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Archive pour la catégorie 'par actrices'

L’Homme tranquille (The Quiet Man) – de John Ford – 1952

Posté : 2 décembre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Homme tranquille

Y a-t-il plus belle déclaration d’amour à l’Irlande que la chevelure flamboyante de Maureen O’Hara sur l’herbe d’un vert irréel des paysages ? Voilà en tout cas un Ford aussi modeste qu’immense. Modeste, parce qu’il s’agit au fond d’une simple histoire d’amour, même si le film évoque aussi la fin des traditions, le choc des civilisations, le poids du passé. Mais tout ça, au fond, n’a pas grande importance. Et immense… eh bien parce que c’est d’une beauté, d’une pureté, d’une simplicité aussi absolues. Et parce que c’est magnifique, tout simplement.

Et puis aussi parce que Ford ne pose pas un regard béât sur ce pays et ces gens qu’il aime tant. Les paysages sont superbes, les personnages sont extraordinairement attachants, mais il y a aussi une présence parfois pesantes des traditions ancestrales dans cette communauté, qu’il n’estompe pas vraiment, même s’il préfère en sourire plutôt que d’en faire une vraie critique. Ce qui ressort quand même de ce film, c’est la belle harmonie qui règne dans ce petit village irlandais. Si bien que le principal drame qui se noue, et qui noue l’estomac, concerne le sort du révérend (formidable Arthur Shields), menacé de devoir partir faute de fidèles.

Parce que, bien sûr, il ne fait aucun doute que Maureen O’Hara et John Wayne finiront ensemble. Entre eux, c’est fusionnel autant qu’explosif dès le premier regard. Il y a comme ça des couples d’une évidence absolue sur un écran, et c’est dans ce film qu’il est le plus évident, le plus émouvant, le plus enthousiasmant. Mais que les écueils que ces deux-là rencontrent sont réjouissants, contrariés par l’implacable grand frère Victor MacLaglen, chaperonnés par le génial Barry Fitzgerald, incarnation rêvée de l’Irlandais cher au cœur de Ford (très porté sur le whisky, donc).

Et il y a ce final éblouissant dans lequel Ford s’amuse à sa manière de la figure féministe et libre de Maureen O’Hara, qu’il fait littéralement traîner par John Wayne sous le regard complice des villageois, jusqu’à une bagarre homérique, peut-être la plus longue et la plus drôle du cinéma de Ford. De l’amour, des beaux paysages, du whisky, des coups de poings… Tout le bonheur irlandais est là !

Amour défendu (Forbidden) – de Frank Capra – 1932

Posté : 23 août, 2017 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Amour défendu

Capra signe un vrai mélo, ce qui n’est pas si courant dans une filmographie quand même dominée par l’optimiste et le feel-good. Cette fois, il s’inscrit dans une veine ouvertement plombante, avec un film qui pourrait facilement être too much, trop triste, trop négatif, trop larmoyant…

Mais il y a Barbara Stanwyck, et ça change tout. Pas que l’actrice soit l’unique raison de la réussite du film : Capra y confirme son extrême délicatesse, et son talent pour créer de la vie dans chaque scène. Mais Stanwyck est décidément une actrice géniale, et ici tout particulièrement. D’un rôle pas facile, elle fait un personnage inoubliable, une femme martyr qu’elle ne tire jamais vers la tragédie trop facile, femme courage qui choisit, en dépit de toutes les épreuves, de mettre de la générosité et une certaine dose de légéreté dans sa vie…

La limite, en revanche, c’est le personnage masculin. Adolphe Menjou, en avocat marié qui choisit de cacher son idylle avec Barbara Stanwyck, est très bien. Mais le personnage est un lâche. Et même, pour tout dire, un sale con, qui regarde sans mot dire la femme qu’il aime renoncer à l’enfant qu’elle a eu avec lui dans le plus grand secret. Là, à ce moment précis, on le rouerait bien de coups, ce grand avocat qui clame dès qu’il en a l’occasion qu’il veut “bien faire”. Raté.

Du coup, on la bafferait bien aussi, la pauvre Barabara Stanwyck (oui, je suis d’une humeur violente), parce que quand même, il faut une bonne dose de bêtise pour s’affliger autant de malheurs sans y être forcée, et ce même si ses raisons sont louables. Et surtout, on reste un peu en marge de l’émotion qui devrait nous étreindre, tant le sacrifice de cette femme est immense.

Pourtant, le film est passionnant, parce que Capra s’y montre une nouvelle fois un cinéaste formellement fascinant (la scène bucolique des premières minutes, la manière dont il filme l’effervescence d’une salle de rédaction…), et d’une grande audace. Comment les ligues de vertues de l’époque ont-elles accueilli cette scène où la jeune Barbara Stanwyck, à la recherche du grand amour, dévisage tous les hommes présents autour d’elle comme si elle faisait son marché ? Ou, bien plus tard, la brutalité avec laquelle elle “exécute” l’homme qui menace ce pourquoi elle se sacrifie ?

Capra et Stanwyck, c’est l’une des grandes rencontres du cinéma. Ce tandem est bien ce qui fait le prix de ce Forbidden imparfait, et pourtant indispensable.

Tombouctou (Timbuktu) – de Jacques Tourneur – 1958

Posté : 19 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Tombouctou

Tout petit cru pour Tourneur fils, avec un film d’aventures colonialiste à la gloire de « sa » France natale. C’est même l’une des rares occasions qu’a le fils de Maurice de rappeler ses origines, tant sa filmographie est par ailleurs typiquement hollywoodienne.

La vision qu’il a de cette France de 1940 est d’ailleurs très américaine, avec cette Marseillaise ébauchée au bon moment, ces drapeaux tricolores qui volent au vent… Une déclaration d’amour à une France en péril que l’on jurerait être faite dans les années 40, lorsque Hollywood glorifiait les Alliés de l’Amérique dans ses films de propagande.

On est pourtant bien en 1958, l’année même de l’indépendance du Soudan. Le film, sorti quelques mois après cette indépendance, est dans ce contexte une glorification de la colonisation qui sonne étrangement déplacée. Les indigènes sont au choix des monstres sanguinaires ou des moutons facilement manipulés, les Français sont de braves pacificateurs totalement désintéressés… et l’Américain Victor Mature est un aventurier guidé uniquement par l’amour.

On le comprend : la belle dont il s’éprend, c’est Yvonne De Carlo, coiffure impeccable même au milieu du désert, tiraillée entre l’aventurier et son officier de mari. Forcément, l’un des deux est de trop dans l’histoire. La conclusion du film permettra bien entendu à la belle de ne pas avoir à choisir…

Cette conclusion est loin d’être l’unique facilité d’un scénario bourré d’incohérences et d’approximations, et aux dialogues improbables. Difficile alors de s’attacher aux personnages, mais Tourneur assure l’essentiel. Les séquences d’action sont impeccables, particulièrement l’ultime assaut sur le minaret de Tombouctou, grand moment de suspense admirablement filmé.

Un jeu risqué (Wichita) – de Jacques Tourneur – 1955

Posté : 15 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, MILES Vera, TOURNEUR Jacques, WESTERNS, Wyatt Earp / Doc Holiday | Pas de commentaires »

Un jeu risqué

Un écran large, de grands espaces désertiques, un soleil écrasant… Wichita est à peu près aux antipodes des films d’épouvante à petits budgets qui ont fait la réputation de Tourneur. Mais même avec de gros moyens, et avec le (superbe) Technicolor, Tourneur est un cinéaste immense, que l’on retrouve comme on l’aime : capable de faire naître la peur des scènes les plus anodines.

Ici, il lui suffit de filmer la douce Vera Miles sortir d’un hôtel au bras de Joel McCrea pour que l’on ressente instantanément le danger que rien d’autre ne vient appuyer. Plus tôt dans le film, une série de plans fixes sur un enfant, dont la chemise d’un blanc immaculé se découpe dans le nuit, devient insoutenable tant Tourneur suggère et repousse l’irruption implacable de la violence.

On le connaissait grand réalisateur de films d’épouvante, grand réalisateur de films noirs… Voilà qu’on le découvre aussi grand réalisateur de western, signant un modèle du genre, et ce dès la remarquable séquence d’ouverture autour du feu de camp. En tête d’affiche, une double-figure du genre : McCrea donc, dont la carrière est jalonnée de rôles mémorables d’hommes de l’Ouest ; et le plus célèbre de tous : Wyatt Earp, qu’il interprète dans le film.

Mais pas le Earp de O.K. Corrall, déjà entré dans la légende, que tant d’autres films immortaliseront. Wichita s’intéresse aux jeunes années du futur shérif de Tombstone : ses débuts d’homme de loi, après sa carrière de chasseur de bison. La chronologie de la vie de Earp est respectée, mais c’est à peu près tout : le film prend d’immenses libertés avec la réalité historique, pour jouer avec l’image légendaire que son simple nom véhicule.

Et ça fonctionne parfaitement, même si McCrea est sans doute un peu trop vieux pour jouer Earp à ce stade de sa vie. Mais l’acteur est parfait pour donner corps à cette volonté sans faille, qui ne demande qu’à rester en dehors des violences du monde, tout en refusant d’échapper à ses responsabilités. La vérité historique était sans doute nettement plus complexe, mais ce Earp-là est de ces figures qui ont fait la grandeur du western.

La Blonde platine (Platinum Blonde) – de Frank Capra – 1931

Posté : 11 juillet, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

La Blonde platine

Gros mystère, quand même, autour de ce petit classique précoce de Capra : comment ce balourd de Robert Williams (incroyable sosie de Jeremy Renner, dont on jurerait par moments qu’il était déjà au boulot en 1931) peut-il être à ce point aveugle pour non seulement préférer Jean Harlow à Loretta Young, mais aussi pour ne pas réaliser que cette dernière est une vraie femme, et pas un pote de boulot que l’on tape sur l’épaule plutôt que l’on embrasse ?

OK, le premier baiser entre notre héros et la blonde platine Harlow se déroule derrière un rideau d’eau, lors d’un plan aussi magnifique que trouble. OK, les canons de beauté n’étaient pas les mêmes il y a 86 ans. Mais quand même, on a un peu envie de le secouer ce « héros », journaliste à la vie simple qui se laisse enfermer dans une tour d’ivoire par une belle aussi peu naturelle que la couleur de ses cheveux, et qui ne voit pas que l’authentiquement belle Loretta est raide dingue de lui.

Et que penser de lui lorsqu’il se pâme devant le nez (très discutable, mais les goûts et les couleurs…) de Jean Harlow, alors que Loretta Young possède justement le plus gracieux tarin de l’histoire du cinéma ? Bref… A baffer, le Robert Williams, et c’est bien la principale limite de ce film qui échoue à toucher au cœur comme le réussissaient tous les précédents films de Capra (Ladies of Leisure ou The Miracle Woman notamment).

La popularité grandissante d’Harlow avait poussé la production à donner plus d’importance à son personnage, et même à rebaptiser le film en son honneur. Au détriment de Loretta Young donc qui, même si son nom apparaît en premier au générique, est reléguée durant la plus grande partie du film au rang d’apparition dont on devine qu’elle finira par avoir le dernier mot…

Mais la moindre de ses apparitions illumine le film, devant la caméra d’un Capra très inspiré par la belle (plus que par Harlow, qui ne semble pas le fasciner), et qui assure un rythme impeccable, avec quelques beaux morceaux de bravoure qui reposent souvent sur la prestation de l’excellent Jeremy Renner, pardon Robert Williams. Parfaitement désinvolte et séducteur, l’acteur fait preuve d’une présence impressionnante… qui sera fauchée par la mort avant même la sortie du film. Ce qui explique pourquoi son nom est à ce point tombé dans l’anonymat.

L’Homme de Lisbonne (Lisbon) – de Ray Milland – 1956

Posté : 7 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MILLAND Ray, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

L'Homme de Lisbonne

Il m’intriguait depuis longtemps, ce film réalisé par Ray Milland, l’une de ses rares réalisations, la seule en tout cas à avoir atteint une (toute petite) notoriété. A le voir, enfin, il n’est pas très difficile de comprendre pourquoi la mise en scène n’a pas pris plus d’importance dans sa carrière, et pourquoi ce Lisbon n’a pas connu un grand succès en salles.

On ne peut pas dire qu’il manque d’intérêt, ni même qu’il soit déplaisant. Après tout, le film répond parfaitement aux promesses de son titre : c’est dans la manière de filmer Lisbonne qu’il est le plus convainquant. Et même si, par moments, le film se transforme en une sorte de guide touristique qui nous fait découvrir les sites historiques les plus remarquables de la capitale portugaise, eh bien il le fait avec une sorte d’élégance et de sincérités franchement sympathiques.

Le problème, quand même (et c’est peut-être un parti-pris, mais alors là je ne sais pas trop quoi en penser), c’est que dès les toutes premières images, Milland réalisateur semble prendre le contre-pied systématique de ce que l’on pensait savoir de la grammaire cinématographique. Pas tant dans le montage que dans le cadrage : comme une volonté de ne pas être là où on l’attend, l’acteur-réalisateur cadre de dos parfois, de profil souvent, ou de trois-quarts dos… Quant à l’image, elle est constamment baignée d’une lumière vive qui retire tout mystère. Bref, l’opposé quasi-exact du glamour hollywoodien, dont il ne reste rien.

En voyant le film, on réalise d’ailleurs à quel point John Ford sait filmer les femmes. Son actrice fétiche Maureen O’Hara est certes belle devant la caméra de Ray Milland (mais comment ne le serait-elle pas ?)… Mais le charme vénéneux et irrésistible qu’elle a dans L’Homme tranquille ou les autres films de Ford semble bien loin. Et du coup, c’est le personnage en entier qui morfle, guère crédible dans sa complexité. Dommage, c’est de loin le plus passionnant, sur le papier. Plus en tout cas que celui de Milland, aventurier sans grand relief. Plus aussi que celui de Claude Rains, en roue libre dans un rôle qu’il connaît par cœur.

Il y a quand même une fulgurance : l’une des rares scènes de nuit, bien sûr. Un plan, surtout, où un aveugle s’interpose sans s’en apercevoir dans la ligne de mire d’un tueur prêt à faire feu sur le couple de héros. Un simple plan, bref (une poignée de secondes, à peine), mais magnifique. Le reste ne manque pas d’intérêt, mais semble bien fade…

Condamné à être pendu (Law of the Lawless) – de William F. Claxton – 1964

Posté : 17 mai, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, CLAXTON William F., DE CARLO Yvonne, WESTERNS | Pas de commentaires »

Condamné à être pendu

On peut dire ce qu’on veut de ce petit western Paramount : mal fagoté, un peu naïf, filmé platement, plein de défauts, joué par des vedettes vieillissantes… Mais malgré tous ses défauts, il ne manque pas de charme. En grande partie grâce à ses acteurs d’ailleurs : même si leurs personnages ne sont pas exceptionnellement écrits, voire improbables, c’est toujours un plaisir de retrouver Bruce Cabot et William Bendix, le premier en tueur tiraillé par une envie de vie paisible, le second en shérif écœuré par l’injustice.

Surtout, il y a Yvonne De Carlo. Et ça, je dois avouer que ça suffit toujours à mon bonheur. Dix ans après La Belle Espionne, la quarantaine bien sonnée, les traits légèrement empâtés, elle rayonne toujours d’une beauté troublante, mélange d’érotisme et d’émotion à fleur de peau, de force et de fragilité. Elle n’a pas toujours été servie par les rôles les plus riches du western, et celui-ci n’est pas exempt de défauts. Mais son personnage évoque plutôt habilement le destin de ces femmes qu’un duel aux pistolets a fait veuves, habituelle silhouette d’arrière-plan qui se retrouve ici au cœur de l’intrigue.

Ce qui vaut d’ailleurs l’une des belles scènes du film : un simple dialogue autour d’une table de restaurant entre Yvonne De Carlo et Dale Robertson, ancien pistolero devenu juge, qui doit présider le procès d’un ami accusé de meurtre. Robertson aussi est impeccable. Vedette de seconde zone, il n’a jamais été un acteur particulièrement profond. Mais il a un charisme certain, et fait preuve d’une économie de moyen dans son jeu qui fait de son personnage une sorte d’ange qui annonce l’arrivée de la justice dans cet Ouest encore sauvage.

Cinéaste guère réputé, Claxton filme la plupart des scènes sans génie, et parfois même franchement maladroitement. Il réussit pourtant quelques scènes mémorables, notamment une fusillade suivie d’un affrontement à mains nus dont la violence, même si hors champs pour la majeure partie, est d’une brutalité rare dans le western américain de l’époque, sans doute déjà influencée par le western spaghetti qui explose cette même année (le générique du début évoque d’ailleurs clairement celui de Pour une poignée de dollars).

Et puis le film se termine par une séquence très attendue : celle de l’incontournable duel, annoncé dès les premières scènes. Mais l’affrontement, intense et parfaitement tendu, prend une dimension totalement inattendue, qui permet à ce western de se refermer en laissant une belle impression.

La Femme aux miracles (The Miracle Woman) – de Frank Capra – 1931

Posté : 14 mai, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

La Femme aux miracles

Après Femmes de luxe, Capra offre un nouveau rôle à Barbara Stanwyck : celui d’une fille de pasteur qui devient la prédicatrice star d’un temple très populaire… et très lucratif. Un rôle qui lui vaut une entrée en matière extraordinaire : elle apparaît au lutrin de l’église, où elle lit le prêche du jour avant d’annoncer le décès de son père, mort de ne pas avoir supporté l’ingratitude de ses ouailles qui lui ont préféré un homme d’église plus jeune.

La manière dont Stanwyck passe de la posture de femme d’église à celle de victime en colère, dénonçant l’hypocrisie et la médiocrité de ces fidèles amassés face à elle, est d’une puissance inouïe, et d’une audace que l’application du code Hayes aurait rendu inimaginable trois ans plus tard, dans cette Amérique très pieuse. Mais dans cet Hollywood béni de l’ère pré-code, le politiquement incorrect est presque de rigueur. Et Capra ne se prive pas d’en profiter…

Presque aussi abouti que la première collaboration du cinéaste avec son actrice (il y a peut-être une ou deux petites longueurs, si on veut être tatillon), le film séduit par sa simplicité et par son authenticité. Et Capra réussit aussi bien ses grandes scènes de foule que les nombreux moments intimes. Et puis l’histoire d’amour entre la belle pécheresse et ce jeune aveugle à qui elle a sauvé la vie sans le savoir (David Manners, qui est cette même année le Jonathan Harker de Dracula) ne tombe jamais dans le larmoyant.

Au contraire, cette jolie romance nous vaut quelques moments magnifiques, comme ce premier baiser d’une pureté telle qu’il laisse le souffle coupé, instants absolument sublimes. Et l’idée de cet homme qui ne peut pas voir et qui ouvre les yeux de cette femme perdue dans une vie qui ne lui ressemble pas est très belle, et traitée avec une honnêteté et sans facilité par Capra.

Le film est, comme ça, émaillé de moments merveilleux, et de seconds rôles inoubliables. Comme la brave Mrs Higgins (Beryl Mercer), dont la bonté parfaite envers son aveugle de locataire ose se parer d’une attirance à peine voilée. « Ah ! si j’avais 30 ans de moins… » glisse-t-elle l’air de rien. Réjouissant.

Femmes de luxe (Ladies of Leisure) – de Frank Capra – 1930

Posté : 6 mai, 2017 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, CAPRA Frank, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Femmes de luxe

Barbara Stanwyck, jeune femme habituée aux plans tout pourris avec des gros lourds imbibés d’alcool, passe la nuit sur le canapé du riche peintre qui l’a choisie comme modèle, et dont elle est tombée secrètement amoureuse. Au milieu de la nuit, elle l’entend s’approcher d’elle. Elle pense qu’il va réagir comme tous les types qu’elle a connus, et se jeter sur elle. Mais non. Sans un bruit, la croyant endormie, il la couvre d’un plaid, et s’éloigne tout aussi discrètement.

Cette scène simple et sublime n’est faite que de gros plans, sur les pieds du peintre (joué par Ralph Graves), sur ses mains déposant la couverture, et surtout sur le visage de l’actrice sur lequel des torrents d’émotion se lisent. Et ce visage, lorsqu’elle réalise la tendresse de ce geste, est l’un des premiers immenses moments d’émotion du cinéma de Capra, qui rappelle la perfection qu’avait atteint le cinéma dans les dernières années du muet, dans ce qui est pourtant l’un de ses premiers films (son premier ?) entièrement parlant.

Capra n’est pas un débutant lorsqu’il réalise Ladies of Leisure. Mais le film marque le début d’une décennie magnifique, celle de New York – Miami et de Monsieur Smith au Sénat, au cours de laquelle le cinéaste impose son style, ses thèmes et son ton. Tout est déjà bien en place ici, dans ce qui est aussi sa première collaboration avec la toute jeune Barbara Stanwyck, déjà sublime, complexe et intense. C’est grâce à elle, et à la délicatesse de Capra, que toute l’émotion passe, dans ce portrait d’une femme qui pensait profiter de la fortune d’un homme, et qui réalise qu’elle ne veut que son amour.

Dès la toute première scène, Capra met en place la verticalité du film, qui sera constamment au cœur de son récit. Des passants sur un trottoir manquent de se faire assommer par des bouteilles, lancées du haut d’un immeuble cossu par des jeunes femmes visiblement très alcoolisées lors d’une soirée donnée par de riches oisifs, où l’on découvre notre peintre, perdu dans un milieu qui ne lui ressemble pas. Capra jouera à plusieurs reprises sur ce motif de la verticalité, avec la place centrale jouée par l’ascenseur, et jusqu’à cette extraordinaire séquence finale basée sur un montage alterné, sommet de suspense et d’émotion.

Capra réussit l’un de ses très grands films oubliés, aussi abouti visuellement que riche au niveau du récit, parsemé de détails et de personnages passionnants, qui évitent à toute caricature. Capra, comme Barbara Stanwyck d’ailleurs, entre dans la cour des grands.

La Belle Espionne (Sea Devils) – de Raoul Walsh – 1953

Posté : 2 mai, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

La Belle Espionne

De l’aventure, de la romance, du suspense… Bref, un pur plaisir de cinéma que nous offre Walsh, une vraie gourmandise qui pousse jusqu’à sa forme la plus épurée le film de genre. Le cinéaste ne s’embarrasse ni du contexte historique (la France napoléonienne en guerre), ni de complexité psychologique, ni même de vraisemblance : tout le mouvement du film est entièrement tourné vers le plaisir pur.

Et il y en a du mouvement, avec ces allers-retours incessants entre l’île de Guernesey et les côtes françaises, et avec ces personnages qui s’avancent avec aplomb et sans hésitation face au danger. C’est totalement invraisemblable? L’histoire d’amour entre la « belle espionne » Yvonne De Carlo et le rude contrebandier Rock Hudson est hautement improbable? Qu’importe: on y croit avec délectation, et on applaudit devant ce spectacle jubilatoire.

Du roman de Victor Hugo Les Travailleurs de la Mer, le scénariste Borden Chase n’a gardé que quelques bribes. Normal: l’intrigue elle-même n’est qu’un prétexte. Walsh est moins intéressé par son histoire que par la manière de la mettre en mouvement et en images, dans un Technicolor qui a rarement été à ce point flamboyant. Il faut dire que la décidément très belle Yvonne De Carlo multiplie les tenues différentes, et que ces dernières ont une constante : elles tranchent de fort belle manière avec ce crépuscule que Walsh filme si bien.

La Belle Espionne est d’une simplicité absolue. Cette histoire d’espionnage et de contre-espionnage autour de la figure de Napoléon (interprété par Gérard Oury !) aurait pu être complexe. Le film la résume à une série d’enjeux simplissimes : Rock Hudson doit conduire Yvonne De Carlo en France ; Rock Hudson veut ramener Yvonne De Carlo à Guernesey ; Yvonne De Carlo veut retourner en France…

Le cinéma est l’art du mouvement ? La Belle Espionne est la quintessence du cinéma d’aventure, dépouillé de toute fioriture et de tout ce qui n’est pas l’essentiel. Simple, jubilatoire, magnifique.

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