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Archive pour la catégorie 'COSTNER Kevin'

Yellowstone (id.), saison 2 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2019

Posté : 23 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), BIANCHI Ed, COSTNER Kevin, DAHL John, FERLAND Guy, KAY Stephen T., LINSON John, RICHARDSON Ben, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 2

Cette saison 2 confirme et renforce toutes les impressions laissées par la saison 1 : Yellowstone est une sorte de variation punchy et passionnante des intrigues (famille et business compris) de séries comme Dallas. Le côté « punchy et passionnant » ayant son importance. Sur le fond, rien de bien révolutionnaire, donc : au royaume des affaires, la corruption et la violence sont rois.

Sur la forme, on retrouve tout le savoir-faire « à l’ancienne » mis en place par Taylor Sheridan, avec un sens du rythme imparable, et une générosité dans l’action et les rebondissements qui frôlent le trop-plein. Les personnages principaux ont d’ailleurs une capacité étonnante à guérir très vite, que ce soit de coups potentiellement modernes, de blessures par balle, ou de cancers.

Ce pourrait être là une sérieuse réserve. Mais on a depuis longtemps déjà balayé la vraisemblance, au profit du principal intérêt de la série. Et il est de taille : le plaisir immense qu’elle procure, avec sa prolifération de rebondissements, de ressors dramatiques intenses et violents, et ses personnages hantés de l’intérieur, qui semblent gagner encore en charisme et en profondeur.

Au-delà du destin de la famille Dutton, qui se bat pour protéger ses acquis, Sheridan glisse mine de rien quelques belles scènes qui témoignent d’un vrai intérêt pour le sort réservé aux Indiens. Sans angélisme : le personnage de Thomas Rainwater, le chef de la réserve indienne, est un homme d’affaires au fond aussi impitoyable et manipulateur que les autres. Mais avec un regard finalement assez rare sur le sort des tribus indiennes condamnées à vivre aux portes de leurs terres ancestrales.

Le personnage de Monica, quelque peu en retrait dans la première saison, prend ici une ampleur nouvelle, et devient une sorte de symbole de la cause indienne, dans ce qu’elle raconte lors des cours qu’elle donne à l’université, ou dans ce qu’elle vit dans cette communauté de blancs (la scène d’humiliation dans le magasin est particulièrement frappante).

La prolifération de sous-intrigues donne souvent le sentiment que la série repose en partie sur le réflexe du zapping, quitte à évacuer trop vite certains enjeux. Mais tout revient toujours à l’essentiel : cette famille Dutton si dysfonctionnelle, et la manière dont chacun de ses membres, si haïssable, finit par dégager une troublante humanité.

L’un des nôtres (Let him go) – de Thomas Bezucha – 2020

Posté : 22 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2020-2029, BEZUCHA Thomas, COSTNER Kevin, WESTERNS | Pas de commentaires »

L'un des nôtres

C’est souvent un détail qui donne envie de voir un film. En l’occurrence, c’est le couple de vedettes : Diane Lane et Kevin Costner, qui avaient déjà formé un couple dans Man of Steel (hélas), et qui malgré ça incarnent quelque chose d’assez exceptionnel pour un cinéphile qui a grandi dans les années 90. Diane Lane et Kevin Costner, en couple vieillissant, dans un film à suspense, ça ne se refuse pas, donc.

Premier bilan : Diane Lane et Kevin Costner en couple vieillissant, ça a quand même une sacrée allure, et ça trimballe quelque chose de profondément nostalgique pour un cinéphile qui a grandi dans les années 90, et que ce couple renvoie directement à une période fondatrice de sa cinéphilie. Les deux acteurs sont, donc, le principal atout de ce faux thriller, qui n’est au fond rien d’autre qu’un portrait de couple vieillissant.

Et s’il ne s’égarait pas in fine sur les chemins d’un vrai thriller, ce faux thriller aurait pu avoir une sacrée allure. Si le scénariste (d’après un roman de Larry Watson) et réalisateur n’avait choisi la voie de l’explosif et du spectaculaire pour conclure son récit, qui empruntait a priori des chemins nettement plus intimes.

Le film commence par la mort accidentelle du fils de Lane et Costner, jeune homme qui laisse derrière lui une veule et leur bébé. Deux ans plus tard, on retrouve la veuve devant l’autel, épousant visiblement sans passion un jeune homme qui ne tarde pas à emmener femme et enfant loin des ex-beaux-parents. Ce que la grand-mère (Diane Lane donc, si vous suivez) n’accepte pas, convaincue d’avoir vu dans la rue le nouveau mari battre l’ex-belle-fille et le petit-fils.

Ce qui est suffisant pour que ladite grand-mère décide de partir à la recherche de l’enfant, convaincue qu’elle doit le sauver. Ce qui, à son tour, est suffisant pour convaincre le grand-père (Kevin Costner, suivez, bon sang!) de suivre son épouse, pas vraiment convaincu qu’elle a vraiment vu la scène de violence, mais convaincu que lui aime profondément celle qui partage sa vie.

Le film flirte donc avec le très beau portrait d’un couple vieillissant. Et on est à ça de dire de Diane Lane et Kevin Costner qu’ils sont aussi bouleversants ensemble que Renée Devillers et Louis Jouvet soixante-dix ans plus tôt dans Les Amoureux sont seuls au monde. A ça. En gros, s’il n’y avait ce besoin vaguement idiot de miser sur la surenchère.

Le film est tendu, et dramatique à souhait. Mais il y a quand même cette impression fâcheuse que Thomas Bezucha est passé à côté de quelque chose de plus grand. Parce que ce qui est vraiment fort et original dans le film, ce n’est pas la belle-fille et son enfant enfermés dans cette famille décérébrée et coupée du monde. Non : c’est le mari vieillissant et taiseux qui pose un regard si tendre sur sa femme, mère et grand-mère inconsolable, qu’il ne sait comment consoler.

Et ce sont potentiellement deux très grands rôles pour deux acteurs qui accompagnent depuis des décennies les cinéphiles qui ont grandi dans les années 90. Deux très grands rôles potentiels qui se révèlent au final deux beaux rôles. Ce qui est bien, mais un rien frustrant, quand même.

Yellowstone (id.), saison 1 – série créée par Taylor Sheridan et John Linson – 2018

Posté : 8 juillet, 2025 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, ACTION US (1980-…), COSTNER Kevin, LINSON John, SHERIDAN Taylor, TÉLÉVISION, WESTERNS | Pas de commentaires »

Yellowstone saison 1

Yellowstone, c’est Dallas en mieux. Je pourrais presque arrêter là cette chronique, tant la série phare de Taylor Sheridan (qui réalise les neuf épisodes de cette première saison) reprend les codes des vieux soaps des années 80, 90 : une famille dysfonctionnelle, de la corruption, des mensonges, de la manipulation, et beaucoup de violence. Cela étant dit, je reconnais que ce résumé est un peu réducteur.

Yellowstone, c’est surtout la porte d’entrée la plus cohérente pour comprendre le phénomène que représente Sheridan, qui transforme à peu près tout ce qu’il touche en or depuis quelques années, et qu’on a un peu vite catalogué comme le parangon du conservatisme réactionnaire à l’américaine. C’est aller un peu vite en besogne.

Certes, Sheridan est fasciné par les valeurs américaines telles que la mythologie westernienne n’a cessé de les fantasmer. Grands espaces, grands propriétaires, grandes ambitions, grands chapeaux… Tout est démesuré, jusqu’à un Kevin Costner sans doute choisi parce qu’il représente mieux que quiconque cette Amérique rurale dans le cinéma de ces quarante dernières années. Et parce que Sheridan aime remettre en selle des vedettes vieillissantes en perte de vitesse.

Il y a donc de la fascination pour cette Amérique du plus fort. Il y a aussi un regard critique, voire acerbe de cette famille Dutton, dont les méthodes s’affranchissent allégrement des contraintes de la loi, et de la morale. A commencer par le patriarche, Costner, à la fois héros et grand méchant de cette saga familiale. Un meneur déterminé et hyper charismatique, et un père odieux qui semble avoir passé sa vie à détruire ses enfants.

Qui sont gratinés, ses enfants. Un ancien militaire qui tente sans y arriver de canaliser sa violence. L’avocat de la famille, méprisé et humilié par tous les siens. Et la fille dont le métier consiste à détruire des carrières, qui tente d’étouffer sous des litres d’alcool le sentiment qu’elle a de ne pas avoir été aimée. Dans l’ordre : Luke Grimes, Wes Bentley et Kelly Reilly, et autant de personnages réellement fascinants.

Au-delà de l’efficacité imparable des scénarios, qui déclinent le combat des Dutton pour sauver leur empire menacé de toutes parts, ce sont ses personnages qui font la réussite de la série. Il faut d’ailleurs ajouter à la liste le personnage de Rip (Cole Hauser), bras droit de Dutton, qui aurait pu être le fils idéal s’il avait été de son sang. Un personnage ténébreux au charisme dingue.

La force de Yellowstone, c’est de mettre en scène une demi-douzaine de personnages qui dépassent en intensité et en charisme l’immense majorité des héros des autres séries. Ce n’est pas étonnant que, maintenant que Yellowstone est terminé (mais j’anticipe, je ne suis qu’à la saison 1), plusieurs suites sont annoncées, l’une autour de Kayce (Luke Grimes), l’autre autour de Beth et Rip. Mais ça, c’est une autre histoire : il y a quatre autres saisons de la série-mère avant ça.

Horizon : une saga américaine, chapitre 1 (Horizon : An American Saga – Chapter 1) – de Kevin Costner – 2024

Posté : 10 août, 2024 @ 8:00 dans 2020-2029, COSTNER Kevin, COSTNER Kevin (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Horizon 1

Après avoir vu ce film, attendu depuis une quinzaine d’années par les amoureux de westerns et de Kevin Costner (dont je suis, bien sûr… après tout, Danse Avec Les Loups a changé ma vie), une question me taraude : et si Costner avait décidément une bonne fois pour toute de ne plus se soucier le moins du monde du public ? Et s’il ne réalisait ce film que pour lui-même ? Et si, en plus, cette idée-même en faisait l’un des films américains de ce calibre les plus radicaux de l’année ?

Bon, je m’égare sans doute un peu, mais le fait est là : avec ce premier long volet (trois heures) d’une saga qui doit en compter quatre si Dieu-Money le veut (le deuxième est déjà en boîte, le troisième vaguement commencé, le quatrième espéré), Costner ne fait rien pour obtenir les faveurs d’un public habitué à des blockbusters ampoulés qui font exploser l’univers entiers toutes les dix minutes…

Lui nous plonge une nouvelle fois dans le genre ringard par excellence (même la comédie musicale a plus le vent en poupe que le western), et joue le jeu de la longue distance, avec une action extrêmement lente, une multitude de personnages et d’enjeux, un récit dont on ne saisit pas encore bien vers où il nous mène, et un refus viscéral du manichéisme de rigueur.

Oh ! Les premières (dizaines de) minutes sont trompeuses : ça commence par le massacre d’innocentes familles de pionniers par de cruels Indiens assoiffés de sang et de scalps. De quoi faire penser que Costner, trente ans après le grand étendard humaniste qu’est Danse Avec Les Loups, est rentré dans le rang d’une Amérique réac et repliée sur elle-même. Mais non, bien sûr.

Aujourd’hui comme il y a trente ans, Costner refuse tout jugement, et tout parti-pris : les gentils et les méchants existent dans tous les peuples, dans toutes les familles. Et la frontière entre les deux n’est pas toujours bien facile à tracer. Une chose est sûr : la bonté, la bêtise, le courage et la lâcheté ne sont l’apanage d’aucun groupe. C’est aux individus que l’on reconnaît la grandeur d’un peuple.

Et c’est là, sans doute, que Kevin Costner est, et reste, le plus Américain des cinéastes américains. On retrouve dans ce Horizon chapitre 1 toutes les obsessions qui habitent son cinéma depuis si longtemps, et qui en font une terre à part, le seul héritier peut-être d’un certain cinéma américain, celui d’un King Vidor dont il adopte à la fois l’ambition et l’humanité.

Il y a donc beaucoup d’intrigues dans ce premier volet, et beaucoup de personnages. Costner lui-même n’apparaît d’ailleurs qu’au bout de (à vue de nez) pas loin d’une heure. Et s’il s’offre un rôle de justicier solitaire et courageux qui lui va comme un gant, il se met curieusement en retrait, par rapport à des personnages moins habituels du genre.

Il réserve ainsi une belle place aux femmes. Ce qui n’est pas totalement nouveau : Mary McDonnell dans Danse Avec Les Loups et Annette Benning dans Open Range avaient déjà de très beaux rôles. Mais Sienna Miller s’impose comme la véritable colonne vertébrale de ce premier chapitre, une mère douleur et courage dont la présence donne une furieuse envie de voir la suite.

Il y a d’ailleurs bien des raisons de l’attendre, cette suite, tant le film de Costner donne l’impression de vivre une expérience rare, un véritable voyage où l’action et l’émotion, quand ils surgissent sont d’autant plus fulgurants que le film n’évite pas les moments en creux. Costner rêvait de ce film depuis si longtemps… Il a visiblement bien l’intention de vivre ce rêve pleinement.

Duo à trois (Bull Durham) – de Ron Shelton – 1988

Posté : 23 juin, 2024 @ 8:00 dans 1980-1989, COSTNER Kevin, SHELTON Ron | Pas de commentaires »

Duo à trois

A quoi ça tient, parfois, l’envie de revoir un film, même un film qui m’avait laissé de marbre quand je l’avais vu il y a une vingtaine d’années : une image, furtive, en revoyant le très beau Un monde parfait que tournerait Costner cinq ans (et un statut de mégastar) plus tard. Dans le film d’Eastwood, la caméra passe rapidement sur une affiche placardée sur un mur. Les mots « Bull Durham » s’y lisent clairement : le nom d’une équipe de base-ball, et le titre d’un film porté par Costner, que les Américains adorent paraît-il.

Et voilà comment l’envie de ressortir le DVD est venue. Et de revoir ce film, totalement culte aux Etats-Unis, totalement oublié chez nous. Ce qui n’est pas étonnant : Bull Durham est un film exclusivement à la gloire de ce sport national et inexportable qu’est le base-ball. Une véritable religion pour le personnage-clé du film : une jeune fan (Susan Sarandon), mascotte hyper-sexuée qui, chaque saison, jette son dévolu sur l’un des joueurs de l’équipe.

Cette saison-là, ils sont deux : le jeune talent en devenir, Tim Robbins, irrésistible en gentil demeuré ; et Kevin Costner, d’un charisme dingue en vieux briscard (déjà : il a 33 ans) chargé de dégrossir le jeune chien fou.

Tout ça n’est pas d’une délicatesse folle. Et les nuances du base-ball échappent dans les grandes largeurs à la perspicacité d’un Français de base (moi, par exemple). Mais on prend un petit plaisir indéniable devant cette chose sans grande envergure, menée avec savoir faire et sans génie par un spécialiste du film de sports (que Costner retrouvera pour Tin Cup, autour… du golf).

Surtout, Kevin Costner commence à imposer son personnage : une sorte d’incarnation idéale et absolue de l’Amérique comme elle n’existe plus guère en dehors de lui. Un personnage qu’il n’a cessé d’approfondir depuis (et dès son deuxième film autour du base-ball, le magnifique Field of Dreams), et qui fait de lui un acteur hors du temps et, oui, précieux.

Robin des Bois, prince des voleurs (Robin Hood : prince of thieves) – de Kevin Reynolds – 1991

Posté : 5 juin, 2024 @ 8:00 dans 1990-1999, ACTION US (1980-…), COSTNER Kevin, REYNOLDS Kevin | Pas de commentaires »

Robin des Bois, prince des voleurs

Voir Kevin Costner, le plus Américain des acteurs de sa génération, incarner Robin des Bois, mythe anglais par excellence, c’est un peu comme voir John Wayne incarner un guerrier mongol : inimaginable ! (Comment ? Ça existe ?) Et pourtant, une fois admis que l’accent du Kevin ne sonne pas très Nottinghamshire, il faut bien admettre que le costume lui va comme un gant…

Même : ce Robin des Bois, prince des voleurs, dont j’avais gardé un souvenir un peu kitsch déjà très daté, passe plutôt très bien l’épreuve du temps, finalement. Le plaisir que j’ai pris à le revoir et à le faire découvrir à mon plus jeune fils m’a en tout cas rappelé celui que j’avais pris lors de sa sortie en salles, il y a une paire d’années.

C’était alors un film totalement dans l’air du temps, avec le souffle épique et romantique et les excès habituels du cinéma d’action américain de ce début des années 90. Costner est alors au sommet de sa gloire : il sort du triomphe de son Danse Avec Les Loups, et allait encore connaître quelques sommets (JFK, Un monde parfait, et le succès populaire de Bodyguard) avant son déclin.

Ce Robin des Bois entérine même son statut de grande figure du cinéma populaire, faisant de lui un héritier possible d’Errol Flynn. Ce qu’il n’est pas, d’ailleurs : grande figure américaine, Costner évoque bien d’avantage un mélange de Gary Cooper et de Henry Fonda, mais alors très en phase avec son époque.

Il serait d’ailleurs idiot de comparer avec d’autres versions de Robin des Bois, celle de Michael Curtiz notamment. Devant la caméra de Kevin Reynolds, qui signera aussi le naufrage de Waterworld, Costner s’approprie le mythe. Si l’histoire est bien connue et universelle, il y insuffle quelques notions nouvelles comme la peur de l’autre (le personnage de Morgan Freeman) ou la filiation (Christian Slater).

Pour le reste, le film est enlevé, plein d’humour et de rebondissements, les scènes d’action sont généreuses et inventives, Mary-Elizabeth Mastrantonio apporte une petite touche (relative) de féminisme à Lady Marian, et Alan Rickman nous réjouit en en faisant des tonnes dans le rôle du méchant shérif de Nottingham. Ça ne révolutionne rien, mais c’est un petit plaisir nostalgique qui ne se refuse pas.

Batman v. Superman : l’aube de la justice (Batman v Superman : Dawn of Justice) – de Zack Snyder – 2016

Posté : 13 octobre, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, SNYDER Zack | Pas de commentaires »

Batman v Superman

Dès l’ouverture du film, Zack Snyder marque des points par rapport à son précédent blockbuster. Le côté désincarné de Man of Steel ? Il en fait le sujet de cette suite qui décale le point de vue. Superman est un héros inhumain, trop romantique et spontané pour appréhender toute l’ampleur de ses actes. Batman est tout le contraire.

Voilà pour le contexte, dont la scène d’ouverture trouve les racines dans la dernière séquence du film précédent. En faisant glisser le point de vue, Snyder lui donne une dimension nettement plus humaine, plus dramatique, plus sombre.

La suite a les défauts de Zack Snyder : un esthétisme jusqu’au-boutiste qui repose trop sur les effets numériques pour ne pas être un peu froid ; une incapacité à créer un mouvement réellement fluide entre deux séquences fortes… Mais Batman v. Superman prend nettement plus le temps de suivre ses personnages. Comme si, au fond, Bruce Wayne intéressait plus Snyder que Clark Kent. On le comprend.

A vrai dire, le personnage de Wayne/Batman cristallise tout le mal que l’on pensait du premier film, comme si, au choix : Zack Snyder se rachetait avec ce personnage du nanar qu’il avait commis ; ou Man of Steel n’était en fait qu’une ébauche, ou plutôt une base nauséabonde destinée à donner du sens à l’affrontement à venir entre les deux super-héros.

L’affrontement lui-même tient plutôt ses promesses. Du point de vue de Batman en tout cas, toujours de son point de vue. L’animosité qui l’habite à l’égard de l’homme de Krypton est assez bien vue. La réciproque, en revanche, est difficile à comprendre.

Comme est difficile à comprendre la présence de Wonder Woman, dont on se demande bien ce qu’elle fout là. En fait non, on le comprend trop bien : du teasing pour un Justice League à venir. Une fois l’affrontement promis par le titre tué dans l’œuf, reste trois bons quarts d’heure pour préparer la réponse de DC à Marvel : trois quarts d’heure de grand guignol explosif et kitsch, avec un monstre grotesque et les travers retrouvés du précédent film.

Trois quarts d’heure interminables qui feraient presque oublier les bons points du début : le temps que Snyder se permettait de prendre, et la présence assez intense et convaincante de Ben Affleck, qui rend Batman humain. Et on notera que je n’ai pas dit un mot sur la prestation de Jesse Eisenberg en Lex Luthor. Pas si mal, donc, mais la Justice League, ce sera sans moi…

Man of Steel (id.) – de Zack Snyder – 2013

Posté : 11 octobre, 2020 @ 8:00 dans 2010-2019, COSTNER Kevin, FANTASTIQUE/SF, SNYDER Zack | Pas de commentaires »

Man of Steel

Ça commence fort : vingt minutes de purs effets spéciaux pour raconter la naissance de Kal-el, futur Superman, et la disparition de sa planète Krypton. La charge émotionnelle pourrait être intense, avec ce sacrifice des parents (dont Russell Crowe, héroïque). Zack Snyder en fait une soupe indigeste, visuellement d’une laideur assez abyssale.

Dès cette séquence d’ouverture apparaît, criante, la tare n°1 du film : Snyder a tellement peur d’ennuyer qu’il gave l’écran et son scénario, jusqu’à l’écœurement. Son film est trop tout : trop rapide, trop frénétique, trop touffu, trop bruyant.

On peut s’en foutre (je n’en suis pas loin). On peut aussi regretter que Snyder n’ait pas d’avantage fait confiance à son scénario et à ses personnages. Les vingt premières minutes passées, quelques pistes paraissent rétrospectivement assez intéressantes. Les premières scènes sur Terre, notamment, qui boudent la chronologie classique pour des allers-retours relativement audacieux… et tellement trop pleins de spectaculaire que toute émotion est tuée dans l’œuf, avec application et beaucoup de moyens.

C’est trop gros, trop rapide, trop noyé sous des effets spéciaux massifs qui font perdre le principal atout du film : ces rares moments où le fantastique s’inscrit dans une Amérique « normale », tangible, simple et physique. Quelques moments (même pas des scènes entières) tendent vers cet aspect. Les rôles de Diane Lane et Kevin Costner aussi en parents de l’Amérique profonde de Clark Kent.

Mais ces moments sont furtifs. Ce qui domine, c’est le gigantisme, ces interminables scènes de combat qu’on devine tirées à 98 % d’un ordinateur, où les coups et les morts ne font aucun effet. Il y a quelques belles ambitions, un vrai sens de la mise en scène (l’action, si touffue soit-elle, est toujours lisible, et ce n’est pas si courant). Mais il manque une âme, un cœur, un peu d’humanité.

The Highwaymen (id.) – de John Lee Hancock – 2019

Posté : 30 janvier, 2020 @ 8:00 dans * Thrillers US (1980-…), 2010-2019, COSTNER Kevin, HANCOCK John Lee | Pas de commentaires »

The Highwaymen

Une question me taraude : le fait que mes deux premiers films Netflix, The Irishman et The Highwaymen, soient deux films sur la vieillesse, dit-il quelque chose sur Netflix ? Ou sur moi-même ? Passons… The Highwaymen, ou la traque de Bonnie et Clyde par un duo légendaire d’hommes de loi, est donc un film sur la vieillesse.

Kevin Costner et Woody Harrelson y sont deux Texas Rangers retirés des affaires, et auréolés d’une légende tâchée de sang, qui reprennent du service pour se lancer à la poursuite des célèbres Bonnie and Clyde. On pense au William Munny d’Impitoyable bien sûr, référence très assumée, jusqu’à cette manière dont le personnage de Costner est incapable de toucher la moindre bouteille avec son flingue…

Et il y a un peu de ça dans The Highwaymen, un peu de ce « baroud d’honneur » d’homme d’un autre temps, de vieux cowboys qui renouent avec la violence parce qu’elle est là, dans leur peau, mais qui réalisent sur le tard qu’elle est tout ce qu’ils ont cherché à fuir.

C’est un rôle sur mesure pour Costner, qui ne s’est peut-être jamais autant mis à nu, mettant en scène sa décrépitude physique avec une sincérité d’autant plus touchant qu’elle n’a rien de gratuite. L’acteur et sa place dans le cinéma contemporain est d’ailleurs, peut-être, le vrai sujet du film, tant les références à sa filmographie sont nombreuses. « Et après, on va appeler qui ? Wyatt Earp ? » interroge Kathy Bates. « Now we’re on open range« , lance Woody Harrelson.

Entre Costner et Harrelson, l’alchimie est parfaite, le second degré réjouissant du premier renforçant la prestation du deuxième. Bonnie and Clyde, d’ailleurs, ne sont qu’un prétexte pour souligner l’absurdité de cette époque où tout change, sorte de trait d’union entre l’Amérique des cow-boys et l’ère moderne, entre la Grande Dépression et la Grande Amérique.

Le film met à mal le mythe de Bonnie and Clyde. Il n’épargne pas non plus ceux qui les ont arrêtés. Et le réalisateur John Lee Jancock (scénariste d’Un monde parfait, la rencontre entre Costner et Eastwood) trouve le ton juste entre la gravité et la légende. Il y a une bonne dose de dérision dans cette virée de deux anciens dépassés par le monde qui les entoure. Il y a aussi de l’intensité, et une vraie dose de cynisme.

Costner domine le film avec son passé d’homme de l’Ouest, comme Eastwood avant lui. Il y avait bien longtemps qu’on ne l’avait pas vu dans un aussi bon film.

Danse Avec les Loups (Dances With Wolves) – de Kevin Costner – 1990

Posté : 17 janvier, 2020 @ 8:00 dans 1990-1999, COSTNER Kevin, COSTNER Kevin (réal.), WESTERNS | Pas de commentaires »

Danse Avec Les Loups

Il faut voir Danse Avec Les Loups dans sa version longue. Pas parce qu’elle est foncièrement meilleure que la version de trois heures sortie en salles, ni même parce que les scènes rajoutées ou rallongées apportent grand-chose à la compréhension de l’histoire (ou si peu). Non, simplement parce que cette version longue procure 45 minutes de bonheur et d’émotions supplémentaires, et que ça n’a pas de prix.

Oui, le premier film réalisé par Kevin Costner dure près de 3h45, et il n’y a pas le moindre gras, le moindre flottement, ni la moindre facilité, contrairement à ce que clamait un acteur français peu après la sortie du film en salles, en 1990, dans une interview donnée au supplément de fin d’année du magazine Studio. « Le triomphe de la facilité » lâchait-il laconiquement. Allez savoir pourquoi, l’ado que j’étais alors n’a plus jamais regardé cet acteur de la même manière.

C’était Thierry Frémont, à propos, et ce commentaire lapidaire reste pour moi totalement incompréhensible. Qu’on n’aime pas, qu’on s’y ennuie, qu’on y trouve même quoi que ce soit d’indigne, pourquoi pas. Mais la facilité ? Un western (tourné à l’époque la plus sinistrée pour le genre), d’une durée hors normes, volontiers contemplatif, et où les Indiens parlent (longuement) en langage sioux ? On fait plus facile pour un premier film…

Ah ! Et un détail que la grande histoire du cinéma ne retiendra peut-être pas : Danse Avec Les Loups a changé ma vie de cinéphile. C’est ce film-là qui, le premier, m’a fait comprendre, ou plutôt ressentir, la grandeur du cinéma, l’immensité des émotions qu’il pouvait procurer. Le revoir après pas mal d’années avait même quelque chose d’intimidant, et d’angoissant : il y a toujours un risque à revoir les films qui vous ont forgé étant jeunes.

Eh bien l’émotion est toujours aussi grande : oui, Danse Avec Les Loups, que sa durée condamne hélas à une sorte de purgatoire, est un film magnifique, audacieux, et d’une maîtrise impressionnante. Costner, qui s’offre le rôle de sa vie, réussit le mariage parfait de l’ampleur et de l’intime, avec ce portrait d’un lieutenant de l’armée nordiste qui choisit d’être muté à la Frontière, « avant qu’elle disparaisse », et qui s’y retrouve totalement seul, avec pour seule compagnie son cheval, un loup, et une tribu Sioux qui vit non loin de son avant-poste…

Danse Avec Les Loups, c’est l’histoire d’un homme qui doit renoncer à tout ce qu’il croyait être pour devenir celui qu’il est vraiment. C’est aussi l’histoire d’un peuple qui vit en totale harmonie avec son environnement, et dont la fin est proche. Costner n’angélise rien : tous les blancs ne sont pas des monstres, et les Indiens ont une sauvagerie qui glace le sang du bon colon. Mais son film fait ressentir avec une cruelle acuité la perte de cette harmonie, inéluctable pour construire l’Amérique.

Costner ne dénonce pas ouvertement, mais il constate avec honnêteté et amertume la douleur d’un peuple qui se sait condamner. Il n’y a peut-être que Ford, avec Les Cheyennes 26 ans plus tôt, qui avait su, et voulu, faire un film aussi fort et poignant sur la fin du peuple Indien, en tant que grande tragédie.

Surtout, il y a une humanité rare dans ce film, une manière de filmer les personnages avec une vérité proprement extraordinaire. Les Indiens bien sûr, loin de tous les clichés, que le film montre dans leur quotidien, dans leurs petits tracas, dans leurs rapports tendres et plein d’humours (une mention à Oiseau Bondissant, le sage joué par Graham Greene dont Costner filme les erreurs avec tendresse). Mais aussi les blancs : Timmons, le convoyeur vulgaire mais touchant, l’officier rendu dingue par l’isolement…

Réalisateur du film, personnage principal et central, Costner est tout ça à la fois, et ses casquettes se confondent : c’est le regard de John Dunbar (son personnage) qui est au cœur du film, c’est lui d’ailleurs qui sert de narrateur à travers son journal intime, et qui est (presque) de chaque scène. C’est son regard émerveillé et enthousiaste que l’on partage lorsqu’on découvre les plaines immenses, l’harmonie du camp sioux, ou plus tard le troupeau de bison qui traverse la nuit (un moment d’une beauté sidérante).

On pourrait parler longuement de l’harmonie et du sentiment de gâchis, de l’émotion qui se dégage de ce face-à-face au long cours entre Dunbar et le loup, de l’histoire d’amour entre le héros et la blanche élevée par les Sioux (Mary McDonnell), de la manière dont Costner filme l’évolution de son personnage ou de celle dont il filme les paysages grandioses. Ou encore de la superbe musique de John Barry… On peut aussi résumer en quelques mots : Danse Avec Les Loups est une merveille.

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