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Archive pour la catégorie 'GABIN Jean'

Au-delà des grilles (Le Mura di Malapaga) – de René Clément – 1948

Posté : 21 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1940-1949, CLÉMENT René, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Au-delà des grilles

Tourné en plein dans sa période « creuse », Au-delà des grilles est une belle occasion de relativiser le mauvaise réputation de ces années d’après-guerre de Gabin. Certes, il n’est plus (ou pas encore) au sommet, mais sa filmographie regorge de bons films à redécouvrir. Qui, pour certains, furent d’authentiques succès populaires à leur sortie

C’est le cas d’Au-delà des grilles, deux fois récompensé à Cannes, et Oscar du meilleur film étranger. Gabin y retrouve un rôle dans la lignée de ses glorieuses années 30 : un Français en fuite après avoir tué une femme, qui échoue à Gêne où il rencontre une jeune mère de famille (Isa Miranda).

Un Gabin à l’aura tragique, une histoire d’amour avec une femme aussi paumée que lui, un port et des envies d’ailleurs… Au-delà des grilles n’a pas la grandeur et la beauté de Quai des brumes, mais le film est passionnant dans sa manière de mettre en scène les laissés pour compte.

René Clément filme un Gêne en ruines, où les marques de la guerre sont partout. Ses personnages vivent dans une ancienne abbaye éventrée. Survivent, plutôt, s’entassant dans un décor de pierres et de poussières impressionnant. Il s’en dégage une humanité folle, dans toute sa complexité. Une voisine mesquine et médisante fait soudain front lorsque la menace extérieure guette, et c’est tout simplement beau.

Isa Miranda est joliment émouvante, se raccrochant à ce qu’elle croit être sa dernière chance d’être enfin heureuse. Prix d’interprétation à Cannes à la clé. Quant à Gabin, il est d’une justesse absolue, à la fois en terrain connu et quand même surprenant, jamais tout à fait le même.

Les Grandes Familles – de Denys de La Pattière – 1958

Posté : 6 janvier, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Les Grandes Familles

La Patellière et Audiard au scénario, le premier derrière la caméra, le second aux dialogues. Pas le tandem le plus excitant du cinéma français, et le résultat, tiré d’un roman de Maurice Druon, n’est certes pas révolutionnaire. Il manque du panache, de la tension, de la profondeur…

La voix off qui introduit les personnages en mode reportage de l’ORTF annonce, sans tromperie sur la marchandise, l’académisme du film, qu’on peut regretter. Car le scénario, lui, tient plutôt la route, et le cynisme et la cruauté de cette grande et belle famille sont frappants.

Le patriarche d’abord, Jean Gabin, digne et sûr de lui. Tel qu’en lui-même, semble-t-il : la colère facile, une manière de remettre les autres, et surtout la jeune génération, à leur place, et le dernier mot pour toutes choses. Mais ce Gabin-là est un monstre de cynisme, d’une cruauté rare.

Son entourage ne rattrape rien, du cousin jouisseur joué par Pierre Brasseur au beau-frère qui fait parler un défunt illustre… Tous manipulent, flattent et trompent pour obtenir ce qu’ils veulent. Une belle famille, vraiment, dont le fils tête-à-claque (Jean Desailly) s’avère le plus humain, jusque dans ses défauts.

Comme souvent dans le cinéma français de ces années-là, l’académisme de la mise en scène est sauvée en partie par la qualité des acteurs. Bernard Blier en particulier est comme toujours parfaitement juste dans le rôle de ce fondé de pouvoir, dont la fidélité à toute épreuve fait passer tous les écarts. Gabin est formidable dans le rôle ce réac horrible rattrapé par sa volonté de tout dominer. La dernière image, avec la photo de son fils sur le journal gisant par terre, est cruelle, et forte.

Le Tueur de Denys de La Patellière – 1972

Posté : 4 janvier, 2021 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, DE LA PATELLIERE Denys, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Tueur

Un tueur s’échappe de l’hôpital où il se faisait passer pour fou. Le flic qui l’avait arrêté après huit mois de traque repart à sa poursuite. Rien de plus, ou si peu, et le principal problème apparaît très vite : c’est Gabin lui-même, hélas, fatigué et pas très impliqué, sans doute conscient d’être une énorme erreur de casting.

Certes, il joue un commissaire à cinq mois de la retraite. Mais même : vieilli, empâté, las, il porte bien tapé ses 68 ans, et est aussi crédible en superflic que John Wayne en maître de conférence à la Sorbonne. Ajoutez à ça des dialogues accablants de Pascal Jardin…

Bien sûr, d’un film signé Denys de la Patellière, on n’attendait pas grand-chose, si ce n’est de faire un pas de plus vers l’intégrale Jean Gabin, une intégrale étant parfois constituée d’étapes moins excitantes que les autres. Mais le réalisateur s’en tire plutôt avec les honneurs. Et son film pourrait même être assez réussi s’il n’y avait cette erreur de casting.

Visiblement inspirée par le cinéma de genre italien, alors en plein succès, sa mise en scène est nerveuse, avec une violence sèche. Avec une constante, aussi, qui ressemble à un vrai parti-pris de metteur en scène : cette manière de restreindre l’espace vital des personnages en les encerclant par des éléments de décors qui obstruent le cadre.

La seule présence de Gabin, si en retrait soit-elle la plupart du temps, recentre en partie l’optique sur la traque du flic, alors que le vrai sujet, c’est ce tueur en cavale, à qui Fabio Testi apporte un mélange de séduction et de danger. Un vrai tueur de sang froid, et c’est pourtant vers lui que se porte une étrange sympathie. Bien plus en tout cas que sur le grand commissaire manipulateur, dont le regard fermé face à Bernard Blier (en chef de la police, très bien) est étonnant de cynisme glacé. Surprenant, au moins le temps d’une scène.

Des gens sans importance – d’Henri Verneuil – 1956

Posté : 28 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, VERNEUIL Henri | Pas de commentaires »

Des gens sans importance

Henri Verneuil, cinéaste fasciné par le film de genre américain, a souvent souffert cruellement de la comparaison avec ses grands modèles. Avec Des gens sans importance, la première ses quatre collaborations avec Jean Gabin, ses références sont clairement assumées, mais ce qu’il en fait est magnifique. Et en mot, son film est un chef d’œuvre. Si.

La toute première image est saisissante. Un restaurant isolé au bord d’une route balayée par les vents, relai routier qui semble sorti du Facteur sonne toujours deux fois… C’est d’emblée une ambiance de film noir qu’installe Verneuil. Pas de crime, ni de femme fatale, mais le destin implacable, et quotidien d’un homme comme les autres.

C’est Gabin, fatigué, superbe, dont on se demande s’il tient plutôt de Robert Mitchum, de John Garfield ou de John Wayne. Gabin, immense, homme entre deux âges qui trimballe au volant de son camion le poids d’une vie sans joie et sans satisfaction. Une épouse avec qui il ne partage plus que de la rancœur, sans rien avoir à lui reprocher, des enfants qui sont comme des étrangers, une vie qui se limite au bitume qu’il avale… Et cette rencontre avec une femme, Françoise Arnoul, qui pourrait être sa fille. Comme la promesse d’une nouvelle jeunesse.

Tout somme juste et vrai. Le sens de la camaraderie, les soirées trop longues sur la route, les repas minables au coin d’une table, la fatigue, l’espoir d’un nouveau départ, et le couple de Gabin et de sa femme, pathétique et déchirant, superbe incarnation de la jeunesse envolée.

Verneuil s’inspire du cinéma américain, mais signe un film que l’on sent très personnel, et très français. Il s’approprie l’esthétique des grands cinéastes de l’âge d’or, citant John Ford dans un plan d’une beauté sidérante, signe de son modèle : Françoise Arnoul, serveuse maltraitée par ses clients, ouvre la porte qui donne sur une sorte de no man’s land, plan fordien qui semble l’isoler du monde… Magnifique.

Napoléon – de Sacha Guitry – 1955

Posté : 26 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DARRIEUX Danielle, GABIN Jean, GUITRY Sacha | Pas de commentaires »

Napoléon

Le grand œuvre de Guitry : trois heures d’une fresque ambitieuse consacrée à l’Empereur. Et rien ne manque, ou presque, de son parcours, de sa naissance en Corse à sa mort sur une autre île, celle de Sainte-Hélène.

Trois heures de déclaration d’amour, mais avec le cynisme rigolard de Guitry. Il oublie certains épisodes à dessein ? Il le reconnaît lui-même : « D’autres s’en souviendront ». Parce que Guitry, bien sûr, est omniprésent, s’accordant le rôle qui lui va le mieux : celui de raconteur. Talleyrand en l’occurrence, qui raconte à ses proches, à sa manière et en voix off, la vie d’un grand homme qui a mal fini.

Cette construction à la Guitry, avec cette voix qui donne le rythme et permet tous les raccourcis, permet aussi une pointe d’humour et d’audace, dans la manière parfois d’évoquer plus que de raconter, à l’image de ces batailles caricaturales, où le triomphe de Napoléon est symbolisé par les soldats qui avancent sans être même effleuré par le feu ennemi.

Le film est à la fois très ample et ambitieux, avec de nombreux décors et beaucoup de figurants, et très simples dans sa facture. Presque figé même, par moments. Avant d’être une grande fresque, Napoléon reste toujours un « Guitry », où le verbe est plus important que l’image. Le réalisateur, cela dit, est parfois très inspiré (la prise de Moscou en flammes, simple et belle). Lorsqu’il ne se contente pas d’une mise en scène purement fonctionnelle.

Le casting est évidemment exceptionnel. Beaucoup de stars ne font que passer (ou trépasser) : quelques minutes à peine pour Jean Gabin (tout en perruque en maréchal Lannes), Erich Von Stroheim (à peine reconnaissable en Beethoven) ou Orson Welles (ogresque en Hudson Lowe), un peu plus pour Serge Reggiani (Lucien Bonaparte) ou Yves Montand (le maréchal Lefebvre)… Les femmes de Napoléon ont finalement le beau rôle : Danielle Darrieux totalement libérée, et surtout Michèle Morgan, très émouvante dans le rôle de Joséphine.

La meilleure idée du film, c’est peut-être d’avoir confié le rôle titre à deux acteurs : Daniel Gélin pour la jeunesse de Bonaparte, Raymond Pellegrin pour la maturité de l’Empereur. Ils ne se ressemblent pas vraiment, mais ce procédé évoque plus qu’il ne montre vraiment l’évolution, la bascule de l’homme… Du pur Guitry, qu’on a quand même le droit de préférer plus intime (modeste n’étant pas le mot le plus juste).

Les Bas-fonds – de Jean Renoir – 1936

Posté : 25 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

Les Bas-Fonds

Jean Renoir adapte la pièce de Maxime Gorki, une plongée dans les bas-fonds de la ville où se croisent plusieurs personnages vivant dans la misère la plus crasseuse, en marginaux. Mais c’est du côté de Chaplin que Renoir trouve visiblement son inspiration. Chaplin, autre cinéaste humaniste, dont il vise l’aspect universel. S’il n’y avait la consonance russe des noms et l’utilisation des roubles, l’histoire pourrait se passer n’importe où dans le monde. Gabin, si français, est ici un laissé pour compte plein de vie qui pourrait être né ici ou ailleurs…

Renoir revendique cette familiarité avec l’univers de Chaplin, ce refus du patriotisme ou du sectarisme. La preuve : la toute dernière image du film cite ouvertement Les Temps Modernes, sorti quelques mois plus tôt. Entre les deux films, il y a une vraie familiarité, une manière d’esquisser les grands troubles de l’époque à travers les destins de deux êtres à qui la vie ne fait pas de cadeau, sans rien aseptiser des rudesses de la vie, mais en gardant un appétit de vivre, et un vrai optimisme.

Autre point commun : ce sont deux chefs d’œuvre. Renoir évite le piège du théâtre filmé et plonge dans son décor crasseux par de grands mouvements de caméra, amples et intimes, qui nous donnent le sentiment de nous enfoncer dans ces caves poussiéreuses, ces chambres minables, et de côtoyer des femmes et des hommes dignes (cet aristocrate déchu interprété par Louis Jouvet), pathétiques (Robert Le Vigan en comédien alcoolique), mesquins (Suzy Prim en propriétaire manipulatrice), odieux (Vladimir Sokoloff en vieux receleur) ou purs (Junie Astor et Jean Gabin en couple tragique)…

Le film est beau, et puissant. C’est aussi l’unique rencontre de Louis Jouvet et Jean Gabin, peut-être les deux plus grands acteurs du cinéma français. Deux acteurs aux styles très différents : Jouvet le grand Stradivarius de composition, Gabin et son jeu naturel d’une modernité sidérante… Leur rencontre si improbable fait des étincelles : il s’en dégage une alchimie, et une énergie, rares.

Pour un soir..! – de Jean Godard – 1931

Posté : 14 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, GODARD Jean | Pas de commentaires »

Pour un soir

On reste avec Gabin en 1931, même si le film, étrillé à l’époque, n’est sorti qu’en 1934… avant de tomber dans un oubli quasi-total. Pourtant, le film a une vraie importance dans la filmographie de Gabin, ne serait-ce que parce qu’il lui offre son premier vrai rôle dramatique, qui annonce ceux de ses chefs d’œuvre d’avant guerre.

Pour un soir..! n’est pas de ce niveau, malgré de belles ambitions. Réalisateur éphémère, Jean Godard soigne ses cadres, et signe une succession de superbes compositions. Le gros plan d’un visage en partie caché par une autre tête en premier plan ; la silhouette de Gabin qui se dessine à contre-jour au sommet d’une falaise… La caméra de Godard est évocatrice, et inspirée.

Hélas, ces beaux plans se succèdent, au lieu de s’enchaîner réellement. Le réalisateur semble constamment freiné dans ses ambitions par des problèmes de raccord, et une incapacité à donner rythme et souffle à son récit. Et il en fallait, pour magnifier cette histoire, extrêmement simple.

Gabin, jeune marin toulonnais qui tombe sous le charme d’une séductrice parisienne sans attache… Gabin, les yeux maquillés comme les anciens comédiens du muet, ou comme s’il était au music-hall. Lui ne chante pas, mais les numéros musicaux sont nombreux, et pour la plupart anecdotiques. On retiendra surtout une chanson gouailleuse dans un bistrot populaire, sommet dramatique du film.

Autre curiosité : les scènes d’ouverture et de fermeture, tournées dans l’ancien Lido, l’occasion unique de découvrir ce lieu huppé avec son architecture incroyable et sa piscine, depuis longtemps disparus.

Tout ça ne vaut pas l’amour – de Jacques Tourneur – 1931

Posté : 13 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, GABIN Jean, TOURNEUR Jacques | Pas de commentaires »

Tout ça ne vaut pas l'amour

Les premiers pas au cinéma de Jean Gabin sont décidément pleins de surprises. Un an avant sa participation aux Gaietés de l’Escadron de Maurice Tourneur, c’est avec le fils de ce dernier qu’il collabore : Jacques Tourneur, futur (immense) réalisateur de La Griffe du Passé ou de La Féline.

C’est même le tout premier film du jeune Jacques Tourneur, jusqu’alors assistant de son père, qui ne signera que quatre films en France avant de s’installer pour de bon aux Etats-Unis, où il a grandi, lorsque son père était l’un des réalisateurs les plus importants de Hollywood, et où il deviendra le cinéaste que l’on sait. Pour l’heure, il n’est qu’un débutant qui filme ce qu’on lui demande, en l’occurrence une comédie sans grand intérêt, si ce n’est cette rencontre forcément historique entre Gabin et Tourneur.

Encore que Gabin n’a pas le premier rôle. Le film tourne entièrement autour de la personnalité de Marcel Lévesque, le sidekick rigolard des Vampires de Louis Feuillade, qui reste dans un registre similaire. Il est un pharmacien passionné de philatélie, qui recueille une jeune femme qui a accouché d’un enfant mort-né, et dont il tombe amoureux. Mais elle n’a d’yeux que pour le voisin, jeune, souriant et plein de vie.

Oui, c’est Gabin, très bien mais très lisse, qui doit se contenter d’être un déclencheur de mauvaise humeur pour la vraie vedette Marcel Lévesque. Quelques scènes amusantes, mais un scénario et des dialogues qui semblent en partie improvisés. Tourneur, lui, réussit le baptême du feu. Son premier film n’est certes pas franchement mémorable, mais il sauve les meubles, et une poignée de travellings (dont le premier, qui dévoile le décor du film, une rue bordée de quelques boutiques) et de plans joliment cadrés annoncent le grand cinéaste à venir.

Cœurs joyeux – de Hanns Schwarz et Max de Vaucorbeil – 1932

Posté : 8 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1930-1939, DE VAUCORBEIL Max, GABIN Jean, SCHWARZ Hanns | Pas de commentaires »

Cœurs joyeux

Lorsque Gabin tourne cette version française d’un film allemand, il a déjà tenu un second rôle très marquant dans le superbe Cœur de Lilas, et il vient d’avoir la vedette dans La Belle Marinière, qui sera un tournant dans sa carrière, annonçant ses grands chefs d’œuvre à venir. Mais il est encore cette vedette de music-hall dont les premiers pas devant la caméra sont une sorte de prolongement de ses années de scène.

Alors il chante, dans Cœurs joyeux. Peu, et des chansons pas inoubliables. Mais il chante, et il apparaît souriant et positif, quelle que soit la situation. Emprisonné par des gangsters armés, il garde le sourire. Arrêté par la police, il ne semble pas s’inquiéter… Tout est légèreté dans cette comédie policière et musicale.

C’est parfois un peu long, un peu vide, mais il y a de beaux moments dans ce film. Une belle scène d’ouverture, pour commencer, avec cette scène muette qui s’avère être un film projeté dans un cinéma, où Gabin est projectionniste. Une scène qui donne le ton d’un film qui semble abolir la frontière entre l’écran et la salle.

Jusqu’à la dernière image, qui répond à l’ouverture, tout le film se déroule sur une cime étroite entre fiction et réalité, avec cette histoire relativement classique que viennent troubler des moments chantés.

Deux moments étonnants, aussi. D’abord un beau travelling vertical qui accompagne la montée du couple en formation vers l’appartement au cinquième étage, qui réinvente le fameux plan de L’Heure suprême. Et puis un dialogue amoureux autour d’un ours en peluche, qui annonce en quelque sorte le superbe Le Jour se lève (« C’est vrai qu’il me ressemble »).

Cœurs joyeux n’est pas de ce niveau. Vraiment pas. Mais cette petite chose légère et souriante se voit avec un petit plaisir curieux et amusé.

Monsieur – de Jean-Paul Le Chanois – 1964

Posté : 3 décembre, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, GABIN Jean, LE CHANOIS Jean-Paul | Pas de commentaires »

Monsieur

Un riche banquier que tout le monde croit mort décide de refaire sa vie et se fait embaucher dans une grande maison en tant que majordome… Ce n’est pas un pitch, c’est le résumé détaillé de ce Monsieur, petite chose sans prétention et totalement oubliée, qui ne va nulle part et ne prend aucun chemin particulier pour y arriver.

Quelque chose d’étonnamment vain, donc, film sans ambition, un peu mou, très anodin, et tellement dénué d’aspérité qu’on en sort en se demandant ce qu’on peut bien en dire. Pas grand-chose, à vrai dire, si ce n’est qu’on y a passé 90 minutes anodines, certes, mais confortables et, oui, agréables.

D’où vient ce sentiment ? De la musique de Georges Van Parys peut-être, de la légèreté constante du ton surtout, et du plaisir manifeste que prennent les acteurs à jouer ce vaudeville sans enjeu. Noiret en aristo souriant, Mireille Darc en ancienne prostituée fleur bleue… et surtout Gabin, omniprésent en banquier austère transformé en serviteur parfait sur tous les fronts.

C’est son numéro, finalement, qui est l’unique raison d’être de Monsieur, adaptation d’une pièce de théâtre. Plus en tout cas que les dialogues pas toujours fins de Pascal Jardin, et l’humour daté qui fait des « belles-mères » Gabrielle Dorziat et Gaby Morlay d’affreuses marâtres

Ni grand film, ni mémorable donc. Mais cette petite chose anecdotique est nettement plus sympathique que Les Misérables, précédente collaboration de Gabin et Le Chanois, nettement plus ambitieuse, et nettement plus désagréable.

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