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Archive pour la catégorie 'WAYNE John'

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960

Posté : 24 janvier, 2012 @ 4:08 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Grand Sam (North to Alaska) – de Henry Hathaway – 1960 dans 1960-1969 le-grand-sam

La bagarre qui ouvre le film donne le ton : ce « western » du grand Henry Hathaway ne se prend pas au sérieux. L’esprit slapstick n’est pas loin, avec ses bruitages cartoonesques, ces chapeaux qui s’envolent, ces corps qui glissent comme sur de la glace… D’ailleurs, faites le compte : fait rarissime dans un film de John Wayne, on ne compte pas le moindre mort dans North to Alaska. Pas le moindre assassinat, pas la moindre flèche fatale, pas le moindre poignard meurtrier, pas même une crise cardiaque à l’horizon… à peine a-t-on à déplorer une balle logée dans une épaule ; rien de bien grave.

Rien de sérieux non plus, on est ici dans une immense bulle de légèreté. Hathaway, immense cinéaste dont la filmographie est pourtant plutôt avare en comédies, privilégiant le noir, quel que soit le genre, se tourne donc tardivement vers la comédie. Papy Hathaway (il a 62 ans, et entame l’ultime partie de sa carrière) s’en tire plutôt très bien : cette bluette à très grand spectacle est un vrai plaisir de cinéma.

C’est du très grand spectacle : le vétéran fait partie de ces « monstres » à qui on peut confier de gros budgets. Et celui du Grand Sam est conséquent : il en faut de l’argent pour reconstituer l’une de ces villes champignons du Nord de l’Alaska de la fin du XIXème siècle. A l’écran, on voit bien que l’argent confiée à Hathaway et à son équipe est bien utilisée : les décors sont grandioses, les figurants nombreux et les espaces immenses. Pourtant, ce film chaleureux et joyeux dégage un sentiment d’intimité étonnant.

Peut-être parce qu’Hathaway s’intéresse bien plus à ses comédiens qu’au côté grand spectacle de l’entreprise : la caméra n’est jamais bien loin de Wayne, parfait dans un beau numéro d’autodérision. A ses côtés, Stewart Granger est bien sympathique en meilleur ami idéal, et la frenchy Capucine est belle à croquer…

Rio Grande (id.) – de John Ford – 1950

Posté : 23 octobre, 2011 @ 5:49 dans 1950-1959, FORD John, O'HARA Maureen, WAYNE John, WESTERNS | 2 commentaires »

Rio Grande

Après Le Massacre de Fort-Apache et La Charge héroïque, Ford boucle sa sublime trilogie de la cavalerie avec ce Rio Grande, nouvelle grande réussite même s’il s’agit incontestablement du plus faible des trois films. Plus encore que dans les deux films précédents, Ford se désintéresse clairement de la trame dramatique pour se concentrer sur ce qui fait tout le sel de cette trilogie unique : les hommes qui composent cette cavalerie qui le fascine visiblement, mais sur laquelle il pose un regard à la fois admiratif et respectueux, mais aussi parfois critique et ironique.

John Wayne est une nouvelle fois au cœur du film. Et une nouvelle fois, c’est un homme confronté aux horreurs de la guerre avec les Indiens, autant qu’à l’imbécillité de ses supérieurs, à qui il obéit aveuglement en dépit de tout. C’est ça la cavalerie : un sens du devoir et de l’obéissance qui doit dominer tout le reste… y compris la famille.

Le rôle des épouses de soldats avait été évoqué joliment, par quelques plans particulièrement marquants, dans Fort Apache… Il est ici au cœur de Rio Grande, à travers le beau personnage de Maureen O’Hara (qui donne pour la première fois la réplique à Wayne), mère désespérée qui a quitté son John Wayne de mari des années plus tôt après qu’il a brûlé leur propre maison sur les ordres de son supérieur (ah ben oui, il a le sens du devoir !), et qui vient aujourd’hui pour le convaincre de renvoyer à la vie civile leur fils, qui vient de s’enrôler après avoir raté le concours d’officier.

Incontestablement, l’alchimie est parfaite entre les deux acteurs (alchimie qui explosera littéralement deux ans plus tard avec L’Homme tranquille), dont toutes les confrontations sont baignées par un mélange d’animosité et d’attirance. On peut juste regretter que Ford n’ait pas exploré davantage cette dualité : très vite, on sent bien que le sens du devoir de Wayne va emporter les dernières réticences de la maternelle Maureen.

Dommage, mais c’est bien la seule réserve que je fais à ce film passionnant dans lequel John Wayne est une nouvelle fois épatant en héros fatigué par les longues chevauchées autant que par l’impuissance à laquelle le soumettent ses supérieurs.

Mais le film vaut avant tout pour ses nombreux moments en creux. Une chorale militaire qui chante une ballade irlandaise qui plonge soldats du rang et officiers dans une douce mélancolie… Un sous-off fort en gueule (incontournable Victor McLaglen, dans son avant-dernier rôle pour Ford, avant L’Homme tranquille) qui entraîne de jeunes recrues… Deux vieux de la vieille qui évoquent autour d’un café et à mots feutrés la bataille qui les a marqués bien des années plus tôt… Le regard inquiet de Wayne veillant sans en avoir l’air sur son rejeton… La complicité évidente entre Ben Johnson et Harry Carey Jr, duo que Ford venait de diriger dans Le Convoi des baves, son précédent chef d’œuvre.

Bref, un pur John Ford pas tout à fait aussi ambitieux que les précédents (visuellement, même, le noir et blanc de Rio Grande est bien moins spectaculaire que le technicolor sublime de La Charge héroïque). Mais c’est un bon Ford. Et un bon Ford, c’est un grand film…

La Maison des Sept Péchés (Seven Sinners) – de Tay Garnett – 1940

Posté : 22 octobre, 2011 @ 10:48 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, GARNETT Tay, WAYNE John | Pas de commentaires »

La Maison des Sept Péchés (Seven Sinners) - de Tay Garnett - 1940 dans 1940-1949 la-maison-des-sept-peches

Une bien belle surprise que ce film exotique bourré de bagarres de marins, de bons mots et de romance faussement légère… Réalisé par Tay Garnett six ans avant qu’il ne signe le plus connu de ses chef d’œuvre (Le Facteur sonne toujours deux fois), le film est un mélange très convaincant de comédie enlevée et de gravité. La toute première séquence donne le ton : dans son éternel rôle de chanteuse de cabaret, Marlene Dietrich déclenche sans même apparaître une bagarre homérique qui termine par une descente de police.

On est sur une île de l’océan Pacifique, et Marlene, le regard incendiaire et la jambe interminable, est expulsée avec ses compagnons, un voleur pulsionnel et un gros bras bas du front. Toute cette première partie est traitée avec un humour ravageur et un second degré réjouissant. Mais sur le bateau qui emmène cette petite troupe vers une autre île, le ton s’avère un peu moins léger qu’il ne paraissait : la rencontre de Marlene avec un médecin légèrement alcoolo et très seul révèle les failles de la jeune femme, ses blessures cachées et son envie secrète de se fixer quelque part.

Cette faille va croître lorsque, arrivée à destination, la chanteuse va tomber amoureuse d’un beau marin promis à la fille du gouverneur (jouée par la Fordienne Anna Lee) : c’est John Wayne dans un rôle amusant et plutôt léger. Très convaincant lorsqu’il fait le dur, Wayne est quand même un peu limite lorsqu’il se transforme en amoureux très fleur bleue… Ajoutons à cette galerie déjà bien fournie un dangereux arnaqueur, joué avec froideur par l’inquiétant Oscar Homolka, qui était le Verloc du Sabotage de Hitchcock.

En apparence, on est en terrain très connu : un film d’aventure romantique et exotique, genre très en vogue à l’époque, avec des personnages qui semblent proches de la caricature. Sauf que, justement, la force du film, outre son rythme exceptionnel, réside sur les contre-pieds absolus pris pour à peu près tous les personnages : celui de Marlene, bien sûr, dont la force et le recul ne sont qu’apparences ; il y le médecin alcoolique et désagréable, qui se révélera être un fidèle ami ; le gros bras un peu idiot qui révélera sa sensibilité et sa clairvoyance…

Le personnage de John Wayne est un peu plus convenu, mais se sentiment de douce mélancolie qui reste après avoir vu le film repose en partie sur la décision inattendue qu’il prendra. Loin, très loin de ce qu’on pouvait attendre de ce film drôle et énergique, qui est finalement aussi amer et mélancolique.

Les Comancheros (The Comancheros) – de Michael Curtiz – 1961

Posté : 12 septembre, 2011 @ 8:14 dans 1960-1969, CURTIZ Michael, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Comancheros

Michael Curtiz, réalisateur de quelques chef d’œuvre intersidéraux (ben oui, Casablanca, quand même…) et d’une dernière partie de carrière bien moins convaincante (après son départ de la Warner, son talent a sans doute été moins bien utilisé, donnant même quelques films insupportables comme le François d’Assises tourné en cette même année 1961), clôt donc sa filmographie par un western original, et très réussi, lui qui n’est pourtant pas un habitué du genre.

La première séquence montre bien qu’on n’est pas dans un western comme les autres. Le film commence par un duel ; mais pas un duel dans les rues poussiéreuses d’une petite ville du far west, non : un duel entre deux gentlemen dans une prairie de la côte Est. Paul Regret abat son adversaire à l’issue d’un combat régulier ; mais son adversaire était le fils d’un juge important, et Regret est contraint de fuir vers l’Ouest. Il arrive au Texas, où il rencontre une mystérieuse jeune femme, avant qu’un ranger le retrouve…

Regret, c’est Stuart Whitman, acteur tombé dans l’oubli qui fut une grande vedette au début des années 60, avant de sombrer dans des séries Z souvent obscures et indignes. C’est le prototype même de l’homme bien éduqué plongé dans l’Ouest encore sauvage, personnage typique au centre de nombreux westerns. Mais dans Les Comancheros, ce thème annoncé est quasiment tué dans l’œuf : dès qu’apparaît l’autre personnage central, le ranger, le film bascule vers tout autre chose. Il faut dire que l’homme de loi est interprété par John Wayne, et qu’on a du mal à imaginer le Duke, avec tout ce que sa simple présence véhicule, jouer les simples faire-valoir…

Le film se transforme donc en quelque chose d’un peu plus classique : un affrontement qui se transforme bientôt en amitié entre les deux hommes que tout oppose, ou presque. Et bientôt, Regret devient lui-même ranger, les deux amis menant l’enquête sur le rôle de « comancheros », des blancs faisant commerce clandestinement avec les Comanches, poussant les Indiens à déclarer la guerre aux colons pour faire fortune en leur vendant des armes.

Il y a bien quelques faiblesses dans le film : des rebondissements improbables, certains personnages mal dessinés… Mais sa grande force est de prendre le temps de sortir des ornières : même si tout le film converge vers la longue dernière partie, au cœur du village des Comancheros, Curtiz prend des chemins de traverse pour y parvenir. Pour preuve, la fameuse séquence d’ouverture, ou quelques scènes qui semblent un peu hors sujet, mais qui font tout le sel de ce western hors normes : il y a notamment la très belle scène de l’évasion de Regret, qui laisse un Wayne inanimé se réveillant au milieu de tombes, sous une pluie battante. Sans doute le plus beau plan du film.

On peut aussi noter quelques seconds rôles hauts en couleur, et tout particulièrement Lee Marvin, ordure totale arborant une cicatrice immense sur le crâne, après avoir été en partie scalpé par les Comanches avec lesquels il fricote. Sa présence à l’écran est réduite, mais son personnage est suffisamment déjanté pour marquer le film de son empreinte, avec simplement quelques scènes partagées avec Wayne. Marvin et Wayne se retrouveront d’ailleurs quelques semaines après pour le tournage d’un autre western : L’Homme qui tua Liberty Valance. L’alchimie des deux acteurs est tellement évidente que Ford en fera le cœur de La Taverne de l’Irlandais, l’année suivante.

Les Feux de l’Enfer (Hellfighters) – de Andrew V. McLaglen – 1968

Posté : 1 septembre, 2011 @ 4:22 dans 1960-1969, McLAGLEN Andrew V., MILES Vera, WAYNE John | Pas de commentaires »

Les Feux de l'Enfer (Hellfighters) - de Andrew V. McLaglen - 1968 dans 1960-1969 les-feux-de-lenfer

Il y a toujours un risque à revoir les films qu’on a aimés dans son enfance, et c’est avec une petite excitation mêlée d’une vraie appréhension que j’ai revu cette grosse machine qui m’avait emballé dans ma prime adolescence, lors d’une soirée télé en famille, et que je n’avais jamais eu l’occasion de revoir. Il faut bien admettre que je n’en attendais pas grand-chose : McLaglen a beau être un disciple fidèle de John Ford (et le fils de l’un de ses acteurs fétiches), son cinéma est loin d’être aussi enthousiasmant que celui de son modèle, et sa filmographie contient quelques bas, beaucoup de moyens, et très peu de hauts…

Mais, heureuse surprise, Les Feux de l’enfer tient remarquablement bien la route. Même en roue libre, John Wayne est très bien (heureusement d’ailleurs, parce que le jeunôt Jim Hutton, dont le fils Timothy sera le portrait craché, n’est pas terriblement charismatique). Et ce blockbuster version années 60 est aujourd’hui encore d’une impressionnante efficacité. Quant à la réalisation de McLaglen, elle se révèle très élégante. Classique, mais élégante. Et elle souligne parfaitement bien l’aspect spectaculaire de ce métier qui, visiblement, fascine le réalisateur : celui de pompier spécialisé dans les incendies de puits de pétrole.

La première séquence du film, très longue, permet d’ailleurs de comprendre le travail de ces pompiers (d’abord évacuer toutes les ferrailles ; ensuite « souffler » l’incendie en faisant exploser de la nitroglycérine ; enfin refermer le geyser en installant une borne). Cette séquence est à couper le souffle : on sent clairement la chaleur étouffante et le danger omniprésent sur les acteurs. Mais elle permet aussi d’éclaircir a priori toutes les scènes spectaculaires à venir. Malin, et impressionnant.

L’histoire, en elle même, est un pur poncif. John Wayne, vieillissant, est le meilleur dans ce qu’il fait (l’extinction à hauts risques des puits de pétrole en feu, donc). Il a pris sous son aile un jeune séducteur qu’il traite comme son fils. Sauf que ce dernier tombe amoureux de la fille de son mentor, qu’il n’a jamais revue depuis sa plus tendre enfance : la maman (Vera Miles, autre membre du « clan John Ford ») a quitté Duke il y a des années, parce qu’elle ne supportait pas de le voir partir au feu…

On devine facilement comment tout ça va finir, et les ficelles sont souvent bien grosses. Mais pas de quoi bouder son plaisir, innocent et sans arrière pensée : Hellfighters, c’est une grosse machine hollywoodienne qui devait déjà faire figure de dinosaure, en 1968, et qui a moins vieilli en 40 ans que nombre de blocbusters récents en quelques années seulement…

La Charge héroïque (She wore a yellow ribbon) – de John Ford – 1949

Posté : 10 juin, 2011 @ 12:39 dans 1940-1949, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Charge héroïquejpg

Deuxième volet de la “trilogie de la cavalerie” (qui se conclura l’année suivante avec Rio Grande), La Charge héroïque commence là où Le Massacre de Fort Apache se terminait : Custer vient de mourir, et les Indiens sont sur le sentier de la guerre, pour chasser la cavalerie américaine de ses terrains de chasses. Comme dans Fort Apache, Ford s’intéresse au moins autant au quotidien des soldats d’un poste avancé, qu’au contexte historique. Certes, la menace d’une guerre en gestation est omniprésente dans le film, qui compte son lot de poursuites et de fusillades. Mais Ford fait surtout de ce western son plus beau film sur la vieillesse, et le temps qui passe.

Au cœur du film, il y a bien sûr John Wayne, dans l’un de ses plus grands rôles : le capitaine Nathan Brittles est à six jours de la retraite. Alors qu’il s’apprête à quitter une armée où il a passé la majeure partie de sa vie, et à retrouver une vie civile pour laquelle il n’est absolument par préparé, il est chargé d’une dernière mission de reconnaissance, et doit par la même occasion escorter la femme et la nièce de son supérieur jusqu’à un relais voisin. Cette mission sera un échec total, marqué par la mort et la destruction, mais dénué de tout exploit héroïque. C’est sur cette note amère que Nathan Brittles met un terme à plus de quarante années dans la cavalerie.

Brittles, à qui ses hommes rendent un hommage vibrant (Wayne est bouleversant dans cette scène) doit quitter le fort sur cet échec, sans même avoir l’opportunité de terminer ce qu’il a commencé. Il aura tout de même un ultime baroud d’honneur qui ne réglera pas grand-chose, mais atténuera seulement cette amertume qui surplombe tout le film. Désenchanté, nostalgique, cruel même, La Charge héroïque est aussi parsemé d’une légèreté et d’un humour très fordien, notamment grâce à l’éternel personnage d’Irlandais alcoolique et fort en gueule interprété par Victor McLaglen. Mais aussi grâce à la douce Joanne Dru qui sème le trouble entre deux jeunes soldats (Harry Carey Jr et John Agar) à cause du ruban jaune qu’elle porte dans les cheveux, et qui indique qu’elle est amoureuse de l’un des soldats.

Tous les acteurs sont des habitués de la « troupe » de John Ford, de Mildred Natwick à Ben Johnson, en passant par George O’Brien. La complicité que l’on sent entre eux est bien réelle, et contribue à la réussite du film : ces personnages vivent en vase clos depuis des années, et se connaissent par cœur, ce qui se sent parfaitement. Et le départ annoncé de Brittles/Wayne et de Quincannon/McLaglen résonne comme la fin d’une époque.

A la fois très familier et inattendu, le film est un nouveau chef d’œuvre, aux images absolument sublimes. Dans les décors somptueux de Monument Valley (évidemment), Ford utilise à merveille les lumières changeantes, les ciels nuageux ou immaculés, et réussit une séquence inoubliable sous un orage, dans une atmosphère tendue mais apaisée. Du très grand art.

Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache) – de John Ford – 1948

Posté : 25 avril, 2011 @ 11:08 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Massacre de Fort Apache

Ford s’inspire du général Custer pour ce classique absolu. Mais il ne s’en sert que comme matrice à un western très personnel, à la richesse infinie. C’est aussi le premier volet de sa fameuse trilogie de la cavalerie, que viendront compléter La Charge héroïque et Rio Grande, au cours des deux années suivantes. Dans ces trois films, Ford s’évertue à donner une image humaine et complexe de ces cavaliers qui, jusqu’à présent, se contentaient d’apparaître à l’écran au galop et au son du clairon, sauvant les pionniers d’un scalpage certain.

La richesse de ces films, et de Fort Apache en particulier, réside dans les personnages, dans leur complexité, dans l’opposition entre leur éducation (de bonne famille pour les officiers, souvent irlandaise pour les soldats bagarreurs et amateurs de whisky) et leur vie spartiate et retirée du monde civilisé, dans les rapports virils entre hommes, dont Ford s’est toujours fait le meilleur des peintres.

Il y a tout ça dans Fort Apache : un poste de cavalerie situé à la frontière, des Irlandais forts en gueules, des bals très arrosés, des cavalcades à Monument Valley, des femmes qui attendent le retour qui n’arrivera jamais, et même Henry Fonda et John Wayne. Bref, tout John Ford est là. Non pas comme un résumé complet de toutes ses thématiques, mais comme une somme absolue, un film parfait qui serait à lui-seul l’œuvre de toute une vie.

De ce film presque dénué de fil conducteur (le nouveau commandant d’un fort reculé prend ses fonctions, et se montre vite tyrannique, avide de prouver sa valeur à ses propres supérieurs, afin de gagner la reconnaissance, une médaille, et surtout le retour à la civilisation), Ford fait l’une des œuvres-charnières de sa filmographie. Le seul film à mettre en scène deux des acteurs fétiches du cinéaste (Fonda et Wayne, donc), et qui sert de trait d’union entre le Ford d’avant-guerre et celui qui, désormais, allait se tourner de plus en plus régulièrement vers le western et des héros bruts et virils, personnalisation de l’Amérique à laquelle John Wayne apportera sa carrure.

Henry Fonda, le héros idéaliste de Vers sa destinée, Les Raisins de la Colère ou Sur la Piste des Mohawks est ici une véritable ordure. Un véritable être humain, mais tourné entièrement vers sa propre frustration et son ambition personnelle, prêt à sacrifier ses hommes, à rompre ses promesses (mais que vaut une parole donnée à un Indien ?). Le vrai héros selon Ford, c’est Wayne, bien sûr, officier intègre et courageux. Mais cet Américain-type est destiné à rester dans l’ombre, alors que le tyran gagnera une aura de modèle à suivre, de chevalier blanc, par la grâce de journalistes qui imprimeront la légende, parce qu’elle est plus belle que la vérité filmée par Ford.

Ça ne vous rappelle rien ? La thématique que Ford développera dans L’homme qui tua Liberty Valance, bien sûr, mais traitée ici avec davantage de cynisme encore. Parce que dans Fort Apache, la légende n’immortalise pas un futur Sénateur intègre qui défendra les petites gens à Washington (Stewart dans …Liberty Valance), mais un tueur d’indiens, officier aveuglé par ses propres démons, à l’origine de l’un des pires massacres de l’histoire de la cavalerie. Ce thème est particulièrement symptomatique de l’état d’esprit du cinéaste qui, après des années consacrées à la guerre, qu’il a vécue de l’intérieur, a visiblement perdu ses illusions, et pour qui les grandes valeurs purement humanistes qu’il développait dans les années 30 ont pris un sacré coup dans l’aile. Le film est aussi, près de vingt ans avant Les Cheyennes, le premier grand plaidoyer pro-Indiens de Ford, qui dépeint un peuple bafoué, belliqueux parce qu’il est traité comme un troupeau de bêtes.

Dans ce film purement fordien, le cinéaste dirige la quasi-totalité de ses acteurs fétiches : Fonda et Wayne, donc, mais aussi Ward Bond, Victor McLaglen, Anna Lee et Jack Pennick, fidèles parmi les fidèles, George O’Brien, son héros de la fin du muet qu’il retrouve pour la première fois depuis 1931, et Shirley Temple, que Ford avait déjà dirigée onze ans plus tôt (dans La Mascotte du Régiment, alors qu’elle n’avait que 9 ans), et qui se retirerait définitivement des écrans l’année suivante, après une poignée d’autres films tombés dans l’oubli.

Alcoa Premiere : Tacle aux crampons (Alcoa Premiere Theater : Flashing Spikes) – de John Ford – 1962

Posté : 21 mars, 2011 @ 11:27 dans 1960-1969, FORD John, STEWART James, TÉLÉVISION, WAYNE John | Pas de commentaires »

Alcoa Theatre Tacle

C’est le dernier film réalisé par Ford pour la télévision. Le cinéaste n’a jamais fait le bégueule face au petit écran, pour lequel il a signé notamment un court métrage pour la série anthologique Screen Directors Playhouse (Rookie of the Year) et un épisode de la série western Wagon Train, dont la vedette était son acteur fétiche, Ward Bond. Flashing Spikes inaugurait la seconde saison de Alcoa Premiere Theater, un show présenté par Fred Astaire : chaque semaine, l’acteur introduisait un nouveau film de 52 minutes dans un décor approprié.

Curieusement, Flashing Spikes est l’occasion pour Ford de replonger dans l’univers du base ball, le sport national américain, qu’il n’avait vraiment abordé que dans Rookie of the Year, et jamais pour le grand écran. La comparaison ne s’arrête pas là : les deux films mettent tous les deux en scène un jeune joueur à l’avenir prometteur, une ancienne gloire du sport dont la carrière a été brisée par un scandale, et un journaliste qui joue un rôle important.

Le journaliste, ici, c’est Carleton Young, grand acteur fordien des dernières années, scribouillard haineux et détestable (mais Ford s’empresse de préciser que la plupart des journalistes sont des professionnels passionnés et sérieux !), spécialiste du base-ball qui déteste ce sport et ceux qui le pratiquent. Le moteur du film est sa volonté de ruiner la réputation d’un jeune joueur (Patrick Wayne, le fiston), en l’accusant de toucher des pots de vin, et de fricoter avec un ancien champion accusé de s’être lui-même laissé acheter.

Ce vieux briscard, c’est James Stewart, qui s’amuse à se vieillir en chaussant d’immenses lunettes, alors qu’il est déjà visiblement trop vieux pour le rôle. Mais c’est James Stewart, et il est forcément excellent, même si on ne croit à aucun moment en sa culpabilité.

Le récit est cousu de fil blanc, mais sa construction en un long flash back est assez audacieuse : il faut de longues minutes pour qu’on comprenne tous les tenants et aboutissants de cette histoire. Léger et plutôt inconséquent, ce film mineur dans l’immense œuvre fordienne se regarde avec un plaisir gourmand, succession de petits moments savoureux (comme cette apparition surprenante de John Wayne en sergent arbitre odieux d’une partie de base-ball improvisée en pleine guerre de Corée). Après le très sombre L’Homme qui tua Liberty Valance, Ford s’offre une parenthèse sur un thème et un ton bien plus légers. Savourons…

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) – de John Ford – 1960

Posté : 9 mars, 2011 @ 10:41 dans 1960-1969, BOND Ward, CARRADINE John, COURTS MÉTRAGES, FORD John, TÉLÉVISION, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Wagon Train : The Colter Craven Story / Le Fond de la bouteille (The Colter Craven Story) - de John Ford - 1960 dans 1960-1969 wagon-train-the-colter-craven-story

Pas bégueule pour deux sous, Ford ne dédaignait pas la télévision, pour laquelle il a travaillé à plusieurs reprises à cette époque, se pliant volontiers aux contraintes du petit format (en durée et en terme d’écran), des budgets restreints, et du cadre bien défini des séries télévisées. Sa participation à la série western Wagon Train semblait doublement incontournable : parce que la série est très directement inspirée du Convoi des Braves, réalisé par Ford en 1950 ; et parce que le héros de cette série au long cours (283 épisodes, tout de même), le major Seth Adams, chef d’une caravane qui traverse les grandes étendues américaines, est interprété par le plus fordien des acteurs fordiens : Ward Bond.

The Colter Craven Story est d’ailleurs important dans la filmographie de Ford, puisque c’est la toute dernière fois que le réalisateur dirige Bond : l’acteur est emporté par un cancer le 5 novembre 1960, trois semaines avant la diffusion de l’épisode à la télévision américaine.

Mais l’intérêt de ce petit film très joliment réalisé dépasse largement le contexte émotionnel du tournage : The Colter Craven Story est un vrai film de Ford, et n’a rien de mineur dans sa filmographie.

On y retrouve un personnage qui l’a déjà influencé à plusieurs reprises : celui d’un médecin dont les talents sont gâchés par l’alcool (déjà vu dans Hurricane, La Chevauchée fantastique ou La Poursuite infernale). Ce médecin offre à l’excellent Carleton Young l’un de ses très grands rôles fordiens, un an après sa prestation inoubliable dans Les Cavaliers.

Les acteurs de Ford sont d’ailleurs omniprésents : outre Young et Bond, on croise ainsi Anna Lee (dans un très joli rôle), Ken Curtis (en fils à papa un peu con et très fougueux), Hank Worden, Mae Marsh, Jack Pennick (une nouvelle fois en uniforme), et même John Wayne dans une apparition très furtive (il interprète le rôle du général Sherman). Et puis il y a John Carradine, en despote local, qui marque ce court film de sa présence, le temps d’une unique scène.

Mais ce qu’il y a de plus enthousiasmant dans ce film, c’est la manière dont Ford contourne ouvertement la thématique qui lui est imposée. Sans la mettre totalement de côté, non : on a bien droit aux habituelles scènes de caravane de la série. Mais il ajoute à son récit principal un flash back assez improbable dont le héros n’est autre que le futur président des Etats-Unis, Ulysses S. Grant. Ford n’a jamais caché son désir de consacrer un film au personnage. Curieusement, c’est au cœur d’un énième épisode d’une série formatée qu’il concrétise ce souhait qui lui tenait tant à cœur…

La Piste des Géants (The Big Trail) – de Raoul Walsh – 1930

Posté : 14 février, 2011 @ 11:19 dans 1930-1939, BOND Ward, WALSH Raoul, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Piste des géants

Encore un Walsh de très haute tenue, que ce western hyper ambitieux, l’une des plus grosses productions des premières années du parlant. L’autre grand pionnier borgne de Hollywood (il a perdu son œil quelques mois seulement avant de tourner cette Piste des Géants, sur le tournage de In old Arizona) semble ici répondre à son confrère John Ford, qui avait dirigé un western tout aussi ambitieux et sur un thème comparable, à l’époque du muet : l’excellent Cheval de Fer. On pense souvent au film de Ford en voyant cet autre film consacré aux pionniers de l’Ouest américain. Ford lui-même signera avec Le Convoi des Braves un film très comparable à cette Piste des Géants. Et la boucle sera bouclée…

Toujours dans la filiation Walsh/Ford, il ne faut pas oublier que c’est dans ce film de Walsh que John Wayne, à qui Ford avait déjà confié quelques petits rôles, trouve son premier grand rôle. Rien que pour ça, le film a une valeur évidente. Mais il faut bien reconnaître : il est un peu jeunôt, le Duke, et il n’a pas encore la carrure qu’il gagnera au cours des années 40. Après ce coup d’éclat, la carrière de Wayne se résumera d’ailleurs à des westerns de série B (au mieux) très oubliables, qu’il enchaînera jusqu’à ce que Ford le lance pour de bon dans La Chevauchée fantastique, en 1939.

Ici, Wayne, manque un peu de profondeur, et même de charisme, ce qui est quand même un comble. Il n’y a pas grand-chose à lui reprocher cela dit, mais c’est vrai qu’il se laisse porter par le film, plus qu’il ne le porte vers le haut, comme il le fera au moment de sa grandeur, dans ses chef d’œuvre comme dans ses nanars…

Walsh, en tout cas, est très inspiré par cette grande épopée, cette histoire d’un groupe de colons qui traverse une bonne partie de l’Amérique encore vierge, dans le but de s’installer dans une vallée verdoyante qui apparaît comme un paradis presque inatteignable. Le cinéaste, comme Ford avant lui, signe une grande fresque vantant le pur esprit de l’Amérique : avec des hommes et des femmes prêts à laisser derrière eux leur petite vie pour participer à la construction du pays, et trouver leur place dans l’histoire.

La Piste des Géants, dans le fond, n’a rien de très original. Mais la forme, elle, est assez étonnante : après un début plutôt classique, la caravane se met en marche (et cela donne des images absolument magnifiques, plus calmes, mais tout aussi spectaculaires que la fameuse course de Trois Sublimes Canailles, de Ford). Et le film se transforme alors en une espèce de recueil qui, chapitre après chapitre, illustre tous les dangers rencontrés par la caravane, chaque chapitre étant introduit par un carton explicatif, comme au temps du muet.Tout y passe : l’attaque des Indiens, la longue marche dans le désert, la tempête de neige, la traversée d’un fleuve, le déluge… Mais le plus impressionnant est peut-être cette séquence au cours de laquelle les colons doivent faire descendre leurs chariots le long d’une falaise abrupte.

Il y a bien sûr un fil conducteur : personnage de Wayne recherche les assassins de son ami, dont on devine tout de suite qu’il s’agit du conducteur de la caravane et de son aide mexicain. Mais le suspense tourne court : ces deux « méchants » sont des lâches qui font tout pour ne pas affronter Wayne. Ils font d’ailleurs appel à un troisième larron, qui sera le rival de Wayne auprès de la belle du film (Marguerite Churchill). Mais là encore, Walsh se débarrassera vite de ce rival encombrant, pour se concentrer sur la belle aventure humaine, qui l’intéresse bien davantage. Et nous aussi, ça tombe bien…

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