Play it again, Sam

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Archive pour la catégorie 'DOUGLAS Kirk'

La Rivière de nos amours (The Indian Fighter) – d’Andre De Toth – 1955

Posté : 22 mars, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DE TOTH Andre, DOUGLAS Kirk, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Rivière de nos amours

Petit homme à Kirk, le grand Kirk, histoire de se souvenir qu’il y a quelques semaines seulement, on respirait le même air que cet acteur extraordinaire… Me sens d’humeur nostalgique, d’un coup. Le grand Kirk, qui produit ce superbe western très personnel avec sa société Byrna (le prénom de sa môman, c’est beau), presque aussi personnel que Seuls sont les indomptés, avec qui ce film a une vraie filiation.

Dans celui-là, Kirk sera un cow-boy attaché à un mode de vie qui n’existe plus. Dans celui-ci, il est l’incarnation de ce mode de vie : un homme amoureux de la vie sauvage (il refuse d’ailleurs les avances d’une colonne pour les beaux yeux d’une native), mais qui sait bien que tout ça est appelé à disparaître. Il y a une scène magnifique où le cow-boy échange avec son ami photographe (Elisha Cook) devant un paysage grandiose. Ce dernier s’enthousiasme d’être celui qui montrera au monde les beautés de l’Ouest, ouvrant ainsi la voie à la civilisation. Kirk, lui, s’en désole, préférant garder jalousement cette nature telle qu’elle est, mais bien conscient que rien n’arrêtera l’histoire.

Ce thème est au cœur du film. Et le couple que forme Kirk et l’Indienne jouée par Elsa Martinelli ressemble à un cri désespéré, ou plutôt à une volonté farouche de refuser la marche de l’histoire, et de s’accrocher à ce paradis pas encore tout à fait perdu. La dernière image, heureuse mais si fragile, dit tout de cette posture superbe.

Andre De Toth filme magnifiquement ces paysages dans un Cinemascope qui n’a rien d’anodin : tout ici est tourné vers cette nature si vaste et encore préservé, sur cette terre de tous les possibles, sur ce mode de vie menacé. Il n’est pas question de savoir si les Indiens sont bons ou méchants, si les blancs sont des victimes ou des bourreaux. La vérité est bien sûr nettement moins tranchée, et le film ne se veut pas une étude réaliste, avec ces Indiens qui parlent un anglais parfait et cette violence si maîtrisée.

D’une histoire somme toute très classique (la paix entre blancs et indiens est mise à mal par les manigances de deux trafiquants joués par Walter Matthau et Lon Chaney Jr), De Toth et Douglas tirent un hommage superbe à cet Ouest d’un autre temps, à la vie sauvage, et à l’amour dans ce qu’il a de plus primal. Du grand De Toth, du grand Kirk…

Première Victoire (In harm’s way) – d’Otto Preminger – 1965

Posté : 16 mars, 2020 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, PREMINGER Otto, WAYNE John | Pas de commentaires »

Première victoire

Preminger, période grands sujets… On a le droit de préférer le Preminger première manière, celui des films noirs époustouflants. Mais le gars a quand même un savoir faire indéniable, une manière de mettre en relief la grande histoire en s’attardant sur des drames plus intimes…

Il y a de ça dans Première victoire, sa version de l’entrée en guerre des Etats-Unis, à travers les destins d’une demi-douzaine de personnages. On peut reprocher quelques facilités au scénario, en particulier dans l’évolution de certains de ces personnages. Celui de Kirk Douglas, passionnant dans la première moitié du film, évolue ainsi d’une manière abrupte qui fait avancer le récit mais peine à convaincre. Un « glissement » à peine justifié par une remarque de Patricia Neal, la love interest de John Wayne.

Ah oui ! Parce que comme souvent dans les grands films de guerre de cette époque, la distribution est extraordinaire. Wayne, donc, en pivot du film, Douglas et Neal, mais aussi Burgess Meredith, Henry Fonda, Dana Andrews, George Kennedy, Brandon De Wilde (le gamin de Shane, qui a bien grandi), Tom Truyon, Caroll O’Connor, Franchot Tone… Rien qu’avec ce casting, l’intérêt du film est assuré.

Mais il y a bien d’autres raisons d’aimer Première victoire. Et, surprise dans une telle grosse production, ce sont les ellipses, nombreuses et spectaculaires, qui donnent un particulier à ce film fleuve, qui n’hésite pas à faire des sauts en avant de plusieurs mois, et à éviter de montrer des moments clés de l’histoire, en particulier « la » grande bataille tant attendue.

On a quand même droit à quelques spectaculaires scènes de batailles sur l’eau. Trois, au moins, avec des parti-pris chaque fois différents et des résultats plutôt variables. Parfaitement tendue pour l’attaque de la flotte japonaise par les petits croiseurs, un peu fouillie pour le carnage final, et franchement cheap pour la scène quasi-inaugurale : celle de l’attaque de Pearl Harbor.

Ce moment-clé de l’histoire (et de la guerre) arrive après une première partie magnifiquement mise en scène, avec une économie de moyens et et une montée en puissance dramatique imparable. Les quelques ploufs dans l’eau et les maquettes qui font pfout ne gâchent pas vraiment l’ensemble, mais entraînent quelques petits sourires narquois, au mieux. Gênant.

Mais cette réserve n’est qu’u détail. Malgré ses quelques faiblesses, Première Victoire fait partie des réussites du genre. Et Preminger sait lui donner un ton très particulier et très intime. Ce bel hommage à la navy est à la fois vibrant et enthousiasmant, mais pas bêtement énamouré. Devant la caméra de Preminger, la frontière entre la victoire et la défaite est bien fragile. Et la violence a toujours un goût amer…

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Lust for life) – de Vincente Minnelli – 1956

Posté : 22 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, MINNELLI Vincente | Pas de commentaires »

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh

Les grandes fresques biographiques ont souvent eu un côté grandiloquent et hyper respectueux. Celle-ci n’échappe pas toujours à la règle, et c’est avec une grande application que le film de Minnelli raconte chaque chapitre de la vie tourmentée de Van Gogh.

De son passage dans les mines flamandes à sa mort à Auvers-sur-Oise en passant par sa courte vie de famille, ses rapports avec son frère Théo, sa cohabitation difficile avec Gaughin, ou son internement à Saint-Rémy-de-Provence… Une construction hyper-classique, sans doute trop, qui finit par avoir un côté catalogue.

Mais, et malgré un final trop hollywoodien et franchement raté, Minnelli réussit plutôt son pari. Non seulement le film utilise habilement les (vraies) toiles de Van Gogh, les mettant en scène comme autant de jalons dans le parcours intérieur tourmenté du peintre, mais les scènes les plus belles donnent le sentiment au spectateur d’entrer dans ces toiles.

La reconstitution est à peu près parfaite, mais c’est surtout la lumière qui impressionne. Ça et, bien sûr, la prestation de Kirk Douglas, intense et totalement habité, toujours juste, superbe et bouleversant.

Dans ce canevas très hollywoodien, c’est à la fois la manière dont Minnelli donne vie à l’imagerie van-goghienne, et à la douleur du maître, que l’on retient.

L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers) – de Lewis Milestone – 1946

Posté : 10 juin, 2019 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, DOUGLAS Kirk, MILESTONE Lewis, STANWYCK Barbara | Pas de commentaires »

L'Emprise du crime

« Don’t look back… Don’t ever look back. » La dernière réplique résume assez bien ce très beau film noir, dans lequel la nostalgie est quelque chose de franchement cruel.

Tout commence en 1928. Martha Ivers, jeune nièce de la toute puissante maîtresse d’Iverstown (jouée par la grande Judith Anderson), ne rêve que de fuir sa prison dorée avec Sam, fils de personne. Rattrapée alors qu’elle embarquait dans un train, elle finit par tuer sa tante devant un autre ami, Walter, alors que Sam s’est enfuie. Dix-huit ans plus tard, ce dernier revient à Iverstown…

En revenant (par hasard) dans la ville de son enfance, Sam pensait simplement renouer avec des souvenirs de jeunesse. Il retrouve les amis avec lesquels il a grandi mariés, riches et puissants, mais misérablement malheureux. Elle, autoritaire et froide comme l’était sa tante. Lui, pathétique avec ses faux airs de gamins pleurnichard qui se noie dans l’alcool du matin au soir pour oublier qu’il n’est qu’une poupée entre les mains de sa femme.

Et c’est un magnifique trio d’acteurs que filme Lewis Milestone. Barbara Stanwyck, immense comme elle l’a souvent été. Van Heflin (Sam), parfait dans le rôle du brave gars, droit et intègre. Et Kirk Douglas, dans son tout premier rôle, et déjà formidable en sale type tellement pathétique qu’il en devient touchant. Plus Lizabeth Scott, également quasi-débutante, très bien en ex-taularde qui croit enfin saisir une chance d’être heureuse.

C’est avant tout un film de personnages prisonniers de leur passé. Pas Van Heflin, le seul à avoir su partir à temps. Mais ses amis d’enfance, qui vivent depuis toujours dans le décor d’un drame, prisonniers de leurs crimes et de leurs souvenirs. Lewis Milestone filme parfaitement le sentiment de gâchis de ces vies basées sur des mensonges.

Et s’il utilise les codes du film noir, s’il crée un vrai suspense et quelques moments de grande tension, son film est avant tout l’histoire d’un homme qui ne se retourne pas et qui apprend à une jeune femme paumée à en faire de même, et d’un autre couple condamné à constamment se retourner, et donc sans avenir.

Il y a là des tas de grands moments de cinéma. La rencontre entre Van Heflin et Lizabeth Scott, sur les perrons d’une maison qui l’a vu naître (lui) et qui l’a mise à la porte (elle) : c’était l’époque où les couples se formaient autour d’une cigarette, et c’était visuellement magique. Les retrouvailles entre Van Heflin et Kirk Douglas, sommet de faux-cuterie. La froideur glaçante de Barbara Stanwyck au sommet de l’escalier…

Rien à jeter en fait, dans ce film cruel et lumineux à la fois, superbe confrontation de deux couples que tout oppose, l’un des sommets de la carrière de Milestone, sans aucun doute.

La Brigade du Texas (Posse) – de Kirk Douglas – 1975

Posté : 22 avril, 2019 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, DOUGLAS Kirk, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Brigade du Texas

Malgré l’échec de Scalawag, Kirk Douglas repasse derrière la caméra pour la seconde fois, et signe ce qui est sans doute son meilleur film depuis Le Reptile, cinq ans plus tôt : un western qui transforme une histoire simple en une passionnante étude de caractères, originale et souvent très surprenante.

L’histoire est tellement simple que le personnage d’homme de loi qu’interprète Douglas lui-même réussit à la résumer en une phrase, après quelques minutes d’action : « Si je ne l’arrête pas, je ne serai pas élu au Sénat ». Tout est dit sur l’intrigue et l’enjeu du film : Douglas, marshall entouré d’une brigade de choc, doit mettre la main sur le chef de gang joué par Bruce Dern, dont l’arrestation fera de lui un vainqueur assuré aux prochaines élections.

Drôle de western, donc, où on se surprend à avoir plus de sympathie pour le braqueur et tueur que pour le justicier, politicard en devenir que Douglas s’attache à ne pas rendre sympathique : il en fait un faux patriarche calculateur, qui fait graver sur une croix le nom d’un de ses hommes avant même la mort de ce dernier, et qu’on devine se désintéresser du sort de ceux qui l’ont accompagnés si longtemps et qu’en bon politicien il évoque régulièrement comme étant « the best posse ».

Kirk Douglas réalisateur filme un Ouest plus si sauvage, rattrapé par une modernité dont on sent bien qu’il n’a pas une grande passion pour elle. Le personnage le plus recommandable est d’ailleurs un journaliste attaché à dénoncer les dérives du tout puissant chemin de fer, symbole de cette modernité en marche. Ce journaliste, unijambiste et manchot, est joué par James Stacy, acteur qui faisait son grand retour sur les écrans, deux ans après un tragique accident qui lui a coûté son bras et sa jambe gauches, et que Douglas filme sans misérabilisme.

Le film oppose en fait deux hommes pas si différents : deux chefs que Douglas prend le temps de filmer avant l’action, dans la réflexion et les préparatifs. Deux chefs qui s’affrontent autour d’une même bande et dont le rapport de force finit par basculer sans qu’on s’en rende vraiment compte. Jusqu’à un retournement de situation aussi inattendu que réjouissant.

Cynique et ironique, Kirk Douglas réussit son coup. De quoi regretter amèrement que le public n’ait pas suivi, condamnant ainsi la carrière de cinéaste qui s’ouvrait à lui. Sa carrière d’acteur, elle, continuait son inexorable déclin.

Le Reptile (There was a crooked man) – de Joseph L. Mankiewicz – 1970

Posté : 21 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, MANKIEWICZ Joseph L., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Reptile

Tout cinéphile qui se respecte doit se souvenir de son premier émoi sensuel devant un écran. Le mien, c’était devant un western dont, longtemps, je n’ai pas su le titre, ni le nom des acteurs, encore moins celui du réalisateur. Bref, le seul souvenir que j’en avais, c’était celui d’un couple de jeunes gens qui s’étreignaient sur une table de billard. La jeune femme dans sa robe collée par la moiteur de l’atmosphère, et la fin tragique (le jeune homme tuait un agresseur en lui lançant une boule de billard) m’avaient profondément marqués.

Mais ce n’est que bien des années plus tard (n’allez pas croire que je suis un vieillard, quand même) que je suis retombé dessus : il s’agissait donc du Reptile, de Mankiewicz. Inutile de dire dans quel état je me suis trouvé en réalisant que mon premier émoi était dû à un cinéaste aussi important que Mankiewicz. Je devais avoir moins de 10 ans à l’époque, et déjà le sens du beau. Oui, c’est émouvant…

Cela étant dit, voir Mankiewicz s’attaquer au western à un âge avancé (c’est son avant-dernier film) est pour le moins inattendu. Evidemment, c’est un western bien atypique qu’il signe, et qui commence avec une série de gros plans sur des sabots de chevaux engoncés dans des « chaussons ». D’emblée, Mankiewicz rompt avec absolument tous les cinéastes qui ont fréquenté le genre avant lui.

Porté par une musique joyeuse et décalée, le film a des allures de comédie, impression confirmée par l’étonnant duo d’homosexuels qui passent leur temps à se chamailler, ou par un ton pince-sans-rire. Mais le fond est sombre, très sombre. Et les personnages sont, selon, des salauds ou des idiots. La palme revient à Kirk Douglas, le « héros » manipulateur qui pousse les prisonniers d’un pénitencier à se révolter pour pouvoir mettre les voiles, et qui donne son ton au film : souriant, ironique, et surtout très cynique.

Face à lui, Henry Fonda, symbole de la droiture dans le cinéma américain, dont la foi en l’être humain lui vaut quelques désagréments… De quoi lui faire voir la vie sous un autre angle. Ajoutons Warren Oates, Hume Cronyn ou Burgess Meredith, dans un très beau rôle de vieux taulard… Ce western unique de Joseph L. Mankiewicz a décidément bien de la gueule.

On en oublierait presque l’histoire, assez convenue, d’évasion. Le film vaut avant tout pour sa galerie de personnages. Et la scène de billard dans tout ça ? Anecdotique et rapidement évacuée. La prime adolescence se nourrit de peu…

La Femme aux chimères (Young man with a horn) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 9 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIZ Michael, DOUGLAS Kirk | Pas de commentaires »

La Femme aux chimères

J’ai beau aimer Casablanca passionnément, peut-être plus que n’importe quel autre film, tant sa réussite repose sur une espèce d’étincelle magique et mystérieuse. Mais j’ai le sentiment que Michael Curtiz n’a, sans doute, jamais été aussi inspiré que pour ce film magnifique, ne serait-ce que pour la manière dont il filme et utilise la musique, à la fois sujet et moteur du drame qui se noue.

Tout le film est rythmé par les airs de trompette, dont Curtiz illustre magnifiquement la fièvre, la nostalgie ou la langueur. Presque soixante-dix ans après, cette mise en image de la musique reste étonnamment percutante, et semble très en avance sur son temps. Le résultat est en tout cas aussi beau qu’entêtant, à l’image de cette scène où Lauren Bacall quitte l’hôtel, accompagnée par le son de la trompette, absolument magnifique.

Dès la séquence d’ouverture, qui nous montre l’enfance du personnage principal, Curtiz dévoile son parti pris : filmer l’histoire de ce jeune homme sauvé (vraiment sauvé ?) par la musique comme un film noir, en respectant à peu près tous les codes du genre, sans jamais céder vraiment aux sirènes du film de genre.

Le film flirte avec le noir, mais reste le portrait, beau et intense, d’un pur musicien, habité par son art. Inspiré de la vie du trompettiste Bix Beiderbecke, le film offre l’un de ses très grands rôles à Kirk Douglas, décidément immense, qui nous livre une interprétation toute en nuances absolument inoubliable. Il est de toutes les scènes, il est la raison d’être du film.

De quoi, quand même, s’interroger sur la clairvoyance des distributeurs français, qui font croire que Lauren Bacall, sortie d’une série de classiques du noirs, a un rôle plus central que celui qu’elle joue réellement. Les bizarreries du cinéma d’alors… Le titre original, certes moins mystérieux, avait au moins le mérite de l’honnêteté.

LIVRE : Le Fils du chiffonnier – de Kirk Douglas – 1987

Posté : 23 octobre, 2017 @ 8:00 dans DOUGLAS Kirk, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Le fils du chiffonnier

A 70 ans, après une vie et une carrière bien remplies, Kirk Douglas se décide à écrire ses mémoires. Le succès d’édition est colossal, et rappelle à beaucoup à quel point l’acteur a une filmographie impressionnante, et le rôle qu’il a joué dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Le livre dévoile aussi l’intimité de ce fils d’immigré, son enfance misérable, son ascension incroyable… Une sorte de personnification du rêve américain.

A l’époque, il est plutôt sur la pente descendante, voire même en fin de carrière : il vient de retrouver son pote Burt Lancaster pour un ultime baroud d’honneur (Coup double), et ne tournera plus qu’une poignée de films. Mais l’ombre de Spartacus est toujours bien présente, et Kirk Douglas jouit d’une réputation unique : celle d’un acteur devenu très tôt producteur, qui a pris sa carrière en main pour imposer ses choix, quitte à avoir l’image d’un tyran.

Douglas ne cache rien de ses excès et de ses exigences. Sans la moindre fausse modestie, il revendique avec une pleine conscience ses talents d’acteur, son quasi statut de chef d’entreprise, et ses qualités physiques qui l’ont poussé à souvent réaliser ses propres cascades. Il avoue aussi sans complaisance ses échecs, en particulier liés à son désir vain de devenir une star de Broadway, et à son incapacité à porter à l’écran cette pièce, Vol au-dessus d’un nid de coucou, qu’il a jouée sur scène et qu’il rêvait d’interpréter au cinéma. Les pages dans lesquelles il raconte le moment où le film se fait, produit par son fils Michael, mais sans lui, sont d’ailleurs parmi les plus belles du livre.

La jeunesse de Kirk, qui s’appelait encore Issur Demsky, donne également des pages magnifiques. Avec un vrai talent d’écrivain, Douglas s’arrête sur quelques épisodes marquants de son enfance, et livre sa grande blessure : pas celle d’avoir eu une enfance misérable (il plaindra presque ses propres enfants de ne pas avoir eu cette chance de pouvoir s’élever eux-mêmes), mais celle de ne jamais avoir reçu de son père alcoolique et absent l’affection qu’il attendait, plaie béante qui semble ne pas s’être refermée six décennies plus tard.

L’ombre du petit Issur réapparaît régulièrement dans les grandes étapes de la vie et de la carrière de Kirk, avec des dialogues qui se nouent entre l’un et l’autre, comme deux aspects d’une même personne qui peine à se fondre l’un dans l’autre. Et c’est assez beau.

L’extraordinaire carrière d’acteur de Kirk tient évidemment une grande place : ses débuts timides grâce à Lauren Bacall, dans L’Emprise du crime de Lewis Milestone, quelques panouilles, puis les grands films, les grands rôles, Le Champion, Histoire de détective, Le Gouffre aux chimères… Le nouveau rôle de producteur, les grands rôles physiques comme Les Vikings ou Spartacus. Autant d’étapes importantes sur lesquelles Kirk Douglas livre de passionnantes anecdotes.

L’acteur raconte aussi sa judéité, la manière dont, un peu comme le personnage qu’il interprète dans L’Ombre d’un géant, être juif s’est révélé important sur le tard. Ne cachant visiblement pas grand-chose de ce qu’il est, il se décrit aussi comme un homme n’ayant jamais eu de véritable ami (à l’exception notable de Burt Lancaster), et ayant trouvé la plénitude grâce à la famille qu’il a construite. Et raconte en livrant beaucoup de noms (et des connus !) comment il a vécu sa sexualité avec une frénésie qu’il ne parvenait pas refréner.

L’acteur était déjà grand. L’homme, avec ses qualités, ses défauts, ses excès et ses maladresses, est pas mal non plus…

Les Vikings (The Vikings) – de Richard Fleischer – 1958

Posté : 5 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Vikings

Mel Gibson rêve depuis des années de réaliser le film ultime sur les Vikings. Mais il ferait mieux de réviser sa cinéphilie : ce film ultime existe déjà, même qu’il s’appelle très sobrement Les Vikings, et que c’est l’excellent Richard Fleischer qui l’a réalisé il y presque 60 ans. Même qu’il y a Kirk Douglas et Tony Curtis en (demi-) frères ennemis là-dedans, que Janet Leigh y est sexy comme jamais, et que Ernest Borgnine y est un truculent et réjouissant chef Viking.

Voilà donc un très grand film d’aventures tourné en Cinemascope et dans un Technicolor magnifique : la photo, signée Jack Cardiff, est sublime, aussi bien dans les scènes intérieures de beuverie que dans les extérieurs en décors naturels, ou sur la mer baignée de brouillard. Mais Les Vikings est plus que ça. Les moyens conséquents dont Fleischer dispose permettent d’offrir une reconstitution d’une rare ambition, fascinante par sa précision, que ce soit pour filmer le quotidien du village Viking (dans des paysages à couper le souffle), ou la défense qui s’organise dans le château anglais assiégé.

Cette ambition n’écrase jamais Fleischer, qui se montre aussi à l’aise dans la superproduction que dans les séries B de ses débuts. Ici, il réussit constamment le plan juste et souvent inattendu : une contre-plongée sur le pont-levis qui se baisse, une plongée vertigineuse sur Kirk et Tont qui se battent au sommet du château, ou ce magnifique travelling filmant en gros plan les visages des Vikings prêts à affronter la mort… C’est du très grand cinéma hollywoodien, visuellement superbe.

Le scénario relève de la même ambition, avec cette histoire de deux ennemis qui découvrent trop tard qu’ils ont le même père. Les regards perdus des deux acteurs dans leur ultime scène ensemble sont inoubliables, image digne des plus grandes tragédies. Même l’histoire d’amour (avec un tendre baiser entre Janet et Tony que Jamie Lee doit se repasser en boucle) dépasse les conventions du genre, lors de cette scène où Janet Leigh laisse transparaître une attirance trouble pour la brute Einar, tout en clamant son amour pour Eric.

On la comprend bien d’ailleurs : face à un Tony Curtis un peu effacé derrière sa barbe, Kirk Douglas (également producteur et au sommet de sa carrière, entre Les Sentiers de la gloire et Le Dernier Train de Gun Hill) est extraordinaire d’intensité, inquiétant et séduisant à la fois. Un grand rôle, dans un grand film.

Le Champion (Champion) – de Mark Robson – 1949

Posté : 29 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, DOUGLAS Kirk, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Le Champion

Encore un film de boxe ? Oui, et celui-ci s’inscrit gentiment dans la mécanique bien huilée du genre, avec le destin d’un laissé pour compte qui trouve sa place sur le ring, et gravit les échelons de la gloire et de la fortune tout en perdant son humanité. Rien de bien surprenant, donc, même si Mark Robson filme tout ça fort bien, comme un film noir.

Surtout, c’est le premier grand rôle de Kirk Douglas, 33 ans et une présence magnétique. C’est à lui, surtout, que le film doit d’être à ce point mémorable. Remarqué dans quelques films remarquables (dès son tout premier rôle dans L’Emprise du crime), Douglas n’hésite pas, dès ces premières années à Hollywood, à mettre en avant les aspects détestables de ses personnages. C’est particulièrement vrai dans Le Champion.

Le film n’est jamais vraiment surprenant ? Kirk Douglas l’est, lui, constamment, trouvant le parfait équilibre entre l’humanité et la mesquinerie de son personnage, dont on ne sait jamais s’il nous touche ou s’il nous dégoûte. En contrepoint de son personnage à la présence dévorante, Arthur Kennedy est excellent dans un rôle ouvertement en retrait, frère handicapé et étouffé, qui révèle en négatif l’humanité perdue du « champion ».

On sent bien qu’on est en plein « film noir », et que rien de bon n’attend Kirk, son regard obtus et sa sensibilité en berne. Et comme dans tout bon film noir, son ascension et sa chute sont étroitement liés. Le personnage est pathétique. L’acteur est magnifique.

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