Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'DE CARLO Yvonne'

La Belle Aventurière (The Gal who took the West) – de Frederick de Cordova – 1949

Posté : 30 août, 2012 @ 2:05 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, DE CORDOVA Frederick, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Belle Aventurière

Drôle de western, qui commence par l’arrivée d’une voiture dans une petite ville, et se termine par la vision d’un hélicoptère prêt à décoller… C’est l’une des particularités du film : La Belle Aventurière est raconté en flash-backs (pas une première, certes), par des vieillards qu’un journaliste interroge en les abreuvant de whiskys, pour préparer un reportage sur l’histoire de la famille O’Hara.

Cette drôle de construction, à la Rashomon ou à la Citizen Kane, aurait pu faire de ce film une œuvre ambitieuse et originale. Hélas, ce postulat est à peine exploité. Les points de vue successifs apportent certes quelques précisions différentes, mais n’amène pas le trouble ou les fausses pistes qu’on aurait pu attendre. A vrai dire, il n’y a qu’un unique épisode, sans grand intérêt, qui fait l’objet de discussions entre les narrateurs (le pseudo évanouissement de notre héroïne). Un peu léger. D’ailleurs, on se demande un peu pourquoi le scénario choisit cette construction, pour une histoire finalement assez anecdotique, qui n’atteint jamais l’ampleur des grands westerns classiques.

Car le film raconte ni plus ni moins qu’un triangle amoureux relativement classique, sur fond de querelle familiale. Rien de bien neuf sous le soleil de l’Ouest… Yvonne De Carlo, sublime bien sûr, joue une chanteuse qui arrive dans une ville pour être la vedette d’un théâtre qui appartient au patriarche O’Hara (Charles Coburn), dont les deux petits-fils (Scott Brady et John Russell) tombent amoureux de la jeune femme. Et comme les deux cousins se détestent déjà, cette rivalité ne va rien arranger… Le film se résume à cette rivalité, et on sent bien que les menaces d’effusion de sang ne se concrétiseront jamais : il y a derrière cette rivalité, et ces agressions verbales, une légèreté qui ne trompe pas.

Frederick De Cordova, artisan honnête à défaut d’être toujours très inspiré, ne prend visiblement pas son film au sérieux, et fait de son curieux western une bluette sans grand enjeu, et finalement sans grand intérêt. Ce qu’il prend au sérieux, par contre, c’est son actrice, LA star maison de la Universal à l’époque. Il a raison : Yvonne De Carlo est à tomber, et elle est de loin le principal attrait du film. Ses robes somptueuses, son sourire mutin, ses colères feintes, et son interprétation parfaite font beaucoup pour rendre très sympathique ce film platement réalisé.

Bandits de grands chemins (Black Bart) – de George Sherman – 1948

Posté : 31 mai, 2012 @ 11:16 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

Bandits de grands chemins (Black Bart) – de George Sherman – 1948 dans 1940-1949 bandits-de-grands-chemins

Décidément, le western est un genre qui réussit à George Sherman, solide artisan qui a l’intelligence de ne pas se prendre pour le génial artiste qu’il n’est pas. Sherman n’est pas Ford, et ce western est une grande réussite, parce qu’il ne se prend pas au sérieux, et ne recherche que l’efficacité. C’est rien de dire que l’objectif est atteint : pas le moindre temps mort dans cette histoire d’amitié, de rivalité, d’amour, dans laquelle on retrouve d’authentiques figures ayant marqué l’histoire de l’Ouest américain, en particulier un voleur gentlemen surnommé Black Bart, et une danseuse et comédienne venue d’Europe nommée… Lola Montez.

Oui, c’est bien le même personnage immortalisé par Martine Carol dans le film de Max Ophüls. Sherman prend bien plus de liberté avec le personnage historique, dans son western, mais Lola ne manque pas non plus de charme, puisque c’est la sublime Yvonne de Carlo qui prête son joli minois à la mythique femme de spectacle, ancienne intrigante de la cour de Bavière tentant une nouvelle carrière en Amérique.

Son chemin croise celui de deux gangsters, anciens complices ayant en apparence tous deux quitté la voie du vol. Ces deux-là sont prêts à s’entretuer, mais ils s’adorent, et c’est tout le sel de ce beau film dont la fin évoque furieusement celle de Butch Cassidy et le Kid. Les deux hommes se retrouvent rivaux sur tous les fronts : dans leurs plans d’enrichissement, et dans le cœur de la belle Lola. Aucun des deux ne reconnaîtrait son amitié pour l’autre, mais qu’importe : cette amitié crève l’écran.

Jeffrey Lynn (sympathique second rôle vu dans Les Fantastiques Années 20 et La Comtesse aux pieds nus) y est un contrepoint parfait au génial Dan Duryea, indispensable second rôle (notamment pour le diptyque de Fritz Lang, La Femme au portrait et La Rue rouge), promu pour une fois tête d’affiche, dans le rôle du fameux Black Bart, sorte de Zorro ne se battant pas pour le bien de la population, mais par appât du gain. Ajoutant à cette belle affiche un autre second rôle qu’on adore : John McIntire. Et si ça ne suffit pas à donner envie, alors j’abandonne…

La Fille des prairies (Calamity Jane and Sam Bass) – de George Sherman – 1949

Posté : 28 mai, 2012 @ 9:20 dans 1940-1949, DE CARLO Yvonne, SHERMAN George, WESTERNS | 2 commentaires »

La Fille des prairies

Après le succès de Black Bart, l’année précédente, George Sherman met une nouvelle fois en scène des figures authentiques de l’Ouest américain : Calamity Jane et Sam Bass. La première a souvent été à l’honneur au cinéma, et souvent sous les traits de jolies actrices, de Jean Arthur dans Une aventure de Buffalo Bill à Ellen Barkin dans Wild Bill. Le film de Sherman ne fait pas exception, puisqu’elle est interprétée par la sublime Yvonne de Carlo, qui réussit la gageure d’être crédible en garçon manqué as de la gâchette et des courses de chevaux, tout en restant hyper sexy.

Sam Bass, par contre, est quasiment inconnu chez nous. Son destin pourtant, en tout cas tel qu’il est raconté dans le film, est extrêmement cinégénique. C’est une histoire de spirale infernale qui touche un brave type qui n’aspire qu’à une vie confortable et tranquille, l’une de ces inexorables descentes aux enfers qu’affectionne particulièrement le film noir. Transposé dans l’Amérique des années 40, le scénario aurait effectivement pu donner un bon film noir, sans quasiment changer la moindre ligne. La fin, d’ailleurs, évoque furieusement un classique du genre : High Sierra.

Pourtant, on est bel et bien dans du pur western du samedi soir, léger et presque joyeux malgré le piège tragique dans lequel notre héros s’enferme peu à peu. Sam Bass, donc, interprété par un Howard Duff peu charismatique, mais plutôt à sa place en brave type sans grande envergure (on se demande juste comment Yvonne de Carlo peut tombe raide dingue de lui aussi vite), arrive dans une petite ville où il n’aspire qu’à trouver un boulot. Il tombe sous le charme d’une commerçante (Dorothy Hart), mais le frère de ce dernier, shérif du bled, le prend en grippe. A la première occasion, il tente de s’en débarrasser et Bass accepte un boulot de convoyeur de bêtes, au côté de ce bon vieux Lloyd Bridges.

Lors d’une étape, il accepte de participer à une course organisée par un homme riche et véreux. Sûr de son cheval, le plus rapide de l’Ouest, Bass joue l’argent confié par les propriétaires des vaches qu’il convoie. Mais son cheval est empoisonné, et Bass est obligé de prendre la fuite. En tentant de récupérer l’argent, il s’enfonce un peu plus dans la vie de hors-la-loi, ne comptant bientôt plus que sur une poignée de fidèles et sur Calamity Jane… jusqu’au point de non-retour.

Passionnant, le film est réalisé avec beaucoup d’inspiration par un George Sherman à son meilleur. Le réalisateur fait pourtant souvent office de sous-Ford, ou de sous-Walsh. Mais La Fille des prairies n’a pas grand-chose à envier à Victime du destin, film comparable réalisé par ce dernier quelques années plus tard. Un rythme trépidant, des grands espaces, des personnages attachants… Rien à jeter dans ce western qui ose des ruptures de ton plutôt culottées. Une vraie réussite…

Tueur à gages (This Gun for hire) – de Frank Tuttle – 1942

Posté : 29 août, 2010 @ 4:39 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAKE Veronica, TUTTLE Frank | Pas de commentaires »

Tueur à gages (This Gun for hire) - de Frank Tuttle - 1942 dans * Films noirs (1935-1959) tueur-a-gages

Il y a un petit détail, dans ce film, qui me remplit de bonheur, allez savoir pourquoi. Une petite scène où Veronica Lake découvre le vrai visage de son employeur, le gros Laird Cregar, lorsque ce dernier lui offre un bonbon à la menthe. C’est tout. Il n’y a rien de plus dans cette scène : juste la proposition de Cregar, puis le regard de Lake qui s’illumine… C’est naïf et daté évidemment : on n’imagine pas le méchant se trahir par un bonbon à la menthe, aujourd’hui. Eh bien c’est dommage ! Parce que cette naïveté faisait le charme de ces films noirs des années 40, qui, même s’ils étaient produits à la chaîne, gardent une fraîcheur incomparable. C’est un détail minime, infime, mais qui, allez savoir pourquoi, vraiment, m’a tiré un sourire de bien-être aussi large que la chevelure de Veronica Lake est blonde…

Il y a pourtant bien d’autres choses à dire sur cette excellente adaptation d’un (excellent) roman de Graham Greene. Dire, par exemple, que le personnage du tueur a très largement inspiré celui d’Alain Delon dans Le Samouraï : le début du film de Melville est un copier-coller de celui de Tuttle. On découvre ici le tueur (Ladd), seul dans un petit meublé, menant une vie sans joie et sans d’autre compagnie que celle d’un chat de gouttière (un oiseau en cage pour Delon). Le début de Tueur à gages est plus percutant encore, peut-être, marqué par un accès de violence du personnage de Ladd, qui frappe une femme de chambre sans retenue parce que cette dernière  avait donné un coup de pied au chat. En quelques images seulement, Tuttle introduit le personnage principal, dont on a déjà compris qu’il était un tueur à gages, coupé de la vie en société, violent et ému par les chats (et les enfants, comme on le verra dans la scène suivante), seuls êtres encore innocents à ses yeux. Bref, pas un rigolard.

On pourrait dire aussi que le film est historique. Pas parce qu’on y trouve le carton « introducing Alan Ladd » : l’acteur est déjà apparu dans de nombreux films depuis une dizaine d’années, et notamment celui d’un journaliste dans Citizen Kane. Mais parce qu’il marque la première rencontre de Ladd avec Veronica Lake, avec qui il tournera sept films (dont les chef d’œuvre La Clé de Verre et Le Dahlia Bleu). Et quelle rencontre : dans un train de nuit, où la belle surprend le dur en flagrant délit de chapardage. Dès le premier regard, l’alchimie est présente, totale : ces deux-là sont faits pour jouer les couples de cinéma. Elle, sublime mélange de force et de fragilité, que l’on sent capable de toutes les audaces, mais qui semble en même temps totalement inadaptée à la violence qui l’entoure. Lui, bloc de virilité absolue, au regard à la fois dur et étrangement enfantin.

Ils sont faits l’un pour l’autre, c’est une évidence. Et elle sera d’ailleurs l’ange qui lui permettra, sinon de se racheter (aussi charismatique soit-il, Raven, le personnage de Ladd est tout de même un tueur impitoyable, qui n’hésite pas à tuer des femmes innocentes de sang froid, ou de jeunes policiers qui cherchent à l’arrêter), au moins de connaître un état fugace d’apaisement (ah ! ce sourire d’Alan Ladd ! ne cherchez pas, il ne dure qu’une demi-seconde, et il n’y en a pas d’autres dans le film). Un baiser de Veronica Lake, même sur la joue, c’est peut-être bien une raison suffisante d’avoir vécu…

Le « couple » Veronica Lake/Alan Ladd (couple de rêve, mais le « vrai » couple du film est celui incarné par Veronica et le sympathique Robert Preston, qui jouera le pote de Ladd qui tourne mal dans l’excellent Smith le Taciturne) vampe littéralement le film, mais on pourrait dire aussi énormément de bien du travail réalisé par Frank Tuttle, qui réussi à instaurer un vrai climat dans son film, grâce à de nombreuses séquences mémorables : la scène d’ouverture, donc, mais aussi celle, moins spectaculaire mais tout aussi tendue de la première rencontre entre Alan Ladd et Laird Cregar. Ou encore la séquence où Ladd se cache dans une cabine téléphonique (mouais, là, franchement, pas bien malin…). Troublante aussi, cette scène où le tueur est sur le point d’abattre la belle… A vrai dire, on pourrait presque toutes les citer, jusqu’à cette formidable course-poursuite finale.

Tuttle signe là son chef d’œuvre sans aucun doute : il ne retrouvera jamais un tel état de grâce, et ne signera plus de films aussi mémorables. Curieuse coïncidence : en 1935, Tuttle avait réalisé une adaptation de La Clé de Verre, de Dashiell Hammett. Sept ans plus tard, juste après le tournage de Tueur à gages, c’est dans une nouvelle adaptation du roman que Veronika Lake et Alan Ladd allaient déjà se retrouver, cette fois devant la caméra de Stuart Heisler. Mais ça, ça fera l’objet d’une autre chronique.

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