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Archive pour la catégorie 'STEWART James'

L’Odyssée de Charles Lindbergh (The Spirit of St. Louis) – de Billy Wilder – 1957

Posté : 21 mai, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, STEWART James, WILDER Billy | Pas de commentaires »

L'Odyssée de Charles Lindbergh

On n’attendait pas Wilder dans un tel projet, relativement hagiographique : l’histoire de la mythique traversée de l’Atlantique par Charles Lindbergh, d’après les mémoires de ce dernier. Le film occulte complètement tout ce qui n’a pas trait à l’aviation, tous les aspects détestables du personnage. Le choix est radical, et payant : qu’importe finalement la personnalité de Lindbergh, ce n’est pas l’homme qui intéresse Wilder, mais la grandeur de l’épopée.

On n’attendait pas Wilder sur ce terrain. Pourtant, le film est une grande réussite, et un film qui porte très clairement la patte de son auteur. Dans les quelques moments de comédie bien sûr, en particulier une irrésistible et courte séquence sur un aérodrome militaire, avec Carleton Young en officier exaspéré. Mais aussi dans quelques détails typiquement wilderiens, qui rattachent Lindbergh, seul dans son cockpit, à l’humanité qu’il a quittée en décollant: ce miroir si important, ou cette mouche avec laquelle se noue un dialogue inattendu.

Wilder est un auteur complet. Son film est aussi remarquable pour l’intelligence de son scénario que pour la précision de sa mise en scène, y compris dans les longs passages où Lindbergh est seul dans son avion, où l’intérêt est constamment relancé par un incident, un sourire, un plan inattendu.

James Stewart fait aisément oublier qu’il a vingt-cinq ans de trop pour son rôle. Les cheveux peroxydés, l’œil toujours aux aguets, cette moue qui passe si aisément du sourire à l’inquiétude… Il est (forcément) formidable dans ce rôle iconique, dont il ne retient justement que cet aspect d’icône, avec une humanité magnifique. Et un beau mélange de gravité et de légèreté, comme lorsqu’il lance aux pêcheurs qu’il survole : « Which way to Ireland ? » et se demande pourquoi ils ne lui répondent pas…

On connaît la fin. Sans vouloir spoiler outre-mesure : il va le traverser, cet océan atlantique. Pourtant, on vit l’incertitude, les angoisses, les rêveries de ce personnage confronté à lui-même, qui se remémore les événements qui l’ont amené à traverser cette immensité d’eau enfermé dans un espace si petit. On tremble avec lui, on piquerait presque du nez avec lui, et on ressent une émotion immense lorsqu’on découvre les paysages (si caricaturaux) d’Irlande, où qu’on survole enfin Paris (si caricaturale).

Cette année-là, Wilder touche à tous les genres : la comédie (Ariane), le drame judiciaire (Témoin à charge) et l’odyssée humaine. Avec la même intelligence, la même intensité, et la même réussite. Un grand, définitivement.

M. Hobbs prend des vacances (Mr. Hobbs Takes a Vacation) – de Henry Koster – 1962

Posté : 4 mars, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, KOSTER Henry, O'HARA Maureen, STEWART James | Pas de commentaires »

M Hobbs prend des vacances

Petite chose sans grande ambition, sans prétention, mais avec un charme énorme. Charme qui repose évidemment, et largement, sur son couple vedette : Maureen O’Hara et James Stewart, deux grands acteurs fordiens, irrésistibles dans cette comédie de famille et de vacances, aussi inconséquente que séduisante.

M. et Mme Hobbs ont devant eux un mois entier de vacances. Lui aimerait qu’ils le passent en couple. Elle préfère réunir dans une vieille maison au bord de la mer tous leurs (grands) enfants, leurs conjoints respectifs, et leurs affreux rejetons. Peut-être la dernière occasion qu’ils auront de réunir toute la famille sous un même toit.

Cette comédie d’Henry Koster est sans doute le film qu’il faut voir quand nos enfants grandissent et s’apprêtent à vivre leur vie. A la fois comme une sorte de guide du grand-parent idéal, blindé face à toutes les contrariétés. Mais aussi pour rappeler que, peut-être, non seulement la vie continue, mais elle recommence d’une certaine façon.

Rien ne leur est épargné, aux Hobbs : ni une plomberie récalcitrante, ni des visiteurs envahissants, ni les inquiétudes habituelles des parents, ni même une cuisinière acariâtre… Autant d’épisodes qui donnent des moments souvent drôles. De l’émotion, aussi : on retiendra notamment la sortie en mer du papa avec son plus jeune fils, où le danger, bien réel, ne sert qu’à renforcer joliment les liens entre père et fils, autour de quelque chose de tangible, loin des écrans de télévision qui isolent (déjà en 1962).

Mais quelles que soient les circonstances, quelle que soit l’adversité, il reste ce couple : James Stewart, modèle de patience et de bienveillance, et Maureen O’Hara, grand-mère idéale dont l’abattage et la beauté éclipsent toutes les jeunettes de ce bord de mère. C’est une comédie charmante et bien innocente, à laquelle ces deux immenses acteurs donnent une belle dimension.

Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a murder) – d’Otto Preminger – 1959

Posté : 31 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, POLARS/NOIRS, PREMINGER Otto, STEWART James | Pas de commentaires »

Autopsie d'un meurtre

Le monde judiciaire est une source d’inspiration sans fin pour le cinéma américain. Un sujet qui a souvent donne de belles choses, voire d’authentiques chef d’œuvre. Dire simplement que Autopsie d’un meurtre est le plus grand de tous, et le film ultime sur le sujet, suffit donc sans doute à souligner l’importance de ce film immense de Preminger.

En 2h40 d’une fluidité exemplaire, qui se dévorent avec gourmandise et sans le moindre temps mort, sans la moindre baisse de régime, Preminger décortique le travail d’un avocat, depuis le moment où une affaire lui est proposée, jusqu’à l’instant du verdict final. Entre-temps, le procès lui-même occupe bien sûr une place primordiale, mais le cinéaste ne sacrifie par les autres aspects de l’affaire.

L’affaire, d’abord, est inhabituellement simple : un homme jaloux a tué le violeur de sa jeune femme. La question n’est pas de savoir si l’accusé est coupable, ou non : le doute est rapidement évacué, pour ne pas parasiter le vrai propos du film, cette volonté de faire naître le suspense et l’émotion des détails parfois les plus anodins de la procédure judiciaire.

Cela passe par moments par la seule force de la mise en scène, d’une précision et d’une intelligence extrêmes. Comme dans cette scène où un témoignage crucial pour la défense est mis à mal, et où l’avocat semble de plus en loin à l’arrière-plan. Un truc à la fois simple, subtil, et d’une immense efficacité.

Cet avocat que joue James Stewart, immense. Magnifique tout au long du film, de ses doutes initiaux, jusqu’à cette scène où, avec ses deux aides, il attend le verdict dans une petite pièce close.

Tous les codes du film de procès sont là, transcendés. Les jeux d’avocats, la manière dont ils utilisent l’humour pour se mettre public et jury dans la poche, les joutes verbales avec le procureur (George C. Scott), le témoin maltraité, le juge bonhomme…

Tout est là, fidèle à l’image que l’on a du genre, et pourtant différent. En partie grâce à la précision du scénario et de la mise en scène. En partie aussi grâce à l’utilisation de la musique de Duke Ellington, et à l’importance qu’elle prend dans ce film superbe et très jazzy.

Mariage incognito (Vivacious Lady) – de George Stevens – 1938

Posté : 2 novembre, 2019 @ 8:00 dans 1930-1939, STEVENS George, STEWART James | Pas de commentaires »

Mariage incognito

Ginger Rogers, James Stewart… Qu’importe la réussite du film, presque : ces deux seuls noms suffiraient à mon bonheur. Et comme le film est vraiment réjouissant… George Stevens n’est ni La Cava, ni Capra, ni Sturges (Preston), ni même McCarey. Il lui manque sans doute cette originalité, ce petit quelque chose en plus, qui ferait de lui l’un des grands spécialistes du genre. Mais il signe là une comédie au rythme impeccable, et franchement emballante par moments.

Le point de départ évoque un autre film avec Ginger Rogers, Primrose Path. Dans les deux films, tout commence idéalement, par le coup de foudre d’un homme et d’une femme très différents l’un de l’autre, qui se marient très vite, mais dont le bonheur sera contrarié par l’entourage. Ici, le problème vient du fait que ce couillon de James Stewart n’arrive pas à expliquer à ses riches parents qui attendent tant de lui qu’il s’est marié en douce, qui plus est avec une artiste de music-hall.

La comparaison entre les deux films ne va pas plus loin. Contrairement au film de Gregory La Cava, Vivacious Lady n’est absolument pas ancré dans un quelconque contexte social. On est ici dans la comédie la plus pure, et la plus dénuée de vrai drame. Des quiproquos et des portes qui claquent, plutôt que de l’angoisse et de la misère. Léger ? Oui, totalement, mais une légèreté portée par des acteurs qui savent transcender cette légèreté.

On a certes envie de le baffer, ce couillon de James, de trembler à ce point devant son père, Charles Coburn, dont on sait pourtant qu’il aboie plus qu’il ne mord vraiment. Mais il a cette manière si particulière d’être couillon, avec cette voix chevrotante et ces gestes maladroits. Et puis Ginger Rogers a ce regard si bienveillant qui fait tout oublier… Pas une femme effacée pour autant, loin de là : elle est notamment géniale dans une scène de baston irrésistible avec sa rivale, qui se termine par un direct en pleine face de beau-papa !

Tout ça se terminera exactement comme on s’y attend, bien sûr. Mais entre-temps, on aura eu droit à quelques scènes mémorables, notamment l’arrivée de l’épouse incognito dans la salle de classe de son professeur de mari. On la première cigarette partagée entre Ginger et sa belle-mère. Que voilà une petite chose pleine de charme…

La Tempête qui tue (The Mortal Storm) – de Frank Borzage – 1940

Posté : 3 avril, 2019 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, BORZAGE Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

The Mortal Storm

Encore un chef d’œuvre à mettre au crédit de Borzage, qui vit alors un second âge d’or de sa carrière, après celui de la fin du muet. Un Borzage très en phase avec les affres de son époque, qui conclut ici une sorte de trilogie informelle consacrée à la montée du nazisme en Allemagne, après Little Man, what now ? (où les premiers signes de haine et de totalitarisme se banalisaient) et Three Comrades (qui allait plus loin encore).

Sublime héroïne tragique de ces trois films, Margaret Sullavan est une nouvelle fois au cœur de The Mortal Storm, pour lequel Borzage fait un petit saut dans le temps. Nous voilà désormais en 1933, dans une petite ville du Sud de l’Allemagne que la proximité des montagnes semble devoir préserver des soubresauts de l’époque. Le film commence d’ailleurs comme une fable bienveillante, où le père de Margaret, professeur respecté et aimé de tous, fête joyeusement ses 60 ans entourés de ses proches.

Mais en plein repas d’anniversaire, la radio annonce l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Et là, un vent glacial semble sortir de la caméra de Borzage qui, sans en rajouter, filme la joie exhubérance des beaux-fils du prof (parmi lesquels Robert Stack) et d’un ami étudiant (Robert Young), et l’angoisse mutique d’un autre étudiant (James Stewart) et du vieux patriarche. Qui n’est pas exactement l’incarnation parfaite du bon Aryen.

Ce repas d’anniversaire flottera comme un fantôme terrible sur la suite des événements… Parce que les vœux d’harmonie perpétuelle ne tardent pas à voler en éclat, chez cette jeunesse qui découvre les bienfaits de l’intolérance et du totalitarisme, face à ce professeur qui découvre avec horreur l’échec généralisé de toutes les valeurs qu’il pensait avoir transmises à ses élèves.

En se concentrant sur ce microcosme comme coupé du monde, loin en tout cas des grands mouvements populaires de Berlin ou des inquiétudes du reste du monde, Borzage signe l’un des films anti-nazis les plus forts et les plus bouleversants qui soit. On n’est qu’en 1940, et l’Amérique reste encore très en retrait des événements qui se déroulent en Europe. The Mortal Storm est ainsi l’un des premiers films hollywoodiens à dénoncer le Nazisme avec autant d’acuité et d’engagement, évoquant déjà les camps et tout l’aveuglement meurtrier du régime nazi.

Peu de films ont décrit avec autant de force l’aliénation d’un pays, et les effets sur la vie d’individus balayés par cette « tempête » soufflée par la folie des hommes. Borzage entremêle l’intime et le spectaculaire, et fait naître l’horreur, la terreur et l’émotion de petits détails, d’un simple regard, d’une ombre sur un mur, ou de ce plan bouleversant des mains de Mme Breitner serrant la coupe de mariage, objet symbolique du film.

Il y a une vérité incroyable qui se dégage du film, et de ses personnages. Pas une faute de goût dans le choix des acteurs. Margaret Sullavan et James Stewart (le couple hongrois inoubliable de The Shop around the corner) forme un couple romantique et tragique. Ils sont tous les deux magnifiques.

Je suis un aventurier (The Far Country) – d’Anthony Mann – 1954

Posté : 1 février, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Je suis un aventurier

S’il y a une constante dans les westerns du duo James Stewart-Anthony Mann, c’est bien l’importance qu’y prend la nature. Qu’elle que soit la manière dont elle s’inscrit dans le film, d’ailleurs. Et The Far country est, en cela, aux antipodes de The Naked Spur, western dépouillé à l’intrigue resserrée.

Cette fois, Mann fait le choix du grand spectacle, des grands espaces, mais aussi d’une intrigue volontairement lâche. A vrai dire, toute la première moitié est même quasiment privée de vrai fil narratif : la caméra de Mann semble errer dans ce Nord sauvage au hasard des rencontres, des choix et des mésaventures de son héros, aventurier faussement en quête de fortune.

Faussement, parce qu’on sent bien que l’aventure est un but en elle-même, et qu’il ne partage pas le besoin de son fidèle acolyte (le plus grand geignard de l’histoire du western, Walter Brennan) de se retirer dans un petit ranch bien tranquille, malgré la clochette qui l’accompagne partout : cette clochette fixée à sa selle dont il dit à qui veut l’entendre qu’il l’accrochera à la porte de sa maison… plus tard.

James Stewart est une nouvelle fois immense dans cette déambulation fascinante dans ce « far country », l’Alaska de 1896, dernier bastion sauvage où la société et l’ordre restent à construire. Tout un symbole, pour ces éternels aventuriers de l’Ouest sauvage, espèce en voie de disparition forcée de monter vers le Nord pour échapper à la civilisation déjà ordonnée. Ici, la loi est encore autoproclamée : elle prend les traits de John McIntire, génial en faux juge odieux et roublard.

Paysages grandioses, couleurs magnifiques, rythme incroyable… Nouvelle grande réussite pour Anthony Mann, à qui on pardonne volontiers le côté un peu cheap du troupeau censé être énorme mais qui se limite à l’écran à une quinzaine de bêtes égarées. Bizarre, mais jamais au point de gâcher l’immense plaisir que procure ce western indispensable. Comme tous les autres du tandem, qui chaque fois réussit à se réinventer pour signer un jalon majeur du genre.

Femme ou démon (Destry rides again) – de George Marshall – 1939

Posté : 18 décembre, 2018 @ 8:00 dans 1930-1939, DIETRICH Marlene, MARSHALL George, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

Femme ou démon

1939, grande année pour le western qui sort de la torpeur dans laquelle il végétait depuis l’échec de The Big Trail, presque dix ans plus tôt. Stagecoach est le déclencheur et le symbole de cette renaissance. Il n’est pas le seul. Parmi les autres pépites westerniennes qui sont sorties de l’usine à rêve cette année-là, Destry rides again est un peu à part.

Alors que le genre affichait un certain sérieux, le film de George Marshall se permet des digressions humoristiques. Sur un fond sombre et même franchement noir, d’accord, mais quand même : le ton adopté par le réalisateur apparente souvent le film à une comédie. Ce qu’il n’est pas tout à fait.

Quand même : la première apparition de James Stewart (après vingt minutes de film) est totalement irrésistible, et annonce la couleur. Ce personnage là, le premier de Stewart dans l’univers du western, dont il deviendra l’une des grandes figures quelques années plus tard, n’a strictement rien à voir avec ceux qu’il interprétera dans les années 50. Ou avec la figure traditionnelle du héros de western, d’ailleurs.

L’homme, attendu comme le messie (vengeur) pour remettre de l’ordre dans une ville livrée à la violence et à la corruption, apparaît une ombrelle à la main, une cage à oiseaux dans l’autre… et sans arme à la ceinture. Une apparition irrésistible, d’autant plus qu’elle contraste avec les postures de dur de Jack Carson, toujours impec en grande gueule un peu ridicule.

L’homme, donc, refuse de porter une arme, mais ce n’est pas sa plus grande singularité. Ce qui marque surtout, c’est son assurance bonhomme, cette manière qu’il a de systématiquement désamorcer la violence qui ne demande qu’à exploser, en acceptant d’être le fruit des moqueries. Une ode à la non-violence ce type, qui gagne le respect de tous en prenant à peu près le contre-pied systématique de tous les durs de western qui l’ont précédé ou qui le suivront dans l’histoire du genre.

Le film est très réussi : George Marshall a rarement été aussi inspiré qu’ici, avec une mise en scène pleine de rythme et d’emphase, et de superbes mouvements d’appareil qui mettent particulièrement valeur les décors de la ville, dans lesquels chacun des habitants semble avoir un rôle à jouer. Mais malgré toutes ses (nombreuses) qualités, le film ne serait pas le même, sans doute pas aussi mémorable, sans James Stewart.

L’acteur, pourtant, n’est qu’un choix de replis : le film avait d’abord été proposé à Gary Cooper, qui l’a refusé semble-t-il parce qu’il n’était pas assez payé. Tant mieux : Stewart, acteur génial de comédie, réinvente littéralement la notion de héros de film d’action, avec ce mélange unique de candeur, d’amusement, de dureté et de tragique.

Et non, je n’oublie pas Marlene Dietrich, merveilleuse en garce sans morale qui s’humanise peu à peu au contact de cet ovni de James Stewart. Pour elle aussi, c’est une première incursion dans le genre. Et comme Stewart, le film lui offre une belle occasion de jouer sur des registres différents, entre la comédie (avec une bagarre homérique entre deux femmes dans un saloon), le drame… et la chanson bien sûr.

Le film est marqué par plusieurs chansons de la belle, non pas comme des intermèdes, mais comme autant de façons de recentrer l’action et ses enjeux. Là aussi, la mise en scène de Marshall est parfaite, et évite cette sensation souvent gênante selon laquelle les morceaux musicaux seraient des scènes à part. Pas de ça ici : tout est d’une remarquable fluidité, jusqu’à la montée en puissance finale, où l’humour est reléguée pour de bon aux arrières-plans.

Et quel final : une horde de femmes qui mettent brutalement fin au grand affrontement entre les gentils et les méchants, et qui investissent soudain le saloon, lieu de débauche. A vrai dire, c’est l’écran tout en entier qu’elles semblent occuper, dévorer même. Une scène à peu près unique en son genre, qui confirme à sa manière le sort que le film réserve à la violence en général : ce parti-pris très fort selon lequel les morts les plus violentes ne sont pas montrées. Un western à part, je vous dis…

Le dernier des géants (The Shootist) – de Don Siegel – 1976

Posté : 8 novembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, CARRADINE John, SIEGEL Don, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Dernier des Géants

Comment voulez-vous juger objectivement un tel film ? Franchement ? OK, ce n’est ni le meilleur Siegel, ni le meilleur Wayne. Il y a certes un petit quelque chose qui cloche dans le rythme, visuellement on ne peut pas dire que ce soit enthousiasmant. Ok pour tout ça. Mais quand même : this is history. Ou plutôt, c’est à un enterrement déchirant que l’on assiste, un double enterrement, même : celui du western classique, et celui du grand Duke lui-même.

C’est donc l’ultime film de John Wayne, qui se savait condamné par cette saloperie de cancer. Et qui accepte de jouer un vieux cow-boy condamné par le cancer. Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre la portée du truc. Y a-t-il, dans toute l’histoire du cinéma, l’équivalent ? Et avec une légende (encore) vivante de la stature de Wayne ? Sans doute pas. De toute façon, des légendes de cette stature, il n’y en a pas eu cinquante depuis l’invention du cinéma.

Forcément, le film est émouvant. Et beau, parce que ni la mise en scène de Siegel, ni l’interprétation de Wayne n’en rajoutent dans le pathos. Le film n’est pas parfait, mais il est digne. Magnifiquement digne. En se faisant diriger par le réalisateur fétiche de Clint Eastwood, l’une des figures du nouveau western, John Wayne sait qu’il fait désormais figure de vestige d’un temps révolu. Mais un vestige qui a de la gueule, quand même, et qui n’a pas l’intention d’abdiquer avant la fin.

Il y a bien quelques regrets qui pointent dans l’histoire d’amour qui aurait pu arriver entre Wayne et Lauren Bacall, mais c’est surtout le portrait d’un homme qui aura su rester fidèle à lui-même de bout en bout. Parle-t-on de John Wayne ou de son personnage ? Il n’y a plus vraiment de différence, comme le confirme la belle ouverture du film, suite d’extraits de westerns portés par le Duke à différents âges, de Stagecoach à El Dorado en passant par Hondo ou Rio Bravo.

Quant à l’apparition de James Stewart, dans le rôle du médecin qui diagnostique le cancer, voulue par Wayne lui-même, elle semble n’être là que pour souligner encore d’avantage le poids du temps qui passe, Stewart soulignant qu’ils ne s’étaient plus vus depuis quinze ans. Quinze ans : pile la durée qui sépare The Shootish de Liberty Valance… Le regard que porte James Stewart sur son vieil ami est en tout cas bouleversant.

Avec John Wayne, c’est la mythologie de l’Ouest sauvage qui disparaît. Ce vieil homme qui chevauche difficilement à travers le pays, obligé de glisser un coussin entre sa selle et son cul fatigué, arrive dans la ville comme un intrus. Lui a vieilli, mais n’a pas vraiment changé. Mais la ville se peuple de voitures automobiles et les rues sont en voie d’être pavées. La violence qu’il amène dans cette société qui se modernise est d’autant plus frappante qu’elle n’a plus rien de naturelle.

John Wayne est formidable dans ce rôle qui aurait pu tourner à l’autocaricature larmoyante. Constamment juste, émouvant mais droit, il fait là de bien beaux adieux.

Le Vol du Phoenix (The Flight of the Phoenix) – de Robert Aldrich – 1965

Posté : 23 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, ALDRICH Robert, STEWART James | Pas de commentaires »

Le Vol du Phoenix

Deux heures vingt, et pas une minute de gras dans ce huis clos en plein désert, absolument emballant. Robert Aldrich y confirme son talent pour filmer la violence des rapports humains, comme il le fait dans la plupart de ses films. Et comme pour Dirty Dozen, son film suivant également 100% masculin, il le fait en faisant se côtoyer des personnalités très fortes, dont le mélange est potentiellement explosif.

Cette fois, le décor n’est pas celui d’une guerre mondiale, ce qui fait quand même une sacré différence. On a donc un pilote d’avion vieillissant qui se targue d’avoir fait partie des pionniers de l’aviation (James Stewart, intense, mal aimable, formidable), qui doit convoyer une poignée de civils et de soldats à travers le désert libyen, et dont l’avion se crashe après avoir été pris dans une tempête de sable.

Loin du modèle classique du film catastrophe, Aldrich commence son film par le crash, séquence impressionnante et parfaitement tendue qui n’est que le prologue de ce qui va suivre. C’est dans la tension d’un danger impalpable qu’il prend le temps de présenter vraiment ses personnages, et d’en explorer les complexités.

Confrontés à la chaleur, à l’isolement, à la soif, au temps qui passe, à l’incertitude, voire aux menaces de bandits errants, les personnages révèlent à la fois leurs meilleurs côtés et leurs aspects les plus abjects. Entre un James Stewart mesquin et refermé sur lui-même, et un Hardy Krïuger dont l’autoritarisme réveille chez certains les souvenirs d’une guerre pas si lointaine… C’est l’être humain dans toute sa complexité que filme Aldrich.

Et quelle distribution, pour camper cette humanité : Richard Attenborough, Ernest Borgnine, Dan Duryea, Peter Finch, ou le frenchy Christian Marquand… Excellent directeur d’acteurs, Aldrich ne tombe jamais dans l’effet catalogue. Les affrontements constants entre ses personnages, la violence qui les oppose même parfois, et l’entraide qui finit par s’imposer autour de cet improbable projet de reconstruire un avion en plein désert… Tout ça est d’une justesse parfaite, et d’une grande intensité. Un pur plaisir.

L’Appât (The Naked Spur) – d’Anthony Mann- 1953

Posté : 8 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, RYAN Robert, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Appât

Le plus simple, le plus épuré, et peut-être le plus intense des westerns tournés par le duo James Stewart – Anthony Mann. L’intrigue tient en quelques lignes : un homme en traque un autre pour la prime liée à sa capture, et doit composer avec des rencontres impromptues.

De cet homme, de ces hommes même, on ne saura pas grand-chose. Pas tout en tout cas. Mais Mann n’a pas besoin de dévoiler tous les mystères pour faire ressentir l’intensité des rapports humains, ou le trouble qui habite chacun. Et l’intensité, ici, est omniprésente, avec des personnages qui semblent tous trimbaler des tombereaux de douleurs.

La palme, bien sûr, à James Stewart, exceptionnel de rage de moins en moins contenue, dont la voix chevrotante n’a peut-être jamais été aussi douloureuse qu’ici. La scène des rapides, où il refuse de laisser partir le corps qu’il veut ramener à tout prix, est absolument bouleversant, tant elle en dit sur la souffrance du gars.

Et puis il y a la manière dont Mann filme ses acteurs dans les décors naturels, peut-être unique dans l’histoire du western, voire du cinéma. La définition même de l’épure : pas un détail de ce décor n’est là par hasard, le moindre recoin, le moindre rocher, la moindre branche apparaissant à l’écran joue un rôle dans l’action.

Rien n’est laissé au hasard, tout est précis, juste et direct. Un parti-pris qui donne au film une force, une évidence, et une immédiateté uniques. The Naked Spur est un chef d’œuvre d’une densité impressionnante.

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