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Archive pour la catégorie 'GABIN Jean'

Razzia sur la chnouf – de Henri Decoin – 1955

Posté : 20 août, 2014 @ 2:54 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DECOIN Henri, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Razzia sur la chnouf

L’année précédente, Touchez pas au grisbi avait permis à Gabin de se construire un nouveau personnage, loin de ses rôles de prolétaires tragiques de l’avant-guerre. Plus mûr, bien installé, le personnage impose le respect et se dresse, droit comme un I. Le film de Henri Decoin s’inscrit dans la même lignée : le titre, bien sûr, semble être un écho à celui de Jacques Becker. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là : tous deux adaptés de romans de la Série Noire, les deux films permettent aussi à Gabin de donner la réplique à Paul Frankeur et surtout Lino Ventura, impressionnant en homme de main.

Razzia sur la chnouf est en tout cas une belle réussite, joliment photographiée et répondant à une démarche ambitieuse et aboutie : plonger dans les bas-fonds de Paris, là où la drogue circule à flot. La faune que l’on y croise n’a rien de romantique : des paumés camés aux regards perdus, des toxicos trop conscients de leur propre dépendance (un beau rôle pour Lila Kedrova, la future « comtesse » du Rideau déchiré), des petites gens qui pensent pouvoir profiter d’un système sanguinaire et inhumain…

On est loin du cinéma de papa dont Gabin deviendra l’un des symboles. Le ton, ici, n’a rien de complaisant ni de romanesque : l’univers que décrit Decoin est glauque et violent, et ne laisse guère de place aux sentiments. La partition qu’y joue Gabin, entre fermeté et bienveillance, n’est en est que plus complexe.

Cinéaste inégal, Decoin est ici particulièrement inspiré. Sa caméra, au plus près des visages, capte parfaitement les sentiments de ses personnages, qu’elle filme l’attirance sexuelle de Gabin et Magali Noël (dans une scène d’une sensualité troublante), ou l’angoisse d’un jeune dealer qui se sait condamner. Le film atteint même un sommet lors d’une virée nocturne dans Paris de Gabin et Lila Kedrova, qui se termine dans un club où se retrouvent des fumeurs de marie-jeanne sur des rythmes antillais. Le film devient alors totalement immersif, et bouscule le spectateur troublé face aux effets de la drogue. Une charge dérangeante, en plus d’un polar efficace…

La Grande Illusion – de Jean Renoir – 1937

Posté : 26 mars, 2014 @ 3:11 dans 1930-1939, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

La Grande Illusion

« Chacun mourrait de sa maladie de classe, si nous n’avions la guerre pour réconcilier tous les microbes »

Classique d’entre les classiques, La Grande Illusion est un monument du cinéma français d’avant-guerre. Cette grande œuvre de Jean Renoir porte en germe la crainte d’un nouveau conflit mondial qui se profile : le rôle du juif Rosenthal, joué par Dalio, n’est pas anodin, pas plus que les dialogues lourds de sens (« J’espère que c’est la dernière », lance le même Rosenthal). C’est aussi, peut-être, le film où Renoir livre avec la plus grande transparence sa vision du monde.

Où se trouvent les véritables frontières ? Sur les cartes entre les pays, ou dans la différence d’éducation et de cultures entre les différentes classes sociales ? Renoir a tranché : sa vision se rapproche de celle des grands humanistes du cinéma, Chaplin en tête. L’aristocrate français Boyeldieu (Pierre Fresnay) a bien plus de points communs avec son alter ego allemand Von Rauffenstein (Eric Von Stroheim) qu’avec son compatriote Maréchal (Jean Gabin), pur produit de la classe populaire. Deux représentants d’une classe que l’histoire est sur le point de balayer définitivement.

Mais il y a la Grande Guerre qui fait rage, et qui exacerbe l’absurdité des frontières et des affrontements entre les peuples. Et le sentiment d’absurdité a rarement été aussi flagrant que dans ce film qui parle de la guerre sans jamais rien en montrer. Les actes de bravoure (le crash de l’avion, les tentatives d’évasion), ne sont qu’évoqués, écartés de l’écran par des ellipses audacieuses.

De la guerre, on n’aura que l’esprit de corps, les bruits de botte et des affiches qui annoncent la prise successive par les deux armées d’un obscur village. Renoir, pourtant, filme la plupart du temps de grandes scènes de camaraderie : des gueuletons partagés par les prisonniers, des clowneries menées par Carette (un rien lourd), et une légèreté apparente, loin des horreurs des tranchées.

Mais la guerre est omniprésente. La soirée théâtrale qui semble coupée du monde est soudain interrompue par l’une des plus vibrantes Marseillaises jamais entendues dans un film (comparable à celle de Casablanca). Les évocations presque grivoises de souvenirs très personnels des prisonniers sont interrompues lorsque l’un d’eux s’habille en vêtements féminins, la vision de cet ersatz de femme plongeant les prisonniers dans un mutisme nostalgique, image qui aurait pu être grotesque mais qui fait ressentir le poids de cet emprisonnement comme aucun discours ne l’aurait fait.

La Grande Illusion est plein de ces non-dits, de ce qui n’est pas montré, mais qui dévore l’écran. Une amitié condamnée d’avance par l’époque entre deux hommes parfaitement semblables mais séparés par l’uniforme ; Gabin dans son cachot, sourd aux attentions amicales de son geollier ; une histoire d’amour qui n’est qu’ébauchée en attendant d’hypothétiques jours meilleurs entre Gabin et Dita Parlo…

Stroheim est touchant, Dalio et Fresnay sont parfaits, et Gabin est immense. Quant à Renoir, il tempère son fatalisme d’une discrète touche d’optimisme. Le cinéaste affiche une foi en l’humanité. Son film est hanté par l’absurdité et l’immense gâchis de la guerre. Il est aussi habité par la bonté et la bienveillance de ses personnages, qui font de La Grande Illusion l’un des plus vibrants plaidoyers pacifistes qui soit.

Martin Roumagnac – de Georges Lacombe – 1946

Posté : 3 octobre, 2013 @ 1:12 dans 1940-1949, DIETRICH Marlene, GABIN Jean, LACOMBE Georges | Pas de commentaires »

Martin Roumagnac – de Georges Lacombe – 1946 dans 1940-1949 martin-roumagnac

De retour devant les caméras après deux années d’exil et d’engagement durant la guerre, Jean Gabin était attendu au tournant. La plus grande star française de l’avant-guerre, l’interprète des plus grands films de la décennie précédente, avait décroché le cœur de la star Marlene Dietrich depuis 1941. Restait à reconquérir le public. Son retour a été un événement d’autant plus important qu’il s’est fait au côté de sa maîtresse, dans ce qui restera le seul film français de L’Ange bleu.

Mais une fois qu’on a dit que Martin Roumagnac est le seul film tourné par le couple Marlene/Gabin, il faut reconnaître qu’on a dit le principal. Non pas que le film soit totalement raté. Cette adaptation d’un roman de Pierre-René Wolf est une tragédie qui s’inscrit dans la lignée de plusieurs autres films de Gabin. Mais c’est justement le problème : ce que raconte le film, le destin de ce brave type qui tourne à la tragédie parce qu’il est tombé amoureux d’une femme trop belle, trop classe, évoque furieusement celui de Gueule d’amour.

Tout, dans ce film, donne l’impression d’avoir déjà été fait auparavant. Et souvent en mieux. On sent d’ailleurs que Lacombe rêve de renouer avec le réalisme poétique de Carné ou Grémillon, et que les dialogues tentent maladroitement et lourdement d’être aussi percutants que ceux de Prévert. Et puis le film semble monté à la hache, avec des « ellipses » qui cassent continuellement le rythme. La séquence du procès, elle, flirte avec le ridicule, et est surtout interminable.

Mais Gabin est parfait en maçon fleur bleue, et Marlene trouve le ton juste entre la détermination et la tendresse, entre l’innocence et la sensualité. Quant aux personnages secondaires, même s’ils manquent pour la plupart de profondeur, ils sont interprétés par des comédiens à la gouaille assez jubilatoire.

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935

Posté : 2 juin, 2013 @ 6:24 dans * Polars/noirs France, 1930-1939, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Bandéra – de Julien Duvivier – 1935 dans * Polars/noirs France la-bandera

Toute une époque, la meilleure de Gabin : celle de ses grands chefs-d’œuvre d’avant-guerre. Celui-ci est celui qui a fait de l’acteur une immense star. Un rôle qui conditionnera une grande parie de filmo d’avant-guerre.

La toute première scène est extraordinaire. Dans un Paris nocturne de studio, digne des décors de Borzage, Duvivier présente en quelques plans secs et frappants ce qui hantera le personnage de Gabin : un crime qu’il a commis rue Saint-Vincent, à Paris, et dont on ne saura pas grand-chose.

Toute la première partie est digne des plus grands films noirs américains : c’est la descente aux enfers d’un type qui n’a plus ni passé, ni avenir. Hyper noir, et filmé avec un sens du cadre exceptionnel, qui fait ressentir le poids du monde sur les larges épaules de Gabin, qui paraissent parfois bien frêles

Recherché, sans argent ni papier, il s’engage dans la Légion étrangère espagnole, dont Julien Duvivier filme le quotidien, les longues semaines d’inaction qui précédent le massacre annoncé. Le film est visiblement inspiré par La Patrouille perdue, de Ford, qui fut l’un des films américains les plus remarqués l’année précédente. Curieusement, cette communauté d’hommes aux passés obscurs, filmée dans son quotidien, fait penser au Ford à venir, celui du Massacre de Fort Apache surtout.

Duvivier est à la hauteur de ces références. Il signe avec La Bandéra un chef d’œuvre indémodable où tout sonne juste. Le jeu des acteurs (Gabin est immense), la lumière (impressionnante)… Même les transparences pourtant approximatives et les décors de carton-pâte sont magnifiques.

Et puis ces amitiés viriles, cette camaraderie d’un autre temps, avec ce langage de titi parisien qui, dans le désert, revêt une dimension particulière, ont un charme décidément indémodable.

Gueule d’amour – de Jean Grémillon – 1937

Posté : 6 mars, 2013 @ 6:09 dans 1930-1939, GABIN Jean, GRÉMILLON Jean | Pas de commentaires »

Gueule d’amour – de Jean Grémillon – 1937 dans 1930-1939 gueule-damour

A travers le portrait déchirant d’un homme ravagé par la jalousie et le désir, Jean Grémillon signe l’un des plus beaux films sur la nostalgie. Précurseur du grand film noir américain, Gueule d’amour évoque en fait le cruel passage à l’âge adulte, la perte de l’innocence, et la nostalgie de l’enfance. Comment expliquer autrement ce surnom infantile que même Gabin prononce avec une certaine gêne : « Gueule d’amour ». Comment aussi expliquer autrement le tour, digne d’un jeu d’enfant, que Gabin et son pote jouent au restaurateur pour avoir un repas gratuit.

Ce jeune soldat au sourire d’ange, fier d’arborer un bel uniforme tel un déguisement, et qui s’amuse sans arrière-pensée de l’attirance qu’il exerce sur les jeunes femmes… Difficile d’imaginer plus enfantin que ce type insouciant qui aime se déguiser et semble presque totalement asexué.

Mais il y a Mireille Balin, vamp dont on devine immédiatement qu’elle apporte le malheur, et qui scelle le destin du pauvre Gabin dès qu’il croise son regard. A partir de là, ce sont les longues périodes d’attente et de frustration, le désir et le manque qui rongent les sangs, le doute et la jalousie qui vrillent la tête.

En quittant l’armée, Gueule d’amour imagine que tout lui réussira aussi bien à Paris. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que ce qu’il a lâché, ce sont ses années d’innocence et de pureté, et qu’il est entré dans une vie d’adulte autrement plus violente et cruelle.

C’est cette prise de conscience qui est le plus beau dans ce film: l’apparition de la nostalgie chez cet homme pas habitué à souffrir. A l’opposée de La Bandéra, autre film dans lequel Gabin interprétait un militaire, et qui avait fait de lui la plus grande star du cinéma français deux ans plus tôt.

Plus que l’intrigue de film noir, c’est bien cette nostalgie qui est au cœur du scénario de Charles Spaak, et qui pousse Gabin, lorsqu’il a perdu toutes ses illusions, à retourner à Orange, où il a vécu (sans s’en rendre compte alors) les plus belles années de sa vie. Trop tard : l’insouciance n’est pas une chose que l’on peut retrouver. C’est tout le sujet de ce chef d’œuvre terriblement émouvant, porté par un Jean Gabin exceptionnel.

Le Quai des brumes – de Marcel Carné – 1938

Posté : 1 mars, 2013 @ 3:07 dans 1930-1939, CARNÉ Marcel, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Le Quai des brumes - de Marcel Carné - 1938  dans 1930-1939 quai-des-brumes

La scène se passe dans une fête foraine. Soudain, le bruit s’estompe, la foule disparaît. La caméra cadre pour la première fois les visages de Michèle Morgan et Jean Gabin en gros plans. Un silence. « T’as de beaux yeux, tu sais ». Un silence. « Embrassez-moi »… Des frissons, un grand soupir, des yeux émerveillés… C’est beau quand une scène aussi mythique que celle-là est à ce point à la hauteur de sa légende.

Le Quai des Brumes, bien sûr, ne se limite pas à cette déclaration d’amour absolument sublime : ces gros plans inoubliables constituent une sorte de parenthèse dans le film, et dans le destin cruel de ces deux êtres dont l’histoire d’amour ne sera qu’une fulgurance dans une existence pas franchement drôle.

Classique absolu, signé par le tandem Prévert/Carné, d’après un roman de MacOrlan, Le Quai des brumes est un film foncièrement désespéré, qui a été plutôt mal accueilli à sa sortie : voir Gabin, immense star, interpréter un déserteur dans un film jugé déprimant n’était pas vraiment bien vu à une époque où on cherchait plutôt à encourager le patriotisme de la jeunesse, la guerre menaçant.

Il faut dire que ce film d’atmosphère, derrière ses dialogues poétiques et teintés d’une ironie cynique mais souvent drôle, va très loin dans le désespoir. La brume omniprésente qui recouvre Le Havre, ses docks et ses terrains vagues (de magnifiques décors de studios signés Alexandre Trauner), est visuellement magnifique, mais souligne à chaque moment le fait qu’aucun de ces personnages n’a d’avenir.

Pas plus Jean le déserteur (le mot ne sera jamais prononcé) qui attend de pouvoir embarquer vers d’autres horizons, que la jeune Nelly victime, on le devine aisément, des persécutions voire des attouchements de son ignoble percepteur (Michel Simon). Que ces deux-là se croisent et s’aiment ne changera rien à l’affaire. Le film illustre simplement une bulle au cœur de ce brouillard sans fin qu’est leur existence.

Dans cette bulle, ils rencontrent des ordures, à commencer par Pierre Brasseur, exceptionnel en petit malfrat teigneux mais lâche comme c’est pas permis. Mais ils croisent aussi des paumés, comme eux, qui sans rien attendre leur viennent en aide, dans une espèce de havre de paix pour paumés : une improbable buvette perdue dans la brume, où ceux qui n’attendent plus rien de la vie se retrouvent, et notamment un peintre au bord du suicide interprété par un Robert Le Vigan bouleversant.

Tourné après l’incompris mais génial Drôle de Drame, Le Quai des brumes trouve sa place dans une période de grâce pour Marcel Carné, qui enchaînera avec Hôtel du Nord (auquel ne collabore pas Jacques Prévert), Le Jour se lève, Les Visiteurs du soir et Les Enfants du Paradis… Difficile de faire mieux.

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