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Archive pour la catégorie 'MITCHUM Robert'

Le Dernier Nabab (The Last Tycoon) – d’Elia Kazan – 1976

Posté : 6 septembre, 2013 @ 1:39 dans 1970-1979, CARRADINE John, CURTIS Tony, DE NIRO Robert, KAZAN Elia, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Le Dernier Nabab (The Last Tycoon) – d’Elia Kazan – 1976 dans 1970-1979 le-dernier-nabab

Elia Kazan savait-il que The Last Tycoon serait son dernier film ? Il y a en tout cas des allures de testament cinématographique dans cette magnifique adaptation d’un roman de Fitzgerald. Dans le cadre du Hollywood des années 30, celui de la jeunesse de Kazan, c’est un film profondément mélancolique, l’histoire d’un amour disparu, que De Niro tente de retrouver à travers le personnage quasi-fantasmé de Katherine Moore, sosie de sa défunte femme.

Dans le rôle, Ingrid Boulting n’a pas eu bonne presse à l’époque de la sortie. Son interprétation vaporeuse en a surpris plus d’elle. A tort : elle tient davantage du fantasme que de l’héroïne classique. Sa première apparition affiche la couleur : après un tremblement de terre qui surprend le producteur interprété par DeNiro dans son sommeil, elle entre en scène chevauchant une tête géante dérivant dans un décor de cinéma inondé par un torrent…

Producteur à l’ancienne, à l’époque où les producteurs étaient les maîtres absolus et disposaient à leur convenance des réalisateurs comme des scénaristes, Monroe Stahr est inspiré par Irving Thalberg, le jeune maître à penser de la MGM dans les années 20 et 30. Il est aussi le symbole d’un Hollywood déjà condamné à disparaître, alors que le studio est secoué par la grogne des scénaristes, sur le point de créer leur syndicat. La toute puissance du producteur qui ne vit que pour les films est remise en cause. L’ère des financiers et des avocats se profile.

Stahr/DeNiro représente aussi toute la complexité de ce système de l’âge d’or d’Hollywood : un vrai amoureux de cinéma qui connaît mieux que quiconque les clés d’un bon film (la période a donné un paquet de grandes réussites, quand même…), mais qui se révèle sans pitié, obligeant un grand écrivain perdu dans un Hollywood qu’il ne comprend pas (Donald Pleasance, sans doute inspiré de Fitzgerald lui-même) à travailler avec de jeunes scénaristes aux ordres, ou virant sans ménagement d’un plateau un réalisateur (Dana Andrews) incapable de canaliser la star capricieuse jouée par Jeanne Moreau.

Monroe Stahr est à l’image de ce Hollywood recréé à l’écran dans toute sa complexité, à la fois terriblement séduisant et terrible tout court. Kazan n’est pas dupe, lui qui a connu les sommets d’Hollywood comme ses revers, après son fameux témoignage devant la commission des activités anti-américaines. Est-ce pour cela que l’un des personnages les plus sympathiques, le moins altéré par le cynisme hollywoodien, est un communiste, interprété par Jack Nicholson ?

Le film est beau parce que le personnage de DeNiro, en pleine perdition, est très émouvant. Mais aussi parce que derrière le cynisme et la critique d’un système, on sent une certaine nostalgie de cette époque disparue : The Last Tycoon est aussi une déclaration d’amour pour le cinéma et ses acteurs, avec une affiche magnifique qui semble réunir toutes les générations d’acteurs.

John Carradine sert de guide à travers les décors du studio. Tony Curtis, formidable, joue avec sa propre image. Robert Mitchum n’avait plus été aussi bon depuis des années. Ray Milland et Dana Andrews échappent pour un temps aux nanars qu’ils enchaînent alors pour des rôles en retrait mais marquants.

Ces monstres sacrés, stars d’un Hollywood déjà disparu, semblent passer le flambeau à DeNiro, fascinant dans sa raideur. L’acteur est sans doute celui qui incarne le mieux le nouvel Hollywood. Pourtant, c’est le Hollywood de l’Âge d’Or dont il est le symbole dans ce film. Qu’importe le système finalement. A la fin du film, avant de quitter ce studio pour lequel il a tout donné, il lance face caméra : « Je viens de faire du cinéma ». Et la phrase résonne comme un adieu du réalisateur. C’est bouleversant.

Le Médaillon (The Locket) – de John Brahm – 1946

Posté : 28 août, 2013 @ 10:21 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, BRAHM John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Le Médaillon (The Locket) - de John Brahm - 1946 dans * Films noirs (1935-1959) le-medaillon

John Brahm délaisse les ambiances nocturnes et brumeuses de l’Angleterre victorienne qui l’ont révélé (avec ses deux chefs d’œuvre, The Lodger et Hangover Square), pour cette production ambitieuse avec laquelle la RKO souhaitait visiblement renouer avec la grandeur qui était la sienne au moment de Citizen Kane ou de La Splendeur des Amberson. On y retrouve les jeux sur l’ombre et la lumière, l’importance des gros plans ou encore le génie la puissance du montage qui faisaient la force des deux premiers films d’Orson Welles.

Mais Le Médaillon n’est pas une vaine tentative de renouer avec une gloire déjà passée pour le studio. Et John Brahm est bien plus qu’un ersatz de Welles. Même si la filiation est évidente, Brahm est un cinéaste totalement au service de son histoire et de l’atmosphère qu’il crée. Le malaise qui ressort de son film est ainsi de plus en plus palpable, jusqu’à la dernière image.

La construction du film est un modèle encore inégalé (même si Christopher Nolan s’en est vraisemblablement inspiré pour son Inception, aussi complexe mais nettement plus tape-à-l’œil) : une série de flash-backs qui ne se succèdent pas, mais qui s’imbriquent les uns dans les autres.

Tout commence à quelques heures d’un mariage. Un étranger raconte au futur marié que celle qu’il va épouser n’est pas celle qu’elle prétend, qu’elle est malade, menteuse, voleuse… pire peut-être. Il raconte, et dans le flash-back, lui-même rencontrait un autre homme qui racontait… et ainsi sur quatre niveaux, qui nous plonge jusqu’à la source de tous les maux, jusqu’à ce moment où, alors qu’elle n’était qu’une enfant, la jeune femme a vécu ce traumatisme à l’origine de tout.

Le mouvement du film est une merveille absolue : une lente et vertigineuse plongée dans les tréfonds du passé (et de l’âme du personnage), suivie d’une toute aussi lente remontée vers le présent. Avec toutes les fêlures, tous les doutes, toutes les souffrances que cette remontée implique. Tous les espoirs, aussi. Comme le laisse penser l’un des personnages principaux, psychanalyste, Le Médaillon est un film qui, sous des allures de film noir classieux, ne parle que de psychanalyse : les flash-backs successifs permettent d’ouvrir de plus en plus de portes, et de plonger de plus en plus profond pour découvrir le traumatisme originel…

C’est brillamment réalisé, d’une grande intelligence, et toujours formidablement modeste dans le ton que Brahm adopte, jamais professoral, toujours plus proche du film de série que du film à thème.

Dans le rôle principal, Laraine Day est très belle et troublante. Elle ne fait rien pour cela, d’ailleurs, mais c’est justement cette manière de ne rien jouer qui rend son personnage si trouble. Brian Aherne est aussi parfait dans le rôle du psy, mais c’est un jeune acteur qui monte qui dévore l’écran. Robert Mitchum, alors en pleine éclosion, et qui allait enchaîner avec quelques-uns des plus grands films noirs : Crossfire, Out of the past… Il a déjà ce jeu faussement nonchalant et ce charme trouble qui seront sa marque.

• La collection consacrée à la RKO, chez les Editions Montparnasse, vient de s’enrichir de sept nouveaux titres, des DVD à petits prix (10 euros) avec comme unique bonus une présentation de Serge Bromberg, qui contextualise chaque film avec sa passion bien connue. Au programme, outre Le Médaillon : Double chance de Lewis Milestone, L’Autre de John Cromwell, La Femme la plus riche du monde de William A. Seiter, Haute Société de George Cukor et deux classiques de Jacques Tourneur, Vaudou et L’Homme-léopard.

Feux croisés (Crossfire) – d’Edward Dmytryk – 1947

Posté : 18 août, 2013 @ 4:29 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DMYTRYK Edward, MITCHUM Robert, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Feux croisés (Crossfire) – d’Edward Dmytryk – 1947 dans * Films noirs (1935-1959) feux-croises

Ça commence comme un film noir très classique : dans une pièce plongée dans l’obscurité, des ombres se battent. On n’en voit quasiment rien, mais la violence de la scène est perceptible. Finalement, deux hommes portant uniforme laissent derrière eux un civil sans vie… Puis l’entrée en scène d’un flic revenu de tout, joué par l’excellent Robert Young, très « Maigret-esque », qui va tenter de reconstituer les dernières heures de la victime, un brave type qui a croisé la route de trois soldats fraîchement démobilisés dans un bar.

L’affiche elle-même constitue une sorte de sommet du film noir de l’époque : les trois Robert Mitchum, Ryan et Young réunis dans un même film… il y a de quoi faire saliver tous les amateurs du genre. Mais très rapidement, le film s’éloigne de l’intrigue pure. L’identité du coupable est révélée, et ce n’est pas une surprise : c’est Robert Ryan, habitué aux rôles de grands malades et de désaxés, qui interprète ici un vétéran débordant de haine contre les juifs.

Dmytryk, qui sera quelques mois après le tournage le seul réalisateur des « 10 d’Hollywood » (des professionnels du cinéma blacklistés pour avoir refusé de coopérer avec la tristement fameuse commission McCarthy), signe peut-être le premier film qui dénonce ouvertement d’antisémitisme non pas comme l’un des moteurs du nazisme, mais comme une menace intérieure réelle.

Ryan n’y est pas un psychopathe assoiffé de sang : c’est un « antisémite ordinaire » (comme on parle aujourd’hui de racisme ordinaire) qui, vraisemblablement, rejette sur les Juifs, et particulièrement sur cet homme si compréhensif et si serein qu’il rencontre au hasard d’une soirée, la responsabilité des horreurs auxquelles il a dû prendre part durant la guerre, et la mort de soldats qu’il a connus. Un type plein de haine et de morgue qui finit par déraper.

C’est la grande force du film, au-delà du récit plein de suspense : faire ressentir la triste banalité de ces destins brisés. Le flic, d’âge mur, est revenu de tout. Mais les jeunes soldats sur lesquels il enquête semblent, eux, ne pas savoir comment retrouver une vie normale après ces années de guerre.

Robert Mitchum, qui fait en quelque sorte le lien entre tous les personnages, a le rôle le moins intéressant à jouer. Il ne prend d’ailleurs qu’une part marginale dans le déroulement de l’action. Mais la présence de l’acteur, qui n’a pas encore tourné ses grands chefs d’œuvre, est déjà magnétique. Sa force tranquille, ses paupières lourdes, sa diction de trois heures du matin, habitent déjà ce film fort et intelligent, qui réussit à faire le trait d’union entre film de genre et film engagé. Pas de quoi rassurer McCarthy…

• Le DVD du film fait partie de la très riche (et très abordable) collection bleue « RKO » des Editions Montparnasse.

Cinq cartes à abattre (Five card stud) – de Henry Hathaway – 1968

Posté : 4 juillet, 2013 @ 3:16 dans 1960-1969, HATHAWAY Henry, MITCHUM Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Cinq cartes à abattre (Five card stud) – de Henry Hathaway – 1968 dans 1960-1969 cinq-cartes-a-abattre

Etonnant western, basé sur une intrigue purement policière : une partie de cartes qui termine par le lynchage d’un tricheur, et les survivants qui sont retrouvés morts les uns après les autres… Qui est le coupable ? Curieux mélange des genres, plutôt séduisant à première vue, surtout que le casting est à la hauteur : Dean Martin en joueur professionnel, Robert Mitchum en pasteur inquiétant (un emploi sur mesure depuis La Nuit du chasseur), et Henry Hathaway aux commandes.

Il y a de très belles choses tout au long du film. Quelques seconds rôles originaux et très réussis (la vieille tenancière de bar ; son employé noir, joué par le jeune Yaphet Kotto, observateur attentif et désabusé du drame…), un portrait assez réussi d’une société prête à imploser sous le poids de la suspicion (la séquence de la fusillade avec le shérif et son adjoint est très réussie)…

Beaucoup de scènes très réussies, donc, mais il manque un liant à toute cette entreprise. Hathaway, cette fois, semble avoir manqué d’une vue d’ensemble, et s’être contenté de filmer une série de séquences sans lien les unes avec les autres. Cela donne une série de moments assez mémorables, mais pas un vrai film. Et puis Bob Mitchum, en caricature de lui-même, n’est jamais tout à fait convaincant : dès son apparition, on sait que c’est lui le tueur, même si Hathaway attend le dernier quart d’heure pour nous le révéler clairement.

Cinq cartes à abattre est un film bâtard. Pas parce qu’il mélange western et polar (c’est bien ce qu’il y a de plus intéressant ici), mais parce qu’on sent bien que Hathaway est tiraillé entre ses propres racines classiques, et des influences plus modernes : celles du Nouvel Hollywood naissant (avec une musique, signée Maurice Jarre, résolument contemporaine) et de la télévision (pour le rythme feuilletonant et le ton).

Reste un bel exercice de style, et une belle prestation de Dean Martin (Dino interprétant lui-même la chanson du générique). Mais dans l’œuvre majeure d’Hathaway qui touche à sa fin (il ne signera plus que quatre films), ce western est définitivement très mineur.

L’Aventurier du Rio Grande (The Wonderful country) – de Robert Parrish – 1959

Posté : 21 mai, 2013 @ 1:57 dans 1950-1959, MITCHUM Robert, PARRISH Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Aventurier du Rio Grande (The Wonderful country) – de Robert Parrish - 1959 dans 1950-1959 laventurier-du-rio-grande

Gringo pour les Mexicains, « l’homme qui vit au Mexique » pour les Américains… Robert Mitchum est un homme sans patrie, qui se sent étranger où qu’il soit, d’un côté ou de l’autre du Rio Grande. C’est ce sentiment d’être un étranger partout qui est au cœur de ce beau western signé Robert Parrish, cinéaste méconnu mais personnage attachant et intimement lié à l’âge d’or d’Hollywood, dont il est une sorte d’héritier désigné.

Petit marchand de journaux aperçu dans une belle scène des Lumières de la Ville, proche de John Ford pour qui il a tenu plusieurs petits rôle, et monté ses documentaires de guerre, Parrish a grandi à Hollywood (c’est d’ailleurs le titre de sa formidable autobiographie, document indispensable sur Hollywood) avant de devenir un cinéaste audacieux, singulier et passionnant.

Parrish aime filmer des personnages en dehors de tous les stéréotypes, et cherche à surprendre dans les scènes les plus anodines, y compris dans sa manière de filmer les paysages, parfois baignés de brumes et magnifiques..

C’est un curieux western, vraiment, dont le seul fil conducteur est ce Brady, Mitchum, qui fait d’incessants allers et retour entre le Mexique et les Etats-Unis, voyages qui semblent illustrer les doutes et dilemmes moraux du personnage. Un « héros » qui passe un bon tiers du film immobilisé après s’être bêtement cassé la jambe. L’accident est lui-même filmé d’une manière très originale : une fougère qui roule dans les pattes du cheval et désarçonne Mitchum, dans un plan d’une beauté étonnante.

Tous les personnages sont comme ça, loin des types habituels du western. Charles McGraw dans un contre-emploi absolu, médecin très attachant. Pedro Armendariz en « gouverneur » mexicain au bord de la folie. Gary Merrill en officier hautain qui semble curieusement très fragile. Ou sa femme Julie London, beau personnage dont Parrish filme la détresse avec une infinie délicatesse. Et Mitchum bien sûr, immense. Sa nonchalance légendaire prend ici une dimension particulière, celle d’un homme qui croît à peine avoir droit à la rédemption.

Tout est réussi dans ce film : les amitiés (parfois inattendues, comme celle entre le héros et un jeune immigrant allemand), les scènes de bataille (impressionnantes et cruelles), la romance impossible entre Mitchum et London, et même les deux grandes scènes de fêtes populaires, l’une au Mexique, l’autre aux Etats-Unis, que Parrish filme avec un sens du détail, soulignant avec réalisme les différences de ces deux modes de vie. C’est passionnant.

Les Nerfs à vif (Cape Fear) – de Martin Scorsese – 1992

Posté : 25 août, 2012 @ 1:41 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, MITCHUM Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Nerfs à vif 92

Tout juste trente ans après le classique de Jack Lee Thompson, Martin Scorsese en tire un remake remarquablement fidèle dans la trame. A quelques nuances près, l’histoire est la même. Mais ces nuances ne sont pas anodines.

La raison de la colère de Max Cady est, en particulier, nettement plus trouble. Alors qu’il voulait se venger du type qui avait témoigné contre lui dans le film de 62, il s’en prend cette fois à l’avocat qui l’a mal défendu, dissimulant volontairement un rapport qui aurait pu lui éviter la prison, choisissant de bafouer les droits de son client pour éviter qu’un monstre soit remis en liberté.

Cela ne change pas fondamentalement le film, mais cela renforce le personnage de Max Cady, personnification du mal qui résume à lui seul toutes les limites (incontournables) de la loi et de la justice humaines.

Dans le rôle, Robert DeNiro en fait des tonnes (un personnage excessif qu’il ne cessera de singer par la suite, hélas), mais il est absolument terrifiant, à l’image du Robert Mitchum de La Nuit du Chasseur, dont il reprend la folie apparente et l’imagerie biblique (c’est à ce rôle du grand Mitchum, plus qu’à son Max Cady de 62, que ce Max Cady-là fait penser).

La force du personnage, comme dans le film original, réside dans le fait qu’il est à la fois horrible et repoussant, et très attirant (le Mal est souvent séduisant, et c’est ici tout le sujet du film). La fille de Sam Bowden en fera les frais, dans une relation d’attirance-répulsion bien plus sexuellement explicite et dérangeante que dans le film de Thompson. Il faut dire que Juliette Lewis est l’actrice idéale pour lui apporter le trouble qui manquait trente ans plus tôt.

Plus appuyés aussi, les défauts de Sam Bowden, ici interprété par un Nick Nolte parfait, dans un rôle pas facile face au numéro de De Niro. Arrogant et peu aimable sous les traits de Gregory Peck, il est ici un véritable manipulateur un rien méprisable, qui a fait condamner son client sans lui dire ce qu’il pensait de lui, et qui agit avec la même lâcheté dans sa vie privée : un type qui n’a ni le cran de quitter sa femme avec qui il ne s’entend plus, ni celui de coucher avec la jeune femme qui est tombée amoureuse de lui, et avec laquelle il se contente de flirter, pour le plus grand malheur de la jeune femme, et pour le plus bonheur de son ego à lui…

Une évidence : Scorsese est bien meilleur réalisateur que Jack Lee Thompson. Mais le talent du cinéaste ne se sent vraiment que dans la dernière partie, variation nettement plus spectaculaire de celle de 62, climax apocalyptique à couper le souffle.

La première moitié du film est moins concluante : Scorsese donne l’impression d’hésiter entre différents styles, et peine un peu à vraiment installer l’angoisse (qui finit quand même par devenir franchement oppressante).

Mais il y a l’immense plaisir, que nous réserve Scorsese, d’avoir offert de petites apparitions à Martin Balsam et Gregory Peck, et un rôle un peu plus consistant à Robert Mitchum. Une manière pour lui, qui signait son premier film de genre, de dresser un pont avec le Hollywood de sa jeunesse…

Les Nerfs à vif (Cape Fear) – de Jack Lee Thompson – 1962

Posté : 25 août, 2012 @ 1:20 dans * Polars US (1960-1979), 1960-1969, MITCHUM Robert, THOMPSON Jack Lee | Pas de commentaires »

Les Nerfs à vif 62

Voilà un petit classique qui porte bien son titre. Les nerfs à vif : c’est ce que le réalisateur cherche à nous infliger tout au long de ce thriller oppressant, et il y parvient plutôt bien.

L’histoire, à quelques nuances près, est celle que reprendra Scorsese pour son remake trente ans plus tard : un avocat, père de famille sans histoire, voit sa vie basculer le jour où un ancien taulard tout juste sorti de prison menace sa famille, bien décidé à se venger de l’homme à qui il doit son long séjour derrière les barreaux.

On sent que le film est tout entier tourné vers sa dernière partie : face à face moite et tendue dans les bayous plongés dans la nuit. Jack Lee Thompson, réalisateur honnête mais sans grand génie, a particulièrement soigné cette partie, avec des cadres désaxés qui trahissent l’angoisse des personnages, et un jeu d’ombres passionnant.
Il est, à ce moment, bien plus inspiré que dans toute la première partie du film, filmée assez platement et dans un noir et blanc sans grain et sans relief, assez typique de la production habituelle des années 60.

Quelques belles scènes, cependant, dans cette première partie, toutes axées sur la peur, sujet principal du film : la scène dans les sous-sols de l’école, les aboiements du chien… Mais il faut bien reconnaître que Scorsese fera mieux sur à peu près tous les plans.

Le film est surtout une étude de caractère sur les effets de la peur sur un personnage respectable : cet avocat interprété par Gregory Peck, excellent dans un rôle peu sympathique et arrogant. Le film est politiquement plutôt incorrect : il pointe du doigt les limites de la justice, et en scène, finalement, un avocat, bon père de famille, bon mari, qui fait alliance avec un flic pour attirer un salaud dans un guet-apens et le tuer de sang froid. Culotté, d’autant qu’il ne faut pas s’attendre à un sursaut de morale.

Le salaud, c’est Bob Mitchum, immense, dans l’un de ses rôles les plus célébrés (avec La Nuit du Chasseur, autre méchant d’anthologie). C’est sans doute injuste, au regard de la richesse de sa filmographie, notamment dans le film noir, mais la star est pour beaucoup dans l’efficacité de ce film, et dans la terreur réelle qu’il procure.

Fini de rire (His kind of woman) – de John Farrow (et Richard Fleischer) – 1951

Posté : 13 août, 2012 @ 6:31 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FARROW John, FLEISCHER Richard, MITCHUM Robert | 2 commentaires »

Fini de rire

Curieux film noir, très réjouissant, que signe là l’excellent John Farrow (La Grande Horloge, autre très grande réussite du genre). Un film dont Richard Fleischer a signé quelques scènes, et qui, dès les premières minutes, semble bien parti pour être le parfait prototype du genre noir. Pourtant, Farrow n’arrêtera pas de prendre des chemins de traverse…

L’immense Bob Mitchum, joueur taiseux, plongé malgré lui dans une histoire cauchemardesque : voilà qui nous mène en terrain connu, tant ce personnage résume des tas d’autres vus au cours des années précédentes. Ici, il est choisi par une bande de malfrats pour servir de « modèle » à un gangster exilé (Raymond Burr), qui veut changer d’identité et de visage pour pouvoir rentrer aux Etats-Unis, où il est interdit de séjour. Mais Bob ne sait pas pourquoi on lui donne tout cet argent. Il ignore tout des noirs desseins de ses commanditaires lorsqu’il accepte d’aller attendre un mystérieux interlocuteur au Mexique.

Attendre : il passera la moitié du métrage à attendre que l’action se mette en place, tentant de comprendre ce qu’on attend de lui en côtoyant les pensionnaires du village de bungalows où on l’a amené. Une heure durant, Farrow sort de l’ornière du film noir, rompt avec la sécheresse et l’aspect brut du genre, dont les grandes figures sont pourtant respectées.

Mitchum parle peu, ne pose pas de question, mais il observe. Ces vacanciers aux petits secrets sans gravité, ces hommes d’affaire qui semblent louchent, mais qui se contentent de s’ennuyer. Il tombe amoureux aussi, de Jane Russell (on le comprend : c’est la femme du producteur Howard Hughes, et elle est à tomber), chanteuse au passé plein de mystères venue là pour rejoindre son acteur hollywoodien d’amant.

L’acteur, c’est Vincent Price, génial dans un rôle à contre-emploi et totalement inattendu dans un tel film. Son personnage fait glisser le film noir vers la comédie la plus débridée. Bientôt, le couple Jane Russell / Robert Mitchum (pourtant les deux grandes stars de la RKO à l’époque) passent au second plan. Le vrai héros du film, c’est Price, héros de pacotille qui rêve de tomber le masque et de devenir un héros pour de bon.

Au-delà de la caricature, il ira au bout de ses rêves dans un triomphe irrésistible (dans tous les sens du terme), devant un Mitchum rigolard et une Jane Russell au sourire ravageur, qui semblent autant que nous s’amuser de la prestation de Price.

Voyage sans retour (Where danger lives) – de John Farrow – 1950

Posté : 23 avril, 2012 @ 9:38 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, FARROW John, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Voyage sans retour

Après des chef d’œuvre comme Feux croisés (Edward Dmytryk) ou La Griffe du passé (Jacques Tourneur), ce Voyage sans retour fait figure d’œuvre mineure dans la longue liste des films noirs interprétés par Bob Mitchum. Et c’est vrai qu’on est loin de la mécanique diabolique du film de Dmytryk ou du pouvoir de fascination absolu de celui de Tourneur. Pourtant, on prend un plaisir fou à voir ce petit film de genre pas franchement crédible (Mitchum en chirurgien ? mouais…), mais diablement bien réalisé par un John Farrow à qui on doit quelques grandes réussites du genre (La Grande Horloge, chef d’œuvre avec Ray Milland, ou Fini de rire pour lequel il retrouvera Mitchum l’année suivante).

C’est du pur film noir, et Mitchum est l’anti-héros type : un jeune chirurgien fiancé avec une infirmière douce et aimante (Maureen O’Sullivan, la Jane de Tarzan, la femme de Farrow, et la mère de Mia), qui se laisse prendre au piège d’une de ses patientes, une jeune femme bien belle (Faith Domergue), mais visiblement dérangée. Il la rencontre alors qu’elle a essayé de se suicider ; il comprend trop tard que celui qu’elle présente comme son père (Claude Rains, dans son éternel emploi de cocu digne) est en fait son mari ; ce dernier meurt alors que Bob vient de le laisser seul avec son épouse… Mais non, notre héros n’imagine pas que sa belle a peut-être un grain. Pire, il se laisse persuader que c’est lui qui a causé la mort de Rains…

Alors les voilà tous deux sur les routes, persuadés d’être poursuivis par toutes les polices. Mitchum, l’homme fort et viril par excellence, est la victime de cette vamp aux yeux renversants. Plus surprenant : il est une victime incroyablement passive. Il suffirait d’un rien  de jugeotte pour qu’il se sauve de ce piège, mais non, il plonge. Comme s’il fuyait inconsciemment cette vie bien rangée et toute tracée qui l’attendait, cette fiancée trop gentille, tellement gentille qu’elle lui pardonnera tout sans la moindre scène, alors qu’il mérite au moins une bonne trempe…

Le fameux art de ne rien faire de Mitchum trouve ici une logique toute nouvelle : ce personnage en apparence typique du genre révèle en effet peu à peu une absence de personnalité que la passivité de l’acteur rend fascinante. Embarqué par la belle, ballotté par les hasards des rencontres, Bob traverse de nombreuses petites épreuves qui nous plongent au cœur de l’Amérique profonde, des garagistes roublards, des shérifs trop contents d’avoir une « affaire » à régler, des communautés trop entreprenantes… Ce voyage sans retour est une véritable odyssée américaine.

La Griffe du Passé / Pendez-moi haut et court (Out of the Past) – de Jacques Tourneur – 1947

Posté : 23 décembre, 2010 @ 12:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MITCHUM Robert, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

La Griffe du passé

Après avoir réalisé quelques-uns des plus grands films d’angoisse de l’histoire (de La Féline à Vaudou), Tourneur junior aurait-il signé le plus grand des films noirs ? Out of the Past peut sans rougir prétendre à ce titre, malgré (ou en raison de) son apparent classicisme. Sur le papier, le film ne se démarque pas des dizaines d’autres qui sortaient sur les écrans depuis le début des années 40. On retrouve, sans en oublier aucun, tous les ingrédients du parfait film noir : la femme fatale, le détective intègre, une machination machiavélique, la petite bourgade tranquille, et même la voix off, qui rythme une partie du film.

Tourneur respecte à la lettre le cahier des charges, et ne raconte même pas son histoire au deuxième degré. Et pourtant, Out of the Past se démarque nettement de la plupart des autres films noirs de l’époque, par la beauté des images, par la qualité de ses dialogues et de l’interprétation, et par une construction plutôt originale, qui scinde le film en deux parties. La première est un flash-back dans lequel le héros, Jeff Bailey (Robert Mitchum) raconte à sa fiancée les événements qui l’ont poussé à se retirer, sous un faux nom, dans une petite ville. La seconde se déroule « en direct » sous nos yeux. L’une des grandes forces du film réside dans la rupture de ton très brutale entre ces deux parties : la première est d’une simplicité absolue, totalement linéaire, presque simpliste ; la seconde est nettement plus machiavélique et complexe, chaque personnage déployant des trésors d’imagination pour être le plus malin. La question n’est plus « à qui peut-on faire confiance ? », mais « qui sera le plus retors ? ».

Pas d’issue heureuse possible dans ce panier de crabes, où la douceur de la blonde Rhonda Fleming, seul élément d’innocence, s’apparente à un eden inaccessible, une sorte de fantasme irréaliste, auquel se raccroche un héros en quête de rédemption (comme Penelope Ann Miller pour Al Pacino dans L’Impasse, de Brian De Palma).

Quant à Jane Greer, à la fois sublime et inquiétante, elle est une femme fatale idéale : pas difficile d’imaginer qu’un homme puisse se laisser envoûter par une femme qui sait à ce point jouer avec les sentiments des autres. Le grand « méchant » du film apparaît à ses côtés presque comme une victime. Ce méchant, c’est Kirk Douglas, tout jeunôt, dans son deuxième rôle (après L’Emprise du Crime, de Lewis Milestone… pas mal, pour un début de carrière), dont les scènes avec Mitchum fonctionnent formidablement bien : une étrange complicité semble se lier entre les deux hommes, pourtant ennemis mortels.

Et puis il y a Mitchum, plus impassible que jamais, qui élève l’art de ne rien faire au rang de pratique géniale. Est-ce le plus nonchalant ou le plus sensible des acteurs ? Soixante ans après, le mystère demeure…

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