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Archive pour la catégorie 'GABIN Jean'

Le Sang à la tête – de Gilles Grangier – 1956

Posté : 8 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Sang à la tête

En état de grâce, Grangier, pour cette adaptation d’un roman de Simenon. On sait le réalisateur très inégal, mais ce film là est clairement l’un des sommets du gars, un film où ses défauts de certains films deviennent de grandes qualités. En gros : cette manière de ne rien filmer, qui s’apparente trop souvent à de la nonchalance.

Ici, ces riens sont pour le coup très simenoniens (ou simenonesques ?). Une manière de planter le décor, de nous rendre familier les personnages et leur environnement, tout en faisant grandir une tension, jusqu’à l’extrême.

Gabin est absolument formidable dans le rôle d’un ancien ouvrier du port de La Rochelle devenu bourgeois et patron à force de travail, dont la femme disparaît sans crier gare. Crime ? Tromperie… Grangier devient un digne double de Simenon, et met en scène les rumeurs, les mesquineries, la bourgeoisie un peu raide, comme les bouges grouillants de vie.

Le film est vrai, et fort. Gabin l’est aussi, d’une justesse parfaite, bien servi par les dialogues d’un Audiard qui, pour une fois, se met au service de l’atmosphère et des personnages au lieu de faire le malin. Pas de grandes répliques à glisser dans un almanach, donc, mais des mots qui frappent fort et qui sonnent juste. A l’image du film, donc, beau Grangier, belle adaptation de Simenon, belle peinture du port de La Rochelle, beau Gabin.

Crime et châtiment – de Georges Lampin – 1956

Posté : 7 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, LAMPIN Georges | Pas de commentaires »

Crime et châtiment 1956

N’ayant pas lu le roman de Dostoïevski, je me garderai bien de lui comparer le film de Georges Lampin. Disons simplement que le scénario (contrairement à la précédente adaptation française, pour le film de Pierre Chenal) transpose l’action dans le Paris des années 50.

L’ambition est belle, et le film est assez irréprochable. Lampin met en images le Paris des laissés pour compte, des quartiers miséreux, des immeubles décrépis, et des personnages comme oubliés par la société. Robert Hossein, étudiant sans avenir qui tue une vieille usurière pour sa fortune présumée… ou pour autre chose ?

Autour de lui, une sœur, une mère, un ami, bons et plein d’empathie. Pauvres, prêts à accepter toutes les chances qui se présentent sans être trop regardants. Prête, pour la mère, à offrir sa fille à un vieux libidineux qui a pour lui d’avoir de l’argent.

Il y a dans ce Crime et Châtiment de belles intentions, une certaine intensité, quelques grands moments. La scène du crime tellement tendue qu’elle en est étouffante avec ce sang qui n’en finit pas de s’étendre. Un vieil alcoolique humilié devant ses enfants. Deux hommes qui se détestent mais se retrouvent autour d’un même secret, et d’un même dégoût de soi…

On vibre, on s’attache, on suffoque, on a envie, par moments, de crier avec ces personnages, de renverser cet ordre établi qui garantit aux riches comme aux pauvres de rester à leur place. Pourtant, cette révolte n’est jamais (ou si peu) vraiment incarnée.

Malgré toutes les qualités, la beauté plastique du film, l’intensité des interprétations, le film a quelque chose de trop lisse, trop glacé, trop sage, pas assez désespéré. La crasse elle-même paraît trop propre. Et comment croire à la misère sans issue d’une Marina Vlady à la jeunesse si pure ? Elle amène une dimension quasi-christique au film, transformant in fine la portée sociale déchirante en une sorte de prêchi-prêcha bien moins convaincant.

Une réussite en demi-teinte, portée quand même par une grande distribution. Carette, Gérard Blain, Hossein, Lino Ventura, Bernard Blier en gros dégueulasse, et Jean Gabin qui apparaît tardivement, en flic revenu de tout, taiseux et garant de l’ordre établi.

Pas le chef-d’œuvre qu’il aurait pu être, certes, mais cette adaptation ne manque pas d’ambition. C’est en tout cas une curiosité, ne serait-ce que dans la filmographie de Gabin.

Verdict – d’André Cayatte – 1974

Posté : 5 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, CAYATTE André, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Verdict

Après Deux hommes dans la ville, Gabin enchaîne (pour son avant-dernier film) sur un autre drame consacré à la justice. Le film de Cayatte est moins ouvertement engagé que celui de Giovanni, il aborde tout de même le sujet de la peine de mort. Avec nuances, ou maladresse, selon la bienveillance que l’on veut bien avoir.

Gabin y est un juge sur le point de prendre sa retraite, dont le dernier procès est celui d’un jeune homme accusé d’avoir violé et assassiné une fille de bonne famille. La mère de l’accusé décide d’enlever la femme du juge pour obtenir l’acquittement de son fils. Entre le juge et la mère de l’accusé, jouée par Sophia Loren, se noue une relation ambiguë.

Cette relation n’est pas franchement très convaincante, comme si Cayatte avait voulu glisser dans la tête du spectateur l’idée même d’une relation hors du tems entre le sex-symbol italien des années 60 et le séducteur français d’avant-guerre. Difficile à avaler, face à un Gabin en bout de course, septuagénaire qui fait bien quinze ans de plus.

Mais le personnage de Gabin est assez intéressant, parce qu’il semble sincèrement mettre en doute trente-cinq ans de la pratique de la magistrature, alors qu’il est forcé d’adopter, comme il le dit, une ligne neutre et bienveillante.

En filigrane, et même frontalement dans les premières scènes de procès, c’est une justice pleine de préjugés qui apparaît. Et le fait que des flash-backs qui apparaissent tout au long du film nous confirment que l’accusé est coupable n’altère pas ce sentiment de voir une justice biaisée dans ses œuvres.

Au contraire, même. Verdict n’a pas tout à fait la force de Deux hommes dans la ville, malgré une dernière partie particulièrement tendue. Mais le film de Giovanni passait un peu à côté de son engagement anti-peine de mort en mettant en scène un innocent. Verdict prend l’exact contre-pied.

Sous le signe du taureau – de Gilles Grangier – 1969

Posté : 4 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Sous le signe du Taureau

Se lancer dans une intégrale Jean Gabin et enchaîner ses films permet de dénoncer quelques idées reçues : non, Gabin ne s’est pas enfermé dans un même rôle à la fin de sa carrière. Il a même gardé jusqu’au bout une envie manifeste de se renouveler, d’incarner de nouveaux personnages, et de varier les registres.

Il y a cela dit des nuances encombrantes, à commencer par cette fidélité jusqu’au-boutiste avec des réalisateurs au talent discutable. Grangier n’est pas le pire, mais il n’est ni Duvivier, ni Decoin, ni Renoir (à qui on pense brièvement lorsque Gabin retrouve Fernand Ledoux dans une scène sympathique, trente ans après La Bête Humaine). Sa mise en scène n’est pas pas la plus mollassonne de sa carrière, mais elle souffre d’un handicap de plus en plus lourd en cette fin des années 1960 : les dialogues d’Audiard.

Le dialoguiste peut être brillant. Mais il peut aussi être insupportable lorsqu’il sacrifie tout sens narratif et toute vérité dramatique au seul profit de bons mots trop écrits. Gabin en scientifique, c’est déjà une gageure. Mais avec ce verbe-là, populaire, lettré et ironique, c’est un naufrage assuré.

Voilà le principal problème de ce film qui promettait mieux sur le papier. Jamais on ne croit à cette histoire d’un scientifique qui court après des financements, parce que jamais on ne croit vraiment au personnage.

A de rares occasions, Gabin laisse entrapercevoir ce qu’aurait pu être le personnage (et le film) : un type inadapté aux contraintes économiques du monde dans lequel il vit. Une scène dans les embouteillages, où Gabin baisse la garde et affiche une réjouissante immaturité, parenthèse que rien n’annonçait, et qui n’aura pas vraiment de suite.

Sous le signe du Taureau a quand même tout du rendez-vous manqué. Il sonne aussi comme une fin d’époque pour Gabin qui connaît l’un de ses plus gros échecs populaires, et ne tournera plus avec Grangier, ni avec Audiard si ce n’est pour sa réalisation Le Drapeau noir flotte sur la marmite

Gas-Oil – de Gilles Grangier – 1955

Posté : 3 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Gas-Oil

On a connu Jeanne Moreau meilleure incarnation du féminisme que dans ce Gas-Oil. Elle y est une femme libre bien de son époque, pourtant, institutrice qui préfère prendre un amant plutôt qu’un mari. Audacieux ? Pas pour longtemps. L’objectif d’une vie de femme, c’est quand même avant tout de faire des bons petits plats pour son homme, et de se lever avant lui pour lui préparer son café…

Bon… C’est Audiard et Grangier au scénar, ceci explique en partie cela (le film est adapté d’un roman de Georges Bayle). Comme ça explique le rythme très tempéré du film : Grangier est un réalisateur qui n’aime pas trop bousculer ni ses acteurs, ni ses spectateurs.

D’une histoire digne d’un film noir (après une mauvaise rencontre de nuit, un routier sans histoire devient la cible de tueurs), Grangier tire une chronique nonchalante du quotidien de ces routiers qui se lèvent tôt, roulent des heures, et se retrouvent dans des petits restos de bord de route.

C’est parfois assez réussi, grâce à des petits détails qui soulignent l’aspect rude de ces vies : les réveils difficiles, le froid, la lassitude… Les comédiens, pour le coup, y sont pour quelque chose. Gabin en tête, bien sûr, qui a l’air de ne rien faire mais qui, mine de rien, renouvelle son personnage film après film. Il est touchant ici, lorsque le solide gaillard se met à minauder comme un ado devant son amoureuse, Moreau.

Mais quand même. Grangier prend son temps, privilégie les digressions à l’intrigue (au point qu’on finit par se demander s’il n’a pas oublié son histoire en cours de route), mais n’a pas grand-chose à montrer à côté. Surtout, il n’a pas le talent humaniste d’un Duvivier. Le résultat est donc plaisant, percutant à de rares moments (le guet-apens final sur la route), anodin à d’autres. Sympathique et inégal.

La Horse – de Pierre Granier-Deferre – 1970

Posté : 2 novembre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GRANIER-DEFERRE Pierre | Pas de commentaires »

La Horse

Il est visuellement très laid, ce cinéma français là, des années 1970, tellement loin de l’esthétique soignée et des clairs-obscurs évocateurs des années 40. Avec ses lumières trop vives et ses couleurs ternes, La Horse est un film en apparence pas aimable, revêche, abrupt.

Sans aller jusqu’à imaginer que cette esthétique est un choix réfléchi et volontaire, l’image colle au moins au sujet, l’histoire d’une famille de fermiers dominée par la figure du patriarche, potentat familial austère et castrateur. Autrement dit Jean Gabin, regard froid et moue déterminée, qui ne fait rien pour rendre son personnage sympathique.

Pierre Granier-Deferre va droit au but, sans prendre le temps de poser ses personnages, ce qu’il fera en quelques scènes de repas, taiseuses mais évocatrices. Il est question d’un trafic de drogue, dans lequel le petit-fils de la maison s’est compromis. Mais papy Gabin a flairé le truc, et jeté pour deux millions de drogue… Un gangster se pointe, menace ce bon vieux si inoffensif, qui lui vide son fusil dans le buffet… Radical. Ce n’est que le début du film.

La violence est elle aussi brute, sèche et rapide. Curieusement, ce ne sont pas ces scènes qui frappent le plus, mais les rassemblements de la famille, les silences oppressants, les manières si brutales du patriarche, les vexations, la soumission…

Sous des allures de polar, voire de vigilante movie, La Horse est avant tout le portrait d’une communauté comme sortie d’un autre temps, qui fait bloc autour d’un secret sanglant, derrière ce patriarche et contre la société. Plutôt percutant.

La Marie du Port – de Marcel Carné – 1950

Posté : 1 novembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Marie du Port

Douze ans après Quai des Brumes… Gabin, Carné, un port… OK : on voit venir le drame de loin. Le cinéaste et la star, tous deux en manque de succès, creusent un sillon qui leur a si bien réussi à leur heure de gloire. Mouais.

Sauf que non. La Marie du Port n’est pas un énième drame à la manière de. Une chronique entre deux âges, plutôt, une réflexion douce-amère sur le temps qui passe, sur les sentiments qui vont et qui viennent, sur les êtres qui changent, ou pas.

Enchaîner les Gabin de toutes les époques réserve bien des surprises, souvent heureuses. Cela permet surtout de réaliser à quel point, tout en peaufinant un personnage qui évolue au fil du temps, chaque film est l’occasion pour l’acteur de créer un vrai personnage, jamais vraiment le même contrairement aux reproches qu’on a pu lui faire.

Ici, Gabin est un sale con. Un séducteur vieillissant plus occupé à cultiver ce qui lui reste de charme qu’à développer son empathie. On le découvre accompagnant sa sœur jusqu’à un port où elle enterre son père, reconnaissant qu’il ne l’accompagne que parce qu’il a des affaires à régler sur place. Et flirtant avec la très jeune sœur de sa compagne sitôt l’enterrement fait.

Carné ne signe pas l’un de ses grands chefs d’œuvre (il en a fait de tels), mais cette adaptation de Simenon est passionnante, et bénéficie de décors formidables, d’un coin de port où se retrouvent les jeunes amoureux, à une grande brasserie pleine de vie à Cherbourg.

A défaut de retrouver la magie et la puissance de ses grands films d’avant-guerre, Carné surprend et séduit. Gabin est grand, la jeune Nicole Courcel est troublante. Les dialogues, superbes, jouent constamment sur les sous-entendus hyper-sexués. Vrai plaisir…

Miroir – de Raymond Lamy – 1947

Posté : 31 octobre, 2020 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1940-1949, GABIN Jean, LAMY Raymond | Pas de commentaires »

Miroir

Après Martin Roumagnac, le deuxième film du nouveau départ pour Gabin. Prématurément vieilli après la guerre, l’ancien symbole du Front Populaire confirme son nouvel emploi de grand bourgeois. Miroir, film largement oublié, fait le lien entre ces deux Gabin, d’avant et d’après guerre. L’image installée de son personnage, homme d’affaires respecté, ne cache qu’aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas la mauvaise graine qu’il fut dans sa jeunesse.

Monteur pour Guitry, Raymond Lamy n’a réalisé que ce film en son nom propre. Il ne démérite pas, pourtant. Le film n’évite pas quelques flottements, et manque sans doute d’une colonne vertébrale, un liant, ce petit quelque chose qui rendrait le drame plus intime encore. Mais il y a dans Miroir une belle ambition, que Lamy transforme épisodiquement en grands moments de cinéma.

L’histoire elle-même évoque celle de Leur dernière nuit, que tournera Gabin six ans plus tard. Miroir surprend surtout pour son ton inhabituellement sombre et violent, particulièrement marquant dans le flash-back, spectaculaire fusillade nocturne, ou dans le règlement de compte final… en plein enterrement dans un cimetière. Un film où Gabin abat sans ciller un homme à qui il doit la vie, rien que ça…

Lamy s’inscrit en fait dans la lignée de quelques grands films policiers français du début des années 1930, dans lesquels la violence, même hors champs, était frappante : Justin de Marseille notamment, et ce n’est pas un hasard s’il donne à Antonin Berval un rôle similaire, celui d’un mafieux marseillais.

Mais la plus belle scène du film, c’est cette chanson qu’interprète sur scène Colette Mars, dans le rôle de l’ex-maîtresse de Gabin. « Je sais qu’il est en même temps, tendre et méchant », chante-t-elle dans cette longue parenthèse au cœur du récit, comme un répit entre deux drames, ou comme le point de rupture d’une vie trop établie.

La chanson est belle, l’interprétation exceptionnelle, et la scène qui suit, nostalgique et bouleversante, est peut-être la plus forte du film. Elle préfigure d’ailleurs beaucoup de scènes comparables dans les films à venir de Gabin, jusqu’à la fin de sa carrière : très souvent, un personnage féminin évoquera au Gabin installé celui qu’il fut avant la guerre.

Le regard de Gabin lorsque la chanson de Colette Mars évoque en lui des souvenirs et le spectre d’un bonheur évanoui, est en tout cas une image absolument magnifique.

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Chacun sa chance – de René Pujol et Hans Steinhoff – 1930

Posté : 30 octobre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, PUJOL René, STEINHOFF Hans | Pas de commentaires »

Chacun sa chance

Les toutes premières heures du cinéma français parlant, l’adaptation d’une opérette comme tant d’autres, des quiproquos, des couples qui se forment… Cette comédie chantante n’augure rien de bien formidable, et le résultat ne l’est certes pas.

Une histoire inepte, des comédiens qui en font des tonnes… La scène d’introduction, avec ce hâbleur qui présente les personnages sur une scène de théâtre, résume bien l’ambition du film : offrir aux spectateurs un spectacle vivant et musical. Du music-hall filmé, plutôt qu’un vrai film de cinéma.

Pourquoi pas d’ailleurs : il y a de la vie là-dedans, et une poignée de travellings bien foutus où la caméra se mêle à la foule, du plus bel effet. Dommage quand même que les chansons soient si tartes. Même Jean Sablon ne parvient pas à donner de l’épaisseur à des textes écrits avec un dictionnaire de rimes.

A vrai dire, le principal intérêt du film (le seul ?) réside dans sa dimension historique, quasi archéologique. Chacun sa chance est le tout premier long métrage interprété par un tout jeune Jean Gabin, en faux baron qui tombe sous le charme d’une fausse comtesse (Gaby Basset qui fut sa première femme à la ville, et dont il était alors déjà séparé) à la suite d’improbables quiproquos.

Très souriant, la jeunesse éclatant, il n’est toutefois pas encore le Gabin qu’il sera bientôt (dès Cœur de Lilas, en 1932). Ce Jean Gabin de la première heure semble singer Maurice Chevalier dans sa manière de rouler les épaules comme dans ses intonations de chanteur, loin du prolo décontracté de La Belle Equipe. Un grand acteur qui se cherche… ça a quelques chose de beau.

La Belle Equipe – de Julien Duvivier – 1936

Posté : 28 octobre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Belle Equipe

« Quand on s’promène au bord de l’eau, comme tout est beau, quel renouveau… » Pourquoi cette chanson est-elle l’une des plus marquantes de l’histoire du cinéma ? Tout bêtement parce qu’elle vous trotte dans la tête pendant des jours : je suis incapable de revoir le film sans la fredonner en boucle jusqu’à se prendre une baffe par vos voisins agacés… Aussi parce qu’elle est chantée par un Gabin au sommet, et parce qu’elle symbolise ce que lui-même symbolise : une certaine douceur de vivre, des rêves modestes, une idée de l’amitié et du bonheur…

La Belle Equipe a été érigé en film étendard du Front Populaire. C’est en partie vrai. Sorti en pleine révolution sociale, le film de Duvivier s’impose comme le totem de cette France des travailleurs qui aspire à son petit coin de paradis. La fin pessimiste voulue par Duvivier et son coscénariste Charles Spaak vient quand même tempérer la chose.

Cette fin pessimiste a d’ailleurs longtemps été invisible. Après sa sortie originale, le film a été remonté à la demande du producteur, mais avec l’accord de ses auteurs, pour une fin optimiste qui a été la seule visible pendant des décennies. Aujourd’hui, le débat est loin d’être tranché. Et il n’est pas anodin.

Je dois avouer une petite préférence pour la fin optimiste, ne serait-ce que parce que la pessimiste ne m’a jamais totalement convaincu. Elle est belle, terriblement triste (« C’était une belle idée »), mais sonne un peu faux par rapport à ce qu’est au fond La Belle Equipe, avant d’être le film du Front Populaire : une ode à l’amitié, à l’entraide. Un film presque naïf sur la camaraderie, plus forte que tout : cette nuit passée sur un toit, sous des trombes d’eau, en est l’aboutissement après bien des moments forts.

Et ça commence dès cette main posée par Gabin sur son ami Vanel, cafardeur. Ou avec Aimos, grande gueule joviale qui sait se faire grave pour aider un copain… Duvivier signe un film plein d’empathie. Il aime ses personnages, et ça se sent. Des hommes avec leurs fragilités, leurs défauts, leurs faiblesses… Une ode à la collectivité, une merveille qui donne envie de s’promener au bord de l’eau, tient…

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