, se retrouvant seul dans un immense palais désert, dans une scène magnifique et désabusée.

Le Souffle de la violence (The Violent Men) – de Rudolph Maté – 1954

Posté : 26 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MATÉ Rudolph, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Souffle de la violence

Il y a comme un air de déjà vu lorsque commence ce western : l’histoire de petits éleveurs tyrannisés par un grand propriétaire tout puissant, on a déjà vu ça cent fois. Et puis cette petite ville poussiéreuse avec ses rues bien alignées, ses escaliers de pilier, et son arbre central… En cherchant bien, on doit pouvoir trouver quelques dizaines de westerns qui y ont été tournés.

Drôle de film aussi, où deux des co-vedettes n’apparaissent qu’après plus de vingt minutes. Surtout que quand ces deux-là apparaissent, le film prend une toute autre dimension : Barbara Stanwyck et Edward G. Robinson (rien que ces deux noms-là accolés, ça renvoie à la grande histoire du cinéma !), en couple de propriétaires dont les actes violents semblent contredits par leur tendresse et leur douceur dans l’intimité. Mouais…

Il n’a pas un si mauvais fond, Robinson, homme tout puissant mais diminué par des jambes mortes. Un homme surtout manipulé par une femme ambitieuse et calculatrice. Ce n’est d’ailleurs pas la seule, dans ce western où les femmes sont loin d’être réduites aux rôles de faire-valoir qu’on leur réserve souvent dans le genre. Car si Robinson se fait balader par sa femme qui le trompe avec son propre frère (Brian Keith), Glenn Ford, dans le rôle du héros, n’est pas beaucoup plus malin : sa fiancée, elle, ne voit en lui que son billet pour quitter l’Ouest.

La réussite du film doit beaucoup à ces personnages, qui échappent constamment aux stéréotypes du western que l’on attend avec une telle histoire. Son originalité repose aussi sur la manière dont la violence est abordée. Là encore, jamais comme on l’attend : loin des fusillades frontales et spontanées habituelles, la « guerre » qui éclate prend des allures de véritable conflit. Le personnage de Glenn Ford, ancien officier, utilise les tactiques et ruses qu’il a sans doute découvertes sous les drapeaux, et ça change tout. Comme le duel final, totalement « dé-romantisé », prend un étonnant aspect réaliste.

La mise en scène de Rudolph Maté manque sans doute un peu de rythme, et le film n’évite pas certaines baisses de régime. Mais l’originalité du scénario fait la différence, et il faut mettre au crédit de Maté la beauté des images, tournées intégralement en extérieurs, et la profondeur de champs qui souligne constamment l’immensité de la nature.

Cette profondeur de champs donne en particulier une séquence formidable : après avoir laissé brûler son ranch, Glenn Ford attend avec ses hommes derrière des rochers, guettant l’arrivée de ses ennemis qui se rapprochent lentement. De ce plan fixe naît une tension formidable, qui annonce l’explosion de violence à venir.

La Dame en rouge / La Femme en rouge (The Woman in red) – de Robert Florey – 1935

Posté : 22 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, FLOREY Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme en rouge

Ah ! l’univers des propriétaires de chevaux. Bien sympas, ces riches oisifs, et souriants avec ça. Mais quand une simple palefrenière ose épouser le fils d’une famille de nouveaux riches, sur lequel sa patronne avait des vues, il ne faut pas longtemps pour que le vernis ne craque.

Dans les premières minutes pourtant, on craint d’assister à l’une de ces bluettes légères et bienveillantes dans la haute société. Mais non : le film de Florey n’épargne pas grand-chose à cette société de riches oisifs, à la fois hautains, manipulateurs, cyniques, revanchards… Bref, odieux. Et dans le rôle de la pétasse en chef, Genevieve Tobin est parfaite : plus elle est souriante (et elle l’est), plus elle est odieuse.

Mais sa cible préférée a du panache : c’est Barbara Stanwick, forcément formidable. En un regard, elle rappelle à quel point elle est une actrice géniale : alors qu’elle joue la légéreté face aux déclarations de son prétendant (Gene Raymond), elle réalise soudain que les mots d’amour qu’elle entend ne sont pas feints, et qu’elle-même est amoureuse. Cette prise de conscience, que Barbara Stanwick joue d’un simple regard, est magnifique.

Comme elle est magnifique quand elle comprend le scandale dont elle va inévitablement être victime lorsque tout part de travers sur le yacht où elle avait accepté de monter pour aider un ami ; ou quand elle se dresse enfin face au « clan » familial de son mari, des vieux types franchement détestables arc-boutés sur leurs fausses valeurs…

En à peine plus d’une heure, Florey boucle un film particulièrement riche, qui commence comme une simple romance avant de virer vers le mélodrame, pour se terminer par une longue séquence de procès. C’est fort bien réalisé, mené à un rythme impeccable, et il y a Barbara, ballottée d’un sentiment à l’autre. Une réussite, donc.

Amour défendu (Forbidden) – de Frank Capra – 1932

Posté : 23 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Amour défendu

Capra signe un vrai mélo, ce qui n’est pas si courant dans une filmographie quand même dominée par l’optimiste et le feel-good. Cette fois, il s’inscrit dans une veine ouvertement plombante, avec un film qui pourrait facilement être too much, trop triste, trop négatif, trop larmoyant…

Mais il y a Barbara Stanwyck, et ça change tout. Pas que l’actrice soit l’unique raison de la réussite du film : Capra y confirme son extrême délicatesse, et son talent pour créer de la vie dans chaque scène. Mais Stanwyck est décidément une actrice géniale, et ici tout particulièrement. D’un rôle pas facile, elle fait un personnage inoubliable, une femme martyr qu’elle ne tire jamais vers la tragédie trop facile, femme courage qui choisit, en dépit de toutes les épreuves, de mettre de la générosité et une certaine dose de légéreté dans sa vie…

La limite, en revanche, c’est le personnage masculin. Adolphe Menjou, en avocat marié qui choisit de cacher son idylle avec Barbara Stanwyck, est très bien. Mais le personnage est un lâche. Et même, pour tout dire, un sale con, qui regarde sans mot dire la femme qu’il aime renoncer à l’enfant qu’elle a eu avec lui dans le plus grand secret. Là, à ce moment précis, on le rouerait bien de coups, ce grand avocat qui clame dès qu’il en a l’occasion qu’il veut “bien faire”. Raté.

Du coup, on la bafferait bien aussi, la pauvre Barabara Stanwyck (oui, je suis d’une humeur violente), parce que quand même, il faut une bonne dose de bêtise pour s’affliger autant de malheurs sans y être forcée, et ce même si ses raisons sont louables. Et surtout, on reste un peu en marge de l’émotion qui devrait nous étreindre, tant le sacrifice de cette femme est immense.

Pourtant, le film est passionnant, parce que Capra s’y montre une nouvelle fois un cinéaste formellement fascinant (la scène bucolique des premières minutes, la manière dont il filme l’effervescence d’une salle de rédaction…), et d’une grande audace. Comment les ligues de vertues de l’époque ont-elles accueilli cette scène où la jeune Barbara Stanwyck, à la recherche du grand amour, dévisage tous les hommes présents autour d’elle comme si elle faisait son marché ? Ou, bien plus tard, la brutalité avec laquelle elle “exécute” l’homme qui menace ce pourquoi elle se sacrifie ?

Capra et Stanwyck, c’est l’une des grandes rencontres du cinéma. Ce tandem est bien ce qui fait le prix de ce Forbidden imparfait, et pourtant indispensable.

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) – de Frank Capra – 1931

Posté : 14 mai, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme aux miracles

Après Femmes de luxe, Capra offre un nouveau rôle à Barbara Stanwyck : celui d’une fille de pasteur qui devient la prédicatrice star d’un temple très populaire… et très lucratif. Un rôle qui lui vaut une entrée en matière extraordinaire : elle apparaît au lutrin de l’église, où elle lit le prêche du jour avant d’annoncer le décès de son père, mort de ne pas avoir supporté l’ingratitude de ses ouailles qui lui ont préféré un homme d’église plus jeune.

La manière dont Stanwyck passe de la posture de femme d’église à celle de victime en colère, dénonçant l’hypocrisie et la médiocrité de ces fidèles amassés face à elle, est d’une puissance inouïe, et d’une audace que l’application du code Hayes aurait rendu inimaginable trois ans plus tard, dans cette Amérique très pieuse. Mais dans cet Hollywood béni de l’ère pré-code, le politiquement incorrect est presque de rigueur. Et Capra ne se prive pas d’en profiter…

Presque aussi abouti que la première collaboration du cinéaste avec son actrice (il y a peut-être une ou deux petites longueurs, si on veut être tatillon), le film séduit par sa simplicité et par son authenticité. Et Capra réussit aussi bien ses grandes scènes de foule que les nombreux moments intimes. Et puis l’histoire d’amour entre la belle pécheresse et ce jeune aveugle à qui elle a sauvé la vie sans le savoir (David Manners, qui est cette même année le Jonathan Harker de Dracula) ne tombe jamais dans le larmoyant.

Au contraire, cette jolie romance nous vaut quelques moments magnifiques, comme ce premier baiser d’une pureté telle qu’il laisse le souffle coupé, instants absolument sublimes. Et l’idée de cet homme qui ne peut pas voir et qui ouvre les yeux de cette femme perdue dans une vie qui ne lui ressemble pas est très belle, et traitée avec une honnêteté et sans facilité par Capra.

Le film est, comme ça, émaillé de moments merveilleux, et de seconds rôles inoubliables. Comme la brave Mrs Higgins (Beryl Mercer), dont la bonté parfaite envers son aveugle de locataire ose se parer d’une attirance à peine voilée. « Ah ! si j’avais 30 ans de moins… » glisse-t-elle l’air de rien. Réjouissant.

Femmes de luxe (Ladies of Leisure) – de Frank Capra – 1930

Posté : 6 mai, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Femmes de luxe

Barbara Stanwyck, jeune femme habituée aux plans tout pourris avec des gros lourds imbibés d’alcool, passe la nuit sur le canapé du riche peintre qui l’a choisie comme modèle, et dont elle est tombée secrètement amoureuse. Au milieu de la nuit, elle l’entend s’approcher d’elle. Elle pense qu’il va réagir comme tous les types qu’elle a connus, et se jeter sur elle. Mais non. Sans un bruit, la croyant endormie, il la couvre d’un plaid, et s’éloigne tout aussi discrètement.

Cette scène simple et sublime n’est faite que de gros plans, sur les pieds du peintre (joué par Ralph Graves), sur ses mains déposant la couverture, et surtout sur le visage de l’actrice sur lequel des torrents d’émotion se lisent. Et ce visage, lorsqu’elle réalise la tendresse de ce geste, est l’un des premiers immenses moments d’émotion du cinéma de Capra, qui rappelle la perfection qu’avait atteint le cinéma dans les dernières années du muet, dans ce qui est pourtant l’un de ses premiers films (son premier ?) entièrement parlant.

Capra n’est pas un débutant lorsqu’il réalise Ladies of Leisure. Mais le film marque le début d’une décennie magnifique, celle de New York – Miami et de Monsieur Smith au Sénat, au cours de laquelle le cinéaste impose son style, ses thèmes et son ton. Tout est déjà bien en place ici, dans ce qui est aussi sa première collaboration avec la toute jeune Barbara Stanwyck, déjà sublime, complexe et intense. C’est grâce à elle, et à la délicatesse de Capra, que toute l’émotion passe, dans ce portrait d’une femme qui pensait profiter de la fortune d’un homme, et qui réalise qu’elle ne veut que son amour.

Dès la toute première scène, Capra met en place la verticalité du film, qui sera constamment au cœur de son récit. Des passants sur un trottoir manquent de se faire assommer par des bouteilles, lancées du haut d’un immeuble cossu par des jeunes femmes visiblement très alcoolisées lors d’une soirée donnée par de riches oisifs, où l’on découvre notre peintre, perdu dans un milieu qui ne lui ressemble pas. Capra jouera à plusieurs reprises sur ce motif de la verticalité, avec la place centrale jouée par l’ascenseur, et jusqu’à cette extraordinaire séquence finale basée sur un montage alterné, sommet de suspense et d’émotion.

Capra réussit l’un de ses très grands films oubliés, aussi abouti visuellement que riche au niveau du récit, parsemé de détails et de personnages passionnants, qui évitent à toute caricature. Capra, comme Barbara Stanwyck d’ailleurs, entre dans la cour des grands.

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