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Archive pour la catégorie 'par actrices'

Big Jake (id.) – de George Sherman (et John Wayne) – 1971

Posté : 15 février, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, O'HARA Maureen, SHERMAN George, WAYNE John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Depuis la fin des années 30, c’est le western qui occupe la majeure partie de la prolifique filmographie de George Sherman, souvent dans la série B. A ses débuts, il avait d’ailleurs dirigé le jeune John Wayne dans plusieurs films (pas vus). Avec Big Jake, qui sera son tout dernier film (Wayne lui-même en dirigera d’ailleurs plusieurs scènes pour remplacer le réalisateur, malade et diminué), est donc en quelque sorte un retour aux sources : c’est par un western avec le grand Duke qu’il clôt une carrière inégale mais pleine de pépites.

Pour une fois, c’est tout de même une grosse production qu’il dirige, un film de genre certes, avec une histoire on ne peut plus simple (un homme vieillissant renoue avec sa famille lorsque son petit-fils, qu’il n’a jamais rencontré, est enlevé par une bande de tueurs), mais aussi une belle ambition. Un détail qui n’en est pas un : l’histoire se passe en 1909, à une époque où les machines se multiplient, où la voiture fait son apparition, où les styles vestimentaires évoluent, mais où les vieux cow-boys font de la résistance.

Il y a d’ailleurs un running-gag plutôt marrant : chaque personne qu’il rencontre lance à John Wayne, représentant d’un Ouest sauvage disparu, « je croyais que vous étiez mort »Big Jake, c’est la confrontation de deux mondes qui n’ont rien en commun :la figure du cow-boy à l’ancienne dans un décor en pleine mutation. Le thème n’est pas nouveau dans le western, mais il est ici central, dès un générique malin, qui confronte les nouveautés qui apparaissent sur la côte Est avec les vieilles habitudes qui persistent à l’Ouest.

Toute la première partie tourne autour de ce thème, avec la figure habituelle de John Wayne confrontée à ses deux fils, dont l’un voyage à moto, et l’autre porte un pistolet automatique, les deux étant interprétés par le propre fils de Wayne, et par celui de Robert Mitchum. Tout un symbole…

Le temps qui passe est aussi, et surtout, souligné par l’apparition de Maureen O’Hara dans le rôle de l’ancienne femme de Wayne. Vingt ans après Rio Grande ou L’Homme tranquille, elle est toujours aussi belle. Et les scènes qu’elle partage avec son partenaire de toujours sont les plus belles du film, pour ce passé que leurs face-à-face fait revivre comme par magie…

Après ce début plein de promesses, le film perd quand même beaucoup de son originalité. Maureen O’Hara disparaît de l’écran pour de bon, « remplacée » par un Indien interprété par un Bruce Cabot assez peu crédible dans un tel emploi. Et la confrontation passé/présent semble ne plus intéresser Sherman, qui se contente de signer un film d’action efficace mais classique.

Avec tout de même quelques belles figures de méchants, incarnés par Richard Boone et par quelques vieilles badernes échappés des vieux westerns de Wayne, John Agar ou Harry Carey Jr.

Casier judiciaire (You and me) – de Fritz Lang – 1938

Posté : 29 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1930-1939, LANG Fritz, SIDNEY Sylvia | Pas de commentaires »

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Troisième film américain de Lang, et troisième (et dernière) collaboration avec Sylvia Sidney, sa belle actrice de Furie et J’ai le droit de vivre. La parenté entre ces trois films est assez évidente. Il y est à chaque fois question du regard des honnêtes gens sur ce qu’ils considèrent comme le Mal, et sur la difficulté pour ceux qui ont fauté d’avoir une seconde chance et de trouver sa place dans la société.

Pourtant, Casier judiciaire se distingue très clairement de ses précédents films. A vrai dire, il est assez unique dans la filmographie de Lang, qui s’aventure dans des eaux qu’il n’a quasiment jamais navigué. Car le ton est bien différent ici. Sans être une pure comédie qui fait rire, le film est quand nettement plus léger que à peu près tout ce que Lang a tourné avant ou après.

Il y a de la légèreté dans cette manière qu’il a de filmer le « gang » (au sein duquel on retrouve un tout jeune Robert Cummings, un Jack Pennick pour une fois pas chez Ford et pas muet, et quelques gueules qu’on aime bien : Roscoe Karns, Warren Hymer, ou le patibulaire Barton McLane. Un gang de pieds niquelés qui évoque moins les tueurs de Scarface que les attachants hors la loi de Up the River

Lang n’est sans doute pas un spécialiste de la comédie. Mais il semble vouloir explorer de nouvelles voies, parsemant notamment son film d’interludes musicaux écrits par Kurt Weill, le complice de Brecht. Pas étonnant que l’atmosphère se dirige parfois vers L’Opéra de Quatre Sous : l’utilisation de la musique et des chansons, la manière de filmer les bas-fonds où évolue la pègre, et le ton par moments beaucoup plus sombres tranchent avec la légèreté du ton général.

Le film n’est pas totalement abouti : Lang navigue ainsi entre plusieurs genres sans savoir vraiment sur quoi se concentrer. Sur cette histoire d’amour contrariée entre deux anciens détenus (Sidney et George Raft). Ou sur ce patron de grand magasin qui n’emploie que des repentis sortis de prisons (Harry Carey, forcément sympathique). Ou sur la tentation pour le héros de reprendre le chemin des cambriolages…

Mais la mise en scène de Lang est là, inventive et audacieuse, comme la séquence d’ouverture : une chanson dont l’air et les paroles conduisent la caméra vers la main prise en flagrant délit d’une cleptomane dans le magasin, belle manière d’introduire le personnage de Sylvia Sidney et ses grands yeux tristes. Ou le très joli plan des mains de Sylvia et George qui se frôlent tendrement dans un escalator. Ou encore la déclaration d’amour drôle et touchante par la fenêtre d’un bus.

Mais la plus belle scène du film est aussi la plus étonnante, la plus inattendue : l’un des interludes « musicaux », sans autre musique que de courtes phrases scandées par les membres du gang, qui se retrouvent le soir de Thanksgiving et se remémorent leurs années de prison. Transparences, flash-backs stylisés, ambiance envoûtante… Le temps d’une scène, Lang casse les codes traditionnels de narration, et laisse imaginer comment il aurait pu transcender la comédie musicale, un genre qu’il n’abordera jamais.

Franc jeu / La Folle Semaine (Gambling Lady) – d’Archie L. Mayo – 1934

Posté : 27 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Pre-code, 1930-1939, MAYO Archie L., STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Ah ! L’une de ces pépites pre-code pleines d’audaces que j’adore découvrir… Celle-ci est produite par la Warner. Et si le film reste relativement sage à première vue, en comparaison avec d’autres productions de cette période d’avant « le bon goût made in code Hays » (je pense à Safe in Hell, ou même au premier Thin Man), on y trouve quelques thèmes qui disparaîtront à peu près totalement du cinéma hollywoodien des décennies à venir.

Le premier événement moteur de Gambling Lady est quand même un suicide. Et si le héros évite la prison, c’est parce qu’il a passé la nuit avec sa maîtresse. Sans même parler du fait que le personnage principal, comme le titre l’indique, est une joueuse professionnelle. How chocking !

La joueuse, c’est Barbara Stanwyck, déjà une immense actrice, et déjà une grande vedette, qui incarne mieux que quiconque les femmes libres et modernes, qui s’imposent comme les égales des hommes. Loin d’être évident à cette époque (on rappelle que les femmes ne votaient pas en France, alors?). Elle est formidable, comme toujours, trouvant un équilibre parfait entre légèreté et gravité.

Autour d’elle, un beau casting très masculin : Joel McCrea encore une fois en fils de bonne famille, Pat O’Brien en sympathique amoureux éconduit, C. Aubrey Smith en beau-père très présent… et très enclin à porter des jugements définitifs et à changer d’avis dans la minute qui suit. On ne peut pas dire qu’il hérite du personnage le plus cohérent du film, mais sa seule présence a le don de rendre n’importe quelle scène chaleureuse.

Archie Mayo dirige tout ce petit monde comme il filmerait une pure comédie, avec un grand sens du rythme et en évacuant tout le superflu. Le résultat est un film acide-amer d’à peine une heure, franchement réjouissant.

Les Rubis du prince birman (Escape to Burma) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 12 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DWAN Allan, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

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Deux grands acteurs (Barbara Stanwick et Robert Ryan), un grand réalisateur (Dwan), un grand chef opérateur (John Alton)… et tout ce petit monde qui s’offre une petite récréation tout juste sympathique. De dix films tournés par Dwan avec le réalisateur Benedict Bogeaus, celui-ci est loin d’être le plus mémorable. Loin, très loin même, de Silver Lode, Slightly Scarlet ou Tennessee’s Partner (tous les trois avec John Payne).

Dwan a souvent transcendé son manque de moyens grâce à son inventivité et son immense talent de cinéaste. Là, quand même, on se dit à plusieurs reprises qu’il se fout un peu du monde, avec ses décors de carton pâte (une porte en métal qui plie comme du carton, un rocher qui semble flotter dans l’eau) et ses extérieurs censés se dérouler dans la forêt birmane, et qui ont sans doute été tournés dans un jardin d’acclimatation…

Tout ça est un peu cheap, et personne ne semble réellement croire au sujet : un Américain accusé d’avoir tué le fils du Sawbwa (sais pas ce que ça veut dire, mais c’est le grand manitou de la région, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets), qui se réfugie dans un élevage d’éléphants tenu par une femme au caractère bien trempé…

Dans les premières minutes, il n’y a pas grand-chose pour sauver cette série B pas très inventive. Mais le film prend soudain une dimension inattendue lors de la rencontre de ses deux stars. Stanwick et Ryan se découvrent pour la première fois. Sans un mot, grâce à de longs gros plans sur leurs visages respectifs, Dwan met en valeur le désir qui attire ces deux-là comme des aimants.

Il y a comme ça, tout au long du film, quelques brusques coups de génie qui éclairent le film et le sortent de son côté plan-plan pas bien passionnant. Un face-à-face viril entre un policier et un éléphant, le regard bouleversant de Ryan (décidément un grand) qui se résigne à affronter son destin pour ne pas causer la perte de celle qu’il aime. Mais ce qu’il y a de plus beau, ce sont les scènes de nuit, nombreuses et toutes baignées d’une lumière différente. Là, le génie de John Alton se révèle, dans sa manière de créer une atmosphère grâce à un orage qui gronde, ou à une brume bleutée.

C’est grâce à ces petits moments que le film procure un authentique plaisir. Un peu discontinu, mais bien réel.

* Le film fait partie de l’indispensable coffret Allan Dwan édité chez Carlotta il y a quelques années, avec 7 films produits par Benedict Bogeaus entre 1954 et 1956, et accompagnés de passionnants bonus.

L’Esclave libre (Band of Angels) – de Raoul Walsh – 1957

Posté : 24 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DE CARLO Yvonne, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

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La fille d’un riche propriétaire du Sud découvre, à la mort de son père, qu’elle a du sang noir dans les veines. Une raison suffisante pour faire d’elle une esclave sans plus de droit que ceux qu’elle faisait travailler jusqu’alors. Sauf qu’elle est belle à damner (normal, c’est Yvonne De Carlo, la plus belle actrice du monde), et qu’elle est achetée par un puissant propriétaire terrien aux méthodes rustres, mais aux intentions nobles (normal, c’est Clark Gable, dans une version vieillie de 20 ans de Rhett Butler). Il y a de la romance dans l’air… sauf que la guerre de Sécession éclate, et avec elle toutes les certitudes établies.

Difficile de ne pas penser à Autant en emporte le vent devant ce film tourné presque vingt ans après, mais qui reprend un décor semblable et le même acteur principal. Mais cette production prestigieuse, romanesque et spectaculaire, échappe sans problème à la comparaison. La guerre de Sécession y est bien omniprésente, mais comme un ouragan dont on ne voit rien d’autre que l’effet qu’elle a sur les populations locales, esclaves et esclavagistes. Avec une volonté louable d’éviter le manichéisme.

Avec ce film, Walsh livre une sorte de réflexion sur la liberté, ou plutôt sur l’absence de liberté. Le personnage de Sidney Poitier (dans l’un de ses premiers grands rôles) est fascinant, esclave élevé comme un fils par Gable, pour qui la bonté de son maître est plus pernicieuse, plus condamnable que des coups de fouet. « Comment se rebeller contre la bonté ? » s’interroge-t-il, amer.

Walsh donne finalement le beau rôle aux Sudistes, dans son film. Mais c’est pour mieux dénoncer l’hypocrisie de ceux qui prétendent défendre l’égalité des hommes. « On en reparlera dans 100 ans », lance Clark Gable, entre dégoût et clairvoyance. De fait, la liberté est une notion toute relative, dans ce film, et ceux qui assistent impuissants à des chasses à l’homme dans les marais finissent eux-mêmes par devenir le gibier, dans une série de scènes dramatiques qui se répondent les unes aux autres.

Le personnage d’Yvonne de Carlo elle-même s’en rend compte, elle qui, de fille de grand propriétaire, devient « négresse » ramenée au rang d’esclave dans une série de scènes bouleversantes dont le réalisateur Steve McQueen semble s’être beaucoup inspiré pour son 12 years a slave. Actrice magnifique, Yvonne de Carlo trouve enfin un rôle à sa mesure (l’un de ses derniers films majeurs, curieusement). Omniprésente, elle est splendide dans le rôle particulièrement complexe d’une femme qui peine à trouver sa place entre son éducation et son sang.

Quant à Walsh, qui enchaînait alors les films avec Clark Gable (après Le Roi et quatre reines et Les Implacables), il n’utilise les énormes moyens à sa disposition que pour souligner la complexité de ses personnages. Comme dans cette fascinante séquence nocturne, dans une cour intérieure balayée par la tempête à la Nouvelle Orléans, où le personnage de Gable, quasi-muet, est renvoyé au sombre mystère de son passé.

Pour ce genre de scènes, pour les formidables interprètes, L’Esclave libre est une merveille. Un grand film hollywoodien, romanesque et intelligent.

Mark Dixon détective (Where the Sidewalk ends) – d’Otto Preminger – 1950

Posté : 18 janvier, 2016 @ 1:52 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, PREMINGER Otto, TIERNEY Gene | Pas de commentaires »

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Voilà un film qui peut sans problème prétendre à une place au panthéon des pires traductions de titres. Il est pourtant magnifique, ce titre en VO. « Là où le trottoir s’arrête », une destination que le très beau générique souligne sans détour : le trottoir s’arrête… dans le caniveau. Là même où les méthodes et le lourd passé du flic Mark Dixon le dirige immanquablement.

Le titre français n’a évidemment pas le centième de la puissance d’évocation du titre original. Il n’est pas totalement idiot pour autant : ce n’est pas un polar que signe Preminger, mais le portrait d’un homme, un flic, emprisonné dans ses mensonges et ses habitudes, et qui tente un peu tardivement de s’imposer comme le policier qu’il est, et non comme le fils de truand qu’il se sent depuis toujours.

Comme dans Laura, film culte de Preminger qui réunissait déjà Dana Andrews et Gene Tirney, tout le film tourne autour d’une obsession : celle pour Mark Dixon d’échapper à son destin. Mais la comparaison, forcément incontournable, s’arrête à peu près là. Dans le ton, dans la forme, Preminger fait ici des choix radicalement différents, et effectivement assez radicaux.

Visuellement d’abord : avec ce noir et blanc au grain impressionnant, Preminger semble nous coller directement sur le macadam, au contact des aspects les moins glamours de la ville. Dans la mécanique implacable de cette plongée au cœur de la violence aussi, et dans la manière de rendre cette violence réellement brutale : dès les premières scènes, on sait que le moindre coup peut être mortel. La violence n’a, ici, strictement rien de ludique.

En anti-héros habité par la rage, Dana Andrews est simplement extraordinaire. Il est de toutes les scènes, peu bavards, et impassible en apparrence. Mais l’acteur sait jouer comme personne de son regard et de ses petits riens – une machoire qui se crispe, des lèvres qui s’entrouvrent, un regard qui se fixe – qui dévoilent le doutes, la colère ou la délivrance. Un contrepoint parfait à la douce et fascinante Gene Tierney, qui joue un peu les faire-valoir, mais dont la présence à l’écran a quelque chose de purement magique.

Au moins autant que Laura, mais dans un registre différent, Mark Dixon détective est un chef d’œuvre absolu. Peut-être le sommet de la (riche) collaboration entre Andrews et Preminger. Peut-être leur plus grand film à tous les deux.

La Soif du mal (Touch of Evil) – d’Orson Welles – 1958

Posté : 3 juillet, 2015 @ 2:20 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DIETRICH Marlene, WELLES Orson | Pas de commentaires »

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D’une histoire assez classique de corruption policière, Welles a fait l’un de ses plus grands films. Esthétiquement, l’un de ses plus aboutis, et de ses plus radicaux. Et cette radicalité visuelle explose, littéralement, dès la mythique séquence d’ouverture, long plan-séquence de plus de trois minutes tourné à la grue qui n’est coupé que par l’explosion d’une bombe dont on a suivi le trajet et la menace depuis la toute première minute.

Une ville à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, un flic mexicain intègre et son homologue américain nettement plus trouble, une famille de trafiquants de drogue… On est clairement en terrain connu, et pourtant, on a l’impression de découvrir cet univers pour la première fois, tant la forme donnée par Welles dynamite le récit. Il y le décor d’abord, cette ville tantôt grouillante de monde tantôt déserte, que la caméra arpente et explore avec virtuosité les moindres recoins. Il y a ces allers-retours incessants d’un côté et de l’autre de la frontière. Il y aussi cette musique jazzy d’Henry Mancini qui donne le sentiment d’une liberté de ton absolue, et d’une improvisation constante qui n’est évidemment qu’un leurre.

La Soif du Mal est un film de genre passionnant et angoissant. C’est aussi un chef d’oeuvre expérimental totalement fascinant. Pas le moindre plan évident ici. Welles joue avec la durée, multiplie les travellings et les mouvements de grue impossibles, enchaîne les contre-plongées qui soulignent la noirceur (et la laideur) des personnages, utilise la caméra portée, tout ça dans un long mouvement à la fois irréel et qui semble toucher du doigt le réel comme rarement.

Et puis il y a ces incroyables contre-emplois : Charlon Heston en policier mexicain, et Orson Welles en épave obèse et dégueulasse. Ils n’ont peut-être jamais été aussi bien. Il y a Janet Leigh aussi, deux ans avant Psychose, et qui passe déjà un mauvais moment dans un motel perdu. Marlene Dietrich, enfin, sorte de fantôme tout droit sortie du passé de Quinlan-Welles, et dont la beauté est à peine fanée par les années.
« He was some kind of a man », lance-t-elle comme une épitaphe dénuée de toute illusion. Derrière la forme, extraordinaire (ah! cette marche-confession de Quinlan…), Welles signe un film aussi sombre et désespéré que son Macbeth, faisant sauter en éclats les signes d’espoirs qu’il donne timidement: le bonheur d’un couple mixte, l’innocence du coupable mexicain désigné…

Après le tournage, presque idyllique, Welles s’était vu refuser l’accès à la salle de montage, les producteurs, sans doute effrayés par la radicalité du film, préférant le monter eux-mêmes et retourner quelques scènes. Mais Welles avait consigné précieusement les détails du montage qu’il souhaitait, et qui a finalement été respecté au mieux en 1998. Je serais curieux de revoir la version « producteurs », pas vue depuis pas loin de 20 ans. Celle de Welles, en tout cas, est l’un de ses sommets.

Suez (id.) – d’Allan Dwan – 1938

Posté : 2 juillet, 2015 @ 5:09 dans 1930-1939, DWAN Allan, YOUNG Loretta | Pas de commentaires »

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On n’a pas vraiment l’habitude de voir Dwan aux commandes d’un « film de prestige » de cette ampleur : avec ses milliers de figurants et ses décors spectaculaires, la reconstitution des ces années 1850 au cours desquelles le canal de Suez est devenu une réalité, fut même l’une des plus grosses productions de la Fox, en 1938.

Au cours des premières minutes, on a d’ailleurs un peu de mal à sentir le fameux plaisir communicatif de Dwan, cette envie de tourner et de trouver la forme juste pour raconter son histoire qui a fait sa réputation. Un peu engoncé dans une reconstitution trop grande et trop prestigieuse pour lui, Dwan ? Cette impression se fait ressentir à plusieurs reprises au cours du film, essentiellement dans les ors des palais de Louis Napoléon.

Il y a deux femmes dans le film : Loretta Young, grand amour de Ferdinand de Lesseps qui choisit d’épouser le futur empereur (oui, le film prend quelques libertés avec la vérité historique), et Annabella, sauvageonne qui tombe amoureuse de Ferdinand en Egypte. La première est somptueuse et choisit le prestige. La seconde est libre et pleine de fantaisie, sans calcul et d’une générosité absolue.

Le film navigue constamment entre ces deux femmes, ces deux personnalités: à Paris le prestige de la reconstitution ; en Egypte le souffle épique et romanesque. Ce n’est pas une surprise : Dwan est nettement plus inspiré par le souffle épique, qui prend même des dimensions cataclysmiques lors de trois séquences « catastrophes » d’anthologie.

La première est un simple orage, qui isole soudain Annabella et celui qu’elle aime, joué par Tyrone Power. Entre eux, l’alchimie est immédiate, comme si le coup de foudre qui rapprochait les deux acteurs sur le tournage donnait au film une dimension particulière.

La deuxième est un attentat incroyablement spectaculaire, qui impressionne à la fois par la beauté des images, par les centaines de figurants rassemblés, et par les trucages absolument bluffants, qui gardent aujourd’hui encore toute leur force.

La dernière est la plus impressionnante, et donne à Suez, biopic de prestige pour le studio, un aspect « film catastrophe » inattendu : une tornade qui ravage le chantier du canal, séquence incroyable aux trucages là encore formidables, et qui fascine par l’intelligence et la puissance de la narration.

Mais le film ne se résume pas à ces moments de bravoure. Spécialiste de l’aventure et de l’action, Dwan est avant tout un raconteur d’histoire qui maîtrise parfaitement son récit, et tire le meilleur de ses acteurs. C’est aussi un cinéaste qui aime improviser, et fait de certaines scènes anodines des petits bijoux. C’est le cas de la première rencontre entre Annabella et Tyrone Power, petit chef d’oeuvre d’espièglerie et de sensualité.

C’est dans l’équilibre entre ces petits moments intimes et précieux, et les grands moments spectaculaires, que Suez est vraiment réussi, et reste une petite référence dans le cinéma d’aventures.

* DVD chez Sidonis/Calysta (qui vient déjà d’éditer L’Aigle des frontières, tourné par le même Dwan quelques mois plus tard), avec des présentations par Patrick Brion, François Guérif et Yves Boisset.

40 tueurs (Forty Guns) – de Samuel Fuller – 1957

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:33 dans 1950-1959, FULLER Samuel, STANWYCK Barbara, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Les toutes premières images sont ébouriffantes : l’irruption de quarante cavaliers lancés à toute vitesse à la suite de la superbe Barbara Stanwyck, qui balayent tout sur leur passage, véritable tornade sur pattes. Dès cette introduction, Fuller (scénariste, producteur et réalisateur) donne le ton, avec ce merveilleux Cinemascope en noir et blanc qu’il utilisera pendant les 80 minutes de folie qui vont suivre pour dynamiter le genre westernien.

Ces premiers instants, filmés du point de vue de voyageurs en apparence tranquille submergés par cette « vague » équestre que rien ne semble pouvoir arrêter, est impressionnante. Il y en aura d’autres, comme cette hallucinante séquence de tornade (authentique cette fois), jamais vue auparavant ou depuis dans un western. Et rarement avec autant de force dans n’importe quel autre genre.

C’est un film audacieux qui ne se refuse rien. Un western dans lequel les hommes pleurent et supplient. Un film qui remet aussi au goût du jour la vieille figure du cow-boy chantant, pour de beaux intermèdes musicaux qui s’apparentent aux chœurs antiques. C’est aussi un film où l’amour et la mort sont intimement liés, une sorte de tragédie shakespearienne où les héros sont marqués par leur passé, ou par leur entourage.

Barbara Stanwyck est formidable, comme toujours. Mais c’est Barry Sullivan qui impressionne le plus. L’acteur a peut-être un jeu limité, mais Fuller le filme comme un mythe hanté par sa propre auréole. Il faut le voir, au moment d’un duel annoncé, marcher droit vers son adversaire avec une force tranquille qui sidère littéralement (l’adversaire comme le spectateur).

Avec une liberté absolue et une inventivité de chaque instant, Fuller signe un chef d’oeuvre.

* Indispensable pour tous les amateurs du genre, le film est disponible en blue ray dans la bien nommée collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta. Avec les habituelles présentations de Patrick Brion et d’Yves Boisset.

L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) – de John Ford – 1962

Posté : 7 juin, 2015 @ 5:59 dans 1960-1969, FORD John, MILES Vera, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

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« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». La postérité a essentiellement retenu cette réplique culte lancée par un journaliste à l’éthique très discutable (interprété par Carleton Young). A tel point qu’on en oublierait presque que, bien trente ans avant Clint Eastwood et son Impitoyable, John Ford s’est lancé avec ce chef d’œuvre dans une entreprise de démystification de la légende de l’Ouest, qui a pourtant largement contribué à sa propre légende.

Ford est dans la dernière ligne droite de sa longue carrière, et il le sait, aucun doute là-dessus : les quinze premières minutes, sublimes et bouleversantes, sont peut-être les plus nostalgiques de toute sa filmographie. Le retour dans l’Ouest de James Stewart et Vera Miles après des années d’absence, pour enterrer le mythe par excellence : John Wayne, dont on apprend qu’il a rangé les armes depuis longtemps, et qu’il a fini sa vie seul et oublié de tous.

Pas gai, mais d’une force inouïe. Ford ne se fait plus guère d’illusion, sur quoi que ce soit : sur sa propre carrière donc, mais aussi sur son pays, dont il a souvent exploré l’histoire par le passé. Comme beaucoup de westerns, L’Homme qui tua Liberty Valance se déroule dans une sorte d’entre-deux, alors que la civilisation et le droit s’apprêtaient à faire basculer un Ouest encore sauvage. Le triomphe de la démocratie ? Oui, mais au prix d’écoulements de sang qu’on aura vite fait de magnifier, et d’en gommer toutes les aspérités moins romantiques.

James Stewart, « monsieur Smith » en personne, est donc l’incarnation de ce que la jeune Amérique a de plus pur. L’antithèse de ce dinosaure de John Wayne, bras armé de l’histoire en marche, mauvaise conscience condamnée à être enterrée de son vivant. Un superbe sacrifié conscient de ce qu’il est et de la gène qu’il représente.

L’Homme qui tua Liberty Valance est un chef d’œuvre absolu, une superbe réflexion d’une lucidité et d’un cynisme incroyables sur la naissance de la démocratie. Mais Ford n’oublie pas le pur plaisir de spectateur : son film est, visuellement, une pure merveille dont l’utilisation des ombres est d’une beauté renversante, soulignant constamment le destin d’un John Wayne qui, même s’il a droit à ses moments de superbe (« That’s my steak, Valance »), est condamné à n’être que l’instrument dont on se débarrasse. Cynisme, nostalgie, et lucidité.

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