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Archive pour la catégorie 'MITCHUM Robert'

Voyage sans retour (Where danger lives) – de John Farrow – 1950

Posté : 23 avril, 2012 @ 9:38 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FARROW John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Voyage sans retour

Après des chef d’œuvre comme Feux croisés (Edward Dmytryk) ou La Griffe du passé (Jacques Tourneur), ce Voyage sans retour fait figure d’œuvre mineure dans la longue liste des films noirs interprétés par Bob Mitchum. Et c’est vrai qu’on est loin de la mécanique diabolique du film de Dmytryk ou du pouvoir de fascination absolu de celui de Tourneur. Pourtant, on prend un plaisir fou à voir ce petit film de genre pas franchement crédible (Mitchum en chirurgien ? mouais…), mais diablement bien réalisé par un John Farrow à qui on doit quelques grandes réussites du genre (La Grande Horloge, chef d’œuvre avec Ray Milland, ou Fini de rire pour lequel il retrouvera Mitchum l’année suivante).

C’est du pur film noir, et Mitchum est l’anti-héros type : un jeune chirurgien fiancé avec une infirmière douce et aimante (Maureen O’Sullivan, la Jane de Tarzan, la femme de Farrow, et la mère de Mia), qui se laisse prendre au piège d’une de ses patientes, une jeune femme bien belle (Faith Domergue), mais visiblement dérangée. Il la rencontre alors qu’elle a essayé de se suicider ; il comprend trop tard que celui qu’elle présente comme son père (Claude Rains, dans son éternel emploi de cocu digne) est en fait son mari ; ce dernier meurt alors que Bob vient de le laisser seul avec son épouse… Mais non, notre héros n’imagine pas que sa belle a peut-être un grain. Pire, il se laisse persuader que c’est lui qui a causé la mort de Rains…

Alors les voilà tous deux sur les routes, persuadés d’être poursuivis par toutes les polices. Mitchum, l’homme fort et viril par excellence, est la victime de cette vamp aux yeux renversants. Plus surprenant : il est une victime incroyablement passive. Il suffirait d’un rien  de jugeotte pour qu’il se sauve de ce piège, mais non, il plonge. Comme s’il fuyait inconsciemment cette vie bien rangée et toute tracée qui l’attendait, cette fiancée trop gentille, tellement gentille qu’elle lui pardonnera tout sans la moindre scène, alors qu’il mérite au moins une bonne trempe…

Le fameux art de ne rien faire de Mitchum trouve ici une logique toute nouvelle : ce personnage en apparence typique du genre révèle en effet peu à peu une absence de personnalité que la passivité de l’acteur rend fascinante. Embarqué par la belle, ballotté par les hasards des rencontres, Bob traverse de nombreuses petites épreuves qui nous plongent au cœur de l’Amérique profonde, des garagistes roublards, des shérifs trop contents d’avoir une « affaire » à régler, des communautés trop entreprenantes… Ce voyage sans retour est une véritable odyssée américaine.

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) – de Jacques Tourneur – 1947

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MITCHUM Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Griffe du passé

Après avoir réalisé quelques-uns des plus grands films d’angoisse de l’histoire (de La Féline à Vaudou), Tourneur junior aurait-il signé le plus grand des films noirs ? Out of the Past peut sans rougir prétendre à ce titre, malgré (ou en raison de) son apparent classicisme. Sur le papier, le film ne se démarque pas des dizaines d’autres qui sortaient sur les écrans depuis le début des années 40. On retrouve, sans en oublier aucun, tous les ingrédients du parfait film noir : la femme fatale, le détective intègre, une machination machiavélique, la petite bourgade tranquille, et même la voix off, qui rythme une partie du film.

Tourneur respecte à la lettre le cahier des charges, et ne raconte même pas son histoire au deuxième degré. Et pourtant, Out of the Past se démarque nettement de la plupart des autres films noirs de l’époque, par la beauté des images, par la qualité de ses dialogues et de l’interprétation, et par une construction plutôt originale, qui scinde le film en deux parties. La première est un flash-back dans lequel le héros, Jeff Bailey (Robert Mitchum) raconte à sa fiancée les événements qui l’ont poussé à se retirer, sous un faux nom, dans une petite ville. La seconde se déroule « en direct » sous nos yeux. L’une des grandes forces du film réside dans la rupture de ton très brutale entre ces deux parties : la première est d’une simplicité absolue, totalement linéaire, presque simpliste ; la seconde est nettement plus machiavélique et complexe, chaque personnage déployant des trésors d’imagination pour être le plus malin. La question n’est plus « à qui peut-on faire confiance ? », mais « qui sera le plus retors ? ».

Pas d’issue heureuse possible dans ce panier de crabes, où la douceur de la blonde Rhonda Fleming, seul élément d’innocence, s’apparente à un eden inaccessible, une sorte de fantasme irréaliste, auquel se raccroche un héros en quête de rédemption (comme Penelope Ann Miller pour Al Pacino dans L’Impasse, de Brian De Palma).

Quant à Jane Greer, à la fois sublime et inquiétante, elle est une femme fatale idéale : pas difficile d’imaginer qu’un homme puisse se laisser envoûter par une femme qui sait à ce point jouer avec les sentiments des autres. Le grand « méchant » du film apparaît à ses côtés presque comme une victime. Ce méchant, c’est Kirk Douglas, tout jeunôt, dans son deuxième rôle (après L’Emprise du Crime, de Lewis Milestone… pas mal, pour un début de carrière), dont les scènes avec Mitchum fonctionnent formidablement bien : une étrange complicité semble se lier entre les deux hommes, pourtant ennemis mortels.

Et puis il y a Mitchum, plus impassible que jamais, qui élève l’art de ne rien faire au rang de pratique géniale. Est-ce le plus nonchalant ou le plus sensible des acteurs ? Soixante ans après, le mystère demeure…

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) – de Don Siegel – 1949

Posté : 27 septembre, 2010 @ 7:54 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, MITCHUM Robert, SIEGEL Don | Pas de commentaires »

Ça commence à Vera Cruz (The Big Steal) - de Don Siegel - 1949 dans * Films noirs (1935-1959) ca-commence-a-vera-cruz

A priori, il avait tout pour me plaire, ce film : un jeune Don Siegel derrière la caméra (c’est son troisième film), une histoire plutôt intrigante, Bob Mitchum dans le rôle principal, avec à ses côtés Jane Greer et face à lui ce bon gros William Bendix. Même le titre français sonnait bien à mes oreilles, et m’attirait depuis bien longtemps… Mais là, c’est une grosse déception. Pas une seconde je n’ai cru à cette histoire d’un officier accusé de vol, poursuivi par son supérieur ; le suspense ne fonctionne pas vraiment non plus ; et les rebondissements sont énormes et assez incroyables…

Bref, on ne s’ennuie pas vraiment : Mitchum est là, et sa désinvolture légendaire assure l’essentiel. Et puis Siegel, même jeunôt, connaît parfaitement son métier. Il parsème son film de poursuites et bagarres plutôt efficaces (celle du début notamment, entre Bob et Bendix, est assez réjouissante). De toute façon, pas le temps de s’ennuyer : le film est trop court pour cela. Mais on en sort avec un sentiment appuyé de frustration. On attendait autre chose de cette rencontre, unique, entre l’un des plus grands acteurs de films noirs, et un cinéaste qui allait devenir une référence du polar sec et violent des années 60 et 70.

Bon, allez, disons que je n’étais pas bien luné ce soir-là, et que le film n’est pas si mal… Sûr que je m’y recollerais dans quelque temps…

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