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Archive pour la catégorie 'DIETRICH Marlene'

La Soif du mal (Touch of Evil) – d’Orson Welles – 1958

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, WELLES Orson | Pas de commentaires »

La Soif du mal (Touch of Evil) - d'Orson Welles - 1958 dans * Films noirs (1935-1959) La%20Soif%20du%20mal_zpsypkkp3eh

D’une histoire assez classique de corruption policière, Welles a fait l’un de ses plus grands films. Esthétiquement, l’un de ses plus aboutis, et de ses plus radicaux. Et cette radicalité visuelle explose, littéralement, dès la mythique séquence d’ouverture, long plan-séquence de plus de trois minutes tourné à la grue qui n’est coupé que par l’explosion d’une bombe dont on a suivi le trajet et la menace depuis la toute première minute.

Une ville à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, un flic mexicain intègre et son homologue américain nettement plus trouble, une famille de trafiquants de drogue… On est clairement en terrain connu, et pourtant, on a l’impression de découvrir cet univers pour la première fois, tant la forme donnée par Welles dynamite le récit. Il y le décor d’abord, cette ville tantôt grouillante de monde tantôt déserte, que la caméra arpente et explore avec virtuosité les moindres recoins. Il y a ces allers-retours incessants d’un côté et de l’autre de la frontière. Il y aussi cette musique jazzy d’Henry Mancini qui donne le sentiment d’une liberté de ton absolue, et d’une improvisation constante qui n’est évidemment qu’un leurre.

La Soif du Mal est un film de genre passionnant et angoissant. C’est aussi un chef d’oeuvre expérimental totalement fascinant. Pas le moindre plan évident ici. Welles joue avec la durée, multiplie les travellings et les mouvements de grue impossibles, enchaîne les contre-plongées qui soulignent la noirceur (et la laideur) des personnages, utilise la caméra portée, tout ça dans un long mouvement à la fois irréel et qui semble toucher du doigt le réel comme rarement.

Et puis il y a ces incroyables contre-emplois : Charlon Heston en policier mexicain, et Orson Welles en épave obèse et dégueulasse. Ils n’ont peut-être jamais été aussi bien. Il y a Janet Leigh aussi, deux ans avant Psychose, et qui passe déjà un mauvais moment dans un motel perdu. Marlene Dietrich, enfin, sorte de fantôme tout droit sortie du passé de Quinlan-Welles, et dont la beauté est à peine fanée par les années.
« He was some kind of a man », lance-t-elle comme une épitaphe dénuée de toute illusion. Derrière la forme, extraordinaire (ah! cette marche-confession de Quinlan…), Welles signe un film aussi sombre et désespéré que son Macbeth, faisant sauter en éclats les signes d’espoirs qu’il donne timidement: le bonheur d’un couple mixte, l’innocence du coupable mexicain désigné…

Après le tournage, presque idyllique, Welles s’était vu refuser l’accès à la salle de montage, les producteurs, sans doute effrayés par la radicalité du film, préférant le monter eux-mêmes et retourner quelques scènes. Mais Welles avait consigné précieusement les détails du montage qu’il souhaitait, et qui a finalement été respecté au mieux en 1998. Je serais curieux de revoir la version « producteurs », pas vue depuis pas loin de 20 ans. Celle de Welles, en tout cas, est l’un de ses sommets.

Martin Roumagnac – de Georges Lacombe – 1946

Posté : 3 octobre, 2013 @ 1:12 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, GABIN Jean, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Martin Roumagnac – de Georges Lacombe – 1946 dans 1940-1949 martin-roumagnac

De retour devant les caméras après deux années d’exil et d’engagement durant la guerre, Jean Gabin était attendu au tournant. La plus grande star française de l’avant-guerre, l’interprète des plus grands films de la décennie précédente, avait décroché le cœur de la star Marlene Dietrich depuis 1941. Restait à reconquérir le public. Son retour a été un événement d’autant plus important qu’il s’est fait au côté de sa maîtresse, dans ce qui restera le seul film français de L’Ange bleu.

Mais une fois qu’on a dit que Martin Roumagnac est le seul film tourné par le couple Marlene/Gabin, il faut reconnaître qu’on a dit le principal. Non pas que le film soit totalement raté. Cette adaptation d’un roman de Pierre-René Wolf est une tragédie qui s’inscrit dans la lignée de plusieurs autres films de Gabin. Mais c’est justement le problème : ce que raconte le film, le destin de ce brave type qui tourne à la tragédie parce qu’il est tombé amoureux d’une femme trop belle, trop classe, évoque furieusement celui de Gueule d’amour.

Tout, dans ce film, donne l’impression d’avoir déjà été fait auparavant. Et souvent en mieux. On sent d’ailleurs que Lacombe rêve de renouer avec le réalisme poétique de Carné ou Grémillon, et que les dialogues tentent maladroitement et lourdement d’être aussi percutants que ceux de Prévert. Et puis le film semble monté à la hache, avec des « ellipses » qui cassent continuellement le rythme. La séquence du procès, elle, flirte avec le ridicule, et est surtout interminable.

Mais Gabin est parfait en maçon fleur bleue, et Marlene trouve le ton juste entre la détermination et la tendresse, entre l’innocence et la sensualité. Quant aux personnages secondaires, même s’ils manquent pour la plupart de profondeur, ils sont interprétés par des comédiens à la gouaille assez jubilatoire.

L’Ange des maudits (Rancho Notorious) – de Fritz Lang – 1952

Posté : 25 juin, 2013 @ 1:15 dans 1950-1959, DIETRICH Marlene, LANG Fritz, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Ange des maudits (Rancho Notorious) – de Fritz Lang – 1952 dans 1950-1959 lange-des-maudits

Retour au western pour Lang, dix ans après son diptyque des années 40 (Le retour de Frank James et Les Pionniers de la Western Union). Avec Rancho Notorious, sur le papier, c’est un sujet parfaitement classique qu’il aborde : une énième histoire de vengeance et d’amitié dangereuse, autour d’une ancienne chanteuse de cabaret. D’autant plus classique que cette dernière est interprétée par Marlene Dietrich, dont la filmographie est émaillée de ces chanteuses de cabaret.

Sauf que Lang prend ici le contre-pied de tous les poncifs, et signe un film aussi surprenant que politiquement incorrect. Le héros d’abord (Arthur Kennedy, inattendu dans un tel rôle), ivre de vengeance, n’hésite pas à utiliser Marlene en jouant sur ses sentiments, et sa sensibilité, avec une cruauté parfois impressionnante.

Marlene qui, derrière ses aspects de femme forte, est un être perdu, que l’on découvre d’abord (racontée par ceux qui l’ont rencontrée comme Kane l’était dans le film de Welles, avec toute l’aura de mystère que cela implique) au bord du désespoir, prête à troquer sa sécurité contre son corps, offerte au hors-la-loi jouée avec élégance par Mel Ferrer. Il y a dans le regard dur et les poses dominantes de la belle une fêlure déchirante.

Le film de Lang est constamment hors des sentiers battus. Par de petits détails parfois (la politesse et la gentillesse des shérifs), mais aussi par la construction du film, et ses ruptures de ton, qui le font passer de la farce (la ‘‘course’’ avec Marlene chevauchant un cow-boy) à une bagarre particulièrement rude filmée caméra à l’épaule.

Par l’utilisation de la chanson « Legend of Chuck-a luck » qui revient régulièrement, tenant lieu de chœur antique, servant de transition et faisant avancer l’histoire. Cette chanson, comme l’enquête d’Arthur Kennedy dans la première partie, réhabilite la tradition orale et souligne l’aspect mythique et légendaire de l’histoire… un thème qui sera une nouvelle fois au cœur de Moonfleet quatre ans plus tard.

Cœurs brûlés (Morocco) – de Josef Von Sternberg – 1930

Posté : 8 février, 2013 @ 2:34 dans 1930-1939, COOPER Gary, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Cœurs brûlés (Morocco) – de Josef Von Sternberg – 1930 dans 1930-1939 Coeligurs%20brucircleacutes_zpswnwtifbm

Le plus beau des films de légionnaires, deuxième collaboration de Marlene Dietrich et Von Sternberg après L’Ange Bleu.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’audace du film. Les deux personnages principaux, couple de légende joué par Marlene et Gary Cooper (faut-il une raison de plus pour se précipiter ?) ne sont pas seulement deux paumés, deux solitaires qui fuient un passé dont on ne connaît rien, et qui se croisent au Maroc, où elle est embauchée comme chanteuse de cabaret, et lui s’est engagé dans la Légion. Ce sont aussi deux êtres très libres, qui n’ont pas froid aux yeux.

Gary a visiblement couché avec la moitié des femmes de la ville, Marocaines et épouses d’officiers. Quant à Marlene, elle donne sa clé au beau soldat qu’elle vient juste de rencontrer, avec une idée on ne peut plus claire derrière la tête. Toute la première partie, comme ça, est d’une sensualité faite de non-dits, mais clairement perceptible. Le désir, la chair offerte… ont ici un arrière goût d’amertume, comme si le sexe était le dernier refuge d’êtres qui n’ont plus rien à attendre de la vie.

Sauf que, bien sûr, l’amour s’en mêle. Et si Morocco repose sur une histoire on ne peut plus classique, la manière dont Von Stroheim raconte cette romance est hors du commun. Attente, frustration, solitude, amertume… Ces deux-là semblent avoir tellement souffert par le passé qu’ils refusent de se laisser aller à leurs sentiments.

Le décor, superbe reconstitution d’un Maroc envoûtant et exotique, renforce ce sentiment de solitude. D’autant plus que chaque plan souligne le fait que nos personnages sont en terre étrangère, au milieu d’étrangers. Le scénario de Jules Furthman, et la mise en scène d’une infinie délicatesse, soulignent constamment le fait que ces deux amants incapables de se trouver, sont loin de leurs racines.

Von Stroheim filme par petites touches bouleversantes la naissance du trouble, puis de la passion. L’ultime scène, muette, est d’une beauté sidérante.

Le Grand Alibi (Stage Fright) – d’Alfred Hitchcock – 1950

Posté : 8 février, 2012 @ 4:53 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, HITCHCOCK Alfred | Pas de commentaires »

Le Grand Alibi (Stage Fright) – d’Alfred Hitchcock – 1950 dans * Films noirs (1935-1959) Le%20Grand%20Alibi_zpssk4jeffb

Le rideau se lève, et Hitchcock nous plonge directement dans l’action : une voiture qui roule dans les rues d’un Londres en reconstruction, et à son bord, un homme (Richard Todd) qui raconte à sa fiancée (Jane Wyman) qu’il est accusé à tort du meurtre du mari de sa maîtresse, une actrice de théâtre renommée (Marlène Dietrich). C’est peut-être l’entrée en matière la plus rapide de toute l’œuvre américaine de Hitchcock (avec Sueurs froides), qui semble renouer avec le rythme de ses films anglais, dix ans après ses débuts à Hollywood.

Nostalgique Hitch ? Il en donne effectivement l’impression : Stage Fright est de tous ses films américains celui qui se rapproche le plus de l’esprit de ses débuts. Le décor londonien n’y est bien sûr pas pour rien, mais c’est surtout ce mélange de suspense et de comédie, qui avait marqué des films comme Jeune et Innocent ou Les 39 Marches, qui frappe ici. Frappants aussi : les seconds rôles très typés, qui semblent eux aussi sortis de la période anglaise d’Hitchcock (tout particulièrement le rôle du père de Jane Wyman, génialement interprété par un Alistair Sim irrésistible). Le flic, interprété par Michael Wilding, est lui aussi une réminiscence des héros de ses films des années 30 (il ressemble d’ailleurs étrangement à Michael Redgrave, le héros de Une Femme disparaît).

Comme dans ses « policiers » anglais, Hitchcock s’amuse aussi à insérer dans son film des passages qui n’ont strictement aucun intérêt pour l’intrigue (la drôle de scène de tir aux canards par exemples) mais qui, loin de casser le rythme du film, lui donne une légèreté bienvenue.

Quant à l’histoire elle-même, ainsi que la toile de fond, elles éviquent l’un des premiers films parlants de Hitchcock : Murder !, autre film policier se déroulant dans les coulisses d’un théâtre. Le monde du spectacle vivant a d’ailleurs souvent inspiré Hitchcock. Le personnage de comédienne joué par une Marlene Dietrich impériale s’inscrit dans la lignée d’autres personnages dans l’œuvre du cinéaste. Face à une telle personnalité, Jane Wyman s’en sort bien. Dans un rôle plus désuet, et plus effacé, elle est même formidable. Son mélange de fragilité et de volonté à toute épreuve lui permet d’exister au milieu de personnages a priori tous nettement plus marquants que le sien.

Méconnu, mal aimé, Stage Fright a souvent été critiqué par Hitchcock lui-même, qui disait que l’une des plus grandes erreurs de sa carrière était le faux flash-back de ce film, qui manipulait le spectateur en lui donnant de fausses informations. Pourtant, si Stage Fright a un défaut majeur, ce n’est pas celui-là : en faisant de son premier narrateur un imposteur, Hitchcock se montre même étonnamment moderne, cette méthode particulière étant devenue particulièrement répandue, ces derniers temps. Il faut s’y faire, ce qu’on voit à l’écran n’est plus forcément la réalité. Qu’elle qu’en soit la cause (mensonge, folie…), c’est même devenu une espère de sous-genre : de Usual Suspects à Shutter Island, les exemples sont innombrables. Hitchcock était simplement en avance sur son temps.

D’ailleurs, le rideau qui s’ouvre sur le générique de début (préfigurant le générique de Fenêtre sur cour) laisse déjà penser que le milieu du spectacle dans lequel l’intrigue se déroule n’est pas anodine : on est dans le faux-semblant, dans la représentation, et pas forcément dans la pure réalité. L’histoire que raconte le personnage de Richard Todd

La vraie erreur consiste par contre à faire de ce « faux » faux coupable un type aussi antipathique. Si le personnage de Cooper évoque les fêlures et la maladie mentale d’un Norman Bates (tout juste dix ans avant Psychose), Richard Todd se révèle l’antithèse d’Anthony Perkins, dont la douceur tranchait avec la face cachée. Todd en est bien loin, et son interprétation est froide et peu aimable. Si Hitchcock voulait brouiller les pistes, ses choix concernant ce personnage lui font rater sa cible. Il reste bien d’autres qualités au film…

La Belle ensorceleuse (The Flame of New Orleans) – de René Clair – 1941

Posté : 19 janvier, 2012 @ 7:06 dans 1940-1949, CLAIR René, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

La Belle ensorceleuse (The Flame of New Orleans) – de René Clair – 1941 dans 1940-1949 La%20belle%20ensorceleuse_zps86ksnodx

Premier film américain de René Clair (après un passage en Angleterre où il a notamment réalisé l’excellent Fantômes à vendre), The Flame of New Orleans est une légèreté enthousiasmante, qui s’apparente à une savoureuse bulle de bière (comme les films de Lubitsch ressemblent à des bulles de champagne). Un film qui affiche clairement la couleur dès la première scène, avec une voix off qui enlève d’emblée toute velléité de se prendre au sérieux. C’est un pur spectacle que Clair signe avec sa première réalisation hollywoodienne, et l’unique recherché est le plaisir du spectateur.

Pari totalement réussi : on prend un plaisir fou à suivre les aventures de cette fausse comtesse qui tente de se faire épouser par un riche homme d’affaires (Roland Young) dans la Nouvelle Orléans du milieu du XIXème siècle, tout en tombant amoureuse d’un aventurier sans le sou (Bruce Cabot, le héros de King Kong). Parce que Clair donne à son film un souffle d’insouciance qui n’est pas si courant, et qui fait mouche. Et parce que la belle ensorceleuse qui donne son titre français au film est interprétée par Marlene Dietrich, qui se fait visiblement elle-même plaisir avec ce rôle de manipulatrice qui tombe dans le piège du romantisme.

Le film est parfois émouvant (lorsque l’aventurier nettoie son bateau pour accueillir la belle dont il est tombé amoureux), parfois impressionnant (le « duel » qui se termine bien entre les deux prétendants), parfois à suspense (la filature dans la nuit)… Mais c’est toujours une grande légèreté qui domine, et un humour ravageur qui fonctionne parfaitement bien. Il ne faut pas s’attendre à être surpris par l’histoire : les personnages sont très classiques, et on sait d’emblée comment le film se terminera. Mais on s’en moque bien : seul compte le plaisir de cette bluette réjouissante.

Il y a, quand même, une belle idée de scénario : pour ne pas que son « fiancé » découvre son passé trouble (ce n’est pas dit clairement, bien sûr, mais elle a sans doute vendu ses charmes en Russie), la belle s’invente une cousine qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau (forcément) mais qui traîne dans les bouges les plus mal famés… L’occasion pour Marlene de livrer une interprétation mémorable, souvent proche de la caricature mais toujours dans le ton du film.

Dès ses premiers pas, René Clair tire le meilleur du système hollywoodien. Tournant intégralement en studio (dans de très beaux décors d’intérieurs, et surtout de rues), avec des acteurs habitués des productions américaines (notamment d’excellents seconds rôles, comme le fordien Andy Devine), Clair pose son empreinte sur chaque plan de cette petite fantaisie sans prétention, mais tellement plaisante…

L’Impératrice rouge (The Scarlett Empress) – de Josef Von Sternberg – 1934

Posté : 17 novembre, 2011 @ 10:25 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | 1 commentaire »

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Sixième des sept films tournés par Marlene Dietrich sous la direction de son pygmalion, cette adaptation des mémoires de Catherine II de Russie a connu un échec public et critique cinglant à sa sortie, avant d’être réhabilitée par la postérité. Mais la postérité a-t-elle vraiment raison ? Pas sûr : L’Impératrice rouge est, de tous les films tournés en commun par l’actrice et le cinéaste, le plus compassé et le moins vivant. Dépassé par l’ampleur de son sujet, Sternberg ne parvient pas à mener de front le double-but de son film : réaliser le portrait sensible d’une femme-enfant qui se transforme peu à peu en intrigante, femme de pouvoir ; et faire vibrer le souffle de l’Histoire avec un grand H.

Le film est parsemé de très belles scènes et d’images forcément magnifiques, qui subliment Marlene par la grâce d’un noir et blanc délicat, et de voiles qui donnent au visage de la star un aspect presque irréel. Une œuvre typique de Sternberg, donc, qui donne à sa muse un rôle en or, lui permettant de dévoiler une très large palette de ses talents d’actrices. Entre les grands yeux enfantins et innocents du début du film, et le sourire narquois et rageur de la fin, il y a un monde…

Mais le problème, c’est justement pour aller d’un monde à l’autre. Accumuler les (très) belles scènes ne suffit pas à faire un beau film : il manque à ce gros machin en costumes et aux mille acteurs ou figurants ce petit supplément d’âme, cette magie qui fait qu’on s’attache aux personnages, et qu’on vit en même temps qu’eux leurs évolutions. Il manque aussi un rythme à cette suite de séquences entrecoupées par d’innombrables cartons qui replacent constamment l’intrigue dans son contexte historique.

Le sujet était clairement fait pour Sternberg : ce portrait d’une jeune femme romantique confrontée à la dureté d’un monde auquel elle n’était pas préparée, est un pur thème sternergien. Mais son style intime se prête mal à l’ampleur des décors, de la distribution, et tout simplement de l’histoire qu’il veut raconter. Résultat : il manque au film ce charme vénéneux qui faisait le prix de Shanghai Express, la précédente collaboration de Marlene Dietrich et Josef Von Sternberg, autre portrait d’une romantique contrariée, avec en toile de fond l’Histoire en marche.

Par moments, le film semble même se transformer en une série de tableaux joliment composés, mais incapables de prendre vie, comme le montre cette incroyable scène de banquet, où la caméra commence par planer au-dessus de la table, avant de s’écarter et de dévoiler les convives attablés, comme privés de vie. Virtuose, curieux, et froid.

Dommage, parce qu’il y a de très beaux moments dans le film, comme cette (rare) scène d’extérieure, et de nuit, où la future impératrice perd définitivement ses inhibitions de jeune fille ; ou cette séquence en deux temps de l’escalier, où l’amante contrariée se venge de cet homme qu’elle aime peut-être en lui faisant vivre la frustration qu’elle avait elle-même connue par sa faute quelques mois plus tôt… Il y aussi la relation particulièrement cruelle entre la future Catherine II et sa mère, monstre de cruauté froide et calculatrice.

Le film ne manque pas d’attraits, mais c’est sans doute, des sept films du tandem, celui qui s’éloigne le plus d’un chef d’œuvre…

Les Anneaux d’or (Golden Earrings) – de Mitchell Leisen – 1947

Posté : 15 novembre, 2011 @ 2:09 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, LEISEN Mitchell | Pas de commentaires »

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Marlene Dietrich en gitane ? Il faut le voir pour le croire, et même en le voyant, on a un peu de mal à y croire tant l’image de la belle colle mal à l’extravagance de cette bohémienne, diseuse de bonne aventure… Surtout dans sa toute première apparition, étrange silhouette de sorcière dévorant goulûment un ragoût à la lumière d’un feu de camps. Alors là, on se pince un peu, et on se dit qu’elle en fait vraiment beaucoup, avec ce rôle de composition dans lequel on ne l’attendait pas. Et puis finalement, le charme agit.

Le métier de Mitchell Leisen, touche-à-tout honnête et souvent inspiré, n’y est pas pour rien : le cinéaste parvient à donner corps à la chaleur des gitans, avec des scènes de nuit joliment photographiées dans un très beau noir et blanc. Evidemment, on n’est jamais très loin de la caricature, mais Leisen parvient assez miraculeusement à rester continuellement sur le fil, évitant toujours de sombrer dans le grand-guignol. Puis on finit par se prendre au jeu, au charme hypnotique de ces images, et à celui de Marlene, immense même sous deux tonnes de fond de teint et avec un accent très discutable.

Face à la belle, il y a Ray Milland, immense acteur trop mésestimé, que l’on retrouve lui aussi grimé en gitan. Pour de faux, fort heureusement : on aurait mal imaginé ce pur Anglais pale et élégant incarner un véritable gitan. Lui incarne un agent britannique chargé d’une mission ultrasecrète dans l’Allemagne de début 1939. Parce que derrière ses aspects de film communautaire dédié au peuple gitan, Golden Earrings est un film d’espionnage. Mais l’intrigue n’est visiblement qu’un argument utilisé par les scénaristes (dont Abraham Polonsky, qui allait lui-même passer derrière la caméra quelques mois plus tard avec l’admirable L’Enfer de la Corruption) pour filmer ce peuple gitan, victime un peu oubliée de la barbarie nazie. Le chef des gitans, personnage lui aussi au bord de la caricature, mais attachant, n’est d’ailleurs pas dupe de l’avenir qui ai réservé à son peuple…

L’objet de la mission (récupérer la formule d’un gaz potentiellement mortel, mis au point par un savant allemand qui refuse de voir son invention servir la cause nazie) passe très vite au second plan. A vrai dire, dans la scène d’ouverture qui se déroule après la guerre (l’histoire est racontée en flash-back), le personnage de Ray Milland raconte son aventure en évoquant à peine sa mission officielle, la balayant d’un geste de la main. « Il y a une femme au cœur de cette histoire », lance-t-il, précisant ainsi que le film est avant tout une histoire d’amour.

Et une histoire d’amour particulièrement haute en couleurs, entre un officier britannique un peu rigide et sur la réserve, et une bohémienne impulsive et gouailleuse. Il fallait bien le savoir faire de Mitchell Leisen et des acteurs aussi formidables que Marlene Dietrich et Ray Milland pour faire passer la pilule…

La Maison des Sept Péchés (Seven Sinners) – de Tay Garnett – 1940

Posté : 22 octobre, 2011 @ 10:48 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, GARNETT Tay, WAYNE John | Pas de commentaires »

La Maison des Sept Péchés (Seven Sinners) - de Tay Garnett - 1940 dans 1940-1949 la-maison-des-sept-peches

Une bien belle surprise que ce film exotique bourré de bagarres de marins, de bons mots et de romance faussement légère… Réalisé par Tay Garnett six ans avant qu’il ne signe le plus connu de ses chef d’œuvre (Le Facteur sonne toujours deux fois), le film est un mélange très convaincant de comédie enlevée et de gravité. La toute première séquence donne le ton : dans son éternel rôle de chanteuse de cabaret, Marlene Dietrich déclenche sans même apparaître une bagarre homérique qui termine par une descente de police.

On est sur une île de l’océan Pacifique, et Marlene, le regard incendiaire et la jambe interminable, est expulsée avec ses compagnons, un voleur pulsionnel et un gros bras bas du front. Toute cette première partie est traitée avec un humour ravageur et un second degré réjouissant. Mais sur le bateau qui emmène cette petite troupe vers une autre île, le ton s’avère un peu moins léger qu’il ne paraissait : la rencontre de Marlene avec un médecin légèrement alcoolo et très seul révèle les failles de la jeune femme, ses blessures cachées et son envie secrète de se fixer quelque part.

Cette faille va croître lorsque, arrivée à destination, la chanteuse va tomber amoureuse d’un beau marin promis à la fille du gouverneur (jouée par la Fordienne Anna Lee) : c’est John Wayne dans un rôle amusant et plutôt léger. Très convaincant lorsqu’il fait le dur, Wayne est quand même un peu limite lorsqu’il se transforme en amoureux très fleur bleue… Ajoutons à cette galerie déjà bien fournie un dangereux arnaqueur, joué avec froideur par l’inquiétant Oscar Homolka, qui était le Verloc du Sabotage de Hitchcock.

En apparence, on est en terrain très connu : un film d’aventure romantique et exotique, genre très en vogue à l’époque, avec des personnages qui semblent proches de la caricature. Sauf que, justement, la force du film, outre son rythme exceptionnel, réside sur les contre-pieds absolus pris pour à peu près tous les personnages : celui de Marlene, bien sûr, dont la force et le recul ne sont qu’apparences ; il y le médecin alcoolique et désagréable, qui se révélera être un fidèle ami ; le gros bras un peu idiot qui révélera sa sensibilité et sa clairvoyance…

Le personnage de John Wayne est un peu plus convenu, mais se sentiment de douce mélancolie qui reste après avoir vu le film repose en partie sur la décision inattendue qu’il prendra. Loin, très loin de ce qu’on pouvait attendre de ce film drôle et énergique, qui est finalement aussi amer et mélancolique.

Cantique d’Amour (Song of Songs) – de Rouben Mamoulian – 1933

Posté : 7 octobre, 2011 @ 10:31 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, MAMOULIAN Rouben | Pas de commentaires »

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Entre 1930 et 1935, Marlene Dietrich a tourné huit films (et rien à jeter), dont sept avec Josef Von sternberg. La seule exception ? Ce Cantique d’amour, un titre assez repoussant qui cache un très beau film de Mamoulian. Marlene y interprète une jeune femme très simple qui, après la mort de son père, part vivre « à la ville » avec sa tante acariâtre. Elle tombe bientôt sous le charme d’un sculpteur qui refuse de s’engager avec celle dont il est pourtant amoureux. Abandonnée par son amant, mise à la porte par sa tante, elle finit par se marier avec un riche officier qu’elle n’aime pas. Elle prendra aussi un amant, sèmera pas mal de malheur derrière elle, avant de… mais ne comptez pas sur moi pour dévoiler la fin.

Rouben Mamoulian est un très grand cinéaste, dont la caméra ne se contente pas d’illustrer l’histoire. La toute première séquence symbolise, en une poignée de plans magnifiques, la « naissance » d’une jeune femme qui, après la mort de son père, commence sa propre vie de femme. La symbolique n’est pas d’une grande légèreté (Marlene Dietrich, abattue, marche d’un pas de plus en plus alerte le long d’une allée plantée d’arbres en fleurs… C’est le printemps, la vie qui reprend). Mais qu’importe, tout le film sera un exercice de style sur le même modèle. La caméra fera bien plus qu’illustrer le scénario : elle en soulignera tous les éléments forts, exacerbant les sentiments des personnages… et du spectateur.

Il y a, surtout, une scène d’une sensualité incroyable. Dans son atelier, le sculpteur Waldo a convaincu la prude Lily de poser nue pour lui, lui assurant qu’elle n’est rien de plus qu’un modèle asexué. Sauf qu’au fur et à mesure que la sculpture prend forme, on voit bien que le regard de Waldo (excellent Brian Aherne) change, que sa main est moins sûre, qu’un trouble s’est posé sur sa voix. Bien sûr, on ne voit rien de plus que les épaules de Marlene. Mais la main de Waldo effleurant le sein de sa sculpture dépasse le simple pouvoir de suggestion. C’est l’une des scènes les plus sensuelles qu’il m’ait été donné de voir (et je suis prêt à casser la gueule au premier qui me dit que c’est comme dans Ghost !).

Tout est excessif dans Cantique d’amour, y compris l’impression de déjà-vu créé par un scénar bourré de rebondissements attendus (on pense parfois à Blonde Vénus, que Marlene a tourné juste avant avec Von Sternberg). Y compris les personnages masculins stéréotypés, incarnés par des acteurs parfaits (Aherne, donc, mais aussi Lionel Atwill en richard un brin libidineux). Mais l’intelligence de la mise en scène tire continuellement le film vers le haut, exacerbant le moindre sentiment. Quand Marlene est en colère, ça fait très mal. Quand elle désire, ça fait très envie. Et quand elle est triste, c’est bouleversant. Et puis il y a sa beauté, à la fois presque irréelle et pourtant d’une troublante humanité. Derrière le masque du mythe se cache une actrice d’une sensibilité extrême.

Le film est habité par sa présence, mais il est aussi hanté par sa sculpture, symbole presque abstrait de l’histoire de désir, d’amour, de haine et de désespoir qui unit l’artiste et son modèle. C’est original, délicat et profondément émouvant. De là à dire qu’il s’agit d’un chef d’œuvre à redécouvrir absolument, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement…

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