Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'WAYNE John'

Première Victoire (In harm’s way) – d’Otto Preminger – 1965

Posté : 16 mars, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, PREMINGER Otto, WAYNE John | Pas de commentaires »

Première victoire

Preminger, période grands sujets… On a le droit de préférer le Preminger première manière, celui des films noirs époustouflants. Mais le gars a quand même un savoir faire indéniable, une manière de mettre en relief la grande histoire en s’attardant sur des drames plus intimes…

Il y a de ça dans Première victoire, sa version de l’entrée en guerre des Etats-Unis, à travers les destins d’une demi-douzaine de personnages. On peut reprocher quelques facilités au scénario, en particulier dans l’évolution de certains de ces personnages. Celui de Kirk Douglas, passionnant dans la première moitié du film, évolue ainsi d’une manière abrupte qui fait avancer le récit mais peine à convaincre. Un « glissement » à peine justifié par une remarque de Patricia Neal, la love interest de John Wayne.

Ah oui ! Parce que comme souvent dans les grands films de guerre de cette époque, la distribution est extraordinaire. Wayne, donc, en pivot du film, Douglas et Neal, mais aussi Burgess Meredith, Henry Fonda, Dana Andrews, George Kennedy, Brandon De Wilde (le gamin de Shane, qui a bien grandi), Tom Truyon, Caroll O’Connor, Franchot Tone… Rien qu’avec ce casting, l’intérêt du film est assuré.

Mais il y a bien d’autres raisons d’aimer Première victoire. Et, surprise dans une telle grosse production, ce sont les ellipses, nombreuses et spectaculaires, qui donnent un particulier à ce film fleuve, qui n’hésite pas à faire des sauts en avant de plusieurs mois, et à éviter de montrer des moments clés de l’histoire, en particulier « la » grande bataille tant attendue.

On a quand même droit à quelques spectaculaires scènes de batailles sur l’eau. Trois, au moins, avec des parti-pris chaque fois différents et des résultats plutôt variables. Parfaitement tendue pour l’attaque de la flotte japonaise par les petits croiseurs, un peu fouillie pour le carnage final, et franchement cheap pour la scène quasi-inaugurale : celle de l’attaque de Pearl Harbor.

Ce moment-clé de l’histoire (et de la guerre) arrive après une première partie magnifiquement mise en scène, avec une économie de moyens et et une montée en puissance dramatique imparable. Les quelques ploufs dans l’eau et les maquettes qui font pfout ne gâchent pas vraiment l’ensemble, mais entraînent quelques petits sourires narquois, au mieux. Gênant.

Mais cette réserve n’est qu’u détail. Malgré ses quelques faiblesses, Première Victoire fait partie des réussites du genre. Et Preminger sait lui donner un ton très particulier et très intime. Ce bel hommage à la navy est à la fois vibrant et enthousiasmant, mais pas bêtement énamouré. Devant la caméra de Preminger, la frontière entre la victoire et la défaite est bien fragile. Et la violence a toujours un goût amer…

Sacramento (In Old California) – de William C. McGann – 1942

Posté : 20 février, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, McGANN William C., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Sacramento

Après s’être évadé du purgatoire dans lequel il végétait depuis près de dix ans grâce à Stagecoach, John Wayne n’est pas tout de suite devenu le mythe que l’on connaît? C’est à la Republic qu’il a trouvé le plus de rôles durant ces années de guerre, dans des séries B fauchées, mais souvent très réussies.

Celle-ci ne fait pas partie du haut du panier. Wayne y interprète un jeune pharmacien qui s’attire les foudres du tout puissant maître de Sacramento, où il a décidé de s’installer. Passée la surprise de voir Duke en dandy de l’Est avec chapeau haut de forme, on voit vite que la psychologie des personnages ne sera pas le point fort du film.

Pas plus celle de Wayne, dont le principal trait de caractère consiste à plier des pièces de monnaie pour faire le malin, que celle du grand méchant joué par Albert Dekker, dont le principal trait de caractère est d’être très méchant… et très amoureux de la belle de l’histoire. C’est sans doute elle le personnage le plus intéressant, le seul en tout cas qui évolue vraiment au fil de l’histoire. Pas de bol : elle est jouée par Binnie Barnes, dont l’alchimie avec Wayne est assez discutable.

Discutable aussi, l’humour lourdingue que glisse McGann, cinéaste dont le talent, réel, s’exprime surtout dans les moments graves, rares et brefs. Il réussit particulièrement les scènes de foule, auxquelles il sait donner un caractère de menace. C’est surtout frappant dans cette belle scène où Wayne manque de se faire lyncher.

Mais la gravité est vite balayée par un trait d’humour potache pas très convainquant. Sympathique malgré tout, mais bancal avant tout…

Ouragan sur la Louisiane / La Fille du pêché (Lady from Louisiana) – de Bernard Vorhaus – 1941

Posté : 8 février, 2020 @ 8:00 dans 1940-1949, VORHAUS Bernard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Ouragan sur la Louisiane

Un jeune avocat devient procureur de la Louisiane pour débarrasser la ville de ses vices, symbolisés par la Loterie, véritable institution qui finance de bonnes œuvres, mais cache une corruption qui gangrène la ville.

La rombière qui a fait venir cet avocat incorruptible l’avait prévenu : la Louisiane, c’est une nouvelle version de Sodome et Gomorre, qui finira par essuyer la colère de Dieu. Pas manqué : c’est un véritable déluge qui épurera la ville, comme L’Incendie de Chicago dans le film du même nom, qui inspire visiblement Lady from Louisiana.

Vorhaus n’a pas tout à fait les même moyens dans cette production Republic Pictures. Mais à part quelques transparences pas terribles, il se tire formidablement bien d’un budget confortable pour la Republic, mais loin d’une superproduction. La scène du déluge utilise ainsi très bien les gros plans, les détails, l’obscurité et le montage. L’effet est assez saisissant.

C’est peut-être dans la première partie que le talent de Vorhaus est le plus évident. Une première partie où le ton est à la comédie, et à la légèreté. Sourires et bienveillances sont partout, en particulier dans une séquence de Mardi Gras assez formidable, digne des grands maîtres hollywoodiens. Cadrage, mouvement de caméra, rythme, manière d’intégrer les personnages dans un décor plein de vie… C’est sans doute la plus belle scène du film.

John Wayne, encore tout jeunot, est impeccable bien sûr. Le film s’ouvre sur lui, qui embrasse longuement Ona Munson (imposée par son compagnon de producteur, mais très bien), avant de lui demander son nom, un large sourire aux lèvres, sourire qu’il ne quittera qu’après le premier meurtre…

La suite oscille entre comédie et drame, avec une bonne dose de suspense. Il y a bien des maladresses, des grosses ficelles. Mais il y a aussi des moments réjouissants, comme ce braquage assuré par John Wayne et la fameuse rombière, jouée par Helen Westley.

Ce « southern », bancal et réjouissant à la fois, est une bien chouette curiosité.

Le Bagarreur du Kentucky (The Fighting Kentuckian) – de George Waggner – 1949

Posté : 13 octobre, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, LAUREL et HARDY, WAGGNER George, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Bagarreur du Kentucky

Voilà un duo qui m’avait totalement échappé jusqu’à présent. Quoi, John Wayne a tourné un western avec Oliver Hardy ? Oui, celui-là même du tandem le plus drôle de l’histoire du cinéma. Et mieux : ces deux-là forment pour l’occasion un vrai duo, qui joue à fond sur l’opposition de leurs styles et de leurs personnalités. Deux questions très profondes se posent à moi. La première : mais comment une telle association, même très éphémère, a-t-elle pu m’échapper ? La seconde : mais pourquoi ?

Rien d’évident, quand même, à associer deux des silhouettes les plus mémorables du 7e art. Certes, aucun des deux n’est au sommet de sa carrière, mais quand même… John Wayne n’est pas encore tout à fait un mythe, et Oliver Hardy est en fin de carrière : il n’a plus rien tourné depuis quatre ans, et ne reformera son inoubliable duo avec Stan Laurel qu’une ultime fois, en 1951 (pour Atoll K, qu’ils viendront tourner en France). Mais drôle d’idée, vraiment.

Pour associer ces deux-là, il fallait une vraie direction, un vrai projet, plus abouti que simplement celui de placer ces deux personnages si forts côte à côte et de voir ce qui se passe. Et c’est bien l’impression qui se dégage le plus souvent, hélas. On l’aime bien, Hardy, et il y a une sorte d’excitation à l’idée de voir ce que cette association peut donner. Mais George Waggner ne sait visiblement pas quoi faire de la star comique, se contentant de le laisser faire son truc dans son coin, comme s’il s’attendait à voir débouler Laurel.

Ancien acteur (il a joué Buffalo Bill dans Le Cheval de fer, le monument de John Ford), ancien scénariste (il a écrit Les Ecumeurs de la mer et Chasseurs d’images pour John Wayne), George Waggner est un réalisateur discutable. Il y a de bonnes choses dans son film : de belles images pour commencer, ce qui n’est quand même pas rien. Waggner connaît son métier, et réussit quelques scènes mémorables (la mort de Beau notamment, le personnage interprété par Paul Fix, second rôle qu’on a toujours plaisir à retrouver).

On peut aussi souligner la voix off originale et quelques détails charmants qui donnent à ce western un ton relativement léger inattendu. Et un contexte original, avec la présence de soldats napoléoniens qui ont trouvé refuge en Amérique après Waterloo et la disgrâce de l’empereur. Mais il y a aussi pas mal de problèmes : un ton mal maîtrisé, un scénario très confus et franchement improbable, construit autour de la marche d’anciens soldats retournant vers leur Kentucky…

Un détail, aussi, qui gâche constamment le plaisir que l’on pourrait prendre : le son, d’une « propreté » déstabilisante. Un homme alpague la foule au milieu du brouhaha, et on a l’impression qu’il utilise un porte-voix. Les hommes du Kentucky marchent en chantant des chansons d’amitié virile, et la musique semble extérieure à la scène. Gênant.

Gênante aussi : la présence de Vera Ralston, actrice agaçante et à peu près mille fois moins charismatiques que le moindre second rôle (dont Marie Windsor qui, même mal servie, dévore l’écran). Un problème récurrent pour cette protégée (et épouse) de Herbert J. Yates, le patron de la Republic Pictures, que l’on avait déjà vue au côté de John Wayne dans La Femme du pionnier. Wayne qui, lui, est impeccable. Comme toujours.

Les Géants de l’Ouest (The Undefeated) – d’Andrew V. McLaglen – 1969

Posté : 11 mars, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, McLAGLEN Andrew V., WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Géants de l'Ouest

La guerre de Sécession vient de s’achever. Le Yankee John Wayne s’empresse de quitter l’armée pour partir avec ses amis à travers l’Ouest. Sur la route du Mexique, il croise le Sudiste Rock Hudson qui, lui, refuse de rendre les armes…

Beau scénario, construit sur d’incessants allers-retours entre la bande à John et la bande à Rock dans les grandes étendues encore sauvages, pleines de dangers. C’est l’histoire de deux groupes d’hommes (et de femmes) qui vont apprendre à revivre ensemble après des années passées à s’entre-tuer, bel éloge de la réconciliation qui a une vraie originalité, et une vraie efficacité.

Andrew V. McLaglen, fait tout pour s’inscrire dans la filiation de John Ford (qu’il connaissait depuis son enfance, en bon fils de Victor McLaglen), ne serait-ce qu’en dirigeant film après film les acteurs fétiches du génial borgne : Wayne bien sûr, mais aussi Ben Johnson (dans un très beau rôle), Harry Carey Jr, Pedro Armendariz ou John Agar. Et puis comme son éternel maître, McLaglen a le goût de l’emphase et des beaux paysages.

Il a de l’ambition, aussi. Dès la séquence d’ouverture, sa volonté est évidente de ne rien atténuer de l’horreur que fut la guerre, enchaînant les plans spectaculaires d’une rare violence : corps soufflés par des explosions, transpercés par des épées, éparpillés sur le sol… La guerre est une saloperie. On retrouve une même ampleur lorsqu’il filme au plus près l’impressionnant troupeau de chevaux convoyé par les anciens Nordistes.

On salue l’ambition, mais on constate l’évidence : McLaglen n’est pas Ford. Sa mise en scène manque de souffle, mais aussi de lyrisme. Et c’est dans une séquence aux antipodes de cette démesure affichée d’emblée qu’il se montre le plus convaincant. Dans la scène du brouillard sur les bords du Rio Grande. Là, dans une brume dense qui ne laisse voir que des détails, son film devient lui aussi plus dense, plus intense, et plus beau.

La suite est parfois plus convenue, mais McLaglen fait le job plutôt efficacement. Et ses deux « géants de l’Ouest », Wayne et Hudson, forment un tandem de frères ennemis aussi improbable que réjouissant.

Les Quatre Fils de Katie Elder (The Sons of Katie Elder) – de Henry Hathaway – 1965

Posté : 27 février, 2019 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les quatre fils de Katie Elder

Sept ans après Rio Bravo, John Wayne et Dean Martin se retrouvent devant la caméra d’un autre spécialiste du western. Certes, Hathaway n’est pas tout à fait Hawks. Sûr, ces Fils de Katie Elder sont loin des aventures presque solitaires de John T. Chance. Mais quand même. Hathaway, c’est toujours bien. Et quand il y a le Duke dans les parages…

Et effectivement, il apporte ce petit quelque chose qui fait la différence, le Duke. Dès son apparition, silhouette lointaine qui surplombe discrètement une assemblée autour d’une tombe fraîche, il y a l’aura du gars qui plane littéralement sur le film. Il n’est alors qu’une petite silhouette à peine perceptible. Mais sa dégaine, ses vêtements même, les mêmes d’un western à l’autre, et cette impression qu’il dégage d’avoir tout vu, tout vécu, transforment d’emblée l’esprit de ces retrouvailles entre frères.

Quatre frères, donc (Wayne, Martin, Earl Holiman et Michael Anderson Jr), qui se retrouvent des années à l’occasion de l’enterrement de leur mère, apprenant par la même occasion que leur père a été abattu quelques mois plus tôt. Voilà donc une histoire de vengeance parfaitement dans la tradition. Sauf que non. Très vite, un ton singulier s’impose au film, une sorte de refus bienveillant de la violence.

En retrouvant la ville de leur enfance, ces aventuriers réalisent à quel point leur mère était appréciée, à quel point elle a toujours fait bonne figure, faisant le bien autour d’elle et clamant à qui voulait l’entendre que ses fils étaient de braves petits qui lui envoyaient régulièrement de quoi vivre confortablement. Il n’en est rien bien sûr : en découvrant la bonté de Katie Elder, cette figure omniprésente dont on ne verra pourtant que le cercueil, ses quatre fils comprennent peu à peu à quel point ils se sont dévoyés.

Joli western, sensible et pudique, habité de bout en bout par la présence d’un simple fauteuil à bascule, symbole de la mère disparu autant que des vraies valeurs défendues par le film. Hathaway ne signe pas pour autant une simple méditation familiale. Il peut ainsi compter sur la présence forcément décalée de George Kennedy et de Dennis Hopper, en méchants pas caricaturaux. Et entre la bagarre bien virile (et amusante) entre frères, et le guet-apens violent et spectaculaire sur le pont, le film possède son comptant de scènes d’action particulièrement réussies. Jusqu’à l’explosion finale, impressionnante et radicale.

La femme du pionnier (Dakota) – de Joseph Kane – 1945

Posté : 5 janvier, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, KANE Joseph, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Femme du pionnier

Étrange western, qui commence comme une farce enlevée et plutôt très sympathique, pour se laisser tenter de plus en plus par le drame, voire la tragédie. Entre les deux, le réalisateur Joseph Kane se perd un peu en chemin, il faut le reconnaître.

Sur le papier, on a droit à une histoire assez classique : des hommes sans scrupules tentent de déposséder des fermiers de leurs terres, que le chemin de fer doit traverser. On y croise des méchants comme le western nous en a souvent donnés, d’autant plus familiers qu’ils sont interprétés par Ward Bond et Mike Mazursky. Mais aussi des fermiers bons et sacrifiés. Un héros droit et courageux : forcément, c’est John Wayne en personne. Et un vieux bougon comme caution humoristique : Walter Brennan, forccément.

Dès les premières scènes, pourtant, le film marque sa différence. Wayne y apparaît comme un homme marié (ce qui est déjà une particularité en soi), dont la femme (Vera Ralston, choix discutable) est une jeune héritière frondeuse, dont le père les chasse arme à la main. Pour rire et pour de faux, aurait-on envie de préciser, tant rien ne semble être pris au sérieux, dans cette première partie.

Formellement, c’est un peu approximatif : Joseph Kane n’est clairement pas le réalisateur le plus enthousiasmant de sa génération. Mais la légèreté et la liberté de ton font mouche. Et même si le scénario n’est pas totalement convainquant, ce film est suffisamment peuplé de gueules que l’on aime, et plein d’action, d’humour et de rebondissements en tous genres, que l’on se laisse volontiers entraîner par cette histoire improbable.

Passée la moitié du métrage, la tentation de la noirceur pose quand même problème. Kane n’écarte jamais totalement l’humour et la dérision, mais il glisse des moments d’une grande noirceur, comme l’assassinat d’un couple de fermiers. A force d’hésiter sur la direction à prendre, le film échoue à trouver un ton. Dommage : l’aspect comédie de mœurs est clairement le plus convainquant.

Un silencieux au bout du canon (McQ) – de John Sturges – 1974

Posté : 14 décembre, 2018 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, STURGES John, WAYNE John | Pas de commentaires »

Un silencieux au bout du canon

Un polar à la Dirty Harry avec John Wayne, et réalisé par John Sturges, ça ne se refuse pas. Et quelles que soient les qualités du film, ça se déguste avec un certain plaisir, forcément. En l’occurrence, le plaisir va plutôt bien avec une bière, voire même avec un bon whisky. A défaut d’être scotché par un suspense hyper prenant ou par des enjeux dramatiques ébouriffants, eh bien on se contente de deux petites heures toutes en confort tranquille, avec un John Wayne très impliqué.

Il est certes très bien, le Duke. En fin de carrière (il ne tournera plus que trois films), déjà malade, il s’offre un rôle à moitié en terrain connu, et à moitié dans l’air du temps. Il est bel et bien tel qu’en lui-même, pas de doute : grand, fort, intègre, jusqu’au-boutiste, instinctif, animal. Mais en même temps, la comparaison avec Dirty Harry n’est pas anodine : Wayne, qui a toujours marqué sa différence avec un Clint Eastwood qui n’a jamais hésité, dans ses films, à flinguer dans le dos, fait ici un petit pas vers la nouvelle génération.

Sans doute le film aurait-il d’ailleurs gagné à être réalisé par un Don Siegel : Sturges, excellent réalisateur de westerns, se laisse un peu dévorer par ses modèles (Siegel, Siegel et Siegel), et signe une mise en scène assez anodine. Mais cette tentation de Wayne de surfer avec les polars rudes et réalistes qui cartonnait à l’époque est ce qu’il y a de plus passionnant ici. Ne serait-ce que parce qu’il abat bel et bien un bad guy en lui tirant dans le dos.

Ou parce que le flingue qu’il arbore dans le climax du film, avec son long silencieux et son incroyable force de frappe, semble n’être là que pour affronter à distance le Clint et son Magnum 44, dans une sorte de concours de qui aura la plus grosse. Un peu régressif, OK, mais plutôt rigolo pour un mythe (Wayne) qui n’a plus rien à prouver depuis bien longtemps.

C’est la force du film, c’est aussi sa faiblesse. Parce que si McQ supporte la comparaison avec Magnum Force (avec des thématiques communes d’ailleurs), il ne joue clairement pas dans la même cour que L’Inspecteur Harry premier du nom, ou que Police sur la ville, autre grande réussite de Siegel.

Le film de Sturges (lui aussi en fin de carrière) n’invente rien, se contentant de calquer avec plus ou moins de réussite les recettes d’autres films, y compris la désormais incontournable scène de bagnole, avec forces travellings et gros bruits de moteurs, qui ne parvient jamais à retrouver le rythme de French Connection par exemple.

Quant à John Wayne, sa seule présence suffit, comme souvent dans ses films moyens, à assurer l’intérêt, et le plaisir. Mais il semble aussi un peu à côté de la plaque, comme s’il était paumé sans son cheval (et pour cause : il venait d’enchaîner huit westerns), à la traîne par rapport à des vedettes du polar de la nouvelle génération. Au final, c’en serait presque touchant.

100 dollars pour un shérif (True Grit) – de Henry Hathaway – 1969

Posté : 21 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

100 dollars pour un shérif

John Wayne, tout colère, qui met la bride de son cheval dans la bouche et galope vers quatre bad guys, un fusil dans une main et un pistolet dans l’autre… Une image qui renforça un peu plus encore le mythe du Duke, aussi forte que sa première apparition dans Stagecoach trente ans plus tôt. Une image qui contribua aussi, sans doute, à lui valoir l’Oscar. Ça et les décennies d’oubli dont il avait fait l’objet jusqu’alors.

Il est excellent d’ailleurs, Wayne, parfait en bougon alcoolique (vraiment alcoolique pour le coup, pas juste capable d’avaler des tas de whisky sans frémir : il se met réellement misère, dans un état que les grandes stars du genre incarnaient bien peu souvent) et asocial. Grande performance d’un acteur qui accepte de bousculer son image si installée, littéralement habité par ce rôle.

En adaptant le roman de Charles Portis, le vieux briscard Hathaway a visiblement envie de dynamiter les codes du western. Il le fait partiellement, avec un ton original et une violence très percutante. La mort de Dennis Hopper (ce n’est pas un grand spoiler : a-t-il fini un film vivant à cette époque ?… ou après, d’ailleurs ?) est assez traumatisante.

Comme la fameuse scène du serpent d’ailleurs, même si le film d’Hathaway ne va pas au bout du traumatisme comme le feront les frères Coen dans leur remake. C’est bien là le pire défaut du film : la comparaison, inévitable, avec celui des Coen n’est jamais en sa faveur. Hathaway a des envies de rompre avec un certain classique, mais il reste constamment trop sage, faisant bien attention de ne pas dépasser certaines limites.

Les Coen seront nettement plus fous, plus intenses, plus rugueux, plus violents aussi. Reste un bon western, et un grand rôle pour John Wayne, qu’il reprendra d’ailleurs six ans plus tard dans Une bible et un fusil, cas unique dans sa carrière depuis la fin des années 30 (à la fin de sa période « B », il alors interprété huit fois le même rôle devant la caméra de George Sherman).

Le dernier des géants (The Shootist) – de Don Siegel – 1976

Posté : 8 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, CARRADINE John, SIEGEL Don, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Géants

Comment voulez-vous juger objectivement un tel film ? Franchement ? OK, ce n’est ni le meilleur Siegel, ni le meilleur Wayne. Il y a certes un petit quelque chose qui cloche dans le rythme, visuellement on ne peut pas dire que ce soit enthousiasmant. Ok pour tout ça. Mais quand même : this is history. Ou plutôt, c’est à un enterrement déchirant que l’on assiste, un double enterrement, même : celui du western classique, et celui du grand Duke lui-même.

C’est donc l’ultime film de John Wayne, qui se savait condamné par cette saloperie de cancer. Et qui accepte de jouer un vieux cow-boy condamné par le cancer. Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre la portée du truc. Y a-t-il, dans toute l’histoire du cinéma, l’équivalent ? Et avec une légende (encore) vivante de la stature de Wayne ? Sans doute pas. De toute façon, des légendes de cette stature, il n’y en a pas eu cinquante depuis l’invention du cinéma.

Forcément, le film est émouvant. Et beau, parce que ni la mise en scène de Siegel, ni l’interprétation de Wayne n’en rajoutent dans le pathos. Le film n’est pas parfait, mais il est digne. Magnifiquement digne. En se faisant diriger par le réalisateur fétiche de Clint Eastwood, l’une des figures du nouveau western, John Wayne sait qu’il fait désormais figure de vestige d’un temps révolu. Mais un vestige qui a de la gueule, quand même, et qui n’a pas l’intention d’abdiquer avant la fin.

Il y a bien quelques regrets qui pointent dans l’histoire d’amour qui aurait pu arriver entre Wayne et Lauren Bacall, mais c’est surtout le portrait d’un homme qui aura su rester fidèle à lui-même de bout en bout. Parle-t-on de John Wayne ou de son personnage ? Il n’y a plus vraiment de différence, comme le confirme la belle ouverture du film, suite d’extraits de westerns portés par le Duke à différents âges, de Stagecoach à El Dorado en passant par Hondo ou Rio Bravo.

Quant à l’apparition de James Stewart, dans le rôle du médecin qui diagnostique le cancer, voulue par Wayne lui-même, elle semble n’être là que pour souligner encore d’avantage le poids du temps qui passe, Stewart soulignant qu’ils ne s’étaient plus vus depuis quinze ans. Quinze ans : pile la durée qui sépare The Shootish de Liberty Valance… Le regard que porte James Stewart sur son vieil ami est en tout cas bouleversant.

Avec John Wayne, c’est la mythologie de l’Ouest sauvage qui disparaît. Ce vieil homme qui chevauche difficilement à travers le pays, obligé de glisser un coussin entre sa selle et son cul fatigué, arrive dans la ville comme un intrus. Lui a vieilli, mais n’a pas vraiment changé. Mais la ville se peuple de voitures automobiles et les rues sont en voie d’être pavées. La violence qu’il amène dans cette société qui se modernise est d’autant plus frappante qu’elle n’a plus rien de naturelle.

John Wayne est formidable dans ce rôle qui aurait pu tourner à l’autocaricature larmoyante. Constamment juste, émouvant mais droit, il fait là de bien beaux adieux.

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