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Archive pour la catégorie 'DE NIRO Robert'

Taxi Driver (id.) – de Martin Scorsese – 1976

Posté : 17 septembre, 2016 @ 8:00 dans 1970-1979, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

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« You’re talking to me ? » De Niro mimant un dialogue devant son miroir… Cette scène n’est pas juste la plus célèbre de Taxi Driver, l’une de celles que les cinéphiles se répètent en boucle depuis quarante ans. Elle illustre parfaitement le destin de Travis Bickle, vétéran du VietNam incapable de trouver sa place dans la société, paumé confronté à la solitude qui s’invente une destinée hors du commun.

Jamais peut-être un film n’a aussi bien souligné la solitude d’un homme dans la ville. New York, bien sûr, filmée comme une étuve nocturne où se croisent tout ce que l’humanité fait de plus tordu, dépravé, minable. Des pervers, des proxénètes (Harvey Keitel), des putes de 12 ans (Jodie Foster) des maris qui ne pensent qu’à tuer leur femme (Scorsese lui-même, visiblement sous l’influence d’une substance non autorisée dans une apparition hallucinante)… et Travis / De Niro en témoin écœuré de cette meute déshumanisée.

Il est formidable, De Niro, d’une sobriété qui paraît aujourd’hui bien étonnante. Intense et superbe anti-héros, jeune homme abîmé par son époque, sans repère ni horizon. Un homme capable de belles déclarations romantiques, mais qui emmène l’élue de son cœur (Cybil Sheperd) dans un cinéma porno. Parce que c’est là le seul univers qu’il connaisse vraiment. Un homme dont la folie grandissante et un coup du sort fera de lui un authentique héros à l’Américaine. Pas réintégré dans la société, mais enfin en paix, malgré tout.

Plus que le fil conducteur (la « mission » de Travis), c’est la déambulation sans fin de De Niro qui fascine, la caméra de Scorsese transformant les rencontres nocturnes de son chauffeur de taxi en trip glauque et halluciné dans une ville rongée par le vice, la misère et la solitude. Un chef d’oeuvre transcendé par Scorsese, mais qui vient pourtant d’un autre talent : celui du scénariste Paul Schrader, qui a tiré cette « histoire » de ces propres années de galère et de solitude dans une New York cruelle pour les solitaires.

C’est aussi la dernière musique originale de Bernard Herrmann, mort fin 1975 avant la sortie du film. Le compositeur attitré avait commencé sa carrière 35 ans plus tôt en signant le score de Citizen Kane. Avec Taxi Driver, il clôt de la plus belle des manières son impressionnante filmographie, avec une musique jazzy portée par des sax fascinants.

Les Affranchis (Goodfellas) – de Martin Scorsese – 1990

Posté : 8 juillet, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, 1990-1999, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

Les Affranchis (Goodfellas) - de Martin Scorsese - 1990 dans * Films de gangsters Les%20Affranchis_zps1hiygztn

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être gangster… » En une phrase culte, prononcée sur l’image arrêtée de son visage en gros plan, Ray Liotta rentre dans la légende. Acteur de second plan, vaguement remarqué dans Jusqu’au bout du rêve et quelques autres films, Liotta dévore l’écran dès cette séquence d’ouverture hallucinante, d’une violence et d’une brutalité sauvages.

Sa carrière par la suite n’atteindra jamais de tels sommets, mais Ray Liotta est un acteur formidable. Robert De Niro est magnifique, Joe Pesci est littéralement monstrueux… Mais c’est bien Liotta qui porte sur ses épaules ce monument indépassable de Scorsese, le sommet peut-être de sa filmographie, le film dans lequel le style du cinéaste atteint son apothéose, sa forme la plus parfaite et la plus radicale.

Il est de toutes les scènes, ou presque, Liotta, incarnant avec la même puissance la jeunesse superbe et « héroïque » et l’âge mur de la déchéance de Henry Hill, personnage réel dont l’histoire a inspiré le roman de Nicholas Pileggi : le destin entre gloire et amertume d’un mafieux devenu témoin sous protection.

De cette histoire vraie, Scorsese a tiré une sorte d’opéra filmé. Du cinéma total où tout est rythme et émotion. La bande son hallucinante, le montage explosif, les longs mouvements de caméra, la voix off inoubliable (celle de Liotta)… Tout atteint la perfection dans ce film : cet inouï plan-séquence présentant les « gueules » des mafieux, cette longue série de meurtres qui semble tous participer du même mouvement, les scènes consacrées aux horribles épouses trop maquillées et trop exubérantes…

Au cœur du film, il y a ce sentiment d’appartenance qui rend ces personnages curieusement attachants. Il y a aussi, et surtout, cette atmosphère d’une rare violence parfois latente, parfois explosive. La prestation de Joe Pesci contribue évidemment à rendre cette violence si inoubliable, lui qui emprunte le couteau de cuisine de sa mère (jouée par celle de Scorsese) pour achever l’une de ses victimes ; lui qui dessoude un jeune serveur qui l’a envoyé chier.

On le sent près à exploser à n’importe quel moment. D’où l’inoubliable et étouffante séquence de « Je te fais rire ? Je te fais rire comment ?… » face à un Ray Liotta ahuri. De Niro, lui, apporte sa stature comme un contrepoint presque sage, force pas si tranquille. Un grand trio d’acteurs en état de grâce. Un immense chef d’œuvre.

American Bluff (American Hustle) – de David O. Russell – 2013

Posté : 15 mars, 2016 @ 8:00 dans * Films de gangsters, * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, DE NIRO Robert, RUSSELL David O. | Pas de commentaires »

American Bluff (American Hustle) - de David O. Russell - 2013 dans * Films de gangsters American%20Bluff_zpsfbles7qq

David O. Russell est un cinéaste sous influences. Celles d’American Bluff sont évidentes, Les Affranchis et Ocean’s Eleven en tête. Deux références qui imposent leur marque, leur ton, leur rythme à ce film dont on s’attend d’emblée à ce qu’il aille très loin dans le noir.

Si la construction et le décor évoquent furieusement le chef d’œuvre de Scorsese, et malgré l’apparition lors d’une unique scène d’un Robert De Niro glaçant en figure de la mafia, American Bluff est curieusement dénué de toute violence physique. On sent pourtant la menace constante, mais jamais les gangsters ne lèvent le doigt sur qui que ce soit, à l’exception d’une virée punitive en voiture qu’on a du mal à prendre au sérieux.

Finalement, la seule explosion de violence vient de celui des personnages principaux qui est censé représenter la loi. J’ai nommé Bradley Cooper, acteur généralement pas bien passionnant, mais ici assez épatant en agent du FBI plus ambitieux que talentueux, jeune loup un rien ridicule que Cooper interprète avec une certaine autodérision, mais aussi avec une belle retenue.

Christian Bale est lui carrément génial en arnaqueur embarqué malgré lui dans une histoire trop ambitieuse et trop dangereuse pour lui. A la fois magnifique et pathétique. Sa première apparition laissait pourtant craindre le pire, la caméra dévoilant sa bedaine énorme et son crâne dégarni lors d’une longue séquence d’ouverture sur le thème « regarde jusqu’où je vais pour ce rôle, si j’ai pas un Oscar avec ça bah merde. » Un rien complaisant.

David O. Russell n’est pas tout à fait à la hauteur d’un Soderbergh pour instaurer une ambiance. Et surtout pas au niveau d’un Scorsese dont il se contente souvent de singer le style. Mais il est un formidable directeur d’acteurs, qui pousse ses interprètes très loins sans jamais les laisser tomber dans le cabotinage. Jeremy Renner réussit ainsi à être aussi expensif que touchant. Amy Adams est elle aussi parfaite en arnaqueuse très sûre d’elle qui bouleverse lorsque son armure se fissure. Quant à Jennifer Lawrence, elle est magnifique en paumée alcoolique et un rien idiote.

Finalement, American Bluff, film d’atmosphère au scénario particulièrement retors, est avant tout un grand film d’acteurs.

* DVD chez Metropolitan, avec en bonus une vingtaine de minutes de scènes coupées, et un making of promotionnel assez anodin.

Jackie Brown (id.) – de Quentin Tarantino – 1997

Posté : 9 décembre, 2015 @ 2:00 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, TARANTINO Quentin | Pas de commentaires »

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Entre Pulp Fiction et Jackie Brown, il y a plus d’un lien. D’un film à l’autre, Tarantino garde son goût pour les personnages barrés et verbeux, pour les dialogues interminables et quasi-absurdes, ou encore pour les chansons oubliées du folklore américain. Mais la reconnaissance immense obtenue avec son précédent film semble avoir libéré le cinéaste, qui s’aventure pour la première fois vers une narration à peu près classique.

Pour Jackie Brown, Tarantino garde un principe de chapitrage,qui rappelle qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman (celui d’Elmore Leonard, co-producteur du film). Mais contrairement à Pulp Fiction, le film est d’une remarquable linéarité, à une exception près : la scène cruciale de l’échange, répétée à trois reprises avec des points de vue différents. Un procédé particulièrement efficace, mais finalement assez classique.

Mais, surprise, c’est lorsqu’il révèle une vraie sensibilité (honnêtement, pas flagrante dans ses deux premiers films) que Tarantino est ici le plus passionnant. Des revenants marqués par leur passé, le cinéaste en avait déjà filmé auparavant. Mais cette fois, il utilise le statut de Pam Grier et Robert Forster pour faire de leurs personnages des êtres moins marqués par leur passé que par leur avenir, et par la difficulté de se voir offrir une nouvelle chance.

Si Forster est remarquable en vieil ours solitaire, Pam Grier, l’ex reine de la blaxploitation, est sublime, bouleversante en hôtesse de l’air effrayée par son manque de perspective, à 44 ans. Il y a quelque chose de déchirant dans ce portrait sensible d’une femme à la croisée des chemins, qui transforme le piège mortel dans lequel elle se retrouve entraînée, en ultime chance de se construire un avenir.

Jackie Brown est du pur Tarantino, avec tout ce qu’on peut lui reprocher, en particulier des scènes trop longues basées uniquement sur les dialogues « à la Tarantino », un peu vaines et agaçantes. Mais on y retrouve surtout tout ce qui fait la richesse de son cinéma, et le plaisir simple que l’on y prend : son sens du récit, sa capacité à créer de grands moments de cinéma à partir de pas grand-chose (rien que le premier plan, fascinant travelling sur le profil de Pam Grier), et sa manière de prendre son temps pour nous introduire au plus près de ses personnages.

Et le directeur d’acteurs est exceptionnel. Pam Grier trouve là le rôle de sa vie, Robert Forster aussi sans doute. Tous sont formidables : Samuel Jackson en trafiquant parano, Michael Keaton en flic intraitable, Bridget Fonda en droguée téléphage, et surtout Robert De Niro, extraordinaire (et d’une sobriété rare) en ex-taulard taiseux et bas du fond, dont la subite explosion de violence, absurde, terrible et hilarante, est l’un des sommets de ce Tarantino là.

Les Incorruptibles (The Untouchables) – de Brian DePalma – 1987

Posté : 3 novembre, 2015 @ 3:15 dans * Thrillers US (1980-…), 1980-1989, COSTNER Kevin, DE NIRO Robert, DE PALMA Brian | Pas de commentaires »

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Ce n’est à l’évidence pas le plus personnel film de De Palma. Lui qui, une dizaine d’années plus tard, saura s’approprier son autre adaption de série TV culte (Mission Impossible, donc), se met ici totalement au service de la production, en mettant de côté les thèmes habituels de sa filmographie, mais en lui réservant tout de même le meilleur de son savoir-faire.

Ajoutez à cela une très belle reconstitution de ce Chicago de la Prohibition, très appliquée, et vous obtiendrez un grand film de genre. Un peu propret toutefois, et sans les aspérités que l’on aimerait voir, mais réjouissant de bout en bout. Le scénario de David Mamet, remarquablement construit, n’y est pas pour rien. De même que la musique très inspirée (et très présente) de Morricone.

Les acteurs aussi sont formidables. De Niro cabotine à mort, le vétéran Connery et le jeunôt Garcia dévorent l’écran, et Costner a une classe folle dans le rôle qui inaugure sa période glorieuse, avec ce jeu effacé que certains prennent pour de la transparence.

Mais c’est bien quand le cinéaste laisse aller son inspiration visuelle et sa logique cinéphile que le film atteint des sommets. C’est évidemment le cas lors de la fameuse séquence de la gare, hommage appuyé et impressionnant au Cuirassé Potemkine et scène d’anthologie qui justifie à elle seule l’existence du film. Ralenti et tension incroyable, maîtrise parfaite de l’espace : cette séquence rentre dans le panthéon des grandes scènes de gare du cinéma de De Palma (oui, il y a un panthéon pour ça), avec celle de Blow Out, et surtout celle de L’Impasse.

Il y a bien d’autres grands moments : la rencontre avec Sean Connery, l’exécution du cadavre à la frontière canadienne, la mort de Charles Martin Smith, ou le saut de l’ange de Billy Drago. Les Incorruptibles, malgré son aspect par moments trop lisse par rapport à la violence de son sujet, est clairement l’une des grandes réussites du cinéma de genre des années 80.

L’Instinct de tuer (The Bag Man) – de David Grovic – 2014

Posté : 1 juillet, 2015 @ 1:24 dans 2010-2019, DE NIRO Robert, GROVIC David | Pas de commentaires »

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Titre imbécile pour film pas terrible. Il y a 20 ans pourtant, on aurait payé cher pour voir DeNiro et Cusack se donner la réplique. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que leurs filmographies flamboyantes du début des années 90 (Les Arnaqueurs pour l’un, Les Affranchis pour l’autre, et on pourrait en citer bien d’autres) semblent bien lointaines…

L’Instinct de tuer est raté ? Même pas. Le film, simplement, n’existe jamais, ou presque. Il y avait pourtant une petite promesse de mystère, dans cette histoire d’un tueur (Cusack) chargé par son patron (DeNiro) d’amener un sac au contenu intriguant dans un motel paumé.

Il y a aussi l’atmosphère quasi-onirique de ce motel à l’étrange faune : un nain flanqué d’une brute, une pute trop belle, un tenancier halluciné (Crispin Glover, top et mal utilisé). Une atmosphère qui évoque d’emblée Identity, et qui laisse présager un twist aussi infernal que dans le film de James Mangold.

Mais rien de tout ça ici. Rien du tout d’ailleurs, si ce n’est de vains rebondissants, quelques tueries inutilement gores, John Cusack qui se demande ce qu’il fait là (nous aussi) et DeNiro condamné à jouer les vilains croque-mitaines avec beaucoup d’excès. La routine, quoi.

* DVD chez Metropolitan, avec le making of promotionnel habituel.

Mad Dog and Glory (id.) – de John McNaughton – 1993

Posté : 6 août, 2014 @ 1:20 dans * Thrillers US (1980-…), 1990-1999, DE NIRO Robert, McNAUGHTON John | Pas de commentaires »

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Mad Dog and Glory fait partie de ces films qui, sur le papier, ne frappent pas vraiment l’esprit, mais pour lesquels une sorte de miracle s’est produit. Tout, absolument tout, fonctionne parfaitement dans cet OVNI qui n’est ni vraiment un polar, ni totalement une comédie, qui fait passer en trois secondes du rire le plus franc aux larmes les plus… humides.

DeNiro en flic… Rien de bien original a priori. Mais ce flic-là est un type transparent, un homme sans envergure, conscient de sa médiocrité, qui rêve à sa fenêtre du grand amour et regrette de ne pas être le grand flic héroïque et burné qu’il fantasme devant sa télé. Un solitaire qui passe à côté de sa vie et s’en rend parfaitement compte. Jusqu’à ce qu’il rencontre un faux comique mais vrai parrain de la mafia (Bill Murray, formidable) à qui il sauve la vie et qui lui offre la compagnie d’une jeune femme qu’il a sous sa coupe, Uma Thurman…

On n’attendait pas John McNaughton dans un tel registre : le réalisateur venait de se faire remarquer avec le fameux Henry, portrait of a serial killer, plongée glauque et hyper réaliste dans le mental d’un tueur en série. Le ton, ici, est radicalement différent. Pas vraiment léger : les trois personnages principaux sont tous confrontés à la brutalité et à l’hostilité du monde qui les entoure (chacun à sa manière), et la violence est bien réelle, dès la séquence d’ouverture. Mais on a là d’authentique innocents plongés dans un univers qui ne leur correspond pas. Même Bill Murray, finalement, qui finit par lancer un « regarde qui sont mes associés ! » qui en dit long sur sa propre solitude…

Surtout, perdus au beau milieu d’une faune de machos trop virils (voir la bagarre d’anthologie entre David Caruso et Mike Starr – « attention à la fenêtre en verre ! »), le couple Uma Thurman – Bob De Niro est absolument irrésistible. Et McNaughton parvient à saisir l’incroyable alchimie entre ces deux solitudes, notamment lors d’une séquence d’une fraîcheur bouleversante, celle de la première étreinte. D’abord gênée (« j’ai besoin de faire de l’exercice – Maintenant ? – Non, en général »), puis simplement maladroite. Mais d’une beauté réellement rare, bouleversant…

La Valse des pantins (The King of Comedy) – de Martin Scorsese – 1983

Posté : 27 juin, 2014 @ 4:39 dans 1980-1989, DE NIRO Robert, SCORSESE Martin | Pas de commentaires »

La Valse des pantins (The King of Comedy) – de Martin Scorsese – 1983 dans 1980-1989 LaValsedespantins_zpsebb65bd9

En filmant des personnages borderline, incapables de trouver leur place dans la société, ou à la frontière de la folie, Scorsese a souvent créé le malaise dans ses films, de Taxi Driver à Shutter Island. Mais c’est peut-être dans cette satire en apparence plus anodine que le malaise est le plus grand, dans ce portrait d’un apprenti comique trop sûr de lui, qui se heurte à la réalité d’un monde pour lequel il n’est pas taillé. Du moins de l’avis général…

Tourné après le phénomène Raging Bull, qui avait consacré Scorsese comme l’un des plus grands cinéastes du moment, et Robert DeNiro comme l’acteur le plus doué de sa génération, La Valse des pantins peut semble plus anecdotique. La forme est ainsi nettement plus classique, même si le réalisateur joue habilement avec les codes de la télévision et du cinéma pour explorer les fantasmes de son personnage. Et le sujet lui-même ne semble pas très sérieux.

Rupert Pupkin, donc, qui se rêve en nouvelle vedette du one-man-show, fait partie d’une meute de fans hystériques qui chassent les autographes, et parvient miraculeusement à approcher son idole, Jerry Langford (Jerry Lewis, qui parvient à insuffler une vraie humanité à ce personnage peu aimable, et réduit au rang d’icône désincarnée). Pour se débarrasser de cet emmerdeur, la star lui propose de prendre rendez-vous à son bureau. Sauf que, appel après appel, visite après visite, la porte reste fermée à Pupkin, dont personne ne parvient jamais à prononcer le nom.

Le film laisse entrapercevoir des bribes du quotidien solitaire de la star. Mais c’est surtout le personnage de Pupkin qui fascine Scorsese : ce type tellement persuadé de son destin, qui fantasme d’hypothétiques conversations à sa gloire, lance ses vannes devant le poster d’une foule en délire en imaginant ses applaudissements, et sourie seul à ses plaisanteries… Un homme si déterminé qu’il va toujours de plus en plus loin dans les situations embarrassantes. Pour le spectateur en tout cas, toujours plus mal à l’aise, à l’image de Rita, l’amour de jeunesse qui accepte de le suivre pour un week-end chez Jerry, où Rupert assure avoir été invité.

La première heure est absolument formidable, mais totalement inconfortable, tant Scorsese filme des personnages navrants : une star du rire trop seule et trop aigrie, une groupie prête à tout et hystérique (Sandra Bernhard, hallucinante), une ex-reine de beauté sans un avenir dans un rade paumé, et cet apprenti comique ridicule et totalement inadapté à la société.

Sauf que tout n’est pas si simple. Pupkin / De Niro est bien prêt à tout, et enlèvera cette star qui lui a refusé la chance qu’il espérait, et ira au bout de sa « folie » pour obtenir ce qu’il veut. Cynique, Scorsese clôt son film sur une victoire inattendue, sorte de miroir inversé de la fin de Raging Bull, et porte ouverte vers une nouvelle ère pour le cinéma et la télévision, d’une froide modernité. De Niro, qui a porté le projet du film pendant dix ans, est exceptionnel dans le rôle de ce faux ringard à la folie déstabilisante.

• Carlotta vient d’éditer un double DVD du film (restauré en 2013), et des bonus passionnants : un documentaire dans lequel Scorsese et Sandra Bernard reviennent sur le tournage ; une interview passionnante de Thelma Schoonmaker, la monteuse attitrée de Scorsese ; plus d’une demi-heure de scènes coupées ; et une longue conversation entre De Niro, Scorsese et Jerry Lewis filmée en 2013 en clôture du festival de Tribeca, où la version restaurée du film avait été présentée.

Red Lights (id.) – de Rodrigo Cortes – 2012

Posté : 2 mai, 2014 @ 2:37 dans 2010-2019, CORTES Rodrigo, DE NIRO Robert, FANTASTIQUE/SF | Pas de commentaires »

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L’affiche est belle : Cillian Murphy, acteur toujours étonnant, entouré par la trop rare Sigourney Weaver et le trop présent Robert DeNiro, monstre du cinéma dont l’appétit de tournage semble ne pas avoir de borne. Et, hélas, pas de filtre non plus depuis pas mal d’années maintenant. Ici encore, devant la caméra du réalisateur de Buried, DeNiro cachetonne, semblant ne pas vraiment croire en ce qu’il fait. Sa première apparition face caméra est déstabilisante tant elle paraît artificielle : pour montrer qu’il est aveugle, il retire ses lunettes noires avant de les remettre aussi vite, dans un geste totalement théâtral.

Autant dire qu’on a un peu de mal à croire en ce personnage de star du paranormal, gourou aux pouvoirs hors norme qui fait un retour triomphal sur les planches après trente ans d’absence. Mais Rodrigo Cortés sait y faire lorsqu’il s’agit de faire peur, et de créer une atmosphère d’angoisse et de franche trouille. Son film ne révolutionne rien, mais se révèle plutôt retors et efficace.

Le scénario, signé par le réalisateur lui-même, est assez malin, évoquant une sorte de X-Files inversé, référence assumée par la présence de la célèbre affiche de Mulder « I want to believe » transformée en « I want to understand ». Nous aussi, ai-je envie de préciser, tant Cortés ne facilite pas les choses au spectateur, embrouillant son intrigue et multipliant les rebondissement et les révélations opaques. Mais l’idée est forte : raconter l’histoire d’un étrange duo de scientifiques (une femme vieillissante, Sigourney Weaver ; un jeune docteur plein d’avenir, Cillian Murphy) qui s’est donné pour mission d’expliquer scientifiquement tous les pseudos phénomènes paranormaux.

C’est parfois amusant (la table qui bouge seule), parfois effrayant, souvent intriguant, et ça a un côté ludique qui finit par prendre le dessus et par emporter l’adhésion… avant de retomber comme un soufflé. Lorsqu’il se prend trop au sérieux, ce qui est trop souvent le cas, Red Lights redevient une série B anonyme, gonflante à certains moments, et assez plaisante à d’autres. Pas si mal, quoi…

• Le film vient d’être édité en DVD chez Metropolitan, avec les interviews et autres featurettes de rigueur.

Face à face (The Killing Season) – de Mark Steven Johnson – 2013

Posté : 27 février, 2014 @ 2:30 dans 2010-2019, DE NIRO Robert, JOHNSON Mark Steven | Pas de commentaires »

Face à face (The Killing Season) – de Mark Steven Johnson – 2013 dans 2010-2019 Faceagraveface_zpseb98c9fa

Dans les immenses forêts des Appalaches, un ancien soldat vivant en reclus voit arriver un chasseur bosniaque venu du bout du monde. Les deux hommes se lient d’amitié, mais lorsqu’ils partent chasser tous les deux, le vétéran réalise que leur rencontre ne doit rien au hasard, et que le chasseur est là pour lui…

Le titre français, la bande annonce, l’affiche et la situation de départ laissent penser qu’il s’agit d’un enième film de chasse à l’homme, sur le thème mille fois repris de La Chasse du Comte Zaroff. The Killing Season est autrement plus ambitieux et intéressant que ça : avec ce face-à-face entre deux anciens soldats, l’un américain et l’autre bosniaque, le film explore les effets de la guerre sur les êtres humains. Rien de moins.

Le sujet est un peu trop ambitieux pour Mark Steven Johnson, qui ne réussit son film qu’à moitié. Ce qui, tout de même, n’est pas si mal. Plutôt réussi : le parti-pris esthétique ouvertement inspiré par la photographie, qui recouvre la belle nature sauvage des Appalaches d’une sorte de filtre cendré, donnant au film un aspect mortifère qui colle parfaitement avec le sujet.

Quasiment seuls à l’écran (le film aurait d’ailleurs gagné à se passer des quelques seconds rôles), les deux personnages principaux affrontent, dans cette nature superbe, les morts qui les hantent et la violence que la guerre a instillé en eux, plus qu’ils ne s’affrontent l’un l’autre. Très bons l’un et l’autre, John Travolta (malgré un look improbable et un accent un rien too much) et Robert DeNiro (sobre et touchant) n’en font jamais trop.

C’est d’ailleurs dans leurs échanges que le film est le plus juste. Parce que la frontière entre ces deux-là est plutôt fine, et que leur conscience est aussi ravagée chez l’un que chez l’autre. Ce retour à la nature de deux hommes dévastés par la guerre… c’est un peu un double inversé du début de Voyage au bout de l’enfer. Une filiation que le réalisateur assume pleinement, en filmant un DeNiro qui retient son tir lorsqu’il a un cerf en ligne de mire.

Hélas, le film n’est qu’en parti réussi, parce qu’il est parsemé d’excès qui ruinent l’esprit même du film et des personnages. Des gros plans numériques particulièrement laids et maladroits, et surtout une multiplication d’effets gores totalement hors de propos, filmés avec une complaisance impardonnable, et dignes d’un mauvais film d’horreur.

Comme si Mark Steven Johnson n’avais pas eu suffisamment confiance en la force de son sujet, et en la capacité de ces acteurs d’incarner ce qu’il y a de plus inhumain dans la guerre. Il a eu tort.

• Blue ray chez Metropolitan, avec peu de bonus : un court making-of promotionnel, et quelques bandes annonces.

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