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Archive pour la catégorie 'COOPER Gary'

Le Roi du tabac (Bright Leaf) – de Michael Curtiz – 1950

Posté : 16 août, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, CURTIZ Michael | Pas de commentaires »

Le Roi du tabac

Un film où les personnages font fortune et réalisent leurs rêves (ou pas) en créant l’industrie du tabac ? Vue en 2018, cette insulte au politiquement correct a, en soit, quelque chose de profondément réjouissant. Et c’est un non-fumeur qui écrit ces lignes… Mais c’est vrai que voir Gary Cooper et Lauren Bacall afficher un large sourire après avoir lancé la première usine de cigarettes est, paradoxalement, franchement jouissif. Même si, on est d’accord, et je n’arrête pas de le répéter à mes gosses : ne touchez pas à cette saloperie !

Cela étant dit, c’est un Curtiz assez mineur, qui peine à convaincre vraiment. Difficile de pointer du doigt les principales carences du film. La mise en scène est plutôt inspirée, le scénario évite toute facilité, et les acteurs sont impeccables. Mais bizarrement, on a bien du mal à croire en ce personnage de néo-magna du tabac, auquel Cooper apporte pourtant une noirceur bienvenue.

N’empêche. Dès son apparition, sorte de fantôme vengeur dont on ne peut que deviner le passé, il y a quelque chose qui sonne faux. Ou plutôt artificiel, pour être plus précis.

Les personnages secondaires sont plus convaincants, mais sous-exploités. Lauren Bacall, digne et belle ; Jack Carson, nickel en ami sincère ; et surtout le « clan » Singleton : Patricia Neal, actrice formidable ici parfaitement odieuse, et Donald Crisp surtout, à qui on doit les plus belles scènes.

Ce « méchant » de l’histoire est, très paradoxalement encore, celui des personnages auxquels on s’attache le plus. Ses dernières scènes sont d’ailleurs les plus belles du film. Là, l’espace de quelques plans superbes qui soulignent la détresse terrible du personnage, l’habile faiseur redevient le grand auteur que l’on aime. Et c’est bouleversant.

La Mission du commandant Lex (Springfield Riffle) – d’Andre De Toth – 1952

Posté : 29 janvier, 2018 @ 8:00 dans 1950-1959, COOPER Gary, DE TOTH Andre, WESTERNS | Pas de commentaires »

La Mission du commandant Lex

De l’action, du suspense, du rythme… Andre De Toth ne s’embarrasse guère de psychologie pour ce western d’une efficacité imparable, qui ne repose que sur le rythme, le suspense et l’action. Même dans les rapports humains d’ailleurs, qui semblent résumés à leur forme la plus basique, le film réserve quelques beaux moments, comme lorsque Gary Cooper accepte avec douleur que sa femme le prenne pour un traître…

S’il n’est pas totalement révolutionnaire, le scénario est assez original : on est en pleine guerre de Sécession, et Gary Cooper y interprète un officier qui infiltre les rangs ennemis pour démasquer un traître, passant ainsi lui-même pour un traître aux yeux de tous ceux qu’il aime et qui le respectent, à commencer par son jeune fils, qu’on ne verra que brièvement à la fin, mais que le film utilise comme une sorte de fil rouge dramatique passionnant. Ce thème de la taupe n’est pas si courant dans le western.

Et c’est une grande réussite, et pas uniquement grâce à Gary Cooper, impérial : De Toth s’y connaît en cinéma d’action, et ne laisse jamais son récit perdre de son intensité, réussissant même quelques séquences franchement originales. La scène de l’évasion pour commencer, dont la pénombre tranche avec la lumière vive des scènes extérieures. Ou encore cette spectaculaire scène d’incendie, provoqué pour déloger les voleurs de chevaux. Il y a comme ça quelques moments qui frappent les esprits, dans ce western passionnant.

La Huitième Femme de Barbe Bleue (Bluebeard’s Eighth Wife) – d’Ernst Lubitsch – 1938

Posté : 22 avril, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, LUBITSCH Ernst | Pas de commentaires »

La Huitième Femme de Barbe Bleue

D’accord, Bluebeard’s Eight Wife n’a pas l’élégance inouïe de L’Eventail de Lady Windermere ou de The Shop around the corner. D’accord, tout n’est pas d’une immense finesse dans ce vaudeville conjugal. Mais franchement, vous n’avez pas ri en voyant Claudette Colbert se gaver d’oignons pour gâcher le baiser que lui réclame son mari Gary Cooper ?

Ce n’est certes pas un Lubitsch majeur, mais le film est drôle et enlevé, et se révèle une évocation pleine d’ironie mordante de l’engagement amoureux. « Vous croyez VRAIMENT au mariage ! » lance la jeune femme lorsqu’elle découvre que son richissime prétendant a déjà été marié 7 fois, avec autant de divorces à la clé (« 6 seulement, l’une d’elles est morte », corrige-t-il, avant de préciser : « de mort naturelle »).

Et même mineur, un Lubitsch est la promesse d’une expérience délicieuse, légère et mordante à la fois. Ici, sur un scénario de Billy Wilder et Charles Brackett, il prend le problème du mariage à l’envers : d’abord le mariage lui-même, puis la difficile séduction, l’incompréhension… Le poids des mariages passés, mais aussi de la fortune, conduit les amoureux à opter pour un engagement financier qui tue dans l’œuf la passion des sentiments. Et voilà les jeunes mariés étrangers sous le même toit, se croisant dans un couloir comme des passants dans la rue.

La situation ne manque pas d’ironie, et on sent bien Lubitsch et ses scénaristes dubitatifs face à l’institution du mariage. Lorsque le couple décide un rapprochement d’un soir, le dialogue est sans équivoque :

« Ni flirt, ni dispute !
- Comme un couple normal.
- J’ai dit pas de dispute. »

Claudette Colbert est étonnante de naturelle, Gary Cooper joue merveilleusement bien l’être un peu supérieur touché dans son orgueil, Edward Everett Horton (dans le rôle du père) ouvre admirablement les portes (une grande qualité chez Lubitsch), David Niven est très bien aussi en jeune premier légèrement dépassé par les événements… Et le rythme est parfait. Un Lubitsch mineur, oui, mais un vrai plaisir tout de même.

Si j’avais un million (If I had a million) – de James Cruze, H. Bruce Humberstone, Ernst Lubitsch, Norman Z. McLeod, Stephen Roberts, William A. Seiter, Norman Taurog – 1932

Posté : 7 avril, 2017 @ 8:00 dans 1930-1939, COOPER Gary, CRUZE James, HUMBERSTONE Bruce, LUBITSCH Ernst, McLEOD Norman Z., ROBERTS Stephen, SEITER William A., TAUROG Norman | Pas de commentaires »

si j'avais un million

Un milliardaire soi-disant en fin de vie et agacé par son entourage décide de dilapider sa fortune en distribuant un million de dollars à plusieurs inconnus choisis strictement au hasard… Et c’est le point d’un départ (réalisé par Norman Taurog) d’un film à sketchs totalement indépendant les uns des autres (le milliardaire lui-même s’éclipsant de plus en plus au film du métrage), et très inégaux, forcément.

Le meilleur ? Le segment signé Lubitsch, de loin le plus court du film, sorte de concentré en une poignée de minutes du style, du rythme et de l’obsession des portes du cinéaste. Un employé de bureau (joué par un Charles Laughton tout en rondeur) reçoit l’un des chèques, se lève, quitte son open space et franchit portes après portes pour monter toujours plus haut dans l’immeuble où il travaille, jusqu’à arrivée au sommet, devant l’ultime porte : celle du grand patron, qu’il ouvre, avant de faire une langue et de refermer la porte !

Le reste est plus inégal et plus anodin, avec quand même des ruptures de ton assez audacieuses. Le film passe ainsi d’un segment burlesque avec W.C. Field et des tas de voitures détruites (réalisé par Norman Z. McLeod) à un autre franchement tragique (signé James Cruze) mettant en scène un condamné à mort qui se croit à tort sauvé parce qu’il est devenu riche.

Tout aussi cynique : le destin de ce petit gangster recherché par la police et qui risque la prison à vie (George Raft, dans un segment réalisé par Bruce Humberstone), incapable d’encaisser ce chèque qui le tirerait d’affaire, et qui finit par le donner au gérant d’un dortoir miteux juste pour pouvoir dormir…

Le thème est presque similaire, en nettement plus léger, avec le segment réalisé par William Seiter mettant en scène Gary Cooper en jeune soldat qui ne pense qu’à s’amuser, et qui passera lui aussi à côté de la fortune…

Rien d’inoubliable là-dedans, et on retiendra plutôt le tendre segment (réalisé par Stephen Roberts) racontant la prise de pouvoir d’une maison de retraite trop stricte par ses pensionnaires. Roberts signe aussi un autre segment évoquant les rêves d’une prostituée.

Du très bon, du plus dispensable… Si j’avais un million vaut finalement surtout pour son improbable distribution. Fields, Cooper et Laughton sur une même affiche, ça ne se refuse pas.

Les Aventures du Capitaine Wyatt (Distant Drums) – de Raoul Walsh – 1951

Posté : 2 avril, 2017 @ 12:52 dans 1950-1959, COOPER Gary, WALSH Raoul, WESTERNS | Pas de commentaires »

Les Aventures du Capitaine Wyatt

Ah, les Everglades et leurs labyrinthes de végétations et de marécages. Leur décor fascinant n’ont pas été si souvent utilisés au cinéma, malgré leur potentiel évident. Ce Distant Drums est d’ailleurs l’un des tout premiers à faire de cette région de Floride un élément central de l’action, quelques années avant le beau La Forêt interdite de Nicholas Ray. C’est en tout cas le premier « western » majeur à avoir ce décor (et la guerre contre les Indiens Seminoles) comme toile de fond.

Le film est aussi l’unique collaboration, aussi surprenant que cela puisse paraître, entre Raoul Walsh et Gary Cooper. La rencontre entre ces deux géants du cinéma d’aventure semblait pourtant évidente. Et elle tient plutôt bien ses promesses avec ce film certes imparfait, mais passionnant et admirablement tendu. Oui, comme toujours chez Walsh.

Imparfait, tout de même, parce que l’introduction est pour le moins maladroite, avec une utilisation approximative de transparence, qui donne la curieuse impression d’un film un peu figé. Surtout que la toute première apparition de Gary Cooper a tout de la caricature guère crédible. Heureusement, cette première impression disparaît au bout de quelques minutes seulement, avec l’extraordinaire attaque du fort, moment de bravoure merveilleusement filmée dans une nuit profonde et fascinante.

Tout l’art de Walsh se révèle enfin dans cette séquence d’anthologie, quasi-muette. La suite est à l’avenant, avec cette plongée au cœur des Everglades. Certes, Walsh échoue à rendre le décor réellement menaçant. La moiteur et les dangers de cet entrelacs de végétation et d’humidité ne sont pas toujours perceptibles, contrairement au film de Nicholas Ray qui, lui, privilégiera le tournage en décors naturels. Walsh, lui, use et abuse des transparences, avec plus ou moins d’efficacité.

Mais le rythme ne retombe jamais. Et Walsh, dans ce pur film d’aventures, s’offre une dernière partie tragique, violente et bouleversante originale et inattendue. Sans snober le happy end de rigueur, il s’autorise un ton assez radical, qui clôt joliment ce « eastern » passionnant.

Vera Cruz (id.) – de Robert Aldrich – 1954

Posté : 28 mai, 2015 @ 1:03 dans 1950-1959, ALDRICH Robert, COOPER Gary, LANCASTER Burt, WESTERNS | Pas de commentaires »

Vera Cruz

Un face-à-face entre Gary Cooper et Burt Lancaster, ça ne se rate pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas dans ce classique qui fait partie des quelques westerns qui marquent la profonde mutation du genre durant cette décennie, et qui annoncent les westerns spaghettis de la décennie suivante.

Et quel face-à-face! Dès leur première rencontre, le génie des deux stars, leurs jeux radicalement différents, et même les deux familles de cinéma qu’ils représentent (le vieil Hollywood pour l’un, une approche plus moderne et décomplexée pour l’autre), s’opposent et se complètent miraculeusement. Entre le Gary Cooper bon et droit (enfin, la droiture en prend quand même un sacré coup avec ce personnage de mercenaire) et le Burt Lancaster au sourire arrogant et dangereux, ce sont deux visions du western, et du cinéma en général, qui cohabitent et s’affrontent.

C’est en tout une sorte d’adieu à un certain western hollywoodien que Cooper représente, et auquel il tourne le dos ouvertement. Comme si l’un de ses anciens personnages héroïques et irréprochables était obligé de tourner le dos à son passé et à ses convictions… Bon, la notion de bien et de mal est toujours bien là dans cet affrontement. Mais le mal trouve sinon des excuses, au moins une justification dans l’enfance. Et le bien, comme le « bon » pour Sergio Leone, est tout relatif.

Vera Cruz tient toutes les promesses de son affiche. Mais Robert Aldrich va bien au-delà de son duel de star. Il signe une merveille de film d’action, enchaînant les moments de bravoure tout en restant au plus près de ses personnages. C’est aussi ce qui est remarquable dans ce film : la manière dont Aldrich met en scène ses décors (spectaculaires) et ses figurants (nombreux), tout en évitant l’étalage vain. A la fois grandiose et intime.

Le Convoi héroïque / L’Attaque de la caravane (Fighting Caravans) – d’Otto Brower et David Burton – 1931

Posté : 17 avril, 2015 @ 7:11 dans 1930-1939, BROWER Otto, BURTON David, COOPER Gary, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Convoi héroïque.jpg

Typique d’une époque (les premières années du parlant), ce western s’inscrit clairement dans la lignée de The Big Trail de Raoul Walsh, tourné l’année précédente. A l’aube d’une décennie qui ne sera guère brillante pour le genre, jusqu’à la résurrection de 1939 (avec des chefs d’oeuvre comme Stagecoach), le western mise encore sur les grands espaces et le spectaculaire, avec une production qui, par son ambition et son gigantisme, n’a pas grand-chose à envier à Walsh.

A un détail près : Brower et Burton ont beau s’y être mis à deux, ils n’ont pas le quart du talent de Walsh. Brower deviendra un réalisateur de seconde équipe réputé, et on n’a pas de peine à l’imaginer : ce qu’il y a de plus réussi dans Fighting Caravans, ce sont les scènes de mouvements, ces beaux plans où la caravane se met en marche dans des paysages gigantesques, cette arrivée du convoi au fort sous une pluie battante, ou encore l’impressionnante attaque des Indiens.

De bons faiseurs d’image, donc. Mais il manque au film un vrai grand réalisateur, qui saurait donner une couleur au film, un mouvement continu, une atmosphère. Dès que la caméra se rapproche des comédiens, on sent que l’image se fige. Le scénario, adapté d’un roman de Zane Grey (une référence pour le western de cette époque), est réussi et plutôt original, privilégiant les interrogations d’éclaireurs qui voient leur mode de vie disparaître, et les rapports humains parfois tendus entre ces voyageurs confrontés à de rudes conditions.

De fait, le film est très bavard (même si les dialogues sont assez efficaces), une tendance habituelle du cinéma de ces années 1930-1931 qui se découvrait une voix. Mais Brower et Burton n’ont visiblement pas le moindre talent pour filmer des dialogues, dont la plupart tombent à plat et tuent le rythme. Le sentiment de maladresse s’installe dès que l’action se pose, un sentiment renforcé encore par une musique qui n’est utilisée que comme un arrière-plan sonore continu.

Mais il y a Gary Cooper, tout jeunôt et très pataud, charmant dans son idylle avec Lili Damita (la future Mme Errol Flynn). Pas encore l’icône et l’immense comédien qu’il deviendra, mais cette année 1931 est celle de l’explosion pour lui : c’est aussi celle de Morocco.

* DVD chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec des présentations par Patrick Brion et Yves Boisset (qui profite du film pour parler du fils que Lili Damita aura avec Errol Flynn, Sean, qu’il a connu personnellement).

Beau Geste (id.) – de William A. Wellman – 1939

Posté : 30 novembre, 2014 @ 4:46 dans 1930-1939, COOPER Gary, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Beau Geste

Le film s’ouvre par une séquence fascinante et mystérieuse, qui hantera toute la suite : au beau milieu du désert africain, une colonne de la Légion étrangère arrive dans un fort français menacé par les Touaregs. A l’intérieur, pas un signe de vie, si ce n’est un coup de feu tiré on ne sait d’où. Sur les remparts, des cadavres en position de tir. L’un des légionnaires entre, puis disparaît. Plus tard, un incendie se déclare, ravageant le fort…

Difficile de faire plus excitant, d’autant que Wellman, réalisateur et producteur, laisse tout en plan pour revenir quinze ans en arrière. C’est l’histoire de trois frères, inséparables et soudés comme, disons trois doigts d’une main. Trois frères qui grandissent dans la grande demeure d’une grande dame qui les a recueillis enfants, et que la disparition d’un diamant poussera à partir à l’aventure… direction la Légion.

L’intrigue de départ, ce mélange de mystère, d’aventures et d’histoire de famille, évoque furieusement le fameux Quatre hommes et une prière, tourné par John Ford l’année précédente. Mais là où Ford osait un audacieux mélange des genres, passant de la comédie au drame avec un arrière plan politique très fort, Wellman préfère un pur drame familial, sombre et sublime.

Grand cinéaste de l’aventure, Wellman est aussi un merveilleux peintre des sentiments, et particulièrement des relations masculines. Si l’historiette d’amour (entre Ray Milland et Susan Hayward) n’a que peu d’importance, ce bel amour fraternel est, lui, absolument sublime. Ce que raconte le film, c’est le passage à l’âge adulte, mais chez trois frères qui refusent de perdre leurs idéaux de jeunesse. Impossible de dire ici ce qu’est cet incendie mystérieux de la scène d’ouverture, sans gâcher le plaisir immense que procure le film. Mais cette révélation est l’un des plus beaux moments de tout le cinéma de Wellman…

Confrontés à l’adversité et aux dangers de la « vraie » aventure, l’amour de ces trois frères ne faiblira jamais. Entre eux, l’alchimie est parfaite. Et même si le nom de Gary Cooper, dans le rôle du frère aîné, apparaît au générique beaucoup plus gros que celui de ses deux « petits frères » Robert Preston et Ray Milland, la star ne vole jamais la vedette, visiblement conscient qu’il n’est qu’un élément d’un magnifique triumvira.

Cooper est grand, Wellman est immense, et son film est un chef d’oeuvre.

L’Homme de l’Ouest (Man of the West) – d’Anthony Mann – 1958

Posté : 5 novembre, 2014 @ 2:29 dans 1950-1959, COOPER Gary, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Homme de l’Ouest

Entre 1955 et 1958, le calendrier affirme qu’il n’y a eu que trois ans. Mais pour le Hollywood de l’âge d’or, et surtout pour le western, le genre phare de l’époque, il y a un monde en déliquescence. La popularisation de la télévision et des séries westerns a mis un frein, si ce n’est un terme, à la production westernienne abondante au début de la décennie. Les temps ont changé, pourrait-on dire, et l’époque où on enchaînait les westerns si naturellement est révolue, oubliée en quelques années seulement.

Dans L’Homme de l’Ouest, on retrouve les thèmes des meilleures films du genre de Mann : l’homme hanté par son passé, et tenté par l’usage de la violence dans une nature omniprésente et dévorante. Mais il y a quelque chose de différent. Un aspect que l’on ne trouvait ni dans Winchester 73, ni dans L’Appât, ni dans aucun autre western de Mann avec James Stewart : Gary Cooper est un homme d’un autre temps, un authentique dinosaure ramené confronté malgré lui à la fois à la modernité qui transfigure son environnement, et à son passé qui le ramène à sa propre zone d’ombre…

Loin des rôles d’aventuriers héroïques et parfaits qui ont fait sa gloire, Cooper fait exploser sa propre figure mythique d’homme de l’Ouest avec ce personnage complexe et passionnant, qui symbolise à lui seul la capacité que chacun a de changer, et la difficulté de saisir une seconde chance. Ancien voleur, ancien tueur, forcé de se confronter à son propre passé après avoir été le témoin passif d’un braquage raté, Cooper représente une sorte de lien ténu entre un Ouest encore sauvage et une civilisation fondée sur des bases fragiles.

Totalement perdu lorsqu’il découvre le train pour la première fois, impuissant devant la sauvagerie de ses anciens compagnons, miroirs de ce que lui-même était autrefois lors d’une séquence de strip-tease forcé absolument déchirante (Julie London, dans le rôle de sa vie)… Cooper traverse le film comme un fantôme incapable de trouver sa place dans ce monde en mutation. De sa nouvelle vie, on ne verra rien. De sa rédemption, on ne verra qu’un gunfight sec et poussiéreux lors d’un braquage absurde dans une ville fantôme…

Lee J. Cobb, sinistre et pathétique, est ahurissant en chef de gang observant avec une objectivité bouleversante sa propre décrépitude d’homme du passé. Mais si ce personnage d’un autre temps est si émouvant, si celui de Gary Cooper est si bouleversant, c’est qu’Anthony Mann s’attache à faire du moindre plan du film une vision inédite du western, illustrant lui-même la révolution du genre qui l’a fait roi. Son film annonce à la fois le western spaghetti et le nouveau cinéma américain, tout en restant ancré dans les racines du cinéma hollywoodien.

Il y a bien des merveilles dans L’Homme de l’Ouest : une scène de bagarre inoubliable, un sacrifice inattendu, une attaque de train mémorable, un trio improbable traversant de vastes étendues à pied, une ferme perdue ramenant vers un passé oublié, un pauvre Mexicain marchant vers son malheur… Avec son dernier western presque classique (il réalisera encore la fresque La Ruée vers l’Ouest, avant de passer à la dernière partie, épique, de sa carrière), Mann fait le lien entre son passé d’homme de l’ouest et ses aspirations à un cinéma plus personnel et inclassable (Le Petit Arpent du Bon Dieu…). Et signe l’un de ses grands chefs d’œuvre.

• Carlotta vient d’éditer un blue ray du film de très belle facture, avec de beaux bonus : une lecture par Bruno Putzulu de la critique écrite par Godard à la sortie du film, un panorama court (une dizaine de minutes) de la carrière de Mann du western au film épique en passant par le western, et les évocations croisées de l’œuvre de Mann par Pierre Rissient et Bertrand Tavernier. Indispensable ? Oui.

C’est pour toujours (Now and forever) – de Henry Hathaway – 1934

Posté : 20 août, 2014 @ 3:18 dans 1930-1939, COOPER Gary, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

C’est pour toujours

Sous des allures de petite comédie sans prétention, avec les plus grandes stars de l’époque (Gary Cooper et Carole Lombard qui tentent d’élever Shirley Temple, pas mal quand même), Now and forever est un film sombre, cruel et bouleversant. Particulièrement osé aussi : Cooper, immense, interprète un arnaqueur totalement inconséquent, qui mène la grande vie avec sa nouvelle femme (Carole Lombard, donc), accumulant des ardoises gigantesques dans les plus beaux hôtels du monde sans avoir un sou. Un aventurier plutôt sympathique, somme toute, mais qui décide de prendre sous son aile la fille qu’il a eue d’un précédent mariage, et dont il ne s’était jamais occupé.

Bien sûr, il y a les moues irrésistibles de Shirley Temple, la plus grande enfant star de toute l’histoire du cinéma. Il y a son naturel incroyable, et le regard plein d’amour que lui porte son père de cinéma. Il y a aussi l’effet profondément salutaire que la petite fille a sur ce père sans scrupule et sur son couple en danger.

Henry Hathaway sait donner de la légèreté à son récit, lorsqu’il filme une famille en train de se construire.
Mais le cinéaste est autrement plus percutant lorsqu’il révèle la profonde noirceur de ses personnages. Gary Cooper mentant ouvertement à sa fille donne lieu à une scène absolument déchirante. En s’attachant au visage de l’acteur, le cinéaste souligne sans grandiloquence mais avec une efficacité incroyable la culpabilité qui ne finira plus de ronger le personnage.

Plus qu’un film sur la famille (Carole Lombard n’a qu’un rôle de soutien, et Shirley Temple est avant tout une image idéale), Now and forever est l’histoire d’un homme qui peine à entrer pleinement dans la vie d’adulte. Un être qui ne trouve pas le courage d’assumer ses responsabilités, et qui trouve plus facile de perdre tout ce qui compte à ses yeux, quitte à en payer le prix fort.

• Universal vient d’éditer le DVD du film, à petit prix et sans le moindre bonus.

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