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Archive pour la catégorie 'DOUGLAS Kirk'

Le Reptile (There was a crooked man) – de Joseph L. Mankiewicz – 1970

Posté : 21 septembre, 2018 @ 8:00 dans 1970-1979, DOUGLAS Kirk, MANKIEWICZ Joseph L., WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Reptile

Tout cinéphile qui se respecte doit se souvenir de son premier émoi sensuel devant un écran. Le mien, c’était devant un western dont, longtemps, je n’ai pas su le titre, ni le nom des acteurs, encore moins celui du réalisateur. Bref, le seul souvenir que j’en avais, c’était celui d’un couple de jeunes gens qui s’étreignaient sur une table de billard. La jeune femme dans sa robe collée par la moiteur de l’atmosphère, et la fin tragique (le jeune homme tuait un agresseur en lui lançant une boule de billard) m’avaient profondément marqués.

Mais ce n’est que bien des années plus tard (n’allez pas croire que je suis un vieillard, quand même) que je suis retombé dessus : il s’agissait donc du Reptile, de Mankiewicz. Inutile de dire dans quel état je me suis trouvé en réalisant que mon premier émoi était dû à un cinéaste aussi important que Mankiewicz. Je devais avoir moins de 10 ans à l’époque, et déjà le sens du beau. Oui, c’est émouvant…

Cela étant dit, voir Mankiewicz s’attaquer au western à un âge avancé (c’est son avant-dernier film) est pour le moins inattendu. Evidemment, c’est un western bien atypique qu’il signe, et qui commence avec une série de gros plans sur des sabots de chevaux engoncés dans des « chaussons ». D’emblée, Mankiewicz rompt avec absolument tous les cinéastes qui ont fréquenté le genre avant lui.

Porté par une musique joyeuse et décalée, le film a des allures de comédie, impression confirmée par l’étonnant duo d’homosexuels qui passent leur temps à se chamailler, ou par un ton pince-sans-rire. Mais le fond est sombre, très sombre. Et les personnages sont, selon, des salauds ou des idiots. La palme revient à Kirk Douglas, le « héros » manipulateur qui pousse les prisonniers d’un pénitencier à se révolter pour pouvoir mettre les voiles, et qui donne son ton au film : souriant, ironique, et surtout très cynique.

Face à lui, Henry Fonda, symbole de la droiture dans le cinéma américain, dont la foi en l’être humain lui vaut quelques désagréments… De quoi lui faire voir la vie sous un autre angle. Ajoutons Warren Oates, Hume Cronyn ou Burgess Meredith, dans un très beau rôle de vieux taulard… Ce western unique de Joseph L. Mankiewicz a décidément bien de la gueule.

On en oublierait presque l’histoire, assez convenue, d’évasion. Le film vaut avant tout pour sa galerie de personnages. Et la scène de billard dans tout ça ? Anecdotique et rapidement évacuée. La prime adolescence se nourrit de peu…

La Femme aux chimères (Young man with a horn) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 9 juillet, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIZ Michael, DOUGLAS Kirk | Pas de commentaires »

La Femme aux chimères

J’ai beau aimer Casablanca passionnément, peut-être plus que n’importe quel autre film, tant sa réussite repose sur une espèce d’étincelle magique et mystérieuse. Mais j’ai le sentiment que Michael Curtiz n’a, sans doute, jamais été aussi inspiré que pour ce film magnifique, ne serait-ce que pour la manière dont il filme et utilise la musique, à la fois sujet et moteur du drame qui se noue.

Tout le film est rythmé par les airs de trompette, dont Curtiz illustre magnifiquement la fièvre, la nostalgie ou la langueur. Presque soixante-dix ans après, cette mise en image de la musique reste étonnamment percutante, et semble très en avance sur son temps. Le résultat est en tout cas aussi beau qu’entêtant, à l’image de cette scène où Lauren Bacall quitte l’hôtel, accompagnée par le son de la trompette, absolument magnifique.

Dès la séquence d’ouverture, qui nous montre l’enfance du personnage principal, Curtiz dévoile son parti pris : filmer l’histoire de ce jeune homme sauvé (vraiment sauvé ?) par la musique comme un film noir, en respectant à peu près tous les codes du genre, sans jamais céder vraiment aux sirènes du film de genre.

Le film flirte avec le noir, mais reste le portrait, beau et intense, d’un pur musicien, habité par son art. Inspiré de la vie du trompettiste Bix Beiderbecke, le film offre l’un de ses très grands rôles à Kirk Douglas, décidément immense, qui nous livre une interprétation toute en nuances absolument inoubliable. Il est de toutes les scènes, il est la raison d’être du film.

De quoi, quand même, s’interroger sur la clairvoyance des distributeurs français, qui font croire que Lauren Bacall, sortie d’une série de classiques du noirs, a un rôle plus central que celui qu’elle joue réellement. Les bizarreries du cinéma d’alors… Le titre original, certes moins mystérieux, avait au moins le mérite de l’honnêteté.

LIVRE : Le Fils du chiffonnier – de Kirk Douglas – 1987

Posté : 23 octobre, 2017 @ 8:00 dans DOUGLAS Kirk, LIVRES | Pas de commentaires »

LIVRE Le fils du chiffonnier

A 70 ans, après une vie et une carrière bien remplies, Kirk Douglas se décide à écrire ses mémoires. Le succès d’édition est colossal, et rappelle à beaucoup à quel point l’acteur a une filmographie impressionnante, et le rôle qu’il a joué dans l’histoire du cinéma hollywoodien. Le livre dévoile aussi l’intimité de ce fils d’immigré, son enfance misérable, son ascension incroyable… Une sorte de personnification du rêve américain.

A l’époque, il est plutôt sur la pente descendante, voire même en fin de carrière : il vient de retrouver son pote Burt Lancaster pour un ultime baroud d’honneur (Coup double), et ne tournera plus qu’une poignée de films. Mais l’ombre de Spartacus est toujours bien présente, et Kirk Douglas jouit d’une réputation unique : celle d’un acteur devenu très tôt producteur, qui a pris sa carrière en main pour imposer ses choix, quitte à avoir l’image d’un tyran.

Douglas ne cache rien de ses excès et de ses exigences. Sans la moindre fausse modestie, il revendique avec une pleine conscience ses talents d’acteur, son quasi statut de chef d’entreprise, et ses qualités physiques qui l’ont poussé à souvent réaliser ses propres cascades. Il avoue aussi sans complaisance ses échecs, en particulier liés à son désir vain de devenir une star de Broadway, et à son incapacité à porter à l’écran cette pièce, Vol au-dessus d’un nid de coucou, qu’il a jouée sur scène et qu’il rêvait d’interpréter au cinéma. Les pages dans lesquelles il raconte le moment où le film se fait, produit par son fils Michael, mais sans lui, sont d’ailleurs parmi les plus belles du livre.

La jeunesse de Kirk, qui s’appelait encore Issur Demsky, donne également des pages magnifiques. Avec un vrai talent d’écrivain, Douglas s’arrête sur quelques épisodes marquants de son enfance, et livre sa grande blessure : pas celle d’avoir eu une enfance misérable (il plaindra presque ses propres enfants de ne pas avoir eu cette chance de pouvoir s’élever eux-mêmes), mais celle de ne jamais avoir reçu de son père alcoolique et absent l’affection qu’il attendait, plaie béante qui semble ne pas s’être refermée six décennies plus tard.

L’ombre du petit Issur réapparaît régulièrement dans les grandes étapes de la vie et de la carrière de Kirk, avec des dialogues qui se nouent entre l’un et l’autre, comme deux aspects d’une même personne qui peine à se fondre l’un dans l’autre. Et c’est assez beau.

L’extraordinaire carrière d’acteur de Kirk tient évidemment une grande place : ses débuts timides grâce à Lauren Bacall, dans L’Emprise du crime de Lewis Milestone, quelques panouilles, puis les grands films, les grands rôles, Le Champion, Histoire de détective, Le Gouffre aux chimères… Le nouveau rôle de producteur, les grands rôles physiques comme Les Vikings ou Spartacus. Autant d’étapes importantes sur lesquelles Kirk Douglas livre de passionnantes anecdotes.

L’acteur raconte aussi sa judéité, la manière dont, un peu comme le personnage qu’il interprète dans L’Ombre d’un géant, être juif s’est révélé important sur le tard. Ne cachant visiblement pas grand-chose de ce qu’il est, il se décrit aussi comme un homme n’ayant jamais eu de véritable ami (à l’exception notable de Burt Lancaster), et ayant trouvé la plénitude grâce à la famille qu’il a construite. Et raconte en livrant beaucoup de noms (et des connus !) comment il a vécu sa sexualité avec une frénésie qu’il ne parvenait pas refréner.

L’acteur était déjà grand. L’homme, avec ses qualités, ses défauts, ses excès et ses maladresses, est pas mal non plus…

Les Vikings (The Vikings) – de Richard Fleischer – 1958

Posté : 5 octobre, 2017 @ 8:00 dans 1950-1959, CURTIS Tony, DOUGLAS Kirk, FLEISCHER Richard | Pas de commentaires »

Les Vikings

Mel Gibson rêve depuis des années de réaliser le film ultime sur les Vikings. Mais il ferait mieux de réviser sa cinéphilie : ce film ultime existe déjà, même qu’il s’appelle très sobrement Les Vikings, et que c’est l’excellent Richard Fleischer qui l’a réalisé il y presque 60 ans. Même qu’il y a Kirk Douglas et Tony Curtis en (demi-) frères ennemis là-dedans, que Janet Leigh y est sexy comme jamais, et que Ernest Borgnine y est un truculent et réjouissant chef Viking.

Voilà donc un très grand film d’aventures tourné en Cinemascope et dans un Technicolor magnifique : la photo, signée Jack Cardiff, est sublime, aussi bien dans les scènes intérieures de beuverie que dans les extérieurs en décors naturels, ou sur la mer baignée de brouillard. Mais Les Vikings est plus que ça. Les moyens conséquents dont Fleischer dispose permettent d’offrir une reconstitution d’une rare ambition, fascinante par sa précision, que ce soit pour filmer le quotidien du village Viking (dans des paysages à couper le souffle), ou la défense qui s’organise dans le château anglais assiégé.

Cette ambition n’écrase jamais Fleischer, qui se montre aussi à l’aise dans la superproduction que dans les séries B de ses débuts. Ici, il réussit constamment le plan juste et souvent inattendu : une contre-plongée sur le pont-levis qui se baisse, une plongée vertigineuse sur Kirk et Tont qui se battent au sommet du château, ou ce magnifique travelling filmant en gros plan les visages des Vikings prêts à affronter la mort… C’est du très grand cinéma hollywoodien, visuellement superbe.

Le scénario relève de la même ambition, avec cette histoire de deux ennemis qui découvrent trop tard qu’ils ont le même père. Les regards perdus des deux acteurs dans leur ultime scène ensemble sont inoubliables, image digne des plus grandes tragédies. Même l’histoire d’amour (avec un tendre baiser entre Janet et Tony que Jamie Lee doit se repasser en boucle) dépasse les conventions du genre, lors de cette scène où Janet Leigh laisse transparaître une attirance trouble pour la brute Einar, tout en clamant son amour pour Eric.

On la comprend bien d’ailleurs : face à un Tony Curtis un peu effacé derrière sa barbe, Kirk Douglas (également producteur et au sommet de sa carrière, entre Les Sentiers de la gloire et Le Dernier Train de Gun Hill) est extraordinaire d’intensité, inquiétant et séduisant à la fois. Un grand rôle, dans un grand film.

Le Champion (Champion) – de Mark Robson – 1949

Posté : 29 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1940-1949, DOUGLAS Kirk, ROBSON MARK | Pas de commentaires »

Le Champion

Encore un film de boxe ? Oui, et celui-ci s’inscrit gentiment dans la mécanique bien huilée du genre, avec le destin d’un laissé pour compte qui trouve sa place sur le ring, et gravit les échelons de la gloire et de la fortune tout en perdant son humanité. Rien de bien surprenant, donc, même si Mark Robson filme tout ça fort bien, comme un film noir.

Surtout, c’est le premier grand rôle de Kirk Douglas, 33 ans et une présence magnétique. C’est à lui, surtout, que le film doit d’être à ce point mémorable. Remarqué dans quelques films remarquables (dès son tout premier rôle dans L’Emprise du crime), Douglas n’hésite pas, dès ces premières années à Hollywood, à mettre en avant les aspects détestables de ses personnages. C’est particulièrement vrai dans Le Champion.

Le film n’est jamais vraiment surprenant ? Kirk Douglas l’est, lui, constamment, trouvant le parfait équilibre entre l’humanité et la mesquinerie de son personnage, dont on ne sait jamais s’il nous touche ou s’il nous dégoûte. En contrepoint de son personnage à la présence dévorante, Arthur Kennedy est excellent dans un rôle ouvertement en retrait, frère handicapé et étouffé, qui révèle en négatif l’humanité perdue du « champion ».

On sent bien qu’on est en plein « film noir », et que rien de bon n’attend Kirk, son regard obtus et sa sensibilité en berne. Et comme dans tout bon film noir, son ascension et sa chute sont étroitement liés. Le personnage est pathétique. L’acteur est magnifique.

L’Ombre d’un géant (Cast a giant shadow) – de Melville Shavelson – 1966

Posté : 17 septembre, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, SHAVELSON Melville, WAYNE John | Pas de commentaires »

L'Ombre d'un géant

On sent bien que Melville Shavelson, scénariste et réalisateur dont j’avoue ne connaître aucun autre film, a pris à cœur cette grosse production consacrée à la naissance de l’Etat d’Israël, véritable hommage au courage du peuple juif. Cet engagement du cinéaste fait à la fois la force et la faiblesse du film. La force parce qu’on ne peut qu’être séduit par la sincérité du propos, et par le soin apporté à l’écriture et à la mise en scène, ample et souvent spectaculaire. La faiblesse parce qu’on sent aussi la crainte de ne pas être à la hauteur du sujet derrière l’extrême application, parfois, et ce désir d’être didactique tout en étant admiratif.

Le film est finalement trop dans l’hommage pour être tout à fait honnête, hélas. Aussi attachant soit-il, le film pêche par trop d’académisme et trop d’application, et manque probablement d’un peu de recul. Cela dit, ça fonctionne plutôt bien, comme une succession de moments forts souvent bien réalisés. Dans les transitions, la réussite est plus discutable, comme dans les quelques flash-backs assez calamiteux, dont le seul intérêt semble être d’étoffer le rôle tenu par John Wayne.

Wayne fait partie des « special appearances » du film, avec Yul Brynner et Frank Sinatra. Mais c’est Kirk Douglas qui tient le rôle principal : celui, bien réel, d’un ancien officier de l’armée américaine qui accepte de conseiller, puis d’unifier et de diriger la toute jeune armée israélienne. Excellent, comme toujours, l’ami Kirk incarne parfaitement ce mélange de force et de doutes qui caractérise son personnage.

D’ailleurs, le film n’est jamais aussi bon que quand il s’intéresse à lui, à la manière dont il s’éprend de la cause israélienne, coup de foudre personnifiée par une jeune et belle combattante (Senta Berger, qui lui ferait presque oublier l’épouse qu’il a laissée à New York, et qui est quand même interprétée par Angie Dickinson. Ces errements de cœur, l’évolution de la perception de « son » Amérique et de cette terre d’Israël qu’il découvre, sont les plus belles réussites de ce film imparfait mais à la sincérité séduisante.

Seuls sont les indomptés (Lonely are the brave) – de David Miller – 1962

Posté : 16 février, 2017 @ 8:00 dans 1960-1969, DOUGLAS Kirk, MILLER David, POLARS/NOIRS, WESTERNS | Pas de commentaires »

Seuls sont les indomptés

Un cowboy se réveille près de son cheval, dans un paysage désertique. Une première image classique de western. Mais alors qu’il selle son compagnon, un étrange bourdonnement se fait entendre, de plus en plus pressant. Le cowboy lève les yeux vers les premières lueurs du jour : trois avions de chasse passent dans le ciel.
A peu près tout est dit dans cette première scène sobre, au noir et blanc superbement granuleux. Seuls sont les indomptés est le portrait d’un homme perdu dans son époque, un cowboy qui n’envisage sa vie que libre et sans contrainte, sans attache, un authentique solitaire né 80 ans trop tard, interprété par Kirk Douglas, une nouvelle fois immense.

Il y a ainsi une très belle scène avec Gena Rowlands, femme dont on comprend qu’il l’a aimée, mais l’a poussée à épouser son meilleur ami. « Tu en voulais trop », lui rappelle-t-elle. « Je n’en voulais pas assez », corrige-t-il. « Je ne voulais pas de maison, ni de cuisine aménagée, je ne voulais que toi. »

Un homme qui ne se « rêve » pas en homme libre, mais qui va au bout de ce qu’il est, fulminant quand sa route croise des barbelés (un vieux thème du western classique), se faisant volontairement enfermée en prison pour aider son ami à s’évader… avant de réaliser que son ami, lui, a finalement accepté l’époque qui est la leur, et les règles et contraintes qui vont avec.

Seuls sont les indomptés n’est pas un film parfait : quelques rebondissements discutables, le personnage de brute un rien caricatural joué par George Kennedy, ou les apparitions, tout au long du film, d’un camionneur (Carroll O’Connor) dont on imagine bien vite qu’il représente une sorte de destin fatal, procédé téléphoné pas très heureux.

Mais il y a surtout la nostalgie d’une certaine Amérique, qui prend toute sa dimension dans la longue séquence de la traque, entre un Kirk Douglas qui retrouve un décor pur enfin digne de l’Ouest sauvage… perturbé par l’apparition d’un hélicoptère et de voitures, et un shérif nonchalant et fatigué (Walter Matthau, réjouissant), dont on ressent la sympathie qu’il a pour cet homme qui va au bout de ses passions. Le symbole magnifique d’une époque révolue où la liberté était la première des valeurs.

Histoire de détective (Detective Story) – de William Wyler – 1951

Posté : 13 octobre, 2016 @ 8:00 dans * Films noirs (1935-1959), 1950-1959, DOUGLAS Kirk, WYLER William | Pas de commentaires »

Histoire de détective

Il ne faut pas se fier au titre : le film n’a rien à voir avec un polar. Ou plutôt si, fions-nous au titre : c’est bel et bien l’histoire d’un détective que raconte Wyler, mais uniquement par le versant humain du personnage. La première fausse piste passée, et une fois avéré le fait que l’enquête autour de ce médecin avorteur joué par George Macready n’a d’autre intérêt que l’impact qu’il a sur le détective en question, alors le film se dévoile pour ce qu’il est vraiment : le portrait d’un homme malade.

L’homme malade, c’est Kirk Douglas, formidable en flic trop obnubilé par des principes qui cachent (mal) le traumatisme d’une jeunesse ratée. Un jusqu’au-boutiste rigide et incapable de la moindre sensibilité, un bloc inflexible qui, comme le dit l’un de ses collègues (l’excellent William Bendix), arrêterait sa propre mère.

Unité de temps, unité de lieu (ou presque)… Le film est l’adaptation (par Philip Yordan) d’une pièce à succès de Sidney Kingsley qui raconte la descente aux enfers, en une soirée, d’un flic confronté à ses propres démons. Wyler n’évite d’ailleurs pas toujours le carcan du théâtre filmé, avec des dialogues qui semblent un peu trop découpés et théâtraux.

Et paradoxalement, ce sont les quelques plans filmés à l’extérieur du commissariat qui rappellent le plus les origines théâtrales du projet, tant elles rompent le rythme du récit. A l’exception quand même de la scène du « panier à salade », admirablement tendue. Lorsqu’il reste confiné à l’intérieur de cette grande pièce, Wyler utilise en tout cas parfaitement son décor, faisant naître un sentiment de claustrophobie grandissant.

Mais plus le film avance, plus le personnage de Kirk Douglas dévoile ses fêlures, et plus la caméra se rapproche de lui, faisant constamment monter la tension, jusqu’à une conclusion bouleversante. Wyler, il est vrai, peut s’appuyer sur des acteurs formidables et, pour le coup, pas du tout théâtraux. A commence par Kirk lui-même, clairement dans la plus grande période de sa carrière : celle de ses plus grands films et de ses plus grands défis d’acteur. Ce personnage, peu aimable, en est clairement un.

Il y a quand même une exception, une actrice dont le jeu semble prendre le contrepoint de tous les autres : Lee Grant, dans le rôle de la petite voleuse à la tire qui hante tout le film de sa présence. Elle en fait des tonnes, trop sans doute, mais il se dégage une étrange émotion de ce personnage un peu cinglé. C’est elle en tout cas qui décrochera un prix d’interprétation à Cannes, pour ce rôle.

Le Gouffre aux chimères (Ace in the Hole / The Big Carnival) – de Billy Wilder – 1951

Posté : 30 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, WILDER Billy | Pas de commentaires »

Le Gouffre aux chimères

Décidément très sombre, Billy Wilder, au tournant des années 50. Tourné après Sunset Boulevard, ce Ace in the Hole est sans doute le plus cynique de tous ses films, une charge d’une rare violence contre… Contre quoi d’ailleurs ? Le comportement des journalistes prêts à manipuler la vérité (et la vie des gens) pour une bonne histoire ? Celui de leurs lecteurs avides de drames humains qui se précipitent sur les lieux d’une tragédie comme ils se rendent à une fête foraine ?

Et ce n’est pas une simple formule. Autour de la mine où un homme est coincé depuis des jours, c’est effectivement une véritable foire qui se forme, « grâce » aux arrangements avec la vérité d’un journaliste prêt à tout pour retrouver les grâces des grands journaux nationaux, lui qui se morfond depuis des mois dans un petit canard de province qu’il méprise avec toute la force de son dédain.

C’est Kirk Douglas, dans l’un de ses très grands rôles. Un sale type, qui ne se cache pas. Une vision détestable du journaliste, l’antithèse en quelques sortes du Bogart de Bas les masques. Un homme pourtant, à qui il faudra du temps pour réaliser que derrières les histoires qu’il livre au lecteur comme on nourrit un vautour, il y a des drames humains. Et qu’il y joue un rôle quoi qu’il en dise, lui qui répète sans cesse qu’il relate les mauvaises nouvelles, qu’il ne les crée pas…

Pas réjouissante, la vision de l’humanité de Wilder dans ce film. On y croise aussi des flics corrompus, des Indiens avides ou encore une épouse pas vraiment éplorée, tous bien décidés à profiter du drame. Et au milieu de ce grand carnaval, un homme enseveli et son père qui erre au milieu de la foule, toujours plus seul à mesure que cette dernière grandit. Les images de ce petit homme infirme claudiquant de dos au cœur de la foule sont peut-être les plus belles de ce film fort et cruel.

Le Dernier Train de Gun Hill (Last Train from Gun Hill) – de John Sturges – 1959

Posté : 29 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1950-1959, DOUGLAS Kirk, STURGES John, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le dernier train de Gun Hill

Il suffit parfois de rien : le message d’un ami qui vient de revoir l’un de ces westerns qui ont bercé mon adolescence. Suffisant pour donner envie de redécouvrir ce John Sturges un peu oublié, perdu entre deux classiques du genre (le cinéaste l’a tourné entre Règlement de compte à OK Corral et Les Sept Mercenaires, deux références), et pas vu depuis au moins vingt ans.

Les premières minutes sont plutôt cruelles. Un prologue pourtant dramatique (une femme violée et tuée devant les yeux de son fils), mais filmé avec une platitude remarquable, sans le moindre souffle et sans la moindre force, dans un décor visiblement droit sorti du précédent classique de Sturges (la scène romantique de Burt Lancaster/Wyatt Earp).

On craint alors le pire. Mais l’entrée en scène de l’ami Kirk Douglas, rescapé du OK Corral, donne un coup de peps à mise en scène de Sturges, qui semble retrouver tout son allant et toute son inspiration. Elle est formidable cette première scène, qui nous montre un shérif rigolard évoquant avec les enfants de sa ville tranquille des heures plus troublées qu’ils n’ont pas connu, et dont on devine qu’il va bientôt être rattrapé par la violence. Parce que cette femme violée et tuée, c’est la sienne…

Par le plus grand des hasards (soyons indulgents sur les facilités scénaristiques), le shérif Kirk découvre sur le lieu du drame une selle qui le mène droit au coupable, qui n’est autre que le fils de son meilleur ami, qui lui sauva la vie jadis. Tout ça est un peu tiré par les cheveux, certes. Mais qu’importe, le cinéma de genre est pavé de ces petits trucs improbables. Et ce truc-là donne au film une belle gravité.

Le meilleur ami, c’est Anthony Quinn, dans l’une de ses très belles interprétations, toute en sobriété et en présence magnétique. Si le personnage de Kirk Douglas impressionne par sa volonté et son jusqu’au boutisme, c’est lui, Quinn, qui donne au film ses meilleurs moments. Tiraillé entre son attachement sincère pour cet ami de longue date, et son refus de laisser son fils, pourtant totalement con, se faire pendre. Un beau sujet de tragédie.

Qu’importe aussi si la fin, décevante, laisse un sentiment d’inachevé. Il y a dans ce western une tension qui ne retombe jamais, et une force viscérale qui trouve son apogée lors d’une séquence d’incendie apocalyptique que n’aurait pas renié Eastwood. Sturges ne révolutionne pas le genre (le thème rappelle souvent Le Train sifflera trois fois ou 3h10 pour Yuma), mais il lui offre une belle réussite. Ambiance La Dernière Séance, comme dit mon pote…

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