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Archive pour la catégorie 'RYAN Robert'

Racket (The Racket) – de John Cromwell – 1951

Posté : 18 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CROMWELL John, MITCHUM Robert, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Racket

Il y a de bien belles idées dans ce noir méconnu. En vrac : un attentat contre la famille d’un flic qui n’est pas sans évoquer le Règlement de comptes de Fritz Lang (tourné deux ans plus tard), une course poursuite haletante qui se termine sur le toit d’un parking, un homme de loi véreux pour qui les notions de bien et de mal se décident aux intérêts qu’il peut en titrer, ou encore un jeune flic droit et courageux qui volerait presque la vedette au vrai héros du film.

Ce héros pourtant, c’est Bob Mitchum, impeccable en policier incorruptible. On peut le préférer en anti-héros victime du destin, rôle qu’il a tenu dans une quantité de films noirs plus mémorables encore que celui-ci, mais il y a toujours chez Mitchum ce petit quelque chose quasi-imperceptible qui fait de chacune de ses scènes un pur moment de cinéma, même si lui paraît ne rien faire pour cela.

Pour revenir au jeune flic, second rôle joliment dessiné, c’est clairement l’une des belles surprises du film. Surtout qu’il est joué par William Talman, tellement marqué par son rôle de tueur psychopathe à l’œil mort du Voyage de la Peur (qu’il tournera lui aussi deux ans plus tard) que ses premières scènes sèment le trouble. A tort bien sûr : Talman est ici un vrai chevalier blanc, brave et tragique.

Autre bon choix de casting : le toujours formidable Robert Ryan. Et autant Mitchum et Talman sont de vrais gentils, autant Ryan est ici une pure ordure, qui règle ses comptes et ses problèmes à coups de flingues grâce à son armée de tueurs. Ce n’est pas pour autant un méchant totalement monolithique. Il y a même un petit côté pathétique qui serait presque touchant (j’ai dit « presque »), dans ce personnage de caïd déjà dépassé par un crime organisé qui se modernise et se complexifie en misant plus sur la politique que sur la violence.

Il manque sans doute à Racket un liant, une fluidité qu’aurait sans doute donné un scénario moins bavard (les dix premières minutes sont un peu lourdes) et un réalisateur plus intense que John Cromwell, plus connu pour ses bluettes ou ses films lacrymaux (on lui doit l’une des versions du Petit Lord Fauntleroy, en 1936) que pour ses films noirs. Etonnamment à l’aise dans les scènes d’action et de suspense, il peine à donner corps à ce polar en pays corrompu.

Les Professionnels (The Professionals) – de Richard Brooks – 1966

Posté : 29 avril, 2016 @ 11:38 dans 1960-1969, BROOKS Richard, LANCASTER Burt, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Professionnels

Dans la riche filmographie de Richard Brooks, cinéaste génial et engagé, Les Professionnels peut sembler bien anecdotique : un « simple » western construit sur le modèle déjà éculé des Sept mercenaires, soit quatre fines gâchettes engagées par un riche propriétaire pour retrouver sa femme, enlevée par un révolutionnaire mexicain…

Tourné après l’échec de Lord Jim, le film répond en effet à une volonté de Brooks de reprendre la main. En partie en tout cas, parce que le cinéaste n’abandonne pas ses ambitions pour autant. De ce film d’action fun et explosif, il tire en effet une réflexion un rien désenchantée sur la frontière entre le bien et le mal, filmant des personnages qui n’ont rien d’univoques, ou le manichéisme n’a pas sa place.

Le film fut un triomphe à sa sortie en salles. Un demi-siècle plus tard, il paraît étrangement moderne. Bien plus en tout cas que la plupart des westerns tournés durant cette période de déclin du genre et qui tentaient à tout prix d’être dans l’air du temps. Brooks, lui, réussit ce prodige de raconter son histoire le plus simplement du monde, avec une suprême élégance et une immense efficacité, tout en proposant une étude complexe et passionnante du genre humain, tiraillé entre convictions et intérêts personnels. Un vrai film politique…

Et puis il y a ce casting, fabuleux. L’un des plus excitants de toute la décennie sans aucun doute. Lee Marvin en tête d’affiche, sobre encore (dans son jeu en tout cas, paraît que sur le tournage, ce n’était pas souvent le cas…) et d’une intensité incroyable. Burt Lancaster surtout, acteur décidément formidable qui révèle ici une humilité rare, acceptant de passer au second plan pour le bien du film. Woody Strode encore, acteur fordien comme souvent peu bavard, mais dont la silhouette taillée à la serpe impressionne toujours. Robert Ryan enfin, acteur que je soupçonne incapable d’être mauvais, voire juste passable, excellent malgré un rôle très en retrait.

Et l’apparition tardive mais miraculeuse de Claudia Cardinale (des retrouvailles pour elle et Lancaster, après Le Guépard), d’une beauté à couper le souffle. Le couple qu’elle forme avec Jack Palance, méchant très relatif, constitue l’une des raisons de voir et revoir ce western majeur, l’un des meilleurs de la décennie.

* Blue ray dans la belle collection Very Classics de Sony, avec un livret passionnant et joliment illustré, et quelques bonus intéressants.

Berlin Express (id.) – de Jacques Tourneur – 1949

Posté : 20 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, RYAN Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Berlin Express

C’est le premier film tourné dans l’Allemagne d’après la guerre, et ce n’est pas anodin. La vision des ruines de Francfort et Berlin est impressionnante et apporte une dimension dramatique fascinante à ce film noir qui ne ressemble à aucun autre.

L’intrigue est pourtant assez classique, sorte de variation autour d’Une femme disparaît, l’un des derniers films anglais d’Hitchcock. Un train qui entre en pays (plus tout à fait) ennemi, un homme qui disparaît, et des passagers qui semblent les seuls à s’inquiéter de cette disparition. Un brillant mélange de suspense et d’espionnage, intensément divertissant mais qui en dit long sur son époque.

Jacques Tourneur ne sacrifie aucun de ces aspects. Son film est une passionnante enquête pleine de rebondissements feuilletonnants, et le cinéaste de La Féline sait y faire lorsqu’il s’agit de faire naître la peur d’un décor. Mais c’est le contexte, inédit, qui donne une grande partie de sa force au film: les ruines fantomatiques d’une Allemagne vaincue peuplée d’êtres en errance, de familles à la recherche de leurs proches, de gens que la folie de leurs dirigeants et l’humiliation de la défaite ont obligé à vivre dans la marge, privés pour certains de leur humanité.

Berlin Express est un portrait d’une force sidérante de cette Allemagne-là, dans laquelle il est difficile de tirer un trait sur ces années de Nazisme : à la fois pour les étrangers encore habités par la guerre, et pour ces Allemands confrontés au manque. C’est aussi un film qui oscille entre cynisme et espoir : autour de la jeune Allemande interprétée par Merle Oberon, le groupe qui se forme pour enquêter est constitué d’un Américain (Robert Ryan, formidable comme toujours), d’un Français, d’un Anglais et d’un Soviétique.

Les quatre vainqueurs, qui se sont partagés l’Allemagne dans cet immédiat après-guerre, poussés à unir leurs forces et à fraterniser… Le conflit mondial à peine terminé, et alors que la guerre froide n’en était pas encore une, Berlin Express est un film d’une grande lucidité, qui se permet une (petite) note d’optimisme. Nouveau chef d’œuvre, pour Tourneur.

Les Rubis du prince birman (Escape to Burma) – d’Allan Dwan – 1955

Posté : 12 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DWAN Allan, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Les Rubis du prince birman

Deux grands acteurs (Barbara Stanwick et Robert Ryan), un grand réalisateur (Dwan), un grand chef opérateur (John Alton)… et tout ce petit monde qui s’offre une petite récréation tout juste sympathique. De dix films tournés par Dwan avec le réalisateur Benedict Bogeaus, celui-ci est loin d’être le plus mémorable. Loin, très loin même, de Silver Lode, Slightly Scarlet ou Tennessee’s Partner (tous les trois avec John Payne).

Dwan a souvent transcendé son manque de moyens grâce à son inventivité et son immense talent de cinéaste. Là, quand même, on se dit à plusieurs reprises qu’il se fout un peu du monde, avec ses décors de carton pâte (une porte en métal qui plie comme du carton, un rocher qui semble flotter dans l’eau) et ses extérieurs censés se dérouler dans la forêt birmane, et qui ont sans doute été tournés dans un jardin d’acclimatation…

Tout ça est un peu cheap, et personne ne semble réellement croire au sujet : un Américain accusé d’avoir tué le fils du Sawbwa (sais pas ce que ça veut dire, mais c’est le grand manitou de la région, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets), qui se réfugie dans un élevage d’éléphants tenu par une femme au caractère bien trempé…

Dans les premières minutes, il n’y a pas grand-chose pour sauver cette série B pas très inventive. Mais le film prend soudain une dimension inattendue lors de la rencontre de ses deux stars. Stanwick et Ryan se découvrent pour la première fois. Sans un mot, grâce à de longs gros plans sur leurs visages respectifs, Dwan met en valeur le désir qui attire ces deux-là comme des aimants.

Il y a comme ça, tout au long du film, quelques brusques coups de génie qui éclairent le film et le sortent de son côté plan-plan pas bien passionnant. Un face-à-face viril entre un policier et un éléphant, le regard bouleversant de Ryan (décidément un grand) qui se résigne à affronter son destin pour ne pas causer la perte de celle qu’il aime. Mais ce qu’il y a de plus beau, ce sont les scènes de nuit, nombreuses et toutes baignées d’une lumière différente. Là, le génie de John Alton se révèle, dans sa manière de créer une atmosphère grâce à un orage qui gronde, ou à une brume bleutée.

C’est grâce à ces petits moments que le film procure un authentique plaisir. Un peu discontinu, mais bien réel.

* Le film fait partie de l’indispensable coffret Allan Dwan édité chez Carlotta il y a quelques années, avec 7 films produits par Benedict Bogeaus entre 1954 et 1956, et accompagnés de passionnants bonus.

Le Coup de l’escalier (Odds against tomorrow) – de Robert Wise – 1959

Posté : 4 février, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, RYAN Robert, WISE Robert | Pas de commentaires »

Le Coup de l'escalier

Revoir l’un après l’autre La Chevauchée des bannis et Le Coup de l’escalier est une bonne manière de réaliser une bonne fois pour toute à quel point Robert Ryan est grand. Les deux films sont tournés la même année, marquent chacun à leur manière l’histoire du genre qu’ils représentent, et révèlent l’immense talent d’un acteur qui, en toute humilité et sans jamais tirer la couverture à lui, apporte à ses personnages une profondeur et une complexité à peu près infinis.

Après le western, le film noir donc. Et plus précisément le film de braquage, genre en soi dont Robert Wise, pas encore spécialiste du film musical mais déjà grand cinéaste au rythme très musical, s’empare en le malmenant comme peu d’autres avant lui. C’est bel et bien un film de braquage, construit comme tel : la formation de l’équipe, la préparation et l’attente, et le braquage lui-même. Sauf que ce braquage, minable et foireux, se résume à une dizaine de minutes montre en main, admirablement tendues et tragiques, et que l’essentiel est ailleurs.

Dans la préparation ? Elle-même se limite à une poignée de plans vite expédiés. Wise ne s’intéresse en fait qu’à ses trois bras cassés : Ryan donc, ainsi que Ed Begley et Harry Belafonte, à l’origine du projet, qui s’offre au passage une formidable séquence chantée dans un club enfumé, absolument fascinante. C’est tout le talent de Wise, qui prend le contre-pied des grands cinéastes du noir, et qui s’autorise de longues pauses et d’innombrables digressions.

A l’action pure, Wise préfère plonger dans les affres de ses personnages, qui n’en manquent pas. Ed Begley, ancien flic défroqué qui monte un « coup » pour se venger de la bonne société plus que pour se permettre un nouveau départ. Harry Belafonte, joueur invétéré et père divorcé, qui s’est attiré les foudres d’un créancier qu’il ne peut pas payer. Et Robert Ryan, vétéran fatigué de vivre aux crochets de son amie (Shelley Winters, terriblement émouvante), qui veut retrouver son statut « d’homme ».

Trois paumés que le noir et blanc éthéré assez impressionnant renvoie à leur triste banalité. Rien d’héroïque ou d’extraordinaire chez eux, ou dans ce qui les entoure. Ça sent déjà le plan foireux à plein nez, mais on pourrait leur rêver une nouvelle chance, finalement, à ces trois minables plutôt touchants.

Sauf que le personnage de Ryan est raciste jusqu’à la racine de ses cheveux. Il n’y peut rien : il a été élevé comme ça, et ça ne l’a jamais empêché de vivre. Et sauf que, pour ceux qui l’ignorent, Harry Belafonte est noir. Le film de braquage devient alors une charge contre le racisme et ses aspects destructeurs, jusqu’à un final chargé de symbole qui cite le White Heat de Walsh, et qui s’offre une conclusion cynique et définitive : face à la mort, il n’y a plus de différence entre les blancs et les noirs.

La Chevauchée des bannis (Day of the outlaw) – de Andre De Toth – 1959

Posté : 3 février, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, RYAN Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Chevauchée des bannis

Des westerns dans la neige ? On en a vu d’autres, avant et après, y compris avec Robert Ryan qui, dans Les Implacables de Walsh, quatre ans plus tôt, chevauchait déjà dans des paysages d’un blanc immaculé. D’où vient alors cette impression de ne jamais avoir vu un film comme Day of the Outlaw ?

Avec ce film, dénué de toute fioriture, De Toth, plus que dans n’importe quel autre, pousse à fond la logique de l’épure. Les paysages, les décors, les dialogues, les expressions des acteurs… rien, strictement rien de superflu ici. Rien qu’une poignée de personnages obligés de cohabiter tant bien que mal, dans une nature omniprésente et hostile.

En tournant quasi-intégralement en extérieurs, dans une région reculée et dans des conditions extrêmes, De Toth apporte à son film une dimension rare. L’omniprésence de cet environnement, sa menace perpétuelle, sont bel et bien perceptibles. Le cinéaste et son équipe ont profité de ses conditions difficiles pour faire de la nature un personnage central, utilisant tempêtes et brouillard pour renforcer son côté oppressant.

Le résultat est époustouflant. Le vent qui souffle sur les planches qu’on devine mal jointes des maisons, les chevaux qui avancent avec difficulté dans une neige profonde, s’enfonçant lentement dans un brouillard qui ferme l’horizon… Le film est émaillé de ces images saisissantes. Et l’affrontement entre héros et méchants se résumera à savoir qui des uns ou des autres saura le mieux se plier aux caprices de la nature.

Au cœur du film (et apparemment co-auteur du scénario, à un degré ou un autre), Robert Ryan est une nouvelle fois fabuleux. De son passé, on ne saura pas grand-chose, si ce n’est qu’il a utilisé plus d’une fois les armes pour amener la paix dans cette petite ville perdue dans les montagnes. Une ville qui, la paix installée, lui tourne ostensiblement le dos.

C’est un thème récurrent dans le western : le rapport ambivalent des habitants avec l’usage de la violence. Mais là aussi, le film prend le contre-pied de ce que l’on pourrait attendre. Pour Robert Ryan, pas de miracle possible : sa seule issue est de se confronter à ses démons, et d’accepter la vie en société et les prémisses d’une démocratie qui ne lui donnera pas forcément raison.

Surtout, Day of the Outlaw est l’un des westerns les plus tendus, les plus oppressants qui soient. Avant même l’irruption de Burl Ives et de sa bande de desperados, qui ne tardent pas à semer la terreur, Andre De Toth impose une tension extrême d’autant plus oppressante qu’elle ne fait que flirter avec l’explosion de violence que l’on sent toute proche, et avec laquelle le cinéaste s’amuse avec un sadisme réjouissant.

Cette tension atteint son sommet lors d’une scène… de bal. Un bal improvisé par des bandits en mal de compagnie, qui semble constamment sur le point de se transformer en viol collectif. La séquence de bal constitue la plupart du temps une pause dans le western, mais De Toth s’amuse à renverser cette figure presque imposée. Comme il s’amuse à faire de la survie du grand méchant (Burl Ives, donc) non pas une menace sur la population locale, mais une condition indispensable à sa sécurité.

Même s’il prend systématiquement le contre-pied des codes habituels du genre, Andre De Toth le fait avec discrétion, sans le tape-à-l’œil d’autres « révolutionnaires » du western (Peckinpah par exemple). Son film est un pur chef d’œuvre.

Les Implacables (The Tall Men) – de Raoul Walsh – 1955

Posté : 28 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, RYAN Robert, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Implacables

Un western imposant par l’ampleur de ses moyens, mais une véritable ode à la simplicité : c’est ce que réussit Walsh avec ce film formidable, qui utilise à merveille le Cinemascope pour des images d’une beauté… implacable.

Le scénario est d’une simplicité absolue (on va chercher un troupeau, on le convoie à travers le pays, et en route on affronte quelques bandits et des Indiens, et on tombe amoureux de la belle), les enjeux dramatiques sont étonnamment simples, et les rêves mêmes du héros sont modestes. « I dream small », lance Clark Gable à une Jane Russell qui, elle, rêve de grandeur.

Entre ces deux-là, les rapports sont explosifs. Et tant mieux : leur relation est la colonne vertébrale de ce très beau film qui sait prendre son temps pour s’intéresser d’abord à ses personnages. En étirant le temps, en se permettant de longues scènes dépourvues d’action, en filmant un convoi dans sa routine, et en immergeant ses sujets dans la splendeur immense de la nature américaine (magnifiée encore par l’écran large)… Raoul Walsh fait baigner son film dans une espèce de douce mélancolie joliment émouvante.

Alors qu’ils sont menacés par les Indiens, Jane Russell fait à Clark Gable cette belle réflexion sur leurs rêves incompatibles qui les ont éloignés l’un de l’autre. Un rêve de simplicité et un rêve de grandeurs qui vont se heurter ensemble à un Indien nommé Red Cloud… Bouleversante fatalité.

On sait Walsh attaché aux valeurs traditionnelles, à une vie simple proche de la nature, on lui connaît aussi plus de sympathie pour les Sudistes que pour les Yankees. Tout cela, on le retrouve dans Les Implacables, mais la mélancolie a clairement pris le pas sur la rage : pas de haine ou de vengeance dans ce western, même l’intriguant Robert Ryan se révèle un grand homme raté, plutôt qu’une ordure accomplie.

Il y a bien quelques défauts, qui tiennent essentiellement à l’écriture un peu approximative de certains personnages: celui du frère de Gable surtout (joué par Cameron Mitchell ), mais aussi celui de Robert Ryan, qui semble sacrifié au profit du formidable couple central. Mais Ryan, acteur décidément génial, parvient à le faire exister et lui donne une complexité qui doit tout à son interprétation toute en nuances.

Surtout, Les Implacables est un voyage fascinant dans une nature que l’on croit connaître par cœur : de vastes plaines enneigées ou poussiéreuses. Une nature qu’on a pourtant l’impression de découvrir devant la caméra généreuse de Walsh, qui nous offre des images à couper le souffle, qui saisissent par leur simplicité. Comme ces chevaux qui traversent la rivière et dont on ne voit que les têtes. Superbe… et simple.

* DVD chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec une présentation passionnée par Bertrand Tavernier, une courte évocation de Walsh par George Henri Wilson, et un documentaire consacré à Walsh et Errol Flynn (qui, non, ne joue pas dans le film).

Le Démon s’éveille la nuit (Clash by night) – de Fritz Lang – 1952

Posté : 6 août, 2014 @ 1:27 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, LANG Fritz, RYAN Robert, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

Le Démon s'éveille la nuit

Le début des années 50 n’est pas la période la plus connue de Lang. Les films qu’il tourne à cette époque sont pourtant, pour la plupart, de grandes œuvres noires qui explorent la face la plus sombre de l’humanité. L’Ange des maudits côté western, Règlement de comptes côté film noir, et souvent de grands rôles de femmes pleines de douleurs renfermées (Marlene Dietrich dans le premier, Gloria Grahame dans le second) évoluant dans des univers trop machistes et violents.

Barbara Stanwyck, dans Clash by night, s’inscrit clairement dans cette belle lignée, mais sans le filtre du film de genre. Encore que… Drame intime, portrait fascinant et terrifiant d’êtres rongés par la solitude, le film utilise constamment les codes du film noir. Dès le générique de début, plans dramatiques d’une mer déchaînée avec une musique anxiogène à souhait, on s’attend à ce que l’issue soit tragique, pour cette poignée de personnages à l’horizon étriqué.

Lang s’amuse à surprendre. Il s’évertue aussi à mettre à mal les beaux rêves véhiculés par ce cinéma hollywoodien dont il a toujours été un électron libre. En dehors de cette petite ville portuaire où revient Barbara Stanwyck après dix ans de rêves brisés, il n’y a point d’avenir. La vie de famille est une épreuve angoissante, que ne surpasse que la peur de vieillir seul. Finalement, le plus heureux est ce frère macho qui s’est trouvé une jolie blonde (ben oui, c’est Marilyn Monroe) gentiment soumise…

Mais le drame se noue autour d’un triangle amoureux totalement inattendu : Barbara Stanwyck, trop consciente d’être soumise à ses rêves d’aventures et de liberté ; Paul Douglas, force de la nature, homme trop bon, trop incapable de voir la face caché de ceux qui l’entourent ; et Robert Ryan, immense comédien qui trouve un nouveau très grand rôle, celui d’un sale type qui cache mal, derrière un comportement souvent odieux, une solitude qu’il ne supporte plus.

Le romantisme hollywoodien en prend un sacré coup ici. Pathétiques, parfois minables, ces personnages sont terribles. Lang ne leur épargne rien dans ce grand cri de désespoir, parsemé de quelques éclaircies bouleversantes. Une belle manière de célébrer le 1000ème film de ce blog…

L’Homme de la loi (Lawman) – de Michael Winner – 1970

Posté : 1 juillet, 2014 @ 8:18 dans 1970-1979, LANCASTER Burt, RYAN Robert, WESTERNS, WINNER Michael | Pas de commentaires »

L'Homme de la loi

Ainsi, avant de devenir le réalisateur attitré de Charles Bronson et de ses douteux vigilante films, Michael Winner a été un cinéaste ambitieux et intéressant. Ce Lawman est même aux antipodes absolus du Justicier dans la ville : une critique virulente, sombre et dure de la violence dans toutes ses formes. « That sounds like vigilante talk », ose d’ailleurs le maire de la petite ville devant le comportement de certains de ses concitoyens.

L’histoire du film ressemble à celle de beaucoup d’autres westerns, du Dernier Train de Gun Hill à Rio Bravo en passant par Le Train sifflera trois fois : un shérif (Burt Lancaster, raide comme la justice) arrive dans une petite ville pour arrêter plusieurs hommes accusés d’avoir causé la mort d’un vieil homme lors d’une soirée trop arrosée, et se heurte à l’hostilité de la population.

Et le personnage de Burt Lancaster a effectivement tout du héros de western, homme de loi inflexible, prêt à tout pour aller au bout de son devoir, conscient toutefois qu’il livrera ses prisonniers à des juges qui n’ont pas sa droiture : « Un homme comme Bronson pourrait facilement l’acheter », reconnaît-il évoquant le meneur du groupe qu’il recherche, un grand propriétaire qui semble conforme à l’image que l’on a de tous les grands propriétaires dans les westerns.

Mais le film ne joue avec les stéréotypes du genre que pour mieux nous en montrer les fêlures. Le shérif intraitable accueille la violence et la mort qu’il sème avec une nausée de plus en plus forte. Incapable, pourtant, de changer et de saisir la chance de bonheur qui lui est offerte par cette femme qu’il a connue jadis et qu’il retrouve, bien faible lueur d’espoir dans ce vacarme.

Le grand propriétaire joué par Lee J. Cobb est conscient de la responsabilité qui est la sienne et se trouve tiraillée entre son désir de mettre fin à la violence, et sa volonté de garder ce qu’il a mis trente ans à construire. Un homme qui vit avec les morts qui ont accompagné son ascension, comme il en témoigne avec émotion lors d’une belle scène nocturne très fordienne sur les tombes de ses proches, évoquant les Indiens qui ont sans doute tué ses frères : « C’était un peuple fier, les Comanches. N’écoute jamais ceux qui dénigrent les Indiens. »

Quant au shérif de la ville en question, vieille gloire désormais aux ordres du tout puissant propriétaire, il ne fait plus même semblant d’avoir un semblant de fierté, acceptant toutes les humiliations. Pourquoi ? Winner ne dira rien ou presque de son passé, et de ce qui l’a amené là. Mais Robert Ryan, acteur décidément formidable, apporte au personnage une vérité bouleversante, soulignant à la fois sa lassitude et un vague espoir de sortir de cette torpeur.

Comme le William Munny de Impitoyable, avec vingt ans d’avance, les personnages de Lawman sont tous hantés par un passé violent mais glorieux dont on ne saura pas grand-chose, à l’image de ce patron de bar estropié qui, avant le règlement de compte final, se décidera à retourner au combat. Mais les exploits glorieux d’antan n’étaient peut-être que des fantasmes : la violence n’a rien d’héroïque, ni même de spectaculaire.
S’il n’y avait ces zooms constants, très en vogue à l’époque, mais insupportables aujourd’hui, Lawman n’aurait pas été loin du chef d’œuvre. Avec un soucis du détail impressionnant, Winner signe tout de même un excellent western crépusculaire. Sans doute, de loin, son meilleur film.

L’Homme de la loi fait partie de la dernière fournée de la collection Westerns de Légende de Sidonis. En bonus : la bande annonce, une présentation par Patrick Brion, et un long portrait de Burt Lancaster.

La Maison dans l’Ombre (On dangerous ground) – de Nicholas Ray – 1951

Posté : 18 septembre, 2013 @ 9:21 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, BOND Ward, LUPINO Ida (actrice), RAY Nicholas, RYAN Robert | Pas de commentaires »

La Maison dans l’Ombre (On dangerous ground) – de Nicholas Ray – 1951 dans * Films noirs (1935-1959) la-maison-dans-lombre

La première demi-heure est hallucinante : une plongée dans le quotidien de flics abîmés par les horreurs qu’ils côtoient au quotidien. Trois flics. Deux sont mariés et parviennent à sauvegarder leur jardin secret, mais le troisième ne vit que pour les crimes sur lesquels il enquête. C’est Robert Ryan, simplement immense ici, dans ce qui ressemble fort à la matrice de tous les flics borderline qui feront le cinéma policier US des décennies à venir.

Cette première partie, filmée au plus près de ce flic au bord du gouffre, joue vaguement le jeu du polar traditionnel, en nous refilant un semblant d’enquête criminelle qui, on s’en rend vite compte, n’a strictement aucune importance. Ce qui compte, c’est le regard de Ryan, d’un noir profond, et ce qu’on y lit : un dégoût profond de ce qui l’entoure et de ce qu’il fait au quotidien. Un type à qui il reste à peine la force de s’émouvoir du dort d’une gamine tapinant dans un bar mal fréquenté.

Cette première partie donne le ton immédiatement. Mais Ray, cinéaste d’une modernité étonnante, ne plante le décor d’un polar urbain et poisseux que pour mieux s’en défaire. Son anti-héros, il l’envoie enquêter dans le grand Nord, comme le fera Christopher Nolan avec Al Pacino dans Insomnia, descendant évident de ce On dangerous Ground.

Là encore, l’intrigue policière, vite émousse, n’est qu’un prétexte à faire se côtoyer une poignée de solitudes abîmés par la vie. Ryan bien sûr, qui trouve l’un des plus beaux rôles d’une carrière exceptionnelle : il est de toutes les scènes, presque de tous les plans, et sa placidité qui cache (mal) un malaise abyssal, est absolument déchirante.

A ses côtés, Ida Lupino est d’une justesse rare dans le rôle d’une aveugle, évitant constamment la surenchère ou le cabotinage malvenu. Simplement dans le ton. Quant à Ward Bond, en père vengeur, il laisse peu à peu pointer une humanité bouleversante. Nicholas Ray, grand créateur formel, est un immense directeur d’acteurs. Et ses comédiens sont au sommet.

Le dernier quart d’heure se débarrasse totalement de tout semblant d’intrigue policière. Ne reste alors que deux solitudes déchirantes condamnés à tâtonner pour finir par s’effleurer. C’est tout simplement magnifique.

• Indispensable, La Maison dans l’ombre fait partie de la collection bleue RKO des Editions Montparnasse. En bonus, comme la plupart des titres de la collection : une introduction du passionné Serge Bromberg.

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