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Archive pour la catégorie 'STEWART James'

La Vie est belle (It’s a wonderful life) – de Frank Capra – 1946

Posté : 6 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, BOND Ward, CAPRA Frank, FANTASTIQUE/SF, STEWART James | Pas de commentaires »

La vie est belle

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La Vie est belle est une merveille, un film euphorisant, un pur bonheur de cinéma, l’un de ces chefs d’œuvre qui rendent immensément heureux, et qui vous réconcilient avec l’humanité. Bref, j’aime La Vie est belle, le film a changé ma vie de cinéphile, ma vie tout court.

Classique indémodable, diffusé chaque Noël à la télévision américaine (comme quoi ils n’ont pas si mauvais goût, les Ricains), sommet de la filmograpghie de Capra (qui ne s’en remettra jamais tout à fait), le film n’a rien perdu de son universalité. L’histoire ? Celle de George Bailey, jeune homme qui rêve de grands voyages mais se retrouve coincé dans la petite ville de Bedford Falls où il étouffe, mais où il doit perpétuer l’oeuvre de son père, bienfaiteur qui s’opposait au cynisme inhumain d’un tout puissant banquier.

La grande idée du film, celle dont on parle systématiquement, ne représente qu’une petite partie du métrage : au bout du rouleau, sur le point d’être enfermé pour avoir perdu l’argent des habitants, Bailey s’apprêt à se suicider. C’est là qu’un ange apparaît et lui montre à quoi ressemblerait le monde s’il n’existait pas…

Une idée géniale, qui ne suffit pas à dire la richesse de ce film, superbe de la première à la dernière image. Il y a d’abord la prestation de James Stewart, exceptionnelle, pleine de nuances et d’une intensité rare. Il faut voir son regard lorsque, sur le quai de la gare, il comprend que son frère ne reprendra pas l’entreprise familiale, et qu’il est condamné une fois encore à renfoncer à ses projets. Il faut le voir aussi se liquéfier d’amour (on le comprend) pour Donna Reed alors qu’ils se partagent un combiné de téléphone.

Donna Reed… C’est rien de dire que c’est le rôle de sa vie. Sa bienveillance naturelle, son sourire immense, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma, illuminent constamment le film de leur discrète présence. Lionel Barrymore en méchant très scroogien, Thomas Mitchell en oncle maladroit, Ward Bond en policier au grand cœur, Henry Travers en ange irrésistible, et même Gloria Grahame dans l’un de ces rôles qui lui vont si bien (une mauvaise fille au grand cœur)… Tous sont formidables.

On pourrait reprocher la naïveté du propos, voire la morale de l’histoire… On aurait tort : La Vie est belle est une merveille d’émotion pure, et un film qui réhabilite joyeusement la bienveillance et les plaisirs simples. Un film indispensable que, comme les Américains, on devrait tous voir au moins une fois par an.

Rendez-vous (The Shop around the corner) – d’Ernst Lubitsch – 1940

Posté : 3 février, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, LUBITSCH Ernst, STEWART James | Pas de commentaires »

Rendez-vous The Shop around the corner

Un petit miracle ce film, merveilleuse comédie romantique dans le Budapest des années 30. Un Budapest qui se limite à un magasin et à un coin de rue, reconstitués dans des décors somptueux de studio, qui suffisent à dévoiler la réalité de la société hongroise de l’époque.

C’est drôle, fin, enlevé et léger… Mais derrière le quotidien de cette maroquinerie dirigée par un M. Matushek extraordinairement bienveillant, quelques signes à peine esquissés laissent entrevoir la rudesse de l’époque, la crainte du chômage et du déclassement… C’est tout le génie de Lubitsch, celui-là même qui fera de To be or not to be une merveilleuse charge anti-Nazie.

Ici, c’est une histoire de famille et d’amour qu’il raconte. Une sorte de microcosme où plusieurs petites histoires s’emmêlent autour d’un superbe fil conducteur : la romance par correspondance qui unit sans qu’ils le sachent deux employés qui ne se supportent pas. Belle idée, qui donne lieu à des scènes aussi drôles qu’émouvantes, les deux émotions n’étant jamais bien loin chez Lubitsch.

James Stewart et Margaret Sullavan sont magnifiques, irrésistibles en amoureux contrariés. Mais c’est l’ensemble de la distribution qui est exceptionnelle devant la caméra de Lubitsch, avec une mention à Felix Bressart (Pirovitch), l’irrésistible compagnon, complice et compréhensif, qui parvient à faire naître l’émotion du moindre silence…

The Shop around the corner est un chef d’œuvre, un film qui rend simplement heureux, et amoureux de l’humanité.

Strategic Air Command (id.) – d’Anthony Mann – 1955

Posté : 13 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James | Pas de commentaires »

Strategic Air Command

Entre deux westerns majeurs (Je suis un aventurier et L’Homme de la plaine), James Stewart et Anthony Mann trouvent le temps, en cette année 1955, de tourner cette déclaration d’amour à l’armée de l’air, au dévouement de ses hommes qui sacrifient leur vie privée en échange d’un salaire de misère (ce que les dialogues nous rappellent régulièrement), pour être toujours prêt à se battre afin d’éviter qu’une nouvelle guerre éclate (ce que les dialogues nous rappellent régulièrement).

Bref… Autant les westerns de Mann, comme ses films noirs d’ailleurs, font preuve d’une rigueur, d’une densité et d’une constante recherche de l’épure, autant ce film de propagande en temps de paix semble par moment n’être qu’une ode énamourée aux pilotes de l’Air Force. Jusqu’à en être presque gênant. Mann avait déjà rendu hommage aux agents du gouvernement dans La Brigade du suicide. Mais il en avait fait un polar admirablement tendu. On ne peut pas en dire tout à fait autant ici.

Attention : Strategic Air Command est un film plaisant, et par moment assez fascinant. Et paradoxalement, ses limites sont aussi sa force : ces interminables plans d’avions en vol, impressionnants et d’une puissance rare. Ces images qui laissent deviner l’admiration de Mann pour ces « cigares volants » se suffisent presque à elles-mêmes. D’ailleurs, elles sont finalement au service de pas grand-chose.

Couple vedette, James Stewart et June Allyson sont parfaits, et on s’attache à ce joueur de base-ball contraint de reprendre du service dans l’armée, comme à sa si conciliante femme qui peine à faire face à son quotidien d’épouse de pilote. Mais à part un crash joliment filmé, et le fil conducteur d’une épaule abîmée, le scénario se limite quand même à peu de choses.

C’est clairement un Mann mineur, mais le savoir-faire est bien là. Même sans la tension omniprésente dans ses grands films, pas de place pour l’ennui dans cette pub volante et filmée pour l’Air Force.

L’Homme de la plaine (The Man from Laramie) – d’Anthony Mann – 1955

Posté : 16 juillet, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, MANN Anthony, STEWART James, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme de la plaine

Dernière collaboration entre Mann et Stewart, et encore un chef d’œuvre absolu. C’est le western dans ce qu’il peut avoir de plus grand, et de plus beau. Une utilisation merveilleuse du Cinemascope et des grands espaces naturels, une histoire de vengeance comme on s’y attend, et des personnages d’une complexité passionnante. Une merveille, quoi…

James Stewart est exactement comme on l’attend : tourmenté, mystérieux, rempli d’une colère qui ne demande qu’à exploser. Intense et habité, comme il l’était dans ses précédents westerns sous la direction de Mann. Mais si le vrai héros de ce film, c’était Arthur Kennedy, acteur magnifique qu’on aurait tort de trop vite catalogué comme le bad guy de cette histoire…

De tous les westerns de Mann, celui-ci est sans doute celui qui renvoie le plus clairement à ses débuts dans le film noir : Arthur Kennedy est ici un pur anti-héros de « noir », marqué par un destin contrariant, et dont chaque décision semble le précipiter vers les abîmes… Il y est le protégé d’un puissant propriétaire (Donald Crisp, toujours excellent) dont il rêve d’être le fils légitime. Mais cette place est déjà prise, par un jeune homme névrosé et agressif, qui l’entraîne dans son sillage. Malgré lui ?

Kennedy n’a rien du méchant habituel. Au contraire, il se dégage de ses scènes avec Stewart une belle camaraderie comme Mann les aime. Mais son personnage, comme plusieurs autres du film, semble victime d’un immense décalage entre ses aspirations et les réalités de la vie. Qu’il rêve de grandeur ou de liberté, chaque personnage est constamment ramené à ce qu’il est vraiment. Au fond, personne n’est vraiment ce qu’il dit, ou ce qu’il laisse voir. Un thème très « mannien ».

Le film est aussi très réussi dans sa manière d’aborder la violence. Dès l’attaque, sauvage et démesurée, de Stewart et de ses hommes au début du film, on sent parfaitement que la violence n’a rien de fun ou de réjouissant. Traîné dans la poussière, à travers les flammes, Stewart ne retourne pas la situation par un geste de bravoure. Quand on lui tire dans la main, sa souffrance et sa vulnérabilité sont clairement perceptibles. Et quand il a enfin l’occasion d’abattre celui qu’il recherche depuis si longtemps…

Ah non, laissons le mystère planer. Mais L’Homme de la plaine est un film majeur, complexe et admirablement tendu. Mann est grand.

* Blue ray dans la collection Western de Légende de Sidonis/Calysta, avec des présentations par Bertrand Tavernier et Patrick Brion.

Monsieur Smith au Sénat (Mister Smith goes to Washington) – de Frank Capra – 1939

Posté : 11 avril, 2016 @ 8:00 dans 1930-1939, CAPRA Frank, STEWART James | Pas de commentaires »

Monsieur Smith au Sénat

Un jeune homme innocent et honnête affronte la corruption et le cynisme de politiciens aguerris dont il finira par éveiller les consciences… Ce pourrait être totalement naïf, et à vrai dire ça l’est bien un peu. Mais c’est surtout absolument magnifique, un pur bonheur que ce chef d’œuvre dans lequel Frank Capra résume parfaitement sa vision du monde et du cinéma.

Monsieur Smith (autrement dit, « monsieur tout le monde ») est un boy-scout. Vraiment. C’est aussi un homme qui croit profondément aux valeurs revendiquées par l’Amérique : cette liberté léguée par les pères fondateurs auxquels il rend un vibrant hommage dans ce film. « Il », c’est Smith, mais c’est Capra lui-même bien sûr, l’idéaliste pas si dupe que ça, l’humaniste qui sait au fond que le pouvoir des mots, si puissant soit-il, a ses limites.

Cette « feel good » comédie n’est pas si innocente qu’elle y paraît. Mine de rien, Capra y met en scène les limites du système politique, les compromissions, le cynisme, et les règles obscures qui sont les garantes de la démocratie. L’enjeu dramatique du film repose ainsi sur la capacité qu’a le jeune Sénateur Smith de rester debout et de garder la parole le plus longtemps possible…

Toute la dernière partie du film repose sur cet improbable suspense, a priori anti-spectaculaire au possible : un discours interminable… que Capra transforme en immense moment de cinéma. Il y a ces petits bonheurs : la voix tremblante de James Stewart, les regards crispés de Jean Arthur, la rondeur attachante de Thomas Mitchell, les sourires bienveillants de Harry Carey… Il y a surtout cet incroyable sens du rythme du cinéaste, qui donne l’impression d’un mouvement perpétuel alors même que les personnages ne quittent pas le Congrès.

Il n’y a sans doute que Capra pour réussir un tel film, pour rendre bouleversant l’affrontement à distance des grands médias téléguidés par le puissant Edward Arnold, et du petit journal amateur fabriqué avec les moyens du bord par une bande de gamins. Ou émouvante la découverte de Washington et de la statue de Lincoln par un Jeff Smith à peine sorti du giron maternel… Ou pour filmer la gêne de James Stewart face à une jolie fille en ne montrant que ses mains triturant maladroitement son chapeau.

Et si l’émotion est à ce point présente, c’est parce que Capra aime sincèrement ses personnages, qu’il filme avec une jolie bienveillance. Y compris le Sénateur joué par Claude Rains, héros déchu de l’innocent Jeff Smith, qui symbolise la traîtrise par rapport à l’héritage des pères fondateurs. Il y a ainsi une sorte de nostalgie de l’innocence qui baigne ce film pas si candide que ça. Une manière d’idéaliser la vie en gardant toute sa conscience. Du pur Capra, quoi…

* Ce chef d’œuvre fait partie de la collection de blue ray « Very Classics » éditée par Sony, dans de magnifiques éditions : un joli visuel, de passionnants bonus (notamment un commentaire audio et une évocation du film par le fils de Capra), et un livret de 25 pages.

L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) – de John Ford – 1962

Posté : 7 juin, 2015 @ 5:59 dans 1960-1969, FORD John, MILES Vera, STEWART James, WAYNE John, WESTERNS | 1 commentaire »

L'Homme qui tua Liberty Valance

« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». La postérité a essentiellement retenu cette réplique culte lancée par un journaliste à l’éthique très discutable (interprété par Carleton Young). A tel point qu’on en oublierait presque que, bien trente ans avant Clint Eastwood et son Impitoyable, John Ford s’est lancé avec ce chef d’œuvre dans une entreprise de démystification de la légende de l’Ouest, qui a pourtant largement contribué à sa propre légende.

Ford est dans la dernière ligne droite de sa longue carrière, et il le sait, aucun doute là-dessus : les quinze premières minutes, sublimes et bouleversantes, sont peut-être les plus nostalgiques de toute sa filmographie. Le retour dans l’Ouest de James Stewart et Vera Miles après des années d’absence, pour enterrer le mythe par excellence : John Wayne, dont on apprend qu’il a rangé les armes depuis longtemps, et qu’il a fini sa vie seul et oublié de tous.

Pas gai, mais d’une force inouïe. Ford ne se fait plus guère d’illusion, sur quoi que ce soit : sur sa propre carrière donc, mais aussi sur son pays, dont il a souvent exploré l’histoire par le passé. Comme beaucoup de westerns, L’Homme qui tua Liberty Valance se déroule dans une sorte d’entre-deux, alors que la civilisation et le droit s’apprêtaient à faire basculer un Ouest encore sauvage. Le triomphe de la démocratie ? Oui, mais au prix d’écoulements de sang qu’on aura vite fait de magnifier, et d’en gommer toutes les aspérités moins romantiques.

James Stewart, « monsieur Smith » en personne, est donc l’incarnation de ce que la jeune Amérique a de plus pur. L’antithèse de ce dinosaure de John Wayne, bras armé de l’histoire en marche, mauvaise conscience condamnée à être enterrée de son vivant. Un superbe sacrifié conscient de ce qu’il est et de la gène qu’il représente.

L’Homme qui tua Liberty Valance est un chef d’œuvre absolu, une superbe réflexion d’une lucidité et d’un cynisme incroyables sur la naissance de la démocratie. Mais Ford n’oublie pas le pur plaisir de spectateur : son film est, visuellement, une pure merveille dont l’utilisation des ombres est d’une beauté renversante, soulignant constamment le destin d’un John Wayne qui, même s’il a droit à ses moments de superbe (« That’s my steak, Valance »), est condamné à n’être que l’instrument dont on se débarrasse. Cynisme, nostalgie, et lucidité.

La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl) – de Robert Z. Leonard – 1941

Posté : 18 septembre, 2014 @ 2:18 dans 1940-1949, LEONARD Robert Z., STEWART James | Pas de commentaires »

La Danseuse des Folies Ziegfeld

Deux heures dix dans les coulisses du plus célèbre music-hall des années 30 et 40 ? Hmmm… La présence derrière la caméra de Robert Z. Leonard, réalisateur pas toujours très inspiré, pouvait laisser craindre le pire. Mais il y a à l’écran une poignée de stars qu’on ne s’attend pas forcément à voir dans le genre généralement très lisse de la comédie musicale, au côté de Judy Garland : Lana Turner et Heddy Lamar, deux actrices à la réputation plutôt sulfureuses, et James Stewart pour sa seule incursion dans le genre.

Pour être précis, Stewart ne pousse pas la chansonnette pas plus qu’il ne danse. Il se contente d’un rôle sympathique mais un peu en retrait du love interest de Lana Turner. Et pour être honnête, Heddy Lamar est très sage (et très belle) en épouse tiraillée entre sa nouvelle carrière de « girl » pour le music-hall de Ziegfeld, et son amour pour un mari qu’elle finit par délaisser. Aussi sage (et belle) que Judy Garland, dans un rôle d’étoile montante taillé sur mesure pour elle.

Seule Lana Turner apporte un peu de noirceur à son personnage, jeune femme simple et douce promise à un mariage d’amour, qui se laisse étourdir par l’argent facile et la grande vie que lui offre le vedettariat. Le contraste est fort, et marquant, entre l’adorable liftière du début du film, et l’alcoolique qui se laisse offrir des verres dans les arrières-salles de cafés peu fréquentables. Plutôt osé pour un film par ailleurs très comme il faut.

C’est un nouvel hommage énamouré au grand Ziegfeld, homme de théâtre qui a souvent inspiré le cinéma (William Powell l’a interprété à deux reprises dans Le Grand Ziegfeld, déjà réalisé par Robert Z. Leonard en 1936, et dix ans plus tard dans Ziegfeld Folies de Minnelli). Mais cette fois, l’hommage se fait indirect. L’homme semble omniprésent, son nom est sur toutes les lèvres, et il donne l’impression d’avoir la main sur tout ce qui se passe dans le film. Pourtant, jamais il n’apparaît à l’écran.

La véritable vedette, c’est le music-hall lui-même : les nombreux numéros, merveilleusement mis en scène et filmés par le grand Busby Berkeley (véritable co-réalisateur du film), et les nombreuses girls symbolisées par les trois personnages principaux, qui résument à elles seules les trois destins auxquels les vedettes peuvent s’attendre : devenir une grande star, préférer la vie d’une femme mariée, ou se brûler les ailes. Mais comme le dit le metteur en scène du show : « Vous ne pouvez pas blâmer Ziegfeld. Tout ce qui vous arrivera vous serait arrivé de toute façon. Peut-être moins rapidement, et moins fort… »

Le Grand Sommeil (The Big Sleep) – de Michael Winner – 1978

Posté : 30 août, 2014 @ 5:23 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, STEWART James, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Le Grand Sommeil Winner

Ce Grand Sommeil version 78 n’a à peu près qu’un intérêt : ce film est l’unique occasion de voir Robert Mitchum et James Stewart se donner la réplique. Un intérêt qui se limite donc à deux petites séquences de deux minutes, décevantes à tous points de vue. Même si Mitchum, qui a à peu près trente ans de trop pour jouer Marlowe, continue à enchaîner les rôles à cette époque, tous les deux sont loin de leur âge d’or. Et leur face à face, filmé sans le moindre talent, sonne particulièrement faux, devenant l’un des rendez-vous manqués les plus insupportables de toute l’histoire du cinéma.

Pas besoin de chercher loin pour trouver le fautif : Michael Winner, qui ose signer un scénario qui se contente de surfer entre celui du film de 46 (en tout cas dans la première partie) et le roman de Chandler en essayant de le rendre plus limpide, est surtout un réalisateur calamiteux. Même s’il a fait illusion avec une poignée de films (L’Homme de la loi), Winner révèle un « talent » à la hauteur des téléfilms de l’époque : visuellement affreux (usant des zooms et de petits flash backs en insert), et incapables d’installer une ambiance.

Autant dire que la comparaison, inévitable, avec le monument de Hawks est pour le moins cruelle. Soyons honnête : Winner n’essaie pas de rivaliser avec son aîné, et fait des choix à peu près systématiquement opposés. Alors que le film de Hawks ne reposait que sur l’atmosphère, au détriment souvent de la compréhension de l’histoire, Winner semble lui ne s’intéresser qu’à l’intrigue.

Il a tort, elle est bien trop complexe pour qu’on s’y intéresse vraiment si rien de séduisant ne nous y incite. Et il n’y a vraiment rien, pas même un plan un peu torché, pour habiter cette histoire platement illustrée, et qui manque cruellement de rythme. Mitchum promène sa dégaine fatiguée au milieu d’un casting totalement à côté de la plaque, et tristement terne comparé à Lauren Bacall et aux géniaux seconds rôles du film de Hawks. Le voir faire le boulot devant une caméra aussi paresseuse, lui qui a tourné pour les plus grands, à quelque jour de franchement déprimant.

Et même si au détour d’une réplique en voix off (« Je remarquai que ma télé était allumée. J’étais pas là. C’était donc quelqu’un d’autre. ») ou d’un meurtre filmé en ombre chinoise, Winner réussit à réveiller ponctuellement l’intérêt, son adaptation de Chandler est la plupart du temps pénible…

La corde (Rope) – d’Alfred Hitchcock – 1948

Posté : 4 juillet, 2013 @ 11:35 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HITCHCOCK Alfred, STEWART James | Pas de commentaires »

La corde (Rope) - d'Alfred Hitchcock - 1948 dans * Films noirs (1935-1959) la-corde

Pour la beauté du geste, deux jeunes homosexuels de la bonne société américaine assassinent l’un de leurs amis, cachent le corps, et invitent les proches de leur victime pour la soirée…

Pour cette nouvelle adaptation d’une pièce de théâtre, Hitchcock s’est amusé à multiplier les contraintes : non seulement il respecte parfaitement l’unité de lieu et de temps, mais le film est (évidemment) connu pour n’avoir été tourné qu’en un seul plan. C’était en fait techniquement impossible, les bobines de film n’excédant pas dix minutes de projection. Huit plans séquences s’enchaînent donc dans un unique mouvement, sans coupure apparente.

Ce parti-pris assumé par le grand Hitch est brillantissime, parce qu’il révèle l’incroyable regard du cinéaste, son sens de la mise en scène et de l’image, sa capacité à créer le mouvement et à éviter toute sensation de « théâtre filmé », déjà marquante dans Lifeboat, autre film aux contraintes exceptionnelles. Pour autant, ce parti-pris marque aussi la limite du film : certains raccords (des noirs formés par le dos des acteurs) sont un peu faciles, et cassent le mouvement par ailleurs formidable du film.

Et puis Hitchcock « triche » à plusieurs reprises. Le premier plan de la rue est coupé pour montrer la mort de David. Et une véritable coupure apparaît lorsque la mécanique bien huilée des deux tueurs se heurte à un premier écueil. Mais cette rupture inattendue n’est pas un accident : elle souligne habilement l’irruption du doute dans l’esprit de James Stewart, qui jouait pour la première fois sous la direction de Hitchcock.

Mais ces longs plans séquences (un choix visuel qu’Hithcock a tenté en vain de reprendre dans Les Amants du Capricorne, sont film suivant) sont formidablement utilisés par le cinéaste, qui crée un rythme particulier, mais d’une fluidité exemplaire. Jamais ses énormes contraintes ne semblent gêner la caméra, dont les mouvements sont bien plus importantes que le scénario, édifiant mais réduit à sa plus simple expression (même si le film pose la question de la responsabilité des enseignants, de la notion de bien et de mal, et du cynisme de la classe aisée).

Il y a un paradoxe dans le cinéma d’Hitchcock : on sent que chaque cadrage, et le moindre mouvement de caméra, sont pensés et préparés au millimètre, et que rien n’est laissé au hasard ; et pourtant, il y a une fraîcheur et une sensation d’évidence quasi-unique qui se dégage de ses films. Avec La Corde, ce paradoxe est poussé à l’extrême, et le plaisir est immense…

Appelez Nord 777 (Call Norhside 777) – de Henry Hathaway – 1948

Posté : 22 mai, 2013 @ 4:43 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, HATHAWAY Henry, STEWART James | Pas de commentaires »

Appelez Nord 777 (Call Norhside 777) – de Henry Hathaway – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) appelez-nord-777

Le film d’Hathaway s’inspire d’un fait authentique. Une petite annonce a attiré l’attention d’un journaliste américain : une vieille dame lançait un appel à quiconque pourrait donner une information qui permettrait d’innocenter son fils, emprisonné depuis onze ans pour le meurtre d’un policier. Le point de départ est déjà passionnant, mais l’implication du journaliste, les problèmes de société que son enquête soulève (la place du journaliste, le sérieux de la police…), et l’approche choisie par Hathaway, font du film une œuvre majeure.

C’est un style quasi-documentaire que le cinéaste adopte : une voix off qui intègre constamment l’enquête dans son contexte historique, un noir et blanc au grain épais proche des authentiques images d’archive, et la décision de tourner dans les vrais décors du drame. Les rues de Chicago sont celles où le journaliste a vraiment enquêté, la prison est celle où le fils a passé onze ans de sa vie… Il y a un vrai accent d’authenticité dans ce film, notamment dans sa manière de montrer la communauté polonaise, au cœur de l’histoire.

Les quartiers populaires et miséreux, où les appartements transpirent la pauvreté et la promiscuité, sont formidablement filmés, tout comme ces bars innombrables qui semblent totalement privés de joie et d’entrain. C’est l’une des grandes forces du film : réussir à faire ressentir le quotidien miséreux de cette communauté d’immigrés qui peinent à se trouver une place dans cette Amérique pas si accueillante. Un quotidien qui contraste avec celui du journaliste et de sa jeune épouse, image presque stéréotypée du couple américain moyen, qui boit des bières en faisant des puzzles.

James Stewart, forcément, est le choix idéal pour jouer cet Américain au grand cœur, lueur d’espoir dans une société qui n’accorde pas la même chance à tous. C’est aussi un grand film sur le monde de la presse, avec une vision certes romantique du métier de journaliste, mais parfaitement lucide : Stewart joue certes les redresseurs de tort, mais son enquête répond d’abord à la nécessité de plaire aux lecteurs, et aux financeurs. Call Northside 777, chef d’œuvre de plus à mettre au crédit d’un Hathway décidément très sous-évalué, est un grand film américain..

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