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Archive pour la catégorie 'par actrices'

The Locked Door / Le Signe sur la porte (The Locked Door) – de George Fitzmaurice – 1929

Posté : 26 septembre, 2010 @ 6:41 dans 1920-1929, FITZMAURICE George, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

The Locked Door / Le Signe sur la porte (The Locked Door) - de George Fitzmaurice - 1929 dans 1920-1929 the-locked-door

J’ai toujours eu un avis très nuancé à propos de Barbara Stanwyck, mais il faut bien que je me rende à l’évidence : c’est une immense actrice. Dès ce Locked Door, souvent considéré comme son tout premier film (elle avait en fait déjà  fait une apparition dans un film muet, quelques mois plus tôt), elle réussit une performance magnifique. Le rôle, pourtant, n’était pas facile.

Jeune femme bien mariée, elle tente d’oublier que, quelques mois avant de rencontrer celui qu’elle allait épouser, elle avait été embarquée par la police alors qu’elle passait la soirée avec un séducteur qui avait tenté d’abuser d’elle, et de la faire boire (on est alors en pleine Prohibition). Cet épisode de sa vie paraît bien loin, mais le séducteur réapparaît, au bras de la jeune sœur de son mari. Elle tente de convaincre le bellâtre de se retirer, et c’est là que le cauchemar commence : alors que Barbara est chez le séducteur, son mari arrive, lui aussi pour inciter l’homme à oublier sa sœur. Barbara se cache, une bagarre éclate entre les deux hommes, un coup de feu retentit. Le mari a abattu le salaud. Ignorant la présence de sa femme, il efface les traces, sort de l’appartement, et ferme la porte à clé, enfermant Barbara, obligée d’appeler la police…

On sent bien que l’histoire est parfaitement taillée pour le théâtre. C’est d’ailleurs le cas : le film de Fitzmaurice est adapté d’une pièce de Channing Pollock. On pouvait donc s’attendre au pire : en ces premiers mois du cinéma parlant, la majorité des films reposaient entièrement sur l’attrait du son, oubliant le plus souvent la forme et le langage cinématographique. Les adaptations paresseuses de pièces de théâtre étaient alors légion. Surprise, donc : The Locked Door n’a rien de paresseux, et se révèle même une très grande réussite (peu de films parlants de 1929 peuvent être qualifiés de la sorte). Le réalisateur parvient à instaurer une belle ambiance angoissante dès les premières séquences. Les comédiens (exception faite de l’immense Barbara Stanwyck, bien sûr) sont un peu fadasses, mais ils sont tous d’un naturel étonnant dans les scènes dialoguées, parfaitement crédibles alors que l’influence déclamatoire du théâtre était très répandue au début du parlant.

Et puis, donc, il y a Barbara Stanwyck, dont le regard d’abord enthousiaste, puis paniqué, des premières séquence, est inoubliable. Cette actrice, qui naît avec le parlant, est paradoxalement particulièrement bouleversante dans les scènes muettes. L’une de ces scènes, en particulier, est à montrer dans toutes les écoles de comédie : lorsqu’elle se rend compte qu’elle est enfermée avec un cadavre, et qu’elle ne pourra éviter ni la police, ni les soupçons de son mari, ni le scandale… Le visage de l’actrice qui se décompose peu à peu vous glace littéralement le sang. C’est du très grand art.

On peut aussi souligner la présence, dans le rôle de la réceptionniste, de Zasu Pitts, vedette comique depuis le début des années 20, dont la dégaine inimitable apporte une légèreté bienvenue dans des séquences plutôt dramatiques.

Shanghaï Express (id.) – de Josef Von Sternberg – 1932

Posté : 8 septembre, 2010 @ 1:35 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Shanghaï Express (id.) - de Josef Von Sternberg - 1932 dans 1930-1939 shanghai-express

De la longue et fructueuse collaboration entre le pygmalion Von Sternberg et sa découverte Marlène Dietrich, Shanghai Express fait figure de mal aimé, au milieu d’une liste de films prestigieuse, qui comprend des classiques comme L’Ange Bleu, Morocco ou L’Impératrice rouge. Et pourtant, le film est un chef d’œuvre, à mon avis bien supérieur à L’Ange Bleu (que j’ai toujours trouvé très bon, mais surévalué), Agent X27, ou même à Morocco.

L’histoire, mélange d’aventures exotiques, de romance contrariée, le tout sur fond de bouleversement historique, ressemble à celle de nombreux autres films de cette époque (on pense à Quatre hommes pour une prière, de Ford, qui procède du même mélange des genres). Ici, l’action se déroule presque exclusivement dans un train qui relie Pékin à Shanghaï, dans une Chine bouleversée par la guerre civile. A bord de ce train, une jeune femme à la réputation sulfureuse, connue sous le surnom de « Shanghai Lily », et qui retrouve par hasard celui qui fut son grand amour avant une rupture difficile, six ans auparavant : un médecin militaire. Egalement à bord de ce train : un Chinois qui se révèle rapidement être un chef des rebelles, cruel et violent.

Le fond historique est important dans ce film, mais Sternberg prend le parti d’éviter d’être trop démonstratif, ou de se lancer dans des explications géopolitiques qui auraient sans doute dévier le film de son vrai sujet. Au contraire, il plonge le spectateur au cœur des événements, sans lui donner d’avantage d’explications qu’aux personnages. La séquence de l’attaque du train est particulièrement frappante : filmée de nuit, par une série de plans rapides et très sombres, elle fait l’effet d’un immense désordre, dont on met du temps à comprendre le sens exact. C’est très réussi et assez effrayant. Ce fonds de bouleversements historiques plonge d’ailleurs le film dans une atmosphère d’insécurité qui accentue sa force et crée une impression d’angoisse constante.

Visuellement aussi, le film est sublime : un nouveau sommet baroque pour Von Stroheim, qui soigne le moindre de ses cadrages, y compris pour des plans de train sans grande importance. Le départ du Shanghai Express dans les petites rues étroites de Pékin est une vision étonnante. La manière dont le cinéaste filme ses (très beaux) décors, et surtout comment il utilise les ombres et la lumière… Tout cela relève du grand art.

On pourrait dire aussi beaucoup de biens des seconds rôles, en particulier de la troublante Anna May Wong ou du sympathique et bonhomme Eugene Pallette et de sa voix inimitable de baryton, qui apporte un peu de légèreté à ce film assez grave. On pourrait aussi regretter le manque de charisme de l’acteur principal, Clive Brook. Mais ce petit bémol est bien vite oublié devant ce qui est l’atout essentiel du film : Marlene Dietrich. Bien sûr, Sternberg a filmé l’actrice mieux que quiconque après lui, et cela dès L’Ange Bleu. Mais Marlene n’a sans doute jamais été aussi belle, envoûtante et émouvante que dans ce Shanghai Express qui, malgré toutes ses immenses qualités, semble n’avoir été produit que pour servir d’écrin somptueux à l’actrice.

Pourtant, son rôle n’est pas facile : la belle interprète une jeune femme prisonnière de sa fierté et de ses principes, qui se réfugie continuellement derrière une façade de froideur et de frivolité. Comme son médecin d’amoureux, d’ailleurs. Mais cette façade se fissure par brefs moments tout au long du film, à commencer par une séquence à tomber par terre. Sur la passerelle arrière du train, Marlene Dietrich vient rejoindre Clive Brook pour la première fois et, après un dialogue où les non-dits sont plus frappants que les paroles réelles, elle s’abandonne furtivement dans les bras de son aimé. Cette vision du visage de la belle, enfin débarrassé de sa dureté de façade, nous plonge dans un sommet d’émotion, qui marque de son empreinte tout le film.

Josef Von Sternberg aime Marlene, et cela se voit : sa caméra caresse son visage et ses courbes et la magnifie. Les gros plans sur l’actrice sont tous (absolument tous) magnifiques, et le visage de l’actrice, alors trentenaire, frappe par son naturel et ses quelques petites rides naissantes qui lui donnent un supplément d’âme. Il y a d’ailleurs dans Shanghai Express un plan qui est devenu par la suite l’image la plus célèbre de Marlene Dietrich : seule dans son compartiment plongé dans l’obscurité, Lily laisse transparaître son émotion et son visage, douloureux, sort de l’ombre lentement, comme s’il recherchait la lumière. Josef Von Sternberg aime Marlene Dietrich ? Moi aussi…

Furie (Fury) – de Fritz Lang – 1936

Posté : 3 septembre, 2010 @ 1:04 dans 1930-1939, LANG Fritz, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

Furie (Fury) - de Fritz Lang - 1936 dans 1930-1939 furie-lang

Premier film américain de Fritz Lang, Furie est un film immense, probablement celui qui décrit le mieux le comportement inhumain d’une foule, comment des hommes et des femmes, aussi bons soient-ils individuellement, peuvent s’influencer les uns les autres et devenir de véritables bêtes sauvages. Lang plonge au cœur de la population, au cœur de la foule, pour ne rien perdre de ce processus, mais il le fait sans appuyer le trait, sans jamais s’appesantir. D’ailleurs, en à peine plus de 90 minutes, le cinéaste a le temps de faire non pas un, mais deux films, autour de cette histoire d’un homme arrêté par erreur, et que la population d’un petit village tentera de lyncher parce qu’elle le prend pour le kidnappeur qui terrorise la région.

Le premier de ces « films » décrit le mécanisme implacable de la foule, et Lang utilise tous les outils du ciné-reportage (ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on voit des caméras filmer le lynchage), avec une alternance de gros plans et de plans larges, de plongées et contre-plongées, et un montage sec et nerveux, qui mettent littéralement le spectateur au cœur de l’action, au milieu de cette foule qui avance. Le « second film » s’intéresse aux conséquence, terribles, du lynchage, et emprunte au « film de procès », sous-genre qui a toujours été très populaire en Amérique, et que Lang utilise ici pour poser le débat . Les deux parties du film, radicalement différentes dans leur ton, s’équilibrent parfaitement : Lang décrit, sans concession, et sans atténuer ni la gravité des faits, ni l’horreur du comportement de ces citoyens au-dessus de tout soupçon ; mais il se garde bien de tout jugement, et c’est bien ce qui rend le film aussi passionnant, et aussi dérangeant.

Dérangeante aussi : la prestation de Spencer Tracy, dont la métamorphose est impressionnante. Du Mr. Nice Guy qui montre le bon exemple à ses frères, et choisit de travailler d’arrache-pied loin de sa fiancée durant de longs mois pour pouvoir fonder un foyer, à l’inquiétant bloc de haine qui le pousse à la plus terrible des vengeances, le fossé est incroyablement large, et l’interprétation de Tracy d’une grande force. Peut-être Victor Fleming a-t-il pensé à la métamorphose de l’acteur dans Furie, lorsqu’il a pensé à lui pour interpréter Docteur Jeckyll et Mister Hyde, cinq ans plus tard…

Parfait contrepoint de la haine trimballée par Tracy, la douce Sylvia Sidney, muse incontournable de Lang pour ses débuts hollywoodiens (le cinéaste la dirigera de nouveau dans J’ai le droit de vivre en 1937, et dans le méconnu Casier judiciaire, en 1938), incarne la raison et l’empathie. C’est elle qui pose la vraie question soulevée par le film : peut-on juger individuellement les membres d’une foule ? Ne comptez pas sur Lang pour donner une réponse tranchée à cette question. Les responsables du lynchage regrettent-ils leur geste ? Peut-être, mais ces regrets ne deviennent évidents que lorsqu’ils découvrent qu’eux-mêmes encourent la plus lourde des peines…

Lang réussit là des débuts éclatants à Hollywood, et montre dès ce premier film ses ambitions, énormes. Il filme comme peu de cinéastes avant lui (on peut citer le Eisenstein du Cuirassé Potemkine, et surtout de La Grève, sans doute une référence pour Lang), l’âme de la foule : non pas comme une masse informe, mais comme une accumulation de visages déformés par la colère et la soif de sang. Ces visages restent longtemps en mémoire, notamment ce petit plan furtif montrant une mère, son enfant dans les bras, les yeux écarquillés et le sourire sadique, attendant avec envie de voir le pauvre Spencer Tracy brûler dans sa cellule…

La Fille du Bois Maudit (The Trail of the Lonesome Pine) – de Henry Hathaway – 1936

Posté : 30 août, 2010 @ 5:28 dans 1930-1939, HATHAWAY Henry, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

La Fille du Bois Maudit (The Trail of the Lonesome Pine) - de Henry Hathaway - 1936 dans 1930-1939 la-fille-du-bois-maudit

The Trail of the Lonesome Pine est resté dans l’histoire pour avoir été le premier tourné en technicolor en extérieur. Mais le plus important est ailleurs : Hathaway signe là un film magnifique, l’une de ses plus éclatantes réussites, d’une richesse incroyable, et visuellement ébouriffant : le poids de la nouveauté technique n’a aucunement gêné le cinéaste, pas plus que ça ne l’a freiné dans ses ambitions esthétiques. Dans des décors naturels impressionnants, le vert, le bleu, le blanc sont éclatants, et soulignent parfaitement la beauté des lieux. On sent aussi que Hathaway a profité de tous les « incidents » climatiques qu’il a rencontrés pour enrichir son film : les plans sur la vallée baignée de brouillard sont d’une grande beauté.Tous comme les scènes d’intérieur, tournées dans une pénombre chaleureuse, les visages étant souvent (très joliment) éclairées par les flammes de la cheminée.

Visuellement, The Trail of the lonesome Pine (le titre original est bien plus beau que sa « traduction » française) est donc une splendeur. Mais c’est aussi, et surtout, un film passionnant, qui commence comme un western, se poursuit sur le ton d’une jolie comédie bucolique, et se termine en tragédie shakespearienne. Comme dit Albert Dupontel dans Le Créateur : « on rit, on pleure, une heure trente de bonheur »… A vrai dire, on ne rit pas beaucoup, mais on sourit énormément (et on soupire d’aise) devant ses longues séquences qui nous montrent à quel point la vie est belle au grand air, loin de toutes les contraintes du monde moderne.

Tout n’est pourtant pas si beau dans ces montagnes où se déroulent l’action. Le cadre de vie est magnifique, mais les deux familles qui y vivent, les Tolliver et les Falin, se livrent depuis des générations à une guerre sans merci dont, contrairement à ce que les personnages clament à longueur de temps (« Je sais pourquoi je les déteste » affirme l’un d’entre eux sans y croire vraiment), l’origine est oubliée depuis longtemps. Et on n’est pas ici dans une petite querelle de voisinage : la guerre est livrée à coup de fusils et d’explosifs, et il n’est pas rare qu’un membre d’une famille ou d’une autre soit tué, pour le plus grand bonheur des hommes de l’autre famille… et pour le grand malheur de la mère Tolliver, un rôle magnifique interprété avec beaucoup de nuances par Beulah Bondi (la « mère » de James Stewart dans plusieurs films) qui ne rêve que de vivre en paix, et d’arrêter de voir « ses hommes » se faire tuer pour rien.

C’est dans ce contexte qu’arrive Fred McMurray, alors un habitué des rôles de comédie. Le futur interprète d’Assurance sur la mort joue un ingénieur de la ville qui arrive dans les montagnes pour trouver un accord avec les deux familles, afin qu’elles autorisent le passage du chemin de fer sur leurs terres. Homme sensible, bon et raisonnable, l’ingénieur Jack Hale sympathise rapidement avec le patriarche de la famille Tolliver. Mais le neveu Tolliver, joué par un Henry Fonda assez loin des rôles de gentils naïfs dont il est un habitué, observe avec méfiance l’arrivée de Hale. Avec raison d’ailleurs : June, sa cousine, avec laquelle il doit se marier, semble très attirée par cet ingénieur aux antipodes de ses propres manières frustres.

Dans le rôle de June, petite sauvageonne au regard de chat, on retrouve la mimi Sylvia Sidney, qu’on un peu trop vite oublié, mais qui enchaînait alors les chef d’œuvre : la belle était sur le point de tourner, coup sur coup, Furie de Fritz Lang, Agent Secret d’Alfred Hitchcock, et Rue sans Issue de William Wyler… Soixante ans plus tard, peu avant sa mort, la jeune génération la redécouvrirait grâce à Tim Burton, qui lui offrira le rôle de la vieille dame à la clope dans Beetlejuice, et celui d’une mamie qui contribue à sauver le monde d’une invasion extraterrestre dans Mars Attacks.

Et surtout, le personnage d’Henry Fonda redoute que l’arrivée du chemin de fer, qui a souvent symbolisé la modernité et la fin de l’époque des pionniers dans les westerns, remette en cause le mode de vie qu’il a toujours connu. C’est d’ailleurs tout le sujet du film, et le film ne tombe dans aucune facilité pour le traiter. D’autres à la place d’Hathaway aurait choisi leur camp : vive la modernité ? ou vive le retour à la nature ? Le cinéaste, lui, ne tranche pas. L’arrivée de Fred McMurray, qui représente à lui seul cette modernité, vient bouleverser l’existence des Tolliver, et s’accompagne bien de drames terribles. Mais c’est aussi grâce à ces bouleversements que les habitants de la montagne pourront enfin tirer les leçons de leurs erreurs.

Tueur à gages (This Gun for hire) – de Frank Tuttle – 1942

Posté : 29 août, 2010 @ 4:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAKE Veronica, TUTTLE Frank | Pas de commentaires »

Tueur à gages (This Gun for hire) - de Frank Tuttle - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) tueur-a-gages

Il y a un petit détail, dans ce film, qui me remplit de bonheur, allez savoir pourquoi. Une petite scène où Veronica Lake découvre le vrai visage de son employeur, le gros Laird Cregar, lorsque ce dernier lui offre un bonbon à la menthe. C’est tout. Il n’y a rien de plus dans cette scène : juste la proposition de Cregar, puis le regard de Lake qui s’illumine… C’est naïf et daté évidemment : on n’imagine pas le méchant se trahir par un bonbon à la menthe, aujourd’hui. Eh bien c’est dommage ! Parce que cette naïveté faisait le charme de ces films noirs des années 40, qui, même s’ils étaient produits à la chaîne, gardent une fraîcheur incomparable. C’est un détail minime, infime, mais qui, allez savoir pourquoi, vraiment, m’a tiré un sourire de bien-être aussi large que la chevelure de Veronica Lake est blonde…

Il y a pourtant bien d’autres choses à dire sur cette excellente adaptation d’un (excellent) roman de Graham Greene. Dire, par exemple, que le personnage du tueur a très largement inspiré celui d’Alain Delon dans Le Samouraï : le début du film de Melville est un copier-coller de celui de Tuttle. On découvre ici le tueur (Ladd), seul dans un petit meublé, menant une vie sans joie et sans d’autre compagnie que celle d’un chat de gouttière (un oiseau en cage pour Delon). Le début de Tueur à gages est plus percutant encore, peut-être, marqué par un accès de violence du personnage de Ladd, qui frappe une femme de chambre sans retenue parce que cette dernière  avait donné un coup de pied au chat. En quelques images seulement, Tuttle introduit le personnage principal, dont on a déjà compris qu’il était un tueur à gages, coupé de la vie en société, violent et ému par les chats (et les enfants, comme on le verra dans la scène suivante), seuls êtres encore innocents à ses yeux. Bref, pas un rigolard.

On pourrait dire aussi que le film est historique. Pas parce qu’on y trouve le carton « introducing Alan Ladd » : l’acteur est déjà apparu dans de nombreux films depuis une dizaine d’années, et notamment celui d’un journaliste dans Citizen Kane. Mais parce qu’il marque la première rencontre de Ladd avec Veronica Lake, avec qui il tournera sept films (dont les chef d’œuvre La Clé de Verre et Le Dahlia Bleu). Et quelle rencontre : dans un train de nuit, où la belle surprend le dur en flagrant délit de chapardage. Dès le premier regard, l’alchimie est présente, totale : ces deux-là sont faits pour jouer les couples de cinéma. Elle, sublime mélange de force et de fragilité, que l’on sent capable de toutes les audaces, mais qui semble en même temps totalement inadaptée à la violence qui l’entoure. Lui, bloc de virilité absolue, au regard à la fois dur et étrangement enfantin.

Ils sont faits l’un pour l’autre, c’est une évidence. Et elle sera d’ailleurs l’ange qui lui permettra, sinon de se racheter (aussi charismatique soit-il, Raven, le personnage de Ladd est tout de même un tueur impitoyable, qui n’hésite pas à tuer des femmes innocentes de sang froid, ou de jeunes policiers qui cherchent à l’arrêter), au moins de connaître un état fugace d’apaisement (ah ! ce sourire d’Alan Ladd ! ne cherchez pas, il ne dure qu’une demi-seconde, et il n’y en a pas d’autres dans le film). Un baiser de Veronica Lake, même sur la joue, c’est peut-être bien une raison suffisante d’avoir vécu…

Le « couple » Veronica Lake/Alan Ladd (couple de rêve, mais le « vrai » couple du film est celui incarné par Veronica et le sympathique Robert Preston, qui jouera le pote de Ladd qui tourne mal dans l’excellent Smith le Taciturne) vampe littéralement le film, mais on pourrait dire aussi énormément de bien du travail réalisé par Frank Tuttle, qui réussi à instaurer un vrai climat dans son film, grâce à de nombreuses séquences mémorables : la scène d’ouverture, donc, mais aussi celle, moins spectaculaire mais tout aussi tendue de la première rencontre entre Alan Ladd et Laird Cregar. Ou encore la séquence où Ladd se cache dans une cabine téléphonique (mouais, là, franchement, pas bien malin…). Troublante aussi, cette scène où le tueur est sur le point d’abattre la belle… A vrai dire, on pourrait presque toutes les citer, jusqu’à cette formidable course-poursuite finale.

Tuttle signe là son chef d’œuvre sans aucun doute : il ne retrouvera jamais un tel état de grâce, et ne signera plus de films aussi mémorables. Curieuse coïncidence : en 1935, Tuttle avait réalisé une adaptation de La Clé de Verre, de Dashiell Hammett. Sept ans plus tard, juste après le tournage de Tueur à gages, c’est dans une nouvelle adaptation du roman que Veronika Lake et Alan Ladd allaient déjà se retrouver, cette fois devant la caméra de Stuart Heisler. Mais ça, ça fera l’objet d’une autre chronique.

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