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Archive pour la catégorie 'MITCHUM Robert'

Passion sous les Tropiques (Second Chance) – de Rudolph Maté – 1953

Posté : 12 juillet, 2017 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MATÉ Rudolph, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

 Passion sous les Tropiques

De la 3D d’origine, je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle semble avoir laissé une étrange texture à la (belle) couleur de ce film d’Aventures et d’Amour avec deux grands-A !

Mitchum en boxeur, ça a déjà de la gueule. Mitchum en boxeur qui vole au secours de la belle Linda Darnell en danger de mort, ça a encore plus de gueule. Mais quand le danger de mort en question porte le nom de Jack Palance, alors là, je me pâme.

Et tout ce petit monde s’aime ou s’affronte dans d’impressionnants décors réels au Mexique, décors qui semblent parfois être la véritable raison d’être de ce film. Producteur, Howard Hughes n’a pas lésiné sur les moyens pour plonger ses personnages dans un Mexique le plus authentique possible, avec des tas de figurants et des paysages grandioses.

La première partie est surtout marquée par le match de boxe autour duquel gravitent les personnages. Mais c’est la seconde partie qui est la plus étonnante. Réfugié dans un petit village perché au sommet d’une montagne abrupt où l’on ne peut accéder qu’avec un téléphérique, notre couple de héros oublie le danger et rêve à une histoire d’amour simple et en dehors du monde…

Étonnant, parce que le film prend le temps de se poser longuement, mettant de côté le suspense pour se concentrer sur ce havre de paix, et la romance qui se noue entre Darnell et Mitchum qui, tous deux, renaissent à la vie. Dans ce village surplombant le reste du monde, l’atmosphère est envoûtante…

Mais la violence n’est jamais très loin. Elle prend la forme d’un brusque faits divers, ou celle du visage cassé de Palance. Et elle explose à bord du téléphérique où se dénoue l’intrigue, dans un soudain huis clos étouffant et effrayant. Classe et palpitant !

Nevada (id.) – d’Edward Killy – 1944

Posté : 28 avril, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, KILLY Edward, MITCHUM Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Nevada

On n’est clairement pas dans les sommets du western avec cette production RKO fauchée, et très loin des fulgurances esthétiques auxquelles le petit studio est souvent associé. En 60 minutes à peine, Edward Killy boucle sans génie mais avec un sens du rythme affirmé une histoire pleine de rebondissements signée Zane Grey, véritable marque des débuts du western.

Cette histoire-là a d’ailleurs déjà eu deux adaptations sur grand écran auparavant, l’une en 1927 et l’autre en 1935. L’intrigue est, il est vrai, plutôt habile : un aventurier est accusé de meurtre après qu’on a retrouvé sur lui une importante somme d’argent (qu’il a gagnée au jeu), correspondant à celle dérobée sur le corps de sa victime présumée. Il découvre un complot monté pour récupérer des terres riches en argent à des propriétaires infortunés.

Edward Killy affiche une désinvolture désarmante. La première scène donne le ton, avec ce cow-boy qui gratte sa guitare sur son cheval, en gardant un troupeau de vache, guitare qui disparaît comme par enchantement d’un plan à l’autre… C’est aussi le genre de film où un chapeau peut voler à la verticale à la suite d’un coup de feu, et où les fusillades, même à quelques mètres de distance, ne touchent personne.

Seule vraie bonne raison de voir le film : « Bob » Mitchum (c’est ainsi qu’il apparaît au générique), dans son premier grand rôle, qui remplace l’habituel acteur fétiche de Killy, Tim Holt, parti sous les drapeaux. Ce n’est pas encore le Mitchum de Out of the Past, certes. Mais à sa décharge, il n’a pas grand-chose à jouer avec ce personnage sans consistance. Et il tient plutôt bien sa place, celle d’un héros droit, courageux et sans ombre.

* DVD dans la collection Westerns de Légende de Sidonis/Calysta, avec une présentation très bienveillante par Patrick Brion, et un documentaire sur Robert Mitchum déjà présent dans d’autres titres de la collection.

Belle mais dangereuse (She couldn’t say no) – de Lloyd Bacon – 1954

Posté : 13 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, BACON Lloyd, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

Belle mais dangereuse

Charmant, bienveillant, et très Américain… Pour son tout dernier film (il mourra peu après), le vieux briscard Lloyd Bacon signe une comédie désarmante tant est est dénuée de tout rebondissement spectaculaire. Et c’est dans ce contexte inattendu mais séduisant que se retrouve le beau couple de Angel Face, classique du film noir réalisé deux ans plus tôt par Otto Preminger.

Revoici donc Bob Mitchum et Jean Simmons, aux antipodes du noir, révélant d’immenses dons pour la bluette. Lui en médecin de campagne totalement dépourvu d’ambition personnelle. Elle en richissime héritière qui arrive dans son village paumé de l’Amérique profonde avec la ferme intention de rembourse incognito ce qu’elle considère comme une dette : lorsqu’elle était enfant, les habitants de cette petite bourgade se sont mobilisés pour lui sauver la vie.

Sauf que la manière dont elle paye cette dette, à grands coups de cadeaux exubérants, ne fait que remettre en cause le bel équilibre de cette petite communauté parfaitement harmonieuse. Le message sous-jacent est évident, et évoque de nombreux classiques de la comédie américaine, Capra en tête : cette petite ville ironiquement baptisée Progress vit depuis toujours en marge du « progrès » et de son corollaire, l’argent, qui n’y a pas vraiment court. Ici, on troque, on laisse sa porte ouverte, on laisse les clients se servir leurs glaces au comptoir en plein milieu de la nuit… Bref, on ignore royalement le capitalisme et ses affres.

Jusqu’à l’arrivée de cette mystérieuse Mère Noël, en tout cas. Et devinez quoi ? Eh bien oui : il y a de la romance dans l’air. Rien d’original à l’horizon, donc ? Non, à part le rôle central joué par un poisson dans cette romance, et à part l’extrême bienveillance dont font preuve tous les personnages. Pourtant, Bacon évite toute mièvrerie, et signe un très joli conte moral, une ode à une vie simple et aux sentiment les plus purs. Un vrai feel-good movie, qui donne envie de boire un verre avec le grand Bob.

Dead Man (id.) – de Jim Jarmush – 1995

Posté : 1 février, 2017 @ 8:00 dans 1990-1999, JARMUSH Jim, MITCHUM Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

Dead Man

Jarmush est un cinéaste qui a son rythme bien à lui, lent et envoûtant, qui relève souvent plus du trip hallucinogène que de la simple recherche d’efficacité. Avec Dead Man, ce ton singulier trouve peut-être son aboutissement : cette lente déambulation hallucinée atteint des sommets avec cette histoire d’un homme mort sur le chemin d’un étrange ailleurs.

On peut essayer d’analyser cet étrange western dont le héros se fait descendre dès la première partie, et qui passe le reste du film à errer dans des paysages déserts où les seuls êtres qu’il croise sont des morts en sursis. On peut imaginer qu’il s’agit d’une réflexion sur la vie, la mort, et ce long cheminement interne qui consiste à passer de l’un à l’autre.

Et puis on peut aussi choisir de se laisser emporter par cette étrange poésie, se laisser envoûter par ce rythme lancinant que personnifie si bien Johnny Depp (jamais aussi fascinant que quand il se place ainsi, entre vie et trépas, comme dans Sweeney Todd ou d’une certaine manière Edward aux mains d’argent), et que soulignent les quelques accords et riffs de guitare de Neil Young, qui signe une partition minimaliste qui participe à l’envoûtement.

Du western, Jarmush tire l’esprit le plus pur, et les figures les plus symboliques, qui donnent d’ailleurs lieu à quelques grands numéros d’acteurs, de Michael Wincott à John Hurt en passant par le grand Bob Mitchum, dont c’est la dernière apparition sur grand écran (on fait plus pourri, comme adieux), ou le hiératique Lance Henricksen.

Jarmush n’évite pas quelques notes de mauvais goût (un gros plan sur un crâne écrasé… beurk et bof). Mais son film, fascinant dès la première image, est l’un des westerns les plus originaux qui soit, et l’un des plus beaux de l’après-Impitoyable.

Thunder road (id.) – d’Arthur Ripley – 1958

Posté : 21 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, MITCHUM Robert, RIPLEY Arthur D. | Pas de commentaires »

Thunder Road

Même s’il n’est pas totalement abouti, il y a une belle ambition et une atmosphère vraiment originale dans ce drôle de film noir, ultime réalisation d’un cinéaste qui n’aura signé qu’une poignée de longs métrages (dont le pas terrible L’Evadée). Celui-ci, d’ailleurs, est parfois attribué en partie à Robert Mitchum, star, producteur, auteur de l’histoire originale et co-auteur de la chanson principale.

L’acteur s’offre un rôle assez différent de son emploi habituel dans le genre : un chauffeur, ou plutôt un transporteur, chargé d’amener à bon port l’alcool fabriqué clandestinement par son père, et par ses aïeux depuis des générations. Un « métier » à hauts risques, dont il s’est promis de garder à bonne distance son petit frère, joué par… le fils de Mitchum.

Le fils de Mitchum qui interprète le frère de Mitchum ? A priori, il faut reconnaître que ça colle plutôt bien : ces deux-là ont clairement un air de famille, et la différence d’âge est évidente mais pas flagrante au point d’imposer le saut d’une génération. N’empêche : le simple fait de savoir qu’ils ne sont pas frères, mais père et fils, crée un sentiment bizarre qui pèse un peu sur leurs nombreuses scènes communes.

Cette curiosité mise à part, il y a une belle atmosphère dans ce film qui oscille constamment entre le film de genre et la peinture sociale d’une vallée oubliée par le progrès, dont les habitants cherchent à retenir les vieilles habitudes, contre l’irruption violente de l’ordre et de la modernité.

Ripley n’est pas un immense cinéaste, et tout n’est pas parfait dans son film. Les scènes de jour sont ainsi, pour la plupart, assez plates et molles. Mais dès que la nuit se fait à l’écran, il se produit une sorte de miracle. Comme si l’obscurité ôtait toute contrainte au réalisateur, qui s’autorise alors des pauses fascinantes et magnifiques.

Une série de gros plans à la lueur d’un feu lors d’un conciliabule sous haute tension. Un face-à-face romantique et lourd de présages lors d’une soirée pluvieuse. L’ultime regard de deux frères qui se savent à l’heure des adieux. Ou la vision lointaine d’une lente cohorte de voitures dont on ne voit que les phares allumées, et dont on sait qu’elles transportent ce qui reste de l’être aimé… Inégal et parfois maladroit, Thunder Road est surtout habité par ce genre de scènes belles et mélancoliques.

Racket (The Racket) – de John Cromwell – 1951

Posté : 18 septembre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, CROMWELL John, MITCHUM Robert, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Racket

Il y a de bien belles idées dans ce noir méconnu. En vrac : un attentat contre la famille d’un flic qui n’est pas sans évoquer le Règlement de comptes de Fritz Lang (tourné deux ans plus tard), une course poursuite haletante qui se termine sur le toit d’un parking, un homme de loi véreux pour qui les notions de bien et de mal se décident aux intérêts qu’il peut en titrer, ou encore un jeune flic droit et courageux qui volerait presque la vedette au vrai héros du film.

Ce héros pourtant, c’est Bob Mitchum, impeccable en policier incorruptible. On peut le préférer en anti-héros victime du destin, rôle qu’il a tenu dans une quantité de films noirs plus mémorables encore que celui-ci, mais il y a toujours chez Mitchum ce petit quelque chose quasi-imperceptible qui fait de chacune de ses scènes un pur moment de cinéma, même si lui paraît ne rien faire pour cela.

Pour revenir au jeune flic, second rôle joliment dessiné, c’est clairement l’une des belles surprises du film. Surtout qu’il est joué par William Talman, tellement marqué par son rôle de tueur psychopathe à l’œil mort du Voyage de la Peur (qu’il tournera lui aussi deux ans plus tard) que ses premières scènes sèment le trouble. A tort bien sûr : Talman est ici un vrai chevalier blanc, brave et tragique.

Autre bon choix de casting : le toujours formidable Robert Ryan. Et autant Mitchum et Talman sont de vrais gentils, autant Ryan est ici une pure ordure, qui règle ses comptes et ses problèmes à coups de flingues grâce à son armée de tueurs. Ce n’est pas pour autant un méchant totalement monolithique. Il y a même un petit côté pathétique qui serait presque touchant (j’ai dit « presque »), dans ce personnage de caïd déjà dépassé par un crime organisé qui se modernise et se complexifie en misant plus sur la politique que sur la violence.

Il manque sans doute à Racket un liant, une fluidité qu’aurait sans doute donné un scénario moins bavard (les dix premières minutes sont un peu lourdes) et un réalisateur plus intense que John Cromwell, plus connu pour ses bluettes ou ses films lacrymaux (on lui doit l’une des versions du Petit Lord Fauntleroy, en 1936) que pour ses films noirs. Etonnamment à l’aise dans les scènes d’action et de suspense, il peine à donner corps à ce polar en pays corrompu.

A l’Ouest du Pecos (West of the Pecos) – de Edward Killy – 1945

Posté : 26 avril, 2015 @ 6:15 dans 1940-1949, KILLY Edward, MITCHUM Robert, WESTERNS | Pas de commentaires »

A l'Ouest du Pecos

Robert Mitchum n’est pas encore tout à fait une star lorsqu’il tourne ce petit western : il le deviendra quelques mois plus tard avec le triomphe des Forçats de la gloire de Wellman. Mais, même dans un film aussi mineur que celui-ci, le mythe Mitchum est déjà en marche : sa présence massive et fragile à la fois, son dégagement apparent et son intensité incroyable sont bel et bien là…

Cela dit, West of the Pecos n’est pas une date importante dans sa riche filmographie. Dans cette production sans grande ambition, les personnages sont tous parfaitement monolythiques. Les méchants sont très méchants, les braves gens sont très braves, Mitchum est très héroïque, et Barbara Hale est charmante.

On est dans l’éternel affrontement des petits contre les grands, mais l’histoire semble à peine intéresser le réalisateur, entièrement tourné vers le ressort comique du film : Barbara Hale se faisant passer pour un garçon aux yeux de tous, y compris d’un Mitchum dont, forcément, elle est tombée raide dingue…

Evidemment, cela donne quelques scènes gentiment amusantes. Mais Edward Killy ne fait jamais le choix franc de la comédie, hésitant constamment entre légèreté et gravité. Ce n’est pas mémorable, mais cela reste franchement sympathique…

* DVD chez Sidonis/Calysta dans la collection « Westerns de Légende », avec une présentation de Patrick Brion.

Le Grand Sommeil (The Big Sleep) – de Michael Winner – 1978

Posté : 30 août, 2014 @ 5:23 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, MITCHUM Robert, STEWART James, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Le Grand Sommeil Winner

Ce Grand Sommeil version 78 n’a à peu près qu’un intérêt : ce film est l’unique occasion de voir Robert Mitchum et James Stewart se donner la réplique. Un intérêt qui se limite donc à deux petites séquences de deux minutes, décevantes à tous points de vue. Même si Mitchum, qui a à peu près trente ans de trop pour jouer Marlowe, continue à enchaîner les rôles à cette époque, tous les deux sont loin de leur âge d’or. Et leur face à face, filmé sans le moindre talent, sonne particulièrement faux, devenant l’un des rendez-vous manqués les plus insupportables de toute l’histoire du cinéma.

Pas besoin de chercher loin pour trouver le fautif : Michael Winner, qui ose signer un scénario qui se contente de surfer entre celui du film de 46 (en tout cas dans la première partie) et le roman de Chandler en essayant de le rendre plus limpide, est surtout un réalisateur calamiteux. Même s’il a fait illusion avec une poignée de films (L’Homme de la loi), Winner révèle un « talent » à la hauteur des téléfilms de l’époque : visuellement affreux (usant des zooms et de petits flash backs en insert), et incapables d’installer une ambiance.

Autant dire que la comparaison, inévitable, avec le monument de Hawks est pour le moins cruelle. Soyons honnête : Winner n’essaie pas de rivaliser avec son aîné, et fait des choix à peu près systématiquement opposés. Alors que le film de Hawks ne reposait que sur l’atmosphère, au détriment souvent de la compréhension de l’histoire, Winner semble lui ne s’intéresser qu’à l’intrigue.

Il a tort, elle est bien trop complexe pour qu’on s’y intéresse vraiment si rien de séduisant ne nous y incite. Et il n’y a vraiment rien, pas même un plan un peu torché, pour habiter cette histoire platement illustrée, et qui manque cruellement de rythme. Mitchum promène sa dégaine fatiguée au milieu d’un casting totalement à côté de la plaque, et tristement terne comparé à Lauren Bacall et aux géniaux seconds rôles du film de Hawks. Le voir faire le boulot devant une caméra aussi paresseuse, lui qui a tourné pour les plus grands, à quelque jour de franchement déprimant.

Et même si au détour d’une réplique en voix off (« Je remarquai que ma télé était allumée. J’étais pas là. C’était donc quelqu’un d’autre. ») ou d’un meurtre filmé en ombre chinoise, Winner réussit à réveiller ponctuellement l’intérêt, son adaptation de Chandler est la plupart du temps pénible…

La Fille de Ryan (Ryan’s daughter) – de David Lean – 1970

Posté : 26 décembre, 2013 @ 10:48 dans 1970-1979, LEAN David, MITCHUM Robert | Pas de commentaires »

La Fille de Ryan

Après une série de grands classiques, David Lean signe un nouveau chef-d’œuvre. Beaucoup plus méconnu que Lawrence d’Arabie ou Docteur Jivago, La Fille de Ryan relève pourtant de la même ambition : réaliser un grand film romanesque et intime à la fois, dans un pays déchiré par l’histoire en marche. Le résultat : une transposition à peine voilée de Madame Bovary, et l’un des films les plus beaux, les plus forts, sur l’Irlande des années 10.

Comme dans tous ses films, le lieu joue un rôle majeur. En l’occurrence, une petite ville de la côte irlandaise, sous domination anglaise, durant la Grande Guerre. On est loin de Dublin, où des affrontements sanglants se multiplient pour l’Indépendance. On est loin aussi du conflit qui fait rage sur le continent. De ces combats, on ne verra rien, mais ils sont pourtant omniprésents, pesant sur les habitants de cette terre déchirée (dans tous les sens du terme) et éloignée de tout, dont Lean signe un portrait formidable.

Les paysages, austères et magnifiques à la fois, romantiques et dangereux, donnent le ton du film. Son village est un lieu désœuvré, qui se cherche un héros. Coupés du monde et de ses enjeux, les villageois vivent repliés sur eux-mêmes. Ils ne se réveilleront que lorsqu’un leader indépendantiste choisira leur plage pour récupérer des armes destinées aux rebelles. Cela se passe lors d’une journée de tempête hyper spectaculaire, que Lean a mis plusieurs mois à tourner. Il y met en scène une unité soudaine qui s’improvise d’une manière totalement romantique face aux éléments. C’est magnifique, fulgurant et tragique à la fois.

La Fille de Ryan est aussi un film intime, peuplé de personnages fascinants : celui du prêtre (imposant Trevor Howard, à mille lieues de Brève rencontre) ; ou celui, bouleversant, de Michael « l’idiot du village » interprété par John Mills, visage grotesque et corps déformé, présence omniprésente qui se révèle le plus conscient des drames qui se nouent). C’est aussi une belle et complexe histoire d’amour.

Une jeune villageoise tombe amoureuse d’un homme plus âgé que lui qu’elle épouse, mais qui réalise vite qu’il lui manque quelque chose. Lean filme le couple constamment séparé par quelque chose : une porte, une chemise, ou simplement de la musique trop forte… Ce quelque chose qui lui manque, elle le trouve auprès d’un officier anglais en garnison, avec qui elle vit une passion sulgurante. Devant la caméra de Lean, tout disparaît autour d’eux : le décor s’efface, pour ne laisser la place qu’aux deux corps qui s’enlacent…

Dans le rôle principal, Sarah Miles est une belle héroïne romantique, emportée par le souffle de son époque. Dans celui de son mari, Robert Mitchum trouve l’un de ses très grands rôles. S’il est un film qui prouve définitivement que la star n’est pas le je-m’en-foutiste qu’il affirmait être, c’est bien celui-là. Son interprétation de cet instit effacé et trop doux, est absolument magnifique.

El Dorado (id.) – de Howard Hawks – 1966

Posté : 7 octobre, 2013 @ 2:45 dans 1960-1969, HAWKS Howard, MITCHUM Robert, WAYNE John, WESTERNS | Pas de commentaires »

El Dorado (id.) – de Howard Hawks – 1966 dans 1960-1969 el-dorado

Curieuse fin de carrière pour Hawks, dont les deux derniers films sont des westerns qui déclinent les thèmes de Rio Bravo. Avant Rio Lobo, dont l’histoire en sera tout de même plus éloignée, El Dorado peut même être considéré comme le remake officiel de son chef d’œuvre de 1959. John Wayne qui fait équipe avec un alcoolique, un vieillard, un gamin et une belle jeune femme dans une prison assiégée… on a déjà vu ça quelque part.

Mais Hawks réussit un petit miracle. Sans être totalement aussi abouti que Rio Bravo, El Dorado, malgré tous les points communs avec son modèle (jusqu’à la fameuse goutte de sang dans la bière, remplacée par un piano aux fausses notes), évite toute sensation de redite. D’où cela vient-il ? Du fait que les rôles sont inversés peut-être : cette fois, c’est le shérif qui est alcoolique. Du fait, aussi, que seul Wayne reprend du service : Dean Martin est remplacé par Robert Mitchum, qui donne une autre dimension à son personnage.

Mais la vraie originalité vient peut-être du fait que, cette fois, la ville est clairement filmée dans son environnement. Dans Rio Bravo, Hawks n’en sortait jamais. Ici, il n’arrive à ce qui correspond au début de son précédent western qu’après un long prologue dans les vastes plaines environnantes, qui nous fait voyager d’une ville à l’autre. Dès le générique, d’ailleurs, suite de dessins représentant des cow-boys au travail, des attaques d’Indiens ou des caravanes sur les chemins, Hawks place son western sous le signe des grands espaces.

Cela peut sembler anecdotique, mais ce choix donne un ton différent au film, et une autre vérité aux personnages, dont on ressent la fatigue et la lassitude. John Wayne, dans un rôle apparemment semblable à celui de John T. Chance, n’est plus tout à fait le même. En sept ans, il a pris du poids, et un vrai coup de vieux. Il paraît plus fragile, moins « magnifique ». Et puis Hawks qui adjoint un vrai partenaire, un jeunôt lui : c’est James Caan, que le cinéaste avait déjà dirigé dans son précédent film, Ligne rouge 7000, et qui apporte une fraîcheur et un dynamisme qui tranchent avec la lassitude des personnages de Wayne et Mitchum.

Rio Bravo était un pur bonheur de cinéma, l’un de ces films mythiques totalement hors du temps. El Dorado est plus imparfait, mais aussi plus complexe, abordant plus cruellement les signes du temps qui passe.

• Le film vient de sortir en blue ray chez Universal. La qualité est irréprochable, mais par le moindre bonus à l’horizon.

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