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Archive pour la catégorie 'GARFIELD John'

L’Enfer de la corruption (Force of Evil) – d’Abraham Polonsky – 1948

Posté : 11 octobre, 2013 @ 9:31 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, GARFIELD John, POLONSKY Abraham | Pas de commentaires »

L’Enfer de la corruption (Force of Evil) – d’Abraham Polonsky – 1948 dans * Films noirs (1935-1959) lenfer-de-la-corruption

Scénariste de Body and soul, le chef d’œuvre de Robert Rossen, Abraham Polonsky signe là son premier film derrière la caméra. Et il faudra attendre vingt ans avant de voir le suivant, le western Willie Boy : Polonsky a été l’une des principales victimes du MacCarthysme, son nom figurant sur la tristement fameuse liste noire, lui fermant les portes d’Hollywood.

Il continuera toutefois à travailler, collaborant à l’écriture de scénarios sous des noms d’emprunts, ou totalement anonymement. N’empêche : cette carrière avortée de cinéaste (il ne réalisera au total que trois films), à voir la réussite exceptionnelle de Force of Evil, fait partie des plus grands gâchis de l’histoire du cinéma…

Evidemment, avec un tel sujet, une telle manière d’aborder le film noir, la commission « des affaires anti-américaines » ne pouvait pas ne pas s’intéresser à Polonsky. Car Force of Evil assimile ouvertement le capitalisme au gangstérisme. Un business parfaitement organisé, avec ses règles et ses risques, dont la finalité absolue est l’argent et le pouvoir, les questions de morale n’étant que des valeurs ajustables dont on peut très bien se passer.

D’ailleurs, il y a guère de limite entre le bien et le mal dans ce film, évoquant l’univers des paris illégaux, dans un scénario d’une complexité fascinante et enivrante. D’un côté les puissants, de l’autre les petits… mais tous sont dans le même business, tirant leur profit de l’argent que les pauvres préfèrent miser sur des paris, plutôt que d’utiliser pour payer leur assurance. Quant à la police et à la justice, elles ne sont que des maillons d’un système qui dépassent largement les individus.

Au cœur de cet univers de corruption et de cynisme, deux frères : John Garfield, avocat ambitieux qui franchit la ligne rouge sans sourciller ; et son aîné Thomas Gomez, petit patron d’une banque des paris, qui traficote dans son coin et répugne à s’associer à de vrais gangsters. Mais il n’y a pas de frontière bien définie entre ces deux hommes que tout semble opposer, mais que des bribes de sens moral finira par rapprocher. Trop tard.

John Garfield est immense, bloc de cynisme et d’assurance qu’une lueur de doute vient ébranler. Thomas Gomez est tout aussi impressionnant, dans le rôle de sa vie : un type malade qui se raccroche à ses principes tout en n’assumant pas totalement d’être partie prenante du système.

Grand scénariste, grand directeur d’acteurs, Polonsky se révèle aussi un très grand homme d’images. Son langage est totalement cinématographique, à l’image de cette interminable descente de Garfield qui n’en finit plus, quittant son bureau luxueux surplombant la ville pour affronter son propre destin tout en bas, près des égoûts.

Et que dire de cet affrontement au pistolet dans un bureau plongé dans l’obscurité, où toutes les silhouettes se confondent… Ou de l’insoutenable séquence de la trahison dans le restaurant (« what have you done to me ? »)… Force of Evil est un chef d’œuvre total, un film immense, d’une force inégalée.

Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman always rings twice) – de Tay Garnett – 1946

Posté : 2 juillet, 2013 @ 5:14 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, GARFIELD John, GARNETT Tay | Pas de commentaires »

Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman always rings twice) - de Tay Garnett - 1946 dans * Films noirs (1935-1959) le-facteur-sonne-toujours-deux-fois

Un homme sans le sou qui traverse l’Amérique de la grande dépression tombe raide dingue de la jeune épouse de son bienfaiteur. Les deux amants finissent par réaliser que le mari est le seul obstacle à leur bonheur… John Garfield, anti-héros au destin tragique, et Lana Turner, femme fatale par qui le malheur arrive : ces deux-là semblent être les stéréotypes du film noir, dans ce qui reste l’un des modèles du genre.

Sauf que ce n’est pas si simple, ne serait-ce que parce que la Cora de Lana Turner est à 1000 lieues, disons de Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort. Elle n’est pas la manipulatrice froide et cynique que sa première apparition – blonde vénéneuse et allumeuse – laisse deviner. Cora est une pauvre femme qui n’a pas les moyens de ses rêves, et qui est tiraillée entre son amour pour ce bel étranger, et sa volonté de sauvegarder cette vie paisible qu’elle a trouvée avec ce mari trop bon, mais aussi trop vieux (Cecil Kellaway, excellent).

Et puis ce trio fatal au cœur de tant de films noirs disparaît en tout juste une heure. Après ça, c’est un autre film qui commence. Plus inattendu, plus complexe, moins rythmé aussi, hélas. Mais les personnages gagnent en profondeur alors que leurs mesquineries éclatent. Que deviennent les amants de films noirs après que leurs sombres désirs se sont retournés contre eux ?

Cette adaptation (la plus fameuse) de l’œuvre de Cain apporte des réponses qui n’ont rien de romantique. Défiance, haines, tromperies… Toute notion de bien ou de mal vole en éclat. La justice prend toutes les libertés du monde, et la culpabilité n’a rien à voir avec un quelconque altruisme.

John Garfield, immense, est l’incarnation la plus parfaite de ces êtres broyés par le destin, victime très relative. Franck n’est pas le poissard innocent et malchanceux de Détour, autre sommet du genre. Lui marche consciemment vers sa damnation. Dès sa rencontre avec Cora, dans cette scène formidable où il hésite à laisser brûler le panneau « man wanted », il pressent clairement que cette femme lui sera fatale.

C’est ce voyage sans retour, noir et magnifique, que Tay Garnett met en image, avec quelques séquences nocturnes absolument sublimes : les scènes de plage qui exacerbent les sentiments de nos tourtereaux (passionnés, puis suspicieux), ou encore l’extraordinaire séquence du meurtre raté, effrayante et grotesque à la fois.

Swingtime in the movies (id.) – de Crane Wilbur – 1938

Posté : 19 avril, 2012 @ 4:56 dans 1930-1939, BOGART Humphrey, COURTS MÉTRAGES, GARFIELD John, WILBUR Crane | Pas de commentaires »

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Petit court métrage sans grand intérêt, si ce n’est celui de découvrir les coulisses d’un tournage hollywoodien… version parodique tout de même. Tourné à peu de frais dans les décors de la Warner, le film met en scène un réalisateur tyrannique à l’accent étranger fortement marqué, qui mélange régulièrement les mots. Un clin d’œil à peine voilé à Michael Curtiz, resté célèbre pour avoir réclamé des singes (monkeys) à la place de moines (donkeys) sur un tournage.

Un film sur un tournage de film ? Ce n’est ni une première, ni une dernière. Ici, les gags abondent, rarement drôles : l’humour est lourdingue, les acteurs approximatifs, et le scénario à peu près inexistant.

Mais l’avantage de filmer les coulisses d’un grand studio, c’est qu’on peut utiliser tout ce qui passe pat là : la cantine par exemple, où on assiste à un numéro musical sans le moindre intérêt, mais où on croise aussi quelques stars venues se restaurer et qui se retrouvent jouer les figurants. On croise ainsi Priscilla Lane, sa sœur et John Garfield (qui venaient de tourner dans Rêves de jeunesse… de Michael Curtiz), ainsi que George Brent (qui venait de tourner La Bataille de l’Or… de Michael Curtiz), Pat O’Brien et Humphrey Bogart (qui venaient de tourner Les Anges aux figures sales… de Michael Curtiz). Rien que pour ça…

Nid d’espions (The Fallen Sparrow) – de Richard Wallace – 1943

Posté : 19 septembre, 2011 @ 11:26 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, GARFIELD John, O'HARA Maureen, WALLACE Richard | Pas de commentaires »

Nid d'espions (The Fallen Sparrow) - de Richard Wallace - 1943 dans * Films noirs (1935-1959) Nid%20despions_zpszmbg2tto

Film noir, film d’espionnage, film de propagande… L’alliance des trois genres était plutôt à la mode dans un Hollywood mobilisé pour l’effort de guerre, et ce film peu connu est typique de la production d’alors. Rien de surprenant, d’ailleurs, dans cette production très sombre qui évoque l’atmosphère de Pris au piège d’Edward Dmytryk ou Le Pigeon d’argile de Richard Fleischer. Mais il y a une différence de taille : ces deux films ont été tournés après la capitulation de l’Allemagne, alors que le film de Wallace est produit en pleine guerre.

Le ton n’en est pas très différent, mais il y a dans Nid d’espions un nationalisme exacerbé bien compréhensible au regard du contexte historique, mais qui peine à convaincre aujourd’hui : le « macguffin » qui fait avancer le suspense, l’objet dont les méchants veulent à tout prix s’emparer quitte à tuer la moitié de la distribution n’est pas une arme nucléaire, pas plus que les plans d’une base secrète, non : c’est (attention SPOILER)… une bannière en lambeaux, témoin d’une bataille sanglante durant la guerre d’Espagne.

Pourquoi pas : voir le héros prêt à payer de sa vie pour protéger un symbole n’est pas une nouveauté. Mais ce sont les motivations des traîtres aux services des nazis qu’on a beaucoup de mal à prendre au sérieux. Et au vu de l’aspect hyper sombre du film, dénué de tout humour, ce décalage n’était pas loin de me laisser sur la touche.

Heureusement, il y a John Garfield, dans un rôle évidemment taillé sur mesure : celui d’un homme torturé, rongé par son passé et dont on se demande s’il est plus proche de la rupture ou de l’explosion… L’action se passe fin 1940. L’Amérique n’est pas encore en guerre, mais McKittrick, notre héros, est de retour chez lui après avoir passé plus de deux ans dans une geôle sinistre pendant la guerre civile d’Espagne. Pendant deux ans, il a été torturé sur l’ordre d’un mystérieux nazi qu’il n’a jamais vu, mais dont il sait simplement qu’il a une jambe qui traîne… Il n’a pu s’évader que grâce à son meilleur ami, dont il apprend qu’il est mort mystérieusement.

Décidé à retrouver le coupable, il découvre bientôt l’existence d’un réseau d’espions nazis implanté en plein cœur de New York, probablement dirigé par son mystérieux tortionnaire boiteux. Bon… Je ne voudrais pas critiquer l’ami Garfield, dont je suis un grand admirateur, mais il a dû abuser du whisky (faut dire, qu’est-ce qu’il boit dans ce film !) pour ne pas voir sous quelle identité se cachait son nazi boiteux (ben oui, c’est pas bien facile à cacher), même si, c’est vrai, il est bien occupé à soupçonner à peu près tous ceux qui l’entourent…

Bref, ce n’est pas du côté du scénario qu’il faut s’attarder : les rebondissements sont tous hyper-téléphonés (comme la révélation finale…). Mais Wallace signe une fort jolie réalisation, qui joue très habilement sur la profondeur de champs, sur des premiers plans un peu flous, et sur une pénombre magnifiquement photographiée. La force du film, aussi, est de ne jamais lâcher John Garfield, dont on découvre à la fois la force et les faiblesses, la détermination et les fantômes qui le hantent, son goût pour l’alcool et ses penchants pour la gent féminine.

Il faut dire qu’il est bien entouré, avec la brune Patricia Morison (en ex à la beauté froide, totalement frivole et inconséquente), la blonde Martha O’Driscoll (gamine à peine sortie de l’enfance), et surtout la rousse Maureen O’Hara, la plus belle actrice du monde (c’est en tout cas mon jugement du jour), beauté classe et mystérieuse, touchante et inquiétante. Le couple qu’elle forme avec Garfield n’est pas le mieux assorti qui soit, mais il y a quelque chose de profondément émouvant à voir cette gueule cassée déclarer son amour à cette femme à la beauté si délicate…

 

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