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Archive pour la catégorie 'COOPER Gary'

Vera Cruz (id.) – de Robert Aldrich – 1954

Posté : 28 mai, 2015 @ 1:03 dans 1950-1959, ALDRICH Robert, COOPER Gary, LANCASTER Burt, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Un face-à-face entre Gary Cooper et Burt Lancaster, ça ne se rate pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas dans ce classique qui fait partie des quelques westerns qui marquent la profonde mutation du genre durant cette décennie, et qui annoncent les westerns spaghettis de la décennie suivante.

Et quel face-à-face! Dès leur première rencontre, le génie des deux stars, leurs jeux radicalement différents, et même les deux familles de cinéma qu’ils représentent (le vieil Hollywood pour l’un, une approche plus moderne et décomplexée pour l’autre), s’opposent et se complètent miraculeusement. Entre le Gary Cooper bon et droit (enfin, la droiture en prend quand même un sacré coup avec ce personnage de mercenaire) et le Burt Lancaster au sourire arrogant et dangereux, ce sont deux visions du western, et du cinéma en général, qui cohabitent et s’affrontent.

C’est en tout une sorte d’adieu à un certain western hollywoodien que Cooper représente, et auquel il tourne le dos ouvertement. Comme si l’un de ses anciens personnages héroïques et irréprochables était obligé de tourner le dos à son passé et à ses convictions… Bon, la notion de bien et de mal est toujours bien là dans cet affrontement. Mais le mal trouve sinon des excuses, au moins une justification dans l’enfance. Et le bien, comme le « bon » pour Sergio Leone, est tout relatif.

Vera Cruz tient toutes les promesses de son affiche. Mais Robert Aldrich va bien au-delà de son duel de star. Il signe une merveille de film d’action, enchaînant les moments de bravoure tout en restant au plus près de ses personnages. C’est aussi ce qui est remarquable dans ce film : la manière dont Aldrich met en scène ses décors (spectaculaires) et ses figurants (nombreux), tout en évitant l’étalage vain. A la fois grandiose et intime.

Le Convoi héroïque / L’Attaque de la caravane (Fighting Caravans) – d’Otto Brower et David Burton – 1931

Posté : 17 avril, 2015 @ 7:11 dans 1930-1939, BROWER Otto, BURTON David, COOPER Gary, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Convoi héroïque / L'Attaque de la caravane (Fighting Caravans) - d'Otto Brower et David Burton - 1931 dans 1930-1939 Le%20Convoi%20heacuteroiumlque.jpg_zpsq5okpg3p

Typique d’une époque (les premières années du parlant), ce western s’inscrit clairement dans la lignée de The Big Trail de Raoul Walsh, tourné l’année précédente. A l’aube d’une décennie qui ne sera guère brillante pour le genre, jusqu’à la résurrection de 1939 (avec des chefs d’oeuvre comme Stagecoach), le western mise encore sur les grands espaces et le spectaculaire, avec une production qui, par son ambition et son gigantisme, n’a pas grand-chose à envier à Walsh.

A un détail près : Brower et Burton ont beau s’y être mis à deux, ils n’ont pas le quart du talent de Walsh. Brower deviendra un réalisateur de seconde équipe réputé, et on n’a pas de peine à l’imaginer : ce qu’il y a de plus réussi dans Fighting Caravans, ce sont les scènes de mouvements, ces beaux plans où la caravane se met en marche dans des paysages gigantesques, cette arrivée du convoi au fort sous une pluie battante, ou encore l’impressionnante attaque des Indiens.

De bons faiseurs d’image, donc. Mais il manque au film un vrai grand réalisateur, qui saurait donner une couleur au film, un mouvement continu, une atmosphère. Dès que la caméra se rapproche des comédiens, on sent que l’image se fige. Le scénario, adapté d’un roman de Zane Grey (une référence pour le western de cette époque), est réussi et plutôt original, privilégiant les interrogations d’éclaireurs qui voient leur mode de vie disparaître, et les rapports humains parfois tendus entre ces voyageurs confrontés à de rudes conditions.

De fait, le film est très bavard (même si les dialogues sont assez efficaces), une tendance habituelle du cinéma de ces années 1930-1931 qui se découvrait une voix. Mais Brower et Burton n’ont visiblement pas le moindre talent pour filmer des dialogues, dont la plupart tombent à plat et tuent le rythme. Le sentiment de maladresse s’installe dès que l’action se pose, un sentiment renforcé encore par une musique qui n’est utilisée que comme un arrière-plan sonore continu.

Mais il y a Gary Cooper, tout jeunôt et très pataud, charmant dans son idylle avec Lili Damita (la future Mme Errol Flynn). Pas encore l’icône et l’immense comédien qu’il deviendra, mais cette année 1931 est celle de l’explosion pour lui : c’est aussi celle de Morocco.

* DVD chez Sidonis/Calysta dans la collection Westerns de Légende, avec des présentations par Patrick Brion et Yves Boisset (qui profite du film pour parler du fils que Lili Damita aura avec Errol Flynn, Sean, qu’il a connu personnellement).

Beau Geste (id.) – de William A. Wellman – 1939

Posté : 30 novembre, 2014 @ 4:46 dans 1930-1939, COOPER Gary, WELLMAN William A. | Pas de commentaires »

Beau Geste (id.) - de William A. Wellman - 1939 dans 1930-1939 BeauGeste_zps85bf2d23

Le film s’ouvre par une séquence fascinante et mystérieuse, qui hantera toute la suite : au beau milieu du désert africain, une colonne de la Légion étrangère arrive dans un fort français menacé par les Touaregs. A l’intérieur, pas un signe de vie, si ce n’est un coup de feu tiré on ne sait d’où. Sur les remparts, des cadavres en position de tir. L’un des légionnaires entre, puis disparaît. Plus tard, un incendie se déclare, ravageant le fort…

Difficile de faire plus excitant, d’autant que Wellman, réalisateur et producteur, laisse tout en plan pour revenir quinze ans en arrière. C’est l’histoire de trois frères, inséparables et soudés comme, disons trois doigts d’une main. Trois frères qui grandissent dans la grande demeure d’une grande dame qui les a recueillis enfants, et que la disparition d’un diamant poussera à partir à l’aventure… direction la Légion.

L’intrigue de départ, ce mélange de mystère, d’aventures et d’histoire de famille, évoque furieusement le fameux Quatre hommes et une prière, tourné par John Ford l’année précédente. Mais là où Ford osait un audacieux mélange des genres, passant de la comédie au drame avec un arrière plan politique très fort, Wellman préfère un pur drame familial, sombre et sublime.

Grand cinéaste de l’aventure, Wellman est aussi un merveilleux peintre des sentiments, et particulièrement des relations masculines. Si l’historiette d’amour (entre Ray Milland et Susan Hayward) n’a que peu d’importance, ce bel amour fraternel est, lui, absolument sublime. Ce que raconte le film, c’est le passage à l’âge adulte, mais chez trois frères qui refusent de perdre leurs idéaux de jeunesse. Impossible de dire ici ce qu’est cet incendie mystérieux de la scène d’ouverture, sans gâcher le plaisir immense que procure le film. Mais cette révélation est l’un des plus beaux moments de tout le cinéma de Wellman…

Confrontés à l’adversité et aux dangers de la « vraie » aventure, l’amour de ces trois frères ne faiblira jamais. Entre eux, l’alchimie est parfaite. Et même si le nom de Gary Cooper, dans le rôle du frère aîné, apparaît au générique beaucoup plus gros que celui de ses deux « petits frères » Robert Preston et Ray Milland, la star ne vole jamais la vedette, visiblement conscient qu’il n’est qu’un élément d’un magnifique triumvira.

Cooper est grand, Wellman est immense, et son film est un chef d’oeuvre.

L’Homme de l’Ouest (Man of the West) – d’Anthony Mann – 1958

Posté : 5 novembre, 2014 @ 2:29 dans 1950-1959, COOPER Gary, MANN Anthony, WESTERNS | Pas de commentaires »

L’Homme de l’Ouest (Man of the West) – d’Anthony Mann – 1958 dans 1950-1959 LrsquoHommedelrsquoOuest_zpsabb6a036

Entre 1955 et 1958, le calendrier affirme qu’il n’y a eu que trois ans. Mais pour le Hollywood de l’âge d’or, et surtout pour le western, le genre phare de l’époque, il y a un monde en déliquescence. La popularisation de la télévision et des séries westerns a mis un frein, si ce n’est un terme, à la production westernienne abondante au début de la décennie. Les temps ont changé, pourrait-on dire, et l’époque où on enchaînait les westerns si naturellement est révolue, oubliée en quelques années seulement.

Dans L’Homme de l’Ouest, on retrouve les thèmes des meilleures films du genre de Mann : l’homme hanté par son passé, et tenté par l’usage de la violence dans une nature omniprésente et dévorante. Mais il y a quelque chose de différent. Un aspect que l’on ne trouvait ni dans Winchester 73, ni dans L’Appât, ni dans aucun autre western de Mann avec James Stewart : Gary Cooper est un homme d’un autre temps, un authentique dinosaure ramené confronté malgré lui à la fois à la modernité qui transfigure son environnement, et à son passé qui le ramène à sa propre zone d’ombre…

Loin des rôles d’aventuriers héroïques et parfaits qui ont fait sa gloire, Cooper fait exploser sa propre figure mythique d’homme de l’Ouest avec ce personnage complexe et passionnant, qui symbolise à lui seul la capacité que chacun a de changer, et la difficulté de saisir une seconde chance. Ancien voleur, ancien tueur, forcé de se confronter à son propre passé après avoir été le témoin passif d’un braquage raté, Cooper représente une sorte de lien ténu entre un Ouest encore sauvage et une civilisation fondée sur des bases fragiles.

Totalement perdu lorsqu’il découvre le train pour la première fois, impuissant devant la sauvagerie de ses anciens compagnons, miroirs de ce que lui-même était autrefois lors d’une séquence de strip-tease forcé absolument déchirante (Julie London, dans le rôle de sa vie)… Cooper traverse le film comme un fantôme incapable de trouver sa place dans ce monde en mutation. De sa nouvelle vie, on ne verra rien. De sa rédemption, on ne verra qu’un gunfight sec et poussiéreux lors d’un braquage absurde dans une ville fantôme…

Lee J. Cobb, sinistre et pathétique, est ahurissant en chef de gang observant avec une objectivité bouleversante sa propre décrépitude d’homme du passé. Mais si ce personnage d’un autre temps est si émouvant, si celui de Gary Cooper est si bouleversant, c’est qu’Anthony Mann s’attache à faire du moindre plan du film une vision inédite du western, illustrant lui-même la révolution du genre qui l’a fait roi. Son film annonce à la fois le western spaghetti et le nouveau cinéma américain, tout en restant ancré dans les racines du cinéma hollywoodien.

Il y a bien des merveilles dans L’Homme de l’Ouest : une scène de bagarre inoubliable, un sacrifice inattendu, une attaque de train mémorable, un trio improbable traversant de vastes étendues à pied, une ferme perdue ramenant vers un passé oublié, un pauvre Mexicain marchant vers son malheur… Avec son dernier western presque classique (il réalisera encore la fresque La Ruée vers l’Ouest, avant de passer à la dernière partie, épique, de sa carrière), Mann fait le lien entre son passé d’homme de l’ouest et ses aspirations à un cinéma plus personnel et inclassable (Le Petit Arpent du Bon Dieu…). Et signe l’un de ses grands chefs d’œuvre.

• Carlotta vient d’éditer un blue ray du film de très belle facture, avec de beaux bonus : une lecture par Bruno Putzulu de la critique écrite par Godard à la sortie du film, un panorama court (une dizaine de minutes) de la carrière de Mann du western au film épique en passant par le western, et les évocations croisées de l’œuvre de Mann par Pierre Rissient et Bertrand Tavernier. Indispensable ? Oui.

C’est pour toujours (Now and forever) – de Henry Hathaway – 1934

Posté : 20 août, 2014 @ 3:18 dans 1930-1939, COOPER Gary, HATHAWAY Henry | Pas de commentaires »

C’est pour toujours (Now and forever) – de Henry Hathaway – 1934 dans 1930-1939 Crsquoestpourtoujours_zps8344b9ab

Sous des allures de petite comédie sans prétention, avec les plus grandes stars de l’époque (Gary Cooper et Carole Lombard qui tentent d’élever Shirley Temple, pas mal quand même), Now and forever est un film sombre, cruel et bouleversant. Particulièrement osé aussi : Cooper, immense, interprète un arnaqueur totalement inconséquent, qui mène la grande vie avec sa nouvelle femme (Carole Lombard, donc), accumulant des ardoises gigantesques dans les plus beaux hôtels du monde sans avoir un sou. Un aventurier plutôt sympathique, somme toute, mais qui décide de prendre sous son aile la fille qu’il a eue d’un précédent mariage, et dont il ne s’était jamais occupé.

Bien sûr, il y a les moues irrésistibles de Shirley Temple, la plus grande enfant star de toute l’histoire du cinéma. Il y a son naturel incroyable, et le regard plein d’amour que lui porte son père de cinéma. Il y a aussi l’effet profondément salutaire que la petite fille a sur ce père sans scrupule et sur son couple en danger.

Henry Hathaway sait donner de la légèreté à son récit, lorsqu’il filme une famille en train de se construire.
Mais le cinéaste est autrement plus percutant lorsqu’il révèle la profonde noirceur de ses personnages. Gary Cooper mentant ouvertement à sa fille donne lieu à une scène absolument déchirante. En s’attachant au visage de l’acteur, le cinéaste souligne sans grandiloquence mais avec une efficacité incroyable la culpabilité qui ne finira plus de ronger le personnage.

Plus qu’un film sur la famille (Carole Lombard n’a qu’un rôle de soutien, et Shirley Temple est avant tout une image idéale), Now and forever est l’histoire d’un homme qui peine à entrer pleinement dans la vie d’adulte. Un être qui ne trouve pas le courage d’assumer ses responsabilités, et qui trouve plus facile de perdre tout ce qui compte à ses yeux, quitte à en payer le prix fort.

• Universal vient d’éditer le DVD du film, à petit prix et sans le moindre bonus.

Cape et poignard (Cloak and Dagger) – de Fritz Lang – 1946

Posté : 27 juin, 2014 @ 5:42 dans * Films noirs (1935-1959), 1940-1949, COOPER Gary, LANG Fritz | Pas de commentaires »

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Sorti après la fin de la guerre, cet ultime film anti-nazi de Lang n’en est pas moins d’une noirceur totale, comme si le cinéaste n’avait pas voulu atténuer in extremis les angoisses du monde au moment où le film se préparait. L’ennemi nazi semble battu, mais le film est hanté par un autre danger : celui de la bombe atomique, nouvelle menace qui plane sur le monde et marquera d’ailleurs durablement le cinéma des deux décennies à venir, celles de la guerre froide que Cape et poignard préfigure en quelque sorte.

D’ailleurs, l’un des moments les plus forts du film, le meurtre d’un « garde du corps » par un Gary Cooper novice en la matière, forcé de tuer son adversaire discrètement, rappelle, avec vingt ans d’avance, le très douloureux assassinat du Rideau déchiré, film d’Hitchcock consacré à la guerre froide, sur un thème assez semblable (l’importance des connaissances scientifiques que se disputent les deux camps). Hitchcock ira plus loin encore, mais on jurerait qu’il s’est inspiré de cette mort brutale et interminable pour son propre film.

Gary Cooper est une nouvelle fois formidable dans le rôle d’un scientifique américain forcé de joindre l’OSS (l’ancêtre de la CIA) pour exfiltrer des homologues travaillant malgré eux pour l’ennemi en vue de fabrique « la » bombe. Inspiré de Robert Oppenheimer, le « père » de la bombe H, le personnage de Cooper est un homme hanté par l’horreur de ce à quoi sont destinés ses travaux, et ses actions derrière les lignes ennemies. Car le film n’a rien d’un hymne à l’armement nucléaire : Cooper, dans une diatribe désespérée, se désole de devoir travailler au « projet Manhattan », conscient des dégâts qu’il causera, mais aussi qu’il s’agit d’une course incontournable à l’armement.

Aucun héroïsme, donc, ici, même si le film ne manque ni de morceaux de bravoure, ni d’hommes et de femmes prêts à se sacrifier. D’ailleurs, lorsque le film s’achève, tout reste en suspense. L’heure n’est pas aux retrouvailles : ni pour le scientifique Polda (Vladimir Sokoloff) et sa fille, ni même pour le héros Gary Cooper et celle qu’il aime, Lilly Palmer. Tout est encore à reconstruire, et le regard amer de Lang donne au film une force assez rare. Encore un chef d’œuvre à mettre au crédit du cinéaste.

La Colline des potences (The Hanging Tree) – de Delmer Daves – 1959

Posté : 2 mai, 2014 @ 2:40 dans 1950-1959, COOPER Gary, DAVES Delmer, WESTERNS | Pas de commentaires »

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Curieux western que signe l’immense Delmer Daves, loin, très loin des lieux communs du genre, et absolument sublime. L’auteur de La Flèche brisée a un culot monstre. Il ose faire de Gary Cooper un manipulateur séduisant mais capable du comportement le plus odieux. Il ose aussi consacrer toute la première moitié de son film à la convalescence d’une jeune femme grièvement blessée, temporairement aveugle, que le « docteur » Gary Cooper soigne seul. Un quasi huis-clos à la fois romantique et étouffant, émouvant et terrifiant…

C’est un rôle exceptionnel qu’a trouvé là Gary Cooper. L’un des plus beaux de sa riche carrière, peut-être. Son interprétation toute en nuance souffle le froid et le chaud. Le caractère magnifique de la star, l’aura qu’il dégage constamment, font du personnage l’une de ces figures mythiques, héroïques et romantiques. Mais il est aussi un grand manipulateur qui étouffe tous ceux qui l’entourent, jusqu’aux pires extrémités, et totalement incapable de se laisser aller à ses sentiments. Un homme dont les actions de pure générosité peuvent être suivies de terribles accès de violence…

Cinéaste d’une délicatesse infinie, Daves filme une bouleversante histoire d’amour dans un univers où l’humanité semble avoir déserté : les hommes, comme les rares femmes qui vivent dans ce « village » qui n’est en fait qu’un éphémère camp de chercheurs d’or, sont capables d’actes monstrueux, guidés par l’appât de cet or tout puissant. Symbole de cette mesquinerie et de cette folie des hommes Karl Malden est lui aussi extraordinaire, plus veule et minable que jamais…

Le génie du cinéaste est d’avoir su insuffler une douceur hallucinante dans ce décor dépourvu d’humanité. D’avoir su associer la sécheresse de cette société sans loi et sans morale (avec quelques éclats de mise en scène impressionnants, comme l’attaque de la dilligence, filmée  uniquement par une série de très gros plans ou de plans très larges), avec une délicatesse inouïe. Quelques regards échangés, une accolade évitée, ou le magnifique dernier plan composé comme un tableau impressionniste… C’est d’une beauté sidérante.

Le Train sifflera trois fois (High Noon) – de Fred Zinnemann – 1952

Posté : 27 février, 2014 @ 2:51 dans 1950-1959, COOPER Gary, WESTERNS, ZINNEMANN Fred | Pas de commentaires »

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Howard Hawks détestait ce film et surtout son héros, shérif dont une bande de gangsters veut la peau, et qui passe les trois quarts du film à arpenter les rues en réclamant de l’aide à des villageois qui lui ferment systématiquement la porte au nez. C’est en réaction à ce faux héros qu’il tournera Rio Bravo, sorte de double inversé de High Noon, dont le shérif assumera jusqu’au bout ses fonctions, en refusant d’impliquer la population.

Mais on n’est pas obligé de choisir son camp. On peut trouver que Rio Bravo est l’un des plus grands westerns jamais tournés, et aimer ce High Noon assez incroyable, aux parti-pris radicaux et au scénario brillantissime. Quasiment dénué d’action, jusqu’à la fusillade finale qui fait figure de libération tant elle est attendue, le film est admirablement tendu, se limitant la plupart du temps à une interminable attente.

Raconté en temps réel (plutôt rare, dans un western), le film raconte l’heure qui précède l’arrivée, par le train de midi, du criminel qui a juré la mort du shérif. L’une des grandes idées de Zinnemann est d’avoir placé des horloges partout, horloges que les personnages ne cessent de scruter, et dont les aiguilles semblent ne pas avancer tant on attend la délivrance.

Le réalisateur, qui tournera l’année suivante son autre classique, Tant qu’il y aura des hommes, va au bout de son sujet. Sa mise en scène souligne efficacement la solitude grandissante du shérif, abandonné par tous ceux qu’il pensait être ses amis, y compris la femme qu’il vient d’épouser (Grace Kelly, quaker qui refuse de voir son mari utiliser les armes) et l’ami qu’il croit fidèle (Thomas Mitchell), qui se lance dans un vibrant plaidoyer visiblement à son avantage, mais qui finit par l’enterrer définitivement…

Le visage en gros plan de Gary Cooper, filmé dans des rues désertées, souligne merveilleusement la peur et la rancœur qui naissent dans son esprit. L’acteur est immense, une fois de plus, dans ce rôle effectivement anti-héroïque au possible : le shérif, s’il reste droit constamment, va réclamer de l’aide jusque dans une église, et se laisse aller à ses angoisses lorsqu’il se croit seul.

Il y a comme ça de nombreuses fulgurances dans la mise en scène de Zinnemann : la bagarre absurde avec l’adjoint joué par Lloyd Bridges, les errances désespérées de Gary Cooper, son visage tuméfié à travers une vitre brisée, et puis le regard sans complaisance qu’il lance à la population enfin rassemblée autour de lui… Mais le réalisateur adopte par moments une mise en scène purement fonctionnelle que l’on sent inspirée par les shows télévisés naissants, et qui n’est pas toujours à la hauteur d’un scénario exceptionnel.

Un scénario qui permet aux seconds rôles les plus anodins d’exister, de l’odieux réceptionniste au pathétique borgne réclamant qu’on lui offre une dernière chance, du prêtre incapable de savoir ce qui est juste à la « professionnelle » (l’excellente Katy Jurado), seule  personnage clairvoyant de l’histoire… Des êtres qui, pour certains, sont à peine plus que des figurants, mais qui donnent une troublante authenticité à cette ville, dont Zinnemann fait un condensé d’une Amérique marquée par le McCarthysme.

Cœurs brûlés (Morocco) – de Josef Von Sternberg – 1930

Posté : 8 février, 2013 @ 2:34 dans 1930-1939, COOPER Gary, DIETRICH Marlene, VON STERNBERG Josef | Pas de commentaires »

Cœurs brûlés (Morocco) – de Josef Von Sternberg – 1930 dans 1930-1939 Coeligurs%20brucircleacutes_zpswnwtifbm

Le plus beau des films de légionnaires, deuxième collaboration de Marlene Dietrich et Von Sternberg après L’Ange Bleu.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’audace du film. Les deux personnages principaux, couple de légende joué par Marlene et Gary Cooper (faut-il une raison de plus pour se précipiter ?) ne sont pas seulement deux paumés, deux solitaires qui fuient un passé dont on ne connaît rien, et qui se croisent au Maroc, où elle est embauchée comme chanteuse de cabaret, et lui s’est engagé dans la Légion. Ce sont aussi deux êtres très libres, qui n’ont pas froid aux yeux.

Gary a visiblement couché avec la moitié des femmes de la ville, Marocaines et épouses d’officiers. Quant à Marlene, elle donne sa clé au beau soldat qu’elle vient juste de rencontrer, avec une idée on ne peut plus claire derrière la tête. Toute la première partie, comme ça, est d’une sensualité faite de non-dits, mais clairement perceptible. Le désir, la chair offerte… ont ici un arrière goût d’amertume, comme si le sexe était le dernier refuge d’êtres qui n’ont plus rien à attendre de la vie.

Sauf que, bien sûr, l’amour s’en mêle. Et si Morocco repose sur une histoire on ne peut plus classique, la manière dont Von Stroheim raconte cette romance est hors du commun. Attente, frustration, solitude, amertume… Ces deux-là semblent avoir tellement souffert par le passé qu’ils refusent de se laisser aller à leurs sentiments.

Le décor, superbe reconstitution d’un Maroc envoûtant et exotique, renforce ce sentiment de solitude. D’autant plus que chaque plan souligne le fait que nos personnages sont en terre étrangère, au milieu d’étrangers. Le scénario de Jules Furthman, et la mise en scène d’une infinie délicatesse, soulignent constamment le fait que ces deux amants incapables de se trouver, sont loin de leurs racines.

Von Stroheim filme par petites touches bouleversantes la naissance du trouble, puis de la passion. L’ultime scène, muette, est d’une beauté sidérante.

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954

Posté : 17 septembre, 2012 @ 3:47 dans 1950-1959, COOPER Gary, HATHAWAY Henry, WESTERNS | Pas de commentaires »

Le Jardin du diable (Garden of Evil) – de Henry Hathaway – 1954 dans 1950-1959 le-jardin-du-diable

Il y a des cow-boys, il y a des Indiens, des coups de feu, un shérif. Et pourtant, on a un peu de mal à qualifier ce film de western, tant Hathaway prend le contre-pied de tout ce qui a été fait dans le genre. Rien n’est attendu, rien n’est « comme d’habitude » dans ce film extraordinairement original.

Original dans le rythme, et dans la construction : le film se résume à un long voyage aller et retour, dans une contrée aride et spectaculaire, sans doute au Mexique. Là encore, rien à voir avec les paysages de western habituels. Entre montagne abrupte et grands plateaux désertiques, nos personnages voyagent sur une corniche étroite à flanc de paroi, découvrent un village enseveli sous la lave d’un volcan, direction les vestiges d’une vieille mine d’or.

C’est pour sauver son mari, coincé par un éboulis, que Susan Hayward est allée chercher de l’aide dans un petit village côtier, où Gary Cooper, Richard Widmark et Cameron Mitchell tuaient le temps, en attendant que l’avarie de leur bateau soit réparée.

Ces trois-là ne se connaissent pas vraiment, mais représentent des « types » incontournables du western (le joueur, le shérif, le chasseur de prime), qui n’ont pourtant rien de caricatures. On ne saura pas grand-chose de leur passé, mais l’humanité de chacun se révélera peu à peu au fil de leur avancée, avec une grande finesse.

Une avancée curieusement dépourvue de rebondissements, en tout cas dans un premier temps. Il ne se passe pas grand-chose, et pourtant c’est passionnant. Les Indiens sont à peu près totalement absents de l’écran jusqu’aux vingt dernières minutes, et pourtant ils sont omniprésents.

Dans ce film curieux et génial, pure œuvre de cinéma qui utilise merveilleusement le cinemascope (quasiment aucun gros plan), Hathaway joue, avec virtuosité, avec ce qui est montré et ce qui est ressenti. Et avec l’ambiguïté des personnages. Quelle est la motivation de chacun ? Difficile à dire, et tout particulièrement pour Susan Hayward, qui interprète formidablement bien un personnage d’une grande force.

Le tandem Gary Cooper/Richard Widmark fonctionne parfaitement bien également, duo mal assorti et complémentaire, uni par une belle amitié virile et taiseuse. Les deux hommes retrouvent le cinéaste qui leur avait déjà offert de grands rôles (Les trois lanciers du Bengale, Peter Ibbetson ou encore Âmes à la mer pour le premier ; Le Carrefour de la mort, premier film tourné par le second). Leur amitié est basée sur le non-dit et le respect, c’est fascinant de voir comment, dans l’adversité, le taciturne Cooper, totalement en retrait dans la première partie, prend le pas sur l’exubérant Widmark. Deux stars comme on n’en fait plus qui, loin de se tirer la bourre, se partagent intelligemment et efficacement la vedette.

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