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Archive pour la catégorie 'par actrices'

Les Carrefours de la ville (City Streets) – de Rouben Mamoulian – 1931

Posté : 21 janvier, 2026 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1930-1939, COOPER Gary, MAMOULIAN Rouben, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

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Méconnue et mal aimée, cette adaptation d’un court récit de Dashiel Hammett (la même année que la première adaptation du Faucon Maltais), City Streets est un film aussi imparfait que passionnant. Imparfait, parce que le rythme est parfois problématique, avec des flottements qui sont très représentatifs de ces premières années du muet. Passionnant sur à peu près tous les autres aspects.

La beauté et l’inventivité de la mise en scène, surtout, marque les esprits, et fait regretter que Rouben Mamoulian ait préféré suivre d’autres voies que le film noir. Car le genre, alors à ses balbutiements, sied formidablement à l’ambition esthétique et technique du cinéaste, que l’on parfaitement à l’aise pour mettre en place son décor avec sa seule caméra, pour filmer les ruelles sombres et inquiétantes.

Sa manière, aussi, de filmer la violence, ou plutôt de n’en montrer que ce qu’il veut bien nous montrer. Le plus bel exemple, c’est le premier meurtre, dont on ne voit rien d’autre qu’un chapeau reconnaissable flottant sur un cours d’eau, puis le petit sourire carnassier du big boss de la pègre. Effet minimal, pour un résultat particulièrement puissant.

On peut citer d’autres séquences très marquantes, comme la course poursuite entre la voiture et le train, qui reste un modèle du genre. Ou, dans un registre radicalement différent, la scène romantique au bord de la place, étonnamment longue pour un film de cette durée, aux dialogues rares, et d’une tendresse folle.

Il faut dire que le couple en question est fort joli : Sylvia Sidney dans l’un de ses premiers rôles marquants, et Gary Cooper tout jeunot mais déjà star (il a tourné Morocco l’année précédente). Deux personnalités fortes dont Mamoulian utilise parfaitement les qualités principales : le mélange de fragilité et de détermination de Sidney, la simplicité mêlée d’obstination de Cooper. Dans cette histoire de gangsters et de jalousie, leur complicité fait des étincelles.

Adieu Chérie – de Raymond Bernard – 1946

Posté : 11 octobre, 2025 @ 8:00 dans 1940-1949, BERNARD Raymond, DARRIEUX Danielle | Pas de commentaires »

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Une soirée arrosée à Montmartre, un jeune héritier promis à un mariage arrangé trouve une idée de génie pour échapper à son sort, lorsqu’il rencontre une belle entraîneuse… Et si elle s’invitait dans sa famille à lui en se faisant passer pour une jeune femme de bonne famille ? Et s’ils feignaient de tomber amoureux ? Et s’ils se mariaient, le temps d’éviter au jeune homme un mariage qu’il ne souhaite pas, pour mieux divorcer après ?

Une mécanique bien huilée pour ces deux jeunes inconséquents, bien décidés à garder leur vie de fêtes et de liberté. Et sans surprise, cette belle mécanique va se heurter à un impondérable qu’on voit arriver avec ses gros sabots : l’amour, le vrai, qui va remettre tout ça en cause et poser bien des questions.

Une autre question, tiens, que Raymond Bernard a dû se poser en s’attelant à ce film, c’est le ton qu’il devait lui donner. Adieu Chérie, de fait, semble constamment hésiter sur la direction à prendre, et cette valse hésitation pèse un peu sur la réussite du film, avec un aspect presque farce (le personnage caricatural de la marâtre qui veut marier sa fille trop gourde) qui sied mal aux tourments autrement plus ambigus du personnage d’entraîneuse découvrant l’amour que joue Danielle Darrieux, évidemment magnifique.

Darrieux, dont le personnage rompt joliment avec l’ingénue qu’elle jouait souvent dans ses films d’avant-guerre. C’est d’ailleurs son tout premier rôle après la fin du conflit, de même pour Raymond Bernard. Elle en sort avec une image quelque peu ternie, contrairement à Bernard qui, lui, a passé une partie de la guerre dans le maquis.

Après quelques années d’inactivité cinématographique, Bernard n’a plus tout à fait la dimension qu’il avait dans les années 20 et 30. Adieu Chérie est bien loin de grosses productions ambitieuses comme Les Croix de Bois ou Les Misérables (la plus belle adaptation de Hugo, c’est à lui qu’on la doit). Mais cette comédie/drame/bluette ne manque pas de charme. Des seconds rôles comme Gabrielle Dorziat, Pierre Larquey et Louis Salou n’y sont pas étrangers.

The Ghost Camera (id.) – de Bernard Vorhaus – 1933

Posté : 4 octobre, 2025 @ 8:00 dans * Polars européens, 1930-1939, LUPINO Ida (actrice), VORHAUS Bernard | Pas de commentaires »

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Un mystery movie comme on en tournait à la chaîne dans les premières années du parlant en Angleterre. Pas exactement la période la plus stimulante de l’histoire du cinéma. Et ce film, qui dépasse à peine l’heure de projection pour faire partie d’un double programme, n’échappe aux défauts inhérents au genre, défauts qui reposent tout de même en grande partie sur des réalisateurs au talent pour le moins discutable.

Le scénario n’est ni meilleur ni pire qu’un autre : un célibataire très british et très ennuyeux découvre à son retour de vacances un appareil photo dans ses bagages, développe la pellicule, et tombe sur le cliché d’une scène de crime. Il se met alors à mener l’enquête, avec une série de facilités et de rebondissements qui doivent autant au film d’épouvante bis qu’au polar bis. Sachant que c’est surtout le « bis » qui compte.

Situations tirées par les cheveux, psychologie inexistante, rythme pour le moins flottant… Et pourtant, The Ghost Camera fait plutôt figure d’heureuse exception dans le paysage si interchangeable de ces toutes petites productions souvent anonymes. Pas grâce aux acteurs, surjouant le flegme britannique. On notera quand même l’apparition d’Ida Lupino, pas encore grande, dans l’un de ses premiers rôles. Difficile d’imaginer qu’elle n’a alors que 15 ans…

Mais après une quarantaine de minutes vaguement plaisantes, la mise en scène de Bernard Vorhaus devient plus dynamique, et nettement plus inventive, pour une séquence de procès qui éveille l’attention. Un accusé qui semble se refermer sur lui-même au fil d’un simple interrogatoire, le croquis d’un dessinateur qui illustre le drame se nouant, des plans qui se répondent avec une certaine audace…

Le temps de cette belle séquence, le talent de Vorhaus s’impose en fait, et on se rappelle que le réalisateur a souvent su glisser des détails mémorables dans des films a priori peu ambitieux. The Ghost Camera est ainsi un film très imparfait, mais finalement une bonne surprise.

L’Amour et la bête (The Wagons roll at night) – de Ray Enright – 1941

Posté : 18 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1940-1949, BOGART Humphrey, ENRIGHT Ray, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

L'Amour et la bête

Mais qui donc trouvait les titres français à cette époque ? Traduire le très évocateur The Wagons roll at night par le ridicule L’Amour et la bête devrait relever du crime de haute trahison, ou de quelque chose dans cet esprit. Cette bête transcription passe en tout cas complètement à côté de l’essentiel – l’évocation du monde constamment mouvant du cirque – pour ne retenir que les péripéties : une histoire d’amour, et des bêtes.

Des lions, en l’occurrence, toujours là pour faire avancer l’histoire, installer les enjeux, et amener les drames. Le premier moment fort ne manque ni d’originalité, ni d’efficacité, ni même (et c’est plus rare dans une telle séquence) d’humanité. Un lion s’est échappé de sa cage et rode dans la petite ville où le cirque s’est arrêté. Il entre dans une petite épicerie où le serveur fait preuve d’un courage inattendu.

L’épicier qui va voir sa vie bouleversée par cet acte de courage non prémédité, c’est Eddie Albert, acteur sympathique qui incarne un personnage sympathique, et qui est le véritable héros de ce film porté par deux grandes stars, dont les noms s’affichent en grand devant le sien au générique : un Humphrey Bogart en pleine mythification (le film est tourné entre High Sierra et Le Faucon maltais), et une Sylvia Sidney qui brûle les derniers feux de sa très grande période.

La principale limite du film repose sans doute dans cette dernière phrase : le film de Ray Enright ne s’intéresse au fond qu’à l’histoire d’amour entre le jeune épicier devenu dompteur de cirque et la sœur de son patron (Bogart – le patron, pas la sœur), reléguant les personnages de Bogie et Sidney aux rôles de faire-valoir. Or : le gars est brave et sympathique, d’une pureté à toute épreuve. Sans la moindre aspérité, tout comme la sœur évoquée.

En ne s’intéressant qu’à ce couple assez mièvre, le film passe un peu à côté de l’essentiel : soit le patron du cirque, aveuglé par son dégoût de sa propre condition de circassien, et le couple qu’il forme avec la diseuse de bonne aventure incapable de lire son propre avenir. Deux personnages un peu cassés, qui dissimulent (mal) leur mal-être derrière une façade très maîtrisée, incapables au fond de s’aimer correctement.

Certes, l’histoire d’amour des deux jeunots est mignonette, jusque dans leur habitude de se déclarer leur flamme sans finir leurs phrases. Mais bien palôte à côté des tourments de leurs deux aînés. Il y a donc une vraie frustration. Pour Sylvia Sidney surtout. Si la présence de Bogart s’impose dans la plupart de ses scènes, elle ne s’impose vraiment que dans de rares et brefs moments (celui, surtout, où elle comprend qu’elle s’est méprise sur les sentiments du jeune homme, déchirant).

Le film est sympathique et plaisant, là où il aurait pu être puissant et passionnant. Et dans L’Amour et la bête, finalement c’est la bête qui convainc le plus. Les scènes avec les fauves sont de loin les plus enthousiasmantes, les plus originales, les plus percutantes, et celles qui sonnent le plus « vrai ». Ce qui semble confirmer que Ray Enright est un réalisateur pour le moins compétent. Qui est ici passé à côté d’un film vraiment réussi.

Les Amours de Salomé (Salome, where she danced) – de Charles Lamont – 1945

Posté : 10 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, DE CARLO Yvonne, LAMONT Charles, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Amours de Salomé

Ce n’est pas le plus enthousiasmant des westerns, mais c’est assurément l’un des scénarios les plus fous du genre. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un western ? Oui, sans doute, mais aussi un film d’espionnage, un film de guerre, une romance, un conte des 1001 nuits, un mystère chinois, une fantaisie viennoise…

En une poignée de scènes, le film nous conduit du front de la guerre de Sécession qui se termine, aux coulisses du conflit qui gronde entre la Prusse et l’Autriche, puis aux grandes étendues de l’Ouest américain à peine civilisé. Et pour nous mener d’un lieu à l’autre : un journaliste de guerre américain, un Sudiste reconverti dans le banditisme, un proche de Bismarck, et une danseuse envoûtante que l’on découvre sortant d’une huître géante…

Oui, raconté comme ça, ça peut sembler complètement foutraque. Et ça l’est bien, avec une générosité de rebondissements qui en fait un film à peu près unique en son genre, l’un des films les plus ouvertement foutraques du Hollywood de cette époque, habituellement un peu plus codifié dès qu’il s’agit de films de genre. Ce que Salome est, vu que c’est un western.

Si si : la preuve, il y a Yvonne De Carlo, qui passe d’un coup d’actrice de second plan à icône culte, et qui sera dans les années suivantes l’une des grandes figures du western de série B (et du film noir grâce à Criss Cross, mais c’est une autre histoire). Elle est plus que le meilleur atout du film : c’est comme si la production n’avait été entreprise que pour la mettre en valeur, voire pour la mettre en scène dans tous les genres imaginables.

Le scénario est tellement fou que le film aurait pu être génial. S’il ne l’est pas, ce n’est sans doute pas faute de moyens (la production est relativement modeste, mais cela ne se sent jamais vraiment à l’écran), mais faute du regard d’un grand cinéaste, ce que n’est pas Charles Lamont, réalisateur de seconde zone qui a commencé sa carrière au temps du muet, pour la terminer comme réal attitré d’Abbott et Costello). Entre temps, il a retrouvé Yvonne de Carlo pour un autre western plus classique, La Taverne du cheval rouge, qui m’avait marqué par sa misogynie.

Il réussit quelques scènes (surtout lorsque De Carlo est à l’écran), en rate d’autres (la fin très cheap de la guerre civile), et échoue plus globalement à donner une cohérence à tous ces épisodes qui finissent par ne plus former grand-chose. Reste une vraie curiosité, et l’acte de naissance d’une actrice pour laquelle beaucoup (dont moi) et en partie grâce à ce premier grand rôle, continuent à vouer un petit culte.

Le Grand McLintock (McLintock!) – d’Andrew V. McLaglen (et John Ford) – 1963

Posté : 9 juillet, 2025 @ 8:00 dans 1960-1969, DE CARLO Yvonne, FORD John, McLAGLEN Andrew V., O'HARA Maureen, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand McLintock

Mais oui, voilà ce qu’il faut faire pour vivre heureux avec sa femme : une bonne fessée en public, y’a rien de mieux pour remettre les idées en place ! Voilà en gros la morale qu’on peut tirer du Grand McLintock… Pas franchement le plus féministe des westerns.

A vrai dire, le film n’a de western que l’habillage : un ranch, un grand propriétaire, John Wayne en terrain connu. Mais au fond, c’est bien plus une comédie de mœurs, très ancrée dans son époque (les années 60), parfois drôle, parfois lourdingue, plutôt agréable malgré une tendance à la misogynie qui ne passe plus.

C’est au final une petite chose très anodine, mais qui dispose de moyens importants (la présence de Wayne a dû aider). Le film flirte très ouvertement du côté de L’Homme tranquille, particulièrement de la scène où Wayne reprend son destin en main, et traîne une O’Hara enfin soumise à travers la campagne devant une foule ravie.

Oui oui, il y a ça aussi dans McLintock !, comme il y avait dans le film de Ford une dizaine d’années plus tôt. La comparaison est donc difficile à éviter, surtout qu’on retrouve le même couple (auquel s’ajoute Yvonne de Carlo, qui joue les seconds rôles de luxe, ce qui donne une certaine classe au film).

Mais voilà : c’est signé Andrew V. McLaglen, et pas John Ford. Et même si le premier s’inscrit dans la filiation du second (qu’il connaît depuis toujours, son père Victor étant un vieil habitué du cinéma de Ford), et même si le second a remplacé le premier, malade, durant quelques jours, la comparaison est cruelle pour McLaglen, dont la grande chance est d’avoir grandi à l’ombre de son père, et d’avoir pu diriger Wayne si souvent. Dans des films toujours dispensables.

Il y a quelques brefs beaux moments, concernant notamment le sort réservé aux Indiens, de quoi au moins éveiller l’attention. Mais un manque de peps et un côté trop sage pèsent sur ce qui, au fond, n’est qu’une pseudo scène de ménage XXL, dont on connaît d’avance l’issue.

Femme de feu (Ramrod) – d’Andre De Toth – 1947

Posté : 12 novembre, 2024 @ 8:00 dans 1940-1949, DE TOTH Andre, LAKE Veronica, WESTERNS | Pas de commentaires »

Femme de feu

La première chose qui frappe dans ce beau western, le premier que réalise Andre De Toth, quelques années avant sa collaboration avec Randolph Scott, c’est la manière dont les personnages sont introduits : par un pan magnifique d’un chariot qui traverse une rivière et s’enfonce dans la ville. La plupart des personnages sont là, dans leur quotidien, et le dialogue qui suit nous plonge directement dans le drame qui se noue, cette querelle entre grands éleveurs, symbolisée par l’opposition entre un riche propriétaire et sa fille déterminée.

Non, en fait, ça c’est la deuxième chose qui frappe. La toute première, dès les premières secondes, c’est l’utilisation des paysages (de l’Utah). Il y aura bien quelques transparences et quelques rares décors de studio, mais la plupart des extérieurs sont effectivement tournés en décors naturels, superbement filmés par De Toth, notamment lors d’une séquence de traque nocturne dans les montagnes absolument exceptionnelle.

Le thème, lui, semble bien banal résumé comme ça : l’opposition de deux éleveurs, qui brasse des motifs habituels du western. Les querelles familiales, la question des open ranges, le solitaire décidé à respecter la loi (Joel McCrea, parfait comme toujours), le shérif seul contre tous (Donald Crisp, inattendu et très charismatique)…

Un personnage, surtout, change la donne : celui de la fille déterminée et forte, jouée par Véronika Lake, figure du film noir. Un choix qui ne doit rien au hasard, sans doute : Connie, qu’elle interprète, est une pure « femme fatale », manipulatrice et ambitieuse, de celles par lesquelles les drames arrivent, et qui laissent les hommes naïfs exsangues, quand ils survivent.

La violence de certaines scènes, la noirceur de l’histoire, la mise en scène tendue… Beaucoup d’éléments de ce western renvoient directement au film noir, genre que maîtrise parfaitement De Toth, qui se révèle en même temps très à l’aise avec le western. Sa filmographie à venir le confirmera.

Le rythme du film doit aussi beaucoup à ces décors naturels jusque dans les intérieurs. Un plan, pour être clair : McCrea descend de cheval, et rentre dans une cabane. La caméra le suit sans coupure, de l’extérieur baigné de soleil à l’intérieur plus tamisé, prouvant que ces intérieurs n’ont pas été filmés en studio.

Ça n’a l’air de rien, mais ces parti-pris, au-delà du déjà technique qu’ils représentent, donnent une cohérence visuelle et un rythme très particulier au film, très ancré dans un réalisme qui est loin d’être évident dans le western. C’est du grand art, apparemment dépouillé mais d’une grande richesse formelle. Et passionnant, ce qui ne gâte rien.

La Quatrième dimension (The Twilight Zone) – créée par Rod Serling – saison 1 – 1959/1960

Posté : 2 juillet, 2024 @ 8:00 dans 1950-1959, 1960-1969, ASHER William, BARE Richard L., BRAHM John, CLAXTON William F., COURTS MÉTRAGES, FANTASTIQUE/SF, FLOREY Robert, GANZER Alvin, HEYES Douglas, LEADER Anton, LEISEN Mitchell, LUPINO Ida (actrice), McDEARMON David Orrick, MEDFORD Don, MILES Vera, NELSON Ralph, PARRISH Robert, POST Ted, REISNER Allen, ROSENBERG Stuart, SERLING Rod, SMIGHT Jack, STEVENS Robert, TÉLÉVISION, WINSTON Ron | Pas de commentaires »

La Quatrième dimension 1 The Time Element

The Time Element (pilote)

* pilote : The Time Element (id.) – réalisé par Allen Reisner

Ce n’est pas encore tout à fait The Twilight Zone : le célèbre générique et la voix du créateur et scénariste Rod Serling sont encore absents. Mais The Time Element, diffusé dans le cadre du programme Westinghouse Desilu Playhouse, est considéré comme le pilote de la série. Ses qualités incontestables vont propulser le show, qui deviendra très vite l’une des plus éclatante réussites de l’histoire de la télévision.

Plus long qu’un épisode classique (près d’une heure ici), ce moyen métrage se base, comme beaucoup d’épisodes par la suite, sur un thème récurrent du cinéma fantastique, en l’occurrence le voyage dans le temps. Mais sur un mode inattendu : c’est lorsqu’il rêve que le personnage interprété par William Bendix est propulsé une quinzaine d’années en arrière, à la veille de l’attaque des Japonais sur Pearl Harbor, rêve récurrent qu’il raconte à un psychiatre, joué par Martin Balsam.

Les scènes dans lesquelles ce dernier apparaît ne sont pas les plus pertinentes : le film aurait sans doute gagné en intensité en se concentrant uniquement sur l’expérience de ce vétéran confronté à ce qu’il sait être une tragédie à venir. D’ailleurs, les allers-retours passé-présent sont de moins en moins nombreux, et l’intrigue se recentre de plus en plus sur la partie se déroulant en 1941. La plus passionnante, et la plus tendue.

* 1 : Solitude (Where is everybody ?) – réalisé par Robert Stevens

Le véritable « pilote » n’ayant pas été diffusé, c’est avec cet épisode que les spectateurs français ont découvert cette série mythique. Et d’emblée, tout ce qui fera le succès du show est déjà là : cette manière de faire naître l’angoisse de nulle part, de transformer le quotidien en cauchemar éveillé, sans grosses ficelles, sans gros moyens, juste avec des histoires intrigantes ou dérangeantes, et une mise en scène soignée.

Ce premier épisode se base sur un motif que l’on retrouvera au cours des saisons à venir : un homme, amnésique, se retrouve dans une ville dont tous les habitants semblent s’être évaporés. D’abord amusé, puis étonné, il réalise peu à peu l’horreur de sa situation. Le film doit d’ailleurs beaucoup à l’interprétation d’Earl Holloman, seul à l’écran la plupart du temps, et excellent.

La réussite repose aussi sur la manière dont le personnage est constamment contraint par les objets qui l’entourent, et qui l’enferment avec un sentiment grandissant de menace : un vélo qui le fait trébucher, une cabine téléphonique qui refuse de le faire sortir, une porte de prison qui semble vouloir le retenir, des présentoirs qui tournent sur eux-mêmes comme s’ils le dévoraient…

Avec sa conclusion trop explicative, Rod Serling, le créateur et scénariste du show, ne va pas au bout de la logique qui sera celle des épisodes et des saisons à venir, et fait un peu retomber la pression. Mais ce coup d’essai est pour le moins plein de promesses.

* 2 : Pour les anges (One for angels) – réalisé par Robert Parrish

Changement de ton avec cette variation tendre et gentiment cruelle sur le thème de la Mort qui vient chercher sa victime. La Grande Faucheuse est bien loin de l’intraitable incarnation du Septième Sceau, et a ici les traits avenants et compréhensifs et le costume impeccable de Murray Hamilton (qui sera le maire cynique des Dents de la mer). Quant à celui dont l’heure a sonné, c’est Ed Wynn, en vieux colporteur au grand cœur, qui pense avoir trouvé le truc infaillible pour sauver sa peau.

Sauf que tricher avec la Mort n’est pas sans conséquence. Et pour faire simple, il réalise bientôt que le sursis dont il dispose pourrait bien coûter la vie à une fillette. Au-delà de ses ressors plutôt rigolos (la Mort est transformée en acheteur compulsif par le bagout du vieil homme), le film parle du temps qui passe, de la trace que l’on laisse, et de l’acceptation de sa propre mort.

La Quatrième dimension 1 Souvenir d'enfance

Souvenir d’enfance (Walking distance)

* 3 : La Seconde chance (Mr. Denton on Doomsday) – réalisé par Allen Reisner

Excellente variation sur le thème westernien du tireur rattrapé par sa réputation. Dan Duryea y est formidable dans le rôle d’un alcoolique pathétique hanté les morts dont il a été responsable par le passé, et torturé par un Martin Landau parfaitement odieux, tout de noir vêtu.

Comme dans l’épisode précédent, le fantastique prend la forme d’une apparition mystérieuse : celle d’un colporteur au regard affûté et au verbe rare nommé « Faith » (destin). Plus qu’un film sur la chance ou le destin, cet épisode très réussi est aussi une réflexion bienveillante sur le libre arbitre.

* 4 : Du succès au déclin (The Sixteen-millimeter Shrine) – réalisé par Mitchell Leisen

Une actrice, star déchue, vit recluse dans sa villa où elle passe ses journées à revoir ses vieux films. La parenté avec Sunset Boulevard est évidente, et parfaitement assumée. Ida Lupino, dans le rôle principal, est une sorte de double bouleversante de Norma Desmond, qui finirait par réaliser le fantasme du personnage imaginé par Billy Wilder.

Un plan, magnifique, résume bien la réussite de cet épisode : dans le salon obscur transformé en salle de projection, l’actrice surgit de derrière l’écran, comme si elle en sortait… La frontière entre le passé et le présent, la difficulté d’accepter le temps qui passe : tout est dans ce plan. Une nouvelle réussite, avec aussi Martin Balsam et Ted De Corsia.

* 5 : Souvenir d’enfance (Walking Distance) – réalisé par Robert Stevens

Voilà l’un des classiques qui ont fait la grandeur de Twilight Zone (et qui ont marqué mon enfance) : l’histoire d’un homme (Gig Young) qui fuit une vie qu’il trouve insupportable et se retrouve dans la petite ville où il a grandi et où il n’a plus mis les pieds depuis 20 ans… avant de réaliser qu’il est aussi revenu 20 ans en arrière, à l’époque de son enfance.

Délicieusement nostalgique, cet épisode est une merveille, qui illustre le désir de beaucoup de retrouver ses souvenirs d’enfance. Très émouvant, par moments franchement bouleversant (le dialogue final avec son père, le milk-shake à trois boules…), mais pas passéiste pour autant, Souvenir d’enfance fait partie des chefs d’œuvre de la série.

La Quatrième dimension 1 Question de temps

Question de temps (Time enough at last)

* 6 : Immortel, moi jamais ! (Escape Clause) – réalisé par Mitchell Leisen

Première petite déception pour cette série jusqu’ici impeccable. Pas que cette variation sur le thème de l’âme vendue au diable soit un ratage : son parti-pris est même plutôt rigolo, avec ce type odieux pour qui le monde entier tourne autour de sa petite personne. Mais le personnage (interprété par David Wayne) est totalement monolithique, sans l’once d’une fêlure dans la carapace. Difficile dans ces conditions de s’identifier, ou même de ressentir une quelconque émotion.

Mais l’histoire de cet homme qui acquiert l’immortalité sans trop savoir quoi en faire s’achève par l’un de ces twists dont Rod Serling a le secret. Et le diable a l’apparence bonhomme de l’excellent Thomas Gomez. Rien que pour ça…

* 7 : Le Solitaire (The Lonely) – réalisé par Jack Smight

Un homme condamné pour meurtre vit seul en exil sur un astéroïde à des milliers de kilomètres de la Terre. Un jour, l’officier qui le ravitaille lui apporte un robot qui ressemble trait pour trait à une femme de chair et d’os, avec des sensations et des émotions…

Fidèle à ses habitudes, la série rejette toute idée de spectaculaire : le décor est celui, banal, d’une région désertique, avec ses grands espaces, une petite cahute un peu minable, et même un vieux tacot qui ne roule pas. Au milieu, Jack Warden, excellent dans le rôle d’un homme rongé par la solitude, qui réapprend à vivre au contact de ce robot si humain.

Ce joli épisode très émouvant est une belle réflexion sur la nécessité de vivre en société, et sur la nature des sentiments. Très juste, et porté par la belle musique de Bernard Herrmann.

* 8 : Question de temps (Time enough at last) – réalisé par John Brahm

Voilà peut-être l’épisode qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse. Et même sans la surprise du terrible rebondissement final, il faut reconnaître que ce petit bijou garde toute sa force. Et quelle interprétation de la part de Burgess Meredith, formidable en petit homme à lunettes amoureux fou des livres, contraint de lire en cachette pour éviter les remontrances de son patron et de sa femme (à ce propos, j’étais persuadé qu’on le voyait lire les étiquettes des bouteilles à table, alors qu’il ne fait que le mentionner).

En moins de trente minutes, John Brahm raconte le triste et banal quotidien de ce doux rêveur, et le confronte à l’apocalypse, faisant de lui le dernier homme sur terre. Son errance est alors déchirante, puis enthousiasmante, puis pathétique. Beau, émouvant, et d’une grande justesse : un petit chef d’œuvre.

La Quatrième Dimension 1 La Nuit du jugement

La Nuit du jugement (Judgment Night)

* 9 : La Poursuite du rêve (Perchance to dream) – réalisé par Robert Florey

Un homme arrive chez un psychiatre et lui explique qu’il est éveillé depuis près de quatre jours : s’il s’endort, il meurt… Un point de départ très intriguant pour cet épisode qui ne tient pas totalement ses promesses. Le propos est un peu confus, et part vers plusieurs directions différentes avant de se focaliser sur les mystères des rêves.

Cela dit, cet épisode illustre parfaitement l’économie de moyen propre à la série, qui sait créer une atmosphère d’angoisse à partir d’éléments du quotidien. Il offre aussi un beau rôle à l’excellent Richard Conte, face à un John Larch plus en retrait. Quant aux scènes de rêve, qui occupent une grande partie de la seconde moitié, elles sont à la fois sobres et joliment stylisées.

* 10 : La Nuit du jugement (Judgment Night) – réalisé par John Brahm

Un homme se réveille sur un bateau naviguant sans escorte en 1942, dans une mer infestée de sous-marins allemands… Qui est-il ? Comment est-il arrivé là ? Lui-même ne s’en souvient pas. Mais il a bientôt la certitude, de plus en plus précise, d’une catastrophe qui approche.

On retrouve le John Brahm de The Lodger dans cet épisode passionnant et particulièrement angoissant, avec ces images nocturnes baignés de brume. Comme dans ses films noirs des années 40, Brahm fait du brouillard le décor cinématographiquement idéal pour faire naître la peur : quoi de plus effrayant que ce qu’on ne peut pas voir ?

Une grande réussite, portée par l’interprétation habitée de Nehemiah Persoff. A noter l’apparition, dans un petit rôle, du futur John Steed de Chapeau melon, Patrick McNee.

* 11 : Les trois fantômes (And when the sky was opened) – réalisé par Douglas Heyes

Richard Matheson a imaginé une histoire particulièrement flippante pour cet épisode, réalisée très efficacement : trois astronautes survivent miraculeusement au crash de leur appareil. Peu après, l’un d’eux disparaît subitement, et c’est comme s’il n’avait jamais existé : seul l’un de ses camarades se souvient de lui.

C’est du pur Twilight Zone, un cauchemar éveillé dérangeant et réjouissant à la fois. Dans le rôle principal, Rod Taylor, futur adversaire des Oiseaux devant la caméra de Hitchcock, affronte ici une menace aussi angoissante, aussi mystérieuse, et nettement moins palpable.

La Quatrième Dimension 1 Quatre d'entre nous sont mourants

Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying)

* 12 : Je sais ce qu’il vous faut (What you need) – réalisé par Alvin Ganzer

Un vieux marchand ambulant a le don de voir l’avenir de ses clients, et sait d’avance ce dont ils ont vraiment besoin. Une jolie idée, qui donne lieu à une belle séquence d’introduction, pleine d’une bienveillance à la Capra : un ancien joueur de base-ball et une jeune femme solitaire se voient offrir grâce au vieil homme une seconde chance.

Mais le personnage principal est un sale type, qui voit rapidement le bénéfice qu’il peut tirer de ce don. La bienveillance disparaît alors pour laisser la place à un petit suspense, et surtout à un face-à-face ironique, et plus du tout bienveillant pour le coup. Une réussite, modeste et surprenante à la fois.

* 13 : Quatre d’entre nous sont mourants (The four of us are dying) – réalisé par John Brahm

Il suffit d’un plan pour se rendre compte que cet épisode-là est mis en scène par un grand cinéaste. Plan désaxé, néons omniprésents qui soulignent le poids de la grande ville… John Brahm, qui avait définitivement abandonné le cinéma pour la télévision, s’empare d’un scénario malin mais un peu bancal pour signer un petit film stylisé et fascinant.

L’idée est très originale : un homme a le don de changer de visage comme il le souhaite, et en profite pour prendre l’identité d’hommes décédés récemment. Mais les épisodes s’enchaînent sans qu’on y croit réellement. Brahm semble nettement plus intéressé par l’atmosphère que par l’histoire, et se montre particulièrement inspiré.

Les scènes en extérieurs, surtout, sont formidables, avec ces décors à la limite de l’expressionnisme, qui tranchent avec des intérieurs nettement plus sages et donnent au film un rythme et un esprit étonnants et séduisants.

* 14 : Troisième à partir du soleil (Third from the sun) – réalisé par Richard L. Bare

C’est sans doute le thème qui caractérise le mieux le show : la paranoïa autour de la bombe H, la peur de l’apocalypse… Dans cet épisode, ce thème est traité avec une simplicité de moyen et une efficacité brute qui forcent le respect. Soit : deux familles qui savent que le monde est sur le point d’être anéanti par l’arme nucléaire, et qui décident de partir vers une autre planète à bord d’un engin top secret…

La majeure partie du métrage se déroule à huis-clos dans un intérieur tout ce qu’il y a de plus classique : une simple maison de banlieue où la tension devient de plus en plus forte. Gros plans, contre-plongées, montage au cordeau… Richard Bare filme ses six personnages au plus près en mettant particulièrement en valeur les lourds silences, les non-dits inquiétants. Et quand il prend la route, c’est avec une série de plans hallucinés et désaxés sur une voiture en mouvement, irréels et pesants.

On en oublierait presque le twist final, aussi simple que réjouissant. Cet épisode est une leçon de mise en scène, ou comment réaliser un grand film d’angoissant avec zéro moyen.

La Quatrième Dimension 1 La Flèche dans le ciel

La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air)

* 15 : La Flèche dans le ciel (I shot an arrow into the air) – réalisé par Stuart Rosenberg

Une fusée disparaît des radars quelques minutes après son lancement. Les survivants ignorent tout du lieu particulièrement hostile où ils se sont crashés, et tentent de s’organiser pour leur survie…

Il y a une idée particulièrement forte au cœur de cet épisode. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on la voit venir à des kilomètres, cette idée qui constitue le twist final et dont on ne dira donc rien ici. Le plus gênant, c’est que la manière n’est pas non plus à la hauteur. En tout cas pas vue par des yeux d’aujourd’hui : l’équipage et ses rites paraissent bien vieillots.

Reste quand même une dernière scène qui frappe par sa tension, alors que, justement, on a compris depuis longtemps la surprise finale qu’elle nous réserve.

* 16 : L’Auto-stoppeur (The Hitch-hiker) – réalisé par Alvin Ganzer

Une jeune automobiliste qui traverse les Etats-Unis échappe à un accident après qu’un de ses pneus a explosé. En reprenant la route, elle ne cesse de voir un mystérieux auto-stoppeur qui semble la suivre, voire la précéder…

Inger Stevens est formidable dans le rôle de cette jeune femme qui sombre dans une sorte de cauchemar éveillé, au bord de la folie. Un excellent épisode dont les premières minutes sont absolument glaçantes, et qui n’est gâché par moments que par une inutile voix off, qui sonne comme un aveu d’impuissance de la part d’un réalisateur pas sûr de la force de sa seule mise en scène.

Il a tort : L’Auto-stoppeur est un road-movie inquiétant dont les parti-pris (la simplicité, la forme, le décor) annoncent le Duel de Spielberg, grand fan de Twilight Zone (il co-réalisera l’adaptation cinéma, bien des années plus tard). Pas sûr que ce soit un simple hasard.

* 17 : La Fièvre du jeu (The Fever) – réalisé par Robert Florey

Un homme très droit, qui place la morale au-dessus de tout. Jusqu’à ce que sa femme gagne un week-end tout frais payé dans la capitale du péché. Las Vegas, dont la fièvre se résume ici à une unique salle de jeux, et surtout à une machine à sous, qui serait banale et anodine si elle ne tapait à ce point dans l’oeil de cet homme si droit, si moralisateur, et finalement si faible.

C’est une critique finalement elle aussi très morale du monde du jeu que signe Robert Florey, sur un scénario du maître des lieux Rod Serling. Jouer pour de l’argent, c’est mal. C’est flagrant, et franchement radical. Trop radical, trop brutal, pour être totalement convaincant, mais Everett Sloane, filmé en très gros plans suintants, est formidable dans le rôle principal. C’est la vision de son visage, de plus en plus proche et fiévreux, qui crée le malaise et l’angoisse.

La Quatrième Dimension Infanterie Platon

Infanterie « Platon » (The Purple Testament)

* 18 : Le Lâche (The Last Flight) – réalisé par William F. Claxton

The Last Flight ne tient que sur cinq minutes, les dernières : un paradoxe temporel assez vertigineux sur lequel on aurait bien du mal à mettre des mots. Essayons quand même : un pilote anglais de 1917, qui a atterri sur une base américaine en 1959, réalise qu’il doit repartir à son époque avant que n’atterrisse un officier qui fut son équipier 42 ans plus tôt, et que lui seul aurait pu sauver de la mort. S’il reste là à l’attendre, alors l’aura n’aura pas pu être sauvé.

Belle pirouette tardive, pour un épisode qui commence assez mollement, avec ce voyage dans le temps qui semble déjà bien éculé. Willam F. Claxton fait le job avec un métier indéniable, mais sans éclat, sans cette petite étincelle de mystère qui caractérise tant de moments de la série. Plaisant tout au plus jusqu’au final, qui nous laisse sur une impression nettement plus consistante. In fine.

* 19 : Infanterie « Platon » (The Purple Testament) – réalisé par Richard L. Bare

Un cauchemar comme on les aime dans Twilight Zone : simple et terrifiant à la fois, dépouillé et profondément humain. En l’occurrence le destin d’un officier américain en 1945, dans le Pacifique, qui sait juste en regardant les visages lesquels des soldats qui l’entourent vont mourir dans les batailles à venir. Idée formidable, traitement proche de l’épure, avec un simple halo de lumière qui éclaire les visages.

La force de ce bel épisode, puissant et marquant, réside dans le point de vue, qui ne quitte que rarement celui de l’officier en question. Si le rebondissement final est franchement attendu, tout ce qui précède est beau, car dénué d’effet facile : cet épisode est à hauteur d’homme, et c’est par le regard du personnage principal (William Reynolds) que tout passe : l’horreur, la peur, la fatalité… la résignation d’un homme qui côtoie la mort depuis trop longtemps.

* 20 : Requiem (Elegy) – réalisé par Douglas Heyes

Trois astronautes perdus dans l’espace, à cours de carburant, atterrissent sur une planète inconnue qui ressemble étrangement à la terre, mais où le temps semble s’être arrêté 200 ans plus tôt.

Episode assez banal et bancal. La série nous avait déjà fait le coup de l’ersatz de notre planète, en plus inspiré. Le scénario est plutôt mystérieux, et quelques plans tournant autour de la population figée sont assez beaux, l’apparition d’un Cecil Kellaway rigolard est réjouissante. Mais la réalisation de Douglas Heyes manque de folie, et la révélation finale a quelque chose d’approximatif, pas franchement convaincant.

La Quatrième Dimension s1e22 Les Monstres de Mapple Street

Les Monstres de Maple Street (The Monsters are due on Maple Street)

* 21 : Image dans un miroir (Mirror image) – réalisé par John Brahm

Grande réussite que ce nouvel épisode signé par l’excellent John Brahm, sommet d’angoisse pure. Vera Miles y est une jeune femme attendant un bus dans une gare routière par une nuit pluvieuse, et qui semble devenir folle lorsque ceux qu’elle croise lui répètent sans cesse qu’elle a fait des choses qu’elle ne se souvient pas avoir faites.

Un lieu unique et fermé, très peu de personnages, une économie de moyens absolue, et un scénario qui plonge de plus en plus profond dans les rouages de la folie. C’est du Twilight Zone comme on l’aime, cauchemardesque et surprenant, porté par une excellente Vera Miles, parfaite incarnation du trouble.

* 22 : Les Monstres de Maple Street (The Monsters are due on Maple Street) – réalisé par Ron Winston

Un classique. Et bien plus qu’un classique : un film qui reste d’une actualité glaçante, plus de soixante ans plus tard. Maple Street : un quartier résidentiel où tout le monde se connaît. Il suffit d’un événement inhabituel (un bruit étrange venu du ciel faisant penser à une météorite, suivi d’une coupure de courant généralisé) pour que la psychose s’installe.

Dans ce microcosme soudain déconnecté du monde, chacun commence à suspecter son voisin. De quoi ? En l’occurrence d’être un monstre venu d’une autre planète, mais ce pourrait être un terroriste, un complotiste… un communiste pourquoi pas ! Écrit par Rod Serling lui-même, cet épisode dépeint une Amérique sombrant dans la paranoïa. Forcément d’actualité dans cette époque dominée par la guerre froide. Mais si le film reste à ce point marquant, c’est parce qu’il donne le sentiment que rien n’a vraiment changé.

Claude Akins, sur le fil entre complotisme et comportement raisonnable, incarna la complexité de l’âme humaine, capable du pire même avec les meilleurs sentiments. C’est concis, tendu, percutant et glaçant. Un classique à la fois très ancré dans son époque, et intemporel. Un tour de force, donc.

* 23 : Un monde différent (A world of difference) – réalisé par Ted Post

La réalité n’est pas telle qu’on le croit. Voilà en gros comment on pourrait résumer la plupart des épisodes de Twilight Zone. Celui-ci adopte un regard nouveau sur ce principe de base, à la fois très original et d’une simplicité séduisante. Howard Duff y est un homme normal, qui arrive au bureau pour une journée parmi tant d’autres au boulot.

Tout est banal, quotidien, jusqu’à ce que cette journée de travail soit interrompue par un « Coupez ! » venu d’on ne sait où. Et le personnage principal réalise sans vraiment comprendre qu’il est sur un plateau de cinéma, et que celui qu’il croit être n’est que le personnage qu’il interprète dans un film en tournage.

On comprend à demi-mots : l’acteur est dans une mauvaise passe, harcelé par une ex-femme qui en veut à sa fortune. Et c’est dans la fiction qu’il se réfugie. On comprend tout ça, mais Twilight Zone choisit inévitablement la voie de la fable. La schizophrénie d’un homme devient le prétexte à un glissement fascinant entre la réalité et autre chose, qu’on peut qualifier de refuge, de folie, ou de réalité alternative. Qu’importe, c’est fascinant, et beau.

La Quatrième Dimension s1e24 Longue vie Walter Jameson

Longue vie, Walter Jameson (Long live Walter Jameson)

* 24 : Longue vie, Walter Jameson (Long live Walter Jameson) – réalisé par Anton Leader

Une petite université comme tant d’autres. Mais parmi les enseignants, un professeur d’histoire voit les étudiants affluer à ses cours, fascinés par son don pour évoquer les grands événements du passé comme s’il les avait vécus. Et pour cause…

Longue vie, Walter Jameson est le parfait exemple de ce qui fait la grandeur intemporelle de la série : cette capacité à rendre palpable le fantastique, avec une extraordinaire économie de moyens. Ici, rien d’autres, ou presque, qu’un face à face entre un homme vieillissant et un autre, dont les traits n’ont pas changé depuis des années.

Pas besoin de plus pour invoquer le thème de la vie éternelle, de l’immortalité. Un scénario remarquable et une mise en scène d’une parfaite fluidité suffisent à créer la profondeur, avec une simplicité manifeste. C’est du grand art.

* 25 : Tous les gens sont partout semblables (People are alike all over) – réalisé par Mitchell Leisen

Deux astronautes s’apprêtent à s’envoler pour Mars. L’un, un scientifique, est terrorisé. L’autre, plus expérimenté, se montre philosophe. Il a une théorie sur les habitants qu’ils risquent de trouver sur la planète rouge : où qu’ils soient, tous les gens se ressemblent. Bien sûr, il a raison…

Encore un épisode remarquable par sa simplicité et son efficacité. La première scène est déjà formidable : les deux astronautes, derrière un grillage, discutent de leurs peurs respectives en fixant la fusée qui va les emmener. Difficile de faire plus simple, et pourtant, on ressent pleinement la peur qui paralyse le personnage du scientifique, joué par Roddy McDowall.

Suit une ellipse de dingue, un condensé de peur paralysante, et un faux soulagement qui ouvre sur une angoisse diffuse… jusqu’à la révélation finale, totalement dans l’esprit de la série, d’une cruelle ironie. Oui, tous les gens sont partout semblables.

* 26 : Exécution (Execution) – réalisé par David Orrick McDearmon

Une entrée en matière particulièrement intrigante : dans l’Ouest sauvage, un tueur est condamné à mort après avoir commis un meurtre. A peine se retrouve-t-il pendu à une corde qu’il disparaît comme par magie… Une disparition figurée avec la traditionnelle économie de moyens de la série, par un plan sur l’ombre du pendu, qui s’efface pour ne laisser la place qu’à celle de la corde.

Scène suivante : nous sommes à New York, 80 ans plus tard, à l’époque contemporaine, donc. Le pendu se réveille face à un scientifique, qui lui annonce qu’il est le premier voyageur temporel. Bonne nouvelle : on ne s’embarrasse pas d’une quelconque justification. Le type a inventé une machine à remonter le temps. Point.

Pas de bol : sa « proie » est un tueur, qui découvre un futur invivable, plein de bruits et de mouvements. Une manière originale de porter un regard critique sur notre modernité, en quelque sorte. Mais là n’est pas l’essentiel : cet épisode est surtout marqué par une profonde et cruelle ironie, qui prend toute sa dimension lors de la scène finale, comme un écho à la scène d’ouverture, comme une parenthèse qui se referme.

La Quatrième Dimension s1e29 Cauchemar

Cauchemar (Nightmare as a child)

* 27 : Le Vœu magique (The big tall wish) – réalisé par Ron Winston

Un boxeur vieillissant observe son reflet dans le miroir, à quelques heures d’un combat qui pourrait marquer son retour. Il a 36 ans, quelques années de gloire derrière lui, beaucoup d’incertitude devant, et des tas de cicatrices sur le visage, comme autant de jalons d’une vie passée sur le ring.

Elle est belle et émouvante, cette image d’un homme qui se sait à la croisée des chemins, le regard chargé de souvenirs, et de la crainte de ce qui l’attend. Belle aussi, la relation qui unit ce boxeur vieillissant et solitaire, et le gamin de l’appartement voisin, son meilleur ami, son plus grand supporter. Un enfant qui croit encore en la force la magie, et qui y croit si fort que…

L’aspect fantastique est assez secondaire dans cet épisode, sensible et joliment nostalgique. Il y est surtout question d’innocence, d’enfance, et du difficile passage à l’âge adulte. Bel épisode sensible par le réalisateur d’un classique nettement plus paranoïaque de la série, Les Monstres de Mapple Street.

* 28 : Enfer ou paradis ? (A nice place to visit) – réalisé par John Brahm

Un cambrioleur est abattu par la police après avoir été surpris en pleine opération. Il se réveille auprès d’un homme étrange tout de blanc vêtu, qui lui offre tout l’argent qu’il souhaite, un appartement luxueux, de belles jeunes femmes… Il finit par comprendre qu’il est mort, et que tous ses souhaits deviennent réalité.

Tout cet épisode repose sur une idée : le sel de la vie, c’est l’incertitude. Le joueur qui est certain de gagner ne trouve plus de plaisir au jeu. Et c’est exactement ce constat que va faire tardivement ce bad guy, qui s’est un peu vite convaincu qu’il était au paradis. Une belle idée, mais qui reste très superficielle, insuffisante en tout cas pour en faire une vraie réussite.

* 29 : Cauchemar (Nightmare as a child) – réalisé par Alvin Ganzer

En rentrant à son appartement, une jeune femme souffrant d’amnésie rencontre une fillette étrangement grave. Peu après, un homme qui a connu sa mère assassinée sonne à sa porte…

Rod Serling signe lui-même le scénario de cet épisode assez flippant et complexe, dont on sent bien qu’il porte l’influence de Psychose, sortie à cette époque. L’inconscient de la jeune femme prend littéralement forme humaine, dans un subtil dialogue entre le passé et le présent.

Même si le rebondissement final n’est pas une surprise, l’intelligence du scénario, combiné à la concision inhérente au format de la série, fait de cet épisode un must méconnu.

La Quatrième Dimension s1e30 Arrêt à Willoughby

Arrêt à Willoughby (A stop at Willoughby)

* 30 : Arrêt à Willoughby (A stop at Willoughby) – réalisé par Robert Parrish

Un homme, qui n’aspire qu’à une vie sereine, ne supporte plus la pression que fait peser sur lui son patron, ou son ambitieuse femme. Dans le train qui l’emmène de son travail à sa maison, il fait un rêve récurrent : le train s’arrête dans une gare qui n’existe pas nommée Willoughby, à une époque révolue depuis longtemps. Et s’il descendait à Willoughby…

C’est une véritable merveille que cet épisode qui porte l’aspect mélancolique de la série à son apogée. Superbe scénario, mise en scène très inspirée… Nous voilà plongés dans l’esprit fatigué de cet homme qui étouffe, confronté à un monde, professionnel comme personnel, qui ne voit en lui que le rendement.

Cet arrêt imaginaire, ce rêve nostalgique d’un monde qui n’existe plus… La magie de La Quatrième Dimension rend évidemment tout miracle possible. Mais celui-ci est teinté d’une cruelle amertume. Surprenant jusqu’à la dernière seconde. Et magnifique.

* 31 : La Potion magique (The Chaser) – réalisé par Douglas Heyes

Un homme transi d’amour pour une femme qui ne le supporte pas… Une rencontre inattendue avec un « professeur » qui vend des potions comme un génie distribue des miracles… Et l’amour inconditionnel, absolu et éternel qui surgit comme par magie…

Cet épisode revisite le mythe du filtre d’amour un peu platement, mais avec une ironie bienvenue. Les scènes avec le jeune couple sont plutôt convenues, mais l’introduction autour d’un téléphone pris d’assaut est très efficace, et les apparitions du « génie » joué par le grand John McIntire sont particulièrement réussies, dans un décor quasi-surréaliste mémorable.

* 32 : Coup de trompette (A passage for trumpet) – réalisé par Don Medford

Un trompettiste qui a gâché son talent dans l’alcool décide d’en finir avec la vie et se jette sous un camion. Quand il se réveille, il réalise que personne ne le voit ou ne l’entend.

Raconté comme ça, ça ressemble à beaucoup d’autres épisodes. Pourtant, il se dégage de ce petit film écrit par Rod Serling lui-même une douce mélancolie et un amour de la vie qui en font une petite merveille.

Jack Klugman est particulièrement touchant dans le rôle de ce trompettiste incapable de saisir les beautés de l’existence. Et Don Medford signe une mise en scène très inspirée, dans des décors urbains de film noir (une allée sombre, un bar, le toit d’un immeuble) réduits à leur plus simple expression.

La Quatrième Dimension s1e34 Neuvième étage

Neuvième étage (The After Hours)

* 33 : Un original (Mr. Bevis) – réalisé par William Asher

Sale journée pour Mr Bevis qui, en l’espace d’une journée, perd son boulot, sa voiture et son appartement. Mais Mr Bevis peut compter sur son ange gardien, qui lui apparaît en pleine beuverie dans un bar, et qui répare tout ce bazar qu’est devenue la vie de cet homme jovial et original. Mais cela vaut-il vraiment la peine de changer ce que l’on est profondément ?

Question simple, pour un épisode joliment bienveillant, écrit par Rod Serling lui-même. Le personnage joué par Orson Bean est particulièrement attachant, et le large sourire de l’ange-gardien interprété par Henry Jones renforce la bonhomie de cet épisode léger et optimiste.

* 34 : Neuvième étage (The After hours) – réalisé par Douglas Heyes

La cliente d’un grand magasin se fait emmener vers un étrange neuvième étage, totalement désert à l’exception d’une vendeuse tout aussi mystérieuse. Or, il n’y a pas de neuvième étage dans ce magasin. Et la vendeuse ressemble étrangement à l’un des mannequins en cire utilisés pour présenter les vêtements…

Original cet épisode, d’abord plutôt angoissant, voire carrément flippant, puis presque poétique. Un joli mélange des genres qui trouve son apogée lors de la grande scène de révélation, lorsque les mannequins prennent tous vie dans l’étape déserté et plongé dans la pénombre.

* 35 : Le Champion (The mighty Casey) – réalisé par Alvin Ganzer et Robert Parrish

Un entraîneur de base-ball croit saisir la chance de sa vie quand un scientifique lui amène sa création : un robot à l’apparence humaine, qui a tout d’un champion. Sa réussite est miraculeuse, jusqu’à ce qu’on lui ajoute un cœur…

Pas fou, cet épisode qui ne repose que sur cette idée : le champion parfait serait celui qui n’aurait pas de cœur. Un peu léger, même pour tenir vingt-cinq minutes tendues. Ce n’est pas le cas, malgré la présence d’un Jack Warden dans son élément.

* 36 : Un monde à soi (A world of his own) – réalisé par Ralph Nelson

La première saison se termine par un épisode malin et plutôt léger, sur un thème récurrent de la série : les mystères de la création. En l’occurrence un écrivain qui mène une vie parfaite, entouré d’une épouse parfaite et d’une maîtresse parfaite… et mystérieuse.

La frontière entre la fiction et la réalité est au cœur de cette histoire qui porte en elle toutes les qualités du show : une idée forte, parfaitement utilisée dans une mise en scène simple et directe. Pas de grands effets : juste un lieu clos et un trio d’acteurs, dont l’impeccable Keenan Wynn.

Et Rod Serling lui-même, dans une apparition clin d’œil qui clôt idéalement cette première grande salve d’épisodes, qui recelait déjà un paquet de classiques…

A l’assaut du Fort Clark (War Arrow) – de George Sherman – 1954

Posté : 14 juin, 2024 @ 8:00 dans 1950-1959, O'HARA Maureen, SHERMAN George, WESTERNS | Pas de commentaires »

A l'assaut du Fort Clark

J’aime bien George Sherman, sa manière gourmande d’appréhender la série B et, souvent, d’invoquer la grande histoire pour ses (innombrables) westerns. Avec un bémol, outre le constat évident qu’il n’est pas, loin s’en faut, de la trempe d’un Ford, d’un Hawks, ni même d’un Dwan ou d’un Boetticher : Sherman est généralement nettement moins inspiré pour ses westerns « indiens » que pour ses westerns « urbains ».

War Arrow, ça n’étonnera personne (en tout cas pas ceux qui savent traduire « arrow »), est un western indien. D’où une certaine appréhension initiale, qui s’efface assez vite devant l’originalité de la situation : dans un territoire ravagé par les attaques incessants des Kiowas, un officier décide de faire appel à une autre tribu, qui fut un peuple de guerriers avant d’être éparpillés par l’armée, les Seminoles.

Des soldats blancs qui se font aider d’Indiens pour combattre d’autres Indiens… L’idée est belle, même si historiquement complètement fausse. Elle apporte en tout cas un éclairage différent sur les Indiens, encore trop souvent cantonnés au seul rôle d’ennemis assoiffés de sang dans le western américain de cette époque, malgré quelques avancées notables, dont La Flèche brisée bien sûr.

Dans le film de Delmer Daves, le personnage de Cochise était interprété par Jeff Chandler, acteur toujours impeccable à défaut d’être enthousiasmant. Ici, il joue le rôle principal, celui de l’officier qui fait appel aux Seminoles, et qui s’oppose au commandant du Fort construit au cœur de ce territoire troublé (et bâti au pied d’une colline… l’architecte a sans doute privilégié la beauté des perspectives à l’efficacité de la défense), et que joue l’excellent John McIntire.

L’autre surprise du scénario vient du fait que l’opposition des deux officiers doit moins à l’utilisation des Seminoles qu’à une simple jalousie autour d’une belle veuve, interprétée par une Maureen O’Hara très souriante pour une veuve. Souriante, mais pas très attachante finalement, laissant planer le doute sur ses véritables sentiments : est-elle sous le charme de Chandler, ou le manipule-t-elle pour gagner son billet de retour vers Washington et la civilisation ?

Son personnage n’est au final pas si différent de la fille du chef Seminole, que joue Suzan Ball, étoile filante dont le début de carrière prometteur (on l’a vue chez Walsh et Boetticher) s’est fracassé contre un cancer qui l’a emportée à 22 ans seulement… Face à l’habituellement incandescente Maureen O’Hara, c’est elle qui apporte de la vie et de l’audace au film.

Cela dit, les personnages ne sont guère convaincants, et c’est dans sa manière de filmer les acteurs dans les vastes paysages, et les scènes d’action, que Sherman convainc surtout. Là, son savoir-faire, sa manière de soigner ses cadres et de mêler une certaine légèreté à la gravité des situations, touchent leur cible.

Sherlock Holmes / Les Aventures de Sherlock Holmes (The Adventures of Sherlock Holmes) – de Alfred L. Werker – 1939

Posté : 12 mai, 2024 @ 8:00 dans 1930-1939, LUPINO Ida (actrice), POLARS/NOIRS, Sherlock Holmes, WERKER Alfred | Pas de commentaires »

Sherlock Holmes 1939

On ne change pas une équipe qui gagne… Il faut battre le fer tant qu’il est chaud… Bref : vous voyez ce que je veux dire. Le succès du Chien des Baskerville n’a pas tardé à enclencher le tournage d’une seconde enquête de Sherlock Holmes et de son complice Watson, toujours campés par l’excellent Basil Rathbone et le fendard Nigel Bruce.

Quelques mois seulement séparent la sortie des deux films, ce qui paraît très peu, y compris vu de 2024, alors qu’on pense déjà aux quinze suites potentielles avant même que le premier ne soit tourné. Mais rappelons que personne n’a encore la télévision dans son salon en 1939, et que certaines séries B à suites ressemblent d’avantage à nos séries d’aujourd’hui qu’à de simples films.

C’est déjà le cas de Sherlock Holmes, et ça le sera encore plus à partir du troisième film, où la série prendra une nouvelle direction. Mais n’anticipons pas trop… Après le plus célèbre des romans de Conan Doyle, c’est un recueil de nouvelles qui est librement adapté ici, et qui est surtout l’occasion de rencontrer le principal antagoniste de Holmes : le professeur Moriarty, qu’interprète avec gourmandise le prince maléfique de la série B (et C, et D… et Z), George Zucco.

Et puisqu’on en est aux interprètes, il faut souligner la présence, dans un rôle important, d’Ida Lupino. L’actrice est alors au tournant de sa carrière. Si elle est loin d’être une débutante, elle n’occupera le premier plan qu’à partir de l’année suivante, en enchaînant deux films sous la direction de Walsh : Une femme dangereuse et High Sierra. Ce qui a de la gueule.

Pour l’heure, elle joue les faire-valoir dans un polar de série B dont, finalement, je n’ai pas dit grand-chose. Peut-être parce que le film a les mêmes qualités et les mêmes limites que Le Chien des Baskerville, dont on retrouve le rythme, le suspense et la drôlerie, et cette envie bien sympathique de créer des atmosphères angoissantes.

Après la lande brumeuse, l’intrigue se concentre davantage sur les ruelles de Londres, essentiellement de nuit. Parce que la nuit, c’est comme la brume : c’est très cinégénique, et ça permet de faire des économies de dingue sur les décors. Bref, c’est bien sympathique, plein de dialogues réjouissants. Un plaisir modeste qui ne se refuse pas…

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