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Archive pour la catégorie 'DARRIEUX Danielle'

Mauvaise graine – de Billy Wilder (et Alexander Esway) – 1934

Posté : 5 mai, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DARRIEUX Danielle, ESWAY Alexander, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Mauvaise graine

Comme Lang, Wilder est passé par la France en fuyant le nazisme. C’est même là qu’il réalise son premier film, avant de partir pour Hollywood, où ses talents de scénaristes ont déjà été remarqués. Il mettra en revanche huit ans avant de repasser derrière la caméra…

Ce coup d’essai est pourtant, déjà, l’œuvre d’un grand cinéaste, un film plein de vivacité, à la maîtrise formelle impressionnante. Qu’il utilise les surimpressions pour souligner le trouble de son héros marchants dans les rues de Paris, ou le montage alterné pour faire monter le suspense lors d’une belle séquence de poursuite automobile… Wilder maîtrise parfaitement son sujet.

On peut même déjà parler d’une vraie signature. Pas encore celle de ses grands chefs d’œuvre : l’influence de Lubitsch n’est pas encore passée par là. Mais dans sa manière d’utiliser le montage et les ellipses courtes, Wilder donne un ton singulier à son film, l’art de ne pas filmer cet instant précis où les décisions sont prises… Des choix de mise en scène qui rythment constamment l’action.

Beau scénario, aussi, qui flirte à la fois avec la comédie et le film d’action, avec cette histoire d’un jeune homme trop gâté que son père veut remettre dans le droit chemin, mais qui se perd avec une bande de voleurs de voitures. Il y rencontre une toute jeune femme, dont le visage accroche déjà la caméra : Danielle Darrieux, 16 ans à peine, le visage encore un peu poupin.

Wilder a donc commencé sa carrière de réalisateur en dirigeant Darrieux, en France. Et dire que ce film reste une curiosité largement oubliée…

Quelques jours avec moi – de Claude Sautet – 1988

Posté : 28 mars, 2020 @ 8:00 dans 1980-1989, DARRIEUX Danielle, SAUTET Claude | Pas de commentaires »

Quelques jours avec moi

Après l’échec de Garçon, Claude Sautet s’offre une sorte de nouveau départ avec son film suivant. Exit Jean-Lou Dabadie, le scénariste de ses plus grands succès. Sautet écrit Quelques jours avec moi avec Jacques Fieschi (et Jérôme Tonnerre), qui sera le scénariste de ses trois derniers films, sorte de triptyque informel et superbe, qui est aussi, de l’avis très éclairé de moi-même l’apothéose de sa carrière.

Avec Daniel Auteuil, qu’il retrouvera pour Un Cœur en hiverSautet trouve un nouveau double idéal, handicapé du sentiment très loin de ce qu’était Yves Montand. Auteuil chez Sautet, c’est un peu L’Etranger de Camus : un homme qui traverse sa vie comme un spectateur, étranger à lui-même et à ceux qui l’entourent. Profondément dépressif ? En manque total d’empathie ? Confronté à un ennui sidéral ? Tout ça, et rien de ça à la fois. Le personnage d’Auteuil est une énigme fascinante dont la passivité bouscule l’ordre bien étable, et qui révèle paradoxalement ce qu’il y a de meilleur chez les autres.

Héritier d’une grande chaîne de supermarchés, taciturne, sans plaisir ni déplaisir, là sans être vraiment là. A Sandrine Bonnaire, la femme de ménage vaguement délinquante, à qui il tend une sorte de guet-apens parce qu’il n’imagine pas simplement l’inviter, il fait ce début de confession : « Vous êtes la première personne à qui j’ai envie de parler depuis des années. »

Il est étranger, mais pourtant d’une disponibilité extrême, aussi naturel avec le très beauf Jean-Pierre Castaldi qu’avec le notable beau parleur Jean-Pierre Marielle. Attirant les extrêmes et la sympathie de tous comme par magie. Y compris celle de Vincent Lindon, qui s’étonne lui-même de ne pas être jaloux de celui qui passe pourtant ses journées et une partie de ses nuits avec celle qu’il aime.

Etrange électron libre, qui attire tout ce petit monde autour de lui, catalyseur des amitiés les plus improbables. Quelques jours avec moi est une œuvre à part dans la filmo de Sautet, qui laisse libre cours à un sens inattendu de la fantaisie. Au cœur du film, il y a notamment cette fête hallucinante, où se retrouvent petits délinquants et chef de police, patron et ouvriers, dans un immense appartement rempli de meubles de jardins. Hors du temps, hors des conventions.

C’est drôle, c’est envoûtant, c’est poignant aussi. Les acteurs sont géniaux. Marielle est immense, Auteuil gagne une dimension encore inédite. Bonnaire est d’une liberté insolente. Et en plus, il y a Danielle Darrieux, grande, même avec un rôle très secondaire. Quelques jours avec moi : un très grand Sautet, de ceux que l’on revoit avec un plaisir qui ne fait que croître.

Abus de confiance – de Henri Decoin – 1937

Posté : 12 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DARRIEUX Danielle, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Abus de confiance

Il y a une vraie cohérence dans le parcours commun de Henri Decoin et de sa muse, Danielle Darrieux. Voici encore le portrait d’une toute jeune femme, à peine sortie d’une enfance abîmée, maltraitée par la vie.

Avec ce portrait mélodramatique, Decoin parle d’une époque rude et impitoyable, qui se dessine en creux. Si Lydia, le personnage que jouer Darrieux, est poussée à commettre un acte si détestable, c’est parce que tout, ou presque, lui est hostile.

Cet acte est un pur parti-pris mélodramatique. La découverte d’un journal intime… Une mère et son bébé morts depuis vingt ans sans que le père sache ce qu’ils sont devenus… Et Lydia qui décide de se faire passer pour l’enfant disparu auprès de ce dernier, grand avocat bien installé.

Et Decoin a un vrai talent pour filmer le chaos et la violence mentale. La scène de la fête foraine est ainsi magnifique, véritable tourbillon qui finit d’enfoncer les clous du désespoir, et virtuose utilisation du montage et de la surimpression.

Même force dans l’entretien d’embauche que subit Darrieux, pathétique défilé de proie pour un prédateur libidineux qui profite de sa position de supériorité… Ou comment, au fil de recherches désespérées de la jeune femme pour survivre, elle enchaîne les rencontres avec des hommes dégueulasses. 1937, et déjà, un manifeste virulent contre les violences faites aux femmes.

Et elle est, une nouvelle fois, extraordinaire, la Darrieux, déchirante en jeune victime d’une société bien malade. Charles Vanel aussi, forcément, est excellent. Malgré des dialogues parfois un peu trop littéraires, Decoin tire le meilleur de ses acteurs. Valentine Tessier est particulièrement marquante en épouse de Vanel. Rude, austère, péremptoire, mais pourtant compréhensive et avisée.

Un personnage complexe, qui évite toute facilité. C’est elle qui amène la dernière image, extraordinaire fin cynique et douce-amère…

Premier rendez-vous – de Henri Decoin – 1941

Posté : 3 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, DARRIEUX Danielle, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Premier rendez-vous

Après le beau Battement de cœur, Danielle Darrieux retrouve Henri Decoin, dont elle venait de se séparer, et cette fois sous la bannière de la Continental. Le film n’en est pas moins léger, drôle et irrésistible. C’est même, une nouvelle fois, l’une des grandes réussites de la comédie française. Une comédie pleine de charme et d’esprit, digne du cinéma de Lubitsch ou de celui de La Cava.

C’est aussi dans ce film, bien sûr, que Danielle Darrieux interprète « Le premier rendez-vous », l’une de ses plus belles chansons, superbe hymne amoureux qu’elle chante en deux temps : d’abord dans une version classique et séduisante, puis avec un swing très américain qui aurait été sans doute impossible quelques mois plus tard, après l’entrée en guerre des Etats-Unis.

La chanson est d’autant plus importante qu’elle évoque un premier rendez-vous qui, au fond, n’arrive jamais vraiment. Pas comme la jeune orpheline qu’interprète Danielle Darrieux l’imagine en tout cas, elle qui croit rencontrer un prince charmant en répondant à la petite annonce d’un mystérieux inconnu, et qui croise la route d’un homme de lettre brillant, mais vieillissant et pas très beau.

Ce dernier (Fernand Ledoux) affirme être l’ami de celui qui a vraiment correspondu avec la jeune femme (Louis Jourdan). Il n’y a bien qu’elle pour le croire, et pour ne pas comprendre très vite qu’on est dans une sorte de variation sur le thème de Cyrano de Bergerac. En plus contemporain et en plus léger. Et en remplaçant le contexte guerrier d’Edmond Rostand par celui plus innocent d’un collège de fils de riches (parmi lesquels un tout jeune Daniel Gélin).

Le rythme est enlevé, il n’est pas linéaire pour autant. Comme dans Battement de cœur déjà, Henri Decoin s’amuse à jouer sur les émotions du spectateur, n’hésitant pas à faire basculer son récit dans un semblant de film noir : l’arrivée de la jeune femme dans l’appartement de l’homme qu’elle vient de rencontrer distille ainsi une angoisse sourde, l’air égaré de Fernand Ledoux renforçant l’atmosphère soudain trouble.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement hitchcockien dans cette comédie de Decoin. Une impression qui repose peut-être sur l’utilisation des maquettes pour les plans généraux (typiques de la période anglaise du Sir), ou plus généralement sur sa manière de filmer les intérieurs. En tout cas, une esthétique très soignée et très maîtrisée, qui rend grâce au talent des comédiens.

Une mention, d’ailleurs, à Jean Tissier, second rôle parfois un rien agaçant dans son éternel numéro de poseur volubile, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, irrésistible et touchant dans son rôle de vieux professeur dragueur et pas si léger qu’il n’en a l’air.

Battement de coeur – de Henri Decoin – 1939

Posté : 17 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, DARRIEUX Danielle, DECOIN Henri | Pas de commentaires »

Battement de cœur

Henri Decoin signe un film d’une grande liberté qui aborde mine de rien, et avec beaucoup de légèreté, quelques sujets graves. Celui des jeunes laissés pour comptes « récupérés » par des bandits qui profitent de leur faiblesse. Celui aussi de la vacuité de la diplomatie en cette période où la guerre menace.

Le contexte historique (on est en 1939) reste toujours à l’arrière-plan, à peine évoqué, mais il est bel et bien présent, au détour d’un journal que lisent les personnages, ou d’un dialogue : « Vous avez sauvé la paix mon ami ? » interroge la femme de l’ambassadeur.

L’histoire, pourtant, est toute en légèreté. Une jeune femme qui arrive à l’âge adulte avec le seul atout de sa jeunesse. Une mauvaise rencontre avec un maître voleur, qui en amène une autre plus enthousiasmante avec un diplomate jaloux, qui en amène une autres : celle, enfin, avec le coup de foudre.

Decoin trouve l’équilibre parfait entre l’apparente légèreté et la cruauté de certaines situations, avec un sens du rythme très lubitschien, référence incontournable tant l’héroïne est confrontée aux portes qui s’ouvrent et se ferment à son passage.

Délicieuse apparition de Darrieux, beauté sauvage irrésistible, dans une école de voleurs peuplée de seconds rôles réjouissants, dont Saturnin Fabre, ogresque en professeur pas comme les autres, et l’incontournable Julien Carette en brave voleur de fortune. Plus loin, on découvrira aussi Jean Tissier, en roue libre en parasite attachant.

Mais c’est Danielle Darrieux qui dévore littéralement l’écran. Au sommet, déjà, elle irradie tant pour sa sensualité que pour son romantisme, pour son innocence que pour son pouvoir comique. Une actrice immense, et irrésistible.

La Vérité sur Bébé Donge – d’Henri Decoin – 1952

Posté : 18 mai, 2019 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DARRIEUX Danielle, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Vérité sur Bébé Donge

Le ton, la construction, les personnages, les dialogues, l’interprétation… Le film est d’une modernité hallucinante, et suffit à démontrer à quel point le jugement des jeunes loups de la Nouvelle Vague était excessif, voire absurde, sur leurs aînés. Certes, Henri Decoin n’a pas fait que des chefs d’œuvre, mais celui-ci en est un. Et Gabin, qui a parfois eu une tendance à la facilité, est ici magnifique, tout en retenue, en pudeur et en douleur. Raide dingue de Danielle Darrieux, et on le comprend, qui souffle le chaud (brûlant) et le froid (glacial).

C’est un film d’une étonnante modernité, dont le personnage principal est un homme d’un autre temps, figure du mâle dominant à l’ancienne, qui ne voit pas le mal de coucher à gauche et à droite ou de gifler sa femme. Faut bien que ça rentre dans sa caboche… Un type d’un autre temps, donc, marié à une femme également d’un autre temps, sans doute trop en avance dans cette société patriarcale implacable. Une jeune femme romantique et libre, détruite par cet homme (et cette société) psychologiquement si brutal.

D’une puissance folle sur le fond, La Vérité sur Bébé Donge est aussi un film magnifique dans sa forme, avec ses flash-backs audacieux, ce refus de la grandiloquence, cette caméra qui sait être virtuose (passant d’un personnage à l’autre, d’une conversation à l’autre, avec une extraordinaire fluidité lors d’une belle scène de réception), ces dialogues dits par des acteurs qui annoncent très paradoxalement ceux de la Nouvelle Vague dans leur manière de scander les mots.

Gabin est formidable parce qu’il ose jouer un homme qui ressemble à tous ses personnages de l’époque, mais qui au fond est odieux. Et Danielle Darrieux est sublime parce qu’elle sait être pleine de vie, puis livide, comme morte. Avec cette adaptation de Simenon, Decoin prouve une bonne fois pour toute que les jeunes loups des Cahiers ont un peu vite sacrifié tout un pan du cinéma français, qui recèle quelques perles brutes.

Madame de… – de Max Ophuls – 1953

Posté : 9 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, DARRIEUX Danielle, OPHÜLS Max | Pas de commentaires »

Madame de…

L’avant-dernier film de Max Ophüls (avant Lola Montes), et une pure merveille. Cette adaptation d’un roman de Louise de Vilmorin est tout à la fois l’histoire d’un amour impossible, le portrait d’un homme qui voit la femme qu’il aime lui échapper, et surtout celui d’une femme qui a tout pour elle, et qui ne rêve qu’à ce qu’elle n’a pas…

Danielle Darrieux, bien sûr, est magnifique dans le rôle. Incarnation même du charme, du désir… et de la frivolité la plus égocentrée, elle est à la fois bouleversante et odieuse, entièrement tournée vers son propre bonheur (ou plutôt son manque), révélant un désintérêt total face au bonheur simple de sa nièce. Egoïste, cruelle, et pourtant d’une innocence désarmante.

On comprend qu’elle fasse tourner les têtes, la Darrieux, d’une beauté fulgurante : celle de son amant joué par Vittorio De Sica, et celle de son mari Charles Boyer, absolument formidable dans le rôle d’un officier droit dont le port altier dissimule de moins en moins les fêlures. Les deux scènes d’adieux dans un train dont il est, à chaque fois, l’un des protagonistes, sont extraordinaires. Il y est d’abord léger et détaché, affable mais cruel. Puis désarmant de douleur et de tendresse contenues. Et ce contraste est bouleversant.

C’est que le film montre merveilleusement l’abîme qui sépare les apparences des sentiments, dans cette société très corsetée. « Notre bonheur conjugal est à notre image : ce n’est que superficiellement qu’il est superficiel », résume le personnage de Charles Boyer. Les dialogues, que l’on doit à Marcel Achard, sont merveilleux, souvent à double sens. « Avez-vous eu de bonnes nouvelles de votre mari ? » demande Vittorio de Sica inlassablement, avec une courtoisie à peine feinte : son regard implore une réponse négative qui ne vient pas.

Dialogues et mise en scène participent d’ailleurs de la même logique : dire ou montrer sans les dire vraiment, et sans vraiment les montrer. Ophüls réussit des ellipses magnifiques (« 4 jours sans vous voir… » ; « 2 jours sans vous voir… » ; « 24 heures sans vous voir… », drôle de compte-à-rebours qui illustre le sentiment amoureux qui ne fait que croître), des hors champs inoubliables (le coup de feu unique, glaçant), et de longs plans d’une élégance à couper le souffle.

C’est le cas dès la première image, plan séquence (presque) subjectif qui s’ouvre sur une penderie remplie de vêtements et de bijoux, avant de s’éloigner pour mieux embrasser le luxe de la chambre, avec cette voix off envoûtante de Danielle Darrieux qui nous plonge immédiatement dans son intimité la plus troublante. Magnifique.

L’Année sainte – de Jean Girault – 1976

Posté : 12 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, DARRIEUX Danielle, GABIN Jean, GIRAULT Jean | Pas de commentaires »

L'Année sainte

Jean Gabin s’évade de prison (avec Jean-Claude Brialy) et se déguise en évêque pour se rendre discrètement à Rome où le magot de son dernier casse l’attend. Mais le gars est un poissard : il avait été arrêté en plein cambriolage à cause d’une inondation dans l’appartement du dessus ; cette fois, c’est l’avion qu’il prend qui est détourné par une bande de pirates de l’air…

Sur le papier, c’est assez con, mais on a vu des pitchs plus douteux accoucher de bons films. A l’écran, on ne peut pas dire que ce soit désagréable, ni même qu’on s’ennuie. Mais c’est juste réellement con, réalisé platement par un Jean Girault pas vraiment réputé pour son bon goût et sa délicatesse (il tournerait peu après Le Gendarme et les Extraterrestres et La Soupe aux choux), et surtout sans aucun intérêt, avec des dialogues poussifs qui singent lourdement et maladroitement ceux d’Audiard.

Seule bonne idée du scénario : la fin, plutôt rigolote à défaut d’être tout à fait originale (pompée éhontément sur Le Canardeur, tourné deux ans plus tôt). Saluons quand même l’apparition de Danielle Darrieux qui, avec son habituel mélange d’élégance et d’insolence, est la seule à apporter un (petit) vent d’audace à ce film.

Il y a surtout quelque chose de profondément triste à voir Gabin, fatigué et vieux : il semble effectivement très vieux dans ses gros plans, et sa manière de ne faire qu’esquisser le moindre de ses déplacements. Qu’il passe à travers une fenêtre ou qu’il monte un escalier, le plan est systématiquement coupé à l’ébauche du mouvement, soulignant l’incapacité de l’acteur à se mouvoir correctement. C’est censé caché la fatigue de Gabin ? Ca ne fait que l’accentuer et la rendre plus pathétique.

Et dire que c’est là dessus que l’acteur de La Bête humaine et Le Quai des brumes a tiré sa révérence…

Le Désordre et la nuit – de Gilles Grangier – 1958

Posté : 7 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DARRIEUX Danielle, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Désordre et la nuit

Grangier réussit avec Le Désordre et la Nuit ce qu’il échouera à faire dans Maigret voit rouge : réaliser un polar jazzy, sorte de synthèse entre le polar à la française et le film noir, entre les ambiances envoûtantes du film de genre et un cinéma vérité en avance sur la Nouvelle Vague.

L’omniprésence de la musique dans ce Paris de la nuit donne un ton radicalement différent au genre, avec ces longs numéros de cabaret et ces gros plans fiévreux sur les musiciens, les danseurs ou les chanteuses (noirs). Loin de l’image de « cinéma de papa » que la Nouvelle Vague, justement, a injustement accolée à Grangier comme à quelques autres (qui gravitaient le plus souvent autour de Gabin), ce film permet en tout cas de tempérer ce jugement, un peu trop définitif et en tout état de cause franchement injuste.

Gabin, lui, est impeccable. Avec un bémol, quand même : le « personnage » Gabin est tellement fort, que la posture qu’il trimballe alors de film en film dépasse les talents immenses de l’acteur. Aussi parfait soit-il, on a quand même du mal à l’imaginer en flic alcoolo, craspouille et bordeline comme il nous est présenté. Le voir est un pur bonheur. Mais le film aurait sans doute été très différent avec un autre acteur, à l’image plus malléable que le « monstre Gabin ».

Avec En cas de malheur et Voici le temps des assassins, le film pourrait en tout cas conclure ce qui ressemble à un formidable triptyque, autour d’un même thème : Gabin l’homme mûr tombant amoureux d’une jeune femme trop jeune et trop femme. Trois films forts, aux tons et aux conclusions très différents, et où Gabin trouve finalement des rôles assez différents.

Il y a aussi le plaisir de retrouver Danielle Darrieux, l’une des rares actrice dont on peut se demander si le personnage est le symbole même de l’élégance, ou la plus grande des salopes…

Le film est aussi aussi par les excellents dialogues de Michel Audiard, du petit lait dans la bouche de Gabin : « Et après, qu’est-ce que ça fait un flic ? – ça téléphone, et ça rentre. »

Marie-Octobre – de Julien Duvivier – 1959

Posté : 20 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DARRIEUX Danielle, DUVIVIER Julien | Pas de commentaires »

Marie-Octobre

Serait-ce le casting de la décennie, pour le cinéma français ? Lino Ventura, Paul Meurisse, Bernard Blier, Paul Frankeur, Serge Reggianni, Robert Dalban, Danielle Darrieux… Difficile de faire mieux, quand même. Tout ce beau monde aurait pu s’étouffer, mais nom. Duvivier, qui connaîtra son dernier gros succès avec ce film, réserve à chacun son moment de gloire, qui permet à tout le monde d’exister et de composer une bien belle galerie de personnages.

C’est un peu le principe du Cluedo : les anciens membres d’un réseau de résistance se retrouvent quinze ans après la guerre, dans une maison où l’un des leurs est mort, victime d’une trahison. Mais qui a trahi ? L’âme du réseau, l’unique femme que beaucoup convoitaient, est convaincue que le traître est parmi eux. Tour à tour, les soupçons se portent sur les uns et les autres.

Pas de politique dans le propos, ces enjeux sont vite éclipsés. D’ailleurs, il s’agit d’anciens résistants, mais le contexte aurait pu être tout autre sans que cela change grand-chose au ton. Duvivier privilégie en effet le film de mœurs, l’affrontement psychologique, et la peinture d’une humanité qui peut être cruelle…

Il y a une tension exceptionnelle dans ce beau film d’atmosphère, dont le rythme ne baisse jamais jusqu’à la révélation finale, terrible, qui renvoie chacun à ses propres démons et plonge les personnages, et le spectateur, dans un silence lourd. Et si le noir n’a pas la profondeur des meilleurs films d’avant-guerre de Duvivier, sa mise en scène est d’une efficacité et d’une inventivité constantes. Pas facile d’éviter le piège du théâtre filmé dans ce huis-clos oppressant, mais Duvivier filme le groupe en se renouvelant à chaque plan, et en faisant exister chacun.

Dans ce passionnant jeu de massacre, mention spéciale à Blier (un magnifique “monsieur tout le monde”), Frankeur (qui apporte une touche d’humour dans la noirceur du propos), Dalban (enfin un rôle consistant pour lui), Reggianni (superbement pathétique), et à la formidable Danielle Darrieux, présence magnétique et trouble qui semble constamment au cœur de l’image.

 

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