Play it again, Sam

tout le cinéma que j’aime

Archive pour la catégorie 'GABIN Jean'

French Cancan – de Jean Renoir – 1954

Posté : 24 juin, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, GABIN Jean, RENOIR Jean | Pas de commentaires »

French Cancan

Dix-sept ans après La Bête humaine, le film marque les retrouvailles de Jean Gabin et Jean Renoir. Ce qui représente un événement en soi, mais les temps ont changé, après les triomphes des années 30. Renoir est revenu depuis peu des Etats-Unis où il a en partie échoué, et n’a plus l’aura qu’il avait avant-guerre. Quant à Gabin, lui aussi est à la recherche d’un second souffle, mais il vient de tourner Touchez pas au Grisbi, qui marquera sa renaissance.

D’ailleurs, French Cancan n’est un projet ni de Renoir, ni de Gabin. Les deux hommes sont mêmes des seconds choix de la production, remplaçant Yves Allégret et Charles Boyer (double – Ouf !). Sur le papier, le projet ne semblait pas franchement encourageant. Pourtant, le film est une merveille.

Dès le générique de début, la magie opère. Les noms en grandes lettres de Jean Renoir et Jean Gabin qui apparaissent, la musique de « La complainte de la butte » qui retentit (la sublime voix de Cora Vauclère en dévoilera les paroles plus tard dans le film)… Renoir donne vie au Paris du 19e siècle, celui d’un Montmartre où les bourgeois vont s’encanailler, et où un entrepreneur de spectacle sans le sou s’apprête à créer le Moulin Rouge sur les ruines d’un cabaret miteux.

C’est cette histoire que raconte le film, à travers le parcours d’une poignée de personnages gravitant autour de Danglard (Gabin), le créateur, le visionnaire, le découvreur de talent. Celui dont toute la vie ne tourne qu’autour du spectacle, et dont les coups de foudre sont autant romantiques que professionnels. Un obsessionnel, un passionné, « un seigneur » comme le répète la vieille mendiante, ancienne danseuse rattrapée par les limites de l’âge.

French Cancan est un film passionné, plein de vie, et ouvertement joyeux et optimisme. Mais il trimbale aussi une étonnante cruauté, à travers cette silhouette de mendiante qui revient comme un signe annonciateur de ce qui attend ces danseuses aujourd’hui sous les projecteurs. A travers aussi les relations amoureuses, qui semblent elles aussi condamner à jouer le jeu du spectacle. Et ceux qui refusent de jouer ce jeu, le riche prince et le pauvre boulanger, se transforment en héros tragiques qui ne trouvent pas leur place dans ce décor.

A propos de décor, ceux du film sont absolument magnifiques. C’est un Montmartre d’un autre temps qui revit à travers une poignée de lieux : un escalier étroit, une butte vaguement verdoyante, la devanture d’une boutique, une terrasse de café d’où les fidèles observent le quartier qui se transforme.

C’est aussi le portrait d’un homme habité par la soif de créer. Sans doute le personnage de Gabin est-il celui qui se rapproche le plus de la personnalité de Renoir.

L’Année sainte – de Jean Girault – 1976

Posté : 12 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1970-1979, GABIN Jean, GIRAULT Jean | Pas de commentaires »

L'Année sainte

Jean Gabin s’évade de prison (avec Jean-Claude Brialy) et se déguise en évêque pour se rendre discrètement à Rome où le magot de son dernier casse l’attend. Mais le gars est un poissard : il avait été arrêté en plein cambriolage à cause d’une inondation dans l’appartement du dessus ; cette fois, c’est l’avion qu’il prend qui est détourné par une bande de pirates de l’air…

Sur le papier, c’est assez con, mais on a vu des pitchs plus douteux accoucher de bons films. A l’écran, on ne peut pas dire que ce soit désagréable, ni même qu’on s’ennuie. Mais c’est juste réellement con, réalisé platement par un Jean Girault pas vraiment réputé pour son bon goût et sa délicatesse (il tournerait peu après Le Gendarme et les Extraterrestres et La Soupe aux choux), et surtout sans aucun intérêt, avec des dialogues poussifs qui singent lourdement et maladroitement ceux d’Audiard.

Seule bonne idée du scénario : la fin, plutôt rigolote à défaut d’être tout à fait originale (pompée éhontément sur Le Canardeur, tourné deux ans plus tôt). Saluons quand même l’apparition de Danielle Darrieux qui, avec son habituel mélange d’élégance et d’insolence, est la seule à apporter un (petit) vent d’audace à ce film.

Il y a surtout quelque chose de profondément triste à voir Gabin, fatigué et vieux : il semble effectivement très vieux dans ses gros plans, et sa manière de ne faire qu’esquisser le moindre de ses déplacements. Qu’il passe à travers une fenêtre ou qu’il monte un escalier, le plan est systématiquement coupé à l’ébauche du mouvement, soulignant l’incapacité de l’acteur à se mouvoir correctement. C’est censé caché la fatigue de Gabin ? Ca ne fait que l’accentuer et la rendre plus pathétique.

Et dire que c’est là dessus que l’acteur de La Bête humaine et Le Quai des brumes a tiré sa révérence…

Le Désordre et la nuit – de Gilles Grangier – 1958

Posté : 7 décembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, GABIN Jean, GRANGIER Gilles | Pas de commentaires »

Le Désordre et la nuit

Grangier réussit avec Le Désordre et la Nuit ce qu’il échouera à faire dans Maigret voit rouge : réaliser un polar jazzy, sorte de synthèse entre le polar à la française et le film noir, entre les ambiances envoûtantes du film de genre et un cinéma vérité en avance sur la Nouvelle Vague.

L’omniprésence de la musique dans ce Paris de la nuit donne un ton radicalement différent au genre, avec ces longs numéros de cabaret et ces gros plans fiévreux sur les musiciens, les danseurs ou les chanteuses (noirs). Loin de l’image de « cinéma de papa » que la Nouvelle Vague, justement, a injustement accolée à Grangier comme à quelques autres (qui gravitaient le plus souvent autour de Gabin), ce film permet en tout cas de tempérer ce jugement, un peu trop définitif et en tout état de cause franchement injuste.

Gabin, lui, est impeccable. Avec un bémol, quand même : le « personnage » Gabin est tellement fort, que la posture qu’il trimballe alors de film en film dépasse les talents immenses de l’acteur. Aussi parfait soit-il, on a quand même du mal à l’imaginer en flic alcoolo, craspouille et bordeline comme il nous est présenté. Le voir est un pur bonheur. Mais le film aurait sans doute été très différent avec un autre acteur, à l’image plus malléable que le « monstre Gabin ».

Avec En cas de malheur et Voici le temps des assassins, le film pourrait en tout cas conclure ce qui ressemble à un formidable triptyque, autour d’un même thème : Gabin l’homme mûr tombant amoureux d’une jeune femme trop jeune et trop femme. Trois films forts, aux tons et aux conclusions très différents, et où Gabin trouve finalement des rôles assez différents.

Il y a aussi le plaisir de retrouver Danielle Darrieux, l’une des rares actrice dont on peut se demander si le personnage est le symbole même de l’élégance, ou la plus grande des salopes…

Le film est aussi aussi par les excellents dialogues de Michel Audiard, du petit lait dans la bouche de Gabin : « Et après, qu’est-ce que ça fait un flic ? – ça téléphone, et ça rentre. »

Voici le temps des assassins – de Julien Duvivier – 1956

Posté : 29 novembre, 2016 @ 8:00 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

Voici le temps des assassins

Plus de dix ans après L’Imposteur, tourné lors de leur exil américain, et vingt ans après leurs inoubliables collaborations d’avant-guerre, Duvivier et Gabin se retrouvent une ultime fois pour ce qui est un nouveau sommet de noirceur, d’une extraordinaire cruauté.

Gabin est bien dans son personnage de l’époque: un homme mur et bien installé, à la gouaille toute parisienne. Un restaurateur cette fois, dont la vie se déroule au cœur des Halles. Un choix qui n’est pas anodin : de ce quartier populaire grouillant de vie (reconstitué en studio semble-t-il), Duvivier saisit des images fascinantes.

Dès les premières images, après une chanson originale qui met tout de suite dans l’ambiance, le contraste entre la nuit encore bien noire et l’activité omniprésente à l’écran, avec ces bouchers, ces maraîchers, et toute cette faune urbaine qui se démène au petit matin, crée une atmosphère particulière absolument passionnante. Duvivier donne le sentiment de faire partie de ce microcosme, et c’est l’une des grandes réussites du film.

L’autre réussite, c’est donc cette cruauté que l’on ressent constamment. Lorsque Gabin accueille avec froideur l’annonce de la mort de celle qui fut sa femme d’abord. Et puis dans les petits calculs de cette jeune femme qui pourrait être sa fille (Danièle Delorme), et dont on sent immédiatement sans vraiment la comprendre qu’elle est démoniaque. Le pauvre Gérard Blain en fera les frais. Mais personne n’en sortira vainqueur.

Surtout, Duvivier met en scène une galerie de femmes épouvantables, qui toutes gravitent autour de Châtelain, le traiteur interprété par Gabin. Trop généreux ? Trop humain ? Trop faible ? Ou simplement malchanceux ? C’est en tout cas une belle collection de monstres qui entoure cet homme si imposant, mais complètement manipulé.

Il y a le terrible visage d’ange de Danièle Delorme, garce magnifique et démoniaque. Il y a la mère de cette dernière, ancienne beauté totalement pathétique dans la déchéance (Lucienne Bogaert). Il y a encore la mère de Châtelain (Germaine Kerjean), monstre d’égoïsme absolument glaçant qui n’hésite pas à jouer du fouet dans une scène d’une brutalité extrême. Même la vieille Mme Jules (Gabrielle Fontan), figure attentive et censément protectrice, est une harpie assez terrible…

Quant aux hommes, en retrait la plupart du temps, manipulés ou jouisseurs, ils offrent quand ils sont mis en avant une vision guère glorieuse de l’humanité. Noir, cruel et pessimiste, un grand Duvivier.

L’Imposteur (The Impostor) – de Julien Duvivier – 1943

Posté : 30 avril, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DUVIVIER Julien, GABIN Jean | Pas de commentaires »

L'Imposteur

Dernier des films tournés par Duvivier lors de son exil hollywoodien durant l’Occupation (après deux films à sketchs, Six destins et Obsessions), L’Imposteur est l’occasion pour le cinéaste de retrouver son acteur fétiche Jean Gabin, lui aussi réfugié en Amérique, et un sujet qui n’est pas sans évoquer la noirceur de leurs films communs d’avant-guerre.

L’Imposteur est clairement un film de propagande, destiné à galvaniser l’opinion publique et à souligner, pas toujours très finement, que le conflit qui fait rage est l’affaire de tous. Mais le destin de ce condamné à mort qui s’évade lors d’un bombardement et prend l’identité d’un soldat, n’est pas si loin de celui du héros de La Bandera. C’est en tout cas une nouvelle fois un personnage hanté par le destin que campe un Gabin particulièrement intense.

Le style de Duvivier est là également, avec ses jeux d’ombres, ses gros plans dramatiques et la profondeur du noir et blanc. Avec une séquence d’ouverture qui semble sacrifier aux critères hollywoodiens : ces images très baroques et impressionnantes de l’explosion de la prison, où Gabin semble réduit au statut de jouet dans les mains d’un destin cynique et ironique.

La suite est assez convenue dans le fond : embarqué malgré lui pour l’Afrique avec d’autres soldats, coincé au milieu de nulle part avec pour mission de construire une piste d’atterrissage dans la brousse, il découvre peu à peu les vertus de l’armée, de la camaraderie et du sacrifice. Le sens du devoir aussi, même aussi loin de la ligne de front.

La moindre action, si anodine peut-elle sembler, peut participer efficacement à l’effort de guerre. Le message est limpide. Trop peut-être, et limite du coup l’impact de ce film par ailleurs assez passionnant. Mais il ne manque pas de belles idées. Comme ce Noël improvisé dans la fournaise africaine, ou le (petit) rôle joué par Ellen Drewe, en fiancé en deuil qui découvre la supercherie… Et qui ne cède à aucune facilité hollywoodienne.

Une curiosité qui vaut bien mieux que sa pauvre réputation.

Les Gaités de l’Escadron – de Maurice Tourneur – 1932

Posté : 20 novembre, 2015 @ 5:51 dans 1930-1939, GABIN Jean, TOURNEUR Maurice | Pas de commentaires »

Les Gaités de l'Escadron

Maurice Tourneur, immense cinéaste oublié et en passe d’être réhabilité (grâce en particulier au beau livre de Christine Leteux, et à de récentes éditions DVD), considérait cette pochade adaptée d’une pièce de Courteline comme l’un de ses films préférés. Ah bon…

Peut-être à l’époque cette vision de l’armée était-elle audacieuse, et novatrice ? Aujourd’hui en tout cas, cette tranche de vie est au mieux amusante, mais surtout très anecdotique.

Réalisé gentiment, sans grande inspiration (on est loin de ses grands films muets ou de Justin de Marseille, tourné quelques années plus tard), le film est une succession de gags gentils et pas vraiment irrévérencieux, la chronique d’une caserne où l’ambition première semble être le bien-être.

Avec des intrigues à couper le souffle : qui a volé le pain laissé à refroidir sur le rebord de la fenêtre ? qui a mis ces tas de crottins dans le bureau de l’officier ? machin trouvera-t-il un moment pour se reposer ? Quitte à paraître d’une autre époque, l’intrigue ressemble plus à une BD de Pim, Pam, Poum qu’aux chefs d’oeuvre comme La Bandera que Gabin ne tardera pas à enchaîner.

Gabin justement : tout jeune, pas encore dans son emploi, il trouve ici l’un de ses premiers rôles marquants, celui d’un tire-au-flanc qui fait tout pour être chargé des corvées du camp, plus reposantes que les marches et exercices quotidiens des soldats…

Il y a Fernandel aussi, tout jeune également, amusant dans le rôle d’un soldat volontaire et courageux, mais poissard comme c’est pas permis. Et Raimu en figure paternelle et bienveillante, finalement très touchant. Plus que le semblant d’intrigue, plus que l’irrévérence d’une autre époque, plus que la comédie pas vraiment convaincante, ce sont eux, les comédiens, qui assurent l’intérêt du film.

La Traversée de Paris – de Claude Autant-Lara – 1956

Posté : 20 novembre, 2015 @ 5:48 dans 1950-1959, AUTANT-LARA Claude, GABIN Jean | Pas de commentaires »

La Traversée de Paris

Le chef d’œuvre d’Autant-Lara, cinéaste très très inégal dont une grande partie de la filmographie est pour le moins dispensable. Cette adaptation (par Jean Aurenche et Pierre Bost, deux scénaristes qui connaissent bien leur sujet) d’un roman de Marcel Aymé est un portrait au vitriol, d’une extrême cruauté, de la France de l’Occupation.

Dans La Traversée de Paris, il ne s’agit pas, pour une fois, d’opposer occupés et occupants, mais de filmer ces Français qui ont fait leur beurre de l’occupation, et ceux qui ont révélé leur part d’ombre, les aspects les plus indéfendables de l’âme humaine. Bref, une galerie pitoyable croisée par Bourvil et son comparse d’un soir Gabin, lors de leur traversée de Paris pour une livraison de charcuterie destinée au marché noir.

Dans ce Paris nocturne, ils ne sont pas nombreux à trouver grâce aux yeux d’Autant-Lara et de ses scénaristes. Avec un point d’orgue : la séquence dans le bistrot où Bourvil et Gabin vont se réfugier, peuplé d’êtres lâches et mesquins. Le fameux « Salauds de pauvres » lâché avec le plus grand des mépris, n’est finalement qu’une formule pour mettre des mots sur l’humanité dans toute sa laideur.

Ces « salauds de pauvre » qui ont choisi le repli sur soi et l’égoïsme le plus radical sont indéfendables. Mais qui l’est dans ce film ? Bourvil, chauffeur de taxi privé de travail par l’occupation qui survit en participant au sordide marché noir ? Ou Gabin, riche artiste qui ne prend part à cette virée nocturne que pour tromper son ennui ?

Le personnage le plus « propre », le plus sensé, c’est lui. C’est vers lui que va la sympathie du spectateur lorsqu’il fait face aux mesquins, aux profiteurs, à ce « Jambier, 45 rue Poliveau » interprété avec déjà beaucoup d’excès par Louis De Funès. Pourtant, que risque-t-il ? Que fait-il là, à s’amuser au côté des pauvres qu’il méprise tant ?

Et qui est le plus cynique ? Bourvil, qui affiche un dédain feint pour la terre entière ? Un sale type, oui, mais un pauvre type surtout… Ou Gabin, tellement à l’abri qu’il n’aura même pas à affronter les conséquences de ses actes.

Il y a des moments très savoureux dans La Traversée du Paris. Et Claude Autant-Lara n’a peut-être jamais été aussi inspiré, signant une mise en scène élégante dont le noir et blanc profond et les décors semblent faire le lien entre le réalisme poétique et le cinéma français des années 60. Une traversée cynique et inoubliable…

Maigret voit rouge – de Gilles Grangier – 1963

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:44 dans * Polars/noirs France, 1960-1969, GABIN Jean, GRANGIER Gilles, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret voit rouge

Quatre ans seulement ont passé depuis L’Affaire Saint-Fiacre. Pourtant, tout semble avoir changé dans ce nouveau Maigret, le troisième et dernier interprété par Jean Gabin (curieusement, le dernier interprété par un acteur français au cinéma, d’ailleurs). Delannoy et Audiard sont partis, remplacés par Gilles Grangier à la caméra et au scénario.

Pas un manchot, cela dit : le réalisateur nous offre quelques belles séquences nocturnes, joliement photographiées, tendues et pleines de suspense. Quant à l’adaptateur, ses dialogues « à la Audiard » le sont trop pour ne pas sonner un peu faux. Gabin, d’ailleurs, n’y croit pas trop, à ces dialogues : ses mimiques habituelles semblent un peu forcées ici. Un détail, cependant. Parce que le polar est réellement très efficace, le rythme ne baisse jamais, et la violence et le danger sont constamment palpables dans les rues de Paris.

Mais plus que l’absence de Delannoy et Audiard, c’est celle de l’atmosphère chère à Simenon que l’on regrette, et l’esprit même de Maigret. La silhouette massive et voûtée est bien là, mais pas cette lassitude et ce doute permanents qui font la richesse du personnage, et qui faisaient le charme des deux précédents films.

On le comprend bien d’ailleurs : cette fois, Maigret est confronté à des adversaires différents, des étrangers, des Américains, qui prennent les rues parisiennes pour « le Chicago de la Prohibition », dixit Maigret. Ce qui est au cœur de la plupart des « Maigret », cette lente immersion dans un microcosme dont il découvre peu à peu les secrets, n’a plus de raison d’être. On est ici dans l’environnement du commissaire, où la violence fait une incursion brutale.

Le sujet aurait pu être intéressant, comme aurait pu l’être la confrontation du traditionnel Maigret avec la culture américaine, le culte des gangsters, le jazz et le bowling. Mais tout ça n’est qu’un décor, et le polar est d’avantage un « Gabin » qu’un « Maigret ». Un bon Gabin d’ailleurs, mais sans grande surprise, et forcément très frustrant pour les amoureux de Maigret et Simenon.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret et l’affaire Saint Fiacre.

Maigret et l’affaire Saint Fiacre – de Jean Delannoy – 1959

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:40 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret et l'affaire Saint Fiacre

La question de savoir qui est le meurtrier n’a aucune importance, et la confrontation finale de tous les protagonistes doit plus à Agatha Christie qu’à Simenon. Bref, tout l’aspect « film policier » est presque de trop… Pourtant, il s’agit bien là du meilleur Maigret tourné pour le cinéma, beau parce qu’il plonge dans l’intimité d’un personnage qui évite soigneusement de se dévoiler.

Pour sa deuxième apparition dans le rôle, Gabin prouve définitivement qu’il était le meilleur choix possible. Sa force tranquille, sa présence incroyable, font merveille dans ce voyage de Maigret vers son propre passé. Il y a derrière le regard fatigué de la star tout le poids de son enfance, et le long chemin si rempli qui sépare l’enfant du superflic arrivé au sommet.

On jurerait même que Gabin a joué ce rôle-là, dans ce film-là, comme s’il s’agissait de sa propre histoire : celle d’une star qui n’a plus rien à prouver, et se retourne vers le chemin parcouru. Le plus beau moment du film, c’est d’ailleurs cette première rencontre entre Maigret et la comtesse de Saint-Fiacre, devenue une vieille dame, qui confrontent avec espièglerie leurs souvenirs communs.

Cette scène toute simple et tout en légèreté est bouleversante. Aucune grandiloquence, aucun effet facile, juste un homme mur qui évoque sa vieille passion pour une femme qu’il a connue jeune et désirable, lorsque lui-même n’était qu’un gamin. C’est simple et juste, simplement beau.

La suite est plus convenue, mais réalisée sans aucun temps mort, et regorgeant de beaux moments : une scène de nuit dans un couloir désert, le souvenir de Maigret père qui surgit soudain… La nostalgie sied bien à Gabin.

* Voir aussi Maigret tend un piège et Maigret voit rouge.

Maigret tend un piège – de Jean Delannoy – 1957

Posté : 13 novembre, 2015 @ 1:35 dans * Polars/noirs France, 1950-1959, DELANNOY Jean, GABIN Jean, Maigret | Pas de commentaires »

Maigret tend un piège

Il y a comme une évidence à voir Gabin endosser l’imper de Maigret, ce qu’il fait ici pour la première fois (… l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge suivront), comme il y avait une évidence à voir l’acteur incarner Jean Valjean. Il était comme ça dans les années 50, l’ancien prolétaire idéal d’avant-guerre : l’incarnation parfaite d’une certaine culture populaire française.

Comme Valjean version Gabin, Maigret version Gabin doit autant à son interprète qu’à l’imagination de Simenon. Pas que le film soit totalement irrespectueux de l’œuvre originale, bien au contraire : d’une certaine manière, Gabin EST Maigret, comme aucun autre interprète ne l’a été ou ne le sera après lui. Une force tranquille, une présence, une masse qui se déplace avec lassitude et écœurement dans un Paris de troquets, de petites gens et de paumés, où la violence est crue et les motifs plus cruels encore.

Maigret est Gabin, ou le contraire. Les doutes du commissaire de papier ont disparu au profit de la certitude omnisciente imposée par la présence de la star. Mais cette petite « trahison » n’a aucune importance. L’essentiel est bien là : Maigret est une sorte de catalyseur qui révèle la vérité des personnages, leurs secrets bien enfouis, les mesquineries de chacun. Et Gabin impose son rythme au film par son jeu si caractéristique.

Jean Delannoy, cinéaste méprisé par la Nouvelle Vague, signe un beau film d’atmosphère, un polar qui sait prendre son temps et se perdre dans les ruelles obscurs où le pêché reste tapi. Sa mise en scène est d’une grande efficacité, suggérant la violence sans rien édulcorer. Loin de l’image que ses détracteurs en donneront dans les années suivantes.

Bien sûr, Delannoy scénariste est épaulé par Michel Audiard, qui signe des dialogues magnifiques (« Vous êtes méchantes, mais surtout vous êtes bêêêtes !! »). Mais l’adaptation a aussi l’intelligence, malgré la présence de Gabin, de ne pas transformer le commissaire en surhomme. Grand psychologue et grand observateur, il reste jusqu’au bout un révélateur, laissant le travail d’enquêteur à cet inspecteur Lagrume trop rapidement élevé au rang de ridicule. C’est lui qui fait véritablement avancer l’enquête pendant que Maigret, las, balaye d’un revers de la main la preuve qu’on lui présente : « On verra ça plus tard ».

Bon réalisateur, bon scénariste, Delannoy se révèle aussi grand directeur d’acteur. Passons sur la prestation de Gabin, formidable mais absolument typique : tous les seconds rôles sont exceptionnels, qu’ils soient en valeur comme Jean Desailly en fils trop aimé ou, dans un autre registre, Annie Girardot en femme effacée, ou en retrait comme le débutant Lino Ventura, impeccable en jeune flic.

Un sans faute pour cette première aventure du commissaire Maigret Gabin. La qualité française avait du bon…

* Voir aussi Maigret et l’affaire Saint Fiacre et Maigret voit rouge.

12
 

Kiefer Sutherland Filmographie |
LE PIANO un film de Lévon ... |
Twilight, The vampire diari... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | CABINE OF THE DEAD
| film streaming
| inderalfr