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Archive pour la catégorie 'STEWART James'

Monsieur Smith au Sénat (Mister Smith goes to Washington) – de Frank Capra – 1939

Posté : 11 avril, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

Monsieur Smith au Sénat

Un jeune homme innocent et honnête affronte la corruption et le cynisme de politiciens aguerris dont il finira par éveiller les consciences… Ce pourrait être totalement naïf, et à vrai dire ça l’est bien un peu. Mais c’est surtout absolument magnifique, un pur bonheur que ce chef d’œuvre dans lequel Frank Capra résume parfaitement sa vision du monde et du cinéma.

Monsieur Smith (autrement dit, « monsieur tout le monde ») est un boy-scout. Vraiment. C’est aussi un homme qui croit profondément aux valeurs revendiquées par l’Amérique : cette liberté léguée par les pères fondateurs auxquels il rend un vibrant hommage dans ce film. « Il », c’est Smith, mais c’est Capra lui-même bien sûr, l’idéaliste pas si dupe que ça, l’humaniste qui sait au fond que le pouvoir des mots, si puissant soit-il, a ses limites.

Cette « feel good » comédie n’est pas si innocente qu’elle y paraît. Mine de rien, Capra y met en scène les limites du système politique, les compromissions, le cynisme, et les règles obscures qui sont les garantes de la démocratie. L’enjeu dramatique du film repose ainsi sur la capacité qu’a le jeune Sénateur Smith de rester debout et de garder la parole le plus longtemps possible…

Toute la dernière partie du film repose sur cet improbable suspense, a priori anti-spectaculaire au possible : un discours interminable… que Capra transforme en immense moment de cinéma. Il y a ces petits bonheurs : la voix tremblante de James Stewart, les regards crispés de Jean Arthur, la rondeur attachante de Thomas Mitchell, les sourires bienveillants de Harry Carey… Il y a surtout cet incroyable sens du rythme du cinéaste, qui donne l’impression d’un mouvement perpétuel alors même que les personnages ne quittent pas le Congrès.

Il n’y a sans doute que Capra pour réussir un tel film, pour rendre bouleversant l’affrontement à distance des grands médias téléguidés par le puissant Edward Arnold, et du petit journal amateur fabriqué avec les moyens du bord par une bande de gamins. Ou émouvante la découverte de Washington et de la statue de Lincoln par un Jeff Smith à peine sorti du giron maternel… Ou pour filmer la gêne de James Stewart face à une jolie fille en ne montrant que ses mains triturant maladroitement son chapeau.

Et si l’émotion est à ce point présente, c’est parce que Capra aime sincèrement ses personnages, qu’il filme avec une jolie bienveillance. Y compris le Sénateur joué par Claude Rains, héros déchu de l’innocent Jeff Smith, qui symbolise la traîtrise par rapport à l’héritage des pères fondateurs. Il y a ainsi une sorte de nostalgie de l’innocence qui baigne ce film pas si candide que ça. Une manière d’idéaliser la vie en gardant toute sa conscience. Du pur Capra, quoi…

* Ce chef d’œuvre fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus (notamment un commentaire audio et une évocation du film par le fils de Capra), et un livret de 25 pages.

L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) – de John Ford – 1962

Posté : 7 juin, 2015 @ 5:59 dans 1960-1969, FORD John, MILES Vera, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Homme qui tua Liberty Valance

« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». La postérité a essentiellement retenu cette réplique culte lancée par un journaliste à l’éthique très discutable (interprété par Carleton Young). A tel point qu’on en oublierait presque que, bien trente ans avant Clint Eastwood et son Impitoyable, John Ford s’est lancé avec ce chef d’œuvre dans une entreprise de démystification de la légende de l’Ouest, qui a pourtant largement contribué à sa propre légende.

Ford est dans la dernière ligne droite de sa longue carrière, et il le sait, aucun doute là-dessus : les quinze premières minutes, sublimes et bouleversantes, sont peut-être les plus nostalgiques de toute sa filmographie. Le retour dans l’Ouest de James Stewart et Vera Miles après des années d’absence, pour enterrer le mythe par excellence : John Wayne, dont on apprend qu’il a rangé les armes depuis longtemps, et qu’il a fini sa vie seul et oublié de tous.

Pas gai, mais d’une force inouïe. Ford ne se fait plus guère d’illusion, sur quoi que ce soit : sur sa propre carrière donc, mais aussi sur son pays, dont il a souvent exploré l’histoire par le passé. Comme beaucoup de westerns, L’Homme qui tua Liberty Valance se déroule dans une sorte d’entre-deux, alors que la civilisation et le droit s’apprêtaient à faire basculer un Ouest encore sauvage. Le triomphe de la démocratie ? Oui, mais au prix d’écoulements de sang qu’on aura vite fait de magnifier, et d’en gommer toutes les aspérités moins romantiques.

James Stewart, « monsieur Smith » en personne, est donc l’incarnation de ce que la jeune Amérique a de plus pur. L’antithèse de ce dinosaure de John Wayne, bras armé de l’histoire en marche, mauvaise conscience condamnée à être enterrée de son vivant. Un superbe sacrifié conscient de ce qu’il est et de la gène qu’il représente.

L’Homme qui tua Liberty Valance est un chef d’œuvre absolu, une superbe réflexion d’une lucidité et d’un cynisme incroyables sur la naissance de la démocratie. Mais Ford n’oublie pas le pur plaisir de spectateur : son film est, visuellement, une pure merveille dont l’utilisation des ombres est d’une beauté renversante, soulignant constamment le destin d’un John Wayne qui, même s’il a droit à ses moments de superbe (« That’s my steak, Valance »), est condamné à n’être que l’instrument dont on se débarrasse. Cynisme, nostalgie, et lucidité.

La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl) – de Robert Z. Leonard – 1941

Posté : 18 septembre, 2014 @ 2:18 dans 1940-1949, LEONARD Robert Z., STEWART James | Pas de commentaires »

La Danseuse des Folies Ziegfeld

Deux heures dix dans les coulisses du plus célèbre music-hall des années 30 et 40 ? Hmmm… La présence derrière la caméra de Robert Z. Leonard, réalisateur pas toujours très inspiré, pouvait laisser craindre le pire. Mais il y a à l’écran une poignée de stars qu’on ne s’attend pas forcément à voir dans le genre généralement très lisse de la comédie musicale, au côté de Judy Garland : Lana Turner et Heddy Lamar, deux actrices à la réputation plutôt sulfureuses, et James Stewart pour sa seule incursion dans le genre.

Pour être précis, Stewart ne pousse pas la chansonnette pas plus qu’il ne danse. Il se contente d’un rôle sympathique mais un peu en retrait du love interest de Lana Turner. Et pour être honnête, Heddy Lamar est très sage (et très belle) en épouse tiraillée entre sa nouvelle carrière de « girl » pour le music-hall de Ziegfeld, et son amour pour un mari qu’elle finit par délaisser. Aussi sage (et belle) que Judy Garland, dans un rôle d’étoile montante taillé sur mesure pour elle.

Seule Lana Turner apporte un peu de noirceur à son personnage, jeune femme simple et douce promise à un mariage d’amour, qui se laisse étourdir par l’argent facile et la grande vie que lui offre le vedettariat. Le contraste est fort, et marquant, entre l’adorable liftière du début du film, et l’alcoolique qui se laisse offrir des verres dans les arrières-salles de cafés peu fréquentables. Plutôt osé pour un film par ailleurs très comme il faut.

C’est un nouvel hommage énamouré au grand Ziegfeld, homme de théâtre qui a souvent inspiré le cinéma (William Powell l’a interprété à deux reprises dans Le Grand Ziegfeld, déjà réalisé par Robert Z. Leonard en 1936, et dix ans plus tard dans Ziegfeld Folies de Minnelli). Mais cette fois, l’hommage se fait indirect. L’homme semble omniprésent, son nom est sur toutes les lèvres, et il donne l’impression d’avoir la main sur tout ce qui se passe dans le film. Pourtant, jamais il n’apparaît à l’écran.

La véritable vedette, c’est le music-hall lui-même : les nombreux numéros, merveilleusement mis en scène et filmés par le grand Busby Berkeley (véritable co-réalisateur du film), et les nombreuses girls symbolisées par les trois personnages principaux, qui résument à elles seules les trois destins auxquels les vedettes peuvent s’attendre : devenir une grande star, préférer la vie d’une femme mariée, ou se brûler les ailes. Mais comme le dit le metteur en scène du show : « Vous ne pouvez pas blâmer Ziegfeld. Tout ce qui vous arrivera vous serait arrivé de toute façon. Peut-être moins rapidement, et moins fort… »

Le Grand Sommeil (The Big Sleep) – de Michael Winner – 1978

Posté : 30 août, 2014 @ 5:23 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, STEWART James, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Le Grand Sommeil Winner

Ce Grand Sommeil version 78 n’a à peu près qu’un intérêt : ce film est l’unique occasion de voir Robert Mitchum et James Stewart se donner la réplique. Un intérêt qui se limite donc à deux petites séquences de deux minutes, décevantes à tous points de vue. Même si Mitchum, qui a à peu près trente ans de trop pour jouer Marlowe, continue à enchaîner les rôles à cette époque, tous les deux sont loin de leur âge d’or. Et leur face à face, filmé sans le moindre talent, sonne particulièrement faux, devenant l’un des rendez-vous manqués les plus insupportables de toute l’histoire du cinéma.

Pas besoin de chercher loin pour trouver le fautif : Michael Winner, qui ose signer un scénario qui se contente de surfer entre celui du film de 46 (en tout cas dans la première partie) et le roman de Chandler en essayant de le rendre plus limpide, est surtout un réalisateur calamiteux. Même s’il a fait illusion avec une poignée de films (L’Homme de la loi), Winner révèle un « talent » à la hauteur des téléfilms de l’époque : visuellement affreux (usant des zooms et de petits flash backs en insert), et incapables d’installer une ambiance.

Autant dire que la comparaison, inévitable, avec le monument de Hawks est pour le moins cruelle. Soyons honnête : Winner n’essaie pas de rivaliser avec son aîné, et fait des choix à peu près systématiquement opposés. Alors que le film de Hawks ne reposait que sur l’atmosphère, au détriment souvent de la compréhension de l’histoire, Winner semble lui ne s’intéresser qu’à l’intrigue.

Il a tort, elle est bien trop complexe pour qu’on s’y intéresse vraiment si rien de séduisant ne nous y incite. Et il n’y a vraiment rien, pas même un plan un peu torché, pour habiter cette histoire platement illustrée, et qui manque cruellement de rythme. Mitchum promène sa dégaine fatiguée au milieu d’un casting totalement à côté de la plaque, et tristement terne comparé à Lauren Bacall et aux géniaux seconds rôles du film de Hawks. Le voir faire le boulot devant une caméra aussi paresseuse, lui qui a tourné pour les plus grands, à quelque jour de franchement déprimant.

Et même si au détour d’une réplique en voix off (« Je remarquai que ma télé était allumée. J’étais pas là. C’était donc quelqu’un d’autre. ») ou d’un meurtre filmé en ombre chinoise, Winner réussit à réveiller ponctuellement l’intérêt, son adaptation de Chandler est la plupart du temps pénible…

La corde (Rope) – d’Alfred Hitchcock – 1948

Posté : 4 juillet, 2013 @ 11:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

La corde (Rope) - d'Alfred Hitchcock - 1948 dans * Films noirs (1935-1959) la-corde

Pour la beauté du geste, deux jeunes homosexuels de la bonne société américaine assassinent l’un de leurs amis, cachent le corps, et invitent les proches de leur victime pour la soirée…

Pour cette nouvelle adaptation d’une pièce de théâtre, Hitchcock s’est amusé à multiplier les contraintes : non seulement il respecte parfaitement l’unité de lieu et de temps, mais le film est (évidemment) connu pour n’avoir été tourné qu’en un seul plan. C’était en fait techniquement impossible, les bobines de film n’excédant pas dix minutes de projection. Huit plans séquences s’enchaînent donc dans un unique mouvement, sans coupure apparente.

Ce parti-pris assumé par le grand Hitch est brillantissime, parce qu’il révèle l’incroyable regard du cinéaste, son sens de la mise en scène et de l’image, sa capacité à créer le mouvement et à éviter toute sensation de « théâtre filmé », déjà marquante dans Lifeboat, autre film aux contraintes exceptionnelles. Pour autant, ce parti-pris marque aussi la limite du film : certains raccords (des noirs formés par le dos des acteurs) sont un peu faciles, et cassent le mouvement par ailleurs formidable du film.

Et puis Hitchcock « triche » à plusieurs reprises. Le premier plan de la rue est coupé pour montrer la mort de David. Et une véritable coupure apparaît lorsque la mécanique bien huilée des deux tueurs se heurte à un premier écueil. Mais cette rupture inattendue n’est pas un accident : elle souligne habilement l’irruption du doute dans l’esprit de James Stewart, qui jouait pour la première fois sous la direction de Hitchcock.

Mais ces longs plans séquences (un choix visuel qu’Hithcock a tenté en vain de reprendre dans Les Amants du Capricorne, sont film suivant) sont formidablement utilisés par le cinéaste, qui crée un rythme particulier, mais d’une fluidité exemplaire. Jamais ses énormes contraintes ne semblent gêner la caméra, dont les mouvements sont bien plus importantes que le scénario, édifiant mais réduit à sa plus simple expression (même si le film pose la question de la responsabilité des enseignants, de la notion de bien et de mal, et du cynisme de la classe aisée).

Il y a un paradoxe dans le cinéma d’Hitchcock : on sent que chaque cadrage, et le moindre mouvement de caméra, sont pensés et préparés au millimètre, et que rien n’est laissé au hasard ; et pourtant, il y a une fraîcheur et une sensation d’évidence quasi-unique qui se dégage de ses films. Avec La Corde, ce paradoxe est poussé à l’extrême, et le plaisir est immense…

Appelez Nord 777 (Call Norhside 777) – de Henry Hathaway – 1948

Posté : 22 mai, 2013 @ 4:43 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry, STEWART James | Pas de commentaires »

Appelez Nord 777 (Call Norhside 777) – de Henry Hathaway – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) appelez-nord-777

Le film d’Hathaway s’inspire d’un fait authentique. Une petite annonce a attiré l’attention d’un journaliste américain : une vieille dame lançait un appel à quiconque pourrait donner une information qui permettrait d’innocenter son fils, emprisonné depuis onze ans pour le meurtre d’un policier. Le point de départ est déjà passionnant, mais l’implication du journaliste, les problèmes de société que son enquête soulève (la place du journaliste, le sérieux de la police…), et l’approche choisie par Hathaway, font du film une œuvre majeure.

C’est un style quasi-documentaire que le cinéaste adopte : une voix off qui intègre constamment l’enquête dans son contexte historique, un noir et blanc au grain épais proche des authentiques images d’archive, et la décision de tourner dans les vrais décors du drame. Les rues de Chicago sont celles où le journaliste a vraiment enquêté, la prison est celle où le fils a passé onze ans de sa vie… Il y a un vrai accent d’authenticité dans ce film, notamment dans sa manière de montrer la communauté polonaise, au cœur de l’histoire.

Les quartiers populaires et miséreux, où les appartements transpirent la pauvreté et la promiscuité, sont formidablement filmés, tout comme ces bars innombrables qui semblent totalement privés de joie et d’entrain. C’est l’une des grandes forces du film : réussir à faire ressentir le quotidien miséreux de cette communauté d’immigrés qui peinent à se trouver une place dans cette Amérique pas si accueillante. Un quotidien qui contraste avec celui du journaliste et de sa jeune épouse, image presque stéréotypée du couple américain moyen, qui boit des bières en faisant des puzzles.

James Stewart, forcément, est le choix idéal pour jouer cet Américain au grand cœur, lueur d’espoir dans une société qui n’accorde pas la même chance à tous. C’est aussi un grand film sur le monde de la presse, avec une vision certes romantique du métier de journaliste, mais parfaitement lucide : Stewart joue certes les redresseurs de tort, mais son enquête répond d’abord à la nécessité de plaire aux lecteurs, et aux financeurs. Call Northside 777, chef d’œuvre de plus à mettre au crédit d’un Hathway décidément très sous-évalué, est un grand film américain..

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962

Posté : 19 mars, 2013 @ 6:48 dans 1960-1969, FORD John, HATHAWAY Henry, MARSHALL George, STEWART James, THORPE Richard, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Conquête de l’Ouest (How the West was won) – de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall (et Richard Thorpe) – 1962 dans 1960-1969 la-conquete-de-louest

La démesure est le mot qui définit le mieux ce western hors norme, expérience à peu près unique dans l’histoire du cinéma. Près de trois heures de métrage, un écran qui n’en finit plus de s’élargir (le film est tourné en Cinérama, un procédé qui a fait long feu, qui implique l’utilisation de trois caméras simultanément, et la projection sur trois écran, plongeant ainsi le spectateur au cœur de l’action), des tas de stars parfois réduites à des apparitions (John Wayne, James Stewart, Henry Fonda, Gregory Peck et beaucoup, beaucoup d’autres), et même trois grands réalisateurs : Ford, Hathaway et Marshall.

L’ambition, surtout, est de réunir dans un même film toutes les grandes figures du western. A travers le destin d’une famille de pionniers, c’est toute la conquête de l’Ouest qui est racontée : plus de trente ans d’épopée à travers trois générations de cette famille Prescott : Agnes Moorehead, Karl Malden et leurs descendants.

Le long voyage des colons, les guerres indiennes, la guerre civile, la construction du chemin de fer, l’arrivée de la loi dans l’Ouest encore sauvage… Le film est une suite de cinq épisodes inégaux et à peu près indépendants (la famille Prescott sert de fil conducteur) auxquels il manque sans doute un peu plus de cohérence. Mais à travers ces destins hors normes, c’est toute l’histoire américaine du XIXème siècle que le film retrace, rien moins.

Hathaway signe la majeure partie du film : trois des cinq épisodes qui ouvrent et ferment le film, lui donnant ses bases et son rythme. Ford, lui, signe le plus court, et visuellement le plus impressionnant : celui consacré à la guerre civile, dont on ne voit pas grand-chose, si ce n’est les conséquences sur les hommes. Pas de scène de bataille, dans cette parenthèse très sombre, mais deux dialogues en parallèle, au soir de la bataille de Shiloh, l’une des plus meurtrières de toute cette guerre : le général Sherman (Wayne) qui réconforte le général Grant, et deux soldats de base, l’un Nordiste l’autre Sudiste, qui partagent la même horreur des combats. C’est là que figure le plus beau moment du film : le jeune Nordiste (George Peppard) boit de l’eau dans la rivière, lui trouve un goût étrange, et réalise qu’elle est rouge du sang des centaines de morts…

Quant à l’épisode consacré au chemin de fer (signé Marshall), il est le plus spectaculaire, utilisant merveilleusement le Cinerama dans une séquence de fusillade sur le train lancé à pleine vitesse. Impressionnant, comme cette hallucinante cavalcade de centaines de bisons qui dévastent tout sur leur passage, ne laissant derrière eux que morts et ruines.

Pourtant, malgré sa démesure et ces quelques morceaux de bravoure, cette énorme production laisse un sentiment nostalgique et cruel. Ce qui marque dans cette épopée de l’Ouest américain, ce sont les sacrifices humains, et le poids du temps qui passe. Les hommes meurent, laissant les femmes passer le témoin à leur place. Les générations passent, et c’est avec ces morts que la société avance, pour le meilleur ou pour le pire.

Pas de grand héroïsme ici. Même les plus braves (comme le personnage de James Stewart), qui accomplissent les actions les plus nobles, meurent seuls. Le film, qui se veut une ode à l’esprit d’entreprise des pionniers américains, porte clairement la marque de vieux briscards qui ne se font plus guère d’illusion sur la vie et leur place dans le monde…

Les Affameurs (Bend of the River) – d’Anthony Mann – 1952

Posté : 28 février, 2013 @ 4:20 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Affameurs (Bend of the River) - d'Anthony Mann - 1952 dans 1950-1959 les-affameurs

Encore une merveille signée Anthony Mann. Ce western à la fois intime et à grand spectacle résume admirablement tout ce qu’a apporté le cinéaste à un genre qui lui a bien réussi, de Winchester 73 à La Ruée vers l’Ouest en passant par quelques chefs d’œuvre.

Dans Les Affameurs, on retrouve James Stewart bien sûr, une nouvelle fois admirable en cow-boy au passé trouble, tiraillé entre ses démons et ses idéaux. On retrouve aussi l’utilisation exceptionnellement précise des décors (naturels) : comme dans L’Appât, chaque élément du décor semble avoir une utilité, chaque caillou, chaque souche, chaque colline. La nature, omniprésente, est un personnage à part entière de l’histoire, à la fois accueillante (le fleuve qui offre un réconfort bienvenu à la troupe) et menaçante (la montagne qui domine constamment l’action, promesse d’une rencontre à hauts risques au sommet)…

Stewart est un ancien pillard qui ne rêve que d’une vie de fermier, et qui guide une caravane de colons à travers le pays. Après une pause à Portland, ville calme et accueillante où ils commandent des vivres pour l’hiver, ils continuent leur route et s’installent. Mais l’hiver arrive, et pas les vivres. Stewart retourne à Portland réclamer son dû, et trouve une ville au visage radicalement transformé par la découverte d’or dans la région.

Des portraits d’hommes et de femmes passionnants, des relations humaines complexes et sans concession… Bend of the River est un film d’une richesse assez rare. En moins d’une heure et demi, Mann nous fait passer d’une bluette légère et charmante à un film d’une noirceur abyssale. En fil conducteur : l’amitié de Stewart et Arthur Kennedy, deux êtres qui partagent le même passé, et qui se comprennent sans un mot (la manière dont chacun réagit à l’évocation du nom de l’autre, lors de leur rencontre, en dit plus que tous les dialogues qui suivent sur le passé de ces deux-là), qui partagent les mêmes idéaux, les mêmes façons de faire, mais qui ne feront pas les mêmes choix.

Pas la moindre baisse de rythme dans ce chef d’œuvre qui fait le lien entre tous les westerns de Mann.

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956

Posté : 12 janvier, 2013 @ 3:50 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

L’Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) – d’Alfred Hitchcock – 1956 dans * Films noirs (1935-1959) lhomme-qui-en-savait-trop-56

« A single crash of cymbals, and how it rocked the lives of an american family »

De toute évidence, ce n’est pas le film le plus personnel d’Hitchcock, ni le plus ambitieux, puisqu’il se contente de refaire son propre film de 1934. Mais ce second The Man who knew too much illustre parfaitement le degré de perfection qu’Hitchcock avait atteint derrière la caméra. Pas de pari insensé ici, du genre tourner dans un canot de sauvetage (Lifeboat), ou se limiter à de longs plans de dix minutes (La Corde). Pas de profond mystère non plus, en particulier pour ceux qui ont vu l’excellente première version. Non, ici, Hitchcock s’offre un pur exercice de style : ou comment faire d’un suspense assez classique un grand classique tout court.

Le résultat est ébouriffant. De la première à la dernière image, pas une seconde de trop dans ce film formidable : Hitch nous ballotte d’une émotion à l’autre. Amusé, ému, effrayé… Le couple Doris Day/James Stewart est formidablement attachant, et la manière dont le cinéaste introduit ses personnages est absolument magistrale.

Tout semble évident dans ce film, mais rien ne l’est vraiment bien sûr. Hitchcock, par exemple, réussit à nous tenir en haleine pendant plus de dix minutes avec la recherche d’un homme, Ambrose Chapel, qui se révèle sans le moindre intérêt. L’action s’arrête durant de longues minutes pour laisser Doris Day chanter le fameux « Que sera, sera »… Qu’importe si l’intrigue se perd dans ces digressions, parce que l’intrigue à proprement parler n’est qu’un prétexte. Comme souvent chez le cinéaste, l’important est la manière de nous emmener à l’endroit où il veut nous conduire.

En l’occurrence, le marché de Marrakesh (tournée en studio, mais qui dégage une étonnante impression de réalité), la scène de la chapelle, et tous les autres épisodes génialement réalisés, avec une inspiration de chaque instant, nous dirigent vers cette hallucinante séquence de l’Albert Hall. Sans un mot, avec un montage étourdissant de quelques 120 plans, Hitch réussit l’une des scènes les plus dramatiques et les plus riches en suspense de toute l’histoire du cinéma.

La Flèche brisée (Broken Arrow) – de Delmer Daves – 1950

Posté : 22 août, 2012 @ 4:09 dans 1950-1959, DAVES Delmer, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Flèche brisée

« Funny, it never stroke me an Apache woman would cry her son like any other woman »

Pour la 500ème chronique de Playitagain, pas question de voir n’importe quoi… C’est du grand, du très grand western que je vous propose. Et pour Delmer Daves et James Stewart, avoir cet insigne honneur est le couronnement de toute une carrière ! Si, si…

Le film commence par une voix off qui s’excuse presque : « la seule liberté prise avec la liberté est que les Apaches parlent en anglais ». Cet aveu même confirme que La Flèche brisée est une date importante dans l’histoire des Indiens au cinéma : pour la première fois ou presque, un film hollywoodien prend fait et cause pour la nation indienne, en la filmant comme une vraie nation, et pas comme des sauvages à peine humains.

Et cette petite révolution se fait tout à fait consciemment : le personnage principal interprété par James Stewart est, au début du film, animé par les mêmes préjugés qui habitent le cinéma hollywoodien depuis un demi-siècle : « Je n’avais jamais pensé qu’une mère Apache puisse pleurer ses fils » lance-t-il, toujours en voix off. Cette révélation résume bien l’âme de ce film magnifique, le sommet de la filmographie inégale de Delmer Daves.

Tout sonne juste dans ce western, plus peut-être que dans aucun autre western avant, et même depuis. Une scène pour exemple : celle du « saloon », lieu qui mérite des guillemets tant il semble éloigné des habituels lieux de perdition de cow-boys vidant whiskys sur whiskys. Ici, le saloon ressemble bien plus à une pension tranquille qui sent l’ennui, loin des musiques trépidantes, des filles faciles et des champions de poker qui peuplent les saloons dans des centaines de westerns. Il y a même des mouches qui volent dans ce lieu ni lugubre, ni excitant, juste banal.

Pas d’angélisme, non plus : les Indiens peuvent réellement être sanguinaires et sans pitié. Mais le film de Daves remet les événements dans leur contexte : les atrocités des Apaches répondent à ce qui est bien plus qu’une « simple » invasion, les bons blancs traitant les Indiens comme des animaux sauvages qu’il faut abattre.

Dans ce contexte, le personnage de Jefford (Stewart), éclaireur parfaitement intégré aux Américains blancs, ne va pas tarder à faire figure de pestiféré (comme le John Dunbar de Danse Avec les Loups, cinquante ans plus tard), lui qui a sauver de la mort un jeune Indien blessé, s’attirant l’amitié d’Apaches dont il deviendra le porte-parole.

Mais le poids de l’histoire pèse sur ce film magnifique, passionnant et tragique, l’un des plus beaux westerns du monde.

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