Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'NEWMAN Paul'

Absence de malice (Absence of Malice) – de Sydney Pollack – 1981

Posté : 18 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, NEWMAN Paul, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

Absence de malice

Sydney Pollack, cinéaste engagé, aime associé le film de genre et la critique du système américain. C’est une constante, qui a souvent donné d’excellents films, des Trois Jours du Condor à Havana (oui, j’aime Havana). Absence de malice n’est pas son film le plus connu, pas le plus célébré, pas le plus intense non plus, il faut le reconnaître. Mais il trouve sa place dans une filmographie très cohérente (même si pleine de surprises).

Paul Newman est excellent dans le rôle d’un petit chef d’entreprise que le FBI et les journalistes désignent comme l’héritier naturel de son truand de père. Un homme normal et sans histoire, emporté dans la spirale infernale du « système », thème pollackien par excellence. Le film manque d’intensité, disais-je. Mais Pollack excelle à décrire un univers inhumain, d’où personne ne surnage vraiment.

Newman lui-même, victime de moins en moins conciliante, qui comprend vite que pour garder la tête hors de l’eau dans cette Amérique-là, il faut adopter le point de vue et les méthodes de ceux qui vous détruisent. Et que dire de Sally Field, très bien en journaliste dont l’idéalisme fait si peu de cas des dégâts collatéraux de ses scoops ? Cynique, cruel, sans concession, Absence de malice s’inscrit dans la lignée des grands films de Pollack, à la fois film noir passionnant et miroir tendu à un certain système, déshumanisé et dénué d’empathie.

Les politiques, les forces de l’ordre, les journalistes, personne ne sort grandi de ce jeu de massacre fort bien écrit, et réalisé avec une certaine efficacité… mais oui, sans cette flamme qui aurait fait la différence, sans cette passion qui aurait fait de la « croisade » de Paul Newman une sorte de porte-étendard, un film majeur sur un certain journalisme, plus tourné vers les « coups » que vers la vérité. Un rendez-vous manqué, tout de même…

Paris Blues (id.) – de Martin Ritt – 1961

Posté : 20 août, 2021 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, RITT Martin | Pas de commentaires »

Paris Blues

Paul Newman et Sidney Poitier, musiciens de jazz américains, piliers des nuits des cabarets parisiens… Arrivent Joanne Woodward et Diahann Carroll, touristes américaines de passage à Paris (et amoureuses dans la vraie vie des deux acteurs), qui vont ravir leur cœur, et les sortir de cette parenthèse enchantée que représente ce Paris mythique, coupé du temps et de son époque.

Aux manettes : Martin Ritt, l’homme qui a créé le plus beau couple du cinéma américain deux ans plus tôt (Woodward et Newman, donc, dans Les Feux de l’été), qui signe ici l’une de ses plus belles mises en scène. C’est un Paris de carte postale, c’est vrai, où chaque plan met en valeur Notre-Dame, la Tour Eiffel, les Champs Elysées, ou l’un des décors d’Alexandre Trauner.

Un travelling magnifique, au début du film, donne d’ailleurs l’une des clés du film, révélant un décor digne des classiques français du « réalisme poétique ». Le choix de Trauner n’est pas innocent : c’est un Paris idéalisé que Ritt met en scène, un Paris qui flirte constamment avec la caricature, comme lors de ce bœuf improvisé sur les toits, d’une beauté irréelle.

Le parti-pris est totalement assumé. Paris Blues, c’est une sorte de rêverie, l’histoire de deux hommes réfugiés dans un Eden improbable, et forcément éphémère, loin du « vrai monde », que Diahann Carroll rappelle régulièrement à Sidney Poitier : cette Amérique où la couleur de peau est encore un problème, et où les musiciens n’ont pas la même liberté. Paris Blues raconte un réveil, un retour à la réalité. Beau film nostalgique.

On pardonne volontiers à Ritt les quelques facilités, la vision trop pittoresque de ce Paris-là (pittoresque d’ailleurs revendiquée dans un dialogue), peut-être un peu moins la manière dont Serge Reggiani est mis en scène en drogué, franchement excessive. Le film, d’ailleurs, est surtout précieux pour la place qu’il réserve à la musique.

Omniprésente, jusqu’à l’obsession, la musique est l’essence des personnages, et du film. Martin Ritt la filme longuement, intensément. Beaux moments, libres et simplement vivants, que Newman et Poitier incarnent avec enthousiasme, surtout lorsqu’ils donnent la réplique à Louis Armstrong himself. Ce Louis Armstrong comme un symbole de la liberté et d’une certaine insouciance, dont l’image est recouverte dans le dernier plan du film, là encore comme un rude retour à la réalité.

WUSA (id.) – de Stuart Rosenberg – 1970

Posté : 16 octobre, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, NEWMAN Paul, ROSENBERG Stuart | Pas de commentaires »

WUSA

« What we’ve got here is failure to communicate »… Cette phrase inoubliable caractérisait Luke la main froide dans la précédente collaboration de Newman et Rosenberg. Trois ans plus tard, le personnage de Newman dans WUSA se présente lui-même comme un « communicator », autant dire l’antithèse revendiquée de Luke, une sorte de double négatif qui, lui, joue le jeu que la société attend de lui. Quitte à perdre son âme.

A la brader, même… Newman, producteur, s’offre un rôle particulièrement antipathique : celui d’un paumé dans le sou qui se fait embaucher par une radio d’extrême droite au service de suprématistes blancs. Et qui accepte de véhiculer des messages aux antipodes de ses convictions. Jusqu’à oublier ces convictions, noyées dans les hectolitres d’alcool qu’il ingurgite.

Tellement imbibé et cynique qu’il humilie à répétition l’idéaliste et fragile Anthony Perkins, et snobe la sérénité que la pauvre Joanne Woodward pourrait lui apporter. Elle est formidable, dans ce rôle de femme abîmée par la vie, vivotant de ses charmes.

Le plus réussi dans ce film, c’est la relation entre ces deux-là, les regards qu’ils se portent, la tendresse qu’ils retrouvent. Mais aussi la distance que lui garde entre eux. Rosenberg réussit parfaitement à rendre perceptible le poids de leurs passés respectifs, et leurs difficultés à trouver leur place dans ce monde.

Il échoue en revanche à donner corps à cet engrenage qui va mener au chaos. Le portrait croisé de ces deux paumés est passionnant. La charge sociale et politique, critique d’une société radicalisée, est nettement moins convaincante. Reste de beaux moments intimes, et le sentiment déchirant du gâchis que laisse planer le mot Fin.

Les Feux de l’été (The Long Hot Summer) – de Martin Ritt – 1958

Posté : 13 mars, 2019 @ 8:00 dans 1950-1959, NEWMAN Paul, RITT Martin | Pas de commentaires »

Les Feux de l'été

Il symbolise quelque chose de la jeunesse mal aimée d’une certaine Amérique, ce quasi débutant nommé Paul Newman. Une beauté magnétique, des yeux bleus qui vous scotchent dès le premier plan, et cette moue boudeuse si fascinante. Bref, avant d’enchaîner avec Le Gaucher et La Chatte sur un toit brûlant, Paul Newman a déjà une carrure de mythe avec ce film méconnu mais très réussi.

C’est bavard, très bavard même. Mais Martin Ritt est un cinéaste visuellement très inspiré. Et la vérité des personnages fait oublier les défauts du film. Newman est grand, Joanne Woodward est formidable. Ces deux-là ne ressemblent à aucun autre acteur. Comment pouvaient-ils passer l’un à côté de l’autre ? Improbable, leur couple est déjà magnifique. Quant à Orson Welles, en roue presque libre, il réussit à être intense et très émouvant.

Finalement, le plus embêtant avec cette adaptation de Faulkner, c’est qu’elle évoque d’une manière trop proche La Chatte… (d’après Tennessee Williams), avec ce patriarche vieillissant et despotique, ses tensions familiales, son décor brûlant, et Paul Newman au centre bien sûr. Le film de Richard Brooks est un chef d’œuvre absolu, bien sûr. Forcément, la comparaison a tendance à enterrer le film de Ritt, surtout que ce dernier n’a pas la même cohérence, ni la même puissance émotionnelle.

Mais Martin Ritt sait filmer ses personnages, leur donner du corps, de la matière, et ce petit quelque chose un peu trouble qui fait la différence. Il filme des jeunes femmes qui ont peur de ne pas trouver un homme, un homme trop proche de sa mère, un fils humilié par son père… A peu près que des personnages un peu malades, un peu à la marge. Mais sans jamais en rajouter sur le drame et l’émotion, avec même une sorte de vision quasi-cartoonesque que le personnage de Newman illustre bien.

Il y a en tout cas de la vie, du rythme, et la naissance d’un couple mythique qui va vite devenir inséparable, et que Martin Ritt retrouvera lui-même trois ans plus tard, avec Paris Blues.

La Tour infernale (The Towering Inferno) – de John Guillermin – 1974

Posté : 26 octobre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, GUILLERMIN John, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

La Tour infernale

Le film catastrophe n’est pas né avec La Tour infernale : le genre est à peu près aussi vieux que le cinéma, et a déjà eu une sorte d’âge d’or dans les années 30, avec des films (formidables) comme San Francisco, La Mousson, ou L’Incendie de Chicago. Et puis son producteur, Irwin Allen, avait déjà connu un gros succès deux ans plus tôt avec L’Aventure du Poséidon, sur un modèle similaire. Mais les bases que le producteur impose au genre deviennent vite incontournables. Le triomphe du film lors de sa sortie en salles n’y est pas pour rien.

La dimension biblique omniprésente quarante ans plus tôt (la catastrophe venait quasi-systématiquement débarrasser la terre de ses pêcheurs) est un peu estompée, mais il en reste quelque chose. On peut être certain que les salauds vont tous mourir, que les enfants et les animaux vont survivre, et que les couples illégitimes seront les premiers à succomber. Pas manqué ici, mais on pardonne bien volontiers cet excès de bonne conscience judéo-chrétienne : le sacrifice annoncé de ces amants qui se cachent pour s’adonner à la luxure est l’une des séquences les plus belles et déchirantes de ce film qui ne manque pourtant pas de morts.

Surtout, c’est la construction du film qui sera reprise ad-nauseum dans d’innombrables grosses productions pas toujours (même rarement) aussi inspirées : une première partie qui permet de présenter les nombreux personnages, puis une succession de morceaux de bravoure qui donnent l’occasion à un casting all-stars de briller, chacun à son tour.

En l’occurrence, le scénario (signé Stirling Silliphant, comme …Poséidon) est d’une efficacité redoutable, à la fois dans la manière d’introduire et de faire vivre (ou mourir) les personnages, mais aussi dans celle de les plonger au cœur de l’action, en évitant l’effet surenchère. Réalisateur pas toujours très inspiré (son King Kong de triste mémoire), John Guillermin l’est particulièrement pour utiliser les trois dimensions (la hauteur, surtout) de son beau décor : une tour présentée comme la plus haute du monde, à San Francisco, bientôt ravagée par les flammes.

Et quel casting ! Faye Dunaway se contente, certes, de jouer les faire-valoirs, mais tous les autres acteurs sont parfaitement bien servis : Jennifer Jones, Fred Astaire, William Holden, Robert Wagner, Robert Vaughn… et surtout Steve McQueen et Paul Newman, les deux stars du film, dont l’alchimie, même à distance, est pour quelque chose dans l’aspect toujours moderne du film. Les deux rois de la cool-attitude au cœur de l’enfer, ça a de la gueule.

Luke la main froide (Cool Hand Luke) – de Stuart Rosenberg – 1967

Posté : 23 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, ROSENBERG Stuart | Pas de commentaires »

Luke la main froide

Quinze ou vingt ans que je n’avais pas vu ce film, qui avait bercé ma prime cinéphilie. Et, bonheur ! Je le redécouvre avec la même émotion, et le même plaisir immense.

Cool Hand Luke est, définitivement, un film magnifique, et peut-être le plus beau rôle de Paul Newman. Le plus iconique en tout cas. Jamais sa cool attitude légendaire, cette nonchalance apparente cachant un mal-être évident, n’ont été aussi bien utilisés que dans ce petit chef-d’œuvre.

D’un strict point de vue visuel et de rythme, le film est une merveille. Stuart Rosenberg, en état de grâce, enchaîne les plans superbes, sublimant une nature immense et pourtant austère, parfait contrepoint à la situation des personnages.

Des prisonniers, donc, purgeant des peines très variées pour des méfaits très divers. Newman, lui, a décapité des parcmètres un soir de beuverie, espèce de double tragique de son personnage dans Cat on a hot tin roof. Un jeune homme désœuvré, perdu entre l’enfance et l’âge adulte, souffrant d’une jeunesse gâchée, et confrontée à la barrière cruelle des générations. « What we’ge got, here, is failure to communicate » : cette phrase lancée par le gardien en chef illustre bien cette barrière.

Parenthèse dans un film presque exclusivement masculin, la rencontre avec Arletta, la mère crevarde, est l’une des plus belles scènes de toute la filmographie de Newman, un moment absolument bouleversant qui vous tire des larmes qui n’en finissent plus de couler.

Il y a des tas de moments inoubliables, comme ça. L’incroyable scène du gobage des œufs, la sublime scène du deuil, l’affrontement homérique avec George Kennedy (formidable), brute qui réalise peu à peu l’absurdité de sa posture…

Autant de moments qui soulignent les difficultés du rapport à l’autorité, de la maturité… Ce personnage de Luke est inoubliable, symbole d’une certaine idée de la liberté, face à une société répressive et liberticide. Un acteur en état de grâce, dans un film magnifique.

La Chatte sur un toit brûlant (Cat on a hot tin roof) – de Richard Brooks – 1958

Posté : 15 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, BROOKS Richard, NEWMAN Paul | Pas de commentaires »

La Chatte sur un toit brûlant

« What we’ve got here is failure to communicate… » La célèbre réplique de Luke la main froide aurait pu s’appliquer à cette sublime adaptation d’une pièce de Tennessee Williams, peut-être le sommet de la carrière d’Elizabeth Taylor. Et de Paul Newman d’ailleurs, dont le rôle dans Luke… sera une sorte de prolongement.

La moiteur, le mal-être, la cruauté, le désir contrarié, le besoin d’amour… Richard Brooks signe un film vraiment magnifique, déchirant et troublant, qui respecte les codes du théâtre (unité de lieu, de temps) tout en étant une grande oeuvre cinématographique : la caméra est évidemment importante, tout comme la construction des plans et le montage, chaque détail se conjuguant pour creuser la psyché de ces personnages abîmés.

Un exemple, simple et beau : Newman, qui repousse les avances de Liz, sa femme dont il ne supporte plus les attentions, avant de se réfugier derrière la porte de la salle de bain où il se laisse brièvement aller au contact de la nuisette de la jeune femme. En quelques secondes, le drame qui se noue au sein de ce couple malade prend une dimension inattendue, bouleversante.

Liz Taylor, douloureusement sexy, est magnifique. Paul Newman, fermé et mutique durant une grande partie du film, est d’une intensité incroyable. Burl Ives, monstre plein de fêlures, est impressionnant. La caméra passe de l’un à l’autre pour dresser une sorte de portrait multiple de l’incapacité à partager ses sentiments pour affronter la vie. « J’ai le courage de mourir, auras-tu celui de vivre ? » lance le père à son fils.

De la très belle pièce de Tennessee Williams, Brooks tire un authentique chef d’oeuvre : c’est avant tout le parcours intérieur de Brick, le fils en quête d’amour, rongé par la culpabilité et le dégoût de soi-même. C’est l’histoire d’un fils qui peine à s’accepter en tant qu’homme, à accepter ce que les autres lui offrent : le long chemin vers la paix, qu’il finira par trouver au cours d’un face-à-face père-fils d’une beauté renversante.

Ce film, je l’aimais déjà passionnément quand j’étais adolescent. Des années après, il garde la même force et la même beauté. Le même trouble aussi, fascinant mystère autour de cet ami suicidé dont l’évocation ne fait qu’effleurer une homosexualité latente pourtant bien présente. Paul Newman est un homme perdu qui peine à se trouver. Sa quête de lui-même est magnifique.

L’Arnaqueur (The Hustler) – de Robert Rossen – 1962

Posté : 5 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, NEWMAN Paul, ROSSEN Robert | Pas de commentaires »

L'Arnaqueur

Paul Newman disait en 1987, lorsqu’il reprenait le rôle d’Eddie Felson dans La Couleur de l’Argent, que c’est dans le beau film de Martin Scorsese qu’il se trouvait pour la première fois bon acteur. Un signe flagrant d’autoflagellation très injustifié. Parce que même si c’est avec sa suite tardive, vingt-cinq ans plus tard, que Newman décrochera l’Oscar, il est absolument magnifique dans le film de Robert Rossen, superbe portrait d’un pur looser.

Et il fallait un interprète habité pour ce rôle, variation sur fond de billard de Sang et Or, le sublime « film de boxe » que Robert Rossen avait réalisé avec John Garfield, autre looser magnifique du cinéma américain. Comme pour la boxe, Rossen filme d’une manière incroyablement dynamique les innombrables parties de billard qui émaillent le film. Non comme de simples interludes, mais comme autant de marches (vers le haut ou vers le bas ?) dramatiquement franchies par Felson/Newman.

L’atmosphère est purement fascinante, grâce aussi à une photo sublime et à une interprétation de première classe : Piper Laurie en alcoolique paumée, à des années lumière de ses fantaisies des années 50, et Jackie Gleason dans le rôle du rival dont la superbe tranche cruellement avec l’attitude autodestructrice de Newman. Le regard désolé qu’il porte à ce dernier, qui se laisse entraîner par son obsession, est un grand moment de cinéma.

Détective privé (Harper) – de Jack Smight – 1966

Posté : 20 mai, 2016 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, NEWMAN Paul, SMIGHT Jack | Pas de commentaires »

Détective privé

Il en fait des tonnes, Paul Newman, surjouant sa cool attitude, cette non-chalance travaillée qui fait son incroyable charme. D’un autre acteur, ce serait insupportable. Mais lui a cette classe folle et une ironie teintée d’autodérision qui emportent l’adhésion. Et tout spécialement dans ce film noir qui sonne très sixties, mais dont le scénario semble tiré d’une armoire laissée fermée pendant vingt ans…

Plus que l’intrigue gentiment tarabiscotée, ses faux-semblants et ses innombrables rebondissements, c’est cette impression que Jack Smight filme un scénario de la grande époque du noir qui fascine et séduit. Sur le papier, Harper, adaptation d’un roman de Ross MacDonald, aurait pu être une sorte de double du Grand Sommeil. A l’écran, le résultat est pourtant radicalement différent. Et dans cette différence, c’est toute l’évolution du cinéma de genre américain qui apparaît.

Pas forcément toujours pour le meilleur : il manque au film de Smight la suprême atmosphère de celui de Hawks. Mais la référence est flagrante, jusqu’à la participation de Lauren Bacall, flanquée d’une jeune femme un rien névrosée (sa belle-fille ici, et plus sa sœur). Quant à Newman, il est une sorte de version années 60 du privé à la Bogart. Donc très différent : filmé dans son terne quotidien (la scène d’ouverture), prêt à implorer sa femme (Janet Leigh) de ne pas le quitter, et passant le plus clair du film à se prendre des coups…

La comparaison pourrait être écrasante, mais Smight a l’intelligence de faire le film à sa manière. Avec un grand sens du rythme et de la dérision, et même une certaine élégance. A tel point qu’on aurait presque souhaiter voir Newman et Smight s’atteler réellement à un remake du Grand Sommeil. Un remake qui sera bel et bien réalisé quelques années plus tard, mais par un tâcheron et sans éclair de génie. Quant à Newman, il retrouvera le rôle de Harper neuf ans plus tard dans La Toile d’araignée qui, non, n’est pas le remake du film noir homonyme des années 50… avec Lauren Bacall.

Butch Cassidy et le Kid (Butch Cassidy and the Sundance Kid) – de George Roy Hill – 1969

Posté : 27 janvier, 2016 @ 8:00 dans 1960-1969, HILL George Roy, NEWMAN Paul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Butch Cassidy et le Kid

Ce premier film réunissant Newman et Redford a à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans son « double » au royaume des gangsters, L’Arnaque, que le même George Roy Hill réalisera avec le même tandem et dans le même esprit. Dans les deux cas, il s’agit d’un hommage tantôt rigolard, tantôt sombre, à un genre fondateur du cinéma américain: le film de gangster là, le western ici.

Un hommage d’une sincérité qui force le respect, mais tellement respectueux qu’il en devient trop lisse, trop poli. Plutôt que de donner un nouveau souffle au genre, comme d’autres cinéastes le font à cette époque (Leone en Italie, Peckinpah aux States), Hill choisit une approche qui le rapproche davantage du pastiche.

George Roy Hill est un cinéaste très ambitieux. Dès le générique, son amour du genre et des figures fondatrices de l’Amérique est flagrante, avec cette série d’images en noir et blanc qui renvoient directement au cinéma primitif. Mais il lui manque une pointe de génie et de folie, et il manque au film ce souffle qui ne revient que dans une poignée de scènes: le premier tué de Butch Cassidy, et surtout l’inoubliable mort des deux héros en Bolivie.

Butch Cassidy et le Kid est un film agréable et plaisant comme l’hommage vibrant qu’il est. Mais il manque à cette grosse production cette étincelle que l’on retrouve dans la plupart des séries B que produisait la Universal à la pelle dans les années 50.

Mais il y a Redford et Newman. Entre eux, l’alchimie est parfaite. C’est à eux que le film doit sa renommée, à la magie qui se produit lorsque ces deux-là partagent l’affiche. Dans L’Arnaque, ces moments seront finalement assez rares. Dans Butch Cassidy, le duo fonctionne à plein régime. Et même lorsqu’il ne se passe rien, il se produit quelque chose entre eux. La magie du cinéma.

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