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Archive pour la catégorie 'WAYNE John'

Hondo, l’homme du désert (Hondo) – de John Farrow – 1953

Posté : 6 novembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, BOND Ward, FARROW John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Hondo

Plein de belles idées dans ce western porté par un Duke hyper charismatique, à commencer par un ton : une sorte de nostalgie, mais sans la moindre once de contemplation. La dernière réplique du film résume bien cette approche : « C’est la fin d’un mode de vie. – Oui, et c’est dommage, c’était un beau mode de vie. » prononcé par un John Wayne qui ne prend pas même le temps de s’arrêter pour y repenser. Il est temps de regarder droit devant…

Il y a des blancs, des Indiens, des affrontements sanglants. Mais pourtant, il y a une vraie bienveillance dans ce film qui, à l’image du personnage métis de Wayne, respecte et admire même les deux modes de vie, celui des Indiens et celui des blancs, renvoyés dos à dos pour la violence de leurs luttes respectives.

Film engagé ? Non, mais regard lucide d’un cinéaste qui préfère les zones troubles à un manichéisme de parti-pris… Un cinéaste qui filme la violence sans complaisance, mais avec un vrai sens du spectaculaire : l’efficacité purement hollywoodienne n’est en rien sacrifiée à l’intelligence du regard.

Mais le plus réussi, ce sont les séquences intimes. Et elles sont nombreuses, en particulier dans le premier tiers du film, qui se résume à une sorte de huis-clos dans un ranch à la frontière du désert, avec uniquement trois personnages. Étonnant, et d’une grande justesse, d’autant plus que les personnages sont atypique.

L’apparition de John Wayne d’abord, l’air hagard et dangereux, laisse planer le doute sur la nature du personnage. Surtout, sa relation avec la débutante Géraldine Page, dont le physique loin des canons de beauté hollywoodien apporte une troublante vérité, est magnifique.

Il y a aussi, au milieu d’une mise en scène parfois un peu anonyme, quelques plans splendides. Parfois très fugitifs, comme ce gros plan de Wayne se découpant dans la nuit, avec une lumière chaleureuse qui prend, quelques secondes durant, des allures très fordiennes.

Les Hommes de la mer (The Long Voyage Home) – de John Ford – 1940

Posté : 3 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Les Hommes de la mer

Y a-t-il, dans toute l’impressionnante filmographie de John Ford, un film plus purement fordien que ces Hommes de la mer ? Pas sûr… La camaraderie qui se noue dans un petit groupe coupé du monde, la nostalgie de l’Irlande, les hommes entre eux qui ne laissent aucune place à la femme et qui pourtant ne pensent qu’à elle… Tout le cinéma de Ford, le plus hyper romantique romantique des cinéastes ultra-viril, est là, dans son aspect le plus pur et dépouillé, dénué de tout argument romanesque.

1940 : c’est peut-être la période la plus glorieuse de Ford. En l’espace de quelques mois, il tourne La Chevauchée fantastique, Vers sa destinée, Les Raisins de la Colère ou encore Qu’elle était verte ma vallée… Quelques-uns des grands chefs d’œuvres du cinéma, quelques-uns de ses meilleurs films. Ceux qui, plastiquement, sont sans doute les plus impressionnants. Les Hommes de la mer est de ce niveau-là.

Visuellement, le moindre plan est splendide, sublime photographie où la nuit et la brume soulignent constamment la solitude de ces hommes qui partagent le même quotidien au milieu des océans, mais dont l’histoire personnelle semble murée derrière ces regards perdus… Adapté de plusieurs pièces d’Eugene O’Neill, le film se passe parfaitement d’une intrigue à proprement parler : Ford ne s’intéresse qu’à ces portraits d’hommes hantés par leur passé, qui se créent une communauté tellement imparfaite, mais tellement réconfortante.

John Wayne, déjà tête d’affiche, se contente essentiellement d’être dans le cadre, laissant le beau rôle à Ward Bond, Ian Hunter et surtout Thomas Mitchell. Mais son personnage est un fil conducteur fascinant : un jeune Suédois qui promet à chaque voyage de retourner dans sa ferme familial pour revoir sa vieille mère avant qu’elle ne meure. Il est le seul personnage à avoir encore une attache avec la terre ferme, et à travers lui, ses compagnons soulagent leur propre nostalgie du passé…

Mais c’est un univers cruel que Ford filme. Rude en pleine mer, glaçant et effrayant à terre, le quotidien de ces marins coupés du monde donne lieu à des passages bouleversants : la mort de Ward Bond, le piège dans lequel tombe le pauvre Duke, l’esprit de camaraderie et l’empathie de ces brutes tellement humaines… The Long Voyage Home (le titre original est sublime) est une œuvre fascinante et déchirante. L’un des sommets méconnus de l’œuvre fordienne.

* Largement mésestimé par rapport aux grands classiques de Ford sortis à la même période, Les Hommes de la mer est surtout mal connu, car rarement montré. Sa sortie en DVD (chez Arcadès) est l’occasion de découvrir ce chef d’œuvre, qui plus est dans d’excellentes conditions. Et en bonus, un intéressant entretien avec Julien Leonard, le rédac chef du site DVD Classik.

L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) – de John Ford – 1962

Posté : 7 juin, 2015 @ 5:59 dans 1960-1969, FORD John, MILES Vera, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Homme qui tua Liberty Valance

« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». La postérité a essentiellement retenu cette réplique culte lancée par un journaliste à l’éthique très discutable (interprété par Carleton Young). A tel point qu’on en oublierait presque que, bien trente ans avant Clint Eastwood et son Impitoyable, John Ford s’est lancé avec ce chef d’œuvre dans une entreprise de démystification de la légende de l’Ouest, qui a pourtant largement contribué à sa propre légende.

Ford est dans la dernière ligne droite de sa longue carrière, et il le sait, aucun doute là-dessus : les quinze premières minutes, sublimes et bouleversantes, sont peut-être les plus nostalgiques de toute sa filmographie. Le retour dans l’Ouest de James Stewart et Vera Miles après des années d’absence, pour enterrer le mythe par excellence : John Wayne, dont on apprend qu’il a rangé les armes depuis longtemps, et qu’il a fini sa vie seul et oublié de tous.

Pas gai, mais d’une force inouïe. Ford ne se fait plus guère d’illusion, sur quoi que ce soit : sur sa propre carrière donc, mais aussi sur son pays, dont il a souvent exploré l’histoire par le passé. Comme beaucoup de westerns, L’Homme qui tua Liberty Valance se déroule dans une sorte d’entre-deux, alors que la civilisation et le droit s’apprêtaient à faire basculer un Ouest encore sauvage. Le triomphe de la démocratie ? Oui, mais au prix d’écoulements de sang qu’on aura vite fait de magnifier, et d’en gommer toutes les aspérités moins romantiques.

James Stewart, « monsieur Smith » en personne, est donc l’incarnation de ce que la jeune Amérique a de plus pur. L’antithèse de ce dinosaure de John Wayne, bras armé de l’histoire en marche, mauvaise conscience condamnée à être enterrée de son vivant. Un superbe sacrifié conscient de ce qu’il est et de la gène qu’il représente.

L’Homme qui tua Liberty Valance est un chef d’œuvre absolu, une superbe réflexion d’une lucidité et d’un cynisme incroyables sur la naissance de la démocratie. Mais Ford n’oublie pas le pur plaisir de spectateur : son film est, visuellement, une pure merveille dont l’utilisation des ombres est d’une beauté renversante, soulignant constamment le destin d’un John Wayne qui, même s’il a droit à ses moments de superbe (« That’s my steak, Valance »), est condamné à n’être que l’instrument dont on se débarrasse. Cynisme, nostalgie, et lucidité.

Rio Bravo (id.) – de Howard Hawks – 1959

Posté : 18 septembre, 2014 @ 2:35 dans 1950-1959, BOND Ward, HAWKS Howard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Rio Bravo

Bon, ben voilà : Rio Bravo est un chef d’œuvre, immense, parfait, insurpassable, mythique, passionnant et génial. Et j’aurais presque envie d’arrêter là, parce que franchement, il n’y a pas la moindre nuance à apporter à ce monument du western, peut-être le sommet du cinéma hawksien.

Dès la longue séquence d’introduction, muette et magistrale, le ton est donné : dans le décor unique d’une petite ville de western tout ce qu’il y a de classique, Hawks nous invite à une déambulation extraordinaire à travers les codes du genre, qui replace le langage cinématographique et la force de l’image au cœur du film, comme à l’apogée du cinéma muet. L’utilisation du son en plus…

L’histoire est on ne peut plus classique : un shérif a arrêté un membre d’une puissante famille prête à tout pour le sortir de prison, et ne peut compter sur l’aide que d’un alcoolique et d’un vieil éclopé. Une trame au cœur de nombreux westerns, ce qui n’est pas un hasard : Rio Bravo est la réponse de Hawks à High Noon, que le cinéaste avait détesté, critiquant ouvertement le comportement du shérif interprété par Gary Cooper, qui passait son temps à quémander de l’aide auprès des habitants qu’il est censé protéger.

Hawks, lui, a une vision nettement plus virile et héroïque du western. Son héros, John T. Chance, ne pouvait donc pas être interprété par un autre que John Wayne. Dans un rôle qui pourrait être la caricature de tous ceux qu’il a tenu auparavant, Duke est absolument impérial, dans un rôle qui est pourtant, sur le papier, loin d’être le plus intéressant du film.

Dean Martin est sublime en ancien homme de loi ravagé par sa dépendance à l’alcool. Ricky Martin, malgré ses airs de jeune star en vogue, est lui aussi parfait dans la peau d’un jeune cow-boy posé. Angie Dickinson est belle à damner en femme libre et amoureuse. Et Walter Brennan, bien sûr, est fabuleux, irrésistible en vieux grincheux aux mimiques irrésistibles.

Chacun d’entre eux trouve le rôle de sa vie dans ce film, où tout sonne juste, tout est d’une fluidité extraordinaire, tout arrive comme une évidence. Pourtant, il ne se passe pas grand-chose dans Rio Bravo : malgré quelques rares éclats de violence, le film se résume dans sa plus grande partie à une interminable attente, se concentrant sur les allers et venues et sur les petits riens que vivent une poignée de personnages acculés.

Et le film est passionnant. Car ces temps morts qui font l’essentiel de Rio Bravo regorgent de vie. A travers ces quelques personnages, Hawks semble condenser les drames humains de toute une vie, et donne corps aux grandes figures de l’Ouest. Tout ça avec une grande simplicité, et dans un quasi huis-clos, ne sortant jamais de l’enceinte de cette petite ville, dont les décors sont formidablement utilisés.

On a tout dit sur cette image extraordinaire de la goutte de sang dans le verre de bière. Des séquences mythiques comme celle-là, il y en a tout au long de ce film d’une intensité incroyable. Durant ces quelques jours d’attente, une romance impossible qui se noue, un alcoolique qui lutte contre ces démons, des amitiés qui se nouent, qui se révèlent dans la durée. C’est une sorte de comédie humaine, y compris dans les moments les plus anodins. Jusqu’à l’apogée, une parenthèse dans ce western tendu. Hawks, profitant de la présence de deux acteurs stars de la chanson, fait une pause inattendue dans son récit, et permet à Dean Martin et Ricky Nelson de pousser la chansonnette. Une bulle de bien-être, qui est l’un des plus beaux passages de ce film merveilleux, un film magique grâce à un metteur en scène en état de grâce, qui réussit à trouver l’alchimie en toute chose.

El Dorado (id.) – de Howard Hawks – 1966

Posté : 7 octobre, 2013 @ 2:45 dans 1960-1969, HAWKS Howard, MITCHUM Robert, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

El Dorado (id.) – de Howard Hawks – 1966 dans 1960-1969 el-dorado

Curieuse fin de carrière pour Hawks, dont les deux derniers films sont des westerns qui déclinent les thèmes de Rio Bravo. Avant Rio Lobo, dont l’histoire en sera tout de même plus éloignée, El Dorado peut même être considéré comme le remake officiel de son chef d’œuvre de 1959. John Wayne qui fait équipe avec un alcoolique, un vieillard, un gamin et une belle jeune femme dans une prison assiégée… on a déjà vu ça quelque part.

Mais Hawks réussit un petit miracle. Sans être totalement aussi abouti que Rio Bravo, El Dorado, malgré tous les points communs avec son modèle (jusqu’à la fameuse goutte de sang dans la bière, remplacée par un piano aux fausses notes), évite toute sensation de redite. D’où cela vient-il ? Du fait que les rôles sont inversés peut-être : cette fois, c’est le shérif qui est alcoolique. Du fait, aussi, que seul Wayne reprend du service : Dean Martin est remplacé par Robert Mitchum, qui donne une autre dimension à son personnage.

Mais la vraie originalité vient peut-être du fait que, cette fois, la ville est clairement filmée dans son environnement. Dans Rio Bravo, Hawks n’en sortait jamais. Ici, il n’arrive à ce qui correspond au début de son précédent western qu’après un long prologue dans les vastes plaines environnantes, qui nous fait voyager d’une ville à l’autre. Dès le générique, d’ailleurs, suite de dessins représentant des cow-boys au travail, des attaques d’Indiens ou des caravanes sur les chemins, Hawks place son western sous le signe des grands espaces.

Cela peut sembler anecdotique, mais ce choix donne un ton différent au film, et une autre vérité aux personnages, dont on ressent la fatigue et la lassitude. John Wayne, dans un rôle apparemment semblable à celui de John T. Chance, n’est plus tout à fait le même. En sept ans, il a pris du poids, et un vrai coup de vieux. Il paraît plus fragile, moins « magnifique ». Et puis Hawks qui adjoint un vrai partenaire, un jeunôt lui : c’est James Caan, que le cinéaste avait déjà dirigé dans son précédent film, Ligne rouge 7000, et qui apporte une fraîcheur et un dynamisme qui tranchent avec la lassitude des personnages de Wayne et Mitchum.

Rio Bravo était un pur bonheur de cinéma, l’un de ces films mythiques totalement hors du temps. El Dorado est plus imparfait, mais aussi plus complexe, abordant plus cruellement les signes du temps qui passe.

• Le film vient de sortir en blue ray chez Universal. La qualité est irréprochable, mais par le moindre bonus à l’horizon.

Hatari ! (id.) – de Howard Hawks – 1962

Posté : 16 septembre, 2013 @ 1:59 dans 1960-1969, HAWKS Howard, WAYNE John | Pas de commentaires »

Hatari ! (id.) – de Howard Hawks – 1962 dans 1960-1969 hatari

C’était une mode depuis le début des années 50 pour tous les grands cinéastes américains passionnés par l’alcool, l’aventure et les grands espaces : se faire payer un safari en Afrique par Hollywood, sous prétexte d’aller y tourner un grand film en décors réels. Huston et Ford l’avaient fait quelques années plus tôt… Hawks enchaîne le mouvement. Dans tous les cas, si on peut douter de l’ambition purement artistique de la démarche, il faut reconnaître que les trois géants ont réussi d’excellents films : African Queen pour le premier, Mogambo pour le deuxième, et ce Hatari ! qui, à défaut d’être un immense chef d’œuvre, est un pur film hawksien.

C’est un peu Rio Bravo en Afrique, d’où tout semblant de suspense ou même d’histoire aurait été balayé. C’est ce qui frappe le plus ici, outre l’impressionnante fluidité du montage : l’absence d’une vraie histoire digne de ce nom. Loin d’Hollywood, Hawks semble ne filmer que ce qui l’intéresse vraiment : un groupe d’hommes vivant dans un milieu totalement macho (ils capturent des animaux sauvages destinés aux zoos du monde entier), dont le bel équilibre est perturbé par l’irruption de deux femmes. L’une est une étrangère qui s’incruste dans le groupe ; l’autre est une ancienne gamine ayant grandi avec tous ces mecs, ces derniers réalisant soudain qu’elle a bien grandi…

La parenté avec Rio Bravo est surtout frappante dans les nombreux moments d’intimité, Hawks renouant parfois avec la magie des séquences dans le bureau du shérif. La présence de John Wayne, dans un rôle similaire (un type bourru et jusqu’au boutiste qui laisse peu à peu baisser la garde et admet ses sentiments pour une belle femme bien plus moderne que lui), joue aussi pour beaucoup dans cette parenté.

Hawks joue constamment sur plusieurs tableaux : les séquences intimes alternent avec quelques passages qui tirent vers la farce. Pas vraiment ce qu’il y a de plus convaincant ici. Si l’histoire d’amour de John Wayne et Elsa Martinelli est très belle, celle de  Red Buttons et Michèle Girardon, volontairement comique, tourne à vide. Hawks flirte même avec la screwball comedie, dont il a écrit lui-même quelques-unes des plus belles pages (Chérie, je me sens rajeunir…). Avec un résultat nettement plus anecdotique. On sent Hawks moins intéressé par ces derniers personnages (comme celui de Gérard Blain d’ailleurs) que par ceux des vieux de la vieille, Wayne et Bruce Cabot notamment, qu’il filme avec une affection visible.

Les quelque deux heures trente du film sont surtout parsemées de scènes de chasse qui comptent parmi les plus spectaculaires de toute l’histoire du cinéma. Hatari ! est un véritable bestiaire, où défilent à peu près toutes les espèces animales vivant en Afrique, qui donnent chacune lieu à une scène de chasse, le plus souvent en voitures lancées à toute allure dans la savane. Embarquée ou au ras du sol, la caméra filme les poursuites au plus près, plongeant le spectateur au cœur de ces affrontements dangereux et hallucinants.

Le sujet même du film (la capture des animaux) serait quasiment inimaginable aujourd’hui, sans même parler d’un tel tournage avec de vrais animaux sauvages. Mais la préoccupation de Hawks n’est visiblement pas tournée vers la condition des animaux. Ce qu’il filme, comme souvent, ce sont des hommes et des femmes dans un milieu qui les dépasse. Le voyage ne manque pas de charme…

• Le film vient d’être édité en blue ray chez Universal, sans bonus mais à petit prix.

La Caravane de feu (The War Wagon) – de Burt Kennedy – 1967

Posté : 17 juin, 2013 @ 1:56 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, KENNEDY Burt, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Caravane de feu (The War Wagon) – de Burt Kennedy – 1967 dans 1960-1969 la-caravane-de-feu

La Caravane de feu semble n’avoir été fait qu’avec deux idées fortes : associer John Wayne et Kirk Douglas, et transposer le film de cambriolage, genre très en vogue dans les années 60, dans l’Ouest sauvage. Verdict ? Honorable, dirons-nous.

Le film ressemble quand même à un grand truc un peu informe, la plupart du temps. Un véhicule confortable pour deux stars dont l’apogée est déjà derrière elles. Deux hommes de l’Ouest vieillissants qui jouent ici gentiment avec leur image. Sans l’abîmer ni la remettre en question, sans prendre le moindre risque.

L’affrontement de ces deux monstres du cinéma tourne un peu en rond, sur le mode semi-parodique. Le scénario nous les présente comme deux ennemis mortels qui font alliance pour le seul appât du gain, mais on ne sent pas la moindre menace entre ces deux-là. Leurs face-à-face virils et faussement dangereux ne sont jamais pris au sérieux. Ce qui donne au film une légèreté pas désagréable, mais qui nous prive de la tension que cela aurait pu donner.

La transposition du film de cambriolage est un poil plus intéressante, parce que ce western respecte absolument tous les codes du genre : le « cerveau » qui réunit une bande hétéroclite, les préparatifs, le braquage à proprement parler, et la répartition du butin, où le plan parfaitement huilé vole en éclats…

C’est tellement fidèle à ce qu’on a vu cent fois en costumes contemporains, et même si le film a tous les attraits d’un vrai western, que tout effet de surprise tombe à plat. Surtout que le scénario est franchement paresseux, tout entier dirigé vers la vraie star du film : ce fourgon blindé que les cinq voleurs se préparent à attaquer. Le fourgon est tellement central dans l’entreprise de Burt Kennedy que le réalisateur le met en scène dès qu’il le peut tout au long du film, le faisant traverser le champ à la première occasion.

Kennedy n’a rien d’un auteur, mais c’est un honnête réalisateur, qui signe un western tout à fait honorable, avec des acteurs impeccables (Bruce Cabot, qui fut la vedette de King Kong quelques décennies plus tôt, en grand méchant ; Bruce Dern, récent prix d’interprétation à Cannes pour Nebraska, en porte-flingue vite flingué), une belle musique très westernienne de Dimitri Tiomkin, et de belle scènes d’action bien spectaculaires. Un pur divertissement bien sympathique, quoi…

La Caravane de feu est disponible pour la première fois en blue ray, dans une édition simple et pas chère (sans le moindre bonus), chez Universal.

La Chevauchée fantastique (Stagecoach) – de John Ford – 1939

Posté : 19 avril, 2013 @ 1:12 dans 1930-1939, CARRADINE John, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

La Chevauchée fantastique (Stagecoach) – de John Ford – 1939 dans 1930-1939 la-chevauchee-fantastique-1

Que dire sur ce monument du western ? Treize ans après Trois sublimes canailles, Ford renoue avec un genre qu’il avait totalement délaissé depuis la fin du muet. Avec ces retrouvailles, le cinéaste signe une espèce de western définitif, qui rassemble toutes les grandes figures du genre : attaque d’Indiens, cavalerie à la charge, duel dans la nuit.

Surtout, Ford réunit dans une diligence tous les personnages typés du genre westernien : le hors-la-loi, le médecin alcoolique, le joueur de poker, le banquier hautain, le petit homme un peu lâche, la femme du monde qui arrive dans l’Ouest pour retrouver son mari, le shérif, le conducteur débonnaire, et la « fille » au passé sulfureux.

De ces stéréotypes, Ford fait des personnages à part entière, extraordinairement bien écrits et vivants. Le cinéaste a un vrai génie pour donner de la consistance au moindre second rôle de ses films, et pour créer des communautés éphémères, qui ont tout d’une vrai famille, avec ses attirances, ses inimitiés, ses engueulades, ses coups bas. Il est ici épaulé par des acteurs absolument formidables. De Claire Trevor (très émouvante) à Thomas Mitchell (forcément attachant), en passant par John Carradine (forcément fourbe), Berton Churchill (forcément détestable) ou Andy Devine (forcément bon bougre), que des grands acteurs, dans des rôles taillés sur mesure. Et que des habitués du cinéma de Ford.

la-chevauchee-fantastique-2 dans CARRADINE John

Et puis il y a John Wayne, bien sûr. L’acteur avait déjà fait quelques panouilles pour Ford à la fin du muet (notamment dans Hangman’s house), et avait déjà tenu la vedette de La Piste des géants pour Walsh, en 1930. Mais depuis près de dix ans, il enchaînait les westerns de série B (C ? D ?…) assez miteuses. C’est bien dans Stagecoach que Wayne devient un acteur puissant. Et une star par la même occasion.

D’ailleurs, on sent bien que Ford a décidé de faire de Wayne une star : l’acteur apparaît pour la première fois dans un travelling qui se termine en gros plan sur son visage impressionnant. Ce plan spectaculaire est de ceux qui créent les légendes…

Wayne est le vrai pivot d’un film qui combine merveilleusement l’intime et le spectaculaire, l’exiguïté de cette diligence avec l’immensité de Monument Valley, les drames personnels des personnages et les guerres indiennes qui font rage. Stagecoach est l’un des chef d’œuvre de Ford (et du western). De cette accumulation de figures obligées, Ford a tiré un film très personnel, et constamment inspiré. Un classique incontournable, oui.

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962

Posté : 19 mars, 2013 @ 6:48 dans 1960-1969, FORD John, HATHAWAY Henry, MARSHALL George, STEWART James, THORPE Richard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962 dans 1960-1969 la-conquete-de-louest

La démesure est le mot qui définit le mieux ce western hors norme, expérience à peu près unique dans l’histoire du cinéma. Près de trois heures de métrage, un écran qui n’en finit plus de s’élargir (le film est tourné en Cinérama, un procédé qui a fait long feu, qui implique l’utilisation de trois caméras simultanément, et la projection sur trois écran, plongeant ainsi le spectateur au cœur de l’action), des tas de stars parfois réduites à des apparitions (John Wayne, James Stewart, Henry Fonda, Gregory Peck et beaucoup, beaucoup d’autres), et même trois grands réalisateurs : Ford, Hathaway et Marshall.

L’ambition, surtout, est de réunir dans un même film toutes les grandes figures du western. A travers le destin d’une famille de pionniers, c’est toute la conquête de l’Ouest qui est racontée : plus de trente ans d’épopée à travers trois générations de cette famille Prescott : Agnes Moorehead, Karl Malden et leurs descendants.

Le long voyage des colons, les guerres indiennes, la guerre civile, la construction du chemin de fer, l’arrivée de la loi dans l’Ouest encore sauvage… Le film est une suite de cinq épisodes inégaux et à peu près indépendants (la famille Prescott sert de fil conducteur) auxquels il manque sans doute un peu plus de cohérence. Mais à travers ces destins hors normes, c’est toute l’histoire américaine du XIXème siècle que le film retrace, rien moins.

Hathaway signe la majeure partie du film : trois des cinq épisodes qui ouvrent et ferment le film, lui donnant ses bases et son rythme. Ford, lui, signe le plus court, et visuellement le plus impressionnant : celui consacré à la guerre civile, dont on ne voit pas grand-chose, si ce n’est les conséquences sur les hommes. Pas de scène de bataille, dans cette parenthèse très sombre, mais deux dialogues en parallèle, au soir de la bataille de Shiloh, l’une des plus meurtrières de toute cette guerre : le général Sherman (Wayne) qui réconforte le général Grant, et deux soldats de base, l’un Nordiste l’autre Sudiste, qui partagent la même horreur des combats. C’est là que figure le plus beau moment du film : le jeune Nordiste (George Peppard) boit de l’eau dans la rivière, lui trouve un goût étrange, et réalise qu’elle est rouge du sang des centaines de morts…

Quant à l’épisode consacré au chemin de fer (signé Marshall), il est le plus spectaculaire, utilisant merveilleusement le Cinerama dans une séquence de fusillade sur le train lancé à pleine vitesse. Impressionnant, comme cette hallucinante cavalcade de centaines de bisons qui dévastent tout sur leur passage, ne laissant derrière eux que morts et ruines.

Pourtant, malgré sa démesure et ces quelques morceaux de bravoure, cette énorme production laisse un sentiment nostalgique et cruel. Ce qui marque dans cette épopée de l’Ouest américain, ce sont les sacrifices humains, et le poids du temps qui passe. Les hommes meurent, laissant les femmes passer le témoin à leur place. Les générations passent, et c’est avec ces morts que la société avance, pour le meilleur ou pour le pire.

Pas de grand héroïsme ici. Même les plus braves (comme le personnage de James Stewart), qui accomplissent les actions les plus nobles, meurent seuls. Le film, qui se veut une ode à l’esprit d’entreprise des pionniers américains, porte clairement la marque de vieux briscards qui ne se font plus guère d’illusion sur la vie et leur place dans le monde…

Le Fils du Désert (Three Godfathers) – de John Ford – 1948

Posté : 18 mai, 2012 @ 9:29 dans 1940-1949, BOND Ward, FORD John, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Fils du désert

Etrange western que signe Ford, comme une parenthèse au cœur de sa trilogie de la cavalerie (le film est tourné entre Le Massacre de Fort Apache et La Charge héroïque). Il y a bien un braquage de banque, des hommes de loi qui pistent des desperados, et une longue traversée du désert, autant de figures imposés du genre de prédilection de Ford. Pourtant, Three Godfathers est loin, très loin, de tous les westerns que l’on a pu voir.

Passé un vol de banque dont ne voit que la fuite (jamais la caméra ne pénètre dans la banque), le film est curieusement totalement dépourvu de scènes d’action. Pas de fusillade, ni d’empoignade ; pas non plus de course au trésor (d’ailleurs, où donc est passé le butin du braquage ? tout le monde s’en fiche, et les braqueurs les premiers), encore moins d’indiens… Qu’a-t-on à la place ? Trois hommes (John Wayne, Pedro Armendariz et Harry Carey Jr) qui se retrouvent au milieu du désert, sans eau et sans cheval, qui aident une femme à accoucher et adoptent le bébé lorsque cette dernière meurt. Trois hommes qui finissent par se prendre pour les rois mages…

Ford va loin dans la parabole, et n’évite pas une certaine lourdeur. On est à la veille de Noël ; les trois braqueurs découvrent dans un chariot échoué qui évoquent furieusement une certaine étable ; la femme (Mildred Natwick) est filmée comme une pieta, alors que le père est absent (de là à imaginer l’accouchement d’une vierge…) ; les fuyards se dirigent vers… New Jerusalem. Ford n’oublie rien, cite la Bible à longueur de film, et pense même à faire de l’un de ses mages (pardon, braqueurs) un homme de couleur : pas un Maure, western oblige, mais un Mexicain campé par Pedro Armendariz.

Cette charge biblique pourrait être indigeste. Et par moment, c’est vrai qu’on frôle le trop-plein. Mais les autres aspects du film sont tous réjouissants, à commencer par le côté comique : voir John Wayne passer de l’huile d’essieu sur le bébé qui vient de naître vaut largement le détour. Et puis il y a l’histoire d’amitié entre ces trois hommes très différents, qui nous vaut quelques beaux moments très fordiens.

Malgré l’apparition presque miraculeuse de Mildred Natwick, malgré les seconds rôles hauts en couleurs que sont Mae Marsh et Jane Darwell, le film est avant tout un film d’hommes. Ford prend un plaisir communicatif à ne filmer quasiment que des habitués de son cinéma. Les face-à-face entre Wayne et Ward Bond, en vieux shérif malin et sympathique, sont tous de grands moments, qui donnent le ton d’un film étonnamment léger. « Etonnamment », car le propos est plutôt dramatique.

Le film n’est cependant pas exempt d’une certaine nostalgie. Nostalgie donnée par cette magnifique première image du film : un cowboy à cheval dont l’ombre chinoise se dessine sur la lumière d’un soleil couchant, avec ces mots qui apparaissent : « To the Memory of Harry Carey, Bright Star of the early western sky ». Three Godfathers » (titre qui rappelle Three Bad Men, sommet du western muet, époque bénie pour Ford) est le premier film tourné par le cinéaste après la mort de celui qui fut son premier alter-ego dès 1917. C’est aussi le premier rôle important d’un certain Harry Carey Jr, qui deviendra un second rôle incontournable des westerns de Ford. Une page se referme, une autre s’ouvre.

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