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Archive pour la catégorie 'LANCASTER Burt'

Jusqu’au bout du rêve (Field of dreams) – de Phil Alden Robinson – 1989

Posté : 8 juillet, 2019 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, LANCASTER Burt, ROBINSON Phil Alden | Pas de commentaires »

Jusqu'au bout du rêve

Le base-ball comme symbole de l’innocence perdue, la nostalgie d’une certaine Amérique profonde… Il y a dans ce film des tas de choses qui pourraient agacer, ennuyer, ou faire fuir. Et pourtant, avec Field of dreams, Phil Alden Robinson réussit une sorte de miracle: tout fonctionne, tout est d’une justesse totale, l’émotion est constante, et forte. Avec ce film, le réalisateur un superbe conte à la Capra, trouvant une sorte d’alchimie que la suite de sa filmographie n’expliquera pas.

Kevin Costner, fermier paisible qui s’ennuie un peu dans ses terres reculées, qui entend des voix dans son champ de maïs… La scène qui ouvre le film aurait pu plomber l’ensemble du récit. Mais pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer après quelques visions, cette image est belle, très belle. Et elle dégage d’emblée un parfum doucement nostalgique qui renvoie à l’enfance et vous prend aux tripes.

Et il est formidable, Costner, juste . Alors en pleine ascension (il n’allait pas tarder à tourner Danse Avec les Loups, son grand-œuvre), il est une incarnation parfaite d’une certaine Amérique : celle des rêves perdus, d’une certaine innocence. Le film valorise cet esprit d’auto-entreprise qui a accompagné la naissance de la nation. Et ce qui aurait pu être de la naïveté se transforme en une fable universelle autour de la figure du père, qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher.

Impossible de ne pas verser une larme devant ce face-à-face tant attendu entre Kevin et son père, figé pour l’éternité dans une jeunesse qu’il n’a jamais connue, sur ce terrain de base-ball créé au milieu des champs de maïs pour apaiser les fantômes de joueurs morts depuis longtemps (un beau rôle pour Ray Liotta). Impossible aussi de ne pas vibrer devant la dernière scène d’un Burt Lancaster en fin de carrière, qui disparaît avec une douceur ouatée dans un ailleurs qu’on ne peut qu’imaginer. Un beau film, en état de grâce…

Complot à Dallas (Executive Action) – de David Miller – 1973

Posté : 22 janvier, 2019 @ 8:00 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, LANCASTER Burt, MILLER David, RYAN Robert | Pas de commentaires »

Complot à Dallas

« Y a-t-il eu vraiment conspiration ? Nous ne saurions nous prononcer sur la question… » Ah ! ces phrases toutes faites. En abordant frontalement l’assassinat de JFK, ce film ne laisse pourtant guère de doute à l’interprétation : complot il y a eu, et c’est au cœur de ce complot qu’on nous entraîne, au plus près des conspirateurs, petit groupe d’hommes de l’ombre influents qui voient en la famille Kennedy une menace durable sur l’Amérique, et leurs intérêts.

Cette thèse en vaut bien une autre. Mais le parti-pris est à la fois trop simple, et très étonnant : c’est à la mise en place du complot que l’on assiste, d’une manière totalement linéaire, brute et mécanique, à peu près sans aucune zone d’ombre. C’est étonnant, parce que ce parti-pris pose plusieurs problèmes d’un point de vue cinématographique, et donc de l’intérêt que suscite ce sujet pourtant passionnant en soit.

Premièr problème : on connaît la fin. Sans vouloir spoiler, disons que le complot va fonctionner, et que JFK va bel et bien être assassiné, un certain 22 novembre à Dallas. Oui, ça n’a l’air de rien, mais ça enlève du coup tout enjeu dramatique au truc. Dans son JFK, Oliver Stone prendra un parti-pris radicalement différent, l’assassinat étant le point de départ du truc. Pas d’enquête ici, mais un simple déroulé des faits dont le principal intérêt est de voir comment les faits connus sont intégrés à la théorie du scénario.

Deuxième problème : le film adopte le point de vue de conspirateurs, d’hommes froids et calculateurs pour qui la violence et le meurtre sont des solutions « normales ». Difficile de s’attacher à quelque personnage que ce soit. Sans doute la perception a-t-elle changé depuis 1973. A l’époque, dix ans tout juste après les faits, le film de David Miller était le premier à remettre ouvertement en cause les conclusions de la commission Warren. Ce simple fait suffisait sans doute à rendre le film spécial. En 2019, ça ne suffit clairement plus.

Pas désagréable, mais froid et impersonnel, pour le coup. A l’image de Robert Ryan, dans l’un de ses derniers rôles, qui se contente de traverser le film sans avoir l’air réellement impliqué. A vrai dire, seul Burt Lancaster réussit à insuffler un petit quelque chose d’humain à son personnage. Par petites touches, il suggère un lourd passé et une violence latente qui emporte tout, y compris sa propre santé. Sans pour autant chercher à le rendre sympathique ou attachant. Même dans un film moyen, Burt est grand.

Les Démons de la liberté (Brute Force) – de Jules Dassin – 1947

Posté : 27 octobre, 2018 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DASSIN Jules, DE CARLO Yvonne, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

Les Démons de la liberté

Jules Dassin et Richard Brooks sont des humanistes. Ce qui, pour un cinéaste et un scénariste, est magnifique : leurs personnages, forcés à cohabiter dans la prison où ils purgent leurs peines, sont d’une superbe humanité. Mais ce qui a, en l’occurrence, un effet secondaire qu’il faut accepter : ils ne font pas vraiment dans la demi-mesure.

Dans cette prison où croupissent Burt Lancaster et ses potes, tous les prisonniers sont donc des braves types, victimes d’une société inhumaine tout juste bonne à casser les individualités. Et les salauds, ce sont les gardiens de prison, qui privent les braves types de leur liberté. Un postulat que l’on retrouvera dans d’innombrables films de prison, créant même un sous-genre sur ce modèle quasi-immuable.

C’est d’ailleurs frappant de voir à quel point Les Démons de la Liberté a influencé très directement quelques classiques du genre, à commencer par L’Evadé d’Alcatraz, dont quelques séquences semblent sortir directement du film de Dassin. Et puis on n’en veut pas trop à Dassin d’être à ce point manichéen : son méchant gardien en chef est interprété par Hume Cronyn, qui n’a pas forcément le physique de l’emploi, et qui est formidable.

Formidable aussi : Burt Lancaster, tout en colère retenue, sorte de liant entre tous ces personnages hantés par leur passé. Le film est bourré de belles idées, notamment cette photo de femme qui semble irréelle, et qui représente, pour les prisonniers, une sorte de porte d’entrée vers leurs propres souvenirs « de l’extérieur », tous liés à des femmes forcément.

Ce qui donne une série de courts flash-backs dans lesquels apparaissent ces femmes (parmi lesquelles Yvonne De Carlo, décidément magnifique), toutes très émouvantes, qui habitent l’ensemble du film malgré la brièveté de leurs apparitions. C’est d’ailleurs l’une des forces du film : la capacité de Dassin à rendre marquant le moindre rôle, parfois grâce à un simple détail (ce prisonnier qui passe son temps à chanter par exemple).

Visuellement, c’est magnifique, tout en cadrages dynamiques et dans un superbe noir et blanc. Mais c’est surtout la dureté du don qui marque les esprits. La brutalité des matons bien sûr, mais pas seulement. Parce que le manichéisme affiché n’empêche pas tout : chez les prisonniers, il y a des traîtres, des mouchards, ou simplement des hommes moins courageux que d’autres. Et le soupçon finit par se répandre. Le film est sorti en 1947, alors que la Chasse aux sorcières s’installait à Hollywood. Sans doute pas anodin.

Le Vent de la plaine (The Unforgiven) – de John Huston – 1960

Posté : 15 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, HUSTON John, LANCASTER Burt, MURPHY Audie, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Vent de la plaine

John Huston s’attaque au western, et cela donne un film magnifique et totalement atypique, parsemé de moments de pure grâce.

Un seul exemple : alors que les Indiens qui assiègent la maison des Zachary se mettent à jouer de leur flûte de guerre pour intimider leurs proies, ces derniers sortent un piano à queue, et la matriarche s’y assoit pour répondre…

Cette image de Lilian Gish jouant du piano dans l’obscurité, entourée par les silhouettes de Burt Lancaster, Audrey Hepburn et Doug McClure (formidable casting, avec aussi Audie Murphy, Charles Bickford ou John Saxon) est fascinante, et résume assez bien l’atmosphère du film : il y est question de famille, de grands espaces menaçants, de racines aussi. Surtout de racines : de celles que l’on reçoit et de celles que l’on choisit dans un pays où tout est à conquérir.

Huston n’est ni Ford, ni Hawks. Son western ne pouvait pas suivre un schéma classique. De fait, jusqu’à l’extraordinaire (et longue) séquence finale, superbement dramatique, le film est spectaculairement… dénué d’action, à l’exception de quelques rares et brèves émergences de la violence.

Ce sont les paysages, plats et verdoyants, qui dominent, ces grands espaces qui sont à la fois familiers et sources de menace. Fascinante aussi, l’apparition de ce vieil homme poussiéreux portant sabre, qui semble revenir de l’au-delà, et qui ramène avec lui un secret profondément enfoui dans l’inconscient collectif, brisant l’harmonie d’une collectivité naissante.

A la fois spectaculaire et intime, crépusculaire et porteur d’espoir, The Unforgiven est un western humain et humaniste. Magnifique.

Un château en enfer (Castle Keep) – de Sydney Pollack – 1969

Posté : 20 mars, 2018 @ 8:00 dans 1960-1969, LANCASTER Burt, POLLACK Sydney | Pas de commentaires »

Un château en enfer

Quand Pollack s’attaque au film de guerre, cela donne une curiosité qui ne ressemble à rien d’autre. Une balade quasiment onirique et parfois opaque vers la mort, tantôt fascinante, tantôt désarçonnante.

Ça se passe dans les Ardennes. On découvre une poignée de soldats américains avançant péniblement dans la boue, lorsqu’apparaît sur son cheval un seigneur en habit de chasse d’un rouge superbe, flamboyant. Drôle de rencontre qui donne le ton.

Le film est ambitieux : il tisse des liens impossibles entre la mort et l’art, entre la guerre et la beauté. Surtout, Pollack semble décidé à supprimer toutes les clés d’interprétation possible, passant de la poésie à la violence brute dans le même mouvement (le dialogue qui se noue autour d’une flûte entre un soldat américain et un « collègue » allemand).

Le film est parfois lyrique et poétique, comme lorsque Burt Lancaster, un bandeau sur l’œil, domine sur son cheval blanc une armée de morts en marche. Une vision qui semble tirée de l’un de ces tableaux que collectionne le châtelain, joué par Jean-Pierre Aumont.

Mais Pollack se permet aussi des scènes quasiment burlesques, voire grotesques : un camion de pompier qui monte à l’assaut d’un château fort ; une voiture plongée dans des douves qui remonte à la surface, et que son propriétaire fait littéralement rouler sur l’eau.

Le moins que l’on puisse, c’est que Pollack surprend avec ce film de guerre qui se moque totalement des codes du genre. Une promenade sur le chemin de la mort ? Elle est en tout cas omniprésente, et ce dès la première scène : dès l’apparition quasi-fantomatique des cavaliers, on sent que ces personnages sont déjà des cadavres.

Abrupt, mal aimable, le film n’est pas toujours totalement convaincant, mais il y a là de très beaux moments et des acteurs excellents : de Lancaster, sobre et intense, à Peter Falk en soldat boulanger qui se trouve une famille, en passant par Bruce Dern en soldat évangélisateur ou Jean-Pierre Aumont en châtelain amoureux des belles choses. Une curiosité, pour le moins…

Scorpio (id.) – de Michael Winner – 1973

Posté : 12 janvier, 2018 @ 8:00 dans * Espionnage, 1970-1979, LANCASTER Burt, WINNER Michael | Pas de commentaires »

Scorpio

Oh l’idée de génie : réunir Burt Lancaster et Alain Delon, dix ans après Le Guépard. Sauf que ce n’est pas Visconti qui réalise, mais Michael Winner. Et il ne faut pas longtemps pour réaliser qu’on ne gagne pas vraiment au change. L’univers visuel du gars est tout de même très limité, et les images sont la plupart du temps purement fonctionnelles, sans grand-chose pour attirer l’œil.

Winner est un simple faiseur, mais un faiseur honnête et finalement efficace, qui réussit là un film d’espionnage sans éclat, mais plaisant, voire même très prenant. Ce n’est pas tant le suspense (plutôt efficace) ou les nombreux décors (Paris, Washington, Vienne…) qui retiennent l’attention, mais le thème habilement traité de la frontière ténue entre le bien et le mal. « Alliés ou adversaires, mais toujours amis », lance ainsi l’agent américain Burt Lancaster à propos de son homologue soviétique.

Avec cette histoire somme toute très classique d’un jeune agent (Delon) chargé de tuer celui qui lui a tout appris, qu’il respecte et qu’il aime (Lancaster), Scorpio plonge dans le monde de l’espionnage tel que des tas de films ou de livres le présente : un univers où les faux-semblants sont partout. Rien de neuf à l’horizon, donc, mais un récit solide et tendu, et une séduisante envie de livrer un vrai film de genre.

On peut se dire que le personnage de Delon est un peu trop attendu : ce rôle de tueur taiseux et attiré par les chats est un clin d’œil un peu appuyé au Samouraï. Mais on retient surtout la longue et remarquable séquence de poursuite sur un chantier de construction, où Delon et Lancaster donnent tous deux de leur personne dans un affrontement spectaculaire qui respire l’authenticité. Le meilleur moment du film.

La Corde de sable (Rope of Sand) – de William Dieterle – 1949

Posté : 26 avril, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, DIETERLE William, LANCASTER Burt | Pas de commentaires »

La Corde de sable

Paul Henreid, Claude Rains, Peter Lorre, l’Afrique, l’amour, l’aventure… On jurerait que le producteur Hal B. Wallis a voulu renouer avec le succès de son Casablanca. Et on ne serait pas surpris outre-mesure d’apprendre que le rôle tenu finalement par Burt Lancaster avait d’abord été proposé à Bogart…

D’ailleurs, cette parenté évidente semble à peu près la seule raison qui explique la présence de Peter Lorre, étrange et fugitive apparition qui semble n’être que là que pour clarifier le passé du personnage joué par Lancaster, avant un flash-back tout aussi explicite qui répétera la même chose en images, confirmant ainsi que ce second rôle ne sert pas à grand-chose.

Et pourtant on le guette, Lorre, comme une figure familière et pleine de mystère à la fois. Ses trop rares apparitions finissent même par donner une couleur originale à ce film d’aventures par ailleurs pas exempt de défauts, s’imposant au final comme une sorte de chœur antique bienveillant.

Les défauts tiennent essentiellement aux personnages d’ailleurs, pas complètement convaincants, pas suffisamment mystérieux. Lancaster est parfait en pur anti-héros de film noir, jeune homme obstiné et plein de rage. Henreid, lui, surjoue un tantinet le caractère odieux de son personnage, tandis que Rains déroule son interprétation suave et machiavélique.

Mais même sans surprise, ces acteurs restent réjouissants. Ajoutez les apparitions de gueules comme Sam Jaffe ou Mike Mazurki, de bien belles images nocturnes, une impressionnantes bagarres en pleine tempête de sable, et quelques dialogues épatants (« L’argent aurait-il perdu toute sa valeur ? » s’étonne Claude Rains lorsque l’ami Burt propose de lui rendre les diamants pour sauver sa belle Corinne Calvet)… La Corde de sable est un divertissement qui n’arrive certes pas à la cheville de Casablanca, mais qui se déguste avec un vrai plaisir.

L’Homme du Kentucky (The Kentuckian) – de Burt Lancaster – 1955

Posté : 3 avril, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CARRADINE John, LANCASTER Burt, LANCASTER Burt, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'Homme du Kentucky

Pour son premier film derrière la caméra, Burt Lancaster signe un western étonnant : une ode à la nature, étrangement économe en action, mais à la tension parfaitement maîtrisée. Un western sans chevaux aussi, avec ce personnage de père célibataire (qu’il interprète lui-même), qui traverse le pays sauvage à pied avec son fils et son chien, minuscule communauté en mouvement qui semble avoir trouvé un idéal dans cette vie de pionnier au contact avec la nature.

Comme souvent dans le western, le film parle de la fin d’un monde, ou plutôt de la fin d’un mode de vie. Mais le thème est particulièrement bien traité ici. L’arrivée du père et de son fils dans la « civilisation » remet en cause l’harmonie de leur relation. Elle implique l’irruption d’une femme, ou plutôt de deux femmes : la belle institutrice, symbole d’une vie sociale et de concessions visiblement tentante pour le père ; et la petite sauvageonne, plus conforme aux aspirations du fils.

A travers le choix entre ces deux femmes, toutes deux belles, aimantes et sincères, c’est de la nécessité de se plier aux règles de la société qu’il est question. Et dans sa manière d’aborder le sujet, Lancaster fait preuve d’une honnêteté absolue, ne tombant jamais dans le manichéisme, la nostalgie facile, ou la dénonciation aveugle de l’excès de règles. Son film est d’ailleurs, finalement, totalement bienveillant.

Il y a des salauds, bien sûr, à commencer par Walter Matthau, dont c’est le tout premier film, et qui se révèle d’emblée excellent en salopard intégral. Mais il y a surtout des sentiments purs, une simplicité et une sincérité qui se ressentent jusque dans la manière dont Lancaster filme les beaux décors naturels, dans la première partie. Une réussite qui fait regretter que l’acteur n’ait pas persévéré derrière la caméra : il ne récidivera que quasiment vingt ans plus tard avec Le Flic se rebiffe.

Airport (id.) – de George Seaton – 1970

Posté : 25 février, 2017 @ 8:00 dans 1970-1979, LANCASTER Burt, SEATON George | Pas de commentaires »

Airport

Pour les quadragénaires d’aujourd’hui, il est un peu difficile de revoir Airport sans penser à la parodie pas légère mais culte que les ZAZ en ont tiré (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). C’est un peu injuste : sans crier au génie, ce fleuron du film catastrophe des années 70 reste un modèle du genre, et ne manque pas de beaux moments et d’idées intéressantes.

La première de ces idées repose sur le décor lui-même : on ne sort que rarement de ce gigantesque aéroport (ou d’un avion en vol), dont on explore les moindres recoins, de l’effervescence des salles d’embarquement aux bureaux confortables et calmes de la direction. Dans toute la première partie, surtout, George Seaton prend le temps de filmer le quotidien de cette ruche humaine, présentant longuement chacun des nombreux personnages, comme cela se fera dans tous les films catastrophes à suivre.

Beaucoup de ces personnages n’ont d’ailleurs pas grand-chose à faire dans le suspense qui va suivre. Burt Lancaster lui-même, dans le rôle du grand directeur, mettra plus de temps et d’énergie à démêler sa vie privée compliquée qu’à sauver des vies lorsqu’un avion menacera de s’écraser. Seaton est visiblement au moins autant intéressé par ces à-côtés que par l’intrigue principale: les plus belles scènes du film sont toutes des moments intimes.

Celui des adieux entre le futur pirate de l’air (beau personnage joué par Van Heflin, très bien) et sa femme, dans une scène touchante à défaut d’être visuellement très convaincante : la belle photo de certains plans est contrebalancée par une image étrangement terne des contre-champs, d’où une impression étrange qui gâche un peu l’émotion du moment. Autre belle scène : celle de la grande dispute entre Lancaster et sa femme, qui se termine par un moment apaisé où leur sort se joue sur une jolie note mélancolique.

Les moments spectaculaires sont tout aussi réussis, même si le concept « catastrophe » est pour le moins douteux : une bombe qui explose dans un avion et ledit avion qui continue à voler presque comme si de rien n’était… Improbable, mais bien mené, en tout cas sans temps mort.

Tous les personnages ne sont pas passionnants (Dean Martin est en roue libre, Jean Seberg et Jacqueline Bisset n’ont pas grand-chose à jouer), mais George Kennedy révèle une nouvelle fois une présence atypique qui marque les esprits. Il sera d’ailleurs le seul acteur de cette riche distribution à rempiler pour les trois « suites » qui suivront jusqu’au calamiteux Airport 80 : Concorde (les deux autres étant 747 en péril et Les Naufragés du 747).

Le film rencontrera un tel succès qu’il lancera le nouvel âge d’or du film catastrophe, dont la série Die Hard s’inspirera beaucoup pour les deux premiers films : 58 minutes pour vivre sera d’ailleurs un hommage affiché à Airport, comme Piège de Cristal s’inspirera de La Tour infernale. Le troisième Die Hard aurait ainsi dû se passer sur un bateau comme L’Aventure du Poséidon, mais Steven Seagal étant passé par là avec son Piège en haute mer, les producteurs ont changé de direction.

Tant qu’il y aura des hommes (From here to Eternity) – de Fred Zinnemann – 1953

Posté : 1 juin, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, LANCASTER Burt, ZINNEMANN Fred | Pas de commentaires »

Tant qu'il y aura des hommes

Ah cette étreinte amoureuse balayée par les vagues ! Cette image de Deborah Kerr et Burt Lancaster s’enlaçant sur la plage est devenue l’une des icônes du 7ème art, au point d’avoir été parodiée plus d’une fois. Pourtant, dans cette scène, c’est tout ce qui précède qui continue aujourd’hui à troubler, ce désir apparent entre ces deux êtres qui tentent (mollement, quand même) d’y résister…

Visuellement, ce classique un peu surévalué a un intérêt limité. C’est filmé efficacement et avec un classicisme assez élégant, mais Zinnemann n’est ni John Ford, ni William Wellman, deux cinéastes qui ont su filmer les groupes masculins d’une manière autrement plus stimulante. Il manque à Zinnemann la flamme grâce à laquelle le cinéma de ses aînés n’a rien perdu de sa force.

Mais le scénario est formidable, partant d’une belle idée : faire se croiser les destins particuliers de personnages dans une base militaire de Pearl Harbor, quelques jours avant ce fameux 7 décembre. Ces personnages sont remarquablement dessinés, et surtout par des acteurs absolument formidables. Et parfois inattendus.

A l’image de Frank Sinatra, has-been à l’époque, qui s’est battu pour décrocher le rôle que personne ne voulait lui donner, et qui lui vaudra un Oscar du second rôle et une renaissance artistique qui relancera sa carrière. Il est bouleversant en chien fou qui se met à donner celui qu’il ne fallait pas : le gardien impitoyable d’une prison militaire dans laquelle il finira par être envoyé (Ernest Borgnine, sadique comme il sait l’être).

Montgomery Clift est parfait aussi, en soldat obstiné jusqu’à l’extrême. Lui que la méthode Actor’s Studio pousse parfois à surinterpréter les émotions trouve un rôle absolument parfait pour lui : un ancien boxeur bien décidé à ne par réagir aux brimades de ses camarades et de ses supérieurs qui veulent l’obliger à remonter sur lui.

Les seconds rôles sont tous parfaits (mention à Claude Akin, toujours impeccable même dans une apparition aussi modeste). Et les rôles de femmes sont particulièrement marquants, comme souvent chez Zinnemann (on se souvient bien sûr de Grace Kelly dans Le Train sifflera trois fois). Donna Reed est particulièrement émouvante, et Deborah Kerr d’une justesse exemplaire, femme digne et resplendissante dont le vernis craque rapidement. Et ce regard qu’elle porte à Burt Lancaster se déshabillant sur la plage vaut largement cette fameuse étreinte si souvent parodiée.

Lancaster, justement, dont je ne cesse de redécouvrir l’immense talent, en plus de son charisme impressionnant. Il est ici d’une grande justesse, et c’est lui qui donne constamment le ton du film : cette force tranquille qui s’en dégage, et ces fêlures qui affleurent. Pas sûr que Tant qu’il y aura des hommes aurait gardé cette place dans l’histoire sans sa présence…

* Le film fait partie de la collection blue ray « Very Classics » sortie chez Sony. Une belle édition avec un livret passionnant et joliment illustré.

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