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Archive pour la catégorie 'STALLONE Sylvester'

Creed : l’héritage de Rocky Balboa (Creed) – de Ryan Coogler – 2015

Posté : 17 juillet, 2017 @ 8:00 dans 2010-2019, COOGLER Ryan, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Creed

On croyait sincèrement qu’il en avait fini avec ce personnage fétiche qui lui a tout donné en 1976, et qui lui a tout redonné en 2006. Dix ans après le très beau Rocky Balboa, c’est pourtant un tout jeune homme qui pousse Stallone à renfiler non pas les gants, qu’il a raccrochés depuis longtemps, mais la dégaine fatiguée et le feutre plus mou que jamais de Rocky : Ryan Coogler, réalisateur du remarqué Fruitvale Station, qui arrive à 30 ans (l’âge de Stallone à l’époque du premier Rocky) avec une belle idée et une admiration sans borne pour Stallone et son alter ego de cinéma.

Voilà donc Adonis Creed, le fils caché d’Appolo, jeune boxeur amateur né d’une liaison adultère mais élevé par la femme de son père, qui brûle du besoin d’exister par lui-même, et décide de se tourner pour de bon vers la boxe en demandant à celui qui fut le compagnon des dernières heures de son père de l’entraîner. Rocky Balboa himself, plus vieux de dix ans qu’il y a dix ans, seul, cabossé et fatigué, qui finit par se laisser embarquer de nouveau dans le rythme trépidant de la boxe, faisant pour le jeune Adonis ce que Mickey avait fait pour lui quelques décennies plus tôt.

Après un début un rien froid, qui peine à émouvoir tant on attend avec impatience l’apparition de Stallone/Rocky (qui n’arrive qu’au bout d’une quinzaine de minutes), la nostalgie commence à fonctionner, et le duo que forment le vieux briscard et son jeune protégé (excellent Michael B. Jordan) s’impose immédiatement comme l’une des grandes réussites du film.

Comme dans tous les Rocky, la boxe est bien plus qu’un simple prétexte. D’ailleurs, c’est lors du premier combat sur le ring que le film prend une autre dimension. Magnifique ce combat, filmé au plus près des corps dans un extraordinaire plan séquence qui tourne autour des personnages dans un mouvement qui emporte tout. Et qui se termine par l’une de ces étreintes viriles qui parsèment tous les Rocky, étreinte qui fait naître une émotion familière et immense chez le fan de la saga.

40 ans après le premier film, et même si celui-ci est le premier que Stallone n’a pas écrit lui-même, Creed est bel et bien un vrai Rocky. Et un grand Rocky, même : Coogler renoue avec le ton et l’émotion des meilleurs films de la série. Amoureux du personnage, il s’en montre à la hauteur, cite quelques scènes iconiques en les réinventant (la course dans les rues de Philadelphie, la montée des marches…), sans jamais les trahir, et sans tomber non plus dans une admiration bête et paralysante.

Le film est beau parce qu’il privilégie une émotion simple et forte, et parce qu’il met en scène des figures que l’on connait depuis toujours. Rocky bien sûr, personnage unique dans l’histoire du cinéma (je n’en connais pas d’autres qui auraient accompagné d’aussi près et aussi longtemps la carrière de leur interprète), et le fantôme d’Appolo Creed, qui pèse sur l’histoire comme un symbole du passé de Balboa, de cette jeunesse perdue et de ces proches disparus, dont on sait au moins depuis Rocky Balboa qu’ils sont au cœur de sa vie.

Le film est déchirant parce qu’il met en scène des personnages hantés par la mort, le handicap ou la déchéance physique. Mais il est aussi plein de vie et d’espoir : c’est au fond l’histoire de deux hommes qui réapprennent au contact l’un de l’autre à se battre et à regarder devant eux plutôt que derrière.

40 ans après ses débuts, Stallone ne triche pas, et affiche son âge, n’hésitant pas à apparaître abîmé et fatigué. Même dans un rôle qu’il (et qu’on) connaît par cœur, il réussit à surprendre par son intensité, livrant l’une de ses plus belles prestations après Copland… et le premier Rocky.

• Lire aussi : Rocky ; Rocky 2, la revanche ; Rocky 3, l’œil du tigre ; Rocky 4 ; Rocky 5 ; Rocky Balboa

Expendables 2 (id.) – de Simon West – 2012

Posté : 26 février, 2015 @ 5:31 dans 2010-2019, STALLONE Sylvester, WEST Simon | Pas de commentaires »

Expendables 2

Stallone, toujours scénariste, cède cette fois la place derrière la caméra à Simon West, le bourrin à qui on doit des œuvres aussi impérissables que Les Ailes de l’Enfer ou Tomb Raider. Résultat ? Dans la continuité du premier, avec des scènes d’action assez originales, mais qui souffrent d’un vrai problème de montage, trop serré, qui tue tout effet dramatique. Sans compter des excès gores inutiles, qui ne collent pas avec le côté fun du film.

Mais ce n’est pas dans l’action pure que Stallone et ses potes sont les plus à l’aise : là où le film est le plus réussi, et plus encore que le premier volet (et le troisième), c’est dans les scènes de camaraderie, que ce soit dans la carlingue de cet avion aussi abîmé que ses occupants, ou dans ce bar à l’ancienne qui sent bon les années 80.

Cet opus 2 a un côté catalogue (que le numéro 3, malgré son casting hallucinant, évitera habilement), lorsqu’il aligne les gros bras sans que les scénaristes sachent réellement quoi en faire. Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger apparaissent et disparaissent sans réelle raison. Le nouveau venu Jean-Claude Van Damme serre la mâchoire dans un rôle de grand méchant sans aucune complexité. Et Chuck Norris déboule au milieu de tout ce bordel sur des airs westerniens, dégommant tous les méchants sans sourciller, caricature assumée de lui-même. « Who’s next ? Rambo ? » lance d’ailleurs un Willis rigolard.

Finalement, et à condition d’accepter le côté très approximatif de cette entreprise, tout ça est franchement plaisant. Parce qu’on sent chez le maître d’œuvre Stallone une sincérité totale. Il croit en ce cinéma à l’ancienne, il aime cette troupe qu’il a créée autour de lui. Nous aussi on y croit, et on adhère.

• Voir aussi : Expendables réalisé par Stallone lui-même, et Expendables 3 et son casting ultime de vieilles gloires.

Expendables 3 (id.) – de Patrick Hughes – 2014

Posté : 5 janvier, 2015 @ 12:21 dans 2010-2019, FORD Harrison, HUGHES Patrick, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Expendables 3

La logique de la franchise ronronne un peu dans ce troisième opus qui reprend sans surprendre les recettes éprouvées dans les deux premiers films. Stallone, star et scénariste, imagine bien une confrontation entre les vieux de la vieille et de jeunes recrues, les opposant sur leurs méthodes plutôt que sur leur esprit, mais c’est surtout l’aspect gentiment nostalgique qui fonctionne à plein. Le film n’est d’ailleurs jamais aussi réjouissant que quand Stallone joue sur son propre vieillissement et sur sa figure de héros du passé.

On sent aussi Stallone très à l’aise dans les séquences qui mettent en valeur la camaraderie virile de ces gros bras. Mais ce troisième opus laisse surtout la part belle aux séquences d’action, que le jeunôt Patrick Hughes filme plutot efficacement. L’ultime séquence, en particulier, interminable guerilla dans les ruines d’un immeuble, qui joue aussi bien sur la profusion des personnages que sur l’immensité d’un décor aussi vaste que haut (même si Hughes n’a pas le génie du Tsui Hark de Time and Tide pour filmer les fusillades en trois dimensions…).

Pour ce pur plaisir régressif, Stallone a réuni le casting définitif. Outre les jeunes stars du catch mis en scène avec une certaine tendresse, mais condamnés à rester dans l’ombre des gros bras d’antan, c’est tout le cinéma populaire des années 80 et 90 qui défile autour des piliers, Stallone et Statham. Schwarzenegger, Lundgren et Jet Li sont toujours de la partie. Et si Bruce Willis, en froid avec Stallone, a été remercié, il est remplacé par Harrison Ford himself (qui, évoquant son prédécesseur, lance un revanchard « He’s out of the picture »). Trois nouvelles recrues de choix, aussi : Wesley Snipes, Antonio Banderas et Mel Gibson, réjouissant en méchant ultime.

Une telle affiche avait tout de la mauvaise idée, et pouvait tourner au défilé de célébrités un peu vain. Mais non : le film réussit à mettre en valeur tout ce petit monde, sans oublier qui que ce soit au passage (à l’exception de Jet Li, qui se contente d’une apparition sans consistance dans la dernière partie). Ce n’est pas le moindre mérite de Stallone et de son réalisateur.

• DVD chez Metropolitan, avec un bêtisier très sympathique, une scène de baston un peu allongée, et une poignée de documentaires sur la promotion française du film, lors de l’avant-première à Paris et sur la Croisette.

• Voir aussi : Expendables, premier du nom, et Expendables 2.

Les Faucons de la nuit (Nighthawks) – de Bruce Malmuth – 1981

Posté : 29 août, 2014 @ 3:51 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, MALMUTH Bruce, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Les Faucons de la nuit

En 1981, l’année de sa sortie, Les Faucons de la nuit devait déjà sembler anachronique, tant il fleure bon les années 70. Le look qu’arbore Stallone ne ment pas : manteau en cuir, grosses lunettes et barbe d’une semaine… c’est le flic à la sauce Serpico que tente de retrouver l’obscur réalisateur Bruce Malmuth. Avec un bonheur, disons, mitigé.

Ce n’est quand même pas un hasard si, d’une part, le nom de Malmuth est totalement tombé dans l’oubli, et si ce film demeure largement méconnu, alors que Stallone était déjà une star quand il l’a tourné (c’était aussi l’année de Rocky 3). Plein de bonnes intentions, Les Faucons de la nuit est un film souvent très maladroit, et écrit avec des moufles.

Le scénario ne fait pas grand cas de la vraisemblance, avec ces deux flics bad-ass (Stallone et Billy Dee Williams, qui venait de connaître une gloire éphémère avec L’Empire contre-attaque) qui passent leurs journée à monter des traquenards pour délinquants ; la psychologie des personnages se résume à… rien du tout ; et les principaux rebondissements dramatiques du film sont gâchés par des ficelles énormes (lorsque Stallone propose au boss qu’il ne pouvait pas blairer trois minutes plus tôt d’aller manger chinois lorsque leur opération serait terminée, on comprend tout de suite que le boss en question ne s’en sortira pas).

Il y a pourtant du très bon, dans ce polar urbain qui s’inscrit dans une prestigieuse lignée de classique des seventies (Dirty Harry en tête), et qui pose mine de rien des questions complexes et avant-gardistes : s’interroger, vingt ans avant le 11 septembre, sur les méthodes acceptables à utiliser contre le terrorisme, paraît bien en avance sur son temps. Le fait d’avoir limité l’ennemi à un homme (Rutger Hauer) plutôt qu’à une organisation, ou une « cause », en limite l’impact, mais tout de même…

Visuellement aussi, quelques fulgurances viennent sortir le film de l’anonymat : une poignée d’images jouant habilement sur la profondeur de champs, une séquence nocturne joliment stylisée, ou encore une poursuite dans le métro parfaitement haletante… Mais ces passages franchement passionnants alternent constamment avec des procédés nettement plus discutables. Jusqu’au dénouement final qui, en une poignée de plans (et de secondes), parvient à alterner le meilleur (quelques gros plans joliment tendus) et le grand guignol (le corps qui s’effondre en virevoltant).

Imparfait, Les Faucons de la Nuit reste toutefois une curiosité plutôt recommandable pour les admirateurs de Stallone.

Cliffhanger (id.) – de Renny Harlin – 1993

Posté : 11 août, 2014 @ 2:19 dans 1990-1999, HARLIN Renny, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Cliffhanger

J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire à propos de la saga Rocky : la carrière de Stallone n’est jamais aussi intéressante que quand la star traverse des périodes creuses. Lorsqu’il est au sommet et qu’il enchaîne les succès, Stallone a souvent tendance à se vautrer dans sa propre caricature. Mais quand le public suit moins, les doutes ramènent à ses débuts celui qui imposa contre tous son personnage culte. En cela, Cliffhanger est peut-être le plus « rockyesque » de ses films.

Après avoir rompu avec les excès grotesques du milieu des années 80 (Rambo 3, Cobra…), Stallone avait déjà tenté un retour aux sources, incompris, avec Rocky 5. Mais la concurrence qui l’opposait alors à un Schwarzenegger au sommet alors que lui-même était en perte de vitesse l’a poussé à se tourner vers la comédie, genre où il n’a jamais été très à l’aise. Les deux nanars qui en sont sortis (Arrête ou ma mère va tirer et L’Embrouille est dans le sac, rien que les titres…) auraient pu mettre un terme à sa carrière. Mais leurs semi (au mieux) échecs ont été des déclencheurs.

Ainsi donc, Stallone la star reprend le contrôle de sa propre carrière, et écrit lui-même le script de ce qui allait devenir Cliffhanger. Comme il l’a fait et le fera pour à peu près toutes les étapes importantes de sa carrière. Et comme toujours, le parallèle avec sa propre expérience est évidente, avec ce personnage évidemment taillé sur mesure pour lui : un as du sauvetage en montagne en pleins doutes après la mort d’une amie qu’il n’a pu sauver, et qui ne redeviendra lui-même que face aux épreuves.

En l’occurrence, l’arrivée inattendue en pleine montagne d’un groupe de gangsters particulièrement dangereux à la recherche de valises pleines d’argents perdues lors d’un braquage foireux à bord d’un avion. Autant le dire, le ressors dramatique du film est totalement absurde, et le scénario n’évite pas les facilités improbables et les rebondissements ridicules. Pas plus qu’il n’évite la caricature des personnages, en particulier des méchants (John Lithgow en tête) pas vraiment dans la mesure.

Mais Stallone s’offre un beau rôle et l’occasion de relever un défi physique inédit pour lui, réalisant des cascades et des séquences d’escalade extrême réellement très spectaculaires. Sorti de l’efficace Die Hard 2, Renny Harlin remplit parfaitement son contrat, enchaînant les scènes impressionnantes (un peu trop mécaniquement) et filant des sueurs froides grâce à ses décors magnifiques et vertigineux.

Cliffhanger est un film par et pour Stallone, et pour ses fans avant tout. C’est aussi un vrai bon film d’action typique de son époque, mais qui reste très efficace vingt ans plus tard.

Evasion (Escape Plan) – de Mikael Hafström – 2013

Posté : 27 novembre, 2013 @ 1:02 dans 2010-2019, HAFSTRÖM Mikael, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Evasion

Cette rencontre, les ados des années 80 et 90 l’attendaient depuis longtemps. Stallone et Schwarzenegger, les deux messieurs muscles de notre jeunesse, ceux qu’on ne cessait d’opposer dans les cours de récré, dont on comparait les styles et les carrières. Moi, j’ai toujours eu un faible pour le créateur de Rocky qui, dans ses meilleurs films, a toujours su insuffler un petit parfum de nostalgie. Mais j’aimais aussi l’interprète de Predator et de Total Recall, fantasme absolu du cinéma d’action, avec son corps de bande dessinée…

Alors ne comptez pas sur moi pour évaluer Evasion sur des bases objectives, comme s’il était interprété par, disons Vin Diesel et Jason Statham. Si ça avait été le cas, j’aurais sans doute écrit qu’Evasion est un film d’évasion qui rappelle tous les films d’évasion (Stallone lui-même a déjà donné dans le genre, avec Haute Sécurité et Tango et Cash), un gros machin plutôt efficace mais qui ne trouve jamais son originalité, ou sa raison d’être.

Mais voilà, ce ne sont pas n’importes quelles stars : Sly et Schwarzie, qui se sont déjà croisés sur les deux premiers Expendables où ce dernier faisait quelques apparitions clin d’œil, mais qui partagent pour la première fois la tête d’affiche. A vrai dire, Stallone est toujours la vraie star du film : Arnold n’apparaît qu’après un bon quart d’heure, et disparaît avant la fin du film. Mais ces deux-là sont la principale (la seule ?) raison d’être de ce film dont ils sont aussi les meilleurs atouts.

Même si la prison dont ils doivent s’évader est high tech (assez laide), même si l’histoire se complique avec une sombre machination (dont on se moque totalement), et même si on croise quelques seconds rôles prestigieux (Sam Neill, Jim Caviezel, Vincent d’Onofrio, ou le rappeur 50 Cent), le film n’existe que pour les face-à-face entre les deux stars. Celles-ci tiennent plutôt leurs promesses, chacun jouant sa partition avec un plaisir apparent de se donner la réplique.

Les deux s’échangent des vannes un peu lourdes et pas très drôles. Schwarzenegger séduit avec son habituelle auto-dérision, qui a toujours compensé son jeu très limité. Il prend aussi brièvement une autre dimension, et dévoile une personnalité qu’on ne lui connaissait pas, lorsqu’il feint la folie en hurlant en allemand… Stallone, lui, joue beaucoup plus « premier degré », serrant les mâchoires et encaissant les coups.

Ce serait hypocrite de dire qu’on est déçu par cette première rencontre au sommet, dont on n’attendait pas mieux. On imagine seulement ce que cela aurait pu donner vingt ans plus tôt, avec un autre réalisateur…

Bananas (id.) – de Woody Allen – 1971

Posté : 17 novembre, 2013 @ 11:09 dans 1970-1979, ALLEN Woody, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Bananas (id.) – de Woody Allen - 1971 dans 1970-1979 bananas

Avec cette deuxième réalisation (la troisième, si on tient compte du bidouillage de Lily la Tigresse), Woody Allen n’est pas encore un grand cinéaste, loin s’en faut. A vrai dire, il n’est tout simplement pas un authentique cinéaste : son film est une extension sur grand écran de ce qu’il faisait en tant que gagman et showman pour la télévision. Il y a encore beaucoup de gags faciles qui émaillent ce Bananas filmé un peu n’importe comment, et ce n’est assurément pas ce qu’il y a de plus réussi ici.

Mais entre les effets comiques un peu lourdingues, se dessinent le Woody Allen en devenir. Celui qui se confie à sa psy : « Je me rappelle qu’enfant j’avais volé un livre porno écrit en braille. Je caressais les passages cochons. » Celui qui utilise les mots comme des  séducteurs plus virils leurs bras : voulant séduire une hippie avide de grandes causes, il lance un très allenien « j’adore la lèpre ».

Il faut accepter de se laisser embarquer dans cette improbable histoire d’un Juif new-yorkais qui devient par hasard un maillon important d’une révolution dans un petit pays d’Amérique du Sud qui ressemble étrangement à Cuba. Pas pour les images d’un Allen encore très approximatifs en tant que formaliste. Pas vraiment non plus pour le cinéaste, qui flirte du côté du Lelouch version L’Aventure c’est l’aventure. Mais pour le personnage de Woody Allen, déjà là dans ses grandes lignes, et à travers quelques répliques lapidaires.

Le cinéaste se cherche, c’est indéniable. Dès sa première apparition, testant une étrange machine destinée à muscler les travailleurs sur leurs postes de travail, Allen reconnaît en Chaplin (celui des Temps modernes) l’un de ses modèles. Son personnage est d’ailleurs encore marqué par l’influence du burlesque, comme dans cette petite séquence du métro, muette, où le fluet Woody est confronté à deux mauvais garçons (dont l’un est interprété par le jeune et inconnu Sylvester Stallone). Mais c’est quand il crée son propre personnage, plus inspiré par Groucho Marx ou W.C. Fields, quand il fait du Woody Allen en somme, qu’il est le plus drôle, et le plus moderne.

Du plomb dans la tête (Bullet to the head) – de Walter Hill – 2012

Posté : 17 juin, 2013 @ 10:18 dans 2010-2019, ACTION US (1980-…), HILL Walter, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Du plomb dans la tête (Bullet to the head) – de Walter Hill – 2012 dans 2010-2019 du-plomb-dans-la-tete

Un tueur à gages et un flic font équipe pour retrouver le commanditaire des meurtres de leurs partenaires respectifs. C’est le point de départ de ce buddy movie adapté d’un roman graphique du Français Matz, et porté par un Stallone qui porte quand même franchement bien ses 65 ans.

Le film marque aussi le retour au premier plan de Walter Hill, qui n’avait plus fait grand-chose de vraiment frappant depuis plus de quinze ans. Scénariste de Guet-Apens et d’Alien, réalisateur d’Extrême Préjudice et de Wild Bill, spécialiste du buddy movie (48 heures, Double détente), Hill est une figure incontournable du cinéma d’action « hard boiled », un type qui, mine de rien, ne signe à peu près que des westerns à peine déguisés.

Avec Du plomb dans la tête, il est en terrain connu. Et il ne faut certes pas chercher une quelconque originalité au film. Le coup du flic et du méchant qui font équipe n’est pas nouveau, pas plus que le fait d’associer un jeune très porté nouvelles technologies (le flic, joué par Shung Kang) et un vieux de la vieille très brut de décoffrage.

Mais qu’importe : la recette fonctionne parfaitement, et le film est d’une efficacité redoutable. Un petit film, oui (même la durée : à peine plus d’une heure vingt), mais qui va droit au but, avec un humour pas envahissant et une violence brute et brutale. Un bon film bien bourrin et virile, donc.

Il y a aussi une bonne surprise dans ce film : Jason Momoa, le nouveau Conan (pas vu). Dans cet univers de testostérone où la psychologie n’a pas sa place, cette montagne de muscle incarne un méchant très méchant, mais aussi assez original. Un ancien mercernaire qui ne travaille que pour le plaisir, avec une certaine innocence qui surprend. Et c’est plutôt un bon acteur, qui parvient à insuffler une âme à son personnage.

C’est aussi une espèce de test pour les fans de Stallone : c’est le premier film dans lequel la star se laisse totalement diriger (même s’il est à l’origine du projet) depuis son retour inattendu au premier plan. Comme Rocky, on sait que Stallone n’est jamais aussi passionnant que quand il est au fond du trou. C’est quand on n’attendait plus rien de lui qu’il a écrit le beau Rocky Balboa, puis John Rambo. Revenu au premier plan grâce à ses deux personnages fétiches, il a enchaîné en imaginant une nouvelle franchise (Expendables), dont il est le seul maître.

Redevenu une icône du cinéma d’action, il se retrouve dans la position qui était la sienne au milieu des années 80. Avec trente ans de plus, mais la même crainte : en confiance, Stallone va-t-il se laisser aller aux mêmes excès musculo-grotesques que dans sa pire période ? Du plomb dans la tête laisse la question en suspens. Le film est une réussite, un film sec et nerveux comme on les aime. Mais à trop poursuivre dans cette même voie, Stallone risque bien de se répéter, voire de s’autoparodier.

• Le film sort en DVD le 10 juillet, chez Metropolitan. En bonus : un petit doc sur les coulisses assez convenu, quelques bandes annonces des nouveautés de l’éditeur, et surtout une interview amusée de Matz, l’auteur français du roman graphique original (et scénariste), qui raconte la genèse de l’histoire, et comment il s’est retrouvé à travailler avec Stallone et Walter Hill. Pas d’emphase ni de vaine excitation dans cette interview, mais le commentaire honnête d’un type conscient que le film n’est pas un chef d’œuvre, mais content d’avoir participé à une telle aventure.

John Rambo (id.) – de Sylvester Stallone – 2008

Posté : 1 mars, 2013 @ 2:55 dans 2000-2009, STALLONE Sylvester, STALLONE Sylvester (réal.) | Pas de commentaires »

John Rambo (id.) - de Sylvester Stallone - 2008 dans 2000-2009 john-rambo

Après avoir ressuscité Rocky (et sa propre carrière), quoi de plus logique que de voir Stallone renouer avec son autre personnage fétiche : Rambo ancien soldat paumé victime de la mauvaise conscience de son pays, transformé au fil des films en machine de guerre, symbole absurde de la toute puissance américaine. Bref, un personnage qui, de l’excellent Rambo originel, à un Rambo 3 grotesque, s’est transformé en un contre-sens total de ce qu’il était.

Mais voilà, Stallone a changé, et on sentait bien, déjà à la fin des années 90, que la période bodybuildée des années 80, au cours de laquelle l’acteur était devenu la parodie de lui-même, était bien terminée. Et avec Rocky Balboa, et la soixantaine arrivant, on voyait bien que Stallone, enfin mur, renouait avec l’esprit de ses débuts, l’espoir et l’innocence en mois.

Le titre du film est parlant : John Rambo au lieu de Rambo 4 (comme Rocky Balboa au lieu de Rocky 6). Cette suite tardive (vingt ans depuis Rambo 3) ne prolonge pas le mythe. Il boucle la boucle, et s’intéresse enfin à son personnage qui, plus encore que Rocky, semble avoir perdu toutes ses illusions.

A l’opposée du style cartoonesque du troisième opus, ce retour aux sources qui adopte pourtant la même construction que les deux suites (John Rambo, qui n’aspire qu’à la paix, est engagé pour une opération de sauvetage), est, et de loin, le plus sanglant, et le plus sombre des quatre films.

Prenant pour cadre la guerre civile et le génocide en Birmanie, Stallone se filme en homme brisé, qui accepte enfin l’aberration qu’il est : un homme qui, dans certains circonstances, tue aussi facilement qu’il respire. Et il ne s’en prive pas, ici encore, éventrant, décapitant, égorgeant à main nue, dégommant des dizaines d’ennemis à la mitraillette lourde…

Stallone réalisateur va sans doute trop loin, n’épargnant au spectateur aucun détail des tueries de son personnage, ou du génocide dont femmes et enfants sont les premières victimes. Cette hyper-violence n’est pas gratuite, même si on peut lui reproche une franche complaisance : elle souligne le trop-plein d’un Rambo qui, enfin, retrouvera le bitume qu’il foulait au début du premier film. Et là, pour le coup, on aurait du mal à lui pardonner si un Rambo 5 devait changer la donne…

Daylight (id.) – de Rob Cohen – 1996

Posté : 18 janvier, 2013 @ 4:19 dans 1990-1999, COHEN Rob, STALLONE Sylvester | Pas de commentaires »

Daylight (id.) – de Rob Cohen – 1996 dans 1990-1999 daylight

Un film catastrophe dans la droite lignée de ceux qu’on nous sortait à la chaîne dans les années 70, mais avec les moyens pyrotechniques et les effets spéciaux des années 90 : voilà ce qu’est exactement Daylight. La situation est simple : si vous n’aimez pas le genre, passez votre chemin. Si l’idée de passer deux heures avec un groupe hétéroclite coupé du monde après une catastrophe vous attire, alors il n’y a pas à hésiter. Etant plutôt de la seconde catégorie, c’est avec un plaisir gourmant que je m’étais précipité dans les salles, il y a une quinzaine d’années. Et le plaisir est, aujourd’hui, toujours bien présent.

Inutile de chercher dans Daylight autre chose que ce qu’il est basiquement : un simple survival, qui respecte à la lettre tous les poncifs du film catastrophe. On a donc une première partie (heureusement très courte) qui nous permet de faire connaissance avec tous les protagonistes que le destin (et la catastrophe) va faire se rencontrer. Forcément des gens très différents : une famille au bord de la rupture, un vieux couple et son chien (indispensable, le chien), un groupe de détenus, une jeune femme (jolie, forcément : il faut une ébauche de romance dans la tourmente), un riche homme d’affaires, et le noir sympathique dont on sait dès le générique de début qu’il va s’en sortir.

Puis, la catastrophe elle-même : une gigantesque explosion dans l’un des tunnels reliant New York et le New Jersey. Et une douzaine de survivants pris au piège dans cet enfer qui menace de s’effondrer. Heureusement, Stallone était dans le coin. Ex patron des sauveteurs viré suite à une mauvaise décision, qui décide de rejoindre les survivants pour les aider à trouver une sortie…

C’est en racontant l’histoire qu’on réalise qu’elle est vraiment con comme c’est pas permis. Parce qu’en regardant le film, la crédibilité n’est pas un critère que l’on prend en compte : tout ce qui compte, c’est l’efficacité du film, et le malin plaisir que prend le scénario à enchaîner les catastrophes et les situations critiques. Pas une minute de temps mort dans ce film spectaculaire et oppressant, qui réserve de belles scènes à chacun de ses personnages (notamment à Viggo Mortensen, parfaitement détestable en patron médiatisé vaniteux).

Stallone fait des merveilles en sauveteur de la dernière chance qui doit gérer les peurs des autres, trouver une issue à chaque situation périlleuse, et lutter contre ses propres doutes. Daylight arrivait pour l’acteur à un moment où il cherchait un nouveau souffle. Mais l’échec injuste du film (et celui, encore plus injuste mais plus prévisible, de Copland, l’année suivante) vont précipiter sa chute. Il lui faudra attendre dix ans, et le retour d’un certain Rocky Balboa, pour que le grand Sly retrouve sa place au sommet.

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