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Archive pour la catégorie 'EASTWOOD Clint (acteur)'

Dans la ligne de mire (In the line of fire) – de Wolfgang Petersen – 1993

Posté : 19 septembre, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, EASTWOOD Clint (acteur) | Pas de commentaires »

Dans la ligne de mire

Wolfgang Petersen n’est pas un grand metteur en scène, ni un grand directeur d’acteurs : beaucoup, ici, semblent par moments comme figés. Mais il peut compter sur le beau travail du directeur de la photo, qui réussit en particulier les scènes d’intérieur et de nuits, pour donner à ce thriller une tonalité assez fascinante par intermittence.

Ces moments ont un côté franchement cliché, certes, surtout avec Clint se la jouant une nouvelle fois pianiste amateur, pour la beauté du geste. Mais pourquoi se priver de ce plaisir, toujours bien réel : les scènes de bar avec Clint au piano sont parmi les plus belles, celles où l’atmosphère est la plus réussie dans ce film de genre par ailleurs plutôt calibré.

John Malkovich, grand méchant, en fait une nouvelle fois beaucoup dans le côté « regardez comme je suis un grand acteur caméléon capable d’endosser n’importe quelle identité, et comme je le fais avec un naturel exceptionnellement… naturel ». Bref, il cabotine éhontément en se la pétant intériorisation. Mais ça fonctionne, parce que ça colle bien au personnage.

Clint, lui, est impérial. Dans ce qui a longtemps été son ultime film en tant que simple interprète (avant Une nouvelle chance, presque vingt ans plus tard), sortant du triomphe de Impitoyable, il trouve un rôle taillé pour lui, pour ce qu’il a incarné et pour ce qu’il est alors : l’ancien inspecteur Harry (il s’appelle Horrigan, sans doute pas un hasard si les deux patronymes sont si proches), à l’âge de raccrocher les armes.

Un héros marqué par son passé : garde du corps de JFK qui était à ses côtés à Dallas… Curieux hasard, Eastwood enchaînera avec Un monde parfait, dont l’action se déroule les jours précédents ce fameux 22 novembre 1963. Mais un héros fatigué, qui sue et souffle dans l’effort, qui attrape la crève sous la pluie…

Pourtant, il a rarement été aussi séducteur. Il n’y a pas tant de films où il apparaît si souriant, si charmeur, lançant des sourires enjôleurs irrésistibles à Rene Russo, que l’on voit effrayée à l’idée de coucher avec un vieux qui pourrait être son père, un type que l’on traite de dinosaure. Séduisant, sans tricher sur son âge… Clint Eastwood est la raison d’être de ce thriller fort efficace, son pivot.

West Point : épisode White Fury (id.) – épisode réalisé par James Sheldon – 1957

Posté : 24 août, 2021 @ 8:00 dans 1950-1959, COURTS MÉTRAGES, EASTWOOD Clint (acteur), SHELDON James, TÉLÉVISION | Pas de commentaires »

West Point White Fury

On replonge dans les débuts de carrière de Clint Eastwood avec cet épisode d’une série anthologique tombée dans l’oubli (surtout en France, où elle n’a jamais été diffusée), dont les héros sont des élèves de la prestigieuse académie militaire de West Point. A chaque épisode des personnages nouveaux : seul le cadre reste le même, et encore.

Dans l’épisode qui nous intéresse ici, West Point n’apparaît qu’au tout début et à la toute fin. Deux cadets profitent d’une journée d’hiver de repos pour aller skier dans les montagnes voisines. Le père de l’un d’eux, un officier, s’écrase avec son petit avion devant leur nez, loin de tout secours. Les deux jeunes hommes réussiront à prévenir des secours en tripatouillant la radio endommagée, pour envoyer un signal en morse.

L’intrigue est simple, la réalisation est efficace… Pas de gras, pas d’ennui dans les quelque vingt-cinq minutes de cet épisode qu’on n’attendait pas si prenant. James Sheldon, réalisateur ayant fait toute sa carrière à la télévision, se montre même particulièrement inspiré à deux ou trois reprises : avec un panoramique étonnant partant des grandes étendues enneigées pour se terminer dans la chaleur d’une salle de restaurant, ou encore en faisant du climax une succession de très gros plans sur les yeux des deux cadets.

Sergio Leone n’a donc pas été le premier à remplir un écran avec le regard perçant de Clint Eastwood. Sept ans avant Pour une poignée de dollars, c’est James Sheldon qui l’a précédé, filmant le tout jeune Clint (27 ans) dans l’un des rôles principaux de ce White Fury : celui du pote du personnage principal (Jerome Courtland, ça parle à quelqu’un ?), fils du pilote joué par le charismatique Bruce Bennett.

Mais on ne voit que lui, Clint Eastwood. Parce que c’est Clint Eastwood bien sûr, et qu’on sait le destin qui attend cet acteur qui allait alors d’une panouille à l’autre. Mais pas seulement : comme souvent à cette époque formatrice, en tout cas lorsque la taille de ses rôles lui en donne l’occasion, on le sent très impliqué, s’investissant totalement dans ce rôle légèrement en retrait, aussi bien dans les scènes physiques à ski que dans les moments plus intimes de tension.

Après son joli rôle dans un épisode de la série Death Valley Days, quelques mois plus tôt, la télévision réussit décidément bien au jeune Clint Eastwood, qui trouve là des rôles sans doute plus formateurs et en tout cas plus consistants que ses quelques apparitions au cinéma…

Ça va cogner (Any which way you can) – de Buddy Van Horn – 1980

Posté : 17 mars, 2021 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), VAN HORN Buddy | Pas de commentaires »

Ca va cogner

C’est ce qu’on appelle une suite décomplexée. Après l’énorme succès de Doux, dur et dingue, qu’il a tourné en dépit de tous les conseils de son entourage, Clint Eastwood remet ça pour une seconde aventure forcément moins hasardeuse. D’autant moins hasardeuse que, pour le coup, les recettes sont strictement les mêmes.

On retrouve donc Philo Beddoe (l’ami Clint), qui vit toujours avec sa drôle de famille d’adoption : son pote Orville (l’indispensable Geoffrey Lewis), une drôle de grand-mère indigne (Ruth Gordon, très marrante) et bien-sûr Clyde, son orang-outan. Entre deux combats clandestins, Philo traîne dans les bars où il tente d’oublier la belle Lynn (Sondra Locke, partenaire incontournable de Clint ces années-là) qui lui a brisé le cœur dans le premier film.

Et comme il n’est pas question de changer quoi que ce soit dans la recette, Lynn réapparaît, fleur bleue, balayant d’un riff de guitare l’amertume de la séparation. On retrouve aussi le gang des motards, plus bêtes que vraiment méchants, et cette peinture pleine d’empathie d’une certaine Amérique (bien) profonde, qui a rarement le premier rôle au cinéma.

Rien de nouveau sous le soleil, donc. Le principe même du film est totalement aberrant (l’amitié entre Eastwood et un singe, quand même). Et pourtant le plaisir est toujours bien là, coupable mais sincère. C’est très con, c’est réalisé sans la moindre ambition esthétique (c’est même assez laid), mais allez savoir pourquoi, on s’attache à ces personnages, symboles d’un cinéma populaire sincère et décomplexé.

Cette légèreté apparaît dès les premières notes de musique, duo entre Ray Charles et Clint Eastwood lui-même qui s’apostrophent l’un l’autre comme s’ils oubliaient qu’ils enregistraient la chanson générique d’un film. La bande son est d’ailleurs formidable, belle anthologie de la musique country de l’époque.

La Corde raide (Tightrope) – de Richard Tuggle (et Clint Eastwood) – 1984

Posté : 10 mars, 2021 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.), TUGGLE Richard | Pas de commentaires »

La Corde raide

De tous les thrillers de l’ami Clint, celui-ci est sans doute le plus trouble, celui en tout cas où lui-même est le plus borderline… sur la corde raide, donc. Flic divorcé qui trimballe son mal-être dans des soirées très sexuées, se laissant distraire de l’enquête en cours par ses pulsions sexuelles les plus animales.

Sauf que le meurtrier qu’il traque semble avoir les mêmes fantasmes que lui, fréquenter les mêmes quartiers sordides, les mêmes clubs déviants, les mêmes femmes aux tendances très libres… Celles-là même que l’on retrouve mortes soir après soir. De là à imaginer que Clint lui-même puisse être le tueur, il y un pas que Richard Tuggle, scénariste et réalisateur officiel, ne franchit jamais.

Réalisateur officiel, parce que le film est souvent largement attribué à Eastwood. Ce qui ne fait guère de doute, tant on retrouve les ambiances chères au réalisateur, séquences nocturnes superbement filmées (l’atmosphère moite de La Nouvelle Orléans remplace la chaleur de San Francisco à laquelle le cinéma d’Eastwood est plus habitué) et sonorités jazzy.

Mais, donc, le film ne pousse pas à fond la personnalité trouble de Block, le flic joué par Clint. Sexualité trouble mais mauvaise conscience affichée, bon père sans le moindre doute, et bon flic, sans que jamais la question de sa possible culpabilité ne se pose.

Tightrope est assez audacieux pour la noirceur de son décor, et pour la place qu’il accorde aux pulsions sexuelles hors normes hollywoodiennes. Mais Tuggle (ou Eastwood) reste constamment convenable, ne poussant pas le trouble aussi loin que le fera un Paul Verhoeven.

Quant à l’aspect purement thriller à proprement parler, il joue largement sur des trucs très datés, avec les apparitions du tueur à l’arrière-plan et les effets musicaux très synthé. Reste surtout une belle prestation de Clint Eastwood, très à part dans sa filmographie, et une peinture assez fascinante des nuits de la Nouvelle Orléans, envoûtante et pleine de vie… et de danger.

Doux, dur et dingue (Every which way but loose) – de James Fargo – 1978

Posté : 24 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), FARGO James | Pas de commentaires »

Doux, dur et dingue

Clint Eastwood qui fait des mamours à un orang-outan. Clint Eastwood qui envoie au tapis à lui seul une horde de bikers bas du front. Clint Eastwood qui s’amourache d’une tapineuse qui le prend pour un crétin… Pas à tort d’ailleurs : Clint joue un authentique crétin dans ce qui fut longtemps son plus grand succès populaire aux États-Unis, preuve, au moins, que l’homme a su comprendre ce qu’était aussi son pays.

Doux, dur et dingue est une étape pour le moins originale dans la carrière d’Eastwood. Une aberration, pourraient ajouter les grincheux. Mais ils auraient tort. En tout cas en partie. Cette comédie loufoque et décérébrée n’est pas inintéressante dans le parcours du grand Clint. Elle est une sorte d’aboutissement de ce qui était une vraie tendance dans son œuvre : la plongée dans une Amérique vraiment rurale, pas si souvent à l’honneur au cinéma.

Mine de rien, ce film s’inscrit dans la lignée thématique de Bronco Billy, voire de Honkytonk Man, autres films (majeurs ceux-là) mettant en scène des habitants de cette Amérique profonde. Mais aussi de Pink Cadillac, versant nanardesque de cette tendance eastwoodienne. Le film de James Fargo (réalisateur du faiblard troisième volet de Dirty Harry) est plutôt dans le ton de ce dernier : même humour pachydermique, même côté très exagéré.
Et même esprit macho gros cul, avec des dialogues d’un autre temps, comme celui-ci, qu’on doit à un Geoffrey Lewis au regard lubrique (toujours très sympa de retrouver ce fidèle de Clint, mais son regard est vraiment très lubrique ici…) :

« Vous voulez des melons ?
- Ils sont beaux… »

Manquerait plus que la bave aux lèvres…

Pourtant, pourtant, il y a quelque chose de très sympathique dans ce nanar. Peut-être pour le plaisir décomplexe que prend visiblement Clint Eastwood à jouer les ploucs un peu cons, et à donner la réplique à un singe. Et pour cette manière dont l’acteur envoie chier tous ceux qui lui avaient déconseillé de faire le film.

Doux, dur et dingue, c’est une virée pas finaude, mais sans doute assez proche de la réalité, dans cette Amérique des taudis aux jardins encombrés de vieilleries rouillées, où la bagnole, la bagarre, la bière et la country sont rois… Décomplexé, vraiment.

Francis in the Navy (id.) – de Arthur Lubin – 1955

Posté : 22 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), FANTASTIQUE/SF, LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

Francis in the Navy

Des sept films de la série des Francis, la mule qui parle, celui-ci, le sixième (le dernier réalisé par Arthur Lubin et interprété par Donald O’Connor), est le plus mémorable, sans doute. Peut-être pas le plus réussi, en tout cas pas plus que les autres, pas moins inepte. Mais le plus mémorable, pour une raison et pour une seule : la présence à l’affiche d’un tout jeune Clint Eastwood.

25 ans, débutant (c’est son deuxième long métrage, après La Revanche de la créature), et son nom qui apparaît en cinquième position dès le générique de début… Voilà qui fait de Jonesy, le rôle qu’il joue dans Francis in the Navy, le personnage le plus consistant de ses débuts sous contrat à la Universal. Un personnage très présent, tout au long du film, et qui lui permet mine de rien de montrer plusieurs facettes, tout en ne dépassant jamais le statut de faire-valoir de Donald O’Connor.

Ce dernier est l’unique star du film. Bien plus que Francis, cette mule qui parle dont Lubin ne sait visiblement plus trop quoi faire, le faisant disparaître de l’intrigue pendant une bonne moitié du film. L’histoire repose entièrement sur le double-rôle de Donald O’Connor : celui habituel de Pete, et celui de son sosie dans la marine, avec lequel Pete est constamment confondu. Un ressort comique rudimentaire, qui donne une série de gags récurrents.

Parmi ces gags, l’apparition répétée des amis de Slick, le sosie, qui ne comprennent jamais qu’il y a erreur sur la personne : quatre jeunes soldats pleins d’allants, que domine d’une tête la stature de Clint. Des quatre amis, c’est Clint Eastwood que l’on voit le plus, grâce à sa taille, grâce aussi à l’enthousiasme flagrant qu’il met dans ses apparitions, et grâce enfin à la bienveillance manifeste du réalisateur à son égard. Lubin avait visiblement le jeune Clint à la bonne. Il lui donnera d’ailleurs plusieurs rôles ces années-là, et quelques scènes où il se montre très à son avantage.

Étonnant d’ailleurs de voir comment Clint Eastwood semble gagner en assurance au fur et mesure que le film avance. Grand dadais un peu effacé dans les premières scènes, il s’impose peu à peu pour éclipser ses trois compagnons. Lors du combat de boxe (aux gags un peu lourdingues, mais tout le film l’est), on ne voit que lui au bord du ring (cinquante ans avant Million Dollar Baby). Et dans sa dernière scène, on le voit passer d’un véhicule amphibie à un camion en marche, sur une autoroute bondée…

Et le film lui-même ? Aucun intérêt à vrai dire, si ce n’est ce plaisir de fan que l’on prend à guetter les apparitions de Clint Eastwood. C’est souvent le cas pour les films de ses débuts. Au moins ici y a-t-il de la matière.

Madame de Coventry / Par la chair et par l’épée (Lady Godiva of Coventry) – de Arthur Lubin – 1955

Posté : 13 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), LUBIN Arthur, O'HARA Maureen | Pas de commentaires »

Lady Godiva

Le chemin d’une intégrale peut être jonché d’étapes dont on se serait bien passées… Celle de Clint Eastwood passe aussi par ses apparitions de jeunesse: trois plans très dispensables d’un Clint de 25 ans en soldat saxon, dans ce film en costumes dont on sent bien qu’il n’existe que pour l’unique scène sans costume.

On résume l’histoire… Dans une Angleterre où les tensions sont grandes entre Normands et Saxons, Lady Godiva épouse un prince saxon et le conduit à tendre la main à son ennemi de toujours. Punie par la faute d’un méchant Normand, elle accepte la sentence: chevaucher nue dans les rues de sa ville, persuadée qu’aucun Saxon ne lui fera l’affront de l’observer, et que ce respect convaincra le roi de la loyauté de son peuple.

Lady Godiva étant interprétée par Maureen O’Hara, en pleine gloire post-L’Homme tranquille (Victor McLaglen est d’ailleurs à l’affiche, lui aussi), et cette image de la jeune femme chevauchant nue servant d’affiche au film, l’intérêt commercial est tout trouvé… et tant pis si cette posture voyeuriste va à l’encontre du sujet même du film.

Pas une réussite, non. Scènes de combats mollement filmées, humour bas du front, personnages sans envergure… Maureen O’Hara est parfaite, dans un rôle qu’elle connaît par cœur, celui d’une jeune jeune épouse déterminée et joyeusement dominatrice. Mais le héros est joué par George Nader, assez mauvais et le charisme d’un coq. Son regard fixant désespérément ce lit conjugal qu’il rêve de rejoindre pourrait être savoureux, mais non.

Pas grand chose à se mettre sous la dent dans ce film paresseux, qui rappelle que, à quelques exceptions près, Arthur Lubin est un réalisateur franchement pas enthousiasmant. Et Clint Eastwood là-dedans ? Trois plans, dont un de nuit avec Maureen O’Hara.

Le Maître de guerre (Heartbreak Ridge) – de Clint Eastwood – 1986

Posté : 1 juillet, 2020 @ 8:00 dans 1980-1989, EASTWOOD Clint (acteur), EASTWOOD Clint (réal.) | Pas de commentaires »

Le Maître de guerre

La voix éraillée, le visage couvert de cicatrices, le langage fleuri… Clint Eastwood s’est taillé un personnage particulièrement fort pour ce Heartbreak Ridge, l’une de ses rares incursions dans le film de guerre, à mi-chemin entre ses deux films avec Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent et De l’or pour les braves) et son diptyque sur Iwo Jima (Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima).

Son interprétation est inoubliable, ne serait-ce que pour sa manière rigolarde de débiter des dialogues orduriers. Par animosité ou comme un signe de virile fraternité d’ailleurs, tout est alors dans l’expression du visage, et ce petit sourire à peine esquissé.

Heartbreak Ridge flirte alors avec la comédie, mais c’est aussi un vrai film de guerre, dont la construction évoque d’ailleurs celle de Full Metal Jacket, sorti la même année (d’où, sans doute, l’insuccès du film d’Eastwood) : une longue partie consacrée à la formation des jeunes recrues par un officier autoritaire, avant l’épreuve du feu.

Tout ça est fort bien construit, et assez passionnant malgré un aspect parfois un peu caricatural. Mais le mélange des genres fonctionne parfaitement, et les seconds rôles impeccables, particulièrement Mario Van Peebles en caution humoristique, dont le duo avec Eastwood est assez convaincant.

Mais le film est surtout réussi pour ses moments en creux, comme souvent dans le cinéma d’Eastwood. Pour la manière dont il se filme en homme de guerre s’approchant de la retraite, appréhendant cette nouvelle étape de sa vie sans le cadre de l’armée, et tentant maladroitement de renouer avec son ex-femme. C’est dans ces moments, comme dans les scènes de bar si eastwoodiennes, que le film gagne son supplément d’âme…

Escapade au Japon (Escapade in Japan) – d’Arthur Lubin – 1957

Posté : 20 juin, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, EASTWOOD Clint (acteur), LUBIN Arthur | Pas de commentaires »

Escapade au Japon

Clint Eastwood apparaît quelques secondes à peine dans le rôle d’un pilote d’avion, au rôle à peine plus étoffé et moins déterminant que celui qu’il tenait dans Tarantula. Trois fois rien, donc, mais trois fois rien qui font d’Escapade au Japon une étape à franchir sur le chemin d’une intégrale Eastwood. Allons donc arpenter ce Japon de carte postale pendant 90 minutes…

S’agissant d’une intégrale Clint Eastwood, pas grand-chose à dire sur ledit Clint Eastwood, si ce n’est qu’il a une ligne de dialogue, qu’il prononce avec conviction, et qu’il s’agit de l’une de ses dernières panouilles des premiers temps : il tournera encore Ambush at Cimarron Pass (rôle important pour western très mineur) et Lafayette Escadrille (silhouette très présente mais très en retrait sous la direction du grand Wellman), avant de devenir la vedette de Rawhide.

Le film, donc… Une mièvrerie, dont toutes les bonnes idées sont consciencieusement gâchées par un scénario un peu con et un réalisateur plus intéressé par ses décors que par ses personnages.

Un gamin américain, qui doit rejoindre ses parents à Tokyo, et dont l’avion s’abîme en mer. Ses parents, en instance de divorce, ignorent s’il a survécu : la promesse d’une émotion forte. Mais non. Très vite, les parents savent que leur enfant est vivant. Puis qu’il a été recueilli par une famille de pêcheurs… Puis qu’il a pris la fuite avec le garçon de la famille… Puis…

Escapade au Japon Clint Eastwood

Après un début inégal mais raisonnablement prometteur (on ne s’emballe jamais vraiment, non plus), l’émotion et le suspense sont systématiquement tués dans l’œuf par cet étrange parti pris : constamment rassurer les spectateurs, comme les parents du gamin. Jamais les enfants ne sont en danger, le fait est parfaitement établi.

Aucun enjeu dramatique donc, ou si peu. Les enfants, qui se sont persuadé que la police veut les mettre en prison (ressort dramatique franchement tout pourri), traversent le pays, visitent des temples, passent la nuit dans une maison de geishas, partagent le repas d’une famille de fermiers… Bref, l’occasion de bien belles images, vraiment, mais au service de pas grand-chose, si ce n’est quelques jolis moments.

Passons sur l’interprétation des parents (Teresa Wright et Cameron Mitchell), dont Lubin semble se moquer royalement dans un montage parallèle avec la soirée chez les geishas… La famille de pêcheur japonais est nettement plus intéressante, dans la manière dont le film souligne mine de rien une sorte de condescendance à leur égard. Hélas, le couple disparaît aussi vite qu’il était apparu…

Les Proies (The Beguiled) – de Don Siegel – 1971

Posté : 16 juin, 2020 @ 8:00 dans 1970-1979, EASTWOOD Clint (acteur), SIEGEL Don, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Proies

Grande année pour Clint Eastwood, 1971 : il passe pour la première fois derrière la caméra (Un frisson dans la nuit), trouve le personnage qui fait définitivement de lui une immense star (Dirty Harry), et casse son image avec le plus sombre et le plus audacieux de ses rôles jusqu’alors, avec ces Proies.

Point commun entre ces trois films : Don Siegel, qui apparaît dans le premier et réalise les deux autres. Et lui aussi, comme son interprétation, surprend avec ce film qui tranche radicalement (sans jeu de mots pourri) avec ses grands polars ou même ses westerns… Les Proies se situe durant la guerre de Sécession. Mais de cette guerre, on ne verra que quelques photos noir et blanc sur le générique de début, quelques brefs souvenirs comme des flashs, le bruit des canons au loin, et cette menace constante qui resserre l’action dans l’enceinte de cette école de jeunes filles en territoire sudiste.

C’est là qu’échoue le caporal nordiste joué par Clint. Un sale type, menteur, profiteur, manipulateur… et très satisfait de lui-même. Un homme blessé, qui va semer le trouble dans cette petite communauté féminine qui l’a recueilli pour le soigner.

Dès la première scène, sa méthode est claire. À la fillette qui l’a trouvé en sang, et qui lui annonce qu’elle a 12 ans, bientôt 13, il rétorque qu’elle est bien assez grande pour être embrassée… avant de joindre les actes à la parole. Et quand, à la fin de la journée, il fait le compte des filles et femmes qu’il a embrassées, son sourire satisfait semble annoncer la suite, dramatique.

Siegel fait de cette pension un décor de plus en plus oppressant. La première partie de son film est lente, languide, faussement apaisée. À l’image de la directrice jouée par Geraldine Page, la bienveillance et la bonté affichées cachent des recoins nettement plus sombres : une relation incestueuse avec son frère, un traumatisme parental… Des fantômes dont on sent bien qu’ils ne vont pas tarder à exploser.

Clint, lui, ne voit rien venir. Et la seconde partie est pour lui une véritable descente aux enfers, sorte de sommet dans la logique masochiste de l’acteur, d’une intensité à laquelle on ne s’attendait plus. La scène de l’amputation, surtout, reste un moment particulièrement traumatisant, tout comme le dîner final, glaçant.

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