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Archive pour la catégorie 'EASTWOOD Clint (acteur)'

Le Retour de l’Inspecteur Harry (Sudden Impact) – de Clint Eastwood – 1983

Posté : 18 septembre, 2014 @ 2:27 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | 1 commentaire »

Le Retour de l'Inspecteur Harry

« Go ahead, make my day ! »

En 1983, Clint Eastwood a 53 ans et reste une star toute puissante, mais un cinéaste pas encore tout à fait reconnu par la critique. L’année précédente, son magnifique Honkytonk Man n’a pas déchaîné les enthousiasmes, pas plus que le très beau et très personnel Bronco Billy, faux western déroutant et comédie douce-amère à la Capra. A cette époque, Eastwood est en plein dans sa logique « un film personnel – un film commercial ». Après les échecs commerciaux de ses deux films précédents, quoi de mieux, donc, que de renouer avec son personnage le plus populaire, Dirty Harry en personne.

Ce retour n’avait alors rien d’évident : le dernier film de la série, le faiblard The Enforcer remontait déjà à sept ans, et Clint s’était éloigné depuis du polar pur et dur : sa seule incursion dans le genre, L’Epreuve de force, relevait avait un aspect parodique poussé à l’extrême. D’ailleurs, en retrouvant son personnage fétiche, et en assurant lui-même la réalisation de ce quatrième volet (c’est le seul Dirty Harry qu’il signe), Eastwood entend bien en faire ce qu’il veut. C’est-à-dire ne pas prendre au sérieux ce personnage qu’il a jusque là interprété au premier degré, mais dont il fait ici une sorte de parodie de lui-même.

Flic las et écoeuré, Harry Calahan se transforme dans Sudden Impact en une sorte de chevalier moderne privé d’affect et de perspective, et qui semble attirer toute la violence et toute la haine de San Francisco. Le film, surtout dans sa première partie, enchaîne ainsi les fusillades sans raison ni logique, comme s’il remplissait un simple cahier des charges. Le scénario est fait de multiples rebondissements, grotesques et inutiles, et donne la part belle aux petites phrases censées restées dans l’histoire. C’est d’ailleurs réussi : que reste-t-il de Sudden Impact si ce n’est « Smith, Wesson, and me » et « Go ahead, make my day », deux phrases cultes qu’Eastwood sort dans la même scène, en quelques secondes seulement.

Mais parfois, au détour d’un plan qui s’allonge plus qu’il ne faudrait, des accords de jazz se mettent à résonner, et la patte d’Eastwood apparaît subrepticement. La vérité, c’est qu’Eastwood semble peu intéressé par ce personnage condamné à revivre inlassablement les mêmes écueils (fusillades, embuscades, et bureaucratie), et dont il fait une machine affublée d’un chien pêteur !

Ce qui l’intéresse visiblement beaucoup plus, c’est le personnage joué par Sandra Locke (leur dernier film en commun, si on exclut Vanessa, l’épisode de la série Amazing Stories), hantée par un viol dont elle et sa sœur ont été victimes dix ans plus tôt. La descente aux enfers de cette jeune femme en apparence si fragile, mais lancée dans une croisade vengeresse et violente, est le vrai sujet du film.

Là, on retrouve toute l’ambiguïté du personnage de Harry. Où se situe la justice ? Jusqu’où peut-on aller quand l’institution n’est pas efficace ? Là, enfin, le film devient troublant et fascinant, à mesure que Callahan paraît tiraillé par cette interrogation. Jusqu’à une séquence finale virtuose et crépusculaire dans un parc d’attraction à l’abandon. Laissé pour mort, Callahan réapparaît comme s’il sortait de la nuit, silhouette menaçantee et presque surnaturelle, une apparition fantômatiqu, figure redondante du cinéma d’Eastwood, de L’Homme des hautes plaines à Impitoyable.

Sans un mot, Eastwood impose alors sa marque. Avec nettement plus de force que lorsqu’il enchaîne les bons mots un peu lourdingues et les rebondissements inutiles.

• Pour l’intégrale Harry Callahan, voir aussi L’Inspecteur Harry, Magnum Force, L’Inspecteur ne renonce jamais et La Dernière Cible.

L’Inspecteur ne renonce jamais (The Enforcer) – de James Fargo – 1976

Posté : 16 septembre, 2014 @ 3:31 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), FARGO James | Pas de commentaires »

L'Inspecteur ne renonce jamais

Dans le premier Dirty Harry, de loin le meilleur, Eastwood, Siegel et les scénaristes posaient les bases d’un personnage de flic hors norme qui se heurtait au politiquement correct dans son opposition quotidienne à la lie de l’humanité. La première séquelle, Magnum Force, était une réponse parfois maladroite, mais sincère, aux critiques idiotes qui avaient entouré le premier film, taxant le personnage, et l’acteur, de réactionnisme. On pouvait alors penser que la boucle était bouclée, et que le personnage avait sorti tout ce qu’il avait à sortir…

A la vision de ce troisième « Harry », cette intuition se confirme quand même nettement. Deux ans après le précédent opus, ce numéro trois se contente largement de ressasser les mêmes thèmes. Assez incroyable, même, de voir à quel point le moindre élément du scénario, le moindre second rôle (et le pauvre John Mitchum en sait quelque chose, reprenant son rôle de co-équipier – faire-valoir), le moindre dialogue, semble n’être là que pour donner le beau rôle à Clint-Harry. En cela, le premier quart d’heure, totalement inutile pour l’intrigue principale du film, est édifiant : un prolongement gratuit et grotesque des deux premiers films.

Après cette introduction feuilletonesque mais maladroite, le film dévoile enfin ses intentions, généralement très bonnes. Il est alors question de thèmes brûlants et modernes : le terrorisme d’une part, et surtout la question des quotas dans la fonction publique. Car Callahan se retrouve flanqué d’un co-équipier qui est une co-équipière, interprétée par Tyne Daly. Et c’est la meilleure idée de casting du film. Alors que les méchants, comme les flics secondaires, sont insupportablement caricaturaux, la fliquette est un personnage surprenant et original.

Pas vraiment séduisant (d’ailleurs il n’est jamais question d’attirance physique, et encore moins de love story), ni même extrêmement féminin, c’est une sorte de Harry Calahan version féminine et débutante, qui fait d’ailleurs vaciller les idées très arrêtée de Calahan lors de leur première rencontre…

Le film est bourré de clichés maladroits, de méchants caricaturaux, et de rebondissements téléphonés. Il est réalisé par un James Fargo sans génie, qui se contente visiblement de répondre aux attentes d’un Eastwood tout puissant mais peu ambitieux sur ce coup-là. Et il a pris un coup de vieux assez phénoménal. Mais il y a là quelques belles intentions, qui donnent parfois lieu à des scènes plutôt réussies. Rien d’inoubliable, certes : ce Dirty Harry est sans doute le moins réussi des cinq, le moins aimable, le plus approximatif, et le plus démodé…

• Pour l’intégrale Harry Callahan, voir aussi L’Inspecteur Harry, Magnum Force, Sudden Impact et La Dernière Cible.

Sierra Torride (Two mules for Sister Sara) – de Don Siegel – 1970

Posté : 30 avril, 2014 @ 1:46 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Sierra Torride

C’est un drôle de western que signe Siegel. Quelques mois avant d’offrir à Eastwood deux de ses rôles les plus marquants (Dirty Harry et le soldat mysogine des Proies), le réalisateur joue avec l’image que le films de Leone ont donné à son acteur.

Dès les premières images, la musique inoubliable de Leone affiche la parenté avec les westerns spaghettis. L’influence leonienne est constante, mais Siegel s’en amuse, prenant ses distances pour signer un film qui porte véritablement sa marque, notamment dans le soin des cadres. La séquence générique souligne ainsi l’ambition formelle du cinéaste, qui enchaîne les plans extraordinaires mettant en valeur la place de l’homme dans une nature belle et sauvage où les animaux sont au premier plan.

La première image du générique est particulièrement marquante : une silhouette en ombre chinoise qui se profile sur un crépuscule rougeoyant qu’Eastwood lui-même citera ouvertement au début et à la fin de son chef d’œuvre, Impitoyable, qu’il dédiera d’ailleurs à Siegel (ainsi qu’à Leone).

Formellement, la suite est plus inégale, avec toutefois quelques passages parfaitement réussis. Pas forcément les plus spectaculaires, comme l’attaque finale, qui étonne par ses parti-pris violents, et ses étonnants excès gores. Le plus beau plan, c’est un passage extrêmement simple : l’arrivée de Clint et Shirley dans un village, filmée par un très élégant panoramique qui accompagne les acteurs et passe sous un pont avant de s’ouvrir vers la vie du village.

Le cœur du film, sa seule raison d’être même, c’est l’improbable association du solitaire Hogan (Clint) avec une nonne mystérieuse qu’il sauve d’un viol collectif, jouée par la pétulante Shirley MacLaine. C’est à leurs face-à-face décalés qu’on doit les meilleures scènes du film, à cette confrontation de deux mondes que tout oppose.

Dès leur rencontre, cette opposition donne un ton unique au film : cette séquence où, sous un soleil assommant, la jeune femme décide d’enterrer comme il se doit les malfrats qui l’auraient tuer, devant un Hogan bien décidé à ne pas se laisser dicter sa conduite. Impassible, jusqu’à ce que la « sœur » se mette à bénir les tombes avec l’eau de sa gourde… La surprise de Clint, à ce moment, est irrésistible, comme les regards plein de désirs, mais résignés, qu’il porte sur sa jolie compagne de voyage.

Le film manque par moments de rythme, et le scénario semble parfois se limiter à une succession de scènes maladroitement rattachées les unes aux autres : la rencontre, puis les soldats, puis les Indiens, puis le train à faire dérailler… Autant de chapitres assez plaisants, mais reliés par une intrigue dont Siegel lui-même se désintéresse visiblement. Cette « cause » dont on parle constamment, le réalisateur s’en moque gentiment. Un rien cynique, il paraît adopter la philosophie de Hogan, entièrement basée sur les plaisirs simples de la vie. Ce qu’il nous fait espérer, ce n’est pas que les Juaristes s’imposent, mais que Hogan emballe la fille…

• Blue ray de bonne facture, mais sans le moindre bonus, chez Universal.

Joe Kidd (id.) – de John Sturges – 1972

Posté : 19 juin, 2013 @ 10:37 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Joe Kidd (id.) – de John Sturges – 1972 dans 1970-1979 joe-kidd

Que l’on évoque les carrières de Sturges ou d’Eastwood, ce Joe Kidd fait généralement figure au mieux de simple curiosité, au pire de ratage, dans tous les cas d’œuvre mineure. C’était aussi mon avis jusqu’à présent, et il faut bien reconnaître quelques flottements dans le rythme de ce western, et une lumière un peu plate qui ne rend pas hommage aux beaux cadres d’un cinéaste encore très inspiré. La musique, aussi, signée Lalo Schiffrin, a des accents jazzy urbains assez étranges, qui ne collent pas très bien avec le style.

Mais malgré ces défauts, Joe Kidd est un western passionnant et très original, qui mérite largement d’être redécouvert. Le scénario, signé Elmore Leonard (le futur auteur de Jackie Brown), est foisonnant, et fourmille de belles idées, à commencer par celle au cœur du film, qui évoque les terres spoliées par les Américains, en l’occurrence aux paysans mexicains. Le sujet n’est pas totalement nouveau, mais tout en privilégiant le spectaculaire, les grands espaces et les fusillades, le film met en évidence le rôle de la justice et des tribunaux, ce qui n’est pas si courant.

La première demi-heure est étonnante, ne serait-ce que par la manière dont le personnage de Clint Eastwood nous est présenté : loin de son image habituelle d’homme de l’Ouest, popularisée par les films de Leone et réutilisée dans Sierra Torride. Il apparaît en costume de ville, portant un petit chapeau melon, et condamné par la justice à nettoyer les rues de la ville, balai à la main.

La suite lui permettra de regagner sa splendide, mais non sans mal : on le voit d’abord servant au côté d’un riche propriétaire cruel et impitoyable (Robert Duvall, tout juste sorti du premier Parrain), avant de prendre fait et cause pour les Mexicains, dont le leader n’est pas si blanc que ça. Bref, pas d’angélisme, mais une vision assez noire de l’humanité.

Dans la dernière moitié, le film se concentre essentiellement sur l’action et le suspense. Plutôt efficacement, d’ailleurs. Jusqu’au climax, qui est la scène la plus connue du film, et qui montre un train, conduit par Eastwood, traverser un saloon. C’est gratuit et pour le moins improbable, mais très franchement, ça mérite d’être vu au moins une fois…

Joe Kidd vient d’être édité par Universal pour la première fois en blue ray, sans bonus et à prix modique, dans la même vague que La Caravane de feu. Un autre Eastwood sort en même temps : Sierra Torride de Don Siegel. Ainsi que Une bible et un fusil, avec John Wayne et Katherine Hepburn.

L’Evadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz) – de Don Siegel – 1979

Posté : 19 mars, 2013 @ 1:10 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don | Pas de commentaires »

L’Evadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz) – de Don Siegel – 1979 dans 1970-1979 levade-dalcatraz

Vu et revu, L’Evadé d’Alcatraz reste d’une efficacité redoutable. Siegel, pourtant ne cède pas à la facilité, refusant d’ajouter quoi que ce soit de spectaculaire à cette histoire d’évasion.

La violence du lieu est évoquée, bien sûr, par le personnage du taulard qui veut faire d’Eastwood sa « petite amie », et surtout par la cruauté d’un directeur interprété, clin d’œil ironique, par le héros du Prisonnier, Patrick McGoohan.

Mais c’est surtout le poids du temps que filme Siegel. Ça et les longs préparatifs, tout sauf cinégéniques : modeler une fausse tête, souder un pic sur une cuillère, fabrique une plaque en carton, gratter un mur nuit après nuit…

En filmant froidement, presque cliniquement, ces préparatifs, Siegel signe une œuvre magistralement tendue, où on parle peu, où il ne se passe pas grand-chose, mais sans le moindre temps mort.

A peine triche-t-il, quand même, en ajoutant in extremis un suspense artificiel (Morris, alias Clint Eastwood, ne sait pas que le directeur a décidé son changement de cellule, ce qui réduirait à néant ses projets).

Beaux personnages, aussi, autour d’un Clint Eastwood totalement opaque. Curieusement, alors qu’il est de toutes les scènes, on ne sait strictement rien de ce Frank Morris. Les seconds rôles, eux, ont tous une personnalité forte, même s’ils n’ont qu’une poignée de scènes pour les faire exister : le peintre, le gourmand amis d’une souris, le caïd et ses livres…

Rien de forcé ici, uniquement l’essentiel. Cette ultime collaboration d’Eastwood et de son réalisateur fétiche (cinq films en commun, sans compter l’apparition de Siegel dans Un frisson dans la nuit) est du Siegel dans le texte. Et du très bon Siegel.

Créance de sang (Blood Work) – de Clint Eastwood – 2002

Posté : 13 février, 2013 @ 12:57 dans * Thrillers US (1980-…), 2000-2009, ACTION US (1980-…), EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Créance de sang (Blood Work) – de Clint Eastwood – 2002 dans * Thrillers US (1980-…) creance-de-sang

Il y a tout juste dix ans, Eastwood offrait à ses fans de la première heure un ultime polar pur et dur. Un beau cadeau qui ne s’apparente pas aux combats de trop d’un Charles Bronson. Depuis le début des années 90, Eastwood prend un malin plaisir à souligner son âge, jouant avec délectation de ses rides et des limites de son corps.

Pour ce retour à un genre qu’il connaît par cœur (les premières images, plans nocturnes d’une grande ville filmée d’hélicoptère, rappellent le début de Dirty Harry et ses suites, et d’autres polars comme La Corde raide), Eastwood trouve le matériau idéal  dans l’excellent roman de Michael Connelly. Le personnage de Terry McCaleb est vieilli d’une trentaine d’années (Clint a 72 ans), mais le film reste globalement fidèle au roman.

Ce qui a attiré l’acteur de Dans la ligne de mire dans cette histoire est évidente : McCaleb est un super flic à la Dirty Harry, mais dont le cœur lâche alors qu’il est sur la piste d’un tueur en série. On le retrouve deux ans plus tard, fraîchement transplanté, et reprendre du service quand il apprend que celle qui lui a donné son cœur a été assassinée.

Eastwood joue avec son âge, son corps abîmé, qu’il exhibe avec pudeur, dans de très belles séquences nocturnes, où sa longue cicatrice semble sortir de la pénombre.

Mais son film est aussi un vrai polar, qui porte clairement la marque d’Eastwood : le rythme, volontiers lent, est à l’opposée de la norme hollywoodienne. Il ne prend par l’enquête policière à la légère, comme il l’avait fait avec Jugé coupable, mais il la mène à son rythme, à l’image de la force tranquille du personnage. S’autorisant même une improbable pause beignets dans une salle d’interrogatoire, l’action et les dialogues s’arrêtant durant de longues secondes. Typiquement eastwoodien.

Créance de sang n’est pas un chef d’œuvre. Le scénario de Brian Helgeland est efficace, mais assez convenu, et les dialogues parfois stéréotypés. Mais ce polar hors du temps est une gourmandise indispensable pour les amoureux du grand Clint : ses adieux à un genre dont il est indissociable.

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in piu) – de Sergio Leone – 1965

Posté : 3 janvier, 2013 @ 3:53 dans 1960-1969, EASTWOOD Clint (acteur), LEONE Sergio, WESTERNS | Pas de commentaires »

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in piu) - de Sergio Leone - 1965 dans 1960-1969 et-pour-quelques-dollars-de-plus

Plus stylisé que Pour une poignée de dollars, moins extrême que Le Bon, la brute et le truand, ce deuxième western de Leone est un petit chef d’œuvre du genre. Bien plus qu’un simple prolongement du premier film. On pourrait se dire que le cinéaste se contente de profiter du succès du précédent, en retrouvant Eastwood et son personnage déjà mythique d’homme sans nom. Mais cette fausse suite (rien ne dit que le personnage soit effectivement le même) est surtout l’occasion pour Leone de peaufiner son style, et d’aller plus loin dans son approche stylistiquement radicale du western. Il le sera encore plus (radical) dans le troisième volet de sa trilogie du dollar, et dans Il était une fois dans l’Ouest.

Même s’il crée le western spaghetti, Leone s’inscrit aussi dans la grande tradition du genre hollywoodien. Et pour quelques dollars de plus est ainsi clairement inspiré de Vera Cruz (le bracelet de force de Clint rappelle celui de Burt Lancaster), ou encore de Los Bravados (la montre à gousset est un détail commun aux deux films)…

Ici, Eastwood n’est plus tout à fait solitaire : chasseur de primes, il fait équipe avec un Lee Van Cleef mystérieux et fascinant, véritable révélation du film après des années de seconds rôles plus ou moins visibles, parfois dans de grands films (Le Train sifflera trois fois, Victime du destin, L’Homme qui n’a pas d’étoile, L’Homme qui tua Liberty Valance, et beaucoup d’autres). La relation des deux hommes, amitié virile et taiseux, est l’une des grandes forces du film. Et dès leur rencontre, génial concours de virilité totalement immature, qui se finit autour d’une bouteille.

Les deux personnages sont la plupart du temps quasiment muets, mais on sent entre eux un respect et un affection presque filiale. Leur défiance mutuelle, les coups fourrés qu’ils se font… Tout cela relève plus du jeu de gamins que d’un affrontement sérieux.

Face à eux, Gian Maria Volonte va plus loin encore que dans le précédent film, dans son personnage de très méchant à la limite de la folie. Odieux, secoué par des rictus sadiques, perdu parfois dans le souvenir d’un crime qui le hante parce qu’il lui a révélé l’humanité terrifiante de ses victimes, il fait froid dans le dos.

Inoubliable, oui. Pourtant, son cabotinage n’y fait rien : Clint, même sans rien faire (et il ne fait effectivement pas grand chose dans ce film qui, sur le papier, donne plutôt le beau rôle à Van Cleef et Volonte) happe littéralement l’écran.

Un petit sourire narquois (lorsqu’il apparaît furtivement, posant un bâton de dynamite derrière les barreaux d’une cellule), une grimace inquiète… Il ne fait rien, mais il existe d’une manière incroyable, plein d’une ironie meurtrière. Eastwood attendra peut-être encore quelques années pour devenir une superstar, avec le triomphe de L’Inspecteur Harry au début des années 70, mais c’est dans ces films, sous ce poncho et avec ce cigarillo, qu’il est devenu un mythe. Son personnage d’homme sans nom fait partie du Panthéon du cinéma, au même titre que Charlot ou Indiana Jones…

Bronco Billy (id.) – de Clint Eastwood – 1980

Posté : 11 décembre, 2012 @ 2:09 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Bronco Billy

“I am who I want to be”

J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ce Clint modeste et d’une liberté absolue. Qui sait s’il ne s’agit pas tout simplement du plus personnel de ses films, celui dans lequel il se dévoile avec le plus d’honnêteté. « Je suis celui que je veux être », clame son personnage avec l’air de sortir la plus grande évidence. Bronco Billy est un film peut-être imparfait : visuellement, il y a un côté années 80 très daté, et le jeu des comédiens un rien outrancier peut désarçonner. Mais Eastwood semble jouer de son image de star de l’écran avec une sincérité et une bienveillance qui réchauffent le cœur.

Son personnage, Bronco Billy McCoy, est le patron d’un petit cirque itinérant entièrement dédié à la culture western. Un cirque minuscule : un couple d’Indiens que Billy a sorti de l’alcoolisme, un monsieur loyal… loyal (une très belle année pour Scatman Crothers, qui tourne également Shining), un homme à tout faire râleur mais grand cœur (Bill McKinney, un habitué de l’univers Eastwood), un as du lasso, et Bronco Billy lui-même, tireur d’élite qui galère à trouver une partenaire digne de son numéro. Jusqu’à ce qu’il tombe sur une riche héritière mauvaise comme une teigne, que tout le monde croit morte, assassinée par son mari Geoffrey Lewis (encore un habitué des films de Clint).

La belle héritière, c’est Sondra Locke bien sûr, dans son plus beau rôle eastwoodien : une pétasse des beaux quartiers qui s’encanaille et tombe sous le charme de ce type qui n’a rien d’autre qu’un cœur énorme et un sens de l’amitié et de la loyauté plus fort que tout. Un homme modeste qui trouve son bonheur en divertissant le public et en faisant revivre les grandes heures du Far West… Difficile de ne pas voir en ce Bronco Billy un double un rien excessif de Clint lui-même, vedette qui n’a jamais rien fait d’autre que ce qu’il avait vraiment envie d’être.

Bronco Billy est le fleuron de la veine purement country/Amérique profonde de Clint (tout un pan de sa filmo, de Doux, dur et dingue au pitoyable Pink Cadillac). C’est aussi l’un des hommages les plus vibrants d’Eastwood aux grands maîtres d’Hollywood dont il est à peu près l’unique héritier. Sa troupe improbable s’inscrit dans la lignée des communautés improvisées qui sont au cœur de tous les grands films de John Ford par exemple… Ce n’est pas un hasard si le garagiste du film est interprété par Hank Worden, l’un des grands seconds rôles des films de Ford (celui qui rêve d’un rocking chair dans La Prisonnière du Désert, c’est lui).

La réalisation suivante d’Eastwood approfondira encore cette filiation : ce sera Honkytonk Man, autre histoire basée sur la constitution d’un groupe improbable. L’un de ses chefs-d’œuvre.

Ai-je mentionné que Bronco Billy est aussi l’un des films les plus joyeux et insouciants de Clint ?

Une nouvelle chance (Trouble with the curve) – de Robert Lorenz – 2012

Posté : 29 novembre, 2012 @ 11:49 dans 2010-2019, EASTWOOD Clint (acteur), LORENZ Robert | Pas de commentaires »

Une nouvelle chance

C’est donc le premier film de Clint qu’il ne réalise pas lui-même depuis près de vingt ans (Dans la ligne de mire, en 1993, où le vieillissement était déjà l’un des thèmes centraux). Mais comme à l’époque où il se laissait régulièrement diriger par d’autres, dans les années 70 et 80, difficile de ne pas penser à ce film comme « au nouveau Eastwood ». Même s’il n’a jamais écrit un scénario, et même s’il aime varier les genres, il y a dans ses films, dans tous ses films, quelque chose de purement eastwoodien, peut-être ce profond ancrage dans les racines américaines.

Eastwood est un cinéaste purement américain. C’est aussi l’une des rares stars dont on peut affirmer que, consciemment ou non, il a bâti une œuvre d’une cohérence totale, et ce depuis plus de quarante ans. Une œuvre qui vient du western, et qui puise ses racines dans la country et le jazz, soit les trois seules formes d’art purement américaines. Trouble with the curve trouve parfaitement sa place dans ce parcours.

Trouble with the curve (ouais… ne comptez pas sur moi pour évoquer le titre français, nullissime, digne d’un mauvais téléfilm romantique diffusé sur M6 un après-midi d’automne) n’est pas un Eastwood majeur, loin de là. En confiant la réalisation à son associé de longue date Robert Lorenz, il confirme sa fidélité professionnelle légendaire, mais nous prive de son propre regard, infiniment plus délicat, en particulier sur les rapports père-fille (Les Pleins Pouvoirs) ou sur la naissance d’une romance (Sur la route de Madison).

A vrai dire, Trouble with the curve est un condensé de lieux communs et de clichés éculés, dont certains sont ahurissants. Pour bien faire comprendre que la méthode old school du recruteur de base-ball joué par Clint sont encore valables, on lui oppose un jeune loup à la tête de faillot qui ne recrute que sur la base de statistiques sur un écran, et n’a jamais vu une partie… Au secours !

Le débutant Lorenz a des souliers énormes, et faut bien reconnaître qu’on devine absolument tout ce qui va arriver aux personnages (y compris à ce vendeur de cacahuète, comprenne qui a vu le film) dès les dix premières minutes. Un peu gênant.

Mais il y a Clint, octogénaire qui ne cherche jamais à cacher son âge, et qui se fait un malin plaisir à en jouer (trop parfois : la toute première scène, qui nous le montre essayant désespérément de pisser, est de trop). En vieux grincheux peu doué pour les rapports humains, qui se rapproche de sa fille avocate lors d’une tournée de recrutement dans l’Amérique rurale, il est excellent. Bouleversant même, à deux ou trois occasions, lorsque le vieil ours baisse la garde et dévoile ses fêlures.

Peu importe si ce vieux recruteur a la vue qui baisse : même s’il clame régulièrement qu’il devient aveugle, Lorenz ne sait visiblement pas quoi faire de ce détail, qui passe rapidement au second plan. Non, ce qui est le plus beau dans ce film, c’est ce qu’il y a de plus simple : les discussions dans les bas (des scènes très eastwoodiennes), avec sa fille (Amy Adams, très bien) ou avec son protégé (Justin Timberlake, décidément très juste et charismatique) ; les longues parties de base-ball auxquelles on ne comprend pas grand-chose mais durant lesquelles se crée une ambiance, qui permet à père et fille de se rapprocher sans vraiment se parler…

Ajoutons le plaisir de retrouver John Goodman et Robert Patrick (toujours un bonheur de les revoir, même s’ils n’ont pas grand-chose à jouer), et franchement, les défauts du film, aussi grands soient-ils, ne méritent pas qu’on se prive de retrouver Clint acteur. Quoi qu’il fasse, de toute façon, je répond présent. Mon premier Clint au cinéma, c’était La Relève (j’avais 14 ans). Depuis, c’est mon vingtième, vivement le vingt-et-unième…

Magnum Force (id.) – de Ted Post – 1973

Posté : 24 septembre, 2012 @ 12:17 dans * Polars US (1960-1979), 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), POST Ted | Pas de commentaires »

Magnum Force

« I’m afraid you misjudged me »

Cette première suite de l’excellent Dirty Harry (trois autres suivront jusqu’en 1989) est basée sur une logique aussi intéressante qu’inédite : elle est une sorte de réponse aux déluges de critiques qui ont accusé le personnage, et Clint Eastwood par la même occasion, d’incarner une vision moderne du fascisme. La sortie du premier film, deux ans plus tôt, a en effet entraîné de violentes polémiques, qui n’ont visiblement pas nui le moins du monde à sa carrière commerciale, mais qui colleront à la peau d’Eastwood durant de longues années.

Harry Callahan est-il ce flic prêt à se substituer à la loi, et à abattre les truands sans sommation ? « I’m afraid you misjudged me » clame-t-il face à l’escadron de la mort constitué au sein même de la police, qui abat froidement les pires criminels qui échappent à la justice (tuant par la même occasion pas mal de victimes collatérales). Sans vraiment édulcorer le personnage, toujours prompt à se servir de son arme, Magnum Force entreprend donc de le réhabiliter, en le confrontant à des policiers qui sont réellement ce qu’on l’accuse d’être.

Le résultat est plutôt convaincant. Ecrite pas John Milius et Michael Cimino, cette confrontation tient ses promesses, tendue, violente et sombre. Le problème, c’est que cette confrontation n’intervient que dans la seconde moitié du film : la première heure n’est qu’une interminable accumulation d’exécutions (un brin répétitives), et d’exploits de Calahan sans rapport avec l’intrigue principale.

Le film marche clairement sur les brisées du précédent, avec même une séquence très similaire durant laquelle le frugal déjeuner de Harry est interrompu par une intervention policière sanglante (ici, un ridicule détournement d’avion). Et puis Ted Post, artisan honnête, n’est pas Don Siegel. Ce dernier donnait un ton violemment mélancolique et un rythme parfait à son film. Post, lui, n’évite pas les longueurs, même si les scènes d’action ont une certaine efficacité.

Il échoue aussi à enrichir le personnage de Calahan. Au contraire : en le filmant dans de brefs moments d’intimité, il rompt assez maladroitement avec le mystère et le sentiment de nostalgie et même d’abattement qui l’entouraient dans le premier film. Ambitieuse et originale sur le papier, Magnum Force est une suite simplement efficace, qui n’apporte pas grand-chose ni au personnage, ni à son interprète.

• Pour l’intégrale Harry Callahan, voir aussi L’Inspecteur Harry, L’Inspecteur ne renonce jamais, Sudden Impact et La Dernière Cible.

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