Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'par actrices'

La Main gauche du Seigneur (The Left Hand of God) – de Edward Dmytryk – 1955

Posté : 13 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, BOGART Humphrey, DMYTRYK Edward, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

La Main gauche du Seigneur

Dans la longue série des films « chinois » tournés à Hollywood entre la fin des années 40 et les années 60, celui-ci est particulièrement original. Moins pour le personnage de « prêtre » joué par Bogart que pour son absence remarquable d’action.

Ce personnage qui arrive dans une mission catholique au fin fond de la Chine, on sait dès la première image qu’il ne s’agit pas véritablement d’un prêtre. Parce qu’on le découvre, en ombres chinoises, une arme à la main dans cette silhouette d’homme de dieu. Et surtout parce que c’est Bogart, tel qu’en lui-même : séducteur et viril en diable, et qu’il est impossible de voir en lui un prêtre…

Dmytryk signe un grand spectacle en Cinemascope, plein de figurants, aux décors impressionnants. Pourtant, tout tourne toujours autour des personnages, sans que jamais la tension ne se traduise par des éclats de violence.

Au contraire, les oppositions se jouent constamment autour de simples de jeu. Lorsque le « prêtre » affronte le médecin de la mission (E.G. Marshall), il le fait autour d’un échiquier. Il joue son avenir et celui de la mission avec un chef de bande ? Il le fait en jouant aux dés…

Visuellement, c’est très réussi. Le rythme, lui, est impeccable. Et en mettant ses personnages au centre, Dmytryk fait un choix plutôt judicieux, au moins pour ses personnages américains, attachants et bien dessinés : Gene Tierney et Agnes Moorehead sont, elles aussi, très bien.

En revanche, les Chinois sont nettement plus problématiques. Sympathiques et parfaitement bienveillants lorsqu’ils sont de bons catholiques, vils et dangereux pour les autres. A commencer par leur chef, « joué’ par Lee J. Cobb. Ces guillemets pour souligner que, on a beau aimer beaucoup l’acteur de 12 angry men et Boomerang, on a très envie d’oublier cette triste prestation d’un (bon) acteur (trop) maquillé en Chinois. Gênant.

Le Rideau de fer (The Iron Curtain) – de William A. Wellman – 1948

Posté : 7 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Espionnage, 1940-1949, TIERNEY Gene, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Le Rideau de fer

Juste un détail pour vous éviter un petit moment de flottement : non, le personnage interprété par Dana Andrews n’est pas une taupe infiltrée au sein des services secrets soviétiques, mais un vrai Russe. Cette petite précision méritait d’être faite, tant l’acteur (comme Gene Tierney d’ailleurs, à qui il est une nouvelle fois associé après Laura, et avant Mark Dixon détective) « fait Américain ».

C’est effectivement un problème, qui a son poids dans cette histoire (de pure propagande anti-soviétique, ou anti-communiste) dont les personnages sont quasiment tous des Russes envoyés au Canada à la fin de la deuxième guerre mondiale : le couple est tellement associé à l’histoire du film noir, genre si typiquement américain, et Andrews a des manières si virilement américaines, qu’on a du mal à les imaginer dans la peau d’un couple russe.

Quand cette idée commence malgré tout à l’installer, quand même, ce qui frappe alors dans cette histoire estampillée « authentique, tirée d’archives secrètes, et tournée dans les lieux même de l’action », c’est la mise en scène, intense et très stylisée de l’ami Wellman.
Un grand, définitivement, sorte de chaînon manquant entre Ford, Walsh et Hawks… Wellman transforme de simples face-à-face en moments de bravoure, par de superbes jeux d’ombres profondes.

Il les utilise avec jubilation, ces jeux d’ombre, qui soulignent le malaise grandissant dans l’esprit de ce pur produit de la grande union soviétique, qui découvre les joies du capitalisme et du confort de l’Ouest, au Canada où il arrive plein de préjugés.

Le message est clair, et pas très délicat, mais la manière est superbe. En temps que film politique, Le Rideau de fer est une œuvre très discutable qui n’évite aucun cliché, aucune facilité. En tant que film de genre, c’est une merveille de plus à l’actif de Wellman. Et avec un choix plutôt original : constituer la bande son de musiques écrites par des compositeurs russes.

Le Mystérieux Docteur Korvo (Whirlpool) – d’Otto Preminger – 1949

Posté : 29 novembre, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Le Mystérieux Docteur Korvo

La femme d’un brillant psychanalyste se fait prendre la main dans le sac après avoir volé un bijou dans un grand magasin. Il se trouve que la belle est cleptomane, et qu’un médecin qui passait par là la prend sous son aile pour éviter le scandale, lui proposant des séances d’hypnose pour la débarrasser de sa cleptomanie. La jeune femme accepte, et tombe vite sous la coupe de ce mystérieux docteur Korvo.

Il y a du Laura là-dedans, et pas seulement pour ce grand portrait qui surplombe la scène du crime, troublante image comme venue d’outre-tombe. Preminger prolonge les mêmes thèmes : la duplicité, le désir et la morbidité, les visages du Mal…

Plus que la psychanalyse, c’est l’hypnose qui est au cœur de l’histoire, plongeant les personnages dans une sorte d’entre-deux. Cela donne quelques séquences quasi-oniriques, comme détachées de la réalité. Des scènes étranges, qui flirtent avec le grand-guignol, et qui auraient pu faire basculer le film du côté du grotesque, s’il n’y avait ce très beau personnage joué par l’excellent Charles Bickford.

Bickford donne une superbe humanité à ce flic un peu fatigué qui ramène constamment l’intrigue dans une réalité plus concrète, et plus lourde. Le regard qu’il pose sur le portrait (encore) de sa femme morte, est d’une tendresse infinie, en même temps que d’une grande délicatesse.

Les acteurs, d’une manière générale, sont formidables. Richard Conte en mari très raide, Mel Ferrer en psycho-psychotique, et Gene Tierney bien sûr, belle à damner, troublante et intense.

L’Entraîneuse fatale (Manpower) – de Raoul Walsh – 1941

Posté : 22 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, DIETRICH Marlene, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

L'Entraîneuse fatale

Entre deux monuments incontournables (cette année-là, il signe aussi High Sierra, Strawberry Blonde et La Charge fantastique, bilan aussi impressionnant que celui de Ford en 1939), Walsh tourne ce Manpower qui ne manque pas d’intérêt non plus. Sans atteindre les sommets des trois autres, Walsh signe un film admirablement tenu, et d’une grande richesse.

A vrai dire, il y a même trois ou quatre films là-dedans. Un côté comédie entre hommes, avec ce groupe d’ouvriers chargés de réparer les lignes à haute tension, qui passe leur temps à se lancer des vannes, à s’engueuler et à se rabibocher. Un boulot très dangereux d’ailleurs, que nos bonshommes doivent le plus souvent réaliser dans des conditions extrêmes (pluie, orage, vent), et qui donne lieu à quelques scènes particulièrement spectaculaires, auxquelles Walsh donne un mélange de tension et de légèreté très réussi.

Et quel casting dans ce groupe d’hommes : autour de George Raft et Edward G. Robinson, on trouve Ward Bond, Alan Hale et quelques autres gueules qu’on aime bien, et qui s’amusent visiblement beaucoup à donner de la vie à leurs personnages, dans des moments d’amitié virile comme ce bon Raoul Walsh en a le secret. Du pur plaisir…

Mais cette légèreté apparente est constamment baignée dans une étrange atmosphère qui semble annoncer les drames à venir, et qui ne manquent pas. La gravité d’un ouvrier vieillissant qui pressent la tragédie en marche, ces rapports tendus avec une fille qu’il a délaissée et qu’il a retrouvée alors qu’elle était en prison, le quotidien de cette jeune femme obligée de jouer l’entraîneuse dans un bar mal fréquenté pour simplement vivre.

Cette jeune femme, c’est Marlene Dietrich, qui a de nouveau l’occasion de chanter (passage quasi-obligé pur elle), et qui excelle à faire de son personnage une fausse dure qui cherche à dissimuler ses fêlures et sa sensibilité derrière des abords revêches que ce couillon cynique de George Raft est bien le seul à prendre au sérieux. Mais malgré toutes les bonnes intentions de la belle, on sent vite que c’est le drame qu’elle va apporter dans cette petite équipe soudée, entre le couillon cynique et son pote Robinson, parfait dans son rôle de couillon naïf.

Entre le rire franc et la tragédie pure, Walsh joue un peu aux montagnes russes avec ce film. Mais le résultat, intense et réjouissant, ne laisse aucune place à la tiédeur ou à la facilité. Du pur plaisir, vraiment.

Rosita, chanteuse des rues (Rosita) – d’Ernst Lubitsch (et Raoul Walsh) – 1923

Posté : 12 juin, 2019 @ 8:00 dans 1920-1929, FILMS MUETS, LUBITSCH Ernst, PICKFORD Mary, WALSH Raoul | Pas de commentaires »

Rosita

Il y en a qui galèrent pour se faire une place au soleil d’Hollywood. Et il y a Lubitsch, prince en son pays, que la plus grande star d’Amérique appelle pour la mettre en scène, lui déroulant le tapis rouge et lui offrant des moyens énormes. Rosita est donc le premier film américain du maître allemand, un « Mary Pickford movie » (un genre en soi) que, comme les autres grands noms qui ont dirigé l’actrice (Tourneur, Borzage), il transcende par son style et son regard.

Pas que Rosita soit le film le plus personnel de Lubitsch, ni même son plus abouti d’ailleurs : il y a dans cette grande histoire d’amour romanesque qui flirte avec la tragédie une sorte de tiraillement constant entre deux tons, deux univers. La romance et le tragique, le drame le plus sombre et la comédie la plus triviale.

Cela donne beaucoup de très beaux moments, que ce soit dans le drame (le héros qui découvre son destin à travers l’ombre d’un pendu) ou la comédie (la famille de Rosita qui débarque dans le palais). Mais il manque sans doute une vraie direction au film pour qu’il soit totalement réussi.

C’est en tout cas un rôle taillé sur mesure pour Mary Pickford : celui d’une pauvre chanteuse de rue dans le Séville des quartiers populaires, dont le roi d’Espagne s’entiche après l’avoir entendue le moquer devant la foule enthousiaste. Un roi particulièrement inconséquent plus intéressé par l’idée d’assouvir ses fantasmes que de régler les problèmes du peuple. Non pas que les questions sociales ou politiques soient mises en avant cela dit : à l’exception d’une scène savoureuse où Rosita malmène un collecteur d’impôts, cet aspect reste au stade de la toile de fond.

Lubitsch, cela dit, a des moyens visiblement très importants, qui lui permettent de mettre en scène la « populace » au milieu de laquelle évolue la jolie chanteuse de rue. Réussissant ainsi une séquence d’ouverture particulièrement impressionnante, la foule convergeant vers cette jeune chanteuse pleine de vie qui s’avance comme une rock star.

Ces scènes de foule sont peut-être, et assez bizarrement, les plus réussies du film : c’est là, au milieu de dizaines, voire de centaines de figurants, que Lubitsch capte le mieux ce que sont ses personnages. Le premier face-à-face avec le roi, dans ces conditions, ne manque pas de saveur.

Cela dit, Lubitsch est déjà Lubitsch. Il sait aussi filmer les alcôves, les couloirs… et les portes qui s’ouvrent (déjà) devant Mary Pickford, ces portes tellement présentes dans son cinéma, et qui accompagnent ici l’irrésistible ascension de la chanteuse qui devient comtesse.

Sans doute, en hésitant un peu moins entre comédie et drame, la dernière partie du film aurait-elle été plus forte, plus poignante. Mais ce final très lubitschien pour le coup, tout en expédiant un peu vite la question du « faux mort » (ah oui, il faut avoir vu le film), réserve un sort réjouissant à ce roi indélicat, dominé in fine par une reine qui sort tardivement de sa retenue pour remettre de l’ordre dans l’histoire. Féministe avant l’heure…

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

Pavillon noir (The Spanish Main) – de Frank Borzage – 1945

Posté : 5 juin, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BORZAGE Frank, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

Pavillon noir

Une porte qui se referme et qui suggère que l’amour des deux héros, enfin, va être consommé… Un joli plan borzagien qui rappelle in extremis que c’est bel et bien le plus romantique des grands cinéastes hollywoodiens qui signe ce film de pirate. Chouette, bondissant, et bourré de rebondissements, ce film de pirate, mais clairement pas le plus personnel des Borzage. Difficile ici de trouver sa patte, d’habitude si visible.

Mais on ne boude pas son plaisir : il y a dans Pavillon noir absolument tout ce qu’on attend d’un film de pirate. A vrai dire, il y a même beaucoup de chose que l’on a déjà vu dans d’autres films de pirates. Reconnaissons que l’histoire, si passionnante soit-elle, n’est pas la plus originale qui soit. Un honnête capitaine humilié par un tyran local devient le plus redouté des pirates, et enlève la jeune femme que doit épouser son ennemi, et dont il tombe amoureux.

On se croirait dans un film d’Errol Flynn, et la comparaison n’est pas fortuite : Borzage lorgne très clairement vers les premiers succès du roi de l’aventure. L’Aigle des mers, bien sûr, mais aussi Robin des Bois, pour un duel dans un escalier qui doit beaucoup au film de Curtiz. Jeux d’ombre compris. Mais ce n’est pas Flynn : c’est Paul Henreid qui défouraille, dans une volonté d’échapper à l’image qui lui colle à la peau depuis Casablanca.

Il est très bien Henreid : plein d’énergie et avec un charme canaille qui lui va bien, même s’il reste dans l’ombre de ce que Flynn a apporté au genre, justement. Le couple qu’il forme avec Maureen O’Hara est ce qu’il y a de plus beau dans ce film. Plus que les jolies maquettes, qui sont jolies mais qui font maquettes. Plus que les scènes d’action, hyper efficaces (belles séquences d’abordage, brutales et impressionnantes).

C’est ce couple improbable qui séduit le plus, grâce à la vitalité explosive de Maureen O’Hara surtout. C’est elle qui a suggéré à la RKO de confier le film à Borzage. Son succès boostera sa carrière. Selon la petite histoire, c’est en visitant le plateau de Pavillon noir que Ford se serait décidé définitivement à refaire appel à l’actrice (qu’il avait déjà dirigée dans Qu’elle était verte ma vallée) pour L’Homme tranquille.

Témoin à charge (Witness for the prosecution) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 13 avril, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Témoin à charge

Dans une décennie sans la moindre faute de goût, Billy Wilder s’attaque à un genre qui est comme un passage obligé pour tout cinéaste à Hollywood : le film de procès. Et s’il signe un classique absolu du genre, c’est parce qu’il y met sa patte, inimitable. Témoin à charge est un authentique film de procès, plein de rebondissements et de faux semblants. C’est aussi l’une des meilleures adaptations d’Agatha Christie. Mais s’il fonctionne aussi bien, c’est grâce aux accents de comédie de Wilder insuffle.

A commencer par le personnage de Charles Laughton, avec sa manière toute personnelle de cabotiner avec finesse. Il est absolument génial dans le rôle d’un vieil avocat star, qui se remet péniblement d’une crise cardiaque, et qui accepte de défendre un homme accusé de meurtre contre l’avis express de son médecin, et surtout de l’infirmière qui le suit où qu’il aille. Les joutes verbales qui l’opposent à cette dernière, jouée par sa propre femme Elsa Lanchester, sont les meilleurs moments du film.

Réjouissants moments où Laughton redouble d’imagination pour siroter un verre de sherry ou fumer un cigare à la barbe de son « ange gardien ». Où il découvre avec un air las le bermuda qu’il doit porter lors de ces vacances qu’il est contraint de prendre. Où il s’amuse avec un monte escalier aménagé pour lui. Et ces regards outrés et attendris à la fois d’Elsa Lanchester, qui soulignent idéalement la passion juvénile de cet homme en bout de course.

Evidemment, les têtes d’affiche du film sont Marlene Dietrich et Tyrone Power. Et elle est formidablement belle et encore terriblement envoûtante, Dietrich, à qui le scénario réserve un flash-back taillé pour elle, en chanteuse d’un troquet allemand de l’après-guerre. Envoûtante, et même très émouvante, dans ce rôle trouble d’une épouse toxique (vraiment ?).

Mais le couple qu’elle forme avec Tyrone Power n’est pas vraiment à la hauteur. Sans doute parce que Power, usé par l’alcool et le tabac (c’est son dernier film, avant son décès prématuré), semble trop vieux pour Marlene. Il n’a pourtant que 43 ans, 13 de moins que sa partenaire, et en paraît bien plus… Son visage marqué lui donne un air tristement absent. Surtout, jamais on ne s’attache à ce personnage, constat qui condamne d’avance le rebondissement final.

C’est pourtant un film franchement réjouissant, grâce au rythme impeccable que Wilder impose, grâce à cette imagerie pas si courante des cours de justice anglaises, et surtout grâce à son vrai couple vedette. Laughton-Lanchester, donc, réjouissants jusqu’à la dernière image.

Désir (Desire) – de Frank Borzage – 1936

Posté : 19 mars, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, BORZAGE Frank, COOPER Gary, DIETRICH Marlene | Pas de commentaires »

Désir

Marlene Dietrich a beau avoir affirmé, des années après, que Borzage était bien le réalisateur de Désir, l’ombre de Lubitsch, producteur et réalisateur probable de certaines scènes, plane d’une manière très insistante sur cette comédie romantique sophistiquée et pleine de folie, description qu’on attribue plus volontiers au réalisateur de L’Eventail de Lady Windermere qu’à celui de L’Heure suprême.

Qu’importe finalement, si le film est l’œuvre d’un immense cinéaste… ou d’un autre immense cinéaste. Disons que c’est l’œuvre commune de deux immenses cinéastes, et que même si le film peut sembler mineur dans l’une ou l’autre de leurs filmographies, le plaisir qu’on y prend est immense.

C’est en tout cas une date pour Marlene Dietrich, qui venait tout juste de rompre avec son tout puissant pygmalion Von Sternberg, qui retrouve son partenaire de Morocco Gary Cooper, et qui s’impose pour la première fois comme une grande actrice de comédie, genre que sa carrière américaine ne lui avait encore jamais donné l’occasion d’aborder.

Est-ce un don inné, ou une sorte de naturel auquel elle peut enfin laisser libre court ? La star est absolument formidable dans le rôle de cette voleuse de haut rang qui rencontre un brave type sur la route de ses premières vacances depuis des lustres. C’est le genre de comédies auxquelles on n’associera jamais ni Borzage, ni Dietrich : pleines de rythmes et de folies, de quiproquos et de rebondissements.

Entre romance et aventures, c’est une charmante comédie, bien moins innocente qu’elle n’y paraît. Toute en suggestion, même : dans cet Hollywood dominée par la bien-pensance du code Hayes, il fallait des trésors de suggestion pour évoquer la rencontre de ces deux monstres sacrés, dominée par une tension sexuelle qui ne reste pas à l’état de fantasme. Il suffit de draps froissés, d’allures débraillées et de regards langoureux pour raconter, mieux que n’importe quelle image illustrative, la nuit de passion que ces deux-là viennent de vivre.

Laura (id.) – d’Otto Preminger – 1944

Posté : 14 mars, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

Laura

Bien sûr, il y a Gene Tierney, tellement belle et envoûtante qu’elle revient d’entre les morts par le seul désir du flic qui enquête sur son assassinat. Mais il y a aussi Dana Andrews, acteur tellement économe qu’on en oublierait presque qu’il est génial. Sa manière d’écouter, de donner la réplique, ou encore de créer une relation avec la domestique par quelques mots simples… sont autant de preuves de son exceptionnelle générosité d’acteur.

C’est un couple d’acteurs absolument merveilleux que filme Preminger dans ce classique, ce chef d’œuvre, bref ce monument du film noir qu’est Laura (un couple qu’il retrouvera dans le tout aussi beau Where the sidewalk ends). Un film sur lequel tout a été dit depuis longtemps, et qui continue à semer le trouble.

Que signifie vraiment cette apparition de Laura ? Elle ouvre la porte à toutes les interprétations, et c’est la force du film : Preminger ne referme aucune des portes que cette apparitions ouvre. Fantasme, rêve, ou rebondissement incroyable ? Il y a ce tableau qui fascine le policier, ce sommeil qui le gagne, et puis un simple mouvement de caméra qui donne au spectateur-cinéphile un indice troublant. Mais au fond, chacun peut voir dans Laura ce qu’il veut.

Bien sûr, on peut trouver que la manière dont la belle tombe sous le charme du flic, qui ne fait rien pour se rendre aimable, est un peu trop facile. Mais cela ne fait que renforcer le trouble. Et cette scène centrale de la réapparition n’est pas le seul élément troublant, quand on pense à la question du narrateur. Le point de vue est clairement celui de Dana Andrews. Pourtant, c’est la voix off de Waldo Lydecker, le protecteur de Laura (Clifton Webb, dans le rôle de sa vie), qui introduit le film. Alors ?…

Qu’elle soit le fantasme d’un flic ou la création d’un vieux beau, Laura est un personnage fascinant, jeune femme irrésistible ayant l’incroyable faculté de mal s’entourer, entre le lâche et minable fiancé Vincent Price, la froide tante Judith Anderson, et ce grand manipulateur qu’est Waldo. Quant au flic, volontiers brutal et refrénant ses accès de colère, est-il vraiment meilleur ?

Laura pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Mais ces questions prolongent durablement le plaisir immense que l’on prend devant ce film fascinant, terrible, effrayant aussi, avec une séquence finale formidable qui laisse haletant. Un chef d’œuvre, définitivement.

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